Hey there!

Je sais, je sais. Retard. Mea Culpa. Mais euh... rentrée, d'abord! Sorry.

Dubitative je suis pour cet OS, mais il était plus que temps que je publie, et ceux d'en haut ont donnés l'étampe "approuvé", alors.. tadaaaa~am!

Le mot 'liberté' n'est peut-être pas tout à fait approprié au contenu du OS, mais c'est de ça que je suis parti... Il est beaucoup plus long que les dernières lettres (gros gâtés!), et j'envisage peut-être de taper une fin/séquelle dans un futur proche, avec une autre lettre :)

Bonne lecture!

L comme Liberté

-Lâchez-moi ! Lâchez-moi, bordel ! J'suis innocent !

La voix de Sirius se cassait au fur et à mesure que la panique envahissait sa gorge, mais les Aurors qui le tenaient chacun par un bras ne semblaient même pas l'entendre, se contentant de le tirer fermement le long d'un quai de pierres rendues glissantes par les marées successives. Le Gryffondor tentait de toutes ses forces de se dégager, coinçant ses pieds dans chaque fissure du sol sans parvenir à ralentir le rythme du pas de ses gardiens. Son estomac était de plus en plus noué par la terreur alors que l'odeur salée de la mer et le froid glacial se faisaient plus présents à chaque pas.

-FolOeil, arrête ! Hurla-t-il sur un ton près de la supplique à l'Auror à sa gauche. Bon Dieu, arrête, écoute ! J'ai rien fait ! Il faut m'écouter ! FolOeil, je t'en prie !

En vain son ancien collègue ne baissa même pas les yeux sur lui. La terreur fit pitoyablement hoqueter Sirius : c'était un cauchemar, au nom de Merlin, ça ne pouvait être que ça... Il allait se réveiller, n'est-ce pas ? Il ne pouvait pas être sur le point de se faire enfermer à Azkaban ! Il n'avait même pas eu de procès ! La justice magique ne fonctionnait pas ainsi –il n'allait pas être injustement condamné à la prison ! Pas à la place de Peter, sans que personne ne lui ait même demandé sa version des faits ! C'était impossible… Les arrestations sans procès n'était destinées qu'aux Mangemorts !

Et pourtant, ses collègues le tiraient sans ménagement vers la même prison où il avait lui-même conduit plusieurs criminels condamnés à pire que la mort…

Azkaban… La Gardienne Immobile… L'Enfer… Personne ne sortait d'Azkaban. Personne. Personne n'y était placé en attendant un procès : c'était une condamnation à perpétuité.

-FolOeil, pitié, lâche-moi ! Il faut me ramener au Ministère, tu ne comprends pas ! Je suis innocent ! Bon Dieu, je t'en supplie, me laisse pas ici ! M'fais pas ça !

-La ferme, Black !

Le coup qu'il reçut derrière la tête le sonna à moitié, et il ne parvint pas à se retenir à quoi que ce soit quand les deux Aurors le poussèrent devant eux dans une cabane à moitié en ruine, au bord de l'eau. Le dernier arrêt avant l'Enfer… Son souffle se fit erratique en entendant la porte se refermer derrière eux. Ses cheveux furent tirés en arrière pour le forcer à lever la tête, croisant le regard du vieux gardien aux airs –et à l'odeur- d'Inferius qui vivait dans la cabane. Le regard ennuyé de l'homme le fit d'autant plus paniquer.

-F…FolOeil… Dawlish… il faut m'écouter, bredouilla-t-il une nouvelle fois, sa voix cassée par la terreur. Je vous en supplie, bordel… Vous savez que je suis innocent ! Vous pouvez pas me faire ça !

-Sirius Black, lança Dawlish au gardien, sans même donner l'impression de l'écouter, l'air sombre. On a ordre de l'envoyer à la Haute Sécurité.

Le gardien cligna lentement des yeux, l'air de ne pas comprendre un seul mot à l'anglais, mais fit un signe de tête, se préoccupant visiblement de son travail autant que de son hygiène corporelle. Il mit quelques secondes –qui semblèrent passer en un battement de cœur à Sirius- à baisser le nez sur son bureau, déterra un grand livre poussiéreux, pour ensuite attraper une plume et griffonner quelque chose –son nom- et cocher une case –la dernière.

La Haute Sécurité… Les tueurs. Les condamnés à mort. On y estimait quatre ans de survie pour les plus résistants.

-Pouvez y aller, murmura le gardien sans les regarder, l'air complètement absent.

Sirius eut envie de lui hurler dessus, horrifié par son indifférence, mais il n'eut pas même le temps d'ouvrir la bouche qu'on le tirait à l'extérieur de la cabane. Il trébucha alors que les deux Aurors le poussaient sans délicatesse dans une barque, et eut le réflexe stupide de vouloir se relever, courir et fuir aussi loin et aussi vite qu'il le pouvait avant qu'il ne soit trop tard.

Tant de prisonniers avaient eu ce réflexe de survie avant lui… FolOeil et Dawlish n'eurent aucun mal à le retenir et à le traîner jusqu'au bateau, pour l'escorter jusqu'à l'Île de la Prison. Déjà, les suppliques de Sirius se transformaient en nuage de buée, et sa panique se faisait résignation douloureuse…

Il avait vingt-et-un ans quand on le condamna.


On racontait dans les couloirs du Ministère que les Détraqueurs étaient d'anciens prisonniers, dont l'âme avait été entièrement dévorée. On disait que les gardiens humains d'Azkaban étaient des cadavres réanimés par des désirs de vengeance. On disait aussi qu'il faisait toujours nuit à la prison, que le temps n'y existait pas. On disait beaucoup de choses sur la forteresse.

Sirius ne savait pas ce qu'il en était pour la nature de ses gardiens –mais il était désormais persuadé que la dernière affirmation était vraie. La Gardienne Immobile était un lieu où le temps oubliait de s'écouler.

« Nous ne sommes pas sous la juridiction du Ministère. Nous travaillons avec eux, c'est tout.»

Les paroles d'un représentant de la prison, prononcées une ou deux éternités plus tôt, quand il était encore du côté des gentils, lui revenaient en tête depuis qu'il avait passé le seuil de la forteresse. Quand il travaillait encore au Ministère. À l'époque où enfermer des criminels avec des monstres mangeurs d'âme lui semblait tout à fait rationnel.

Moony avait toujours affirmé que le principe était barbare.

Moony n'avait pas levé le petit doigt quand les Aurors l'avaient arrêté au nom de crimes qu'il n'avait pas commis.

Ni Dumbledore. Ni Regulus.

Ni Peter, parce qu'il l'avait trahi le sourire aux lèvres.

Ni James, parce que James était mort.

« …pas sous la juridiction du Ministère. »

Les lois de la justice magique ne s'appliquaient pas, ici.

Le gardien de la Haute-Sécurité semblait trouver tout à fait rationnel d'utiliser le sortilège Doloris sur ses prisonniers quand leurs hurlements l'empêchaient de dormir. Son visage inexpressif, il lançait sans être inquiété un sortilège qui avait condamné plusieurs de ceux dont il avait la garde.

La vision de Sirius des gentils et des méchants ne mit pas longtemps à être bouleversée.

Il avait vingt-et-un ans et quelques temps d'éternité quand il décida que personne dans ce monde ne méritait la confiance.


Les cellules en Haute-Sécurité paraissaient ne pas avoir été entretenues depuis la construction de la forteresse. Les murs étaient lézardés, couverts de fissures, la pierre du sol était noircie et polie par l'âge, les barreaux étaient tellement rouillés qu'il aurait suffit de peu de force pour les briser. Sirius avait d'abord été surpris de ce manque de sécurité, avant de réaliser que les murs n'étaient même pas nécessaires, à Azkaban, pour tenir quelqu'un enfermé.

L'espace était tellement restreint, dans sa cellule, qu'il n'avait guère eu le choix de s'endormir (sous la forme de Padfoot, adoptée par réflexe devant la température glaciale) sur ses jambes repliées. À son réveil, le froid avait tellement ankylosé ses membres qu'il n'était pas parvenu à se remettre sur pieds. Après quelques sommeils, il se retrouvait tout simplement quasi-incapable de faire le moindre geste –et même s'il l'avait pu, le désespoir qui le rongeait de plus en plus l'aurait empêché de trouver la force nécessaire à bouger.

Ses joues s'étaient couvertes d'un début de barbe, et ses cheveux chatouillaient le bas de son dos, à présent. Il en déduisait que suffisamment de temps était passé pour avoir permis au Ministère de réaliser son erreur, ou de retrouver Peter. Il avait beau éviter la plupart des effets des Détraqueurs –pas pour longtemps, il le savait- avec sa forme animagus, il sentait le désespoir s'infiltrer de plus en plus dans son esprit comme un poison, un venin.

À quoi bon tenir le coup, en Enfer ? Il était innocent, oui. Mais ça n'ouvrirait pas la porte de sa cellule. Il était innocent, mais personne ne le savait ni ne le saurait jamais.

Il avait vingt-et-un ans et un morceau d'éternité quand il arrêta de manger.


Les vieux couloirs de pierre d'Azkaban portaient remarquablement bien l'écho. Les hurlements de panique qu'on poussait dans ses cauchemars, les sanglots nerveux de ceux qui venaient d'arriver, les cris de douleurs quand le vieux Gardien s'en mêlait… rien ne restait secret, en Haute-Sécurité. C'était peut-être un effet voulu, pour terrifier les criminels moins graves, dans les autres sections. C'était efficace. Ces appels aux secours étaient terrifiants.

Sirius –Padfoot- se retransformait dès lors qu'il entendait une nouvelle voix, de peur que les Gardiens ne remarquent sa forme animagus. Il se collait au mur de sa cellule et attendait de voir quelqu'un passer devant ses barreaux, ou d'entendre les cris s'éloigner, pour reprendre au plus vite une forme où son âme intéressait moins les Détraqueurs que celle des autres prisonniers.

Il avait vu Bellatrix arriver en hurlant de rage, il avait vu Barty Croupton supplier en sanglotant son innocence, il avait vu Dolohov bredouiller des jurons de panique…

Severus Snape fut le premier qu'il entendit répliquer avec un air hautain.

Son silence distant avait apparemment provoqué le gardien.

-T'fais ton fier, c'est ça ? L'suppôt d'votre Lord, hein ? T'as pas l'air bien fort pourtant. Si tu m'supplies, j'pourrais t'renvoyer dans une autre section.

Il avait affirmé ça à Sirius, aussi.

-La seule chose pour laquelle je suis prêt à vous supplier, c'est pour que vous la fermiez. Votre haleine sent le cadavre.

Vingt-et-un ans et une fraction d'éternité quand il découvrit qu'il pouvait désormais différencier sans mal les hurlements de douleur causés par un Doloris à bout portant de ceux provoqués par le sort à distance.


Snape était doué pour sauver les apparences –en dehors de l'aspect de ses cheveux. C'était la conclusion à laquelle était parvenue Sirius après avoir observé en silence le jeune homme (installé par hasard dans la cellule à côté de la sienne, dont le mur était à moitié effondré, de sorte qu'il aurait pu toucher l'autre s'il l'avait voulu). Sitôt le gardien hors de vue, l'air hautain se dissipait, et sitôt les Détraqueurs sur place, l'autre se recroquevillait pathétiquement contre les murs de sa cellule en sanglotant d'une façon à peine audible. Mais les cris –d'encouragements, de menaces, d'insultes- qu'il échangea avec les autres Mangemorts étaient lancés d'une voix nonchalante.

Observer son ancien souffre-douleur occupa Sirius, le faisant s'intéresser un minimum à quelque chose pour la première fois depuis qu'il avait cessé de s'alimenter en attendant la Mort. Toujours sous forme de Padfoot, le nez au sol, il fixait des heures durant le maigrichon aux cheveux filasses –qui ne semblait pas plus alarmé que cela de voir un immense chien noir l'observer d'assez prêt pour pouvoir le mordre si l'envie le prenait. Plusieurs fois, il offrit même un presque-sourire tremblant au Sinistros, comme si sa présence était le moins du monde un réconfort pour lui.

Plusieurs fois, Sirius le vit lever sa manche gauche et fixer la Marque qui s'y trouvait. Une fois, il vit le Mangemort tenter de s'en débarrasser à l'aide de sortilèges sans baguettes maladroits, en larmes, réussissant uniquement à créer quelques coupures mineures sur l'immonde dessin.

Fort de son récent déni de l'humanité et des convictions qui l'avaient animé pendant des années, Padfoot se surprit à se demander si Snape méritait plus que lui la souffrance de la Haute-Sécurité.

Il se surprit aussi à avoir envie de réconforter l'autre quand celui-ci se mettait à sangloter sur le passage des Détraqueurs.

Vingt-et-un ans et quelques pour ressentir la honte d'avoir lui aussi jugé sans procès, à sa manière, dix ans plus tôt.

Maintenir sa forme animagus pendant que l'éternité s'écoulait, c'était un exercice éreintant. Surtout dans le froid d'Azkaban. Surtout sans manger.

Sirius se réveilla à un moment en grelottant deux fois plus que d'ordinaire, et quand il appuya sa patte sur le sol pour se relever, ce furent le bout de ses doigts qui se brûlèrent presque au contact de la pierre glacée. Et son museau s'était aplati.

Sur sa droite, Snape le fixait avec un le même air méprisant qu'il avait conservé devant le gardien.

Un maigre sourire se forma sur les lèvres de Sirius. Ça ne prenait pas, cette fois.

L'autre lui répondit d'un regard dérouté.

-Snape… c'était quoi, la dernière date que t'as vue ?

Sa voix était rauque de ne pas avoir été utilisée depuis trop longtemps. Snape sembla mettre quelques secondes à comprendre. Sa voix à lui était cassée, probablement par le froid et ses sanglots répétés.

-9 juin 82.

Vingt-deux ans…


Il faisait froid, à Azkaban. Très froid.

Surtout quand une tempête se levait autour de l'Île.

C'était un simple réflexe de survie qui avait poussé Sirius à se coller au semblant de mur droit de sa cellule, son bras droit –il était droitier- ainsi mieux protégé du froid que le gauche.

Snape était gaucher.

C'était aussi un simple réflexe de survie de se coller à la première source de chaleur humaine qu'on rencontrait dans cet enfer glacé. Et de se relayer pour garder son visage enfoui dans le creux du cou de l'un quand une crise de larme nerveuse prenait l'autre.

Peut-être que ça n'était pas un réflexe de se serrer la main jusqu'à en avoir mal aux jointures, après des cauchemars ou après le passage des Détraqueurs.

Ils n'échangèrent pratiquement pas un mot du morceau d'éternité qu'ils partagèrent. Ils étaient tous les deux certains d'avoir affaire à un criminel dangereux, de toute façon. Ils n'en avaient pas grand-chose à foutre.

Sirius avait vingt-deux ans et l'épaule humide de larmes quand il recommença à avoir de l'intérêt pour l'espèce humaine.


Au cas où vous vous posiez la question: j'ai dans l'idée que Snape, le temps que Dumbledore ne le fasse innocenter, a pu aller visiter Azkaban de près, avant de devenir prof de potions. Sauf que Sirius ignore que le Snape va sortir sous peu... héhé. Cruelle? Qui?

*Pointe le bouton en dessous avec un sourire tout mignon*