Lunagarden: Ravie que ça t'ai plu :)
Nyny et Ombrelle: C'est normal que Cloud soit toujours sombre, elle va pas se mettre à cracher des arcs en ciel et des paillettes en deux jours x). Et, si je ne m'abuse, Angeal est déjà mort, enterré, et tout ce que tu veux. Alors cet événement là est déjà en parti géré. Et comme je l'ai dit, je reprends l'histoire de crisis core ;). Et pour le bébé, t'inquiète, on y arrive x).
Chapitre 12 :
Trois jours. Et ces jours, je n'avais en rien besoin de les compter sur mes doigts ou de les noter sur une quelconque feuille volante pour m'en souvenir. Depuis ces trois longs jours, il était parti, emportant ainsi toute la bonne humeur que j'avais perçu entre ces murs. Le jour de son départ, je m'étais sentie vidée et à la fois pleine. Pleine d'une force que je m'étais moi même forgée sur mon ancienne faiblesse. Une force que je basais sur ceux que j'appelais maintenant mes amis. Mon équipe. J'avais le choix. Le choix de me faire confiance ou de leur faire confiance à eux. J'avais choisi de leur remettre ce que j'étais. Ils en prendraient bien mieux soin que moi. Et j'étais vidée. Vidée de la joie qui m'avait effleuré. Autant que je la sentais affluer en moi. Un sentiment désagréable de perte. Comme si elle s'émiettait à l'intérieur même de mes veines.
Ainsi, depuis trois jours, mes gestes étaient comme diminués, se réduisant au stricte minimum vital. Il m'arrivait pourtant de rire, notamment avec Tony et mes autres colocataires. De lâcher un soupir amusé ou d'esquisser un sourire timide. Mon grand frère n'avait pas dû comprendre quand, le jour du départ de Zack, j'étais rentrée dans la chambre pour lui claquer un baiser sur la joue. Il m'avait regardé d'une manière bien curieuse, comme si j'avais perdu la raison. Cela avait été ma façon de le remercier. Parce que je lui étais redevable de cette part de moi même à qui il avait donné sa chance. La part un peu plus femme sous ce corps d'homme.
Je n'avais plus couru à m'en écrouler. Je m'étais juste entraînée de façon à peu près raisonnable. Mon souffle en restait rauque, mais je ne mordais pas la poussière. Mes poumons me brûlaient, mais ne menaçaient pas de me lâcher à tout instant. Je ne m'étais plus poussée à bout. Parce que je n'en avais plus autant besoin. Certes, j'en ressentais le vide, et je devais me faire violence pour ne pas recommencer. Mais aussi étonnant que cela puisse paraître, je voulais me conserver dans cet état presque stable. Je voulais restée celle qu'il avait quitté. Un homme presque femme. On pouvait donc affirmer que j'avais changé. Ou grandi. Dans les deux cas, cela ne m'avait pas fait de mal. Même si cette nouvelle peau me laissait sceptique et perdue. Presque à nue, dépossédée de l'ancienne. Celle que j'avais construite. C'était celle que tous aimaient, désormais. Alors à quoi bon s'acharner à conserver celle d'avant. Mon mental n'en était pas moins solide. Juste plus humain.
Secouant la tête, je me levai de mon lit, provoquant un grincement de mon vieux matelas.
- Je sors, lançai-je d'une voix lourde.
Tournant la tête vers moi, Tony m'adressa un semblant de sourire amusé. Son regard bienveillant me couvait à la manière d'un frère.
- Mais tu fais ce que tu veux, je ne suis pas ton père, lâcha-t-il en secouant nonchalamment la main.
Passant à côté de lui, je lui jetai un regard blasé. Ce qui provoqua son rire, aussi puissant que grave. Il avait un humour assez développé, qui malheureusement me dépassait complètement. Lui assénant un semblant de coup sur l'épaule en sortant, j'eus à peine le temps de l'entendre râler que la porte claquait déjà dans mon dos.
Respirant avec calme, je tournai par réflexe la tête de droite à gauche. L'habitude de surveiller mon entourage me poursuivait même dans ce lieu supposé sûr. Haussant les épaules, je finis par choisir le chemin le plus rapide vers le bâtiment des Turks.
ooo
Je sentis mon regard se baisser à l'instant même où une tignasse de feu faisait irruption de derrière une porte. Figée dans l'espoir de ne pas être vue, je manquai de trembler lorsque le regard félin du roux glissa lentement vers moi. Me parant de mon mutisme désarmant et mon air impassible à toute épreuve, je relevai doucement le regard. Il était l'une des dernières personnes que j'avais envie de croiser. Me faire accoster de manière presque irrespectueuse par ce dragueur de bar n'était pas forcément la chose dont je rêvais. Même avec mon esprit de femme plus affirmé qu'auparavant. Je n'aimais pas ce genre de personnage.
De ses yeux verts il prit le temps de me jauger, avant de laisser ses lèvres fendre son visage d'un sourire charmeur. Le genre de sourire qui me donnait envie de le frapper. Mon poing me démangeait de plus en plus férocement au fur et à mesure qu'il se rapprochait de moi.
- Salut ma jolie ! Tu sais pas quoi faire en cette belle journée ?
Sa voix suave glaça mon échine d'un frisson désagréable. Serrant les dents, je lui adressai un regard noir.
- De mauvaise humeur ?demanda-t-il en haussant un sourcil. Je te remonte le moral quand tu veux.
Un dégoût violent obstrua ma gorge durant quelques instants. Ce genre d'homme me répugnait. Une apparence séduisante, un charme indéniable, mais une délicatesse des plus basse. Une tendance à vouloir se saisir de toute femmes à vomir. Fronçant les sourcils, je dus serrer plus fort encore mes phalanges pour ne pas lui refaire le portrait. Je m'en savais parfaitement capable.
- Je cherche simplement votre chef, crachai-je sans amabilité.
- Tu sais, il est ennuyeux, lui, alors...
Sa veine tentative de me retenir se solda par un mouvement agressif et menaçant de ma part dans sa direction. La main légèrement en avant, je le toisai d'un œil mauvais, lui faisant ravaler les paroles qu'il s'apprêtait à ajouter. J'avais mes limites.
- Ne me pousse pas à bout, marmonnai-je en inspirant profondément. Ce n'est pas le moment.
Le rouquin relâcha sa position soudain défensive, et se détendit un instant avant de pousser un soupir. Il m'adressa un sourire des plus détestable, et enfonça profondément les mains dans ses poches.
- Tu le trouveras dans son bureau, la première porte dans le prochain couloir, finit-il par lâcher, sans chercher à cacher sa déception.
Déception dont je me fichais éperdument. Trouver Tseng avait été ma première idée pour me sortir de ses griffes, mais je me sentais dans le besoin de le voir. Il m'était d'une certaine manière d'un bon secours lorsque je me sentais seule. Car désormais, il m'arrivait de ressentir le besoin d'autrui. Au début, cela m'était paru étrange, mais maintenant, rien que sentir leur odeur ou leur présence me rassurait. Un peu comme un animal se rassure par la présence de ses congénères.
Je me détendis à cette simple pensée, et sans un regard de plus au rouquin, je lui passai à côté, profitant de son moment d'absence et de surprise. Je n'étais pas comme n'importe quelle femme, il fallait qu'il s'en rende compte. Je n'étais pas une jolie chanteuse de rue ou une fille de joie, une marchande de fleurs ou encore une serveuse. J'étais un soldat. Et cela, femme ou homme, personne ne pourrait jamais me l'enlever. J'avais construit une partie de mon caractère, celle qui ne me quitterait pas, autour de cette idée.
D'un pas sûr, je finis par atteindre la porte en question. Plus imposante que les autres, elle était clairement celle d'un bureau de chef. Derrière elle devait se tenir Tseng. Levant la main pour frapper, je stoppai mon geste. Je n'aimais pas m'annoncer de la sorte. Pas lorsque j'allais voir un ami. Cela me rabaissait au rang de simple pion. Me mordant la lèvre, je poussai doucement la poignée, afin de me présenter dans l'entre bâillement. Je préférais que l'on me voit avant de m'entendre.
- Bonjour, Tseng, marmonnai-je sans lever les yeux.
Il était là, les sourcils légèrement haussés devant ma visite inattendue. Assis derrière son bureau, il semblait brasser sans vraiment faire quoi que ce soit de concret une pile entière de documents noyés d'écriture. Ses cheveux toujours impeccablement tirés semblaient ne jamais être laissés au naturel.
- Bonjour Cloud, me répondit-il en se levant prestement. Mais que fais tu là ?
Cette simple question me poussa à relever enfin le regard. Comme je l'avais pensé, la simple vue de cette silhouette maintenant familière me faisait un bien fou. Je me sentis presque sourire. M'approchant à pas timides de lui, je levai les bras presque inconsciemment pour l'enlacer gentiment. Je sentis ses muscles se raidirent sous la surprise, alors que je reposais mon front contre son torse, laissant son cœur battre contre ma peau.
- Je ne sais pas pourquoi je suis là, murmurai-je. Ça me manquait.
Lentement, Tseng se détendit, et posa une main sur mes cheveux.
- Pourquoi toi, tu n'as pas été mis à l'écart ?demandai-je sans me décoller de lui. Et moi ?
Ces questions m'avaient brûlées les lèvres dès l'instant où j'avais connu la raison de ce départ assez inattendu. Cédant la place de mon front à mon menton, je relevai un regard interrogateur vers le Turk, que je tenais toujours fermement. Je n'avais aucune envie de le lâcher, séduite par la chaleur agréable qu'il dégageait. Je n'avais plus serré quelqu'un franchement entre mes bras depuis bien longtemps. J'avais presque oublié quelles sensations cela prodiguait. Autant à une femme qu'à un homme.
- Toi, même si tu as vu des choses que tu n'aurais pas dû voir, tu n'es pas pleinement impliquée, dans la mesure où tu ne savais pas ce que tu as vu, m'expliqua posément Tseng sans repousser un seul instant mon étreinte. Et moi, et bien on dira que mon statut de chef des Turks m'accordent quelques bénéfices.
Il lâcha un rire nerveux. Alors Zack avait été le seul à m'être arraché pour ces si simples raisons. J'étais amère rien que d'y penser. Et presque lourde de repenser à lui. Trois jours. Trois jours qu'il était parti.
Doucement, je relâchai le Turk, laissant glisser mes bras contre ses épaules. Je fus surprise de découvrir un sourire sur son visage d'ordinaire si sérieux. Un sourire presque bienveillant.
- Seulement, des complications m'amènent moi aussi à quitter le nid, souffla mon vis à vis en détournant le regard.
Sa déclaration me laissa sans voix. Il n'avait pas le droit de partir. Pas lui. Je ne voulais pas perdre un autre membre de mon équipe. De ma famille. Pas encore. Dans les bras de qui me jetterai-je une fois que j'aurais perdu Tseng ?
Ma détresse soudaine sembla paraître sur mon visage, d'autant que je le sentais pâlir plus que de coutume. Tseng posa une main rassurante sur mon épaule, qui me donna l'impression de n'être plus qu'une enfant. Aussi affectée qu'une enfant par le départ d'êtres chers. Aussi faible.
- Je vais rejoindre Zack, reprit-il. Mais rassures toi, nous reviendrons vite. D'ici quelques jours, je pense.
Calmement, je hochai la tête. Une main en suspend près de ma poitrine, je sentais mon cœur lâcher de manière peu rassurante. D'une légèreté soudain affolante, je ne le sentais plus battre. Sa lourdeur ne pesait plus, me laissant presque suffoquer.
- Je comprends que le départ de Zack te laisse perdue, soupira le Turk en passant une main sur ma joue blanche.
- Vos deux départs me pèsent, chuchotai-je en baissant les yeux.
Je n'avais pas le droit de ne m'inquiéter que pour un. Je le savais.
- Je crois que j'ai compris, murmura le brun sans agressivité. Mais tu ne devrais pas l'aimer. C'est assez dangereux comme jeu. Même s'il t'aime maintenant, il y a …
Je le coupai d'un regard plus sombre que je ne l'aurais souhaité. Serrant le poing, la nervosité renforça ma poigne, blanchissant les articulations de mes phalanges. Je ne voulais pas que l'on me parle de cela. Ce n'était pas une chose dont on pouvait parler avec moi. Avec les autres femmes, gloussant à la seule évocation du mot amour, peut être. Mais en aucun cas avec moi.
- Je sais ce qu'il y a, claquai-je froidement. Elle s'appelle Aeris.
En face de moi, le Turk semblait mal à l'aise de m'avoir contrarié. Cela ne devait pas partir d'un mauvais sentiment, mais ce genre de remarques n'étaient pas faites pour moi. Je ne les aimais pas. Lui aussi avait encore plusieurs choses à apprendre de moi. Je n'étais pas douce et frêle, amoureuse comme un collégienne. J'étais froide, dure, et impénétrable, presque folle d'un homme que je haïssais pour cette seule raison.
Mon accès de colère sembla le blesser. Ce visage inconnu de lui calma comme d'un coup de poignard mes battements de cœur et la noirceur de mon regard.
- Je sais que l'aimer est une chose étrange, finis-je par soupirer. Je sais que ce genre d'attachement n'est pas à encourager dans l'armée. Mais, s'il te plaît, laisses moi au moins ça. C'est tout ce que je demande.
Je laissai un faible sourire faire sa place dans le creux de mes lèvres, alors que je posais une main sur sa joue.
- Et crois moi, chuchotai-je en y déposant mes lèvres. Ce n'est pas pour cela que je te laisserais de côté.
