Chapitre 12 : Concours de circonstances ?

En donnant cette idée, le préfet de Serpentard avec jeté l'équivalent d'une sacrée pluie de bombabouses dans la Grande Salle. C'était l'effervescence. Un brouhaha pas possible. Tous les élèves avaient quitté leurs tables respectives, et se regroupaient devant la table des professeurs. Oh pas nécessairement en étant dirigé vers eux, non, juste pour discuter tous ensemble de cette idée.

Des petits groupes se formaient. Tout ce petit monde discutait avec animation de cette proposition, pensant le pour et le contre. Certains affirmaient qu'ils s'en fichaient bien, qu'ils étaient certains d'être dans la maison qui leur correspondait, que leur affectation ne changeait pas. D'autres en profitaient pour se demander si telle ou telle personne était dans la bonne maison, si elle ne serait pas mieux dans une autre, si elle n'était pas l'erreur de cette année, contrairement à ce que tous croyaient. Ils dévisageaient les autres élèves, suspicieux envers tous, remontant le fil de leur mémoire pour se souvenir d'un détail qui pourrait faire penser à une telle chose. Quelques groupes se tenaient à l'écart, ils étaient composés d'élèves qui soit se fichaient bien de toutes ces préoccupations, soit avaient peur de la décision finale.

Les partisans d'une nouvelle répartition, eux, loin de se regrouper, essaimaient dans toute la pièce, pour rallier d'autres élèves à leur cause. Il y avait là plusieurs Serdaigle, notamment les deux filles qui avaient été expulsées du cours de métamorphose. Il y avait aussi quelques Serpentards, qui voulaient à tout prix remplir leur maison. Des Poufsouffles qui n'assumaient pas la maison à laquelle ils avaient été envoyés. Et Judith seulement, en ce qui concernait les Gryffondors. Ils allaient à droite à gauche, haranguaient tous ceux qui passaient, tentaient de les convaincre.

Soulever cette question avait bouleversé toutes les maisons, et pas seulement les élèves de première année. Tout le monde prenait parti, tout le monde s'impliquait, mettait son grain de sel. Cela touchait en effet à l'intégrité des maisons. Les jeunes filles restaient elles plutôt à l'écart. Leonore bouillonnait de rage. Elle serrait et desserrait les poings, son visage était fermé, alors qu'elle observait ce qui se passait autour d'eux. Les autres filles étaient plus réservées sur la question, et n'osaient surtout pas intervenir.

Inexplicablement, Lyra se mit à trembler comme une feuille. Elle était secouée de quelques spasmes. Incontrôlables. Les filles se précipitèrent autour d'elle. Mary la prit par les épaules, tentant de la calmer par sa voix. Victoire et Leonore lui demandèrent ce qui n'allait pas, sans la presser pour ne pas la choquer. Duncan, qui était tout près, partit chercher l'infirmière. Celle-ci arriva en accourant, précédée du jeune garçon poussant des coudes les élèves qui pouvaient déranger leur passage.

« Comment te sens-tu ? Essaie de te calmer. Tout doucement. »

« Ça…ça va. Je…c'est rien. »

En effet, petit à petit, les tremblements cessaient. Son corps se calmait et elle subissait moins de soubresauts.

« Tiens, mange un peu de chocolat. » dit l'infirmière, lui tendant deux carrés. « C'est psychologique. Tu as dû avoir peur de quelque chose et stresser tellement que ton corps a réagi. N'est-ce pas ? »

« Je…Oui. J'étais en train de me souvenir de ce qu'on m'a dit dans un couloir hier. »

« Quoi ? tu ne nous avais pas parlé de ça ? » s'exclama Victoire.

« Je ne pensais pas que c'était important. Ça ne m'avait pas affectée à ce moment-là. Enfin, pas trop. On… J'ai compris pourquoi je n'avais pas reçu de carton d'invitation comme vous pour la réunion des Serpentards. »

« Ah oui ? Pourquoi ? » demanda Leonore.

« D'ailleurs, j'ai la réponse pour toi aussi Mary, ils ne t'ont pas prise parce que tu es trop maladroite apparemment… » dit-elle à la jeune fille qui la tenait toujours, surveillant ses mouvements qui étaient presque totalement calmés. « Et moi, ils ne m'ont pas prise parce que mes parents sont moldus. Parce que je ne suis pas née sorcière, de parents sorciers. Parce que je ferais honte à leur maison et à la sorcellerie en général. C'est Keeler et un de ses amis qui me l'ont dit, quand on allait en histoire de la magie. Tu n'étais pas là Victoire et moi j'étais partie chercher mes affaires au dortoir, je les avais oubliées. Ils m'ont alpaguée à ce moment-là. »

« Quelle bande d'idiots. Tu as tout à fait la place ici, ma petite. » la rassura Madame Pomfresh. « Et ils ne vont pas s'en tirer comme ça… »

« Ne faîtes rien Madame ! Sinon, je vais encore plus me faire railler. » la supplia Lyra.

« Elle a raison Madame, on ne peut pas faire ça. Mais on ne les laissera pas s'en tirer comme ça. Ils vont comprendre à qui ils s'en sont pris. » annonça Victoire, déterminée.

« D'accord. Mais je vais tout de même aller voir la Directrice. Ça commence à faire un peu trop longtemps que ça dure, cette histoire. Et je ne suis pas sûre qu'elle-même apprécie. Elle doit être dans son bureau. Occupez-vous bien d'elle en attendant. » leur dit-elle en jetant un coup d'œil à la table des professeurs, presque vide mais qui se remplissait au fur et à mesure que la clameur des élèves montait.

Une fois qu'elle fut partie, Victoire releva la tête de son amie pour l'observer dans les yeux.

« Qu'est-ce qui t'a fait si peur là-dedans ? Tu sais très bien que tu es une bonne sorcière, il n'y a qu'à voir tes notes. Ça n'est pas ça qui t'a fait trembler tout à l'heure. Si ? »

« Ils ont dit que je n'avais pas ma place à Serpentard bien sûr, mais pas même à Gryffondor. Que je ne méritais que d'aller à Poufsouffle. Non pas que je n'aime pas cette maison hein, mais je ne veux pas vous quitter, moi. Et si jamais la nouvelle répartition nous séparait ? »

« Ne dis pas de bêtises. Tu as vu comment tu as tenu tête à ce niffleur de Keeler la dernière fois ? Tu as tout à fait ta place ici. Comme Mary, même avec sa maladresse. Comme Victoire même si elle a tendance à l'oublier. Comme moi. »

« Oui, toi on en doute pas ! » rirent les filles.

Elles furent interrompues par l'arrivée de la directrice. Madame McGonnagall venait d'arriver à la table des professeurs. Et le moins qu'on puisse dire était qu'elle ne semblait pas ravie d'avoir été interrompue dans son travail. Madame Pomfresh, qui l'accompagnait, s'éclipsa. Rapidement, la cacophonie ambiante s'estompa. Tous les élèves tournèrent leur tête vers la directrice alors qu'elle se racla la gorge.

« Qu'est-ce que toutes ces sornettes ? Il n'est pas question de refaire une répartition des élèves. Vous avez tous été affectés à la maison qui vous convenait le mieux. Quelle qu'elle soit. Quel que soit le caractère que vous croyez ou voulez avoir. »

« Mais Madame la Directrice, il y a bien une erreur chaque année ! Et la maison Serpentard est à chaque fois lésée ! » lança le préfet de ladite maison.

« Je me demande comment nous avons pu vous nommer préfet, parfois. Il n'est pas question de mettre en doute les décisions du choixpeau. Et s'il y a moins d'élèves à Serpentard, soit, c'est parce que moins d'élèves en ont le caractère. Cessez ces enfantillages. Je vous croyais plus mature. »

« Mais.. » intervinrent, très judicieusement, plusieurs autres élèves.

« La discussion est close. Vous pouvez oublier toutes ces histoires ridicules. »

« Madame, puisque les maisons se sentent toutes menacées par ces histoires, ne pourrait-on pas rappeler qu'elles ont chacune leurs spécificités et que les élèves qui y sont sont faits pour y rester ? » demanda Timothy.

« Comment comptez-vous faire, Monsieur Benson ? » demanda le Sous-Directeur Flitwick, relayant Madame McGonagall.

« On pourrait organiser une sorte de concours ? » répondit-il, enthousiaste.

« Vous êtes bien un Gryffondor… Soit. Comment comptez-vous faire ? » sourit le professeur.

« Euh… » hésita-t-il, alors que les vert et argent ricanaient de son embarras soudain.

« C'est bientôt Halloween. » intervint Jill. « La Grande Salle sera décorée, comme d'habitude, mais pas les couloirs. On pourrait attribuer à chaque maison un couloir. A sa charge de le décorer comme bon lui semble, de faire les animations qu'elle souhaite. Pour montrer quelles sont les valeurs de sa maison et souder ses membres. »

« C'est une bonne idée en effet. » admit le professeur. « Minerva, vous qui aimez tant les défis et les concours, que pensez-vous de celui-ci ? »

« Qu'il en soit ainsi. Si ça peut calmer tous les élèves. Le couloir du premier étage sera attribué à Gryffondor. Celui du troisième étage à Poufssouffle. Le quatrième étage sera pour Serdaigle. Et enfin, le cinquième étage sera à Serpentard. Le deuxième étage ne fera pas l'objet de décorations étant donné le peu d'élèves censés y aller. Tous les élèves de chaque maison sont invités à participer. » annonça-t-elle d'une voix plus forte.

En effet, au deuxième étage se trouvaient le bureau de la directrice et celui du professeur de Défenses Contre les Forces du Mal, Monsieur Tempel. Il n'était donc pas très utile de le décorer. Et Teddy glissa aux filles que Madame McGonagall ne devait pas vouloir être dérangée tout le temps. Il s'était positionné derrière elles pendant le débat sans doute, car elles ne l'avaient pas vu venir. Il posa une main rassurante sur l'épaule de sa presque cousine. Elle n'aurait pas à changer de maison. Et même s'il aurait aimé qu'elle soit à Poufsouffle avec lui, il savait que c'était le mieux pour elle.

« Madame, qu'aurions-nous à gagner à ça ? » fit dédaigneusement le préfet de Serpentard, interrompant les chuchotements du jeune homme. Le faisant sursauter au passage.

« Des points. Puisque c'est ici la seule manière de vous départager. » répondit-elle en insistant sur le mot « seule ». « Les professeurs vous jugeront. Et ils décideront du nombre de points qu'ils attribuent à chaque couloir. Vous avez jusqu'à la fin des vacances d'Halloween. Ce qui vous laisse trois semaines. Je pense que ça sera suffisant. » ajouta-t-elle en faisant apparaître un énorme sablier dans les airs, qu'elle plaça en lévitation derrière la salle des professeurs, au centre.

Ceci dit et acceptée, l'ensemble des élèves s'égailla dans tout le château pour rejoindre leurs dortoirs. Tous discutaient déjà de la décision, échangeaient leurs idées pour leur couloir. Un nouvel événement venait d'apparaître et chaque élève se jetait dessus, s'enthousiasmant à grand bruit. Les années se confondaient et finalement, ça aurait peut-être le rôle qu'avaient souhaité Jill et Tim, se dit Victoire. Avant qu'ils ne partent chacun dans leur dortoir, Tim se racla la gorge et pointant sa baguette sur sa gorge pour augmenter le volume de sa voix, il déclara :

« Bien, je vois que vous êtes tous enthousiastes, tant mieux. Car nous allons gagner ! Aïe ! » fit-il en regardant Jill qui venait de lui pincer le bras. « Oui bon, c'est pas tout à fait ce que je devais vous dire apparemment. Bref. Nous ferons un point mercredi prochain. Ça vous laisse le week-end et le début de la semaine pour réfléchir. Et nous aurons à peine une semaine et demie pour commencer avant les vacances. Il ne faudra pas traîner à partir de ce moment-là car je sais que beaucoup d'entre vous rentrent chez eux. »

« En attendant, tous au lit ! » fit Jill.

La plupart des élèves gravirent les escaliers jusque leur dortoir mais certains restèrent près de la cheminée ou dans le coin des tables à bavarder. Les filles et leurs homologues masculins en faisaient partie.

« C'est vrai que c'est bientôt les vacances… » soupira Victoire, l'air rêveur.

« Si pressée que ça ? » rit Leonore.

« Ben oui, je rentre chez moi ! Et vous, vous faîtes quoi ? »

Lyra et Scott commencèrent à parler en même temps. Ce qui rendit leurs paroles incompréhensibles. Après quelques minutes à bafouiller, le jeune garçon réussit à sortir :

« Les femmes d'abord. Galanterie oblige. »

« N'en fais pas trop, tu n'es qu'un môme de onze ans, sans même un poil au menton ! » rétorqua Victoire en souriant.

Il lui tira la langue, de manière très adulte.

« Euh… Oui. Je voulais juste dire que moi je rentrais chez mes parents, ma petite sœur veut faire la tournée de tout le quartier et ils comptent sur moi pour l'accompagner. Je le fais chaque année. Et puis, je dois avouer que moi aussi j'aime bien ça. » dit timidement Lyra.

« T'en fais pas, moi aussi je vais la faire ! Avec des copains de primaire. » dit Duncan. « Ça va être dur de ne pas leur dire ce qu'il m'arrive et pourquoi je ne suis pas dans le même collège qu'eux, mais bon, ça ira ! C'est surtout que j'aimerais tellement leur raconter comment c'est formidable ici. »

« Et moi aussi je la ferais, avec tous les cousins ! Et désolée pour toi Duncan, sûr que ça ne va pas être facile. Je ne suis pas sûre que tu aies le droit de le dire en plus. » rajouta Victoire.

« Il ne l'a pas. Il faut le dire au moins de moldus possible. Imagine s'ils réagissaient mal en plus, comment il serait trop déçu… » fit Leonore.

« Moi je reste là, je n'ai pas tellement envie de rentrer. Vous ne partez quand même pas tous, si ? Vous n'allez pas m'abandonner ? » demanda Scott, détournant habilement la conversation.

« Mais non, ne t'en fais pas, moi aussi je serai là ! Je ne rentre pas non plus, mes parents sont en voyage, je ne vois pas l'intérêt de me retrouver seule. Mon grand frère ne va pas rentrer non plus. » annonça Leonore.

« Et moi non plus je ne rentre pas. Mes parents ne peuvent pas non plus m'accueillir. » dit Mary.

Ils discutèrent encore un peu autour de l'âtre avant d'aller se coucher. Il était déjà tard. Et la plupart d'entre eux étaient fatigués de leur semaine pour le moins riche en événements.

Le samedi fut passé à faire leurs devoirs et à rattraper leur retard dans ceux-ci pour certains. D'après ce qu'ils purent constater, les membres des équipes de Quidditch avaient aussi entraînement, les unes après les autres, se croisant presque tant les plannings étaient chargés. Les matchs commençaient en novembre et il était important d'être prêt avant les vacances, pour que ceux qui s'en allaient le soient aussi.

Le dimanche après-midi, Teddy vint voir Victoire qui discutait avec ses amis dans la Grande Salle. Ils s'étaient mis là pour qu'Harper puisse être présente aussi. Elle ne pouvait pas rentrer dans leur Salle Commune. La blonde se leva du banc, s'écarta avec son cousin. Il la prit par le bras, et ils s'éloignèrent encore, jusqu'à sortir de la Grande Salle pour aller dans un coin du Hall. Ils s'assirent sur le sol, le dos contre les pierres froides du mur. Les pierres, c'était bien joli, mais c'était sacrément froid, pensa la jeune fille.

Enfin, il parla. Pas besoin d'entrée en matière cette fois-ci. A sa tête, elle savait déjà de quoi ils allaient parler. Ou plutôt de qui. Elle le connaissait par cœur. Il n'en était pas resté là avec Chloé, bien sûr. Il ne pouvait pas. Ça n'était pas son genre. Quand il était mordu de quelque chose, il n'abandonnait pas aussi facilement. Et là, il fallait qu'il comprenne. Alors il était allé voir encore une fois la Serdaigle. Il lui avait demandé de lui expliquer, vraiment, ce qu'elle voulait. Il lui avait redit que lui l'aimait, que pourtant tout allait bien entre eux, qu'il en avait l'impression en tout cas. Il était vraiment mordu. Et le choc avait été rude.

Et quand il raconta la réponse de son ex petite-amie à Victoire, celle-ci crut exploser de colère. Elle n'y croyait pas. Que cette fille ait osé faire ça. Lui faire porter le choixpeau. Lui faire croire qu'il était le problème. Alors que c'était elle qui en avait un. Non, vraiment, elle ne comprenait pas l'amour. Et elle ne comprendrait jamais. En attendant, du haut de ses onze années, elle n'avait qu'une envie, c'était d'aller voir cette Chloé et de lui faire manger ses parchemins. Tous ses parchemins. Un par un. Très très lentement. A l'entonnoir s'il le fallait. En la menaçant s'il le fallait.

En la voyant devenir rouge, Teddy posa une main sur son bras. Ça n'était pas grave. Il gèrerait ça. Il règlerait ce problème. Et il commencerait par avoir une conversation avec Jimmy. Il fallait qu'il sache. S'il y était pour quelque chose. En attendant, ses cheveux étaient devenus ternes, bruns, comme ceux de son père. Non mais sérieusement, se faire plaquer parce que sa copine aime son meilleur pote !