Chapitre 12
Désolée de vous avoir laissés ainsi à la fin du dernier chapitre :-) J'espère que la suite aidera à me faire pardonner!
Oliver s'est aussitôt éloigné de moi, le charme rompu. Chaque mètre qu'il mettait entre lui et moi m'a blessée comme autant de coups de poignard.
Mon cellulaire a sonné encore trois fois avant que je puisse détourner les yeux de lui. Est-ce que ce que je pensais qu'il était sur le point de se passer avait été sur point de se passer ou avait-ce seulement été le fruit de mon imagination hyperactive?
Pendant un instant, j'avais complètement oublié ma situation. Ma mère… mon père…?
D'une main tremblante, j'ai levé mon cellulaire à mon oreille, répondant d'un ton automatique.
-Felicity, tu dois revenir rapidement à l'hôpital, m'a dit la sergent Bradley d'une voix tendue. Ta mère ne va pas bien.
-Je m'en viens, ais-je répondu, toujours aussi sonnée.
Oliver, qui s'était éloigné, est revenu, le visage impassible, comme si rien ne venait de se passer. Comme s'il n'avait pas été transporté par l'intensité du moment que nous venions de partager. Mais ce n'était pas le moment de penser à cela. De toute manière, s'il préférait faire comme si de rien n'était, j'en étais tout à fait capable aussi.
-Tu devrais venir voir les pièces à l'arrière. À moins que ta mère ait toujours été particulièrement peu douée pour les tâches ménagères, la maison a été fouillée.
-Plus tard. De toute manière, si ce qu'ils cherchaient étaient ici, ils l'auraient déjà trouvé. Ma mère est…n'est pas bien, nous devons retourner à l'hôpital.
De nouveau, notre route s'est faite en silence. Mes pensées étaient chaotiques : Nikolas Richter et ma mère…? Comment cela était-il possible? Comment cet homme aussi intelligent et habitant de l'autre côté du globe avait-il pu s'approcher, encore moins connaître ma mère? S'il était réellement mon père, il avait du rencontré ma mère lorsqu'ils étaient beaucoup plus jeunes. Et pourquoi l'avoir gardé secret? Et en parlant de secret, que pouvait bien recherche Huntress et celui qui avait tenté d'assassiner ma mère?
Avant d'entrer dans l'hôpital, je me suis arrêtée quelques instants pour vérifier l'information que j'avais sur Richter. Parcourant celle-ci rapidement alors qu'Oliver observait les alentours d'un regard incisif, j'ai rapidement eu la confirmation que je cherchais. Richter avait bien passé quelques mois aux Etats-Unis, dans cette même région, exactement vingt-sept ans plus tôt, pour poursuivre ses études. Son groupe sanguin était B+ et celui de ma mère A+, le mien AB+. Cela ne prouvait rien, mais confirmait la possibilité.
-Nous devrions y aller, a dit Oliver, m'arrêtant dans mes recherches.
-Je sais, ais-je soupiré. Je délais l'inévitable, ce qui est ridicule…
-Tu es forte, Felicity. Probablement une des personnes les plus fortes que je connaisse. Ce qui t'attend n'est pas facile, mais je sais que tu y feras face.
-Je peux difficilement partir à courir en sens inverse avec des tireurs à gage à mes trousses et une archère cinglée sur les toits au-dessus de moi, alors j'imagine que je n'ai pas le choix.
Mon ton ironique lui a tiré un mince sourire.
-Tu as toujours un choix et quel qu'il soit, je serai là pour t'épauler.
Un bref instant, j'ai cru revoir dans ses yeux l'éclat profond à la fois vulnérable et puissant qui avait habité son regard tout à l'heure lorsqu'il m'avait prise dans ses bras. Puis il s'est détourné, a ouvert la porte avant de faire le tour de la voiture pour ouvrir la mienne. J'ai pris la main qu'il m'offrait, chaude et prévenante, mais maudit son regard distant alors qu'il scrutait les environs à la recherche de celle qui était sans nul doute en train de nous observer. Pourquoi Helena Bertinelli était-elle mêlée à tout cela?
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À travers la fenêtre d'observation de sa chambre d'hôpital, ma mère semblait minuscule. Pour la première fois de ma vie, sa présence ne me semblait pas écrasante. Entourée de sondes et solutés de toute sorte, ses paupières fermées et ses cheveux épars, Amy Smoak m'a brusquement fait pitié. La femme que j'avais crainte toute ma vie semblait disparaître devant celle-ci, fragile et immobile.
Je ne doutais pas un seul instant que sa langue de vipère soit toujours en elle, mais soudainement, elle ne me faisait plus peur. Je n'avais plus de haine pour elle. Ce que je ressentais… je ne pouvais y mettre de mot, mais le changement était confondant.
La sergent Bradley s'est tournée vers moi, tout comme le policier qui était dans la chambre, surveillant ma mère. Elle avait été déplacée dans une nouvelle chambre dont la fenêtre minuscule n'offrait aucune vue sur l'intérieure ni angle dangereux. Un médecin en sarrau, les cheveux poivre-et-sel et une expression grave peinte sur le visage, m'a dit d'une voix emplie de sollicitude :
-Je suis désolée, mademoiselle, mais votre mère n'en a plus pour longtemps.
À quelque part en moi, profondément enfouie, une petite fille s'est mise à sangloter. Et pourtant, c'était probablement mieux ainsi. Elle avait tellement déjà souffert.
-Nous avons trouvé celui qui l'a attaquée, Felicity, m'a dit la sergent à voix basse. Il a été abattu par deux flèches et nous investiguons pour l'instant pour savoir comment il a ainsi pu finir.
J'ai hoché la tête silencieusement, essayant pour une fois de mentir de façon convaincante et ne pas démontrer ce que je savais déjà. Mes derniers mois auprès d'Oliver et John ont dû être efficaces parce que Camilla Bradley n'a pas semblé suspecter quoi que ce soit.
-Pourra-t-elle se réveiller? ais-je demandé au médecin sans le regarder.
-Je ne pourrais vous dire. À ce point, nous ne faisons plus que soulager ses souffrances. Elle a fait un arrêt cardiaque et nous avons réussi à la ramener à la vie, mais les balles et cet incident ont causés des dommages irréparables.
-Merci.
Sur le point d'entrer dans la chambre, j'ai remarqué qu'Oliver n'avait toujours pas lâché ma main. Ses doigts serraient doucement les miens, me prêtant force et assurance. Il n'avait pas besoin de dire quoi que ce soit, je savais qu'il était là pour moi, quoi qu'il arrive.
Lorsque je me suis assise sur la chaise à côté d'elle, ma mère a semblé respirer plus aisément, le sifflement provenant de ses lèvres se faisant plus silencieux. J'ai pris une profonde inspiration, tentant d'organiser mes pensées.
Un peu à contrecœur, j'ai libéré ma main de celle d'Oliver, prenant celle de ma mère entre les miennes.
-Je ne sais pas si tu peux m'entendre.
Ma voix était rauque, basse, mais pour une fois, complètement dépourvue de ressentiment.
-Mais je sais maintenant qui est mon père. Je ne sais pas pourquoi tu m'as caché son identité ni même si tu le savais réellement, mais… je te pardonne.
À ces mots, elle a semblé frémir, comme si une onde de choc l'avait parcourue. J'ai serré sa main plus fort.
-Reviens à toi.
Ses lèvres ont bougé légèrement.
-Je t'en prie.
-Tu n'as jamais été que… des problèmes… pour moi. Laisse-moi crever en paix. Après… tu pourras danser sur ma tombe…
Ses yeux se sont ouverts lentement, tremblant sous l'effort. Sa voix était chétive, mais je pouvais tout de même reconnaître ses habituels accents déplaisants. Et pourtant, elle ne m'affectait pas pour une fois.
-Je ne danserai jamais sur ta tombe, mère. Pas maintenant. Plus maintenant. Je sais que tu ne m'as jamais aimée, mais j'ai besoin de ton aide.
-Tu… devrais laisser… ton richard… négocier pour toi.
-Celui qui t'a attaquée cherchait quelque chose et d'autres aussi sont à sa recherche. Quelque chose en lien avec Nikolas Richter, quelque chose d'important pour lequel ils sont prêts à tuer.
Elle a toussé, son corps vacillant complètement, se révoltant contre la douleur.
-Et ils vont bientôt réussir. Je n'en ai plus pour longtemps…
-Non, tu peux…
-Arrête, Lissy! a-t-elle dit d'un ton brusque. Je ne t'ai pas élevée pour être une petite niaise! Je vais bientôt mourir et tu veux savoir… ce qu'il m'a envoyé.
La quinte de toux suivante lui a éclaboussé les lèvres de sang, me déchirant de l'intérieur comme elle semblait le faire pour elle.
-Alors, monsieur Queen, toujours prêt à m'offrir le gros prix pour mon secret?
-Si c'est ce que vous désirez.
La voix de mon compagnon était profonde et pourtant recélait un léger accent galant, celui-ci tirant un frêle sourire des lèvres blanches et vermeilles de ma mère. Elle avait toujours aimé charmer les gens, percevoir leur admiration envers cette beauté qui avait été sa fierté.
-Une faveur… plus tard.
-Accordée.
-Je te passe tous les détails… à l'eau de rose. Tu es déjà trop fleure bleue à mon goût. Mais j'ai rencontré ton père… il y a plusieurs années. Fais les maths… tu es supposée être intelligente… tu devrais réussir. Il n'a pas pu me résister et… nous avons passé un été ensemble. Lorsqu'il est reparti en Europe, j'étais enceinte. Je ne lui ai pas dit, je ne voulais pas de son aide. Joe Smoak m'a épousée et il a probablement été l'homme le plus… stable dans mon existence… jusqu'à ce qu'il s'enfuie, comme tous les hommes pathétiques de ma vie.
Une nouvelle fois elle a dû s'interrompre, sa frêle charpente traversée d'une quinte plus violente que les précédentes. Lorsqu'elle a finalement repris son souffle, j'ai senti dans ses yeux une urgence et une souffrance qui n'y étaient pas auparavant.
-Il a appris ton existence il y a quelques mois seulement… un de ses assistants faisaient des recherches pour dénicher des génies informatiques ou je ne sais quoi et… ton dossier est sorti du lot. Il t'a reconnue aussitôt… a fait les liens entre lui et toi… le seul intelligent de tous ceux qui m'ont jamais baisée.
Mon père – Nikolas Richter – mort avant même que je puisse le rencontrer. Un homme dont j'avais admiré le travail à distance, sans jamais savoir.
-Il a voulu entrer en contact avec toi… Il m'a écrit en premier… pour confirmer… et je n'ai jamais répondu à ses lettres.
Pourquoi? Comment avait-elle pu me faire cela? Me haïssait-elle tant?
-Oh, arrête d'avoir l'air misérable, Lissy. Si je t'ai bien appris quelque chose, c'est que tu n'as jamais eu besoin d'un homme dans ta vie, que ce soit ton père ou ton… patron.
Malgré la faiblesse de son timbre, l'ironie qui y vibrait était cinglante.
-Sa dernière contenait quelque chose… une clé USB. C'est probablement ça… ça qu'ils…
-Où est-elle?
-C'est… tout ce qui… t'importe… n'est-ce pas?
-C'est faux et tu le sais parfaitement.
-Tu te rappelles… le pique nique auquel ces trous de cul serrés de saintes nitouches… m'avaient obligée à t'amener…
Je me rappelais tout à fait l'évènement. La seule fois où Amy m'avait amenée où que ce soit. Un des plus bels après-midi de mon enfance, jusqu'à ce qu'il soit ruiné par une de ses crises éthyliques.
Cette fois-ci, lorsque la toux a déchiré ma mère, elle n'a pas semblé pouvoir retrouver son souffle. Un voyant sur un écran non loin s'est mis à palpiter convulsivement. Une infirmière est rapidement entrée dans la chambre alors que la respiration de ma mère se faisait de plus en plus rauque, un râle douloureux déchirant ses lèvres sèches. Ses yeux ont cherché les miens, leurs pupilles dilatées inégalement, son teint brusquement d'un gris bleuté.
-Fe… Feli…
Je me suis approchée d'elle, mais son regard s'est fait lointain, se posant derrière moi :
-Faveur… fais-lui…atten…ten…tion…
-Promis.
La réponse d'Oliver n'a cependant rencontré que le vide, le regard de ma mère s'étant éteint à jamais.
