Chapitre 11 : Infiltration épique

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Le jour J était enfin arrivé et la tension qui habitait Tony se reflétait dans son attitude. Au fil des années, Gibbs avait appris à interpréter le langage corporel de son agent et même si ce dernier s'efforçait toujours de dissimuler ses états d'âme, certains signes qu'il ne pouvait maîtriser les exprimaient aussi bien que des paroles l'auraient fait. Et tous ces gestes, Gibbs les voyait là, en ce moment, ils apparaissaient les uns après les autres.

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Il pouvait voir ses épaules tendues, un mal de tête ne tarderait pas à venir s'ajouter à cette tension nerveuse. Tony se passait régulièrement la main dans les cheveux, autre signe d'une agitation extrême de sa part. Lorsqu'il parlait, c'était un débit saccadé et important qui sortait de sa bouche, les paroles se bousculaient. Il savait qu'il ne fallait pas espérer l'apaiser par des paroles et les actes avaient toujours eu plus d'impact sur l'homme dans ces cas-là.

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Et c'est ce que fit à nouveau Gibbs, il attira Tony à lui, inclina sa tête sur son épaule, lui frotta doucement le dos avec la main tandis que l'autre caressait les cheveux bruns et soyeux. Il sentit la tension quitter peu à peu Tony lorsque les épaules s'affaissèrent un peu et qu'il poussa un soupir. Un léger baiser vint chatouiller le cou de Jethro lorsque Tony y posa ses lèvres. Les bras de l'italien vinrent encercler les hanches de l'ancien marine et rapprocha leurs deux corps. Pour l'instant, aucun des deux hommes ne pensaient à autre chose que se réconforter et aucune tension sexuelle n'était à déplorer.

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Il était heureux que leur étreinte n'eut aucun témoin puisqu'ils étaient encore chez Tony. Plus l'heure approcherait et plus la tension serait palpable, aussi bien ici qu'au bureau où les deux hommes se rendraient bientôt. Pour une fois, Gibbs avait fait l'impasse sur la matinée de travail, informant Jenny qu'il serait là en début d'après-midi, sans donner aucune explication. Avait-elle compris qu'il était avec Tony ? Il n'en serait pas étonné mais elle ne soupçonnerait sûrement pas la nature exacte de cette absence.

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Il repensa à la nuit que les deux hommes avaient passé, une nuit câline et amoureuse. Tony avait laissé de côté leur différent pour se laisser porter par l'instant, la soirée s'était déroulée sans heurts puisque Jethro avait décidé d'en laisser les rênes à Tony. La conversation tout comme les actes seraient ceux que Tony voulait et non ce que lui-même souhaitait. Il fallait que l'italien soit maître de la situation, qu'il ne sente aucune pression de sa part et les évènements se dérouleraient alors selon le hasard ou la providence si elle décidait de lui être favorable.

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Ils n'avaient pas fait l'amour à proprement parler, pourtant leur jouissance avait été aussi intense que s'ils avaient connu l'accomplissement total. Mais les tendres caresses qu'ils avaient échangées étaient des prémices à une nouvelle redécouverte et qui sait, une réconciliation possible. Les quelques heures précédant leur retour au bureau se passèrent tranquillement, les deux hommes s'accordant pour parler de sujets neutres durant le petit déjeuner. Ensuite, Gibbs incitant Tony à aller courir pour se défouler et diminuer son anxiété. Il prit même sur lui de l'accompagner, empruntant des vêtements à l'italien.

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Revenus à l'appartement, ils partagèrent une douche chaude qui leur permit non seulement de rafraîchir leur corps moite mais aussi de se savonner mutuellement avant d'oser quelques nouvelles caresses qui firent s'envoler momentanément le stress latent qui couvait toujours chez Tony. Une petite sieste ensemble avant le repas du midi et l'heure de rejoindre les bureaux fut là. Chacun des deux hommes prit son véhicule pour faire le trajet, l'un suivant l'autre.

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Leur entrée simultanée dans l'espace des bureaux ne passa pas inaperçue. Toutes les têtes se tournèrent vers eux d'autant que Gibbs posa une main rassurante sur l'épaule de son ancien agent avant que ce dernier ne prenne la direction du bureau directorial. Des sourires entendus et des hochements de têtes discrets approuvèrent cette apparente réconciliation. Ziva et McGee se jetèrent eux aussi un regard surpris, ils n'avaient pas soupçonner que les deux hommes puissent être ensemble et que c'était la raison de l'absence de leur chef. Ils n'osèrent cependant pas poser une seule question de peur de se voir rabrouer à la manière de Gibbs, sèchement et certainement agressivement, l'humeur de leur boss leur paraissait trop incertaine.

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Alors qu'il gagnait son bureau en silence après avoir salué ses agents, Gibbs ne pouvait s'empêcher d'être en esprit auprès de Tony. Son souhait aurait été, bien sûr, d'assister à la dernière entrevue et de discuter des dispositions prévues pour la mise en scène du faux kidnapping mais il respectait enfin le souhait de son amant de le voir en dehors de cette mission. Pourtant, il savait qu'il ne ferait pas l'impasse sur la mise en scène prévue par le FBI même si Tony l'avait mise au point, il restait toujours le risque que ça tourne mal. Il devait tenter de traverser le mieux possible les quelques heures qui les mènerait à engager l'action. Une boule à l'estomac lui prédisait un accroc tel qu'il annonçait une catastrophe et que c'était malheureusement Tony qui en ferait les frais. C'était le même genre d'angoisse qui le taraudait chaque fois que son homme mettait sa vie en danger.

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Enfin, la fin d'après midi finit par arriver et Gibbs donna congé à ses agents, il voulait avoir les coudées franches pour surveiller l'opération. Les deux jeunes gens partis, il attendit de voir Tony redescendre du MTAC pour lui emboîter le pas. Même sans l'aval de la directrice, il avait décidé de superviser de loin la rencontre.

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Tony descendit enfin et prit la direction de la sortie. Il jeta au passage un coup d'œil à Gibbs et esquissa un sourire lorsqu'il vit que son amant était encore là et prêt, semblait-il, à lui coller aux basques puisqu'il le rejoignit à l'ascenseur.

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· Tu vas bien ? demanda t-il lui même toujours aussi farouchement opposé à ce projet.

· Ca va aller, t'en fais pas, Jet répondit simplement Tony. Du moment que le FBI suit les directives même si elles viennent du NCIS, tout se passera bien.

· J'en suis pas aussi sûr que toi. Fais gaffe à toi, surtout. Je ne voudrais pas te ramasser à la petite cuillère parce que le FBI aurait décidé de faire du zèle.

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Et avant que Tony ne puisse faire ou dire quelque chose, il stoppa la cabine et s'empara aussitôt de la bouche de son amant pour un baiser qui reflétait son état d'esprit. Surpris par la rapidité du geste, Tony se laissa faire sans protester davantage, il comprenait que Gibbs, même s'il avait cessé d'être son patron, le considérait peut être encore comme faisant partie de son équipe et surtout comme appartenant à nouveau à sa vie depuis la veille pour penser qu'il avait le droit de manifester son anxiété de cette façon. Il apprécia donc la marque de tendresse et rendit le baiser. Puis, une fois la cabine repartie, ils se séparèrent comme l'ascenseur terminait sa course, ils sortirent et prirent chacun la direction d'un véhicule, Tony devant emprunter celui mis à sa disposition pour le temps de la mission, il ne devait en effet pas utiliser sa propre voiture.

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Préférant ne pas faire savoir à Tony qu'il comptait assister au traquenard, Gibbs le laissa prendre quelque distance avant de lui filer le train. L'un derrière l'autre, les deux véhicules s'acheminèrent vers le lieu de rendez vous, un terrain de sports où le petit fils de Marconi jouait deux fois par semaine. Tony arriva rapidement et se gara sur une place libre devant le terrain. Il attendit un moment avant de quitter la voiture puis sortit et marcha vers le stade. Gibbs trouva par chance une place d'où il pourrait observer sans mal toute l'opération. Il repéra rapidement les agents du FBI en place et nota avec déplaisir la présence de Sacks. Son attention se concentra ensuite exclusivement sur Tony qu'il suivit des yeux. Ce dernier s'installa sur un banc face au terrain de jeux et attendit patiemment la suite des évènements.

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Dix minutes plus tard, le ballon fonça vers la position de Tony et ce dernier le réceptionna avant de se lever pour le renvoyer. Sans préméditation, il s'immisça dans la partie en cours facilitant ainsi le premier contact. La partie devint vite plus sérieuse avec un ex joueur professionnel tel que l'italien et les gamins comprirent rapidement qu'ils avaient un excellent partenaire. Les passes se firent plus rapides et plus sérieuses et l'enthousiasme des gamins faisait plaisir à voir. Tony s'intégrait parfaitement dans le jeu prenant visiblement lui aussi plaisir à jouer. Un quart d'heure plus tard, la partie prit fin et les enfants commencèrent à s'éparpiller dans toutes les directions comme des moineaux effarouchés.

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Un garçon attendait de récupérer le ballon et s'attardait un peu aux côtés de Tony. Le contact avec la cible était établi et le gamin et l'adulte discutaient en se passant le ballon de l'un à l'autre. Deux hommes baraqués, des gardes du corps apparemment, montaient la garde et scrutaient les alentours à l'affût. Ils approchaient des deux hommes lorsque les agents du FBI entrèrent en action. Ils séparèrent rapidement le gamin de ses gardiens mais une tentative désespérée de ceux-ci pour protéger leur « patron » s'ensuivit. Des armes furent vite en main et des coups de feu retentirent. Comme convenu, les agents du FBI firent marche arrière et prirent la fuite comme le plan le prévoyait.

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Une fois l'agitation calmée, les gardes du corps s'occupèrent de revenir vers le gamin et là, ils découvrirent que celui-ci avait bénéficié de la protection d'un parfait inconnu. Ce bon samaritain avait servi de bouclier humain à l'enfant mais ne s'en était pas sorti indemne. Une blessure par balle ornait son bras gauche et saignait faisant couler le sang sur le sol. Le visage de l'enfant était d'une pâleur criante et il s'efforçait de se retenir de pleurer. Il fixait Tony avec de grands yeux effrayés tandis que celui-ci plaquait sa main valide sur son bras dans l'espoir d'arrêter le saignement.

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L'un des gardes du corps vint à son secours tandis que l'autre s'empressait de couvrir l'enfant et de téléphoner. A peine plus de dix minutes plus tard, une luxueuse voiture noire vint se garer contre le trottoir et un homme distingué en sortit visiblement bouleversé. Il se précipita vers le groupe et examina rapidement l'enfant s'assurant de sa bonne santé. Une discussion houleuse avec les deux gardes du corps et il s'avança vers Tony installé sur le banc, le bras blessé soutenu par l'autre. Les deux hommes s'engagèrent dans une conversation et deux minutes plus tard, le chauffeur de la voiture vint rejoindre le groupe avec une trousse de secours. Des soins furent donnés à Tony qui fit ensuite mine de repartir vers son véhicule tout en faisant un signe d'adieu au gamin.

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Comme l'avait bien supposé Tony, le mafieux indiqua son propre véhicule du menton en invitant Tony à s'y installer. Ce dernier fit mine d'hésiter, de remercier et de s'en aller. Un des gardes du corps s'interposa et dirigea fermement l'agent fédéral vers la voiture de son patron. Il récupéra ensuite auprès de Tony les clefs de son propre véhicule qu'il tendit au second garde chargé de la rapatrier selon les instructions reçues de Marconi. Puis, l'une suivant l'autre, les deux voitures s'ébranlèrent et s'insinuèrent dans la circulation fluide de fin de journée. L'opération d'infiltration venait de se mettre en marche.

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Dans son véhicule, Gibbs avait suivi les différentes étapes. Il avait souri au moment où Tony s'était intégré au match en cours, la joie de son homme était si visible qu'il en était content pour lui. Il oublia un peu la mission tant il regardait Tony jouer avec plaisir, son homme était visiblement heureux de se mesurer aux gamins, sa joie se manifestait par de grands éclats de rire. Et les enfants appréciaient visiblement la participation de l'adulte qu'ils tentaient en vain de contrecarrer avec enthousiasme. Il vit également Tony se rapprocher furtivement du jeune Marconi sans en avoir l'air, lui passant le ballon plusieurs fois pour engager le contact. Son objectif fut atteint lorsque le gamin se mit à suivre plus volontiers Tony sur le terrain.

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Puis, soudain, le coup de sifflet final et il vit les enfants rejoindre leurs parents alors que les gardes du corps de Marconi s'approchaient à leur tour pour resserrer leur protection. Et là, tout s'enchaîna si vite qu'il eut du mal à cerner l'action de façon globale, les agents du FBI dont Sachs firent irruption et tentèrent de s'en prendre au gamin que Tony se mit en devoir d'écarter tout en se joignant à la bagarre entre fédéraux et mafieux. La détonation ne le surprit finalement que peu vu la tournure des coups échangés, il fallait forcément qu'un des attaquants saisisse son arme. Lorsque la mêlée se dispersa et que le FBI laissa comme convenu la place libre à Tony, il réalisa qu'il y avait eu plus de peur que de mal.

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Son sang ne fit pourtant qu'un tour lorsqu'il se rendit compte que son italien était blessé au bras. Il eut bien du mal à ne pas sortir du véhicule et à traverser la rue pour aller voir ce qu'il en était. Tony se tenait le bras mais était encore sur ses deux jambes, signe que la blessure devait être bénigne. Rassuré mais furieux, Gibbs se promit de faire passer un mauvais quart d'heure au tireur qui qu'il soit et surtout si c'était un fédéral du type de Sachs, ce que seul son italien pourrait lui confirmer ou infirmer. Il connaissait la tension qui régnait entre les deux hommes et espérait qu'elle n'avait pas mené à cet accident par vengeance mais qu'il s'agissait d'un simple accroc, certes malencontreux mais imprévu.

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Il regarda la limousine arriver, se garer, Marconi en descendre, discuter avec ses hommes et son petit-fils, être présenté au sauveur, puis tout le monde repartir dans les deux véhicules après les soins dispensés à Tony. A la tête que son homme avait faite lorsque le mafieux l'avait invité à prendre place dans la luxueuse voiture, il réalisa que l'opération d'infiltration venait de se mettre en marche.

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Il soupira et souhaita que tout se passe au mieux surtout pour son amant, il n'avait définitivement pas envie de le retrouver flottant dans le port ou ramener dans un filet de pêcheur, un bloc de béton aux pieds. Il savait les risques encourus lors de missions sous couverture pour en avoir lui-même fait les frais. Mais là, la mafia était tout ce qu'il y avait de plus sadique en matière de représailles au même titre que les barons de la drogue ; les deux milieux étaient sans conteste les plus innovateurs en matière de tortures.

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Il reprit le chemin du NCIS afin d'obtenir des explications sur la fusillade puisque Fornell avait été prié de faire un rapport sitôt l'infiltration de Tony confirmée. Il arriva dans le parking et avisa la voiture des fédéraux déjà garée. Il hâta le pas et à l'étage, il prit la direction de l'escalier et du MTAC sans même s'arrêter à son bureau.

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McGee et Kate comprirent vite à son attitude que quelque chose avait dû se passer pour que leur chef fasse cette tête, il était prêt à étriper quiconque se mettrait en travers de sa route. Balboa supposa lui aussi la même chose et soupira, il ne souhaitait pas changer de patron aussi vite, l'entente entre les deux hommes était plutôt bonne et leur interaction particulièrement réussie. Kendall ne sut quoi penser de la fureur à peine contenue du leader de l'équipe première de l'agence, elle ne connaissait pas particulièrement l'homme ni même son propre patron, étant trop nouvelle dans l'agence.

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Sans faire cas de l'état d'esprit des quatre agents, Gibbs passa comme un ouragan le barrage de Cynthia et fonça vers la porte du bureau directorial. Il l'ouvrit avec tant de force que le battant alla claquer contre le mur faisant sursauter les occupants de la pièce. Si Fornell et Shepard réussirent à contenir leur étonnement, la troisième personne se tassa dans son fauteuil, sans doute présageait-elle des représailles à son encontre. Et en effet, Gibbs s'avança directement vers elle et la saisit par la veste avant de cracher sa fureur.

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· Dites-moi, Sachs, dites-moi que la blessure de Tony n'était qu'un regrettable accident ou je vous jure que je suis capable de vous faire regretter votre geste attaqua t-il sitôt pénétré dans la pièce.

· Agent Gibbs tenta Shepard pour minimiser l'incident. Agent Gibbs, nos collègues du FBI étaient justement en train de nous faire le compte rendu de cette mission. Si vous désirez y assister, vous êtes le bienvenu même si votre participation n'est normalement pas nécessaire, à condition de laisser l'agent Sachs nous relater les choses.

· Il a intérêt à être convainquant dans ce cas sinon je lui ferai passer l'envie de s'en prendre à Tony stipula l'ancien marine, un regard terrible fixé sur sa victime.

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Et durant les quelques minutes suivantes, Sachs relata en effet le déroulement de la tentative de kidnapping mise en scène. Il indiqua que les armes ne furent sorties qu'une fois que les gardes du corps eux-mêmes aient pointés les leurs et c'est en luttant pour en désarmer un que le coup était parti. Malheureusement, Tony se trouvait dans la ligne de tir puisqu'il avait également voulu dévier le revolver pour éviter justement que Sachs lui-même ne se prenne une balle. Le garde du corps avait pivoté au dernier moment et atteint Tony.

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Puis Fornell intervint en faisant remarquer que ce malencontreux accident ne ferait qu'accréditer la tentative d'enlèvement et l'action héroïque de Tony pour sauver le gamin. Marconi ne devrait normalement pas faire l'impasse sur ce point et récompensera l'homme qui avait sauvé son unique petit-fils, la prunelle de ses yeux. Shepard en convint rapidement et conclut que, tout compte fait, l'opération d'infiltration était une réussite. Il restait maintenant à l'Agent DiNozzo à réunir assez de preuves pour incriminer Marconi dans le meurtre du marine. Elle rappela que le premier rapport de Tony se ferait certainement lorsque ce dernier pourrait regagner l'appartement qu'il lui avait été fourni pour sa couverture et qui était sous surveillance vidéo.

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Puis elle mit fin à la réunion, salua les agents du FBI leur spécifiant qu'elle comptait sur leur diligence pour lui faire part des rapports de Tony en temps voulu, leur rappela que c'était son agent qui risquait sa vie dans cette mission pour leur permettre de boucler leur cible. Fornell et Sachs quittèrent la pièce en saluant Gibbs d'un signe de tête. La directrice suivit le mouvement et referma la porte de son bureau sur les deux hommes avant de se tourner vers son ancien équipier.

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· Tu avais besoin de secouer Sachs de cette façon, Jethro ? demanda t-elle en reprenant place derrière son bureau.

· Oh bon sang, oui grogna Gibbs. Il ne devait pas sortir son arme, c'était bien le deal, non ?

· Comment connais-tu ce détail, Jethro ? Tu as tiré les vers du nez à ton ancien agent ?

· Bien sûr que non, Tony n'a rien dit. Je sais simplement que dans la mesure où cette opération avait pour témoin et sujet un enfant, il n'était pas question d'utiliser la force armée, à moins que ta politique ait changé sur ce point !

· Non, c'était en effet l'une des conditions stipulées par Tony lui-même. Apparemment, les gardes du corps n'avaient pas la même considération sur l'importance de la vie de leur protégé indiqua t-elle pour amoindrir les conséquences de cette petite bavure.

· Espérons alors que le jeu en valait la chandelle parce que si Tony se retrouve dans une position difficile, laisse-moi te dire que quelqu'un paiera pour ça avertit-il la directrice.

· Fais un peu confiance à ton ancien agent, Jethro. Tu l'as remarqué à différentes reprises, ses performances dans des missions sous couverture sont exceptionnelles et les résultats à la hauteur de sa réputation dans ce genre de mission.

· Peut être mais cette fois, ce n'est pas n'importe quelle mission et Marconi n'est pas réputé pour être idiot. L'homme est tout simplement parano, c'est bien la raison pour laquelle le FBI n'a jamais pu l'épingler. Il est bien trop malin pour se laisser berner par le premier venu… lui rappela l'ancien marine.

· Mais DiNozzo a quelques atouts qui lui confère un avantage certain par rapport à d'autres, Il réussira, je lui fais entièrement confiance là-dessus.

· J'espère que tes espoirs se réaliseront parce que, dans le cas contraire, Tony pourrait bien y laisser la vie et c'est une conclusion que je ne veux pas voir se produire. J'irais moi-même le sortir de là s'il le faut, même sans ta permission.

· Je le sais, Tu n'as d'ailleurs pas suivi mes ordres puisque tu t'es pointé sur les lieux de cette mission alors que je t'avais précisé de t'en tenir à l'écart. De toute façon, tu auras l'occasion de te rendre utile si la situation dégénère, Tony compte sur toi pour le tirer des griffes de la mafia l'informa t-elle, l'air de rien.

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Elle laissa Gibbs assimiler et digérer la nouvelle notant l'étonnement se peindre sur les traits de son agent. Apparemment, il était grandement surpris que son ancien bras droit ait souhaité que son ancienne équipe soit celle qu'il désirait pour le secourir.

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· Tony a demandé… commença t-il.

· Oui, il a souhaité que ce soit nos propres hommes qui le sortent du guêpier si nécessaire et j'ai bien compris le sous-entendu dans sa remarque ainsi que le regard qu'il m'a lancé en disant ces paroles. Il compte sur toi, Jethro, donc, à toi de ne pas le décevoir.

· Oh ! Il n'est pas question que je le laisse tomber, Jenny. Il ne fait peut être plus partie de mon équipe mais il n'en reste pas moins un membre estimé de cette agence et il sera toujours pour moi un agent compétent, un ami précieux et… s'interrompit-il avant de lancer une vérité qu'il ne pouvait dévoiler concernant les liens intimes qui le liait à Tony.

· Et… quoi ? interrogea la directrice intriguée par le silence de son agent.

· Rien, je ne le laisserai pas tomber, c'est tout ce que j'ai à ajouter. Sur ce, je dois aller rassurer ses anciens coéquipiers ainsi que ses hommes sur sa santé.

· C'est ça, fais donc ça conclut Shepard.

· Tiens moi au courant, s'il te plait, Jenny formula t-il avant de quitter le bureau.

· Je n'y manquerais pas pour ma tranquillité d'esprit et pour éviter des scènes comme tout à l'heure lui répondit-elle en élevant un peu la voix comme il quittait la pièce.

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Elle soupira, heureuse d'avoir su gérer la crise sans trop de casse. Elle savait que son agent pouvait être un vrai bouledogue dès que la vie d'un de ses hommes était en jeu quelque qu'en soit la raison, il l'avait déjà démontré à plusieurs reprises pour son agent senior. Elle comprenait aussi qu'il ne puisse faire l'impasse sur presque six ans de collaboration plutôt fructueuse entre les deux hommes, leur brouille récente ne concernait pas le travail, elle l'aurait juré. Restait donc un problème personnel et privé qui était venu gripper leur amitié.

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Sachant qu'aucun des deux hommes ne serait à même de lui dévoiler les dessous de cette mésentente, elle ne pouvait que spéculer dans le vide. Elle les savait proches mais leur attitude respective au bureau ne permettait pas de déceler jusqu'où leur relation s'étendait. Ils étaient aussi secrets l'un que l'autre sur leur vie privée et si l'attitude de Tony sur ses relations féminines faisaient la une des rumeurs de l'agence parmi le personnel féminin, il n'en allait pas de même des informations qu'il distillait au compte goutte sur sa vie, son passé, son intimité.

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Quand à Gibbs, si ses trois divorces étaient d'actualité, la révélation brutale de son premier mariage et de sa paternité montrait bien que lui aussi tentait par tous les moyens de préserver sa vie privée. Même la relation intime qu'ils avaient tous deux partagée un bref temps lors de leurs missions à l'étranger ne l'avait aucunement préparée à cette découverte. Comme quoi, leur liaison n'avait pas la même importance pour elle et lui, il n'avait pas jugé nécessaire de lui faire part de ce fait.

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Secouant la tête, elle reprit son travail en souhaitant toutefois que la mission de son agent se solde par une réussite plutôt que par un échec et qu'il s'en sorte vivant sinon elle ne présageait pas de la réaction de son ancien équipier. Il pourrait bien ruer si fort dans les brancards que le SecNav' en soit informé sans délai et en reporterait sur elle les conséquences qui en découleraient, la décision d'une collaboration venant d'elle.

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Gibbs, une fois le bureau directorial fermé, se passa une main lasse sur le visage. Il se faisait du souci pour Tony, cette mission n'avait pas débuté de la meilleure façon qui soit. Heureusement que la blessure était apparemment bénigne parce qu'autrement, il aurait exigé de son entêtée directrice le retrait immédiat de Tony et l'arrêt de cette mission même s'il savait que sa demande aurait eu peu de chance d'être prise en compte. Il lui restait maintenant à faire un bref compte rendu à tous ceux qui s'inquiétaient pour son ex agent.

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En passant devant le bureau de Tony, son cœur se serra mais il se reprit pour faire signe à Balboa et Kendall de le suivre. Il fit de même pour Kate et McGee avant d'embarquer tout le monde dans l'ascenseur, direction le labo d'Abby où il convia également Ducky. Une fois tout le monde réuni, il relata la prise de contact de Tony avec l'objectif de sa mission indiquant que l'italien avait été légèrement blessé mais sans gravité puisqu'il n'avait pas eu besoin de se rendre à l'hôpital. Il avait suivi la voiture pour s'en assurer avant de rejoindre le NCIS.

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Ensuite, il enjoignit chacun à reprendre son travail avant de quitter lui-même Abby après l'avoir réconforté d'une étreinte amicale. Il repartit en direction de son propre bureau même si, fait plutôt rare, son enthousiasme pour son travail passait au second plan. Il s'attendait à ce que les jours et même peut être les prochaines semaines soient pénibles à vivre sans nouvelles ou presque de Tony. Il allait se languir de son amant qu'il venait tout juste de reconquérir et appréhendait aussi la suite de cette mission à haut risque.

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On approche du cœur de l'opération. Tony réussira t-il sa mission ou sera t-il démasqué par la mafia et son chef parano ? Pour le savoir, demandez-moi la suite.