Et on arrive à une partie réellement des plus croustillantes de la fic, ou plutôt c'est là où les choses s'enclenchent vraiment. Ca me fait bizarre de revenir à ces moment-là, sachant que j'en suis actuellement à la fin du chapitre 18 de la partie 2, donc techniquement au chapitre 38 sur 40... autant dire que beaucoup de choses ont changé depuis XD

Enfin, j'espère que J'avance vous plaît en continuera de vous satisfaire! Merci à Yasmina pour ses corrections, et have a good read!


11. Avancer pour cesser de reculer


Les deux jeunes adultes se penchèrent, leurs doigts venant agripper la planche sous leurs pieds. Le silence se fit dans la salle, les enfants s'arrêtant au milieu de leur ligne pour les regarder avec admiration, et être rapidement sortis de l'eau par leurs parents. Les autres nageurs professionnels s'étiraient, buvaient un coup, attendant avec impatience la représentation de leur dernier poulain. Sousuke ne prit même pas attention aux regards sur lui, qui, très certainement, le sous-estimaient. Et ils avaient bien raison.

Cependant, il était comme dans un autre monde, à cet instant. Seule la présence de Nanase restait dans sa tête. La piscine, à quelques centimètres, n'était qu'une étendue qu'il terrasserait. Le mur en face ne serait qu'un obstacle à franchir. Son adversaire était Nanase, et leur course serait sérieuse.

Dans les tribunes, Makoto se mordillait les lèvres, ne sachant toujours pas vraiment quoi attendre de ce duel. Cela ne faisait même pas un mois que le grand brun avait repris la nage, et s'il avait rapidement pu passer par delà le niveau élémentaire, une course contre un pro n'était peut-être pas la meilleure idée qui soit. Sousuke lui avait assuré qu'il pouvait faire un 100m sans problèmes, encore plus un free. Son épaule n'était plus douloureuse, il n'en avait pas peur sans pour autant l'oublier, et il avait déjà réessayé la course; c'était ce qu'il avait trouvé pour le rassurer.

Mais plus que la douleur, la blessure, c'était la défaite que craignait le châtain. Car elle viendrait, il le savait, même lui le voyait. Et il ne comprenait pas pourquoi Yamazaki s'infligeait cela. Encore moins pourquoi Haru avait accepté.

Au fil de l'été, tandis que les arbres passaient lentement au jaune et que leurs feuilles s'étalaient sur le sol, ces deux avaient avancé à leur rythme. Ils n'avaient rien qui ressemble à une véritable amitié. Peut-être un simple respect mutuel, qui les faisaient savoir avec certitude que cette course ne serait pas biaisée. Ils la feraient en souhaitant gagner, et rien d'autre.

Le coach Kanagawa vint se placer entre les deux bruns, se mit à genoux, le sifflet entre ses dents. Le silence lourd plana. Et il souffla d'un coup sec.

Les deux bondirent, bien que Haru ait réagi légèrement plus tôt que son confrère. Leur plongeon ne dura pas bien longtemps, ils revinrent rapidement à la surface, déjà au quart de la piscine. La foule criait ses encouragements, et les vibrations venaient troubler l'eau dans une euphorie collective plus que puissante.

Haru nageait avec exactitude, sa technique à la limite de la perfection. Ses coups étaient calculés, sa puissance mesurée, sa respiration profonde et calme. Cela n'empêcha pas Sousuke de tout miser sur sa puissance pour le rattraper. De son côté de la ligne, les battements giclaient plus fort, ses plus grands bras allaient plus loin, et plus profondément. L'ancien d'Iwatobi, lorsqu'il y jeta un coup d'œil à travers ses lunettes, ne vit qu'un animal assoiffé de victoire, d'orgueil, dont les pupilles étaient dirigées vers l'arrivée. La vision ne le fit qu'accélérer, se laissant lui aussi emporter dans la course.

Le tournant fut plus rapide et synchronisé que jamais. Seulement, si les jambes de Sousuke, plus puissantes, le propulsèrent plus loin, il ne resta pas une seconde en avance de Haru que celui-ci avait d'ores et déjà enclenché son sprint qu'il avait appris à endurer et accélérer jusqu'au bout. Mais Sousuke ne lâcha rien, sentit un cri de rage, d'effort, monter dans sa poitrine alors que le mur se rapprochait. Les vingt-cinq derniers mètres furent cependant sa limite.

Ils frappèrent le mur avec plus d'une seconde de différence, séparation énorme dans le monde professionnel, mais incroyable pour un amateur. Des exclamations admiratives retentirent dans le gymnase, l'écho cognant les vitres et glissant jusqu'en dehors, emporté par un vent d'automne.

Le regard droit, fier, Sousuke laissa un léger sourire étirer ses lèvres. Haruka lui tendit alors sa main, le visage détourné, mais les joues rouges attestant de son excitation retombant lentement.

« Belle course, Yamazaki. »

Le plus grand le dévisagea un instant, son cœur battant encore la chamade. Le brun se contentait de lui exprimer sa cordialité et son respect; et le geste ramena Sousuke des années en arrière, lorsqu'il n'était pas un terminale aveuglé par son impatience, sa peur, sa douleur. Alors il roula des yeux pour la forme, mais attrapa la main en grognant :

« Gagnée d'avance.

– Bien sûr que non. » persifla-t-il en réponse, mais Sousuke ne l'écouta pas.

Il sortit du bassin, et accepta avec un peu de fierté les félicitations des autres nageurs. Le coach lui parla même un peu, lui donna quelques conseils qu'il écouta bien qu'il n'en ait pas vraiment besoin. Puis, une voix familière retentit, et il haussa haut les sourcils en apercevant une tête rousse qu'il avait déjà vue, ainsi qu'en entendant un rire tonitruant.

« Bien joué, Nanase! C'est qu'il progresse vite, le bleu!

– Hm.

– Oh, fais pas la gueule! Avoue que t'as pris ton pied! » il se retourna vers Sousuke avec un clin d'œil. « C'est pas tous les jours que t'affronte un ancien du top dix lycéen! »

Sousuke s'avança, s'essuyant les cheveux, et salua l'ancien capitaine de Samezuka.

« Cela fait longtemps, Mikoshiba-san.

– Eheh, quel grand gaillard, c'est pas souvent que je dois lever la tête pour regarder des gens! commenta-t-il, les bras croisés sur son torse encore un peu humide de son entraînement. C'était une super course, tu t'es vraiment bien défendu. Mais j'avoue que j'aurais bien voulu voir un combat de papillon, vu que c'est ta spécialité... »

Le plus âgé tourna un œil moqueur vers Haruka, qui restait profondément blasé, et s'essuyait les cheveux en regardant Makoto arriver vers eux.

« Je ne fais que la nage libre.

– C'est bien beau de le répéter, marmonna Sousuke. Mais c'est toujours mieux d'avoir deux nages de prédilection, Nanase.

– Ça ne m'intéresse pas. »

Le coach Kanagawa qui revenait vers eux poussa un soupir, abattant sa main sur la tête brune.

« Encore avec c'te rengaine? T'es pas possible. Si les jeunes se mettent à faire des caprices, où on va aller?

– Shinjô-san, vous avez que deux ans de plus que moi, fit remarquer avec un sourire carnassier le grand roux, le coach lui flanquant un coup dans les pieds en représailles.

– La ferme, rouquin! Retourne bosser sur tes battements, tout à l'heure t'avais plus l'air d'une grosse mouche moche qu'un papillon!

– Arh, laissez-moi une minute, nan! »

Le coach mat à l'œil planqué sous ses mèches sombres serra les dents, et se contenta de faire demi-tour en lançant :

« Bon, Nanase, va te changer rapidement. Hena nous attend dans le hall et elle va faire la gueule si on est trop en retard. »

Le nageur hocha la tête, puis attrapa son sac et se dirigea vers la sortie, flanqué des deux autres étudiants.

« Hena? demanda Makoto.

– Ikenami Hena, acquiesça-t-il. C'est notre chargée de communication. »

Le châtain ouvrit grand les yeux, se rappelant que son ami lui avait dit qu'il ne rentrerait pas avec lui ce soir-là. C'est à ce moment que Seijuurou les rattrapa, ayant oublié qu'il avait quelque chose à dire, et interpella Sousuke.

« Hey, Yamazaki. J'peux te causer deux minutes? »

Arrêté dans son chemin vers les vestiaires, celui-ci cilla, mais hocha la tête. Il fit signe aux deux autres de partir sans lui. Enroulés dans leur serviette et adossés au mur des tribunes, le roux lui demanda des nouvelles de Rin, et sembla vraiment heureux d'apprendre l'évolution de son ancien cadet.

« Et toi, Yamazaki? T'en es où? »

La question le secoua. Car il n'avait pas vraiment de réponse, car celle qu'il pourrait donner n'était pas satisfaisante, pour lui et il le savait pour son aîné.

« Fac de médecine.

– Tu sais, tu nous a quand même soufflés, tout à l'heure. Je peux te demander pourquoi être pro ne t'intéresses pas? »

Il fut assez surpris de cette question, et surtout que le roux ne soit pas au courant de sa condition. Machinalement, il passa une main sur son épaule.

« J'ai été blessé en Seconde. Ça ne s'est amélioré que très récemment. J'ai décidé d'arrêter. »

Gardant un visage sérieux et sincère, Mikoshiba sembla se rappeler de la course qu'il avait vue l'année précédente. Il insista cependant :

« Pourtant, tu aimes toujours autant la natation, non? Être coach, ou autre, ne te tentait pas?

– Je ne peux pas. Il faut passer un examen physique difficile, et être en condition. Ce qui n'est pas vraiment mon cas. »

Voyant enfin le dilemme sous tous ses angles, il se mordilla l'intérieur des joues, un peu de pitié recouvrant son visage. Malgré tout, il sourit.

« Je vois... je suis désolé, Yamazaki.

– J'ai fini par l'accepter.

– Ça ne te fera sûrement pas plaisir, mais t'as vraiment un potentiel. Pour être franc, ça m'étonne que l'examen soit comme tu me le racontes. Je veux dire, Shinjô-san l'a bien passé, et il a perdu un œil quand il avait 17 ans, donc avant ses exams... »

L'information étonna Sousuke, et ses sourcils se froncèrent doucement.

« Faudra que tu repasses lorsqu'il sera moins occupé, pour lui demander. Parce que très franchement, Yamazaki... » il commença à partir, remettant sa serviette à sécher sur une barrière. « ...j'ai comme l'impression que t'es pas tellement prêt à quitter les piscines. »

Et avec un simple dernier sourire, il s'en alla. Sousuke, lui, serra les poings, et s'en voulut en sentant la vague d'espoir renverser son estomac, et quand ses yeux virent les cheveux du nageur qui venait de plonger pour du papillon, bien plus écarlates qu'ils ne l'étaient en réalité.

/

Haruka finit de mettre sa veste et se redressa, allant chercher le regard de Makoto qui l'attendait près de la porte conduisant aux bassins. L'adrénaline de la course faisait encore un peu trembler son épiderme, son cœur continuait de battre plus fort que la normale. Ainsi, il sentait une impulsion prendre part de lui, et ce fut instinctivement que ses lèvres bougèrent :

« Tu es prêt? »

La tête de Makoto se releva brusquement, semblant auparavant plongée en pleines pensées, et peut-être pris par surprise en entendant son ami s'adresser à lui avec une voix un peu plus grave, secouée, que d'habitude. Un rire nerveux lui échappa alors.

« Oui, oui... je me demande juste ce que fait Yamazaki. »

La réponse n'étonnait pas vraiment Haru, c'était plus son ton qui n'était pas habituel. Et le plus surprenant, et frustrant pour Haru, c'était que cela durait depuis un moment. Qu'il n'avait aucune idée de la cause. Et que pourtant, il n'avait toujours pas de semblant de réponse à ses questions.

« Il ne va pas tarder.

– Je sais, mais nous devions rentrer tous les deux pour aller étudier... les partiels sont dans deux semaines »

Le brun cilla, ses sourcils se fronçant légèrement alors qu'il réfléchissait. Cependant, l'air inquiet de l'étudiant continuait de le rendre confus, tout comme il l'était depuis plusieurs mois.

« Makoto. Je peux te poser une question? »

Il tourna la tête dans sa direction, étonné de l'entendre dire ceci. Il hocha cependant rapidement la tête.

« Bien sûr. »

La gorge serrée, Haru coinça ses mains entre ses genoux. Avec les mois écoulés, les cours qui avançaient, tout comme leurs vies, il avait pu remarquer des choses qu'il n'aurait probablement jamais vues s'il était resté aussi proche de son ami qu'auparavant. Ils demeuraient des meilleurs amis, ils continuaient de se voir chaque mercredi, et de se donner très régulièrement des nouvelles. Mais Haru avait eu l'occasion de voir son ami avec l'autre brun, et avait été surpris en apercevant des visages, des mots, un air différent de ceux qu'il connaissait. Cela l'avait pris de court, et il avait cherché à comprendre. Il n'était pas jaloux ou déçu, Makoto restait Makoto malgré tout; mais il avait envie de savoir la raison.

Il en avait discuté avec Rin, lorsque de temps en temps ils trouvaient le temps de se contacter. Ces moments restaient ponctuels, mais moins qu'auparavant, et la discussion était devenue naturelle. Haru avait donc pu aborder le sujet, comme ça, et son ami n'avait pas remarqué de vrai changement. Mais le brun avait une hypothèse, que Rin avait tenté de lui arracher, et qu'Haru avait choisi de garder pour lui. Parce qu'il devait d'abord en parler avec l'intéressé, sinon ce ne serait pas juste.

Il se refusa l'idée de rétro-pédaler et murmura alors, n'osant malgré tout pas à croiser le regard de son ami :

« Qu'y a-t-il entre toi et Yamazaki? »

Un son aigu, plus que surpris, s'échappa des lèvres de Makoto. Il regarda Haru un long moment, rougissant comme une tomate, l'écho des cris de la piscine, de l'eau frappant la céramique, des sifflets occupant leur silence. Jusqu'à ce qu'il soit interrompu par un balbutiement :

« Q-Quoi? Je, je ne comprends pas ce que tu veux dire, Haru! »

Rin aurait répondu la même chose, s'il lui avait demandé son avis sur ce qu'il se passait entre leurs amis d'enfance. Il en aurait peut-être même ri, et Haru aurait pu le joindre tant la pensée semblait irrationnelle. Mais à cet instant, il n'avait rien d'autre qu'une boule d'appréhension dans la gorge.

« Vous êtes proches. Tu t'inquiètes beaucoup pour lui.

– E-Eh bien oui, mais pour toi aussi, et il n'y a rien. » il le fixa, puis ajouta précipitamment : « Haru, nous sommes simplement amis! »

Le regard de plus en plus lassé du nageur lui fit comprendre qu'il ne le convainquait pas vraiment.

« Tu réagis pas mal, pour un ''rien''.

– Haru!

– C'est simplement que je sais que tu es homosexuel, insista-t-il. Tu pourrais tout à fait vouloir-

Tais-toi! »

Le cri du châtain le fit pour de bon cesser de parler. Mais il n'était pas dupe, et Makoto, les oreilles brûlantes, le savait. Tout ce que le châtain put faire fut de lâcher un long soupir, tremblant sous les battements brusques de son cœur et la soudaine peur qui l'envahissait.

« Je... Il ne va pas tarder à arriver. On en parlera plus tard. »

Des pas vinrent confirmer ce qu'il disait, et Haru se leva pour partir, le visage fermé, annonçant qu'il devait retrouver sa directrice de communication. Makoto n'eut même pas le temps de dire un mot qu'il était déjà parti, et que Sousuke passait le pédiluve.

« Yamaza- »

Il se coupa quand le brun referma la porte de son vestiaire en la claquant, ne lui adressant pas un regard. Makoto serra les dents, et, la tête basse, cogna son poing contre son front.

/

Les bras croisés, le regard fixé sur le couloir menant aux vestiaires, la directrice de communication tapait du pied sur le sol. A sa gauche, des pieds s'approchèrent, mais elle ne bougea pas d'un cheveux. Seule sa voix grondante retentit :

« Ça va, t'as pris ton temps?

– Me soûle pas, c'est pas le moment. Je te préviens, si Nanase est aussi loquace que toi, je vous laisse vous débrouiller entre coincés. »

Une œillade assassine vers le coach et accessoirement vieil ami, puis elle entendit arriver le jeune homme, qui finissait de lacer ses chaussures, et leva ses yeux bleus vers elle, pour mieux se courber lentement.

« Bonjour.

– Enchantée, Nanase; Ikenami Hena. Allez, on y va. »

Ils allèrent s'installer dans une salle de réunion, seule pièce à l'étage du complexe appartenant à leur groupe. La jeune femme, ayant finalement cessé de grommeler dans sa barbe, se mit à son travail et tâcha de présenter au nouveau nageur les stratégies qui seraient mises en place autour de lui, ainsi que les sponsors qui servaient leur équipe. Elle resta la plus simple possible, car le brun n'y connaissait pas grand chose, et Haru, bien qu'il s'ennuie, tenta de rester concentré. Car il savait que c'était sa carrière qui était en jeu.

La conversation avec Makoto lui restait malgré tout en mémoire, et peut-être bien qu'il avait été un peu agacé de sa réaction. Il savait qu'il n'avait rien à dire, que lui aussi avait réagi de cette manière auparavant, à toujours reculer le moment pour réellement discuter.

Mais c'était quelque chose qu'il avait trop gardé en tête, et qui devait sortir. De plus, il avait aussi voulu lui demander de petites choses, savoir si lui aussi était parfois différent avec d'autres personnes, peut-être avec Rin. Il ne savait pas vraiment pourquoi c'était la première personne à laquelle il avait pensé, mais même en voyant Makoto, il n'avait pas pu s'empêcher de penser que le nageur australien, lui aussi, n'était pas tout à fait pareil quand il était avec lui, ou en compagnie d'autres personnes. Il voulait juste son point de vue, mais l'irritation l'avait emporté sur la vérité.

L'entraîneur ne tarda pas à s'en aller vaquer à ses occupations, trouvant qu'il n'était au final pas bien utile dans la conversation. Quand il sortit, la posture de la jeune femme ne changea pas, mais il était clair qu'elle se décontracta un peu. Cela l'amena à marmonner :

« Bon, pour être franche, je vois pas l'intérêt de cet exposé. Tu connais les bases, t'es pas stupide, c'est déjà bien; et puis c'est mon boulot tout ça... »

Haru dévisagea la blonde, en veste de costume et jeans avec baskets. Elle restait fermée, légèrement froide, et il était peut-être un peu mal à l'aise en sa présence.

« Shinjô t'a parlé de ton interview, hein?

– Oui.

– Cool. Te fais pas trop de bile, on a pas trop de soucis avec les journaux, on va même régulièrement prendre un verre avec eux. Ils te mâcheront le travail. La seule chose à laquelle il faudra faire gaffe, c'est de ne pas les laisser toucher à ta vie privée. J'imagine que t'as pas envie que tout le monde fouine maintenant, non? » il acquiesça. « Eh bien moi non plus. Parce que le jour où tu seras assez connu pour qu'on souhaite savoir tout sur ta petite personne, tu feras d'autant plus d'effet si t'es le p'tit gars dont on sait rien. »

Un sourire satisfait étira ses lèvres, et Haru se mit à observer la femme avec plus d'intérêt, se décontractant peut-être un peu, rassuré par ses mots et son ton badin.

« En tout cas, relax. Moi et Shinjô on te couvre, et t'en es pas encore aux conférences de presse. Ça viendra, mais d'ici-là t'auras pris l'habitude d'être au centre de l'attention et des projecteurs, je t'assure. »

Elle sortit un dossier, qu'elle feuilleta, et son visage prit une lueur légèrement plus grave.

« Par ailleurs... Je m'occupe d'enquêter sur nos nageurs, tu sais. Histoire de savoir ce que les journaux trouveraient à dire sur toi. J'ai vu que t'avais eu un abandon lors des régionales lycéennes 100m Free de l'année dernière. »

Haru haussa haut les sourcils, ne s'attendant pas à ce que cette histoire ressorte maintenant. Elle enchaîna :

« Rien de bien grave, les médias reparleront jamais de cette vieille histoire... sauf s'il se trouvait que par l'avenir, la pression t'immobilise à nouveau. C'est ce qu'il s'est passé avant, n'est-ce pas?

– Hm. »

Hena nota un mot sur sa feuille, pour mieux reprendre.

« Sache, Nanase, que tu dois me le dire si cela recommence. Je suis pas psy, mais Shinjô s'occupe de ton corps, et moi de ta tête. Tu dois me faire confiance. Je veux pas d'abandon en pleine course comme ça, ça la fout mal et ça inquiète les sponsors. »

Elle ne formulait pas ceci de manière sympathique, mais il saisissait l'idée, et appréciait l'honnêteté. Il répondit alors :

« C'était une exception.

– J'aimerai bien que tu me racontes, s'il te plaît. Que j'en juge moi-même. »

Son regard descendit sur la table, et de l'ongle, il gratta les tâches sombres du bois, l'histoire n'étant pas de celles avec lesquelles il était le plus à l'aise. Il rassembla alors toutes ses forces, se préparant mentalement à un discours plus long que ceux auxquels il était habitués, surtout face à quelqu'un qu'il ne connaissait au final que peu. Mais la confiance émanait de la jeune femme, la sincérité aussi. Il raconta, bien que sa voix demeure prise :

« Je ne comptais pas devenir professionnel, parce que je n'y voyais pas d'intérêt. Mais beaucoup de gens que je connais pensaient que c'était ce que je voulais, et pendant un moment, je n'entendais parler que des recruteurs, autour de moi, j'en ai même rencontrés qui disaient en attendre beaucoup. J'ai paniqué, j'ai fait quelques cauchemars. Alors j'ai pensé que le meilleur moyen de me sortir de tout ça, c'était de dire stop. »

La blonde hocha la tête, semblant comprendre. Des mots sortirent cependant rapidement de sa bouche :

« Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui? Si je peux me permettre. »

Il haussa les épaules.

« Un de mes amis vise la même chose que moi. Il m'a donné envie de le suivre. »

Un léger sourire, doux, étira enfin les lèvres de la spécialiste en communication. Ramenant une mèche derrière son oreille, elle posa sa tête sur sa main, et lui glissa :

« Je comprends tout à fait. »

Elle se recula dans sa chaise, faisant glisser sa paume vers sa nuque, toute froideur de partie, et raconta avec de la chaleur dans la voix :

« Shinjô est un de mes plus vieux amis, on te l'a dit? Il a dû faire face à beaucoup de choses, mais ne m'a jamais lâchée. Je ne savais pas vraiment quoi faire de ma vie, s'esclaffa-t-elle. J'étais un peu perdue dans mes rêves, je n'avais pas trop de but. Mais il m'a soutenue, quand bien même je méritais un peu d'être laissée au sol. C'est grâce à lui qu'aujourd'hui, j'ai un boulot que j'aime, et que je me remets à espérer à un plus tard... »

Elle s'arrêta brutalement, lâchant un rire sardonique.

« Merde, je deviens mélodrame, là. Enfin, je crois en toi, Nanase. Si une bonne à rien comme moi a su trouver sa voie, j'ai aucun doute sur la tienne. Tu les auras, les Jeux. Je t'en donne ma parole. »

Les yeux un peu plus grands ouverts que la normale, il hocha la tête. En réalité, il avait une impression de déjà-vu, de familiarité à cet instant. Il eut l'impression qu'en fait, c'était comme s'il s'entendait lui-même. Alors instinctivement, après qu'elle ait déclaré en avoir ras-le-bol de finir tard et qu'elle ait rassemblé ses papiers, commençant à prendre congé; il la remercia. Elle jeta un coup d'oeil par dessus son épaule, semblant surprise.

« Je t'en prie, tu le mérites. Et puis, tu as été assez sympa pour ne pas me poser plus de questions sur ce que je viens de te dire. » son sourire s'agrandit. « T'es un bon gars. Allez, on se revoit très bientôt. Travaille bien. »

Il hocha la tête, et ne tarda pas à passer la même porte pour rentrer chez lui. Il oublia ce que lui cachait son meilleur ami. Etrangement, il eut envie d'appeler Rin, et ne s'en priva finalement pas.

/

C'est en silence qu'ils travaillaient, chacun penché sur ses propres révisions, et sur ses propres préoccupations. Makoto voyait sa conversation avec Haru tourner dans sa tête, et priait pour que ses joues tournant régulièrement au rouge ne se voient pas. Il tentait de ne penser qu'à ses cours, et c'était difficile avec le principal intéressé juste à ses côtés.

Heureusement pour lui, Sousuke était tout autant plongé dans ses pensées noires. Cela se sentait par son silence, et par les insultes de plus en plus fréquentes qu'il lâchait et qui n'avaient plus rien à voir avec ses difficultés.

Le châtain en venait souvent à se poser des questions. Sur sa présence à l'université, sur ce que l'ancien capitaine de Samezuka avait bien pu lui dire, sur ce qu'il pouvait penser après cette course. Mais il y a des questions qui ne se posaient pas. Et il n'était certainement pas d'humeur à penser à ce genre de choses, comme pour donner de l'eau au moulin qu'étaient les théories d'Haru.

Tout à l'heure, Sousuke était ressorti de sa cabine les yeux détournés, honteux. Une ambiance un peu électrique, gênée, s'était installée. Il avait entendu ses excuses avant que son ami ne les prononce. Il avait alors rapidement glissé : ''ce n'est rien...'',et depuis, le silence occupait la majorité de leur temps. Ils étaient allés chez Makoto en échangeant seulement quelques mots, et le châtain se braquait dès qu'il voyait l'autre faire un mouvement vers son épaule. C'est quand il avait senti que Sousuke pourrait réellement se mettre en colère qu'il avait décidé de tout simplement jouer l'ignorant.

Le sentiment n'était pas plaisant, car Makoto avait la vague impression que cela ne lui ressemblait plus, de se taire. Sa première et dernière dispute avec Haru avait réveillé quelque chose en lui, lui avait fait comprendre que de garder les choses pour soi n'apportait jamais rien de bien. Il avait appris à être plus honnête, et c'est ainsi qu'il avait pu se rapprocher de Sousuke. Mais maintenant, ses peurs semblaient remonter, et il n'appréciait vraiment pas, tout en se sentant peu capable d'y changer quelque chose. Il savait que sa confiance en soi n'était pas la meilleure du monde, mais il avait passé un cap.

Il fut tiré de ses pensées en voyant Sousuke extraire son portable de sa poche, pour la quatrième fois en une heure. Cela le surprenait un peu, car c'était rarement le cas d'habitude. Et puis, le visage du brun continuait de le perturber. Il serra les poings, et se dit qu'il en avait fini de fuir :

« Tout va bien? »

Deux yeux turquoises vinrent brusquement croiser les siens, étonnés de l'entendre enfin parler après un si long silence. Mais un certain agacement vint rapidement tirer ses paupières.

« Je t'ai déjà dit que je pouvais sans souci survivre à une course-

– Mais non, grogna-t-il en fermant les yeux. C'est juste que tu n'arrêtes pas de regarder ton portable et de faire une tête, alors...

– Quelle tête? »

Une moue vint tordre la mâchoire de Makoto, qui leva ensuite une main pour aller se gratter un coin du crâne. Trouver un mot pour la qualifier était difficile. Il osa cependant :

« Tu as l'air... contrarié? »

Le brun haussa haut les sourcils, et un léger rire crispé lui échappa, alors qu'il tournait la tête :

« Ca se voit tant que ça?

– Tu sais que tu peux me le dire si tu as un souci... »

Etonnamment, la réponse qu'il reçut fut rapidement prononcée, et le niait totalement :

« C'est pas vraiment un souci... » en voyant le regard insistant de l'autre, il finit par soupirer, et à nouveau, cet air irrité s'afficha sur son visage. « Simplement des gens qui veulent faire une fête ce soir alors que ça m'intéresse pas. »

Makoto sentit de la tension s'envoler de ses épaules, alors que l'explication simple, normale, qui leur permettait de se remettre à discuter normalement, lui faisait un grand bien.

« Ah oui? Hm, c'est étonnant tout de même, une fête en pleine semaine... c'est pour une certaine occasion? »

Le visage encore fermé de Sousuke lui répondit, bien que cette fois un certain malaise y soit présent.

« Ben... » il soupira entre ses dents, et sembla se décider à se jeter à l'eau, la tête toujours détournée. « En fait, c'est parce qu'ils veulent qu'on aille fêter mon anniversaire... »

Makoto ouvrit grand les yeux, et sa bouche s'entrouvrit aussi, tandis qu'il comprenait lentement la journée qui venait de s'écouler. Sousuke qui souhaitait absolument nager contre Haru aujourd'hui, les mails incessants, l'air gêné et non contrarié de son nouvel ami à chaque fois qu'il en recevait un.

« Ah... c'est donc pour ça...

– Désolé de pas te l'avoir dit. J'y ai pas pensé, sur le coup... »

Makoto agita rapidement une main devant son visage :

« Ce n'est pas grave, ne t'inquiète pas! C'est juste que ça m'a surpris! Ca te fait donc dix-huit ans?

– Ouais.

– Tu es donc plus vieux que moi maintenant, eh... »

Le brun le regardait du coin de l'œil, un peu de culpabilité au fond du ventre, et l'impression irrémédiable que ce n'était pas la première fois que le châtain utilisait son sourire pour lui faire croire que tout allait bien. Depuis qu'ils se connaissaient, cela se déroulait toujours de la même façon : Sousuke jouait le salaud, et Makoto le pardonnait, voire ne se préoccupait même pas de ce qu'il avait fait. Et ils se connaissaient maintenant assez pour que l'ancien nageur sache déceler les moments où c'était véritablement sa gentillesse naturelle qui agissait, et lorsqu'il se forçait à agir comme si de rien n'était pour ne pas créer de problèmes.

Il n'était pas habitué à ce genre de choses, ayant passé dix-huit ans à régler ses disputes avec Rin à l'aide de cris ou bien par l'affrontement. Il savait qu'il se devait de faire quelque chose, sinon son impression de ne pas mériter cette amitié semblant presque toujours aller dans un seul sens, elle s'amplifierait. Mais il avait bien compris que d'être franc, que dire à l'autre de l'engueuler, ce n'était pas chose possible.

Il n'avait pas envie de fêter son anniversaire, parce qu'il n'avait jamais autant haï grandir. En voyant ce nombre monter, tout ce qu'il sentait était qu'il ne s'avançait que plus vers quelque chose qu'il n'était pas certain de comprendre ou d'accepter, et pouvait de moins en moins reculer.

Ce nombre, c'était le regard compréhensif de ses parents, qui le hantait toujours. Ce nombre, c'était la reprise des cours qui arrivait, et qu'il avait du mal à imaginer affronter. Ce nombre, c'était les mots de Mikoshiba à peine une heure avant. Ce nombre, c'était le sourire de Rin, patient, quand Sousuke avait été incapable de lui dire par Skype qu'il avait repris la natation, car il ne voulait pas que l'autre pense qu'il était prêt à revenir vers lui, vers la voie professionnelle...

Alors il réfléchit plusieurs secondes, se dit qu'il y avait bien une chose vers laquelle il avançait et qu'il n'avait pas envie de repousser, qu'il aimerait vraiment garder car elle avait désormais une place dans sa vie, et tenta finalement :

« J'avoue que passer la soirée avec toi ne serait pas si mal, tout bien réfléchi. Ce serait mieux que d'aller finir raide mort dans le coin d'un bar crasseux. »

Le visage de Makoto s'illumina, ses joues rosirent légèrement. Il détourna un instant les yeux, mais rapidement lui refit face, et hocha la tête :

« Cela me fera très plaisir! »

Un léger sourire étira un coin des lèvres de Sousuke, qui se dit qu'effectivement, le chemin lui paraissait moins difficile avec ces grands yeux verts brillants. Et qu'il appréciait incroyablement de les voir ainsi plutôt que voilés par une certaine gêne dont il ne connaissait pas les tenants.

A suivre...


Oui, Sousuke, il faut vraiment qu'on t'apprenne à écrire un de ces jours, et aussi qu'on te trouve des lunettes... ah, déjà qu'il est un grand bébé qui n'a aucun sens de l'orientation...

Enfin, beaucoup de thèmes abordés dans ce chapitre qui reviendront bien évidemment ensuite. Et puis, apparition de 1) Shinjô, et 2) Hena ;) Comme je l'ai dit pour cette seconde à d'autres : elle ne sera PAS une rivale, ou une potentielle fouteuse de merde dans la relation de Rin et Haru, vous inquiétez pas. D'ailleurs, elle considère Haru comme un mioche et préfère les hommes plus âgés lol Elle a sa propre histoire, liée à celle de Shinjô, que j'ai il y a looooongtemps développée dans mes premières fics DC (quelle horreur c'était ugh), et que peut-être je referais un jour mais pas dans cette fic. Pour voir quelle tronche a Shinjô, allez sur mon DA dont le lien est sur mon profil!

Sur ce, merci d'avoir lu et à la semaine prochaine! Aussi gros bisous à tous ceux qui passent le BAC comme moi, même si perso après la philo et l'histoire c'est bon j'ai l'impression d'avoir fini B) Donc merde à tous les S qui vont s'attaquer aux maths/physique/SVT lundi, mardi et mercredi!