Le chapitre sort avec un peu d'avance cette semaine parce que je n'aurais pas le temps de poster demain.

Beaucoup de blabla dans ce chapitre, mais je l'aime bien.

Bonne lecture !


Contre toute attente, Kurogane passa une très bonne nuit.

Sa matinée, fut malheureusement beaucoup moins réjouissante. Seishiro ne lui adressa pas plus de deux mots. Le cours qu'il donna lui permit de décompresser en se défoulant un peu. Il y alla même tellement à fond que ses élèves durent unanimement lui demander de ralentir le rythme. Au bout des 45 minutes il était pour une fois lui aussi en nage, mais se sentait beaucoup mieux.

Bien qu'il se trouve particulièrement ridicule de faire ça, il ne pouvait s'empêcher de surveiller la porte au cas où une tête blonde y apparaîtrait. Mais Fye ne venait pas, et il recommença à s'inquiéter. Il finit par décider de lui envoyer un message, mais seulement pour être fixé et ne pas passer sa journée à attendre pour rien.

« À Fye : Tu sais, ce n'est pas en venant deux fois à la salle que tu auras des muscles... »

Pour être honnête avec lui même, Kurogane devait reconnaître que son message avait également pour but de se rassurer. Il détestait ne pas savoir s'il allait bien ou pas. C'était idiot, parce qu'à moins de vivre avec la personne, il était impossible de toujours être au courant de son état, mais ça l'inquiétait quand même. Le fait que Fye ne lui réponde pas n'arrangea rien à son problème. Il se fit cependant violence et parvint presque à se convaincre qu'il y avait pleins de raisons pour lesquelles l'autre restait silencieux, la première d'entre elles étant que le blond en avait marre de lui.

Grâce à un effort de volonté dont il ne se serait pas cru capable, il parvint à ne pas lui envoyer un deuxième message de la journée, alors même qu'il n'avait toujours pas eu de réponse.

Le soir, il passa une heure sur Skype avec son fiancé. Il fit comme si de rien était durant toute la conversation. Il bombarda Henry de questions sur l'hôtel, la ville, et même son travail, et réussit enfin à se sortir cette histoire avec Fye de la tête.

Son succès ne dura néanmoins que jusqu'au lendemain, puisque c'était toujours silence radio du côté de son ex. À contre cœur, et avec le sentiment d'être un parfait imbécile, il du se résoudre à le relancer, en vain cette fois encore.

La colère de Seishiro à son égard commençait à s'émousser, puisqu'ils parvinrent à avoir une conversation cordiale. Kurogane comprenait que son meilleur ami lui en veuille après la peur qu'il lui avait causé et il regrettait de plus en plus de ne pas avoir trouvé un meilleur mensonge qui n'aurait pas causé cette dispute. Le problème avec son ami, c'est qu'il pouvait se montrer très borné par moment, et il était aussi rancunier. Ce n'était pas gagné pour qu'il lui pardonne.

Au bout du quatrième jour de silence de Fye, Kurogane commença sincèrement à envisager l'idée de passer le voir directement à son hôtel. Il lui envoya un nouveau message et pris la décision de lui rendre visite après le boulot s'il n'avait toujours pas de réponse.

On avait beau être samedi, la salle était bondée. Avec l'approche des beaux jours, de plus en plus de monde se mettait en tête de retrouver sa ligne pour pouvoir se pavaner en maillot à la plage. C'était peut être bon pour les affaires, mais ils avaient quasiment le double de travail de d'habitude. Ça eut au moins le mérite de permettre à Kurogane ne pas voir passer la matinée. Entre son cours et les nouveaux arrivants qui le sollicitaient, il n'eut pas le temps de s'inquiéter plus pour son ex.

Lorsque l'heure du déjeuner arriva, il était plongé en pleine discussion avec un de leur régulier. Ce dernier était en train de lui avouer que s'il avait commencé à venir c'était pour draguer une de ses collègue qui passait une heure à la salle de sport tout les soirs. Sa technique d'approche avait été un échec total, mais il avait à cette occasion découvert sa passion pour le sport. Depuis, il venait chaque jour avant et après le boulot.

Seishiro passa à côté d'eux en lançant un joyeux : « Salut ! Comment tu vas ? Ça faisait un moment qu'on t'avait pas vu. » à quelqu'un derrière eux.

-C'est vraiment un super gérant, hein ? Demanda le client en le suivant du regard.

Kurogane ne put qu'acquiescer. Son meilleur ami était excellent dans ce rôle. Il retenait les prénoms des clients, leurs cours et machines de prédilection, s'intéressait à ce qu'ils lui racontaient, le tout avec son plus beau sourire.

-Je suis sûr qu'une partie de vos clients viennent ici pour lui, rajouta l'homme.

-C'est vrai que sans lui, ça ne marcherait pas aussi bien.

-Votre salle est conviviale, et grâce à ça elle a du succès. Ici au moins on a pas l'impression d'emmerder les employés quand on leur demande quelque chose. Je me souviens d'une fois en vacances ou j'avais été dans un...

L'autre continua de raconter son histoire, mais Kurogane ne l'écoutait déjà plus. Un autre son avait attiré son attention. Il avait entendu un rire dans son dos, un rire qu'il ne connaissait que trop bien. Lentement, il se retourna tout en priant pour que ça n'ait pas été un produit de son imagination. Ses yeux rencontrèrent le visage hilare de Fye, et il sut qu'il n'avait pas halluciné.

-Vous allez bien ? S'inquiéta le client.

-Ouai ! Super bien !

Et pour une fois, c'était la vérité. Voir Fye l'avait soulagé de cette peur qui grandissait en lui ces derniers jours. Le blond allait bien, assez en tout cas pour être venu jusqu'ici. Kurogane se sentait nettement mieux maintenant qu'il savait ça. Il réalisa également que ça ne pouvait pas continuer comme ça. Pour l'instant ses inquiétudes avaient disparu, mais en serait-il de même demain, ou la semaine prochaine ?

Son regard croisa celui de Fye et l'expression du jeune homme se transforma. Il cessa de rire et son sourire rétrécit, mais sans pour autant disparaître. Il le regarda fixement quelques secondes, avant de dire quelque chose à Seishiro. Kurogane cru que c'était le seul échange qu'ils auraient pour l'instant, le blond ayant pris l'habitude de l'éviter. C'est donc à sa grande surprise qu'il le vit prendre congé du borgne et se diriger droit sur lui.

-Pardonnez-moi, je dois vous laisser... S'excusa t-il auprès de son client.

Les deux hommes se rejoignirent presque au centre de la salle. Le brun était de plus en plus curieux de savoir ce qui avait bien pu amener Fye ici. Il avait probablement quelque chose d'important à lui dire pour s'être déplacé en personne. Cependant, il ne s'attendait pas du tout à ce qu'il s'exclame joyeusement :

-Salut ! Tu viens manger avec moi ? Je t'invite.

-Pardon ? Fut la seule réponse intelligible qu'il parvint à donner.

Ce type avait définitivement le don pour sortir des trucs complètement improbables en toute situation. Après des jours de silence à ignorer ses messages, voilà tout ce qu'il trouvait à lui dire ?

-Sei', m'a dit que t'avais une heure de pause ce midi, donc on a le temps. Je connais un resto très sympa à deux rues d'ici !

-Attend, j'ai un peu de mal à suivre là... T'es pas foutu de répondre à un seul de mes messages, et maintenant tu veux qu'on se fasse une bouffe ?!

-Non, je ne veux pas qu'on « se fasse une bouffe » comme tu dis, je veux qu'on ai une discussion pour mettre les choses au clair, et j'ai pensé qu'il valait mieux faire ça dans un endroit plus discret.

Il désigna de la main la bonne dizaine de personnes occupée à les observer.

-D'accord allons manger, capitula Kurogane qui ne supportait pas de se sentir épié.

Le brun allait se diriger vers la sortie lorsque son ex petit ami lui signala qu'il devrait peut être commencer par changer de vêtements. Il s'exécuta avant de le rejoindre à l'extérieur. En arrivant devant l'endroit où ils allaient manger, Kurogane découvrit que l'Anglais n'avait pas exactement la définition que lui d'un « resto sympa ». Le restaurant en question était l'un des plus huppé et cher de la ville.

-Rassure moi, tu ne veux pas qu'on mange ici ?

-Si, pourquoi ? S'étonna candidement le jeune homme.

-Je n'ai absolument pas les moyens de...

-Je croyais pourtant avoir été clair quand j'ai dis : « Je t'invite. », non ?

C'était peut être bête, mais Kurogane détestait qu'on paye pour lui. Il avait l'impression de devenir redevable à la personne, ce qui était particulièrement désagréable. Pour ne rien arranger, il détestait l'ambiance de ce genre d'endroit. À tout moment il avait l'impression que le serveur l'épiait pour vérifier s'il ne tâchait pas la nappe ou s'il utilisait les bons couverts.

-Je ne suis pas assez bien habillé ! Protesta t-il, dans l'espoir de le faire changer d'avis.

-Moi non plus, rétorqua le blond.

En effet, il portait un jean, un t-shirt et des tennis, exactement comme lui.

-Aller viens ! C'est super bon ici, tu vas voir ! Insista t-il. Il paraît qu'il font une viande divine, alors ça devrait te plaire à toi qui es plutôt carnivore.

-Tu t'en souviens ? S'étonna Kurogane.

Ce genre d'information étant rarement vital, on avait tendance à rapidement les oublier quand on en avait plus besoin.

-Oui, évidemment. C'est pour ça que j'ai choisi cet endroit.

Le brun pesta d'avoir posé la question. Maintenant qu'il savait que Fye avait fait exprès de choisir ce restaurant pour lui, il ne pouvait plus refuser d'y manger sans paraître impoli.

-Oh... T'étais pas obligé.

L'Anglais sourit et haussa les épaules. Il l'entraîna à l'intérieur où on les installa. Le serveur les laissa seuls avec le menu. Kurogane se força à ne pas regarder les prix lorsqu'il choisit son plat, il ne voulait pas se sentir comme un voleur quand son ex paierait.

Au moment de passer leur commande, en entendant que Fye ne prenait en tout et pour tout qu'une salade, ce qu'il avait lu sur les troubles de l'alimentation liés à la dépression lui revint en tête.

-Tu ne vas manger que ça ? Ne put-il s'empêcher de demander, en essayant de ne pas être trop accusateur.

-J'ai petit-déjeuné ce matin, il faut que je compense, expliqua le blond.

-Tu compenses le fait d'avoir déjeuné ? Sérieusement ?! T'es à un repas par jour ou quoi ?

La moue que fit Fye, lui indiqua que oui. Encore une fois il regretta d'avoir posé la question. Maintenant il allait aussi s'inquiéter pour son alimentation... Il se fit violence pour s'empêcher de faire d'autres remarques à ce sujet, ils n'étaient pas la pour parler de ça.

Il tourna son regard vers le blond, se demandant si il était sensé attendre que ce dernier parle d'abord, puisque c'était lui qui avait pris l'initiative du repas. De toute façon, il ne voyait pas vraiment comment commencer la conversation. « Et donc pour tes problèmes de dépression... », n'était probablement pas le meilleur moyen d'aborder le sujet. Cependant, il allait bien falloir que quelqu'un commence.

Le serveur revint pour lui apporter son entrée, rompant le silence gênant qui s'était installé. Paraissant soudain sortir de ses pensées, Fye parla enfin.

-Je crois qu'on a tout les deux besoin de discuter sérieusement.

-Ouai, c'est sûr, acquiesça Kurogane.

-Pour que les choses soient claires, je vais commencer par faire une petite mise au point, indiqua l'Anglais. Je veux que tu arrêtes, tout de suite.

-Que j'arrête de... ?

-De t'inquiéter pour moi et de m'envoyer des messages. Tu vas te faire des cheveux blancs pour rien, et je vais finir par me mettre en colère contre toi. Quand je t'ai répondu l'autre jour, pour te dire que je voulais mettre un terme à la conversation, je pensais à y mettre un terme, définitif. Lorsque tu as persévéré le lendemain, j'ai naïvement présumé que si je te laissais parler dans le vide, tu laisserai tomber. J'avais oublié à quel point tu peux être borné quand tu veux. J'ai fini par comprendre que le seul moyen était de te le dire en face, alors c'est ce que je vais faire : s'il te plaît, arrête.

Le brun rit jaune. Il avait vu juste en se disant que Fye en avait peut être juste marre de lui. Sauf que s'il croyait que ça serait suffisant pour le faire abandonner, il avait sous-estimé son degré d'obstination.

-Non.

-Pardon ?

-J'ai dis non. Il est hors de question que je laisse tomber, et sûrement pas parce que tu me l'as demandé.

Les épaules du blond s'affaissèrent et il se laissa aller contre la chaise. Il ne paraissait pas réellement surpris, seulement épuisé et dépité.

-Pourquoi pas ? Demanda t-il finalement, en soupirant. Ça devrait pas être si difficile que ça pourtant. On se connaît plus du tout toi et moi. Je suis qu'un inconnu à tes yeux, je vois pas pourquoi tu pourrais pas juste m'oublier.

-Tu crois que ça marche comme ça ? Que j'ai qu'à détourner les yeux pour ne plus y penser ? Tu ne vas pas bien, tu l'as reconnu toi même, et inconnu ou pas, pour moi tu restes Fye, alors non j'arrêterais pas.

-T'es vraiment le roi des emmerdeurs, tu le sais ça ?

-Ouai, mais j'en suis plutôt fier !

-T'es con ! Grommela Fye avec un semblant de sourire.

Leur plat arriva et il dut reconnaître que l'Anglais n'avait pas mentit, les boulettes de viandes étaient exquises. Il prit tout son temps pour les savourer, pour être certain d'en profiter un maximum. En face de lui, Fye peinait à terminer sa salade, mais il se retint de dire quoi que ce soit.

-Alors comme ça tu es fiancé ? Lança soudain le blond, le prenant par surprise.

-Euh... oui. Oui, c'est ça, je suis fiancé.

-Ça fait longtemps ?

-Quelques semaines.

-Si ce n'est pas trop indiscret, qui est l'heureux élu ?

Le brun du reconnaître qu'il était surpris de ce soudain intérêt pour sa vie sentimentale. La première fois qu'il lui avait parlé de ses fiançailles, c'était à peine si Fye l'avait félicité, et il ne lui avait pas posé la moindre question. Ce revirement devait bien avoir une cause, mais il n'avait pas la moindre idée de laquelle. Il se contenta donc de répondre, en s'estimant heureux d'avoir une conversation normale pour une fois.

-Il s'appelle Henry, on s'est rencontré il y a presque deux ans.

-Henry ? C'est pas commun comme prénom, ici.

-C'est parce qu'il est Européen lui aussi. Français pour être exact.

Voyant que son ex commençait à rire, il reconnu :

-Je sais, j'ai un truc avec les étrangers apparemment.

-Oui c'est sûr !

Ils continuèrent à parler d'Henry pendant un bon moment, et Kurogane se mis à regretter de devoir attendre encore aussi longtemps avant son retour. Avec tout ce qui s'était passé ces derniers temps, il n'avait pas pu réellement prendre conscience que son petit ami commençait sérieusement à lui manquer. Il n'avait plus personne pour le masser quand il rentrait courbaturé, ni personne auprès de qui se plaindre de sa journée, ni personne avec qui partager ses repas et son lit. Cela dit, l'absence de son fiancé lui permettait d'avoir du temps à consacrer à Fye. Dès qu'il serait rentré, les choses deviendraient plus compliquées à gérer. Sauf si bien entendu le blond était déjà parti...

Cette question le travaillait d'ailleurs depuis un moment, et il finit par décider de la lui poser.

-Quand je vais partir ? J'en sais trop rien, avoua Fye. Pas avant deux semaines puisque je bosse, mais ensuite, aucune idée. Il y a quelque chose que je voudrais réussir à faire avant de m'en aller, mais à part ça, j'ai pas trop de raison de rester...

-Je te préviens, tu ne te tire pas comme un voleur cette fois ! J'ai pas envie de passer pour un con en apprenant que tu t'es barré depuis une semaine sans que je sois au courant.

-Je t'enverrais un message si ça peut te faire plaisir.

-Je préférerais, en effet ! Grogna t-il, assez sèchement.

Ça faisait peut être cinq ans maintenant, mais Kurogane n'avait pas encore oublié qu'il avait appris par quelqu'un d'autre que la famille de Fye rentrait en Angleterre. Quand on le lui avait dit, il n'avait pas voulu y croire. Il avait envoyé plusieurs messages à son petit ami, et lui avait téléphoné à de nombreuses reprises, mais sans succès. En désespoir de cause, il s'était rendu directement à son domicile, et avait alors pu constater de ses propres yeux que ce n'était pas un mensonge. Ses parents rangeaient les affaires dans la voiture, et le blond était assis sur les marches du perron, les genoux repliés contre la poitrine.

À l'époque, et encore aujourd'hui, il avait considéré ça comme une trahison. Ce n'était que par pure lâcheté qu'il n'avait pas eu le courage de lui dire qu'il déménageait. Si personne n'avait pu le prévenir à temps, et qu'il n'avait pas pu lui dire au revoir, ça lui aurait littéralement brisé le cœur.

-Je n'allais pas partir sans rien te dire, tu sais ? Murmura l'Anglais, qui visiblement s'était aussi replongé dans ses souvenirs.

-Ah non ? Parce que c'est l'impression que j'ai eu.

-Moi, je ne voulais pas déménager en Angleterre. Mon pays c'est le Japon, c'est là que j'ai grandi, et Yui aussi. Mes parents ne pouvaient plus vivre ici, ça les rendait trop tristes. Pour moi au contraire, rester dans la maison, c'était être proche de mon frère... et de toi.

-Je ne comprend pas, pourquoi tu n'es pas resté dans ce cas ?

-J'étais qu'un gosse ! Je devais suivre mes parents, j'avais pas le choix. Et puis... ils avaient déjà perdu un fils, je voulais pas qu'ils perdent les deux.

Kurogane acceptait tout à fait ses raisons de les avoir suivis là bas, ce n'était pas ça le problème. Non, le problème c'est qu'il ne l'avait pas prévenu, et que, quoi qu'il en dise, il ne comptait manifestement pas le faire.

-C'est compréhensible, mais ce n'est pas ce que je te reproche... Fit-il remarquer.

-Tu venais me voir tout les jours, tu me laissais pleurer dans tes bras, tu me réconfortait, tu me faisais rire, et tu étais si heureux quand tu y arrivais... Si je t'avais dit que je partais, tu ne serais plus venu me voir, et j'en avais trop besoin.

Le brun n'en croyait pas ses oreilles. C'était ça, la raison ? Il ne savait pas ce qui était pire, que ce soit aussi bête, ou que ce soit vrai. Ne sachant pas quoi faire d'autre, il rit. Il rit beaucoup, et très fort. Tout le restaurant devait probablement le fixer, mais il s'en contre-fichait. Cette histoire était tellement ridicule, comment ne pas rire ?

-J'ai déjà rencontré des imbéciles, hoqueta t-il, mais toi tu bats tout les records !

-Je ne comprend pas... Dut reconnaître Fye, largué.

-C'est sincèrement ce que tu pensais de moi ? D'après toi je serais ce genre de connard là ?! Jamais je t'aurais abandonné parce que tu déménageais ! Au contraire, j'aurais tout fait pour rendre nos derniers moments ensembles inoubliables. Mais apparemment, tu pensais que j'étais trop égoïste...

Son hilarité se transforma en colère. Comment son petit-ami avait pu arriver à penser un truc pareil de lui ? Il avait pourtant tout fait pour être le meilleur copain possible.

-Tu te trompes, c'est moi l'égoïste dans l'histoire. Si je t'avais avoué qu'on partait, j'aurais rompu avec toi en même temps. Il était hors de question que tu sois obligé de continuer à venir me voir alors que ça t'aurais fait souffrir... Mais tu étais la seule chose qui me permettais d'arrêter de souffrir, au moins pour quelques heures. J'ai pas eu la force de te quitter, parce que je n'ai pensé qu'à moi.

Plus la conversation avançait, plus les révélations devenaient improbables. Kurogane n'était plus en rogne, il était abasourdi. Il n'arrivait définitivement pas à comprendre la façon de penser de Fye. C'était ça, pour lui, être égoïste ?

S'il décidait de considérer que pour une fois, son ex lui avait dit la vérité, et il n'avait aucune raison de mentir là dessus, alors ça voulait dire que ce qu'il considérait comme une trahison depuis des années était loin d'en être une. Ce crétin, lui avait tout caché parce qu'il se considérait obligé de rompre et qu'il ne le voulait pas. C'était complètement stupide, certes, mais comment lui en vouloir quand la raison qui l'avait poussé à mentir c'est qu'il ne voulait se séparer de lui.

-Merde, jura le brun, encore choqué. C'est dingue, j'arrive pas à savoir comment t'as pu te mettre une bêtise pareille en tête. Jamais je ne t'aurais laissé rompre avec moi à cause de ton départ, surtout alors que tu n'en avais pas envie...

Fye se massa le front, l'air épuisé. Il s'avachit sur la chaise en fixant le plafond.

-Je regrette que ça ce soit terminé de cette façon.. soupira t-il. J'aurai voulu tellement mieux pour nous deux.

-Moi non, plus je n'ai jamais été satisfait par cette fin, avoua Kurogane.

Qui aurait pu l'être ? Leur histoire d'amour avait explosé en plein vol alors qu'elle prenait tout juste son essor. Ils avaient commencé à faire des plans pour quand ils seraient à la Fac, ils voyaient déjà leur avenir ensemble, et il avait suffit de quelques secondes pour tout détruire. Avant qu'il l'ait réalisé, son petit ami était à des milliers de kilomètres de lui, et son cœur gisait en miettes à ses pieds.

C'était la première fois depuis le retour de Fye qu'ils évoquaient ce sujet. Il ne s'agissait absolument pas de ce dont le brun avait prévu de parler avec lui au cours de ce repas, mais ce n'était peut être pas si mal finalement.

-C'est pas comme si on pouvait y faire grand chose maintenant de toute façon ! Fit remarquer le blond, avec un sourire trop éclatant pour être sincère.

-Ouai, acquiesça Kurogane qui sentait bien que son interlocuteur se fermait.

Le serveur apporta le dessert, et le brun tenta en vain de convaincre son ex d'en manger une partie avec lui. Il se sentait mal à l'aise de manger autant alors que l'autre avait à peine grignoté.

-Écoute, j'apprécie les efforts que tu fais, mais je te l'ai déjà dit, il est inutile que tu te donne tout ce mal à te préoccuper de ma santé, le repoussa l'Anglais.

Kurogane sourit devant l'ironie de la situation. C'était lui qu'on appelait borné ? La bonne blague.

-Tu ne veux vraiment pas comprendre hein ? Je refuse de laisser tomber. Tu aura beau dire ce que tu voudras, ça ne m'empêchera pas de continuer à m'en faire à ton sujet.

L'exaspération commençait à se lire très clairement sur le visage de Fye. Le brun cru qu'il allait encore lui crier dessus comme à l'hôtel. Au contraire, sa voix était très calme lorsqu'il parla.

-Je sais que tu as ce besoin irrépressible d'aider ceux qui t'entourent, mais il faut que tu comprennes que je n'ai pas besoin de ton aide.

-Excuse moi d'être septique, mais ce qui s'est passé l'autre jour me fait penser le contraire.

-Tu crois toujours que c'était une tentative de suicide ? Réalisa t-il avec dépit.

-C'est ce dont ça avait l'air...

-Oh, et puis merde, crois ce que tu veux, je m'en fout ! Capitula t-il soudainement. De toute façon ce n'est pas à toi de t'en occuper. Je suis assez grand pour faire ce que je veux.

Les arguments de son ex commençaient à devenir de moins en moins pertinents. Cela dit, il s'agissait peut être d'un signe qu'il comprenait enfin que Kurogane ne lâcherait pas. Si c'était bien le cas, le moment était venu d'en remettre une couche.

-Moi aussi, je te signale. Et ce que je veux, c'est t'aider toi !

Fye leva les yeux au ciel, excédé. Il prit quelques secondes pour reprendre son calme.

-Pour ça j'ai déjà tout ce qu'il faut. Tu crois que je suis sous antidépresseurs parce que je trouve ça marrant ? Désolé de te couper l'herbe sous le pied, mais j'ai déjà un psy. Je ne vois pas vraiment ce que tu pourrais faire de plus...

Le brun se doutait que l'Anglais était suivi, ça paraissait logique. Cependant l'entendre le lui confirmer ne rendait cette histoire que plus réelle. Cela voulait dire qu'il avait vu juste depuis le début. Fye était en pleine dépression. C'est vrai qu'il n'avait pas de diplôme en psychiatrie, mais il était persuadé qu'il y devait bien y avoir un moyen qu'il puisse l'aider lui aussi.

-Moi non plus j'en sais rien, mais il y a forcément quelque chose. C'est à toi de me dire ce dont tu as besoin ! Et ne me répond que ce qui te ferais du bien c'est que je te foute la paix, parce que c'est faux.

Cette fois-ci, le blond ne protesta pas ou ne chercha pas à lui faire changer d'avis, il demanda simplement :

-Pourquoi ?

-Pourquoi quoi ?

-Pourquoi tu veux m'aider à ce point ? Qu'est-ce que ça va t'apporter de faire ça ?

-Rien. Je ne suis pas du genre à laisser tomber les gens, c'est tout.

-Oh... Je vois...

Fye s'avança sur sa chaise. Légèrement penché en avant, il se mit à fixer son vis à vis droit dans les yeux. Kurogane pouvait lire de la curiosité et une pointe de surprise dans son regard. Cette attention particulière ne tarda cependant pas à le mettre mal à l'aise. C'était comme si le regard de Fye cherchait à le sonder pour lire en lui. Il y avait tellement d'intensité dans les iris azurs braqués sur lui, que le brun eut tout d'un coup du mal à respirer. Sa gêne atteignant son paroxysme, il dut se détourner.

-Fye ?! Tu peux... arrêter, s'il te plaît ?

-Je n'y avais pas fait attention jusqu'ici, mais tu n'as absolument pas changé, murmura l'intéressé, pensant manifestement à haute voix.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

Tiré de sa réflexion, le blond eut un sursaut. Haussant les épaules il marmonna un « Non, rien... » pas le moins du monde convainquant. Encore perturbé par ce qui venait de se passer, Kurogane préféra ne pas approfondir le sujet.

-Donc, euh.. on est d'accord pour dire que tu vas arrêter de me considérer comme un pestiféré ? Demanda t-il à la place.

-Tu n'as jamais été un pestiféré à mes yeux, mais oui. Si ça peut te rassurer, je vais répondre à tes messages, à condition que tu évites te me harceler.

Le brun eut le sentiment qu'il venait de parvenir à un grand pas en avant. Enfin, son ex allait arrêter de l'ignorer et de le fuir. C'était quand même un sacré progrès.

-Soyons quand même clair sur un point, je n'ai pas plus envie d'en parler qu'avant. Si tu espérais que je me confie en pleurant sur ton épaule, ou un truc du genre, oublie tout de suite.

-D'accord.

-Sache que je n'ai capitulé que parce que t'es le pire casse pied que je connaisse, et que je n'avais aucun autre moyen de me débarrasser de toi.

-Ça me va.

Pour être honnête, tout lui allait. Du moment qu'il n'était pas obligé de revivre à nouveau ces deux jours où il avait eut le ventre noué par l'inquiétude, le reste n'était pas grave. Tant pis s'il ne voulait pas parler. Certes, il avait envie de savoir ce qui était arrivé à son ex, mais ça pouvait attendre.

Sa victoire ne fut néanmoins que de courte durée car Fye se leva en marmonnant qu'il allait régler, et ne lui adressa presque pas un mot sur le trajet du retour.

-Tu entres ? Demanda Kurogane lorsqu'ils furent arrivés devant son lieu de travail.

-Non. Le sport c'est définitivement pas mon truc...

-Mais et pour ton type qui voulait des muscles ?

Le blond eut un sourire sarcastique.

-Je crois que pas que des muscles puissent être compatibles avec mon corps. Ils me photoshoperont de toute façon, alors il peuvent bien me rajouter des muscles par la même occasion.

Kurogane aurait bien voulu qu'il continue de venir, ça aurait été plus simple pour lui que de devoir envoyer des messages, mais il ne pouvait pas non plus lui forcer la main. Sentant que son ex n'avait de toute façon plus envie de poursuivre cette conversation, il décida de rentrer.

-Bon, moi je vais m'y remettre. J'ai pas envie que Seishiro soit plus en colère contre moi que ce qu'il est déjà.

Devant l'expression incrédule du jeune homme, il lui raconta ce qui s'était passé suite au mensonge qu'il avait inventé pour le couvrir.

-Mais qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi ?! Tu ne t'es quand même pas engueulé avec ton meilleur pote à cause de moi ? Et puis c'est quoi ce mensonge de merde ? Je ne t'avais pas demandé de ne rien lui dire du tout, tu aurais pu lui raconter la vérité en omettant la fin de la nuit !

-Oh...

Bêtement il avait pensé qu'il fallait qu'il garde tout ce qui s'était passé durant la soirée pour lui. Manifestement il avait eu tort.

-Aller, viens avec moi, je vais réparer ça.

Fye l'entraîna jusque devant Seishiro, qui tiqua en les voyant tout les deux.

-Seishiro, il faut que tu saches que si Kurogane est arrivé en retard mercredi, c'était entièrement ma faute.

-Comment ça ?

-On s'est croisé lui et moi quand il sortait du bar, et on est allé boire un coup tout les deux. Finalement, j'étais tellement rond comme une barrique, qu'il m'a raccompagné à l'hôtel et qu'il est resté avec moi pour pas que je me gerbe pas dessus. Le lendemain j'ai eu tellement honte que je lui ai demandé de garder ça pour lui. Apparemment, cet imbécile m'a un peu trop pris au sérieux.

Le borgne resta incrédule plusieurs secondes face à ce qu'il venait d'apprendre.

-Putain mec, si t'existais pas, faudrait t'inventer ! S'exclama t-il finalement en reprenant ses esprits.

-Je suis désolé d'avoir causé ce malentendu, s'excusa Fye. Je ne pensais pas qu'il poursuivrait le mensonge alors que vous vous étiez brouillé à cause de ça.

-Bah c'est pas grave. Ça confirme ce que j'ai toujours pensé, être gentil c'est bien, mais c'est crétin ! Gloussa Seishiro en envoyant un coup de coude à Kurogane.

Ce dernier resta sans voix. Son ex venait de sortir à son meilleur ami un bobard inventé sur le moment avec un aplomb déconcertant. Le pire c'est que son mensonge était de l'ordre du crédible, et l'assurance avec laquelle il racontait ça, ne permettait pas d'envisager une seule seconde que ça pouvait être faux.

Cela dit, pour cette fois, il n'allait pas se plaindre des talents inouïs de comédien du jeune homme. Après tout, ils venaient de lui sauver la mise. Il articula un « merci » silencieux à Fye.

Cette journée allait probablement mieux se terminer qu'elle n'avait commencé.

-Alors comme ça, toi et Fye, vous avez passé une nuit ensemble à l'hôtel ? Vous avez été sage j'espère ! Le charia Seishiro, en lui lançant un clin d'œil suggestif.

Évidemment, maintenant, il allait devoir passer sous le feu de l'interrogatoire de son meilleur ami, mais il préférait encore ça, plutôt que de continuer comme ces derniers jours.

-Dis pas de bêtises, on a fait que dormir.

-Ça c'est ce que disent ceux qui ont fait autre chose !

-Soit pas con, je suis fiancé je te signale !

-Moi, à ta place, c'est pas ça qui m'aurait arrêté... Lui signala Seishiro, avec un sourire carnassier.

Kurogane leva les yeux au ciel. Il était irrécupérable...


Alors, des avis sur la suite des événements ? Tout va t-il devenir tout beau tout rose, ou au contraire les choses vont elles empirer ?

Je vous laisse méditer là dessus, et je vous dis à dans deux semaines !