Précédemment dans La relique dorée : Mu et Saga apprennent avec bonheur et angoisse que Kanon aime. Oui, Kanon n'est plus seul. Toute la vérité sur la relique est faite et les négociations avancent avec les Enfers.
Poséidon, de son coté, met le doigt sur ce qu'il identifie comme la seule faiblesse de son dragon, le Cap Sounion. Mais il accueille avec plaisir sa nouvelle fonction de « confident » du gémeau.
CHAPITRE XII
Confessions secrètes
Sanctuaire d'Athéna - Arène
Retour au sanctuaire et retour des préoccupations qui y sont liées. Il est clair que sous peu, l'âme du proscrit se fera à nouveau réentendre. De ce fait, nul besoin de courir si rapidement vers la maison des gémeaux, autant profiter des entraînements de l'arène pour tenter de se changer les idées, ou pourquoi pas, dans le meilleur des cas, de focaliser son regard vers un combat, pour laisser son esprit vagabonder sur des souvenirs de mèches blondes.
Sur le sable, s'affrontent Camus et Aphrodite. Adossé à la rambarde, Milo les observe avec attention, du moins jusqu'à ce que le cadet des gémeaux vienne s'appuyer à ses cotés. Le scorpion sourit, sans vraiment le regarder, c'est inutile, il sait que c'est lui.
- Ça s'est bien passé ?
- Comme toujours chez Poséidon, ça commence mal et ça finit bien.
Milo reste silencieux quelques instants avant de finalement tourner son regard vers celui de Kanon.
- Est-ce que tu m'en veux ?
- Pas le moins du monde. Je crois que si tu n'avais pas tout fait pour les raisonner, ils en seraient encore à essayer de me cacher la vérité. Et puis tu sais, je n'en veux même pas à Saga, parce que je ne suis pas surpris. Certes, lorsqu'il a refusé de me parler, j'ai été blessé, mais finalement, je ne vois pas ce que je pouvais espérer d'autre de sa part. Non en fait, le seul, voir les seuls à qui j'en veux, ce sont Shion et un peu Dohko. Mais tu vois, Shion se soucie surtout de rattraper son erreur, Saga lui, il veut juste que je lui pardonne et ça, et bien ça change tout. Ça veut dire que Shion regrette vraiment et que ça n'était pas intentionnel. Alors bien entendu, je compte bien provoquer une discussion, parce que ce matin, avec Minos, on ne peut pas dire qu'on ait pu s'expliquer. Mais je sais que ça se passera bien. Par contre...
- Par contre ?
- C'est évident que notre conversation va nous mener assez loin et à ce sujet Milo, je voulais te remercier...
- Et de quoi exactement ?
- Tu te poses des tas de questions, tu m'aides en acceptant des demi-réponses et tu n'insistes pas. Tu n'imagines pas comme ta confiance et ton amitié me font un bien fou.
Le scorpion reste silencieux un moment.
- Peut-être que je connais plus ou moins les réponses à mes questions. Peut-être que j'attends simplement le bon moment.
Leurs regards se croisent à nouveau. C'est vrai que Milo a une faculté déjà prouvée de deviner ce qui se passe dans la tête du gémeau. Il l'a montré plus d'une fois, de leur première rencontre, jusqu'à cette simple soirée chez Poséidon. Alors se pourrait-il que Milo sache déjà tout ? Non... Si Milo savait pour le blond, il ne pourrait rester muet.
- Assez parlé de moi. Comment vas-tu ?
- Je vais très bien, n'en doute pas. Même si bien entendu, je me ferais moins de soucis si tu n'étais pas aussi perturbé ces derniers temps...
- Milo...
- Oui je sais, tu ne veux plus parler de toi... On les remplace quand ils auront fini ?
- J'ai même une autre idée !
La voix de Dohko, particulièrement enjouée, qui s'appuie de l'autre coté de Milo.
- Un petit entraînement, à deux contre deux, toi et Kanon, contre moi et...
- Demain. Demain ce sera sans aucun problème, avec qui tu veux Dohko, enfin si Milo est d'accord. Pour aujourd'hui, je m'auto-exempte d'entraînement... Je me suis blessé le poignet en frappant Kaasa, à mon avis en ce moment il doit avoir du mal à parler.
Et fort heureusement son poignet blessé n'est pas celui qui porte le bracelet, puisque Milo s'en est emparé, sachant parfaitement avec quelle main Kanon porte ses attaques.
- C'est vrai en plus... Toi tu es blessé et ça ne se voit jamais...
- En même temps c'est trois fois rien, demain je n'y penserai plus. Je vais vous laisser. Je te dis à tout à l'heure Dohko.
Le Chinois fronce légèrement les sourcils et acquiesce en le laissant repartir.
C'est quelques heures après, lorsque les ors retournent vers leurs temples, que l'absence de Kanon se fait remarquer. Pourtant Milo et Dohko l'ont vu rentrer vers le sanctuaire. Après consultation mentale de ses douze voisins, Saga n'obtient aucun résultat. Kanon n'est chez aucun d'entre eux. S'il ne l'est pas déjà, c'est une évidence, son frère achèvera très bientôt de le rendre fou.
- Grand Pope ? Je vous dérange ?
- Non Saga, je discutais avec Dohko de notre potentiel accord de paix... Que se passe t-il ?
Saga soupire, prend une profonde inspiration et se lance.
- Kanon est introuvable. Savez-vous quelque chose ?
Shion et Dohko échangent un long regard, après avoir rapidement recherché le cosmos du cadet.
- Il se pourrait... Rassure les autres, rassure toi toi même, reprenez vos activités et ne vous souciez pas de Kanon. Dohko et moi nous allons le rejoindre.
- Bien. Merci.
- En quittant l'arène il s'est amusé à me dire « à tout à l'heure », s'amuse le chinois en secouant la tête.
Il a donc bien prévu que nous le rejoignions...
Dohko affiche un large sourire, un peu trop d'ailleurs étant donné la situation, ce qui ne manque pas de faire passer cette étincelle grondeuse dans les yeux du Pope.
- Oui allons y, et Dohko, je t'en supplie...
- Oui, je suis sage.
Star Hill. Le plus haut point du sanctuaire, l'endroit hors d'atteinte, interdit, sur lequel aucun chevalier d'or ne doit s'octroyer le droit de se rendre. Une vue magnifique, si proche des étoiles qu'il est dit que l'on peut presque converser avec elle. C'est aussi l'endroit le plus proche des Dieux, un lieu mythique, à l'abri de tout, du moins jusqu'à ce que Saga ne l'entache de son crime treize années plus tôt. Star Hill, c'est aussi le fantasme à la mode au sanctuaire et Kanon ne fait pas exception. De toute façon, le simple fait d'avoir l'interdiction d'y monter justifie qu'il s'y trouve en cet instant.
Assis en tailleur contre un mur extérieur du petit temple qui couronne le Mont étoilé, Kanon observe le sanctuaire, perdu dans ses pensées, du moins jusqu'à ce que Shion et Dohko viennent s'installer, de la même façon, de part et d'autre du Marina.
- Kanon...
La voix de Shion, calme, juste pour le faire sortir de ses pensées. Et cela marche, puisque le gémeau tourne son regard vers lui.
- Toi, tu n'as pas un air à être là pour assouvir un fantasme, s'amuse le chinois dans une vaine tentative de le détendre. ...
Shion sermonne Dohko du regard et poursuit avant que Kanon ne puisse lui répondre.
- Tu le sais, n'est-ce pas, que tu ne devrais pas être ici.
- Je le sais oui, mais puisque tu vas, de ce fait, me demander pourquoi je l'ai fait, pour une fois, je ne te dirai pas que je suis là juste parce que tu ne veux pas que j'y sois. Non, j'y suis précisément pour que vous y veniez, tous les deux, et j'y suis aussi, parce qu'au moins ici, je suis tranquille.
Les deux anciens échangent un nouveau regard.
- Dohko m'a dit que tu t'étais blessé ?
-Kanon soupire après un regard de reproche au chinois.
Dohko lève les yeux au ciel, décidément, il va devoir s'habituer à ce genre de regard.
- C'est trois fois rien. Et si tu me dis d'aller voir Mu, je te préviens, je ne te dis plus un mot. Et puis pas la peine de m'en vouloir, Poséidon ne m'a quasiment rien dit. Enfin si en fait, tu pourrais considérer que j'ai menacé la signature de la paix et m'en faire le reproche, mais je t'assure que ça n'a aucune conséquence.
Shion esquisse un sourire. Habituellement, il est assez difficile de lui faire aligner quelques mots, mais visiblement cet après midi, le gémeau semble très loquace.
- Je ne t'aurais jamais dit d'aller voir Mu. Et moi je peux ?
- Toi tu es Pope, ça fait bien longtemps que tu ne fais plus ça.
Et Dohko s'empresse de lui mettre une tape à l'arrière du crâne.
- Fierté de gémeau... Puisqu'il te le propose !
- Aïe.
- Ne fais pas semblant non plus...
- Tu es si pressé que ça de m'avoir contre toi à l'arène ou quoi ?
- Un corps à corps contre toi sur le sable de l'arène est toujours un intense plaisir Kanon.
Et Dohko affiche un air angélique, si tant et qu'il soit possible, devant les yeux violet sombre que pose sur lui le Pope en s'emparant du poignet de Kanon.
- Alors, pendant que je m'occupe de ce poignet, dis moi ce que tu veux que j'entende Kanon. Et avant toute chose, quand tu dis être tranquille ici, je suppose que tu parles de l'âme ?
- Oui. La maison des gémeaux n'est plus assez loin, mais j'ai trouvé la solution, j'irai abuser de l'hospitalité d'Aldebaran. Pour le coup, son amabilité me sera profitable alors je ne vais pas m'en plaindre. Le gémeau marque un temps d'arrêt, rassemblant ses idées, avant de reprendre son discours. Ce que je voulais te dire, à toi comme à Dohko d'ailleurs, c'est que j'ai choisi Star Hill, parce qu'au moins ici je suis certain que ni ton travail, ni personne ne viendra m'interrompre. J'ai besoin que nous mettions certaines choses à plat et j'ai besoin que ce soit maintenant. Ça risque de prendre du temps et d'aller assez loin, mais c'est devenu plus que nécessaire. Alors pour commencer, la Relique... Sache que je n'ai qu'une hâte, c'est que Rhadamanthe vienne ici et que tu la lui donnes pour qu'il nous en débarrasse en Enfer. Sincèrement. Je veux retrouver ma liberté d'avant, vois tu au moins, j'ai appris à apprécier la vie que j'avais avec cette histoire, même sans armure. Alors bien sûr je vais avoir un regret, sûrement, mais c'est mieux ainsi. Tu vas la lui donner n'est-ce pas ?
- Je te l'ai promis. Et comme j'ai malgré tout assez peu confiance en tout ce qui vient du monde d'Hadès, crois bien que l'un d'entre nous ira en Enfer pour s'assurer de sa destruction. Mais pas toi. Tu n'approcheras pas cette âme au moment où cette relique sera... détruite. Je suis désolé Kanon.
Oui, Shion est désolé, parce qu'il a pleinement conscience que ce genre de phrase, aussi naturelle soit-elle, n'est certainement que très douloureuse à entendre pour le gémeau. Mais visiblement, cette relique a déjà causé assez de torts à son propriétaire pour que le Pope n'ait plus la moindre hésitation quant à son avenir.
- Je sais. Malgré tout, tu es tout de même celui à qui j'en veux le plus de m'avoir caché la vérité. Mais ça ne veux pas dire que je ne te pardonne pas. Et puis franchement Dohko, si je peux estimer que Shion puisse encore avoir des raisons de douter de mes réactions, toi, tu le savais que je n'inonderais pas le sanctuaire sous un torrent de larmes avant de courir chez Poséidon... Mais bon, on va mettre ça sur le compte d'un excès de protectionnisme et d'une volonté d'éloigner la moindre querelle au sein du sanctuaire. Bon, ça, pour le coup, c'est un peu raté. Voilà, alors ça, déjà, c'est dit. Si vous voulez à votre tour aborder un sujet précis, faites le maintenant, sinon je continue et je ne suis pas certain de pouvoir m'arrêter avant longtemps...
- Oui Kanon il y en a un... Shion grimace, tendis qu'une double paire de regards se pose sur lui. Il y a une question, que je suis forcé de te poser, parce qu'elle doit être posée. Il me faut te demander de ne pas en conclure qu'elle trahit ma volonté. C'est une question, que nous dirons protocolaire. Étant donné ce que nous voyons de l'influence que cette âme a sur toi, est-ce ton souhait, de rester au sanctuaire le temps que la relique soit confiée au juge ? Avant que tu ne répondes, je dois t'expliquer pourquoi je suis contraint de te poser cette question... Il y a des choses que tu dois savoir, pour ta sécurité. Tu m'as parlé, il y a peu, de ce que je n'ai aucun mal à appeler une relation, avec ton écaille. Je pense effectivement que certains d'entre nous sont plus sensibles à ce genre d'échanges et tu en fais partie. Alors sous peu, je crois que tu vas faire une nouvelle connaissance.
Le regard vert du gémeau animé d'un espoir à peine naissant se fige dans celui du Pope.
- Je ne suis pas certain de comprendre Shion.
- Nous avions un doute encore non confirmé jusque présent, mais ce matin, je l'ai su, lorsque tu as quitté mon palais. Ce fragment d'armure reforgé ne fournit pas seulement un abri sûr à cette âme grâce aux matériaux dans lesquels il est réalisé. Ce fragment est vivant, il pourrait effectivement être reforgé et j'en suis désormais persuadé, parce que ce matin, j'ai ressenti cette vibration qu'il a émise après ton départ.
Et cette lueur d'espoir dans son regard se change en une pointe d'émotion vite surpassée par par une profonde déception, voir de la culpabilité.
-... Je n'ai rien senti.
- Ne sois pas déçu, c'était faible et ça n'est pas vraiment étonnant vu les conditions dans lesquelles ces « échanges » ont lieu. Mais je pense que sous peu, tu vas l'entendre. Mais le problème Kanon, c'est que ça signifie aussi, que tu vas pouvoir l'appeler. Et à mon avis, c'est en l'appelant que tu peux la faire s'ouvrir. Elle t'a reconnu désormais. Alors il ne faut surtout pas que tu sois surpris quand tu l'entendras, pour ne pas risquer de l'appeler. J'en reviens à ma question. Sachant que tu peux à tout moment te retrouver avec cette relique devant toi, choisis tu de prendre le risque de rester ici jusqu'à ce que cette histoire soit finie ?
Bordel. C'était nettement plus facile d'envoyer cette relique au destin que lui réserve le cosmos d'Hadès avant de savoir qu'elle est bel et bien vivante, qu'elle l'a reconnu comme son porteur et qu'elle l'appelle. Kanon appuie sa tête contre le mur. Inspirer et se calmer. Au moins, Shion lui dit toute la vérité et c'est ce qu'il voulait. Mais qu'est-ce que c'est douloureux maintenant de dire, allez-y, détruisez là.
- Shion, si nous ouvrons cette relique, que je suis absent, que Saga n'est pas dans les parages, je suppose que l'âme restera sagement tapie dans l'or ? Rhadamanthe disait qu'il faudrait qu'il soit là au moment où elle en sortira, donc il faut effectivement qu'elle quitte l'or n'est-ce pas ?
- C'est cela oui. Vous avez visiblement eu longuement l'occasion d'en parler. Était-il chez Poséidon ? Ou bien est-ce cette nuit à Heinstein ?
- Ne change pas de sujet, nous verrons ça après.
- Très bien ça me va.
- Non attendez, coupe Dohko, ça n'est pas forcément changer de sujet. Kanon, j'ai comme l'impression que tu cherches désormais une façon de donner une chance à l'armure d'or. Est-ce que Rhadamanthe a soumis une autre solution ?
- Rhadamanthe ne sait pas pour l'armure d'or, pour la simple et bonne raison que je ne le savais pas non plus quand nous nous sommes parlé. Alors il lui aurait été difficile de proposer quelque chose pour l'épargner. Cependant...
- Cependant ?
- Il sait que l'âme est retenue dans quelque chose qui lui sert de prison. Comme il ignore ce que c'est, il n'a pas pu imaginer la détruire.
- Donc il a bien l'idée de la récupérer autrement... Ou alors il pense qu'en ouvrant cette prison l'âme ne peut qu'être mise à nu...
- Elle ne peut que se mettre à nu si elle tente de me rejoindre de toute façon... C'est à ce moment là qu'il comptait l'envoyer en Enfer.
- Kanon, je te dis tout de suite que ce genre de petit jeu c'est non. Cette âme s'est emparée de ton frère à peine la relique ouverte, le juge n'aura pas le temps !
- Quoi ?!
- Il ne te l'a pas expliqué ?
- Après tout, ça de plus ou de moins...
- Il a fallu l'aide de Mu pour qu'il la renferme dans la relique.
- Donc au pire, ça n'est pas grave si elle parvient à m'atteindre, si Saga a réussi, je réussirai aussi. Je voudrais quand même essayer, il est possible qu'il ait le temps.
- Kanon, c'est bien possible que tu y arrives oui, à chasser cette âme et je t'aiderais volontiers, mais peut-être pouvons nous envisager, que Saga ait réussi parce qu'il a une certaine maîtrise de lutte contre les entités...
- Je ne sais pas, il faudrait lui demander, mais je n'ai pas la moindre envie de lui parler et puis, au moins, je sais qu'il ne viendra jamais nous déranger ici.
- Ça n'a pas l'air de s'arranger entre vous deux...
- Hier soir, ça s'est amélioré. Mais ça, c'était avant que je discute avec Poséidon.
Les deux anciens échange un nouveau regard, cette fois totalement confus.
- Je vous avais prévenus que la conversation serait longue et compliquée. Mais revenons en à cette âme. Shion, Dohko, je veux essayer. J'appelle la relique, je libère l'âme et il la renvoie en Enfer.
Un double « non » lui répond en écho. Kanon soupire. C'est vrai que certains aveux sont difficiles à faire, presque douloureux. Certaines paroles, quand elles doivent être dites, ou certains gestes, font autant de mal à produire qu'une douleur physique. L'angoisse peut-être, qui s'amuse à engourdir les corps pour leur enlever toute possibilité d'agir.
Dohko se penche légèrement devant lui pour attirer son regard.
- Kanon, tout va bien ?
Maintenant ou plus tard, de toute façon... Peut-être que maintenant, ça pourra encore sauver sa relique. Alors Kanon récupère son bras confié aux soins désormais terminés de Shion, prend une profonde inspiration et remonte sa manche gauche pour leur dévoiler la wyverne.
- Elle ne peut pas m'atteindre cette âme, alors Rhadamanthe aurait le temps de l'envoyer où elle doit aller.
Et Kanon se tait, laissant aux deux chevaliers restés eux aussi silencieux, le temps de faire le tri dans leurs idées. Alors inutile de lui demander ce que ce bracelet fait à son poignet, les deux hommes en ont une idée qu'ils refusent d'envisager concrètement. C'est Dohko qui finalement reprend le dessus sur sa confusion le plus rapidement.
- Tu peux nous en dire un peu plus ?
- Oui. Non ça n'est pas un cadeau, c'est un prêt. Non je ne veux pas lui rendre. Oui, « lui », c'est bien Rhadamanthe, non cet arcane n'a aucune influence sur le sanctuaire, oui je le crois, non je ne peux pas l'enlever, oui il empêche cette âme de rejoindre la mienne.
- Pourquoi le possèdes tu alors ? Je veux dire, j'ai bien compris qu'il te protège mais je veux dire, comment cela se fait que tu l'aies ?
Kanon se détend. Non pas qu'il soit totalement rassuré, non, Shion est resté figé sur le bracelet sans dire un mot et Dohko semble faire preuve de beaucoup de méfiance. Mais le plus gros est fait, le reste désormais va s'imposer doucement. Du moins, il l'espère.
- Ça n'était pas dans ce but, à l'origine, qu'il me l'a confié. Mais il se trouve que lorsque l'âme a commencé à tenter de m'attirer, il a fonctionné, alors il me l'a laissé et nous avions prévu d'utiliser cette capacité pour lui permettre de faire ce qu'il doit faire.
Shion sort de ses pensées. Pour Kanon, il ne peut rester enfermé dans son mutisme, le gémeau a pris des risques, il leur a fait confiance juste après qu'ils lui aient menti et rien que pour ça, ce geste de Kanon est impressionnant. Mais hors de question de parler de la relation qu'il entretient avec le spectre, puisque pour détenir un tel bijou, il est évident qu'ils font un peu plus que d'échanger quelques mots, contraints par leur statut diplomatique chez Poséidon. Et en même temps, comment ne s'en est-il pas douté ? Kanon lui a déjà parlé du juge, du fait que leur cohabitation se passe « très » bien, que le blond l'a déjà soutenu dans ses rapports avec le dieu marin en relativisant les événements, ça, Shion s'en souvient parfaitement et probablement que s'il avait été plus à l'écoute, il aurait pu obtenir d'autres exemples. Mais pour l'heure, c'est du cas de cette âme dont il est question.
- Il est certain qu'avec ce bracelet tu es en sécurité ?
- Oui. C'est la fonction de cet arcane.
- Soit. C'est ton choix, même si je t'avoue qu'il ne me dit rien qui vaille. Demain Athéna sera là. Probablement que le juge aussi. Alors si elle consent à ce que la relique soit reforgée, nous procéderons comme tu l'entends. Sinon Kanon, je ne prendrai pas le risque et Rhadamanthe ramènera la relique en enfer, avec Dohko.
- Ça me va. Kanon les regarde l'un après l'autre. Nous allons peut-être en rester là, je vous ai assez choqués pour la journée je crois.
- Tu as parlé de Saga et Poséidon... J'aurais apprécié que tu m'expliques...
- La prochaine fois... Puisque je suppose qu'à tête reposée, vous aurez tôt fait de me proposer un petit voyage au sommet de Star Hill. Si vous me cherchez, je pars ennuyer Aldé.
Et Kanon se lève pour quitter le Mont étoilé qui replonge dans le silence. Du moins jusqu'à ce que Dohko ne parte dans un fou-rire en s'allongeant sur le sol, les bras croisés derrière la tête, sous le regard incrédule de Shion.
- Dohko, je peux savoir ce qui t'arrive ?
- Ah, Shion, si tu craignais de t'ennuyer en gérant un sanctuaire de douze ors ayant déjà gagné leur armure, devant apprendre à vivre dans un contexte de paix – concept dont la plupart ignore le sens – c'était sans compter sur l'arrivée d'un treizième, mais je crois qu'il porte bonheur celui là...
Shion se redresse félinement et se glisse entre ses genoux pour le chevaucher tendis que le chinois se redresse sur les coudes.
- La nouvelle devrait te déplaire, elle contrecarre tes projets mon amour.
Le brun hausse les épaules.
- Pas forcément.
- Rhaaa ! Dohko, oublie ! Et puis ça n'est pas drôle, c'est même... Hautement déplaisant.
- Qu'il ait déjà signé la paix ?
- Dohko ! C'est une relation contre nature.
- Bah... Après tout, ça n'est pas parce que le spectre se réincarne qu'il n'est pas humain. Il nait et il meurt comme tout le monde. Et puis même si les trois quarts du sanctuaire trouveront que Kanon est encore plus détestable, je crois qu'il s'en fiche pas mal. Je suis d'avis que tu devrais lui faire confiance, parce qu'il aura bien besoin, pour une fois de savoir qu'il peut s'appuyer sur nous. Surtout quand son frère sera au courant. Je te jure que nous sommes loin de les voir s'entendre à nouveau. Mais il faut peut-être ça, que Kanon se repose entièrement sur un autre, pour que Saga comprenne...
- Toi, tu penses à Mu en disant cela... Je leur parlerai. Mais pour en revenir à Kanon, je vais avoir du mal Dohko, à me faire à cette idée, et ça n'est pas certain que j'y parvienne.
- Moi je sais que tu y arriveras, si tu vois qu'avec ce changement, ce gamin a enfin l'air heureux plus de deux jours consécutifs.
- Me voilà avec une nouvelle source d'inquiétude. Dohko... Peut-être que nous nous faisons de fausses idées.
- Je n'y crois pas une seconde.
- Quand même, il s'agit de Rhadamanthe !
- Justement, il est loin d'être repoussant et dénué de qualités. De plus, d'ici peu, il ne sera officiellement plus un ennemi. Il faut juste que Kanon patiente jusque là pour officialiser « la chose » sous peine de réellement compliquer les choses ici. Mais je crois qu'il l'a bien compris. Mais je vois bien que tu ne le digères toujours pas... Il va me falloir user d'une méthode peu conventionnelle pour te détendre mon ami...
Les Enfers - Huitième prison - Guidecca
Hadès s'approche de ses trois juges, agenouillés face à lui. Minos vient de lui faire le rapport des négociations avec le sanctuaire et le dieu l'a écouté en silence, du début à la fin, pesant chaque mot soigneusement choisi par le griffon et réfléchissant à la suite à donner. Puis il tourne son regard vers Rhadamanthe.
- C'est toi, Rhadamanthe, qui a fait venir Kanon au château...
- Oui Majesté. Je me doutais qu'il transmettrait l'information mais il fallait justement qu'il intervienne auprès du Pope. C'était une nouvelle guerre pour détruire ce château, ou une négociation encouragée par Kanon.
- Majesté, intervînt Eaque, nous y perdons cette barrière, mais il me semble qu'il vous serait aisé de la créer, à n'importe quel moment, si le besoin s'en faisait sentir, de toute manière.
- C'est exact Eaque, c'est pour ça que je trouve la négociation acceptable. En revanche, je voulais mesurer la prise de risque de Rhadamanthe. Visiblement c'était très calculé. Dis moi, quand comptais tu m'annoncer la nouvelle en ce qui vous concerne, toi et Kanon ? Parce que tu ne crois quand même pas que votre visite au château est passée inaperçue et que je n'ai rien pu lire de vos cosmos ?
Le blond se crispe. Même si la voix d'Hadès est restée douce et calme, un léger sentiment de reproche émane des mots choisis.
- Majesté, je me doutais que vous seriez au courant pour sa visite, je n'ai jamais souhaité vous le cacher.
- Voyez-vous ça... Tu comptais attendre d'en faire ton amant pour me mettre devant le fait accompli ?
- Non... Je comptais juste... M'assurer de ne pas vous annoncer quelque chose qui est susceptible de vous causer quelques inquiétudes, si au bout du compte j'échoue à la rendre possible.
- Que tu échoues à la rendre possible ? Rhadamanthe, il te suffit de le vouloir pour avoir ce que tu souhaites...
- C'est mon statut qui pose problème à Kanon.
- C'est faux et tu le sais parfaitement. Kanon se fiche totalement que tu sois Juge des Enfers, je dirais même que ça lui plaît d'autant plus. Non ce qui pose problème c'est son sanctuaire. Mais je ne m'inquiéterais pas trop à ta place, parce que connaissant le gémeau, je doute que l'obstacle l'entrave très longtemps. Par contre je ne te comprends pas totalement Rhadamanthe, ou bien ma perception du monde des humains nécessite que je la revoie totalement. Je suis pourtant un exemple pour vous... Tu es l'un des trois juges des Enfers, vos origines ne sont pas des moindres, ton existence est exemplaire depuis plusieurs millénaires. Toutes ces caractéristiques te donnent le droit, à toi comme à Minos et Eaque, de prendre ce dont tu as envie. Hésiterais tu pour des raisons diplomatiques ?
Minos lutte de toutes ses forces pour réprimer un sourire tandis que Rhadamanthe hésite entre deux façons d'interpréter les dires de son maître. Et une réponse mal appropriée peut très vite se retourner contre lui. Doit-il expliquer à Hadès que non, il ne compte pas enlever Kanon sur la simple raison qu'il l'aime parce qu'il est à peu près certain de n'avoir jamais son pardon, voir même de perdre son amour ? Ou doit-il lui dire qu'il aurait l'impression de lui manquer de respect ? Étant donné le passé amoureux de son dieu, c'est à proscrire.
- Majesté, j'aimerais simplement trouver une solution qui nous convienne à tous les deux et qui ne menace pas, effectivement, l'entente qui vous souhaitez voir naître avec Athéna.
Voilà, ça, c'est à peu près neutre et Hadès semble s'en accommoder.
- Minos, tu diras à Athéna que j'accepte de rompre cette barrière mais que je veux également une preuve de sa bonne volonté. Je veux cette âme et je tiens comme je l'ai déjà demandé, à ce qu'elle envoie un émissaire chez moi et tu demanderas à ce que ce soit Kanon. Puisqu'il le fait déjà pour Poséidon et qu'ils sont deux à garder une seule maison en temps de paix, il me semble tout indiqué. Et ça n'est pas la peine de dire quoique ce soit, Rhadamanthe, tu sais parfaitement que c'est aussi pour que tu passes du temps avec lui que j'impose que ce soit lui. Ces petites choses sont fragiles, autant en profiter rapidement.
Le blond serre les dents.
- Le problème Majesté, ajouta Eaque, c'est qu'à l'époque où il a fait le voyage, Kanon avait une armure. Or, s'il doit se précipiter dans l'entrée, même s'il maîtrise le huitième sens, enfin sous réserve qu'il le maîtrise une seconde fois, je ne suis pas certain que son corps résiste à la chute. Alors même si nous pouvons envisager que Rhadamanthe aille le chercher, c'est une éventualité qu'au Sanctuaire, il ne pourront pas imaginer.
- Du détail Eaque et justement, j'ai très envie de voir de quelle façon ils vont le résoudre. Ah et bien entendu, je veux cette âme. Et aussi savoir dans quoi ils la contiennent. Rhadamanthe, tu vas aller au Sanctuaire pour réclamer ton dû. Je ne parle pas du chevalier bien entendu, bien que tu le pourrais parfaitement, mais de ce proscrit. Minos part avec toi pour consigner cette... Livraison... dans la négociation et tu leur expliqueras également comment tu comptes procéder. Vous fixerez un délai. Méfie toi... C'est Minos qui jouit de l'immunité diplomatique. Eaque, tu les accompagneras pour veiller à leur intégrité et pour contrebalancer leurs caractères excessifs. Pendant ce temps là, Rune et Valentine seront vos suppléants au Tribunal. Vous partirez demain. Vous pouvez disposer.
- Bien Majesté.
- Attendez !
Les juges se retournent sur le sourire sardonique de leur Dieu.
- Attendez vous à ce que je vous rejoigne rapidement.
Sanctuaire d'Athéna – Troisième temple
Du soulagement. C'est étrange comme sentiment, presque inconnu en fait, mais tellement positif. En tous les cas, c'est largement apaisé que Kanon a quitté le Mont étoilé pour regagner le temple des gémeaux, y rassembler quelques affaires et se préparer à rejoindre le taureau qui, comme il l'avait prévu, a accepté de l'héberger avec beaucoup de plaisir. Mais l'apaisement est de courte durée puisque en allant ouvrir la porte contre laquelle on vient de frapper, Kanon se retrouve face à Mu.
- Si tu cherches Saga, il n'est pas là. A plus tard. Et le gémeau s'apprête à refermer la porte.
- Attends Kanon ! C'est toi que je viens voir ! Je sais où est Saga, puisqu'il s'entraîne à l'arène.
Et le jumeau ouvre des yeux franchement effarés.
- Attends, tu ne m'as pas déjà tout dit la dernière fois que nous nous sommes parlé ?
Mu soupire, mais après tout, il s'y attendait. Enfin disons qu'il avait eu l'espoir que pour une fois Kanon ferait preuve d'un peu d'amabilité mais bon, soyons honnête, une grande part de lui n'y a jamais cru.
- Kanon, est-ce que je peux entrer ?
- On peut considérer que tu es chez toi, de toute façon... Le gémeau s'éloigne de la porte et du bélier qui entre et la referme derrière lui.
- Kanon, Aldebaran m'a dit que tu passerais la nuit chez lui. J'imagine que c'est à cause de cette âme parasite.
- Oui, je ne fuis pas Saga, contrairement à ce dont tu m'accuses. Et je te rappelle, à toute fin utile, que je n'en serais pas là si toi et Saga aviez laissé Rhadamanthe faire son travail.
Mu prend une profonde inspiration.
- Est-ce que tu ne veux pas plutôt passer la soirée avec nous et en fait, rester avec nous jusque demain ?
Et après quelques secondes d'intense perplexité Kanon succombe à un fou-rire dont il parvient difficilement à sortir quelques mots.
- Ça ne va vraiment pas être possible Mu !
Et au gémeau de rire à nouveau devant l'air incrédule de l'atlante qui croise les bras, l'air sérieux, en attendant qu'il se calme.
Et comme Kanon constate qu'il ne comprend pas, il se permet d'en rajouter.
- Non écoute, je suis désolé d'apprendre que Saga ne tient pas la route, ça n'est pas que tu sois repoussant mais je n'ai pas exactement les mêmes goûts que mon frère !
Et là Mu écarquille les yeux, décroisant les bras sous l'effet de la surprise devant un Kanon qui rit à nouveau.
- Mais tu... ! Kanon !
Le bélier plisse les yeux, soulève par télékinésie un coussin du canapé pour lui envoyer le plus sèchement du monde. Kanon le rattrape, retrouvant peu à peu son sérieux.
- Je voulais juste t'inviter à dîner avec nous et te proposer, vu que j'espère que nous parlerons tard, de rester dormir, rien de plus !
- Je sais, mais désolé, je n'ai pas pu m'en empêcher. La réponse est tout de même non. Et ne me dis pas que tu es déçu, moi chez Aldé, Saga ne restera pas ici, il ira te rejoindre et tu profiteras enfin de lui.
- Je ne serais pas venu te demander cela, si je n'y tenais pas. Et puis soyons honnêtes Kanon, les raisons que tu as de m'en vouloir, me dépassent. Tu veux que Saga soit heureux, je le veux aussi et ça devrait suffire à nous faire nous entendre. Alors peut-être, que tu doutes que je parvienne à lui donner ce dont il a besoin. Donc, laisse moi au moins la chance de te prouver que je le peux.
Kanon le regarde de coté en allant reposer le coussin sur le canapé et en s'y installant à son tour, très vite imité par Mu, qui s'installe en face de lui.
- Je n'ai pas à mesurer tes capacités à le rendre heureux. Ça ne relève que de son choix et il se trouve que visiblement ça marche, Saga est à nouveau...
Kanon grimace. Saga est à nouveau quoi ? Comment achever cette phrase ? Est-ce que Saga est comme avant ? Mais comme avant quand ? Et puis qu'en sait-il lui, de ce qu'était Saga avant, puisqu'il connaît moins bien son propre jumeau que le bélier en face de lui ? Bélier qui plisse les yeux de le voir troublé. Et encore le mot est faible puisque Kanon est en plein blocage.
- Kanon ?
- Saga va bien, et je suppose que c'est grâce à votre situation alors voilà, c'est tout ce qui compte. Pourquoi veux tu à tout prix qu'on s'entende ? Parce que ça lui plairait ?
- Pour une raison nettement plus basique. Je n'ai rien contre toi.
- Tu n'étais pas avare de reproches la dernière fois pourtant.
- Ce que je te reproche concerne ton frère. Moi, je n'ai rien contre toi.
- Je suis désolé Mu mais il faut que tu comprennes que je ne trouverai pas agréable de passer une soirée à vous regarder batifoler.
- Kanon, je t'assure que l'on sait se tenir !
- Mais je n'ai pas la moindre envie que vous vous « teniez » à cause de moi ! Bordel, c'est si difficile à comprendre ? Vous êtes ensemble alors... mais profitez-en !
Souffler, se calmer. De toute façon, depuis le retour d'Heinstein, le gémeau à l'impression de tout faire à l'excès. Courir voir Poséidon, se battre avec deux marinas, aller jusqu'à s'inquiéter pour le dieu des mers, conquérir Star Hill, solliciter la présence des deux anciens, soulager son esprit auprès d'eux et maintenant... Maintenant même son comportement avec Mu est inhabituel. Mais mince, lui et Saga ont la chance d'être ensemble, pourquoi faut-il qu'ils veuillent l'ajouter à leur soirée ? Lui, il n'a même pas la chance d'avoir le blond auprès de lui et si c'était le cas, il aurait tout sauf envie d'inviter Eaque ou Minos à leur tenir compagnie.
- Depuis que tu es rentré de chez Poséidon tu...
- Mu s'il te plaît tais toi et va rejoindre Saga. Pour le reste, j'ai bien le droit d'être excédé, je crois et tu es la dernière personne à qui j'ai envie d'en parler.
Mu se lève, résigné. Disons qu'il aura au moins la satisfaction d'avoir essayé.
Les Enfers – Huitième prison – Caïna
Malgré l'heure tardive, Rhadamanthe achève de remplir quelques dossiers, tentant de ne pas trop songer à son départ pour le sanctuaire. Ils y vont tous les trois, et il va revoir Kanon. Deux choses compliquées à gérer chez Athéna et comme si cela ne suffisait pas, il faudra régler le compte de cette âme et sans mettre Kanon en danger. Après, peut-être, qu'ils pourront enfin ne plus songer qu'à eux. Bon, il y aura encore ce traité à signer pour que le gémeau daigne lui accorder de l'aimer, physiquement, enfin. Le blond grimace en resserrant son stylo entre ses doigts. Il faut mieux éviter de songer à ça s'il veut achever ce travail pour ce soir. Mais s'il pouvait seulement le tenir dans ses bras, comme à Heinstein... Peut-être qu'ainsi il pourrait glisser ses doigts contre sa peau, chose qu'il ne s'est même pas autorisé à faire, prendre le temps de découvrir son corps, juste par la caresse, pour laisser son regard concentré sur le sien, juste pour lire ses émotions, deviner ses envies, dévoiler ses préférences. Et puis, il entendrait ses soupirs... Il reverrait son regard brillant d'envie, ses lèvres et sa peau rosies pas le désir.
Inspirer, souffler et surtout : se calmer. Ce gémeau achèvera de le rendre fou, c'est une certitude, mais il faut avouer qu'il est plus que consentant. Ce doit être une bien douce folie que de se perdre entre ses bras.
Non non et non, ça ne va pas recommencer !
- Rhadamanthe ?
Visiblement les grands esprits se rencontrent...
- Kanon... C'est amusant, je songeais à toi à l'instant. Tout va bien ?
- Je vais bien. Et toi ? Tu faisais quoi à part penser à moi ? Tu es seul ?
- Je tentais d'achever quelques paperasses en attendant Eaque et Minos, mais, vu l'heure tardive, je dois me faire une raison, ils n'ont probablement pas pu passer leur porte. Minos est parti une journée, je ne les ai presque pas vus depuis son retour, juste le temps de me disputer avec lui et d'une convocation chez Hadès. Ils sont insatiables.
- Tu l'es aussi ?
Rhadamanthe esquisse un sourire et repose son stylo en s'enfonçant dans son fauteuil. Ainsi le gémeau est d'humeur taquine.
- C'est à toi de me le dire, et tu n'as qu'un mot à prononcer pour que je t'en donne une idée précise.
- Un seul mot ? A vrai dire, pour ce jour là, j'avais d'autres idées, plus agréables qu'un mot unique, pour ne plus te laisser aucun doute sur mes intentions.D'autant qu'il est fort possible que je n'aie pas la possibilité de parler et...
- Kanon ? Arrête.
Le gémeau sourit très largement, et si Rhadamanthe ne peut pas voir ce regard de fierté qui illumine son visage, il l'imagine sans le moindre mal.
- Tu devrais pourtant savoir que je ne m'arrête jamais quand tu me le demandes. Il faut vraiment que je te fasse l'amour pour t'entendre me dire autre chose...
- Et quand fait-on cela selon toi ?
- Tu le sais déjà.
- Kanon ! Qu'est-ce que ça changerait dis moi, s'il n'était pas signé ce traité ?
- Ne commence pas à essayer de me faire changer d'avis, je doute assez de mes raisons tout seul.
- Il faut bien que je me défende de ton très agréable petit jeu.
Le gémeau sourit. Le calme apparent du juge, opposé à l'envie qu'il sait avoir réveillée chez lui ne fait qu'attiser sa volonté d'en faire plus, histoire de voir jusqu'où il peut l'emmener. Mais à ce jeu là, rien ne dit qu'il serait gagnant.
Finalement Kanon soupire.
- Quand est-ce que tu seras là ?
- Bientôt. Il doit être tard chez vous, nous arriverons demain matin. Je crois qu'Hadès veut ménager les apparences. Nous viendrons tous les trois Kanon et une arrivée au beau milieu de la nuit aurait eu des allures de provocation.
- J'en ai assez de cette histoire d'âme errante et de traité qui n'en finit pas d'être signé. On ne peut jamais passer plus de quelques heures ensemble et avec la chance que nous avons, ça va encore être la même histoire cette fois... Minos sera là, donc il vient pour les accords. Dis moi ce qu'Hadès à accepté de donner, Rhadamanthe. Ils vont le signer cette fois ce traité et je repars avec toi, et ne me dis pas non, parce que je t'assure, que je le prendrais très mal.
- Hadès accepte pour la barrière. En échange il compte bien avoir cette âme et son ambassadeur, et il a d'ores et déjà décidé que ce serait toi. Voilà qui devrait te plaire je suppose, mais tu m'as dit un jour que le Pope refuserait...
- Toi ça ne te plairait pas ?
- Bien sûr que si Kanon. Ça n'est pas parce que cela m'inquiète que l'idée ne me réjouit pas pleinement, bien au contraire. Et puis selon Hadès, je peux te fournir la protection nécessaire afin que tu puisses te passer d'armure.
- Alors c'est un « oui » ?
- Effectivement.
Et Kanon sourit, avec le visage d'un enfant venant de réussir son premier caprice.
- Je verrai Caïna ? Ta salle d'audience ? Tes jugements ? Charron se tapir dans sa barque à ton passage ?
- Tu verras tout ce que tu veux.
- Il est minuit passé, tu viens de faire démarrer cette journée de la meilleure façon possible vue notre situation.
- Kanon, je dois te demander quelque chose moi aussi.
- Je t'écoute.
- J'aimerais que tu me dises dans quoi vous contenez cette âme.
- Justement... Je viens de l'apprendre et je comptais t'en parler. Elle n'est pas prisonnière en fait.
Rhadamanthe récupère son stylo en plissant les yeux.
- Elle se cache dans une relique de la seconde armure d'or des gémeaux qui a été reforgé pour lui servir d'abri.
Le blond reste silencieux, après que le stylo se soit brisé entre ses doigts.
- Je la croyais détruite.
- Personne ne le savait.
- J'avais imaginé ramener l'âme et son contenant en Enfer pour les y faire disparaître, mais je suppose maintenant, que nous devons nous résoudre à notre premier plan...
- Shion est d'accord, si tu confirmes que c'est possible. Dis moi franchement... Hadès te laissera agir comme nous l'avions prévu quand il saura ?
- Il m'a laissé seul juge de la méthode.
- Mais il ne savait pas.
- Il ne reviendra pas sur sa position.
- Bien. Tant mieux... Rhadamanthe ? Pourquoi t'es tu disputé avec Minos ?
- Il trouve que notre relation ne va pas assez vite.
- Pourquoi te disputes tu à ce sujet puisque tu penses la même chose ?
- Le problème n'est pas vraiment là... Minos néglige le reste, il t'apprécie sans pour autant te connaître réellement et surtout...
- Surtout ?
- Disons qu'il se rapproche de l'avis de notre Seigneur Hadès et selon lui, tu ne devrais pas même avoir un avis à donner. Et pourtant je te promets qu'il t'apprécie, il t'a dit « insupportable », ce qui est réellement bon signe. Seulement, ses rapports aux humains sont ainsi... Comme l'enseigne Hadès, Minos prend ce qu'il veut sans se soucier du reste, parce qu'il estime que ça lui est dû.
- Heureusement qu' Eaque est un juge. Je ne m'inquiète pas trop concernant ma relation avec tes frères à vrai dire. Ça se passe beaucoup mieux qu'avec le mien... Rhadamanthe, à dans quelques heures ?
Un bref instant de silence.
- A dans quelques heures Kanon.
Le lendemain matin - Le Sanctuaire – 1ère maison
Revenir de Jamir, c'est non seulement avoir eu l'occasion de se ressourcer mais c'est surtout saisir l'opportunité de ré-remplir les stocks de thé de la première maison zodiacale. Une sorte de concours, avec Shaka, que l'Indien gagne toujours haut la main. Mu peine encore à comprendre pourquoi le thé du blond a plus de succès au sein du sanctuaire que le sien. Il sourit. La chevalerie d'Athéna a probablement le palais trop « Européen ». Même Dohko a renoncé à faire valoir les qualités du sien. Quant on veut séduire un Atlante, il faut savoir faire preuve de compromission. D'ailleurs, il serait bon que Saga fasse de même. Nouveau sourire. Son gémeau se force à aimer ce thé. C'est bien normal après tout.
Mu prépare ce breuvage. De l'eau. Elle ne doit pas bouillir, du moins pas tout à fait. Un volume précis de thé, un temps d'infusion particulier et...
- Rien d'autre ?
Les bras du gémeau l'enlacent tandis que Saga se glisse contre son dos. Mu va céder. Les lèvres de Saga caressent sa nuque que les cheveux rapidement tressés de Mu laissent entrevoir.
- D'accord.
Mu abandonne les autres ingrédients et se retourne souplement pour faire face à son amant, enroulant ses bras autour de son cou. Leurs lèvres se frôlent avant de se goutter avidement. Leurs corps se caressent l'un l'autre, instinctivement, réveillant un désir enfoui depuis la veille. Les mains de Saga glissent sur ses cuisses qu'il soulève autour de lui, asseyant son bélier sur le bord du plan de travail.
- Kiki n'est pas là ?
- Il est à Rodorio jusqu'au déjeuner.
Pas besoin d'information supplémentaire, ils sont enfin seuls.
D'un regard, Mu ouvre les boutons du pantalon de Saga. Ses doigts en sortent le bas de sa chemise pour se faufiler sous le revers, à la recherche de sa peau, parcourant sa taille avec délice. Le gémeau frissonne, mordillant plus fortement le lobe de son oreille, avant de plonger ses lèvres dans sa gorge. Saga aime marquer sa peau. Si au départ Mu s'en était étonné, il eut tôt fait de l'accepter et d'en comprendre le sens. Parce qu'il y a dans ce geste une forme de propriété que Mu tolère et approuve. Parce que dans son esprit les choses n'ont jamais été différentes et qu'aujourd'hui, Saga a besoin de le prouver physiquement, comme pour se convaincre de la réalité. Le geste n'est pas violent, ce sont ses sentiments qui le sont et jamais cela ne pourra lui déplaire, que Saga les exprime sans retenue.
Pourtant le corps de Mu se raidi brusquement et ses mains se glissent entre eux deux pour tenter de le repousser. Ça, c'est anormal. Saga redresse son visage, inquiet, pour apercevoir le délicieux regard de son amant, dilaté par la stupéfaction et fixant l'entrée de la cuisine.
- Bien. Je me demandais combien de temps j'allais devoir vous regarder avant que l'un de vous ne daigne s'apercevoir de ma présence...
La voix de Shion. Saga s'empresse de lâcher Mu qui redescend le plus discrètement possible de son siège improvisé, les vêtements sont très vite défroissés et les deux hommes à un mètre l'un de l'autre, feignant l'ignorance la plus totale quant à la scène que pourtant, le Pope, n'a certainement pas pu rater.
- De vrais gamins... Mu, le thé va finir par être réellement trop fort...
Le bélier se pince les lèvres entre elles et se retourne pour sortir immédiatement le thé qui infusait avant de leur en servir une tasse à chacun.
Shion s'installe, acceptant de fait l'invitation silencieuse de son élève bien trop rose pour oser prononcer le moindre mot.
- Faites moi plaisir, la prochaine fois, faites au moins l'effort de vous enfermer dans une chambre, puisque visiblement, dès les préliminaires, vous êtes déjà incapable de vous concentrer sur autre chose... Vous comptez parler ou vous en avez perdu vos langues ? J'ai pourtant cru voir que vous aviez une certaine aisance pour les manier...
Saga s'installe à son tour très vite suivi par Mu.
- Vous désirez nous voir tous les deux ? Si vous veniez voir Mu, je peux vous laisser...
- C'est à vous deux que je voulais parler. Je ne pensais pas que ce serait si... Simple.
- Shion, nous...
- Saga, je ne suis pas venu ici pour vous en faire le reproche alors, n'en parlons plus. Pas cette fois en tous cas. Sachez simplement qu'Athéna sera parmi nous avant ce soir. Je suis venu vous parler de notre âme proscrite.
- Kanon a évoqué le sujet avec nous lorsqu'il est revenu de sa « fugue nocturne » mais il n'a rien voulu nous révéler.
- Et bien il est au courant d'à peu près tout je crois et si cette âme, une fois enfermée dans la relique ne peut plus s'en prendre à toi, Saga, il n'en est pas de même avec Kanon. Elle passe ses nuits à accaparer son esprit et lorsqu'il est à proximité, elle peut lui parler. Bien entendu elle demande à être libérée, elle promet beaucoup de choses et devant le refus catégorique de Kanon – il a une spectaculaire résistance face à ses appels – elle menace. L'autre problème... C'est que si Kanon, pour le moment, a trouvé le moyen de se défouler malgré le manque de sommeil pour détourner son esprit de ses appels, il sera probablement nettement moins sourd à l'appel de la relique. Parce que la vibration que moi j'ai ressenti lorsqu'il a quitté mon temple, ne venait pas de l'âme, mais bel et bien de l'Or. Et je pense que c'est ainsi qu'il peut libérer cette âme sans pour autant être un Atlante. L'armure, enfin ce qu'il en reste, lui répond. Kanon veut que nous laissions cette âme aux Enfers. Je lui ai promis que nous ferons selon sa volonté lorsque Rhadamanthe sera là pour la chercher. Maintenant que la relique est entrée en contact avec son porteur, elle peut disparaître à tout moment du sanctuaire pour le rejoindre, s'il en éprouve l'envie ou le besoin. Et nous savons ce qui se passera si Kanon l'a en main. Le piège des deux premiers gémeau est quasi parfait. J'aimerais dans tous les cas, Saga, que tu gardes un œil sur lui. Pas pour le surveiller, mais pour l'aider, si besoin. Quant à toi, Mu, tu peux logiquement, comme moi, contrôler les armures. Alors si la relique devait quitter son abri pour le rejoindre, à toi de l'éviter. J'ai prévenu Kanon, il est incroyablement clairvoyant à ce sujet et j'ai totalement confiance en ses réactions. Seulement, nous ignorons ce qui peut arriver. Soyons tous très prudents.
L'avantage, c'est que le long exposé de Shion a le mérite de leur permettre de retrouver calmement leurs esprits jusqu'à en oublier leurs ébats avortés au profit d'un sujet plus grave.
En tous cas jusqu'à ce que Shion, ayant fait le tour de la raison qui l'avait amené jusqu'ici, ne se décide à les regarder avec insistance, chacun leur tour, leur laissant doucement comprendre que le sujet suivant allait les concerner directement.
- Tu te souviens Saga, du jour où j'ai ramené Mu au Sanctuaire ?
- Oui bien sûr je me souviens, s'amusa le gémeau en titre.
- Et bien je constate qu'aujourd'hui tu n'as plus peur de le prendre dans tes bras.
Oui, Shion aime laisser croire à sa proie qu'il l'épargne, pour mieux bondir sur elle ensuite. Pour la première fois, de sa vie probablement, Saga garde le silence. Est-ce lié au fait qu'il soit troublé par la remarque du Pope ou parce qu'il estime qu'il faut mieux changer de sujet au plus vite ? Shion ne saurait dire, mais son silence l'amuse. C'est assez rare de pouvoir mettre le gémeau dans cette situation.
- Ah, mon très cher Mu, forcément tu n'as pas souvenir de cela... Sais tu que Saga attendait ta venue presque autant que moi ? Nous devions être en plein été lorsque je lui ai annoncé ta prochaine arrivée. Il devait avoir sept ans et n'était au sanctuaire que depuis à peine trois mois. Nous étions tous les deux, dans la bibliothèque du Sanctuaire. Il y passait des heures pendant qu'Aioros s'entraînait à l'arène avec son professeur. Ces deux là s'entendaient très bien, mais leurs centres d'intérêt étaient assez différents. Le problème, c'est que je préférais largement voir Aioros à l'arène que Saga passer des heures dans une bibliothèque sur des ouvrages bien trop complexes pour son âge, mais hélas pas pour son esprit. Je ne compte pas revenir ici sur les raisons de sa tristesse, mais il était évident que quelque chose lui manquait...
Shion observa un instant Saga, qui, il faut bien l'admettre, aurait donné n'importe quoi pour être ailleurs en ce moment. Quoi qu'être ailleurs signifie être loin de Mu et ça... Non de toutes évidences, rien ne peut être pire qu'être loin de Mu.
- Dans quelques mois, tu auras de la compagnie Saga... Une très précieuse compagnie.
L'enfant avait levé vers le vieux Pope un regard curieux.
- C'est vrai votre Sainteté ? Un nouvel apprenti ?
- Le futur chevalier du bélier, mon élève. Mais étant Pope Saga, je ne pourrai disposer de toutes les heures nécessaires à un enfant. Il faudra que tu veilles sur lui.
Le futur gémeau s'était empressé de promettre, trouvant dans cette future activité un objectif aussi sain qu'honorable. Il aiderait le Pope et il protégerait son futur frère d'arme jusqu'à ce qu'il soit en âge de le faire de lui même. Pour Shion, c'était une façon évidente de motiver l'enfant, de lui rendre le sourire et de combler quelque part, le vide qu'il avait causé en lui enlevant son propre frère.
Et puis le grand jour était arrivé. Shion était parti à l'aube, réveillant Saga, juste pour le prévenir. « Il est né. Je vais le chercher », avait-il glissé à l'oreille de l'enfant à peine tiré de son sommeil. Ce jour là, Saga l'avait passé dans le 13ème temple, refusant d'aller s'entraîner pour ne pas risquer de rater le retour du Pope. Il avait dû attendre jusque la nuit et s'était endormi, blotti dans un fauteuil du bureau. Il avait semblé gêné, lorsque l'ancien bélier était rentré et l'avait toisé de son air grave, constatant qu'il avait passé la journée à attendre. Mais devant les yeux de l'enfant fixé sur les langes, il n'avait pas dit un mot. Sur la pointe des pieds, Saga tentait de voir le nouveau-né. Shion s'était accroupi et Saga, émerveillé, s'était très légèrement reculé, sans quitter des yeux le minuscule visage de poupée. Mu le fixait de ses grands yeux verts. Le bébé souriait, entraînant avec lui celui de l'enfant. Mais ce sourire se mua en une intense inquiétude et Saga plongea son regard dans les deux yeux parme du Pope.
- Votre Sainteté...
- Qu'y a t-il Saga ?
- Il est si petit... Est-ce qu'il... Il va vivre ?
Shion esquissa un sourire.
- Quand je suis arrivé là bas, Saga, sa mère avait hélas déjà quitté ce monde. Il faisait un froid glacial dans cette maison, et ce bébé de tout juste quelques heures était protégé par son propre cosmos. Même si c'est inconscient Saga, il est déjà actif. Alors oui, cet enfant va vivre. Assez longtemps pour que tu n'aies plus à veiller sur lui. Tu veux le prendre ?
A nouveau Saga s'était reculé, secouant vivement la tête pour refuser, craignant encore visiblement de briser cette minuscule chose fragile. L'enfant se contenta de prendre délicatement une des deux petites mains blanches. Les deux futurs chevaliers échangèrent un sourire d'autant plus grand quand le cosmos du nouveau né se manifesta légèrement. Saga releva brièvement un regard fier vers le Pope qui contempla les deux enfants avec un attendrissement certain, légèrement voilé par ce destin qu'il leur connaissait. Le décompte avait commencé.
- Tu vois Mu, même à ton âge, il y a encore des histoires inconcevables qu'il me faut te raconter !
- Vous trouvez notre histoire trop inconcevable pour l'accepter maître, s'inquiéta aussitôt le bélier.
- Allons Mu... Toutes nos existences sont inconcevables. Il est logique que nos choix, nos sentiments, nos actes, le soient également. Alors oui votre histoire est inconcevable. Pour des yeux extérieurs. Pour les nôtres, elle est plus naturelle en vertu des exemples donnés par les Dieux que nous choisissons de servir. Mais enfin, puisqu'il faut restreindre notre loyauté à Athéna, évidemment, l'idée même de ce genre de relation n'est pas réellement « concevable ». Je ne le tolère que parce que vous êtes deux chevaliers d'or et que je ne doute pas de vos priorités.
- Donc, s'inquiéta Saga, vous n'accepteriez jamais que l'un d'entre nous partage ce genre de sentiments avec un homme ou une femme qui ne soit pas chevalier ?
- Tout à fait.
Saga semble se détacher totalement de la réponse, mais il ne peut s'empêcher de songer à Kanon. Finalement, son frère a peut-être raison de si bien cacher l'identité de son amant. Et Shion, lui aussi fait semblant de se désintéresser du sujet. Mais que Saga pose cette question ne peut être totalement dénué de raison.
C'est un bruit de fracas d'armure et de cri qui pousse les trois hommes à se déplacer vers le couloir sacré du premier temple.
Sur le sol de marbre, gît, en plusieurs morceaux, une armure d'argent sur laquelle Mu travaille depuis quelques jours et au beau milieu, les deux corps enchevêtrés de Kanon et Milo, ce dernier chevauchant le premier dans une position plus qu'équivoque bien que totalement improvisée par leur chute.
- Kanon répare tout de suite cette infâme accusation !
Mais le second gémeau est pris d'un fou-rire qui le rend incapable de prononcer le moindre mot.
Milo le maintient au sol, agrippant sa chemise à deux mains, le dard du scorpion jouant d'une façon très menaçante sur le tissu, poussant Kanon à rester bien immobile. Du moins autant que possible car il ne peut cesser de rire. C'est une chose difficile mais pour sa survie, le gémeau y parvient très bien. Derrière eux, Camus arrive, calmement, l'air particulièrement blasé, prêtant à peine attention aux deux protagonistes pour saluer le Pope, Saga et Mu.
Shion reste septique devant la scène, tout comme les deux autres et s'adresse donc au seul membre du second trio qui semble, d'une part, avoir remarqué leur présence et d'autre part, conserver toute sa lucidité.
- Tu peux nous expliquer ce qui se passe Camus ?
- Votre Sainteté, je m'en voudrais de devoir vous raconter une histoire aussi pathétique...
- Bien... Je sais à quoi m'en tenir, je ne t'en tiendrai pas rigueur. Tu peux raconter.
Camus prend une profonde inspiration et ferme les yeux pour cacher son air profondément navré.
- Nous étions sagement en train de marcher sur la plage avec Milo...
- « Sagement, sagement », on parle quand même de Milo dans l'histoire ! S'écrie le cadet gemini toujours coincé sous le scorpion.
Camus l'ignore royalement et continue.
- Lorsque nous avons entendu des cris hystériques se rapprocher de nous et hurler le prénom de Milo... La voix de cet... énergumène, au sens littéral bien évidemment... Cet illuminé s'est jeté, un genou à terre devant Milo, il tenait quelque chose dans ses mains qu'il tendait vers lui et très logiquement Milo a écarté ses paumes pour voir de quoi il s'agissait...
Nouveau profond soupire atterré du Verseau.
- Votre Sainteté, c'était... Un crabe... Et Kanon s'est mis à lui réciter une véritable déclaration d'amour digne d'un roman de Shakespeare alors que je suis persuadé qu'il n'en a jamais lu un seul de toute son existence, en prétendant parler à la place... du crabe... Rendez-vous compte... Il a prétendu qu'il pouvait communiquer avec la faune marine et qu'il lui traduisait les saints sentiments d'un crabe pour un autre animal... de son espèce...
- C'est une honte ! S'indigna Milo avec l'air le plus sérieux possible.
Camus soupire une troisième fois.
- Milo a demandé réparation... J'ai eu beau lui expliquer qu'après treize ans passés auprès de Poséidon, Kanon savait très certainement que le crabe est un crustacé décapode et que le scorpion est un arthropode de la classe des arachnides... Que par conséquent la provocation était faite exprès... Mais rien n'y a fait... Je crois, même si c'est affligeant, que cela l'amuse. Alors Kanon s'est enfuit et Milo a réussi à le plaquer au sol, juste en entrant ici...
- Kanon ! Répare ! Insista Milo, le dard menaçant.
- Mais tu es mon araignée chérie, voilà, ça te va ? Je ne laisserai jamais un crabe t'épouser, jamais ! J'en parlerai à Poséidon, ce crabe sera jugé sévèrement ! Et Kanon repart dans un fou-rire devant lequel cette fois Milo ne peut rester sérieux. C'est d'ailleurs à ce moment là qu'il s'aperçoit de la présence Popale. Reprenant son sérieux il se redresse, attrapant la main de Kanon pour le relever à son tour et va saluer Shion.
- Votre Sainteté... Veuillez nous excuser...
- Bonjour « Ta Sainteté » ajoute Kanon amusé, devant l'air désespéré de Saga cette fois.
- Shion secoue a tête en adressant un nouveau regard à Saga et Mu.
- Nous parlions d'inconcevable n'est-ce pas ? Et dire qu'Athéna revient aujourd'hui... Et regardez-moi les mines bienheureuses de ces deux là en entendant qu'ils vont voir leur Déesse... Tachez de lui montrer une image de sa chevalerie un peu moins... Ou plutôt un peu plus... sage. Évitez de vous jeter l'un sur l'autre en sa présence...
- Oh mais elle a l'hab... Kanon est coupé par une accolade un peu trop forte de Milo qui passe un bras autour de son épaule.
- Votre Sainteté, nous serons... extrêmement sages. Le tout dit avec un regard pétillant et un léger sourire de coté. Rien qui ne rassure le Pope. Maintenant excusez-nous mais nous sommes un peu froissés, nous devons aller nous changer !
Et les deux flèches disparaissent dans les escaliers du sanctuaire.
Le Sanctuaire – 3ème temple
Kanon pénétre dans sa chambre, ouvre les deux portes de l'armoire et commence à faire glisser les cintres jusqu'à choisir LA chemise qu'il porterait pour le reste de la journée. L'élue est étalée sur le lit, et le gémeau déboutonne celle qu'il porte depuis le matin lorsque Milo entre à son tour dans la chambre, referme la porte en s'y adossant, bras croisés.
- Ah j'ai toujours su que tu fantasmais sur moi Milo s'amuse l'ex-marina.
Mais le scorpion conserve son visage froid et sévère. Kanon retrouve donc son sérieux, enfile la nouvelle chemise et commence à la refermer sans un mot.
- Et toi tu fantasmes sur qui Kanon ?
- Je te demande pardon ?
- Tu m'as parfaitement compris. Ça fait maintenant un peu plus d'une semaine que tu es rentré du Sanctuaire sous-marin, mais déjà avant que tu n'y ailles, il y avait quelque chose d'étrange chez toi... Tu es soucieux. Mais, oh, je sais ce que tu vas me dire, nous avons tous des raisons de l'être et puis il y a cette histoire d'âme alors oui, tu as des raisons d'être soucieux mais ça n'est pas ça. C'est autre chose, je le sens.
- Milo...
- Alors du coup je me suis dit qu'il était grand temps que tu m'en parles... Je m'étonne d'ailleurs que tu ne l'aies pas encore fait, parce qu'aux dernières nouvelles, je croyais que nous étions amis... Bon alors j'ai toute une théorie à ce sujet...
- Milo...
- Je me suis dit par exemple que tu ne voulais pas m'inquiéter. Mais non, c'est stupide, personne ne veut inquiéter personne et au final tout le monde s'inquiète. Et puis mince, tu continuais d'avoir tous ces regards égarés je ne sais où. Alors là j'ai réalisé il est amoureux mais soit il ne s'en rend pas compte, soit il ne sait pas s'y prendre, soit il lutte contre ça, soit c'est à sens unique soit...
- Milo !
- Soit ça ne me plairait pas, c'est pour ça qu'il me le dit pas... Tu vois j'ai fait le tour de la question... Et j'en suis resté sur ce dernier point... Alors bon soit, ça ne va pas me plaire. Mais je te le dis, tu ne sortiras pas d'ici avant de m'avoir dit son nom. Et comme je ne suis pas ton frère, tu ne pourras pas m'envoyer promener comme tu le fais avec lui.
- Milo...
- Ah, une dernière chose, je promets de ne pas : me jeter sur toi, faire d'esclandre, le répéter, rentrer en profonde déprime, te couvrir de reproches, par contre, je ne promets pas de ne pas hurler, parce qu'il faudra bien, d'une façon ou d'une autre, que j'évacue.
- … Tu es au courant n'est-ce pas ?
- Je veux t'entendre prononcer son nom... J'ai besoin de ça pour y croire.
- Non.
- Ah si, tu vas le faire Kanon, parce que tu n'as pas le droit de me mentir.
Le gémeau soupire. C'est vrai qu'il ne peut pas lui mentir. C'est la base de leur amitié, leur pacte, l'honnêteté et la confiance. Or, depuis qu'il aime, Kanon fait de nouveau cavalier seul. Avant Milo savait tout. Et c'est aussi pour ça, qu'il s'est douté qu'il y en avait un autre. Milo a le droit de savoir. Alors Kanon prend une profonde inspiration.
- Rhadamanthe.
Le Scorpion ferme les yeux, souffle doucement.
- Milo, je...
L'interpellé lève son index pour qu'il se taise.
- Tais toi. Laisse moi digérer. Je m'en doutais mais une partie de moi me criait à corps et à cri que ça n'était pas possible. C'est inutile que je te dise à quel point je trouve ça malsain je suppose.
- Tu t'es engagé à ne pas me faire de reproche.
- C'est pour ça que je dis que c'est inutile de te dire que c'est même carrément immoral.
- Mais Milo tu t'imagines quoi ?! Que je me suis dit, oui c'est génial je vais encore faire un coup tordu, je vais m'enticher d'un des pires ennemis d'Athéna par provocation et précisément celui qui a tué mon meilleur ami parce que sinon ça ne serait pas si drôle ? Tu imagines que je ressasse quoi depuis cette foutue réception et encore plus depuis mon séjour chez Poséidon ? Et tu penses aussi que j'imagine que ça va passer comme du petit lait auprès de tout le monde ici ?
- Il faut croire, puisque tu perdures dans cette voie.
- Tu as cessé d'aimer Camus lorsqu'il est revenu en tant que spectre ?
- Ça n'a rien à voir et pour ton information, oui, je l'aurais tué de mes propres mains si j'avais pu, ne serait-ce que par respect pour lui, pour ce qu'il était.
- Je ne veux pas sous-entendre que ça a quelque chose à voir... Je pensais juste pouvoir te démontrer qu'on ne peut pas lutter... Mais visiblement, tu y es arrivé.
- Kanon... Tu attends quoi d'une relation que tu caches à tout le monde, alors que tu es censé trouver ta place parmi nous ? D'une relation avec un spectre que tu vas croiser au mieux une fois par mois si les relations diplomatiques se poursuivent après nos accords de paix. Accords de paix qui, je te le rappelle, sont plus que bancals alors que feras tu s'ils redeviennent nos ennemis ? Tout cela va très mal finir Kanon et je ne te parle même pas de sa... nature.
- Milo, je suis d'accord avec toi sur la nécessité d'y renoncer dans le cas où la paix ne serait pas signée. Mais je préfère ne pas songer à cette éventualité même si c'est évident que je ne le reverrais pas. Mais cette paix je te rappelle qu'on nous l'a imposée. Ça n'est pas vraiment comme si nous avions le choix. Il faut que nous trouvions le moyen de la signer. C'était la condition de notre retour et je n'ai pas forcément envie de mourir à nouveau. Alors elle sera signée. Et Hadès, comme Poséidon, ont raison de vouloir échanger des émissaires, sinon je ne vois pas comment elle pourrait perdurer. Il faudra constamment travailler à son maintien.
- Si tu penses réussir à t'en passer dans le cas où la paix ne serait pas signée, ça veut dire que tu peux de toute façon réussir à t'en passer.
- Si je devais y renoncer, ce serait par obligation et crois moi, rien qu'à l'idée j'en souffre assez comme ça. Alors non, si je peux faire autrement, je ne nous ferais pas cela. Milo, Athéna et Poséidon m'ont donné une seconde chance. Tu voudrais que je l'utilise comment ? Que je sois le type même du parfait chevalier ? Celui qui s'entraîne en prévision de la future bataille, qui forme la relève et qui s'occupe en gérant la diplomatie avec Poséidon ? Je veux bien faire tout ça Milo, enfin à l'exception de « former la relève », mais je ne suis pas le parfait chevalier. Ça, c'est Saga. Je ne l'ai jamais été et je ne prétends pas le devenir. Avec Rhadamanthe... Milo, avec Rhadamanthe je n'ai pas envie d'une seconde chance, j'ai envie d'en avoir une première. Une seule, je m'en fiche si c'est l'unique que j'ai dans ma vie, je veux prendre le risque, avec lui.
- Et pourquoi lui ? Une attirance malsaine pour un ancien adversaire ou quelque chose dans le genre ?
- Je ne peux pas nier que je l'ai grandement apprécié comme adversaire. Mais tu sais déjà parfaitement la place que notre affrontement a pour moi. Je n'ai jamais eu un combat plus constructif que celui que j'ai livré contre lui. Et puis Rhadamanthe regarde, accepte, reconnaît et apprécie ce que je suis dans mon entier. Il n'a pas besoin de m'amputer de moitié pour réussir à me parler comme c'est le cas d'à peu près neuf d'entre vous. Et je vous comprends, je ne peux pas vous jeter la pierre. Il n'a absolument aucune difficulté à prendre absolument tout de moi. Le bon comme le mauvais. Parce que le mauvais fait partie de ce que je suis devenu. Et puis il n'y a pas que ça... Depuis la réception, il s'est évertué à créer une sorte de lien, solide. Créer un contact. Juste un contact, pour tester. Pour que lui comme moi, nous puissions vérifier que cette étrange attirance n'était pas justement malsaine ou purement physique. Alors il a initié ce lien et nous l'avons tissé, très doucement. Et c'est fou ce que ça peut-être merveilleux de le tisser. Ce lien, nous a permis de partager plein de choses et d'explorer la nature de nos sentiments. Et ces moments passés à tisser avec lui, je ne pourrai jamais les oublier.
- Tu as couché avec lui ?
- Non... Pas encore... Je lui ai imposé ce traité et je me rends compte en discutant avec toi que c'est totalement stupide... J'étais convaincu que sans traité nous n'aurions guère le temps pour les regrets.
- Et il n'a rien dit ?
- Que voulais tu qu'il dise ? Il l'accepte, même si c'est dfficile, autant pour lui que pour moi.
- Il faut bien que je me fasse une idée sur cet... animal. Mais tu ne trouves pas ça étrange de m'expliquer pourquoi et à quel point il compte pour toi sans jamais réussir à me dire que tu l'aimes ? Vous n'êtes pas amants, mais tu défends votre relation comme si c'était déjà le cas. Il te l'a dit lui ? Ça me semble invraisemblable. C'est ta raison qui s'exprime non ? Elle t'interdit de l'aimer...
- Non... Ma raison m'a juste interdit... de le faire sans y réfléchir.
- Tu recommences... « le faire »... Pourquoi tu ne peux pas dire, de l'aimer sans y réfléchir ? Donc lui non plus ne le dit pas je suppose...
- Non... Il le fait juste comprendre et ça me suffit bien. Ça ne serait pas un peu stupide non ?
- Il n'y a rien de stupide à être clair et honnête quand tu espères construire quelque chose de solide. Mais visiblement, il n'a pas l'air plus libre que toi dans ce domaine. C'est peut-être même pire pour lui que pour toi, vu qu'il est un spectre. Tu en as parlé avec lui ?
- Non... Mais Milo ! Rhadamanthe sait parfaitement ce qu'il fait, c'est loin d'être un enfant !
- C'est rassurant, il faut bien que l'un d'entre vous se comporte en adulte, s'amuse le scorpion devant l'air noir de son ami. Tu veux que je te dise ? Tu m'impressionnes Kanon. Bon, c'est pas la première fois... Mais tu m'inquiètes aussi, au moins autant. Tu l'aimes. Soit. Il est Juge des Enfer. Donc non seulement tu essaies de gérer un sentiment que visiblement tu ne connais pas, mais en plus, comme il s'agit de Rhadamanthe, tu vas gérer tout seul, en te terrant dans le secret. Tout cela dans un contexte assez peu favorable, avec une paix en danger et une âme damnée qui menace la tienne. Et tu tiens le choc. Mais très franchement, tu comptais tenir encore longtemps sans m'en parler ? Déjà là, t'es à la limite. Tu as failli me le dire tout à l'heure, que ça n'était pas la peine que Poséidon te la donne cette seconde chance, si tu devais renoncer à la seule personne qu'à part Athéna il a fallu que tu aimes. Et justement, tu n'arrives pas à dire que tu l'aime, non pas parce qu'il est qui il est, mais parce que tu as encore du mal à mettre un nom sur quelque chose que tu ne connais pas. Tu n'as peur de rien, sauf de ça, parce que tu te rends compte que tu ne gères plus seul maintenant. Tu me le dis toi même, tu ne peux pas l'oublier. Ça n'est pas que tu ne veux pas, non, je te crois capable, si tu avais pu, te décider d'oublier un truc aussi important juste pour Athéna, mais voilà, tu ne peux pas. Tu ne contrôles plus ça. Ma foi Kanon, tu arriveras bien plus facilement à lutter, si tu mets un mot sur ce que tu ressens.
- Tu n'es pas censé tout faire pour que je le quitte ? Et comment as tu su que c'était lui ?
- Non. Et puis je ne t'ai jamais demandé de le quitter. Mais maintenant que j'ai réussi à te faire parler et que je me suis assuré que tu l'aimes, je ne peux pas faire autrement que de t'aider. Quant à savoir que c'était lui, je n'ai pas manqué ces échanges de regard chez Solo et ton comportement à ton retour comme je t'ai expliqué tout à l'heure. Mais j'ai eu confirmation tsur la plage... Lorsque tu m'as tendu ce crabe. J'ai vu le bracelet.
Et Kanon se retrouve enlacé dans les bras d'un scorpion protecteur très légèrement désolé d'avoir dû le secouer un peu pour en arriver là. Très légèrement, parce qu'il faut bien aussi qu'il manifeste son mécontentement.
- Le bracelet n'est pas un cadeau, ou une déclaration, enfin ne vas pas t'imaginer des choses. C'est un prêt. Une garantie que je lui ai demandée et il se trouve que c'est aussi un bouclier contre cette âme.
Et c'est à ce moment que Saga passe sa tête dans la chambre et lève les yeux au plafond.
- C'est l'heure de cesser de vous papouiller, Athéna est là ! Vous ne pouvez pas vous en empêcher...
Milo le lâche et sourit avant d'aller le premier vers la porte en s'arrêtant près de Saga, le sourire carnassier et de l'enlacer exactement comme il venait de le faire pour Kanon, laissant l'aîné stupéfait mais rapidement amusé.
- Mon pauvre Saga, ne sois pas jaloux, j'ai assez d'amour à donner pour que tu aies ta part de câlins. Par contre je dirai à Mu qu'il te délaisse et que c'est une honte !
Et le scorpion file en direction du treizième temple. Les deux jumeaux échangent un regard, mais non seulement le cadet semble aussi disposé qu'un fil barbelé mais en plus l'heure est à leur Déesse. Il faut faire l'ascension du sanctuaire.
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