Bonjour

J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes !

Voici le 12ème chapitre. A nouveau, merci de me lire, de m'écrire et merci à Elyrine qui continue de veiller à ce que cette histoire soit la mieux possible.

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Basket Case de Green Day

Chapitre 12 : Panique

« La peur est un sentiment normal Dean. Je sais combien tu considères qu'admettre qu'il t'arrive – comme tout le monde d'ailleurs – d'être terrifié est une faiblesse. Je me souviens de ce que papa disait à ce sujet. Et je sais que tu l'as cru … que tu le crois toujours. Mais tu te trompes et il se trompait lui aussi. Avoir peur, ce n'est pas être faible. Et l'admettre n'est pas honteux. Bien au contraire. Il faut une bonne dose de courage pour oser avouer qu'on a peur. Et ne lève pas les yeux au ciel en lisant cela parce que tu sais au plus profond de toi que j'ai raison. Tu refuses juste de l'admettre. »

Journal de Sam Winchester. 30 mai 2016

Castiel n'avait pas attendu plus de quelques minutes après le départ de Dean pour paniquer. A vrai dire, il avait senti son cœur s'accélérer dans sa poitrine quelques secondes après que le jeune homme ait ressorti sa main de son pantalon.

Sur le moment, il n'y avait pas prêté attention. Il était sous le coup de son orgasme – un orgasme plutôt puissant d'ailleurs – et avait quelques difficultés à réfléchir. Puis Dean lui avait parlé, avait semblé calme pour quelqu'un qui venait de masturber un autre homme pour la première fois, avant de le laisser seul et totalement perdu. C'est alors qu'il avait réalisé combien il était paniqué. Combien il était terrifié à l'idée que ce qui venait de se passer allait tout changer.

Il ne chercha pas à ravaler ce sentiment ni à ignorer son angoisse. Il lui laissa libre court pendant un long moment. Il fit le tour du bâtiment, vérifia le parking puis reprit son poste devant la porte. Et il paniquait toujours.

Dean avait semblé sincère en lui disant qu'il allait bien. Que ce qu'ils venaient de faire ne l'effrayait pas. De toute évidence, il se posait réellement des questions sur sa sexualité. Et en temps normal, dans le monde d'avant, Castiel aurait été parfaitement d'accord pour l'aider à y voir plus clair. Il aurait insisté pour être celui qui lui apporterait la preuve qu'il s'était effectivement voilé la face jusque là. Mais le monde était différent à présent. Et Castiel n'avait plus le luxe de mettre sa relation avec Dean en porte-à-faux uniquement parce que le sexe était génial.

Il y avait des tas de raisons qui pouvaient expliquer que Dean ait cédé. Il était probablement aussi frustré que Castiel. Il était seul depuis longtemps et le moindre contact humain devait lui sembler extraordinaire. Il avait peut être fait abstraction du sexe de son partenaire uniquement parce qu'il n'avait pas d'autres choix. Et il n'existait pas un seul homme au monde qui aurait refusé une fellation. Castiel était doué. Il se l'était souvent entendu dire.

Mais il y avait tout de même quelque chose qui clochait. Si Dean ne doutait pas de son hétérosexualité et s'il avait laissé Castiel lui procurer un orgasme uniquement parce qu'il était en manque, il n'aurait certainement pas insisté pour lui rendre la pareille. Il n'aurait pas glissé sa main dans son pantalon pour le masturber avec enthousiasme. C'est à cet instant précis qu'il aurait du saisir l'opportunité de prendre la fuite et de faire comme si rien ne s'était passé. Castiel lui avait offert cette chance en proposant de partir avant. Mais Dean avait refusé. Ça voulait forcément dire quelque chose. Castiel avait vraiment envie de croire que c'était le cas.

Bien sûr, il ne pourrait pas avoir de réponses avant d'avoir clairement posé la question au jeune homme. Et il ne pouvait le faire qu'une fois qu'il serait suffisamment reposé pour que Castiel n'ait aucun doute sur sa sincérité.

Le problème était que Castiel doutait sincèrement de pouvoir aborder le sujet à tête reposée. Il n'avait clairement pas le courage. Et il avait également peur que la réponse de son compagnon ne soit décevante. Il était terrifié à l'idée qu'il choisisse de revenir sur ce qu'il lui avait dit.

Il avait peur que le jeune homme ne les abandonne parce qu'il ne pouvait pas gérer ce qu'il avait fait. Et le pire était sans doute que ce n'était pas l'idée de se retrouver seul avec Gabriel sur le bord de la route qui le terrifiait le plus. C'était l'idée de perdre Dean. De ne plus jamais le revoir. Et c'était une très mauvaise nouvelle. Castiel ne pouvait décemment pas s'embarrasser d'un tel attachement. Pas dans ce monde ci.

Il tourna la question dans sa tête en quête d'une solution jusqu'à ce que Gabriel vienne le relever puis ne put s'empêcher de se repasser les images de ce qui était arrivé quand il fut allongé dans le lit à côté de celui de Dean. Red dormait avec son maître, la tête posée sur son ventre. Dean, quant à lui, avait un bras sur ses yeux et l'autre main sur la patte de son chien. Il était sur le dos, ses longues jambes étendues devant lui. Il était adorable ainsi. Castiel détourna les yeux.

Il s'endormit sans réellement s'en rendre compte et se réveilla épuisé. Il avait été hanté toute la nuit par ce qu'il avait fait avec Dean. Et il n'avait toujours pas trouvé la moindre solution à son problème. La personne qui avait dit un jour que « la nuit portait conseil » était un imbécile. Castiel aurait aimé pouvoir le lui dire en personne.

Dean n'était plus sur le lit mais debout dans l'encadrement de la porte de la salle de bains. Il avait les bras croisés sur son torse et un sourire sur les lèvres. Castiel aurait été prêt à parier qu'il l'avait regardé dormir. Ce qui avait un côté un peu inquiétant. Mais également terriblement touchant.

- Enfin debout ? Lança Dean en inclinant la tête sur la côté.

- Et bien techniquement, je suis toujours couché alors je te dirais bien « non ». mais ce serait sans doute jouer sur les mots non ?

Dean sourit plus largement encore en secouant la tête.

- Ah ah, tu es très drôle tu sais ? Tu as mangé un clown depuis hier ?

Castiel se retint de faire une remarque très déplacée à ce sujet. De rappeler à Dean que ce n'était pas le sexe d'un clown qu'il avait eu dans la bouche la veille mais il n'était pas sûr que son compagnon trouverait cela drôle. Et il n'était pas sûr non plus que cela ne le ferait pas paniquer lui.

- Où est Gabe ? Demanda t-il à la place, ne réalisant qu'à ce moment là que son frère n'était pas dans la chambre.

Il aurait sans doute du le remarquer immédiatement. Mais il avait été légèrement distrait par la présence de Dean.

- Parti répondre à et je le cite « l'appel de la nature ». Ton frère n'a aucune pudeur tu sais.

Castiel ne le savait que trop bien. Il hocha la tête mais ne dit rien. Il se redressa ensuite sur le lit et prit quelques secondes pour s'étirer. Il pouvait toujours sentir le regard de Dean sur lui et il devait reconnaître que cela le mettait sensiblement mal à l'aise. Il ne comprenait pas pourquoi le jeune homme ne cherchait pas à le fuir. Pourquoi il était aussi calme quand c'était lui qui avait eu une révélation importante la veille.

- Cas, écoute … commença alors Dean.

Et parce que cela ressemblait bien trop au démarrage d'une conversation trop sérieuse pour l'avoir au réveil, Castiel jugea préférable de le couper dans son élan.

- Je vais aller me changer.

Il tournait le dos au jeune homme et savait parfaitement ce que son attitude disait de lui. Qu'il refusait d'en discuter. Qu'il avait trop peur pour aborder le sujet. Mais il se fichait que Dean puisse le penser lâche. Il n'était définitivement pas prêt à parler de ce qui était arrivé la veille. Il attrapa donc des vêtements plus ou moins propres dans son sac par terre avant de faire volte face. A sa grande surprise, Dean se trouvait juste devant lui. Il recula d'un pas mais le jeune homme l'attrapa aussitôt par le cou pour écraser ses lèvres contre les siennes. Et ok. C'était agréable. Castiel devait reconnaître que Dean embrassait particulièrement bien. Ses lèvres semblaient faites pour ça. Sa langue était habile et trouva la sienne sans efforts. Mais ce n'était pas du tout ce à quoi il s'était attendu. Et il n'eut pas vraiment le temps de faire quoi que ce soit avant que Dean ne le relâche finalement. Il cligna plusieurs fois des yeux avant de froncer les sourcils.

- Qu'est-ce que c'était que ça ? Demanda t-il alors.

Dean se passa les doigts puis la langue sur les lèvres et Castiel dut détourner le regard parce que ça lui donnait des idées qu'il refusait d'avoir.

- Je voulais juste vérifier quelque chose, répondit le jeune homme.

- Quoi ? Ma température ?

Dean éclata alors de rire et Castiel ne put s'empêcher de sourire, sensiblement soulagé. Il releva ensuite la tête et observa le jeune homme une seconde.

- Non … je voulais vérifier que je ne paniquerais pas en recommençant … parce que franchement, en me réveillant, j'étais paniqué de ne pas être paniqué. Et j'avais besoin de voir si j'étais juste un peu lent à la réaction.

Castiel avait envie de poser la question. Il savait qu'il était sans doute raisonnable de le faire. Parce qu'il avait besoin de savoir quelle conclusion son ami avait tiré de ce baiser fugace. Il devait obtenir cette réponse pour décider de la marche à suivre.

- Et alors ? Osa t-il finalement demander.

Il ne savait même pas quelle réponse il redoutait le plus. Le saurait probablement en l'entendant.

- Toujours rien. Et c'est étrange.

Castiel hocha alors la tête avant de contourner le jeune homme pour prendre la direction de la salle de bains. Il était soulagé de voir que Dean n'était pas totalement paniqué. Qu'il n'allait pas prendre la fuite sans se retourner juste pour mettre de la distance entre Castiel et lui. Mais il n'était pas totalement rassuré par ce que cette réponse pouvait signifier pour la suite. Il avait envie d'embrasser le jeune homme à nouveau. Il avait envie d'aller bien plus loin avec lui. Mais il n'était pas sûr que cela soit une bonne idée.

- Tu l'as dit toi même hier … tu n'es peut être pas aussi hétéro que ce que tu croyais, rappela t-il malgré lui.

- Tu sais … je pense qu'une petite partie de moi l'a toujours su. Je refusais juste de l'écouter jusque là. Et je suis prêt à parier également que certains de mes proches l'avaient compris aussi. Je suppose que je dois être bi.

Il avait dit cela avec un certain détachement et une acceptation évidente. Presque comme s'il venait juste d'annoncer qu'il avait les yeux verts. Castiel se souvenait parfaitement du jour où il avait compris qu'il était gay. Il avait paniqué et avait refusé d'en parler pendant des semaines entières. Il n'avait retrouvé son calme que lorsqu'il avait reçu les encouragements de Gabriel et Anna. Il était évident que c'était différent pour Dean.

- Peut être oui, concéda t-il.

Il ne voyait pas quoi dire de plus. Il entra donc dans la salle de bains et se changea rapidement. Il fit ensuite couler de l'eau dans le lavabo et se lava tant bien que mal le visage. Quand il ressortit, Dean était toujours dans la chambre, à l'endroit où il l'avait laissé. Il semblait en proie à une intense réflexion.

- Tout va comme tu veux ? Demanda t-il alors.

Il était possible que le jeune homme ait une réaction à retardement. Mais il ne semblait pas avoir peur. Il semblait juste perdu dans ses pensées. Il leva toutefois les yeux vers Castiel en entendant sa voix.

- Oh euh oui … je suis juste … je suis en train de repenser à toutes les relations que j'ai pu avoir par le passé et je … je me demande comment j'ai pu passer à côté de ça durant tout ce temps.

- Écoute Dean … peut être que tu as tort de te poser autant de questions. Et peut être que ce qui s'est passé n'est que le résultat d'une certaine frustration. Peut être que tu cherches à y voir des signes uniquement parce que tu as besoin de te l'expliquer. Mais je ne crois pas que ce soit aussi important. Peu importe les raisons. Ce qui est fait est fait.

Le jeune homme l'observa alors durant de longues secondes avant de secouer la tête.

- Non, je ne crois pas. Je veux dire … il y avait clairement des signes.

Castiel ne comprenait pas le besoin que le jeune homme avait de justifier ainsi quelque chose qui n'avait finalement pas une aussi grande importance. Ils n'avaient même pas réellement couché ensemble. Ils s'étaient procuré du plaisir et ils auraient du en rester là.

- Hé Cas ? Je peux te poser une question ?

Castiel avait presque envie de lui dire « non ». Parce qu'il n'était pas sûr qu'il était prêt à entendre sa question. Ou à y répondre. Il ne voulait pas que Dean le voit comme un guide sur le chemin de sa découverte de lui même. Il aurait préféré qu'il prenne conscience de toutes ces choses avec quelqu'un d'autre. Il n'était pas de taille à lui donner des conseils.

- Dis toujours, accepta t-il toutefois.

Il ne pouvait pas résister au jeune homme quand il semblait brusquement aussi peu sûr de lui. Il était clairement vulnérable à cet instant précis. Castiel ne pouvait pas lui faire faux bond. Après tout, tout était en partie sa faute.

- Comment est-ce que ça fonctionne entre deux hommes ?

Pendant une seconde, Castiel crut que Dean lui demandait des informations sur le mécanisme du sexe entre deux hommes. Et cela faisait définitivement parti des choses dont il ne voulait pas discuter avec lui. Il n'aurait pas été contre l'idée de le lui montrer mais il doutait que l'occasion se présente.

- Quoi ?

- Et bien … comment … si tu avais été une femme, on serait probablement en train de discuter relation amoureuse et je serais probablement en train de chercher une excuse pour ne pas avoir à m'engager avec toi. Mais je ne sais pas si c'est pareil entre deux hommes. Est-ce que … ce qu'on a fait hier … est ce que ça signifie quelque chose ? Pour toi ?

Castiel fut soulagé de voir qu'il n'avait pas l'intention d'aborder directement le sujet du sexe. Mais cela ne rendait pas sa réponse plus facile. Car il avait envie de rire. Dean était adorable mais il était également stupide. Il semblait bêtement penser qu'une relation entre deux hommes était foncièrement différente d'une relation entre un homme et une femme. Ce n'était pas le cas. Les choses étaient pareilles. Et ce qu'ils avaient fait n'était rien de plus qu'une aventure d'un soir.

- Non Dean, je ne m'attends pas à ce que tu me proposes de t'épouser. Tu sais … coucher avec un homme, ce n'est pas différent de coucher avec une femme … enfin ça l'est bien sûr mais … ce n'est pas une question de sexe mais plus une question de personnes. Certains veulent s'engager et certains veulent juste s'amuser. Dans notre cas, c'est le deuxième cas. Ne t'inquiète pas pour ça. Je suis sûr que tu as rencontré des femmes qui ont réagi de la même manière.

- Hum oui sans doute, admit le jeune homme.

Mais il ne semblait pas réellement satisfait pas la réponse de Castiel. Ce dernier avait absolument envie de mettre un terme à cette conversation. Il voulait retrouver son frère et penser à autre chose.

- Écoute Dean, je suis content de voir que tu n'as pas pris tes jambes à ton cou. Et je suis content que tu aies pu enfin comprendre quelque chose d'aussi capital sur toi même. Mais on ne forme pas un couple juste parce qu'on s'est embrassé. Je ne te demande rien et tu n'as aucune raison de te poser des questions sur ce point. On n'a qu'à oublier tout ça et passer à autre chose.

- Donc ça signifie qu'on ne recommencera pas ?

Castiel sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine en entendant cela. Dean ne pouvait pas être en train de sous entendre ce que Castiel pensait qu'il sous entendait. Ce n'était pas logique. Ce n'était pas normal. Sa réaction était déjà déstabilisante. Mais le simple fait qu'il puisse songer à recommencer était pire encore.

- Tu … quoi ? Tu veux dire … tu aurais envie de …

Il semblait incapable de parler. Il n'en était pas vraiment étonné. Il était trop sidéré pour former des phrases complètes. Et son cœur battait dans sa gorge. Cela rendait les choses plus difficiles encore.

- J'en sais rien … peut être oui. Enfin, je ne suis pas prêt à … enfin tu vois mais … je ne serais pas contre l'idée de recommencer. Pas tout de suite bien sûr mais plus tard.

Pendant une seconde, Castiel se demanda s'il n'était pas en train de rêver. Si tout ceci n'était pas uniquement le fruit de son imagination. C'était ça ou il avait clairement atterri par miracle dans une autre dimension où tous ses rêves devenaient réalité. Il ne parvenait pas à croire ce qu'il entendait. Il n'aurait jamais imaginé que les choses puissent se passer ainsi.

- Et je ne dis pas que je ne serais jamais prêt à aller … plus loin mais … l'idée ne me semble pas aussi repoussante que ce que j'aurais cru. Je n'ai juste aucune idée de la façon dont on doit s'y prendre … est ce qu'il faut en discuter avant pour savoir quel rôle chacun tiendra ? C'est tellement plus facile avec une femme. Il y a moins d'options.

Cette conversation était surréaliste. Et elle était totalement inattendue. Castiel fut incapable de dire quoi que ce soit pendant de longues secondes. Il passa ce temps à observer Dean pour s'assurer qu'il ne se moquait pas de lui. C'était une possibilité. Le jeune homme cherchait peut être juste à l'humilier en lui posant ces questions. Mais il semblait sincèrement curieux. Et impatient de connaître la réponse de Castiel.

- Dean, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne et je … je n'en reviens pas d'avoir cette conversation avec toi quelques minutes seulement après m'être réveillé. C'est complètement dingue et … ce n'est pas quelque chose dont on débat avant. Ça arrive naturellement. Ça se sent si tu préfères.

Dean fronça les sourcils avant de se passer une main sur le visage. Castiel espérait sincèrement qu'il en avait fini avec toutes ces questions. Il était grand temps de passer à autre chose.

- D'accord je comprends mais toi … tu as bien une préférence non ?

Castiel manqua alors de s'étouffer avec sa salive et il eut besoin de quelques secondes pour retrouver un semblant de calme après une longue quinte de toux. Quand il se redressa à nouveau, Dean le regardait toujours. Il ne souriait pas. Ne semblait ni furieux ni amusé. Il paraissait complètement sincère. Il ne pouvait pas ignorer que ce n'était pas une question qu'on posait ainsi à quelqu'un qu'on connaissait à peine. Bien sûr, Castiel avait eu son sexe dans la bouche quelques heures plus tôt. Mais cela ne signifiait pas qu'ils se connaissaient mieux. Ou du moins suffisamment pour aborder ce sujet aussi franchement.

- Dean, ce n'est pas une question à laquelle j'ai envie de répondre alors que mon frère pourrait débarquer dans la chambre d'une seconde à l'autre … et ce n'est définitivement pas un sujet que je veux aborder au réveil.

Mais tu as une préférence, constata Dean toujours aussi calmement.

- Il devait être drogué. Ou il avait perdu la tête durant la nuit. Il ne se comportait pas normalement.

- Bien sûr que je … ok, je … je veux bien te répondre mais si et seulement si tu me promets de ne plus m'interroger ensuite d'accord ?

Il attendit que Dean hoche la tête avant de reprendre la parole. Il espérait sincèrement que le jeune homme tiendrait ensuite sa promesse.

- Je préfère être actif. Je ne suis pas contre l'idée d'alterner mais je prends plus de plaisir comme ça. Voilà. Fin de la discussion.

Dean ne dit rien pendant une seconde et Castiel crut alors bêtement qu'il avait enfin obtenu ce qu'il voulait. Puis le jeune homme reprit la parole.

- Ça tombe bien je suppose … parce que je pense sincèrement que je suis plus passif qu'actif.

Une nouvelle fois, Castiel avala sa salive de travers et manqua de s'étouffer. Il toussa durant un long moment avant de parvenir à reprendre son souffle. Dean ne le regardait plus à présent. Il était en train de glisser son arme dans la ceinture de son jean. Comme si de rien n'était. Comme s'il ne venait pas de faire une révélation incroyablement intime à un homme qu'il connaissait à peine. Et une nouvelle fois, Castiel ne put s'empêcher de se demander si son calme extrême n'était pas signe qu'il était paradoxalement totalement paniqué. Un peu comme s'il faisait une sorte d'attaque. C'était peut être plus grave qu'une simple crise d'angoisse. Avec son passif, c'était possible après tout. Castiel aurait tout donné pour avoir Anna à ses côté à cet instant précis. Elle aurait sans doute été parfaitement capable de lui expliquer. Et de lui donner la marche à suivre. Parce qu'il n'en avait aucune idée.

- Parce qu'ok, j'ai toujours pris beaucoup de plaisir en faisant l'amour avec des femmes et il était évident que j'étais actif avec elles mais … j'aime assez l'idée d'être … j'en sais rien moi … disons un peu … contrôlé ? Est-ce que ça a un sens ce que je dis ? C'est difficile à expliquer. Et c'est un peu confus.

Castiel pouvait sentir qu'il écarquillait les yeux et sans doute devait il avoir l'air d'un fou à cet instant précis. Mais Dean ne le regardait pas. Il avait les yeux posés sur son sac à ses pieds. Et il parlait à voix basse à présent. Sans doute à lui même avant tout. Était il en train de perdre la tête ? Castiel commençait sérieusement à se poser la question.

- Dean, est-ce que tu es sûr que tout va bien ? Parce que je vais être honnête avec toi … ton attitude est un peu … déstabilisante pour parler gentiment. Tu n'es pas en train de faire une attaque hein ? Tu ne te sens pas nauséeux ou … tu n'as pas la tête qui tourne ?

Dean ne répondit pas immédiatement. Il cessa toutefois de se parler à lui même et fit lentement face à Castiel. Il lui adressa ensuite un large sourire avant de secouer la tête.

- C'est moi qui devrais te poser cette question mon vieux. Parce qu'on dirait que tes yeux vont littéralement sortir de ta tête et tu as une grosse veine extrêmement gonflée au milieu du front.

C'était une plaisanterie et cela collait déjà bien plus au Dean que Castiel commençait à connaître. Il laissa échapper un long soupire de soulagement.

- Écoute, je vois bien que cette conversation te met mal à l'aise et sans doute que je ne devrais pas te poser toutes ces questions. Mais c'est nouveau pour moi et … tu sais quoi ? On oublie. Enfin pas tout bien sûr mais au moins ce qui c'est passé depuis que tu as ouvert les yeux. On verra bien ce que l'avenir nous réserve hein ? Tu as raison sur au moins un point. Je n'ai aucune raison de me faire tout un monde de ce qu'on a fait hier. On a relâché un peu de pression et c'était cool.

Castiel préférait nettement ce discours à tout ce qu'il avait entendu jusque là. Il avait enfin la sensation de se retrouver en terrain connu. Il hocha la tête pour signifier à Dean qu'il était d'accord avant de sourire à son tour. Il n'était pas contre l'idée de recommencer. Il espérait que son compagnon l'avait compris. Mais il n'avait pas envie d'en débattre pendant des heures.

Il détourna ensuite les yeux de Dean pour rassembler ses affaires. Il ferma son sac et le posa sur le lit. Il remit ensuite ses chaussures. De son côté, Dean avait déjà préparé ses affaires. Il paraissait toujours détendu.

- Une dernière chose Cas, lança le jeune homme.

Castiel leva les yeux au ciel avant de les fermer. Il priait presque pour que Gabriel les interrompe enfin et mette un terme à cette conversation.

- Ce n'est pas parce que je ne panique pas que je n'ai pas peur tu sais. Je ne sais pas si c'est ce que tu veux entendre ou non mais … même si j'ai appris très jeune qu'il était important d'assumer les conséquences de nos actes, je suis parfaitement capable d'admettre que j'ai peur. Je ne suis pas terrifié. Pas au point de me rouler en boule au sol et de pleurer pendant des heures mais … oui, c'est un grand changement pour moi.

Castiel rouvrit brusquement les yeux et dévisagea son compagnon. C'était ce qu'il avait pensé entendre depuis le début. Les propos de Dean avaient enfin du sens. Et ils étaient plutôt clair. Le jeune homme n'allait pas prendre la fuite mais il n'était pas non plus totalement à l'aise encore. Il allait avoir besoin de temps pour accepter ce changement. Et toutes ces questions étaient sans doute uniquement destinées à le rassurer. Tout ce qu'il avait dit avait un sens à présent. Et Castiel était grandement rassuré.

- C'est entendu Dean. Merci pour ton honnêteté.

- Et bien puisque tu m'encourages à être honnête, il y a autre chose que je dois te dire et qui semble plutôt crucial.

Castiel lui fit signe de continuer d'un petit geste de la main. Dean indiqua alors ses chaussures du menton.

- Tu ne devrais pas dormir sans. Je sais que ce n'est pas forcément confortable mais si toutefois on devait prendre la fuite en plein milieu de la nuit, tu n'aurais pas forcément le temps de les prendre avec toi et crois moi … tu n'as pas envie de fuir pieds nus.

Castiel éclata alors de rire malgré lui. C'était totalement logique, parfaitement en adéquation avec l'image qu'il savait de Dean et certainement la chose la plus merveilleuse qu'il ait entendu depuis son réveil. Dean fronça les sourcils en l'entendant rire mais ne fit aucun commentaire. Il prit à la place la direction de la sortie de la chambre. Mais au moment où il posait la main sur la poignée, Gabriel entra dans la pièce, manquant de l'assommer au passage.

- Oh hé désolé, lança t-il aussitôt.

Red entra à son tour dans la chambre et Castiel ne réalisa qu'à ce moment qu'il n'était pas dans la pièce avec eux. Il était étrange qu'il ne soit pas avec son maître. Il ne le quittait que rarement. Mais il était également plutôt bien de voir qu'il faisait suffisamment confiance à Gabriel pour rester seul avec lui.

- Alors Cassie ? Enfin réveillé ? Je te jure, j'ai cru que tu allais dormir toute la journée. Je voulais te réveiller mais Dean ici présent a insisté pour que je ne le fasse. Il m'a dit que tu avais besoin de repos.

Castiel jeta un coup d'œil surpris au jeune homme. Il n'avait donc pas seulement gardé un œil sur lui pendant qu'il dormait. Il avait aussi veillé à ce qu'on ne le dérange pas. C'était gentil bien sûr. Attentionné aussi. Mais ça ne collait pas à la personnalité de Dean.

- Et bien je suis reposé maintenant, finit il par dire parce qu'il ne voyait pas quoi dire d'autre.

Gabriel ne semblait pas conscient du malaise de son frère. Ce qui était surprenant pour lui. D'ordinaire, il était parfaitement capable de le deviner dans les premières secondes. Mais il semblait avoir l'esprit ailleurs pour le moment.

- Ok parfait alors. Tout le monde est prêt donc ? On peut reprendre la route ?

Gabriel semblait réellement enthousiaste à l'idée de se rapprocher un peu plus encore de Sacramento. Il semblait croire de plus en plus fermement à l'existence de cet endroit dont l'inconnu leur avait parlé plusieurs mois plus tôt. Au fil des kilomètres, il reprenait espoir. Peu importait qu'il y ait de fortes chance que tout soit uniquement un mensonge. Il n'en était pas moins optimiste. Castiel avait peur de la réaction qu'il aurait si toutefois il n'y avait rien.

- De son côté, Dean était accroupi et occupé à caresser Red. C'était presque comme s'il ne l'avait pas vu depuis plusieurs jours. Il y avait réellement un lien très fort entre eux.

- Je suppose qu'on peut oui. Mais ne t'attend pas à ce qu'on soit là bas ce soir. Je doute qu'on puisse faire autant de kilomètres en partant aussi tard. Et de toute façon, on va avoir besoin de trouver de l'essence rapidement. Je suis presque sur la réserve, expliqua Dean sans lever les yeux vers Gabriel.

Il était évident qu'il n'était pas aussi enthousiaste que Gabriel à l'idée de rejoindre Sacramento. Il avait accepté de les y accompagner mais il n'était toujours pas décidé à y rester si toutefois l'endroit existait vraiment. Castiel n'avait pas envie de le voir partir une fois là bas. Il ne voulait pas non plus repartir avec lui. Il ne laisserait jamais Gabriel derrière lui. Il espérait que Dean finirait par changer d'avis. Ça ne semblait toutefois pas encore à l'ordre du jour.

- Je sais Dean … tu me l'as déjà dit ce matin. Tu me l'as dit hier aussi si mes souvenirs sont bons. Mais un peu d'enthousiasme ne te ferait sans doute pas de mal. Sauf si tu préfères ton rôle de rabat joie pessimiste. C'est un style … ce n'est juste pas le mien.

Gabriel n'avait pas dit ça méchamment. Il ne cherchait pas à blesser Dean. Mais il était évident que le jeune homme ne l'avait pas compris. Castiel vit ses épaules se tendre. Ses lèvres se pincer.

- Tu me demandes d'être enthousiaste pour quelque chose que je n'ai pas envie de faire … et pour quelque chose qui n'existe certainement pas. Permets moi d'être un peu plus réaliste que toi. Il faut bien que quelqu'un s'en charge non ? Sans quoi, on n'aurait probablement aucune chance.

Gabriel recula d'un pas, visiblement surpris par la dureté du ton de Dean. Il ne s'était sans doute pas attendu à une telle réaction. Il était difficile, parfois, pour les gens qui ne connaissaient pas Gabriel de lire entre les lignes. De comprendre qu'il ne disait jamais rien de méchant. Qu'il était au contraire l'une des personnes les plus gentilles au monde. Mais il parlait beaucoup. Plaisantait toujours. Et réussissait souvent à vexer ses interlocuteurs. Aucun, toutefois, n'avait la capacité de Dean à s'emporter à la première occasion.

- Si tu n'avais pas envie de le faire, tu aurais du me le dire au lieu d'accepter de nous accompagner.

Ce n'était pas entièrement faux. Dean avait accepté de rejoindre Sacramento sans qu'on le force. Il était injuste de le reprocher maintenant à Gabriel.

- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Mais je ne suis pas aussi heureux que toi à l'idée de remettre ma sécurité entre les mains d'une bande d'inconnus. Je ne suis pas sûr d'en être capable pour tout te dire. Alors oui, je vais vous accompagner à Sacramento et oui je le fais sans un couteau sous la gorge mais je ne vais pas sauter de joie en attendant.

Castiel regrettait à présent l'arrivée de Gabriel dans la chambre. Bien sûr, l'attitude de Dean l'avait considérablement surpris depuis son réveil. Mais il préférait encore cette version du jeune homme à celle qu'il avait sous les yeux à présent. Il y avait quelque chose que son compagnon ne disait pas. Quelque chose qu'il refusait de partager. Castiel était presque sûr que cela concernait ce qu'il allait trouver à Sacramento. Pas le refuge – si toutefois il existait – en lui même. Pas les gens qui le géraient. Non. C'était le fait de voir Gabriel si heureux de s'y rendre. Parce que ça signifiait qu'ils resteraient là bas. Et que Dean non. Ils devraient se séparer à nouveau et le jeune homme ne semblait pas heureux à cette idée. Il refusait toutefois de le dire.

- Ok, je vais essayer de ne plus laisser mon enthousiasme transparaître aussi facilement si ça te met dans un tel état. Désolé, lâcha alors Gabriel.

Castiel savait combien il devait coûter à son frère de le faire. Il n'aimait pas avoir à cacher ses émotions. Il n'aimait pas avoir à mentir sur ce point. Il n'en avait jamais eu honte. Et il avait appris à Castiel et Anna à agir de la même façon.

- Non ne … tu n'es pas obligé … tu as le droit d'être content … c'est juste … ne fais comme si je devais l'être aussi.

Gabriel sourit à nouveau et hocha la tête. Castiel laissa alors échapper un long soupire de soulagement. Ils avaient clairement évité le pire. La situation restait tendue. Elle le serait probablement jusqu'à ce qu'ils aient atteint Sacramento. Mais au moins, ils étaient capables d'être ensemble sans se sauter à la gorge à la moindre occasion.

- Écoutez, je pense qu'on devrait pouvoir trouver de l'essence facilement. Il y a une ville non loin d'ici. Je déteste l'idée d'y aller mais on n'a pas vraiment le choix. On siphonnera le premier réservoir plein qu'on trouverait et on quittera les routes fréquentées aussitôt. Mais vous devez être prêts à vous battre. Parce que les villes sont généralement envahies par le contaminés. Et il y a de fortes chances qu'on soit contraint de se défendre et d'en tuer plusieurs.

Castiel savait que Dean ne disait pas ça uniquement pour leur faire peur. Il cherchait juste à les préparer au combat. C'était aussi pour ça qu'ils avaient besoin de lui. Ils n'ignoraient pas la présence des contaminés en masse dans les grandes villes. Mais ils n'avaient jamais été confronté à une vraie horde sans le jeune homme pour les aider. Sans lui, il n'était pas sûr qu'ils y auraient pensé. Ils auraient choisi le chemin le plus court pour rejoindre Sacramento. Et ils seraient probablement mort en cours de route.

- C'est noté, assura Gabriel en souriant toujours.

Castiel savait que son frère était encore moins prêt que lui à affronter les contaminés. Il avait cru, au début de l'apocalypse, qu'il serait plus enclin à paniquer que son aîné. Qu'il était moins à même de se défendre seul. Mais après leur fuite du centre commercial et après l'attaque de Red, il avait réalisé que ce n'était pas le cas. Et il espérait sincèrement que Gabriel serait capable de se reprendre si toutefois ils devaient se battre contre plusieurs assaillants à la fois. Qu'il ne serait pas totalement statufié comme il l'avait été au centre commercial.

- Je ne rigole pas tu sais … je ne dis pas ça juste pour vous faire peur ou pour vous ennuyer. Je dis ça parce que c'est vrai et parce que vous ne pouvez pas l'ignorer si vous tenez à survivre. Et parce que si Sacramento s'avère être un échec, il faudra reprendre la route et en affronter d'autres.

Gabriel hocha la tête mais ne dit rien. Il était évident que l'idée lui déplaisait fortement. Castiel n'était pas forcément ravi de tuer des choses qui avaient un jour été des êtres humains. Mais il avait fini par accepter que c'était nécessaire. Que ces corps animés devant eux n'avaient plus rien des personnes qu'ils avaient été avant.

- L'idéal serait de pouvoir trouver également quelques provisions en chemin. On n'est pas encore à court mais je préfère être vigilent. Il nous faudrait de l'eau aussi si possible.

- Et du whisky ? Du whisky, ce serait vraiment génial, commenta Gabriel qui ne plaisantait qu'à moitié.

Il n'avait jamais été réellement adepte des alcools forts. Il n'en buvait que pour les grandes occasions. Mais de toute évidence, maintenant qu'il n'en avait plus l'occasion, le manque se faisait ressentir. Et c'était tellement Gabriel que Castiel ne put s'empêcher de sourire.

- Je ne dirais pas non à un peu de whisky, admit Dean à son tour.

Il souriait également et Castiel eut alors la sensation que la suggestion de son frère avait mis un terme définitif à leur conflit sous-jacent. Il se demandait si ce n'était pas uniquement pour cette raison que Gabriel l'avait dit.

- Et je ne serais même pas regardant sur la marque … je prendrais ce que je trouverais. Je serais même prêt à accepter de la vodka à ce point et pourtant … Dieu sait que je déteste cette saloperie.

Dean rit alors, visiblement conscient que Gabriel cherchait à plaisanter. Il était étrange de voir à quel point les choses changeaient rapidement entre eux. Il était évident qu'ils auraient pu devenir amis dans une autre vie. Sans doute particulièrement proches. Un peu comme deux frères sans le lien du sang. Pour Castiel, en revanche, il n'était définitivement pas sûr qu'une telle relation aurait été possible entre Dean et lui sans que le monde ne prenne fin. Ils étaient trop différents. Et une nouvelle fois, il ne put s'empêcher d'être jaloux de son frère.

- La vodka n'a d'intérêt que si elle est mélangée avec un Martini et deux olives sur un pic, expliqua finalement Dean quand il eut retrouvé son calme.

- La boisson de James Bond ! Commenta aussitôt Gabriel.

Castiel n'avait jamais été un grand fan des films, quel que soit le genre. Il ne trouvait aucun intérêt à être assis dans une salle de cinéma pendant deux heures avec des centaines d'inconnus pour regarder des gens multimillionnaires sur un écran prétendre qu'ils étaient quelqu'un d'autre. Il avait la sensation de perdre son temps. Gabriel avait bien tenté de le faire changer d'avis en lui montrant certains – selon ses termes bien sûr – chefs d'œuvre du septième art. Mais Castiel n'avait jamais changé d'avis. Il préférait de loin un bon livre. Il était plus enclin à admirer le travail d'une personne qui passait des heures à construire une histoire et à la coucher sur papier. Tout lui semblait alors plus sincère. Plus vrai. Gabriel trouvait ça stupide.

- Ok question vitale Dean : Sean Connery, Roger Moore ou Daniel Craig ?

Castiel ne comprenait pas le sens de la question mais il ne fut pas étonné de voir que Dean semblait savoir parfaitement ce que Gabriel lui demandait. C'était une nouvelle fois la preuve de ses points communs avec son frère et de tout ce qui le différenciait de Castiel.

- Je suis déjà soulagé que tu n'aies pas ajouté Pierce Brosnan dans cette liste, répliqua Dean en souriant.

Gabriel grimaça alors et Castiel en déduisit qu'il n'aimait pas plus cette personne que leur compagnon. Nouveau point commun.

- Et pour répondre à ta question … définitivement Daniel Craig. Il est plus crédible. Plus … il est toujours James Bond mais il rend le personnage plus attachant.

- Dean, mon vieux, je peux t'annoncer sans hésiter que nous sommes à l'aube d'une belle et longue amitié tous les deux.

Dean rit à nouveau et Castiel dut détourner les yeux, soudainement fasciné par les petites rides que cela faisait apparaître au coin des yeux de leur compagnon. Il se concentra à la place sur Red qui était occupé à se lécher la patte. Il semblait au moins aussi détaché que lui de la conversation qui se poursuivait entre Gabriel et Dean – sur les James Bond Girl visiblement – et cela aida clairement le jeune homme à se sentir moins seul. Il avait visiblement plus de chance de devenir ami avec Red qu'avec Dean. Il supposait que gagner la confiance du chien était de toute façon important dans le processus. Et il fit un effort pour ne pas être en colère en pensant que son frère avait déjà réussi ce tour de force. Il n'était pas en compétition avec lui.

- Madonna Gabriel … Madonna … alors ok elle est canon pour une femme de son âge mais soyons honnête … on parle d'une femme dont la seule référence en terme de cinéma est un film où elle a un enfant avec son meilleur ami gay. Non franchement ? Là je dis stop.

Castiel n'avait aucune chance de participer à cette conversation. Et parce qu'il se sentait clairement mis de côté, il mit son sac sur son épaule et prit la direction de la porte. Il fut surpris de voir que Red le suivait sans hésitation.

- Je vous attends dans la voiture. Rejoignez moi quand vous aurez fini de débattre du mérite de tel ou tel acteur probablement mort à l'heure qu'il est.

- Je suis sûr que Daniel Craig a survécu. Pierce Brosnan en revanche … commenta Gabriel dans son dos.

Mais il ne s'adressait pas à lui et Castiel ne savait de toute façon pas quoi lui répondre. Il sortit donc de la chambre, Red derrière lui et partit poser ses affaires dans la voiture. Il était conscient de se comporter comme un imbécile. Il était évident que Gabriel cherchait juste à devenir ami avec Dean. Il n'y avait rien de plus. Il n'était même pas gay. Mais c'était tout de même plus fort que lui. Il repensa alors à une histoire dont son frère lui avait parlé quelques années plus tôt. La façon dont les Beatles s'étaient séparés parce que l'un d'entre eux – celui avec les cheveux longs, Castiel ne se souvenait pas de son nom – avait rencontré une femme et l'avait choisie elle plutôt que ses compagnons. Il se demanda alors si ce n'était pas ce que Dean était. Le facteur Yoko Ono entre Gabriel et lui. Il sourit en réalisant l'absurdité de sa réflexion. Il ne pouvait pas douter de Gabriel. Il savait que son frère ne le ferait jamais passer au second plan. Il le choisirait toujours lui. Et il devait se réjouir que les choses se passent bien entre son frère et leur compagnon. Après tout, c'était lui que Dean avait embrassé la veille. Cela devait forcément signifier quelque chose.