Chapitre 12 : L'ombre du passé
Arrivée près du bureau, Isabella leva la tête vers la porte, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Elle inspecta l'unique tiroir du meuble et regarda par la serrure espérant y voir le contenu… vainement.
Elle ôta une broche de sa robe et se mit à traficoter la serrure. Avec un déclic, le tiroir s'ouvrit finalement. De nouveau Isabella regarda vers la porte avec nervosité. Puis elle tira le tiroir pour en découvrir son trésor. Il y avait divers papiers, une dague et ce qui ressemblait à une arme à feu.
— Mama ? appela Diego.
— Mama arrive, répondit Isabella tout en prenant le premier papier qui s'offrait à elle.
Poussée par la curiosité et par la découverte des initiales E.D. en pied du document, elle commença à le lire.
« Mon cher élève, vous avez acquis bien des connaissances depuis notre rencontre. Je suis certain que vous parviendrez à vous faire un nom aussi cruellement que moi, votre mentor. J'ai entendu dire que la Haute-Californie était propice à ce genre de … marché. Aussi c'est avec regrets que je vous libère de votre pacte d'allégeance… J'ai fini par retrouver la trace de ma cousine et l'heure de ma vengeance se rapproche. Lorsque vous lirez ce message, je serai sans nul doute en route vers le nouveau continent. La chère enfant n'a qu'une personne vers qui se tourner et cette personne… cet homme… s'y trouverait… »
Soudain un bruit sec à l'extérieur la fit tressaillir et elle stoppa nette sa lecture avant de ranger vivement le document.
— Mama ! répéta le petit avec crainte.
La señora s'empressa de refermer le tiroir et retourna à sa place en remettant sa broche en place. A peine fut-elle assise près de son fils que la porte s'ouvrit brutalement la faisant sursauter. La carrure d'un vaquero, bien grisé, apparut alors dans l'encadrement. Le sourire de l'homme fit reculer la señora tandis que Diego se mit à pleurer. L'homme s'avança, souriant perversement, et se retrouva bien vite à côté d'Isabella complètement tétanisée.
— Salut beauté, dit-il en posant une main sur l'épaule de la señora.
— Ne me touchez pas, dit-elle abruptement en reculant.
— Voyons, faut pas avoir peur, fillette.
Lorsqu'il tenta de nouveau de poser sa main sur elle, elle repoussa son bras en le frappant du revers de sa main. L'humeur de l'homme changea du tout au tout.
— Jamais femme n'a osé porter la main sur moi, dit-il en la frappant durement.
Elle tomba en arrière en criant de surprise et de douleur.
— Ne faites pas de mal à ma mama ! hurla le petit Diego en venant frapper les jambes de l'intrus.
— Sale petit morveux, dit l'homme en voulant porter la main sur l'enfant.
A l'extérieur, le cri d'Isabella n'avait pas échappé à Monastario, ni moins à El Lobo. Aussi ne fut-il pas surprenant pour ce dernier de voir El Chivo entrer avec furie dans la cabane. En un bond, Monastario arrêta le bras de l'homme qui se tourna alors vers l'importun. Au dehors, El Lobo fit signe à ses hommes de rester en dehors de l'affaire et s'approcha de la cabane.
— El Chivo, râla l'homme mécontent d'avoir été interrompu.
La réplique de Monastario ne fut pas verbale. Son poing alla frapper la mâchoire de l'homme qui recula sous l'impact et alla heurter le bureau qu'il renversât en tombant. Fou de rage, l'ivrogne se releva et tenta de frapper Monastario, en vain. L'ancien capitán évita tous les coups adroitement et remarqua le petit Diego courir auprès de sa mère toujours allongée au sol, inerte.
— Isabella ! appela-t-il dans l'espoir de la faire réagir.
Mais il n'y eut aucun mouvement de sa part. L'ivrogne sourit narquoisement à Monastario, ce qui eut pour effet de se recevoir un autre coup au visage. Tout en reculant sous l'impact, l'homme se prit les jambes dans le bureau renversé et tomba finalement à terre au moment où El Lobo arrivait.
Sans attendre, Enrique se précipita aux cotés de sa nièce auprès de laquelle le petit Diego s'était mis à pleurer.
— Isabella, Isabella, répéta-t-il en lui tapotant gentiment les joues.
— Hernando ! entendit-il appeler El Lobo.
— Si, Señor ? fut la réponse rapide de ce dernier.
— Occupe-toi de la señora. Leoncio semble l'avoir malmenée.
Hernando s'approcha d'elle en vitesse tandis que Monastario prît le petit Diego dans ses bras pour permettre à l'homme de prendre soin d'elle.
A terre, Leoncio grogna en s'attrapant la tête puis il se redressa en prenant appui sur le sol. Se faisant, il posa une main sur une arme. Lançant un regard mauvais à Monastario, sans prêter attention à qui se trouvait à côté de lui, Leoncio ramassa la dague et se releva menaçant.
— Leoncio ! gronda El Lobo avant de remarquer l'arme.
Saisi, l'homme en lâcha son arme et se retrouva bien vite dégrisé. Très lentement, il se retourna, un nœud dans l'estomac. Sans un mot, mais avec le regard glaçant, El Lobo lui fit ramasser la dague. D'une main tremblante, Leoncio la lui tendit et sortit avec précipitation, trébuchant dans sa hâte.
Hernando ausculta la señora. Elle n'avait pas de blessure apparente hormis une extrême rougeur au visage et la lèvre tuméfiée.
La brute, songea-t-il.
— Mama, pleurait encore le petit.
— Ta maman va bien, Diego. Elle va se réveiller, le réconforta Monastario. Soit fort maintenant et arrête de pleurer.
— Oui… Oncle Rique, renifla le petit.
— Ton père a raison petit, murmura Hernando.
— Mais… Ce n'est pas mon père, hoqueta Diego surpris par la douceur dans la voix du monsieur.
Enrique ne put empêcher un bref sourire d'apparaître devant le regard interloqué de l'homme tandis qu'il se tournât vers lui.
— La señora est ma nièce. Ainsi son fils est mon petit neveu.
— Oh…
— Comment va-t-elle ? demanda Monastario.
— Le choc lui a fait perdre conscience. Pouvez-vous l'allonger sur le lit ? Elle y sera plus confortable.
— Si, acquiesça Enrique en posant le petit à terre.
El Lobo les regarda sans rien dire, ce ne fut que lorsque le señor Monastario posa sa nièce sur le lit qu'il intervint.
— El Chivo, vous pouvez sortir maintenant.
— Pour qu'un de vos hommes vienne encore lui faire du mal ? ragea Monastario avec amertume.
— Cela ne se reproduira plus, soyez en assuré… A moins que je n'en donne l'ordre bien évidemment, ironisa-t-il.
— Espèce de…
Il s'interrompit tandis qu'il fût légèrement retenu.
— Oncle Enrique, murmura une faible voix.
Monastario se retourna vers sa nièce, sa colère balayée par son réveil.
— Comment te sens-tu ? questionna-t-il.
— Je suis un peu confuse… Où est Diego ?
— Juste là, répondit-il en prenant le petit dans ses bras pour le déposer auprès de sa mère qui venait de se redresser.
— Gracias.
— Mama ! s'exclama le petit en se jetant dans ses bras.
— Mon oncle, maîtrisez vous, murmura-t-elle ensuite.
— Si, Isabella, répondit-il avant de déposer un baiser sur son front et de sortir de la cabane.
— Hernando, laisse-nous ! ordonna El Lobo.
Le médecin obéit sans faire d'histoire sous le regard inquiet d'Isabella qui remarqua alors la dague que son ravisseur tenait en main… Une fois seuls, il alla fermer la porte de la cabane et se tourna vers la señora qui eut un mouvement de recul devant son visage sévère.
— Señor ? questionna-t-elle.
— Ne vous effrayez pas ma chère. Leoncio n'est pas toujours si désagréable.
Sans effort, El Lobo redressa le bureau et remis la dague à sa place.
— Quant à vous, Señora, sachez que la curiosité est un vilain défaut.
— Que voulez-vous dire ? demanda-t-elle innocemment.
Serait-ce vraiment la chute qui a ouvert le tiroir ? douta-t-il.
— Vous savez pertinemment ce dont je veux parler. Aussi ne le préciserai-je point ! tenta-t-il pour garder bonne figure.
Isabella se sentit faiblir et porta la main à son front.
— Mama ? interrogea le petit avec inquiétude.
— Mama va bien, Diego. Elle est un peu fatiguée, expliqua-t-elle.
Voyant qu'il n'arrivait pas à la faire plier, El Lobo serra ses poings de rage avant de ressortir.
Isabella soupira, elle l'avait échappé belle à deux reprises. Mieux valait ne plus tenter sa chance pour le moment. Le peu qu'elle avait appris sur cet homme ne valait pas la peine de risquer sa vie. Elle se rallongea et finit par s'endormir.
Lorsqu'elle se réveilla, elle eût la surprise de découvrir le médecin à ses cotés.
— Que faites-vous ici ? demanda-t-elle avec étonnement.
— Votre coup de fatigue de ce matin a inquiété votre oncle… baissa-t-il la voix. J'ai prétendu que je devais vous revoir pour pouvoir m'assurer que ce n'était pas le coup que vous avez reçu qui en était la cause. L'homme qui vous a frappé est une vraie brute. En un sens, vous avez été chanceuse qu'El Lobo ait laissé votre oncle intervenir…
— Señor, je…
— Appelez-moi Hernando je vous prie. Je suis dans le même cas que vous, Señora.
— Isabella De la Cruz, se présenta-t-elle.
— De la Cruz ? Pourquoi votre nom me semble-t-il si familier ? s'étonna Hernando, sceptique… Se pourrait-il que vous soyez de la famille de Pablo De la Cruz ? interrogea-t-il un vague souvenir en tête.
Isabella frémit en entendant ce nom, suscitant la surprise chez Hernando.
— Je suis désolé, je ne voulais pas vous faire peur, dit-il en voulant s'approcher, mais elle recula vivement.
Les initiales du document lui revinrent en mémoire. E.D.
— D'où… D'où connaissez-vous… cet homme ? questionna-t-elle la voix chargée.
— Cet homme ?
— Le Señor De la Cruz, dit-elle avec difficulté.
— Je ne le connais pas personnellement. J'ai entendu son nom dans une conversation le jour où j'ai été conduis ici.
— El Diablo… Il me poursuit encore après sa mort, murmura-t-elle saisie d'un violent frisson.
— Je ne voulais vraiment pas vous affoler, Señora. Je vous prie de m'excuser, dit Hernando devant la détresse d'Isabella. Comment vous sentez-vous ? demanda-t-il pour changer de sujet.
Elle grelottait, incapable de dire quoique ce soit.
— Señora, Señora ? répéta-t-il avant de lui tapoter les joues.
Surprise, elle se tourna vers lui prête à le frapper à son tour.
— Señora, buvez ceci. C'est une potion qui vous aidera à vous reposer, vous voulez bien ?
Isabella acquiesça silencieusement et attrapa le flacon que lui tendît le médecin.
Il faut que j'éclaircisse ceci afin de ne plus la mettre dans cet état. Peut-être son oncle pourra-t-il m'en dire plus, songea Hernando.
— Ne buvez pas tout, Señora, l'arrêta-t-il rapidement après la première gorgée. Reposez-vous maintenant.
Hernando veilla un moment sur Isabella et expliqua au petit Diego que sa « mama » était très fatiguée et avait besoin de silence. Le petit mit un doigt devant ses lèvres et fit :
— Chut alors, Señor, sinon vous allez la réveiller.
Le médecin sourit et salua le petit avant de sortir, lui faisant signe de rester silencieux.
Une fois dehors, El Lobo l'interpela.
— Hernando !
— Si, Señor.
— Comment va la señora ?
— Elle a besoin de repos et de calme. Vous savez, elle se remet à peine de sa blessure par balle.
— Inutile de me le rappeler.
— Si je puis me permettre de vous donner un conseil, vous devriez interdire la boisson à vos hommes pendant un moment.
— Il faut bien qu'ils s'amusent un peu, sourit El Lobo ironique.
Hernando soupira et se rapprocha de Monastario sous le regard inquisiteur du chef. Les deux hommes se mirent à discuter se tournant de temps en temps vers la cabane.
