Retours attendus

La rentrée des classes arriva trop vite pour les enfants qui durent retourner sur les bancs de l'école. La majorité des Sang Pur présents au bal racontait comment la soirée s'était passée et les trois amis étaient heureux de ne pas y avoir assisté. Quant à eux, ils s'étaient totalement amusés avec les jumeaux Weasley pendant les cours de Potions de Severus Snape.

-Je viens d'entendre parler Patil, fit Neville quelques jours après la rentrée.

-Laquelle ? demanda Draco. L'intelligente ou la futile ?

Malgré qu'elles soient jumelles, les sœurs Patil étaient aisément reconnaissables, surtout dans leur comportement respectif. Autant Draco respectait Padma, qui était à Ravenclaw, autant il ne voulait pas avoir à faire avec Parvati, Gryffindor.

-Padma, répondit Neville. Elle disait qu'elle avait entendu sa sœur se plaindre de Weasley.

-Celui de notre année ? demanda Harry

-C'est ça, confirma Neville. Il s'est plaint d'être resté tout seul pendant toutes les vacances. Même ses frères l'avaient lâché. Et elle a ricané en disant qu'il s'était pourtant vanté qu'il allait passer ses vacances avec Harry Potter !

-Peu de chance, sourit Harry. C'est un abruti fini.

-Certes, concéda Draco. Mais qu'on doit laisser approcher.

Les trois garçons avaient soumis leur idée de laisser parler Ron Weasley pour connaître les arguments d'Albus Dumbledore. Les parents avaient été emballés et avaient chargé les enfants de faire comprendre au roux qu'il n'était pas si inintéressant que ça.

-Et pour les cours ? demanda Draco

-Je n'ai rien entendu, répondit Neville. Je ne suis même pas sûr qu'il ait été au courant aussi.

Les trois amis retournèrent vers leurs devoirs.

-Je pense qu'il faudrait qu'on ait d'autres amis, proposa Neville.

-Vous allez me laisser ? demanda Harry avec une voix très faible

-Aucune chance, assura Draco. On est ensemble, pour le meilleur et pour le pire.

-Ce que je veux dire, corrigea Neville, c'est qu'il faut qu'on commence à tisser des liens qui pourraient nous servir pour plus tard.

-C'est … dur, fit remarquer Harry.

-Mais c'est vrai, confirma Draco. C'est une mentalité qui existe chez tous les Sang Pur.

-Mais papa … protesta Harry.

-Oncle Severus est un cas à part, fit Neville. Même s'il est lord, il a été élevé dans le monde Moldu, comme toi.

-Vraiment ? s'étonna Harry. Pourquoi je ne le sais pas ?

-Il faudrait le lui demander, haussa des épaules Neville. Enfin bref, on nous apprend toujours avant d'aller à Hogwarts qu'on doit construire les liens pour notre vie adulte.

-Mais on va se faire quand même des amis, hein ? demanda Harry

-Bien sûr, sourit Draco.

ooooooooo

La nouvelle arriva quelques jours plus tard. Alors qu'Harry prenait tranquillement son déjeuner plus que réduit, une chouette se posa sur le chandelier face à lui, attirant l'attention de toute la table des Ravenclaw. Soulagé de ne pas se forcer à manger encore plus, il délaissa son repas pour prendre la lettre qui lui était visiblement destinée. Il la lut attentivement avant de la replier et de la ranger soigneusement dans sa poche. Comprenant qu'il ne voulait pas s'attarder dessus, Neville et Draco reprirent leur conversation. Mais ce ne fut pas le cas d'Ernie Macmillan, un garçon de leur année chez les Hufflepuff qui mangeait avec eux.

-Elle disait quoi ta lettre ? demanda Ernie

-Pas grand-chose, éluda Harry qui reprenait son repas.

-Mais si, insista Ernie. Pour recevoir du courrier après tout le monde, c'est que ça doit être important.

-Et s'il n'avait pas envie de le dire ? intervint Neville

-Allez, charria Ernie. C'est pas si grave, non ?

-Est-ce que tu as envie que tout le monde sache ce que tes parents te disent dans tes lettres ? grinça Draco. Des surnoms à cacher, peut-être ? Des photos compromettantes ?

-Euh … non, grimaça Ernie.

-Alors laisse-moi avoir ma vie privée, déclara fermement Harry. Tu n'as pas besoin de savoir tout ce qui se passe dans ma vie. Sinon, ta place serait plutôt chez les Gryffindor.

Ernie rougit, comprenant l'insulte.

-Tu n'as pas le droit ! protesta Ernie

-Comme toi tu n'as pas le droit d'exiger de savoir ce qu'il y a dans mon courrier, rétorqua Harry. A ta place, je me tairai maintenant.

Ernie chercha du soutien parmi ses camarades mais les regards noirs d'Hermione, Neville et Draco, sans compter ceux du reste des Ravenclaw, lui firent sentir qu'il était allé trop loin. Le repas se termina dans une ambiance pesante et le petit garçon retourna bien vite avec sa maison.

Les quatre amis, quant à eux, finirent rapidement leur repas avant de se réfugier dans la chambre de Neville jusqu'au prochain cours.

-Alors ? demanda Neville

-Le Ministère accepte de réviser le procès de mon parrain, annonça Harry.

-Tu veux dire, faire le procès, corrigea en ricanant Draco.

-Ça revient au même, haussa des épaules Harry. Je peux y assister si j'en fais la demande.

-Je ne comprends pas, hésita Hermione.

-J'ai demandé à connaître les raisons qu'avaient mon parrain à trahir ma famille, déclara doucement Harry. Il avait été emprisonné à vie dans la prison des Sorciers, Azkaban, peu après la mort de Voldemort. Mais comme le Ministère n'a pas pu me donner le compte-rendu du procès, on en est venu à penser qu'il n'y avait pas eu de procès.

Hermione les regardait tous les trois.

-Vous ne me dites pas tout, comprit Hermione.

-Il y a des choses qu'on ne peut pas te dire, parce que ce ne sont pas nos secrets, expliqua Harry. Nous ne pouvons pas décider seuls de te les dévoiler. Tu devras attendre si tu veux savoir. Tout en sachant que peut-être tu ne sauras jamais.

-Je vois, fit Hermione. J'espère qu'un jour, tu m'estimeras digne de confiance.

-Tu as déjà ma confiance pour beaucoup de choses, assura Harry.

-Merci, sourit Hermione. Eh ! Nous allons être en retard !

Les quatre amis se dépêchèrent de prendre leurs affaires avant de se précipiter en cours.

ooooooooo

Augusta flânait au Ministère. D'ici peu, la révision du procès de Sirius Black allait avoir lieu. Avec Lucius, ils avaient convenu que ce serait elle qui insisterait lourdement pour que le prisonnier soit interrogé au Veritaserum.

-Bonjour Augusta, fit une voix.

-Dumbledore, salua poliment Augusta.

-Allons, sourit Albus. Depuis le temps que nous nous connaissons, vous pouvez m'appeler par mon prénom.

-Certes, concéda Augusta. Mais je ne crois pas vous avoir permis de m'appeler par le mien.

Dumbledore se figea. Tout à la réussite de son prochain plan, le directeur s'était oublié et avait traité la femme comme une amie, ce qu'elle se refusait à être. Et maintenant, elle le remettait sèchement à sa place.

-Toutes mes excuses, fit Albus. Je ne ferais plus.

-Il y a intérêt, renifla Augusta. Je vous laisse, les portes viennent de s'ouvrir.

Sans attendre, la matriarche s'en alla tranquillement et rejoignit Lucius qui avait assisté à l'échange. Comme ce n'était pas une réunion solennelle, les membres du Magenmagot pouvaient s'installer où ils voulaient. Le blond s'installa donc aux côtés de la femme qui jeta discrètement une bulle de Silence autour d'eux.

-Echange intéressant ? taquina Lucius

-Il est sûr de son coup, pronostiqua Augusta. Nous ne pouvons rien faire pour l'instant. Nous ne pourrons agir que quand le jeune Black sera libre.

-C'est vrai, abonda Lucius. Au fait, Narcissa m'a dit qu'il faudrait s'arranger pour qu'Harry soit officiellement chez vous au moins jusqu'à son anniversaire.

-Pourquoi ? s'étonna Augusta

-Nous sommes au mois de février, déclara Lucius. Quand cette réunion sera terminée, l'ordre de libération sera signé et Black sortira de prison. Je pense que Dumbledore voudra parler aussitôt à Black pour mettre son plan à exécution.

-Je comptais lui parler également, fit Augusta.

-Narcissa veut l'envoyer en cure immédiatement après, fit Lucius.

-En cure ? releva Augusta

-Je n'y avais pas pensé non plus, avoua Lucius, mais Black va sortir de près de dix années de prison sous la surveillance des Dementors. Son corps va être terriblement affaibli et il lui faudra du temps pour reprendre des forces et surtout reprendre ses esprits.

-L'idée mérite d'être approfondie, déclara Augusta en notant l'agitation dans la salle. Nous en discuterons plus tard.

Elle brisa la bulle et s'installa plus confortablement. Peu à peu, les membres de l'assemblée s'installèrent à leur tour puis, quand tous furent présents, Dumbledore ouvrit la séance. On fit amener Sirius Black et la demande d'interrogatoire sous Veritaserum passa comme une lettre à la poste. Les trois gouttes réglementaires furent administrées et Sirius assura qu'il n'était pas le Gardien du Secret des Potter ainsi que le subterfuge de Peter Pettigrow dans cette rue Moldue. Devant ce témoignage accablant, le Magenmagot ordonna la libération de Sirius Black, le blanchiment de son nom, le versement de cent mille Galions par année d'emprisonnement et la restitution de tous ses biens mais aussi le retrait de l'Ordre de Merlin troisième classe de Peter Pettigrow et un mandat d'arrêt contre ce dernier et, le plus important, la garde d'Harry Potter. L'assemblée signa le document officiel avant de se séparer puis Sirius Black fut envoyé à St Mungo pour un bilan médical. Albus Dumbledore offrit de s'occuper de la garde du jeune Potter et comme personne n'y voyait aucun inconvénient, tous acceptèrent. Augusta et Lucius froncèrent des sourcils et décidèrent d'aller traîner du côté du bureau des affaires familiales. Alors que le président du Magenmagot discutait avec quelques membres, le duo s'isola.

-Nous devons savoir ce qu'il va faire, gronda Augusta.

-Certes, concéda Lucius. Mais Dumbledore va se méfier s'il nous voit.

-Vous n'avez pas des contacts ? demanda Augusta

-Si, répondit Lucius. Mais il sera largement trop tard.

-La seule chose que nous pourrions faire c'est d'être dans le bureau, réfléchit Augusta.

-Effectivement, fit Lucius.

-Vous allez y aller, ordonna Augusta.

-Moi ? sursauta Lucius

-Oui, vous, s'irrita Augusta. Je suis moins souple qu'avant pour faire une mission d'infiltration. Il y a une bonne raison pour que je ne sois plus Auror ! Filez, maintenant !

-Mais … protesta Lucius.

-Allez ! insista Augusta

Vaincu, Lucius se glissa dans les ombres et s'enfonça dans les profondeurs du ministère. Augusta resta assez longtemps devant la salle pour voir Dumbledore sortir à son tour avant de rentrer chez elle.

Pendant ce temps, Lucius se faufila à travers les couloirs, se lançant un sort d'Indifférence pour ne pas se faire repérer. Il arriva rapidement au bureau concerné et entra rapidement. Comme la porte était ouverte, personne ne le vit. Le blond observa rapidement les lieux avant de trouver l'endroit idéal pour se cacher pour pouvoir voir et entendre tout ce qui allait se passer. Pour avoir fait l'expérience, on ne pouvait pas le détecter de manière magique car les protections et la magie qui circulaient dans le bâtiment brouillait tout. Il avisa une armoire près du bureau qui l'intéressait et se dissimula du mieux qu'il pouvait. Il se jeta un sort de Désillusion ainsi qu'un autre de Bouclier au cas où et attendit. Quelques minutes plus tard, Albus Dumbledore entra.

-Professeur, salua le directeur du bureau en personne.

-Bonjour, fit Albus. Je viens pour le jeune Harry Potter. Le Magenmagot vient officiellement de déclarer Sirius Black tuteur. Voici l'acte.

-Bien, fit le directeur.

A l'aide d'une plume magique, il mit les documents à jour.

-Que puis-je d'autre pour vous ? fit le directeur

-Je viens me proposer pour la tutelle de Sirius Black, déclara Albus. Tout Sorcier libéré doit revenir sous la tutelle de ses parents pour le même nombre d'années d'emprisonnement. Hélas, comme Sirius Black est orphelin, je me propose pour la tutelle.

-Je suis désolé mais vous devez avoir un lien de parenté avec votre pupille, répondit le directeur. Je vais devoir faire quelques recherches avant de vous accorder cette tutelle.

-Faites donc, sourit Albus. Combien de temps cela va-t-il prendre ?

-Quelques jours à peine, assura le directeur. Je vous préviendrais personnellement par courrier.

-Je vous remercie, fit Albus. Bonne journée.

-A vous aussi, répondit le directeur.

Le vieil homme partit et Lucius ne tarda pas à faire de même. Il usa de chemins détournés pour rentrer chez lui. Il demanda à sa femme de se préparer à sortir, envoya un courrier à Severus pour qu'il les retrouve chez Augusta puis débarqua chez cette dernière. Tous les trois n'attendirent pas longtemps avant de voir arriver le dernier adulte de la bande.

-Black va être gardé cette nuit à St Mungo puis il va pouvoir rentrer chez lui, annonça Augusta.

-Il faudrait avoir accès à son dossier médical, fit Narcissa.

-Je connais celui qui est en charge du dossier, assura Augusta. Il nous le donnera. Qu'en est-il de Dumbledore ?

-Il a officialisé la tutelle de Black sur Harry, confirma Lucius. Mais il a demandé à assurer la tutelle de Black.

-Pardon ? sursautèrent Narcissa et Severus

-Il a avancé que tout libéré d'Azkaban revenait sous la tutelle de ses parents pour le même nombre d'années d'emprisonnement, répéta Lucius. Et comme Walburga et Orion sont morts, il s'est proposé.

-Voilà comment il projetait de s'assurer le contrôle d'Harry, songea Severus. Black n'aurait jamais pu dire non. Mais ce n'est pas contradictoire qu'on remette la tutelle d'un enfant à un Sorcier lui-même sous tutelle ?

-Le monde Sorcier n'est plus à une contradiction près, renifla Narcissa.

-Cette loi est extrêmement vieille, réfléchit Augusta. Et très vite tombée en désuétude car depuis bientôt deux siècles, seuls ceux qui sont condamnés à perpétuité sont envoyés à Azkaban-Haut.

-Azkaban-Haut ? releva Severus

-Peu de Sorciers le savent mais Azkaban est en fait deux prisons distinctes, expliqua Augusta. Celle gardée par des Dementors est appelée Azkaban-Haut, celle par les Aurors, Azkaban-Plat. Azkaban-Haut a été creusée au cœur de la montagne au cœur de l'île, Azkaban-Plat est une petite forteresse sur un promontoire de l'autre côté de l'île, toutes les deux invisibles de l'autre. Le secret est gardé par une antique magie que le ministère serait bien en peine de recréer. C'est pour cela que les prisonniers pensent que les cellules les plus hautes sont celles où les Dementors passent le moins et celles les plus profondes les plus visitées.

-D'accord, fit lentement Narcissa. Et le rapport avec cette loi ?

-Ce n'est un secret pour personne que les Dementors affectent à la fois le corps, l'âme, la magie mais surtout l'esprit, répondit Augusta. Bien des fois, ceux emprisonnés et libérés ne pouvaient reprendre leur vie que de nombreuses années après. Cette loi permettait d'éviter les dérives. Et elle n'a jamais été abrogée à la création d'Azkaban-Plat.

-Comment peut-on la contrer ? demanda Severus

-Le directeur du bureau a parlé d'un lien de parenté, se rappela Lucius.

-La loi dit exactement que le détenu doit être sous la responsabilité de son chef de famille, fit Augusta. Donc Orion. Ou Regulus comme il était le prochain chef de famille.

-Mais tous les deux sont morts, déclara Severus. Tués par Voldemort qui n'était pas satisfait d'eux.

-Je crois que j'ai la solution, sourit machiavéliquement Narcissa.

-Ah oui ? fit Augusta

-Dès demain, je ferai en sorte que Dumbledore n'ait pas la tutelle de Sirius, fit Narcissa. Mais je m'expliquerai après.

Lucius abandonna aussitôt. Quand sa femme était comme ça, il savait qu'il n'y avait rien à faire.

-Comment savoir quand Dumbledore va passer à l'action ? demanda Severus

-I parier qu'il se présentera à Grimmaud Place aussitôt que Black aura quitté St Mungo, renifla Augusta. Voire qu'il aille le chercher à l'hôpital.

-Tu penses qu'il va le mettre au courant qu'il a sa tutelle ? demanda Lucius

-Pas sûr, avoua Augusta. Si Black fait de la résistance, pourquoi pas. Mais en attendant, il aura la mainmise sur toute la fortune des Black. Ce qui devrait bien l'arranger.

-Je crois avoir quelque chose en stock, songea Severus.

-Quoi exactement ? demanda Lucius

-L'un de mes professeurs pendant ma maîtrise m'a montré une potion qu'il avait amélioré, expliqua Severus. Elle permet de guérir des blessures psychiques de manière temporaire.

-Blessures psychiques ? sursauta Augusta

-J'y travaille pour Franck, rassura Severus. Mais je n'ai pas encore de résultats probants. Enfin bref, cette potion peut rétablir les esprits de Black pendant trois heures. Est-ce que ça sera suffisant pour lui expliquer ce que nous voulons qu'il fasse ?

-Dans l'immédiat, largement, sourit Augusta. En combien de temps tu pourras avoir cette potion ?

-Elle est prête, répondit Severus. Dès que Narcissa m'a parlé de la cure pour Black, j'ai pensé à cette potion.

-Alors préparons-nous, décida Augusta.