Démons, 3e opus

La Prophétie

« Expliquer précisément et rationnellement

ce qu'est un démon, ce qui fait d'une force

qu'elle est démoniaque est une entreprise

ardue, voire impossible. Il existe tant de types

de démons, tant d'approches différentes

que l'on peut même penser que ce n'est après tout

qu'une question de point de vue. Une chose est

sûre, néanmoins. Un élément devient démoniaque

dès lors qu'il est vicié. Comme une infection. Mais cela

suppose l'existence d'une partie non démoniaque,

qui assure un équilibre. »

Les Cinq Vies du Démon Piccolo


Chapitre 12 : Retours

Lorsque la capsule spatiale s'arrima à leur vaisseau et que la porte magnétique s'ouvrit, tous sentirent que Piccolo ne serait pas d'une humeur extrêmement joyeuse. La silhouette colossale du Namek se dessina dans l'encadrement de la porte, qui se referma derrière lui dans un son étouffé. Goku alla accueillir son vieux rival.

« Piccolo ! Content de te revoir ! »

Le Namek jeta un bref regard à Goku, avant de se tourner vers Bulma.

« Il a dit de ne pas s'en faire. Il t'embrasse, toi et tes enfants. »

Bulma déglutit et, surprise, sentit les bras de Trunks enlacer ses épaules. Elle tremblait.

« Il n'a… n'a rien dit de plus ? » demanda-t-elle d'une voix tremblante.

« Les évènements ne nous ont guère laissé le temps de discuter, répondit Piccolo. Je ne sais absolument pas où ces Saiyens ont pu l'emmener. »

Gohan replaça d'un geste machinal ses lunettes sur son nez.

« Ce sont vraiment des Saiyens ? questionna-t-il. Je pensais que Freezer les avait tous éliminés… »

« Ceux que j'ai vu avaient toutes les caractéristiques physiques des Saiyens, en tout cas », répliqua Piccolo un peu sèchement.

Le petit groupe, tout en écoutant le récit de Piccolo, se dirigea vers la pièce de vie du vaisseau.

« Et… qu'est-ce qu'on peut faire ? » demanda Goten.

« Vous faites ce que vous voulez. Moi je rentre sur Terre. » Tous regardèrent Piccolo, surpris. Le Namek croisa les bras. « Je ne sais pas où est Végéta, et ceux qui m'ont fait sortir de geôle m'ont dit de ne pas traîner dans les parages. Les juges ont trop à faire pour me poursuivre, et je reste assez insignifiant à leurs yeux, mais mieux vaut ne pas tenter le diable. Et je pense être plus utile sur Terre que perdu dans l'espace à la recherche de Végéta. Sans vouloir t'offenser, Bulma. »

« Non… Ne t'en fais pas, je comprends, Piccolo. Mais comment veux-tu retourner sur Terre ? Faire un aller retour est bien trop compliqué… »

« Sangoku m'y emmènera, avec le déplacement instantané. Ensuite, s'il le souhaite, il vous rejoindra. »

Gohan observa son père. Oui, il lui était tout à fait possible d'emmener Piccolo sur Terre. Ils avaient d'ailleurs déjà pensé au déplacement instantané pour rejoindre le tribunal, mais la possibilité avait été bien vite écartée. Débarquer en plein milieu de l'aire de sûreté du tribunal, ou bien dans la cellule de Piccolo, puisqu'il fallait repérer une aura connue pour opérer le déplacement, aurait été bien trop risqué. Quant à Végéta, personne n'avait pu le localiser, donc se télétransporter à ses côtés était impossible. Mais revenir sur Terre, rien de plus facile pour son père. Sangoku se passa une main derrière la tête.

« Oui, je veux bien te ramener là-bas, Piccolo… Et vous autres ? Qui veut rester, qui veut rentrer ? »

Un court silence s'installa, durant lequel chacun des occupants du vaisseau dévisagea son voisin. Pour Trunks et Bulma, le choix était déjà fait. Gohan observa sa fille, qui observait l'espace par un hublot, et n'avait pas du tout l'air d'avoir envie de rentrer. Puis il croisa le regard de son frère. Il y lut quelques hésitations, mais Goten sembla prendre une décision et hocha légèrement la tête.

« Et toi, papa, que veux-tu faire ? » demanda Gohan à son père.

« J'emmène Piccolo sur Terre et je reviens. Je veux savoir où est passé Végéta » répondit Goku d'un ton décidé.

« Dans ce cas, je crois que nous allons tous rester ici, décréta Gohan. Nous allons partir à la recherche de Végéta, et suivant le temps que cela prendra, nous aviserons. » Bulma posa sa main sur l'épaule de Gohan.

« Merci Sangohan… »

Le fils de Sangoku adressa un sourire rassurant à Bulma. Puis Piccolo prit la parole.

« Alors retournons sur Terre. Je vous souhaite bonne chance dans vos recherches. Faites attention. » Il se tourna vers Sangoku et posa une main sur son épaule. Quelques secondes plus tard, le Namek et le Saiyen avaient disparu.


Lauralys n'avait pas beaucoup dormi. La sensation d'être suspendue ainsi dans les airs n'était pas des plus simples à apprivoiser. Le matin était arrivé alors qu'elle avait à peine fermé l'œil. Elle n'avait pas trop su si elle devait l'accueillir avec grognements ou avec soulagement. Elle s'était néanmoins vite remise en route, après avoir grignoté quelques barres énergétiques et avoir rassemblé tout son attirail.

Son sac à dos bien arrimé sur ses épaules, son matériel d'alpinisme bien harnaché autour de l'imposante circonférence de pierre de la Tour Karin, Lauralys avait repris son ascension. Des heures et des heures durant, elle avait répété les mêmes gestes, toujours vers le haut. Elle s'était aperçue, sans doute vers le début de l'après-midi, qu'elle ne voyait plus le sol. Elle était passée à travers une épaisse couche de nuage, sans vraiment s'en rendre compte, et désormais, elle n'avait sous les pieds, à perte de vue, qu'un immense matelas blanc et cotonneux. Cela dit, elle n'aurait pas pris le risque de s'y laisser tomber.

Elle s'était accordé quelques minutes de pause afin de profiter de ce spectacle inattendu, puis s'était remise en route. Les heures avaient succédé aux heures, et elle avait perdu toute notion du temps. Elle jetait des regards réguliers vers le haut, mais ne décelait rien de plus que la ligne infinie de pierre qui se perdait dans les hauteurs célestes. Elle s'efforçait de ne pas penser au temps qu'il lui restait, ni à la folie de son entreprise. Ni à l'éventualité, toujours probable, qu'il n'y ait rien à trouver là-haut…


Krilin survolait les débris de la ville. Une grosse partie de la Capitale, immeubles, maisons, bâtiments divers, avait été réduite en cendres, soit par le combat qui avait eu lieu, soit par le souffle d'une puissance effarante qui les avait attirés ici. D'où il se trouvait, Krilin pouvait sans peine apercevoir le déluge, comme une étrange masse circulaire, sombre et mouvante, suspendue dans les aires à moins d'un kilomètre de là. Et sentir les puissances qui s'y déchaînaient rendait ses recherches beaucoup plus difficiles. C18 n'avait pas d'aura, mais le gros Boo avait parlé d'une petite fille. Si près de la Capsule, qui devait d'ailleurs n'être plus que ruines désormais, il y avait fort à parier que la petite fille en question était Bra.

Il se concentrait donc sur cette aura qu'il connaissait, en espérant que la fille de Bulma était encore en vie. Il chassa cette pensée. Imaginer dans quelle rage entrerait Végéta si jamais sa fille avait été tuée le fit frémir.

Krilin se figea soudain. Il n'y avait pas prêté attention avant de penser au Saiyen. Il se concentra, cherchant, malgré le chaos environnant, fouillant la Terre, triant les auras qu'il connaissait ou non. Du monde chez Dendé. Sa fille, notamment. Yamcha qui volait vers la Capitale. Tortue Géniale, qui semblait dépenser son énergie lui aussi. Oob, près de Ten Shin Han, Chaozu et Boo. Il parvint même à déceler l'aura de Videl et celle d'Ani.

Mais il avait beau fouiller, se concentrer, faire appel à sa sensibilité nouvelle, rien. Il ne trouva aucune trace de Végéta, ni de Sangoku, ni de ses fils. Pas de Trunks, non plus. Que se passait-il ? Pourquoi, alors que la Capitale était dévastée, et pas seulement elle, à en juger par certains paysages qu'ils avaient survolés, ni Goku ni aucun autre Saiyen exceptée Bra n'était là pour défendre la Terre ?

Il se passait quelque chose d'anormal. De profondément anormal.

Sa conscience fut soudain rattrapée par l'immédiateté du moment lorsqu'un fracas de gravats et de métal attira son attention. À quelques vingt mètres de lui, quelque chose venait d'émerger des ruines. Une silhouette colossale, un homme à première vue, visiblement très abimé. Il lui manquait un bras. Et son visage…

Krilin eut un temps d'arrêt. Impossible…

Un temps d'arrêt suffisant pour que la silhouette se mette en mouvement, retournant les pans de murs écroulés avec frénésie. Krilin descendit prudemment au sol, le regard toujours accroché à l'homme, détaillant ses mouvements, ses vêtements. Quand il fut à distance suffisante, il n'eut plus aucun doute.

« C16 ? »

Le cyborg se retourna vers lui, l'avisa d'un bref hochement de tête, et reprit ses recherches. Krilin fit quelques pas de plus et soudain, le robot arracha quelque chose au sol jonché de débris. Un petit pantin désarticulé. Aux cheveux bleutés…

En deux secondes, Krilin fut au chevet de Bra, aux côtés du colosse qui l'avait allongée sur un pan de mur écroulé.

« Qu'est-ce que… commença Krilin. Nom de dieu, C16, qu'est-ce qui s'est passé ? Qui sont ces monstres, là bas ? Où sont Végéta et les autres ? Et par tous les diables, qu'est-ce que tu fous ici ? »

Le cyborg leva les yeux sur lui.

« Trop de questions, répondit-il de sa voix toujours aussi calme, qui tranchait avec le décor ambiant. J'ai pu protéger la petite pendant l'attaque. Mais C18 est quelque part. À plusieurs centaines de mètres par là-bas, je pense. »

De son unique bras restant, C16 indiqua une zone dévastée, qui les éloignait encore du centre du cyclone dont ils ressentaient l'effarante puissance. Krilin s'élança aussitôt dans la direction indiquée, mais fut stoppé net par un bolide qui atterrit juste devant lui.

« Salut le bonze. Ma sœur est dans le coin ? »

« C17 ? Qu'est-ce que tu fiches ici ? Décidément, c'est une réunion de cyborgs… »

« Ma sœurette m'a ordonné de l'aider à faire un peu de ménage, puis elle m'a lâchement abandonné. J'suis venu lui dire ma façon de penser… Mais… » C17 s'interrompit, fixant un point par-dessus l'épaule de Krilin. « J'ai volé si vite que ça ? J'serais revenu dans le passé ? Toi à nouveau chauve, et cette vieille carcasse de C16 ? »

« On essaiera de démêler tout ça plus tard, tu veux bien ? lui lança Krilin, déjà occupé à soulever les débris autour d'eux. Ta soeur est quelque part dans le coin, sans doute ensevelie sous un mur, ou quelque chose comme ça… »

C17 haussa un sourcil, puis voyant que le chauve semblait vraiment inquiet, se mit à chercher avec lui. Ils retournèrent les ruines sans ménagement, et finirent par découvrir C18, totalement démantibulée, la tête pendouillant lamentablement.

« Vous en avez mis, du temps… » les tança-t-elle. Krilin demeurait figé, et C17 répondit, goguenard :

« Eh ben… Te voilà bonne pour la casse, soeurette. »

« Ferme-la, répliqua-t-elle sèchement. Où est Bra ? »

« Elle est ici, inconsciente », intervint C16, qui venait d'arriver près d'eux, Bra jetée par-dessus son épaule comme un vieux sac de linge.

« Bon… Ni elle ni moi ne sommes en état de nous battre, déclara C18. Le labo de Bulma est sous les décombres, inaccessible. Bulma est inaccessible aussi, d'ailleurs. C16, tu es bien amoché aussi. Tu vas nous conduire chez Dendé, il faut au moins soigner Bra. Vous deux… » Dans un ultime effort, donnant une impulsion aux quelques circuits qui reliaient encore sa tête et sa nuque, C18 tourna son regard sur son époux et son frère. « Vous deux, allez prêter main forte à Boo. Mais si ça dégénère, n'insistez pas et rejoignez-nous au palais. Je ne sais pas qui est ce type, ni ce qu'il veut, mais il est dangereux. » Son regard glacé rencontra celui de son frère. « Vraiment dangereux. »

C17 hocha la tête, et attrapa ce qui restait de sa sœur pour la harnacher sur le dos de C16. Krilin sortit enfin de son immobilité, et s'approcha de la tête pendante de C18. Il déposa un baiser sur les lèvres de sa femme.

« Je te rejoins dès que possible, lui murmura-t-il. Tu me dois pas mal d'explications. Tiens le coup… »

« J'vais faire de mon mieux… » répondit la cyborg.

Un hochement de tête plus tard, C16 disparaissait dans l'immensité d'un ciel perturbé par le combat étrange qui avait lieu tout près de là. Et que C17 et Krilin, à leur tour, rejoignirent.


Ten Shin Han heurta violemment le sol. Il tenta de rétablir son équilibre, mais le frigo sur lequel il avait atterri se déroba sous ses pieds. Fichues décombres… En un bond, il échappa à l'éboulement. Chaozu, non loin de là, était allé se protéger derrière un pan de mur. Le petit homme avait lancé trois assauts aux côtés de Ten Shin Han, d'Oob et du gros Boo. Ces deux derniers s'étaient observés un moment sans rien dire, et semblaient depuis avoir choisi l'ignorance réciproque, concentrant leur esprit sur le déluge qui avait lieu au-dessus de leurs têtes.

Pour Ten Shin Han, c'était la huitième tentative qui venait d'échouer. De ce qu'il avait pu comprendre, il y avait quatre seigneurs là-haut, peu ou prou semblables à celui qu'ils avaient affronté. Ils semblaient totalement absorbés par une sorte de combat titanesque où se mêlaient les éléments. Ten Shin Han avait peiné tout d'abord à désemmêler les sensations qu'il avait ressenties. Une chaleur extrême, un souffle puissant, une tempête de sable, des gerbes d'eau… Le tout parfois imbriqué et révélateur d'une puissance tout aussi mystérieuse que terrifiante.

L'atmosphère ambiant, là-haut, était tout simplement insoutenable. Même Boo et son corps gélatineux ne pouvait rester au cœur du déluge bien longtemps. Il y avait quelque chose dans la nature même de ces mystérieux guerriers qui rendait le combat tout bonnement impossible. Comme s'ils n'étaient pas vraiment dans la même sphère de réalité qu'eux.

Il y avait de toute façon quelque chose d'étrange. Ten Shin Han profitait de ces quelques minutes de repos pour essayer de rassembler les éléments qu'il avait en sa possession. Cet appel de Dendé… Ce seigneur du feu… Les terres dévastées qu'ils avaient survolées, sans vraiment pouvoir s'en préoccuper sous peine de perdre de vue leur adversaire.

Et l'absence de leurs amis. Il n'y avait, dans le secteur, que Boo et Oob. Il fallait y ajouter C18, perdue quelque part dans les décombres, d'après le poupon rose, et Yamcha qui était en route pour les rejoindre. Mais où donc pouvaient être passés les autres ?

Ten Shin Han allait repartir à l'assaut, quand trois alliés arrivèrent quasiment en même temps. Krilin, accompagné de C17, et Yamcha, qui venait de la direction opposée.

D'un regard, Ten Shin Han comprit que Krilin avait retrouvé C18. Où était-elle, c'était un élément qu'il appréhenderait plus tard. Pour l'heure…

« Yamcha… Est-ce que tu peux nous dire ce qui se passe ici ? » demanda Ten Shin Han à son vieil ami.

En quelques minutes, et alors qu'Oob et Boo avaient relancé un assaut conjoint, tout aussi vain que les précédents, Yamcha résuma la situation à Krilin, Ten Shin Han et Chaozu, qui s'étaient approchés pour écouter les explications.

Le procès de Végéta, sa fuite, la menace obscure, le choix à faire, le départ de la plupart des Saiyens, et enfin l'apparition, à la faveur de la conjonction, de tous ces démons.

Cela faisait beaucoup d'informations à engranger d'un coup. Krilin restait bouche bée, tandis que Ten Shin Han grimaçait, prenant conscience de la précarité de leur situation. C17 regardait au dessus d'eux, vers ce déchaînement d'éléments qu'il semblait essayer de percer.

Puis Ten Shin Han proposa une attaque massive et conjointe. Oob et Boo les avaient rejoints, et le jeune garçon acquiesça, lorsqu'une brusque apparition les stoppa avant qu'ils aient pu s'élancer.

Piccolo et Sangoku venaient de surgir du néant.


Il y avait foule, sur la terrasse du Palais Céleste. Dendé jeta un regard circulaire. Maron, Mira, Plume, le Docteur Brief et sa femme, le fils de Ten Shin Han, Pearl, Kesshô, Caline. Tous vaquaient à des occupations diverses, mais la tension était palpable. Ils attendaient que le jeune Dieu leur donne des nouvelles de ce qui se passait là, en bas. Et Dendé était bien en peine de les informer de ce qui se déroulait exactement. Les quatre seigneurs liés, d'une manière ou d'une autre, aux quatre éléments, s'étaient réunis à l'appel de l'un d'eux. Cette incroyable attaque qui avait propulsé C18, Boo, Bra et C16 hors de la zone de combat n'en avait pas vraiment été une, de l'avis de Dendé. Il s'était plutôt agi d'une sorte de manifestation de puissance, d'appel à l'affrontement.

Demeurait cette question… Qui étaient-ils ? Quelle était l'origine de ces quatre seigneurs ? Dendé restait persuadé que leur nature n'était pas simplement démoniaque. Il avait eu beau chercher dans sa mémoire, dans ses nombreuses lectures, dans ses discussions avec Karin et Mr Popo, rien d'approchant ne ressortait. Il restait donc deux solutions. Soit ces quatre seigneurs avaient émergé avec la conjonction, par un phénomène mystérieux mais nouveau. Soit ils étaient si anciens que même les connaissances à la portée de Dieu se révélaient impuissantes à les appréhender.

L'attention de Dendé revint aux visiteurs du palais céleste. Il avait deux nouveaux venus, Caline et Kyo, qui tous deux connaissaient son existence et celle de sa demeure. Kyo par les récits de sa mère, Caline par ceux de Bra. Et par sa curiosité et son intelligence. Elle avait deviné d'elle-même, puis aiguillé par la fille de Végéta et Bulma, nombre de points obscurs de l'histoire de ceux qui l'hébergeaient. Ces deux nouveaux invités méritaient amplement l'honneur de pouvoir fouler cette terrasse. Cela était d'autant plus vrai que l'un comme l'autre restaient humbles, impressionnés par la sérénité des lieux, même dans un contexte terrible comme celui-ci. Dendé dut même avouer qu'une pointe d'amusement naquit en lui lorsqu'il surprit les regards à la dérobée que lui jetaient Kyo et Caline.

Maron s'approcha de lui, pour venir aux nouvelles. Elle s'était spontanément faite messagère du groupe, tous ayant compris qu'il était plus judicieux de ne pas déranger Dendé avec des questions venant d'une douzaine de bouches en même temps. Le jeune dieu s'apprêtait à accueillir la fille de Krilin d'un demi sourire d'excuse signifiant que la situation n'avait pas vraiment évolué quand il sentit une approche très rapide. Il fit signe à Maron de patienter et scruta l'horizon de son regard divin. Et quelques minutes après, C16 se posait sur les dalles du palais.

L'arrivée du colosse roux et salement amoché sur la terrasse du Palais Céleste provoqua un certain émoi. Émoi redoublé lorsqu'il déposa sur les carreaux immaculés le corps inerte de Bra et la carcasse désarticulée de C18. Maron accourut au chevet de sa mère. Le Dr Brief et sa femme se précipitèrent vers leur petite fille, et Dendé dut se faufiler entre eux pour soigner l'enfant. Quelques secondes plus tard, Bra reprenait conscience, étouffée de câlins par sa grand-mère. Le Dr Brief était penché sur C18 et son regard voyageait entre elle et C16.

« Il faut y retourner ! Il va détruire la Terre, il faut y retourner ! » criait Bra, tentant d'échapper à l'emprise de sa grand-mère.

« Prends quelques minutes pour te reposer, Bra, conseilla la voix calme de Dendé. Docteur Brief… pensez-vous pouvoir réparer C18 ? » Le vieil homme ne détachait désormais plus son regard de C16, qui restait de marbre.

« Fascinant, murmura-t-il. Vraiment fascinant… Je pensais que Bulma avait abandonné ce projet depuis des années… »

« Maman m'a laissé une clé, intervint Bra, elle m'a dit de m'en servir en cas d'urgence. C'était urgent ! Hein papy, c'était urgent ? Hein Maron ? Hein Dendé ? »

« Oui, répondit le jeune dieu. Ne t'en fais pas, tu as très bien fait, Bra. »

« Dites, intervint C18, gisant toujours au sol. Ce serait trop demander de vous occuper de moi ? »

« Pardonne-moi, C18... » Le Dr Brief s'agenouilla et examina la cyborg.

« Hum… Tu es très abimée. Je peux limiter les dégâts, réparer les fonctions vitales… Mais tu ne pourras pas repartir au combat, j'en ai peur. »

Toute l'assemblée resta silencieuse un long moment. C16, lui, avait tourné la tête vers l'horizon.

« Je dois y retourner », articula-t-il, avant de plonger dans le vide et de foncer vers le déluge qu'il venait de quitter.

Le silence fut brisé par Maron.

« Il… C'était… c'était C16 ? Le C16 ? »

Dendé hocha pensivement la tête, alors que le Dr Brief, aidé de Kyo et de Mira, emportait C18 dans une des salles du palais. Soudain, une pique très nette attira toute son attention. Sentant un vent de panique le gagner, Dendé focalisa son regard divin sur l'apparition. Il les avait reconnus instantanément, bien sûr, et les localisa avec d'autant plus de facilité qu'ils étaient apparus sur le lieu même du déluge qui avait lieu au-dessus de la Capitale du Centre. La voix inquiète de Plume parvint aux oreilles du jeune dieu.

« Dendé ? Il se passe quelque chose ? »

« Je… je ne sais pas. Je n'avais pas prévu ça… Comment ai-je pu ne pas le prévoir ? »

C'était la deuxième fois aujourd'hui qu'il prenait conscience qu'il avait été terriblement imprudent. Deux fois de trop.


Piccolo sentit une série de petits picotements traverser tout son corps. Sensation habituelle pour qui expérimentait le déplacement instantané. En dehors de cet influx nerveux, le sentiment qui dominait en lui était une irritation qui ne faisait que croître. Il n'avait rien contrôlé dans ce fichu tribunal, où il avait eu l'impression d'être au mieux manipulé, au pire tout simplement ignoré. Et tout ce temps, il n'avait fait que ruminer cette certitude que Dendé lui avait caché des choses. Et qu'il avait eu une autre raison de l'envoyer par-delà l'espace, malgré la menace qui pesait sur la Terre.

Menace qui prit une forme très concrète dès leur apparition sur Terre. Sangoku avait choisi comme point de repère l'aura d'Oob, la plus puissante restant sur la planète, et une de celles qu'il connaissait le mieux. Et le Namek et le Saiyen apparurent au beau milieu d'un véritable déluge. Piccolo mit quelques secondes à prendre ses repères. Au dessus d'eux, un phénomène terriblement puissant avait lieu, une sorte d'immense sphère aux contours flous, mouvants, au beau milieu de laquelle semblaient se déchaîner les éléments. Tout autour, plusieurs paires d'yeux ébahis étaient posés sur eux. Il reconnut Oob, ce qui jusque-là était logique, mais également Ten Shin Han, Krilin, Chaozu, Yamcha, C17 et surtout… Boo.

Que pouvait-il se passer pour que Ten Shin Han, Chaozu et Krilin soient revenus de leur mystérieux lieu d'entraînement ? Pour que même le gros Boo se soit lancé dans la bataille ? Piccolo sentait une rage profonde et sourde l'envahir. Alors que Goku interrogeait ses amis pour savoir ce qui se passait, lui n'arrivait pas à se concentrer, n'arrivait pas à juguler le flot de questions irritantes qui inondaient son esprit, n'arrivait pas à dominer la colère qui grandissait en lui.

Dendé lui avait menti, n'avait pas eu confiance en lui, avait préféré l'éloigner. Pourquoi ? Il avait plus d'années, plus d'épreuves, plus de sagesse accumulées que le jeune Dieu. De quel droit avait-il pu ainsi le laisser à l'écart ?

Il avait été Roi. Dieu. Tout-Puissant. Il avait été tout et son contraire. Il avait… Il avait… Il était…

« Piccolo ? » C'était Sangoku qui avait prononcé son nom, avec ce mélange d'interrogation et d'inquiétude. Sangoku qui l'avait battu, qui l'avait empêché de… Sangoku qui était meilleur, qui… Que se passait-il ?

« Piccolo ? insista Sangoku. Quelque chose ne va pas ? »

Bien sûr que rien ne va, imbécile… Tu m'as écrasé tant de fois, et toutes ces années, tu… tu…

Les digues rompirent et la vague de rage le submergea.

Krilin n'en revenait pas. Tout se précipita. Le déluge au-dessus de leur tête rendait difficile toute espèce de concentration. L'arrivée inopinée de Sangoku et Piccolo, censés être au milieu de l'espace, avait ajouté à la pagaille ambiante. Et soudain, ils avaient senti… Tous fixaient Piccolo, sans comprendre ce qui se passait.

Cette puissance qui semblait grandir en lui, qui croissait de manière exponentielle… Il regarda Ten Shin Han, qui semblait aussi surpris, aussi décontenancé que lui. Leurs yeux se croisèrent, et Krilin sut. Il n'était pas le seul à reconnaître cette puissance. La nature profondément dérangeante de cette force qui grandissait en Piccolo.

Ils l'avaient affronté sur la plaine, quelques mois plus tôt. Lorsque Piccolo, l'autre, le démon, avait lancé cette attaque ahurissante. C'était la même chose qui rongeait peu à peu l'aura du Namek.

Et soudain, la réalité tangua.

Piccolo s'était jeté sur Sangoku, sans crier gare. Le Saiyen, pris de court, encaissa les premiers coups, avant de se rétablir et d'esquiver les suivants, tout en hurlant à Piccolo de s'arrêter. Mais le Namek semblait hors de lui. Au sens strict… Comme si quelqu'un ou quelque chose d'autre avait pris le contrôle de son corps et de son esprit et l'en avait chassé. Krilin interrogea Ten Shin Han du regard. Mais ils n'eurent pas le temps de prendre une quelconque décision. Un bolide à l'aura enflammée avait bondi et percuté Piccolo.

C'était Oob. Qui venait au secours de son maître, avec une rage peu commune. Et son aura… son aura dégageait la même impression néfaste, terriblement déroutante que celle de Piccolo…

Que se passait-il ? À nouveau, Krilin chercha le regard de Ten Shin Han. Mais lui comme Yamcha avaient la tête tournée vers Boo. Le gros bibendum rose, comme C17, s'aperçut Krilin, regardait vers le ciel.

Là-haut, le déluge s'était interrompu.


Chichi tordait ses mains à ne plus savoir qu'en faire. Ani avait la télécommande entre les doigts, et changeait de chaîne à mesure que de nouvelles informations arrivaient. On parlait d'un cataclysme terrible qui avait balayé la Capitale du Centre. On disait que l'armée était débordée, que de violentes attaques avaient lieu un peu partout. On parlait de mystérieux sauveurs. L'un d'eux, dans le nord, était brun avec des yeux bleu glace. Un autre avait le visage marqué de cicatrices, et certains assuraient qu'il s'agissait d'un entraîneur de base ball et ancien joueur réputé.

Des régions entières étaient coupées du monde. Chichi avait appelé plusieurs fois à la Capsule, chaque fois sans réponse. La dernière fois, l'appel n'avait tout simplement pas abouti. Chichi craignait le pire pour Bra et Kesshô. Ani avait beau essayer de la rassurer, affirmant que Pearl avait du sang froid, qu'avec l'aide de Caline elles avaient probablement mis les enfants à l'abri, rien n'y faisait, elle-même était rongée par l'inquiétude.

Elles ne comprenaient que trop bien ce qui se passait. L'évènement tant craint par Dendé… Il semblait qu'aux quatre coins du monde s'étaient réveillées des puissances terribles, dont les plus dangereuses semblaient s'être réunies à la Capitale du Centre. Ani jeta un coup d'œil par la fenêtre. Videl était avec les enfants. Elle surveillait son fils, qui s'amusait dans les hautes herbes, et tenait les petites mains de Nia dans les siennes, l'aidant à marcher. Instinctivement, Ani posa une main sur son ventre, qui abritait le deuxième enfant qu'elle donnerait à Sangoten. En espérant qu'il serait de retour pour assister à la naissance… Et que la Terre ne serait pas ravagée d'ici là.

Ani ne savait pas vraiment quoi penser. Durant les premières années de sa vie commune avec Goten, alors qu'ils sillonnaient le monde d'aventure en aventure, elle l'avait cru invincible, avec cette idée qui s'était ancrée peu à peu qu'elle ne risquait rien avec lui. Et puis il y avait eu ce retour, lors du tournoi, au mois de mai. Et Piccolo… et les Fazerhs… Et Ani avait compris que la famille de Sangoten était puissante, certes, mais que cette puissance avait son revers. Que le danger, la cruauté, le mal allaient de pair avec elle. Elle en avait discuté avec Videl, qui lui avait dit qu'elle avait ressenti la même chose. Que l'incroyable force qui se dégageait des Saiyens attirait, sans même qu'ils le veuillent vraiment, l'affrontement, la convoitise. Qu'ils étaient en quelque sorte les protecteurs de la Terre et que naturellement, c'est contre eux que venaient s'écraser tous ceux qui voulaient du mal à leur planète. Ce qui apportait, invariablement, son lot de douleurs et de tristesse. Ani songeait à tout cela, le regard perdu à travers la fenêtre, sur la grosse masse sombre de cet étrange animal que Pan avait ramené l'été passé. Gohan avait installé une énorme chaîne pour pouvoir y attacher l'animal. Ekki, comme l'avait appelé Pan. Gohan n'avait pas vraiment confiance, et vu la musculature de la bête, Ani devait bien avouer qu'elle se sentait rassurée de la savoir retenue par une chaîne.

Au dehors, Videl souriait à Niami, malgré ses inquiétudes. Son mari et sa fille étaient dans l'espace, à la recherche d'un Végéta qui avait fui un tribunal intergalactique censé juger des crimes dont elle n'avait pas vraiment idée de ce qu'ils étaient exactement. Certes, Végéta n'était pas un enfant de chœur. Mais elle se demandait tout de même quelles horreurs il avait pu commettre pour être à ce point rattrapé par son passé. Sangohan n'avait jamais vraiment parlé de l'ancien Végéta. Il n'évoquait la planète Namek et ce qui s'était déroulé avant qu'avec réticence, et sans entrer dans les détails. Videl savait qu'il avait eu une enfance très compliquée, Sangoku ayant trouvé la mort en affrontant son propre frère. Et Sangohan ayant dû subir l'entraînement d'un Piccolo qui, si elle avait bien compris, n'était pas du tout le même que celui qu'elle connaissait. Ce qu'elle savait de cette période, elle l'avait appris par d'autres, Sangoku, Krilin, Yamcha. Mais eux-mêmes n'avaient pas vécu directement ce que Sangohan avait pu vivre.

Elle était perdue dans ses réflexions et n'avait pas senti le danger. Elle fut percutée et roula dans l'herbe. Niami bascula en arrière et se mit à pleurer. Videl n'avait pas perdu tous ses réflexes et rétablit son équilibre, avant de se mettre en position de combat. En face d'elle, une sorte de farfadet, à peine plus grand que Krilin, tenait un sabre à la lame émoussée. Il souriait, plutôt une grimace sadique, en fait. Il lui manquait une dent, peut-être deux. Sa peau était vert sombre, et il portait un bandeau noir qui couvrait entièrement sa tête. Sa voix nasillarde vint agresser les oreilles de Videl, par-dessus les pleurs de Nia.

« Tu as de l'or ? Il y a de l'or ici ? Dis-moi où est caché l'or ! »

Videl le jaugea quelques secondes et, estimant qu'elle avait sa chance, se jeta sur lui. Si ses réflexes étaient encore bons, son expérience du combat était en revanche trop lointaine. Elle s'était trompée. L'agilité de son adversaire la surprit. Il esquiva sans peine son attaque. Alors qu'elle s'apprêtait à lancer un second assaut, une douleur fulgurante irradia de sa jambe droite. Baissant les yeux, elle découvrit une longue plaie sale et sanguinolente qui barrait sa cuisse. L'épée courte du lutin était maculée de sang. Videl se sentit défaillir.

Ani et Chichi s'étaient précipitées à l'extérieur. La première tenta à son tour une attaque, mais fut prise de court par l'épée, et esquiva de très peu le tranchant émoussé de la lame. Le farfadet continuait de hurler « où est l'or ? ». Il tailla une fois de plus en direction d'Ani, qui ne dut sa vie sauve qu'à son agilité. Mais le temps qu'elle se remette, le farfadet avait posé la pointe de son épée sur la gorge du fils de Videl. Celle-ci, allongée au sol, se tenait la jambe. Des pleurs de colère sillonnaient ses joues.

« Laisse mon fils ! » hurla-t-elle.

« Dis-moi où est l'or ! » répliqua la créature.

Ani n'osait pas bouger, de peur de mettre la vie du petit en danger. Elle vérifia du coin de l'œil que Chichi avait bien pris Nia dans ses bras.

« Il n'y a pas d'or ici ! » cria Videl.

« Alors il va mourir ! » cracha le lutin.

Un long et déchirant « non » s'échappa de la gorge de Videl. Le farfadet avait levé son épée et s'apprêtait à l'abattre sur la gorge de Gokei. Ani, guidée par le désespoir, voulut se jeter sur l'immonde lutin, mais elle fut stoppée net dans son élan. Une immense ombre noire passa par-dessus elle, faucha la créature et roula dans l'herbe avec elle.

Ekki ! En deux puissants coups de mâchoires, le massif animal noir avait arraché la tête du farfadet, dont les jambes bougèrent encore quelques secondes, comme atteintes de spasmes, avant de pendre misérablement, flasques et immobiles.

Sous les yeux éberlués des trois femmes, Ekki relâcha son emprise, s'approcha du fils de Videl, attrapa délicatement son col entre ses énormes mâchoires, le souleva et le déposa près de sa mère. Quatre maillons de la chaîne installée par Sangohan pendaient encore à son cou.

Chichi serra Niami dans ses bras avant de murmurer :

« Eh bien… il semblerait qu'une fois encore, ma petite-fille ait eu un meilleur instinct que son père… Ce gros animal n'est pas aussi lourdaud qu'il y paraît… »