Chapitre 11 - Premier rendez-vous
Point de Vue - Kim
On était de retour à la Push. Depuis une semaine. On était vendredi, et mes parents venaient de partir pour Washington DC. Avec Jared, nous avions convenu d'aller au cinéma demain soir, ce qui m'arrangeait bien, car je n'avais aucune envie -du moins pour l'instant- d'expliquer à mes parents que j'allai au cinéma avec un garçon. Pour mes parents, tout ce qui m'intéressait, c'était les livres, les dessins animés et les films pour enfants (bon, ça, c'est vrai, avec Anna, on était toujours fans),j'allai à l'école, je rentrai, je travaillai, et c'est tout. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que cela faisait des années que je rêvais d'un garçon qui ne me connaissait même pas. Pour revenir à notre rendez-vous -juste le fait d'y penser me donnait encore des frissons dans le dos, bien sûr, j'en avais parlé à Anna, mais c'était la seule, et c'était pour ça que nous avions prévu de passer la journée de demain ensemble. À un moment, je sentis mes paupières devenir lourdes, et je me laissais glisser dans un sommeil paisible.
Le lendemain matin, vers 10 heures, la sonnette retentit, et je me précipitais pour aller ouvrir, me retrouvant nez à nez avec ma petite rousse préférée. On se fit la bise, puis nous montâmes dans ma chambre. Jusqu'à environ treize heures, nous travaillâmes en discutant. Je préparai ensuite une fournée de cookies, pendant qu'Anna faisait une salle de pâtes. Après avoir mangé, nous nous installâmes sur le canapé devant la télévision, avec nos cookies. On lança le film Nowhere Boy de 2009 -un film "sérieux" de temps en temps n'a jamais fait de mal. Lorsque Paul McCartney, joué par Thomas Sangster, se mit à chanter pour son "audition", Anna laissa échapper un soupir.
-"Il chante vraiment trop bien ... En plus, il est trooooop craquant !"
-"Mouais, il est pas mal ..."
-"Toi, de toute façon, si ce n'est pas Jared, personne n'est mignon !"
-"J'avoue, Mme. le juge, j'avoue !" dis-je en riant.
Elle me sourit.
-"D'ailleurs ... T'es prête ?"
-"Absolument pas. Je vais faire une crise cardiaque. J'y arriverai jamais. Non mais, tu te rends compte, ça fait des années que j'attends ce moment, et maintenant j'ai peur de tout gâcher. Et si il se fichait de moi, que ce n'était qu'une blague ? Ohh, ça aurait mieux fait de rester juste un coup de coeur secret ..."
J'étais tellement angoissée que ça me nouait l'estomac.
-"Attend, attend, calme toi. Déjà, je suis sûre que jamais Jared ne se ficherait de toi. Ensuite, un "coup de coeur" qui dure depuis l'école primaire, moi, je n'appelle pas ça juste un béguin. Tu es totalement amoureuse de lui. Et dès qu'il te connaîtra mieux, je suis sûre que lui aussi. Maintenant, il est quelle heure ?"
-"16 heures."
-"Bon, déjà, on va prendre le goûter." décréta-t-elle.
Un quart d'heure plus tard, nous étions dans ma chambre.
-"Alors, la tenue ..."
-"Lucy, sort de ce corps !" fis-je en riant.
-"Ha ha ha, très amusant. Je veux juste que tout soit parfais !"
-"Je sais. Merci."
Elle me sourit, et me prit dans ses bras.
-"Et ça le sera ..." ajouta-t-elle.
Finalement, notre choix s'arrêta sur une jupe qui m'arrivait aux genoux noire et blanche à carreaux, avec un haut blanc à manches courtes tout simple, et une paire de Converses noires. Vers 18 heures, Anna rentra chez elle. J'allai prendre une douche, puis je m'habillai confortablement. Étant donné que nous n'avions rendez-vous qu'à 21 heures, on avait décidait de manger avant, et, me connaissant, si je m'étais habillée avant, j'allai probablement m'en mettre partout. Je mangeais donc le reste de la salade de ce midi, puis remontais me préparer. Comme il n'était que 19h30, je m'allongeais sur mon lit, et sortis Les Misérables. Je le lus jusqu'à 20h30. Ensuite, je coiffai mes longs cheveux bruns en un chignon, et plaçai un serre-tête juste au-dessus de ma frange. Je mis du rouge à lèvres clair, et me fis un trait d'eye-liner noir, puis je descendit.
À 21 heures, on sonna à la porte. Je me dirigeai vers la porte, et, avant de tourner la poignée, prit une profonde inspiration. Je m'écartai pour laisser Jared entrer. Il était tellement beau, alors même qu'il ne portait qu'un simple T-shirt et un jean. Mais il n'entra pas tout de suite. Il resta quelques secondes sur le seuil. Comme il me regardait -oui, moi, Kim, Jared Cameron me regardait moi !-, je rougis. Il détourna le regard, et je me poussai pour qu'il puisse entrer.
Mais en fait, nous n'allâmes pas beaucoup plus loin que l'entrée. On resta là quelques minutes dans un silence gêné -enfin, gêné pour moi-, puis j'allai chercher ma veste et nous ressortîmes. Jared m'accompagna jusqu'à sa voiture, puis nous partîmes pour Port Angeles. Lorsque l'on arriva, c'était l'heure du début de la séance. Nous entrâmes donc dans le cinéma, et nous nous installâmes dans une rangée vers le milieu. Jared me laissa passer pour m'avancer vers le centre, mais je déclinai pour m'asseoir au bord. Il prit donc place à ma droite. Lorsque les lumières s'éteignirent, je me sentie presque soulagée. Dans le noir, au moins, personne ne pouvait voir ma tête. Pendant quasiment la totalité du film, auquel je ne prêtai pas vraiment attention, d'ailleurs, je me demandai pourquoi j'avais accepté. J'étais tellement timide, je n'arriverai même pas à lacer deux mots ! L'anxiété me nouait le ventre lorsque le film se termina. Nous laissâmes la plupart des gens passer, avant de nous diriger vers la sortie. Lorsque nous ressortîmes dans la rue, je pensai que nous allions rentrer, mais Jared me prit la main -qui devait probablement être moite, très gênant- et nous nous dirigeâmes vers la promenade. Il s'agissait d'un long chemin de bois au bord de l'eau. Un léger vent soufflait, mais je n'avais pas froid. Nous marchâmes une bonne dizaine de minutes en silence, mais à cet instant, ce n'était pas un silence pesant comme au début, c'était un silence reposant. Je n'avais pas besoin de mots. Je me sentais ... bien, la main de Jared toujours serrée autour de la mienne.
À un moment, alors qu'il n'y avait plus personne autour de nous, Jared s'arrêta.
-"Hum, Kim, je sais que je ... hum ... je voulais te dire que ...Je suis désolé."
Et voilà. Il allait me dire qu'il ne voulait plus jamais me voir, parce que j'étais ennuyante, je n'avais aucune conversation, j'étais trop timide, je n'étais pas pour lui ...
-"Je suis désolé de t'avoir ignoré pendant des années."
Alors ça, si je m'y attendais !
-"Tu es quelqu'un de vraiment génial, tu es intelligente, gentille, attentionnée ...Et tu es aussi magnifique ..." Il murmura la dernière phrase.
Ok, où était la plaisanterie ? Je veux dire, que Jared Cameron me dise que j'étais jolie, il y avait forcément anguille sous roche ! Mais je ne voyais toujours pas où il voulait en venir.
-"Et ... Je voulais ... Je voulais te demander ..."
À ce moment-là, de petites gouttes de pluie commencèrent à nous tomber dessus. C'était une pluie fine, une petite pluie d'été dont l'état de Washington avait le secret. J'adorais regarder la pluie tomber, cette façon qu'elle avait de brouiller une réalité trop étroite. Elle commença à tomber un peu plus fort, mais ça restait agréable -en tout cas de mon point de vu. C'est à ce moment-là que changea ma vie. Bon, j'exagère sans doute un peu, mais pour moi, les minutes qui suivaient allaient tout changer.
Jared planta son regard dans le mien, et me demanda de but en blanc :
-"Kim, est-ce que tu voudrais bien sortir avec moi ?" Il devait presque crier maintenant pour surmonter le bruit de la pluie qui avait décider de devenir terriblement forte.
J'avais les cheveux plaqués sur le crâne à cause de la pluie, le vent agitait ma frange, et mes vêtements dégoulinaient d'eau. Si il arrivait à me trouver belle comme ça, alors peut-être était-il vraiment sincère sur ce qu'il ressentait. Et puis, si ma timidité m'avait ben apprise une chose, c'est que l'on regrette toujours les chances qu'on laisse partir. Qui ne tente rien n'a rien, pas vrai ?
-"Oui." me contentai-je de chuchoter.
Il avait dû m'entendre, car il se pencha lentement vers moi, et, lorsqu'il se trouva assez près de moi pour que je sente son souffle chaud sur mes joues, et mit sa main sur ma joue, et attira doucement mon visage vers le sien.
Je serai incapable de décrire ce que j'ai ressenti au moment où nos lèvres se sont touchées. Jared était tendre, il ne me forçait à rien. Ça me donnait plus l'impression d'une sorte de prière silencieuse. Et puis j'eus l'impression que quelque chose explosait autour de moi. Peut être mon coeur, qui pour la première fois se sentait comblé. Ou alors mon univers. Oui, mon univers, qui se fissurait, qui tombait en morceaux, pour devenir le sien. Il était devenu mon univers. J'avais l'impression que des milliers de flammes brûlaient dans mon coeur, des flammes dont je n'avais jusqu'à présent jamais ressenti le besoin, le besoin de leur chaleur. La boule de peur qui me nouait toujours l'estomac -peur de toujours rester la fille que personne ne voit, peur de l'avenir- s'était enfin dénouée. Comme si j'avais trouvé la partie manquante de mon âme.
C'est sur ces pensées-là que je m'endormie ce soir, après que Jared m'eut raccompagné chez moi. Sur le fait que tout allait changé. Que tout avait changé. Changé pour le mieux.
