CHAPITRE 12 : REPRISE
Dimanche soir. Près d'une semaine que Kévin était rentré, gérait son diabète au mieux, et aucun souci ne s'était fait connaître depuis la nuit où Yann lui avait ouvert son âme. Il avait revu le Docteur Anjak, comme prévu, mais travaillant, Yann n'avait pu l'accompagner, ce qu'il regrettait. Kévin lui avait juste dit que tout allait bien et qu'il était prêt à reprendre du service, ce qui ne plaisait pas du tout à son mari.
Yann voyait mal comment Kévin pourrait gérer son diabète en intervention, mais devant l'assurance de ce dernier, il avait arrêté ses questions. Après tout, c'était son mari, il l'aimait, il pouvait lui faire confiance.
Les collègues de Kévin, Alex en particulier, étaient venus plusieurs fois lui demander des nouvelles de son mari, n'ayant toujours pas de portable. Yann, tenant la promesse faite à son amant, les avait rassurés quant à son état, mais sans rentrer dans les détails ; et avait dû se faire violence pour les empêcher de venir le voir chez eux.
Il n'avait pas pu prendre de congés pour rester auprès de Kévin durant ces deux dernières semaines, enquêtant sur un trafic de drogue qui lui prenait tout son temps et toute son énergie. Le corps d'un adolescent avait été retrouvé, mais les analyses n'avaient rien révélé de précis. Et les corps se ramassaient à la pelle depuis peu. Sans doute un trafic d'un nouveau genre, mais au combien dangereux. Il rentrait tous les soirs plus que fatigué, mais c'était sans compter sur les attentions de son mari qui faisait tout pour lui rendre les soirées agréables et lui apportait toute son affection. Il s'était habitué, en peu de temps, à avoir Kévin à la maison et cela le réconfortait, le rassurait. Il ne s'était plus inquiété de le savoir hors du commissariat, en intervention, à ne pas savoir s'il était en danger ou non. Son caractère s'était tempéré, ce qui n'était pas pour déplaire à ses hommes, qui n'étaient pas habitués à le voir si calme et si serein. Antoine le lui avait fait remarquer, et il en avait profité pour s'excuser auprès de lui suite à leur altercation.
Yann resserra son étreinte sur le corps endormi de Kévin, dont la tête reposait sur son torse ; et regardant ce visage enfantin si paisible, un petit sourire lui étira les lèvres. Il était fou de lui, et l'amour qu'il ressentait à chaque instant pour cet homme était d'une intensité telle que jamais il n'aurait imaginé pouvoir éprouver un tel sentiment.
Kévin, quant à lui, avait fermé les yeux et ralentit sa respiration, mais ne trouvait pas le sommeil, ses pensées se mêlant entre elles à une vitesse vertigineuse. Après ce que Yann lui avait dit, il lui avait promis de ne jamais rien lui cacher, de lui faire confiance, de tout lui dire. Ou presque. Il lui avait fait part de ses peurs, de ses doutes, mais jamais il n'avait évoqué le sujet de son travail. Il ne pouvait se résoudre à perdre le travail qui s'était installé dans sa vie comme sa deuxième moitié, et bien qu'il soit terrifié à l'idée de mentir en permanence à ses amis, ses collègues, il se dégoutait de mentir à l'homme qui représentait sa vie. Mais il savait pertinemment les liens qui unissaient Yann à son boulot, et espérait secrètement qu'un jour, si ce dernier venait à découvrir la vérité, il lui pardonnerait. Mais il ne connaissait que trop bien le caractère de son mari pour espérer. Sur cette pensée plus qu'incertaine, il sentit Morphée arriver à grands pas et l'entraîner vers un sommeil lourd mais tourmenté.
Ils arrivèrent main dans la main devant le commissariat, et Kévin frétillait d'impatience à l'idée de pouvoir, enfin, reprendre une activité. Rester sans rien faire pendant tout ce temps l'avait quelque peu déprimé, et malgré les attentions de Yann, il avait eu beaucoup de mal à ne pas sombrer dans la mélancolie. Aucun de ses amis n'était venu le voir, suite à sa demande, car il aurait eu du mal à ne pas s'effondrer devant eux.
Yann regarda Kévin et l'étincelle allumée dans ses yeux le fit sourire. Bien qu'il ne soit pas rassuré, il était heureux de voir son mari aussi excité qu'un gamin devant les cadeaux au pied du sapin le matin de Noël. Leurs regards se trouvèrent, leurs visages se rapprochèrent et leurs lèvres se déposèrent dans un baiser passionné avant que l'euphorie de Kévin ne reprenne le dessus et qu'il interrompe leur échange dans un grand sourire.
Kévin : On y va ?
Yann : On y va
A peine les portes franchies que Kévin sautillait déjà comme un enfant.
Yann : Tu vas te calmer, oui ? J'ai l'impression que ce job te fait plus d'effet que moi !
Son ton faussement vexé fit tourner le visage de son amant vers lui.
Kévin : Mon cœur, rien ni personne ne pourrait me faire plus d'effet que toi. T'es bandant à souhait.
Yann écarquilla les yeux à ces mots
Yann : De telles paroles dans ta jolie bouche ! Mais qu'avez-vous fait de mon mari, monsieur ?
Kévin : Quoi ? Après toutes les cochonneries que tu me sors, je prends exemple !
Yann : Tout exemple n'est pas bon à prendre. T'es trop pur pour soutenir un tel langage.
Ils s'engouffrèrent dans l'ascenseur quand celui-ci arriva, et une fois les portes fermées, Kévin saisit la main de Yann pour la poser sur son entre-jambe.
Yann : T'es un obsédé, tu le sais ça ?
Kévin : C'est toi qui oses me dire ça ?
Il s'approcha de lui et prit ses lèvres entre les siennes avec avidité, mais Yann recula quelques secondes plus tard.
Yann : Si ça te fait cet effet-là de reprendre le travail après deux semaines d'arrêt, je vais m'arranger pour t'y mettre toutes les semaines. Mais je ne crois pas que pour ton retour, Mercier apprécierait de te prendre en flagrant délit d'harcèlement sexuel sur un supérieur !
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et ils s'écartèrent à regret.
Yann : On mange ensemble ce midi ?
Kévin : Tu m'en voudrais si je te disais que j'aimerais profiter de mes collègues ?
Yann parut réfléchir quelques secondes avant qu'un petit sourire insidieux n'affranchisse ses lèvres.
Yann : D'accord, mais il va falloir que vous mettiez en œuvre tout votre savoir-faire pour vous rattraper ce soir, Lieutenant Laporte.
Kévin se rapprocha de lui, un petit éclair dans les yeux, et rapprocha sa bouche de l'oreille de son mari.
Kévin : C'est qui l'obsédé maintenant ?
Ils s'échangèrent un baiser furtif avant de se séparer.
Kévin n'eut pas le temps de franchir les portes de l'ascenseur avant qu'une tornade du nom d'Alex Moreno ne lui saute dans les bras avec une telle force que Kévin se retrouva plaqué contre le mur.
Alex : Tu m'as manqué mon pote !
La tête d'Alex nichée dans son cou, ses bras l'enserrant à ne plus pouvoir respirer, Kévin ne put que tapoter le dos de son ami avant d'essayer de le repousser gentiment, mais visiblement ce dernier n'était pas décidé à le lâcher.
Kévin: Euh… Alex?
Alex: Hum.
Kévin: Moi aussi je suis content de te voir mais est-ce que tu pourrais me lâcher s'il te plaît ?
Alex : Hum.
Mais ce dernier ne bougea pas.
Kévin : Alex !
Il s'écarta enfin de lui, laissant ses mains posé sur son dos, avant de fixer Kévin d'un regard à la fois soulagé et inquiet.
Alex : Quand t'es pas revenu après la semaine d'arrêt imposée par Mercier, j'ai flippé grave. J'ai cru qu'elle t'avait viré. Et puis je me suis dit que c'était pas possible, alors j'ai essayé de t'appeler avant de me souvenir que t'avais plus de portable, alors j'ai essayé sur votre fixe, mais il est H.S. J'ai été voir Yann qui m'a seulement dit que ton arrêt avait été prolongé suite à tes blessures reçues lors l'explosion de la bagnole, alors j'ai voulu passer te voir mais il m'a dit, pas très gentiment d'ailleurs, de te foutre la paix pour que tu récupères, du coup y'avait pas moyen de te voir, alors…
Le débit de parole impressionnant d'Alex fit sourire Kévin, qui n'avait pas pu ouvrir la bouche. L'inquiétude de son ami le touchait au plus haut point et un pincement vint lui étreindre le cœur devant la sollicitude dont Alex faisait preuve. Il s'en voulu un instant de ne pas lui avoir donné de nouvelles, mais sa situation ne devait pas s'ébruiter. Il s'était juré de se faire le plus discret possible concernant son diabète, et si Alex était venu le voir plutôt, il n'aurait jamais eu le temps d'établir des réponses crédibles face à ses questions.
Alex : J'ai un cadeau pour toi, viens.
Ce faisant, il le tira par le bras vers leur bureau. De nouveau, et avant même d'être rentré, il se retrouva enserré, mais cette fois par des bras féminins qu'il connaissait si bien. Ceux de Laura.
Mais cette étreinte ne dura pas plus de quelques secondes avant qu'une gifle ne vienne s'abattre douloureusement contre sa joue. Il apposa sa main sur la sensation de brûlure avant de regarder sa meilleure amie et confidente les yeux écarquillés.
Laura : Espèce de petit con ! Tu ne refais jamais ça ! Non mais je suis quoi, hein ? Tu peux pas ne pas me donner de nouvelles pendant deux semaines et me faire m'inquiéter comme une malade. J'ai bien tenté de passer te voir, mais ton cher mari est pire le mur de Berlin quand il s'agit d'essayer de t'approcher.
Puis elle l'enserra de nouveau avant de lui murmurer un « Je t'aime » étranglé à son oreille. Elle se détacha de lui à regrets laissant la place à Lyes qui lui sauta au cou, échangeant lui aussi sa joie de le revoir et ses inquiétudes. Puis, à sa grande surprise, ce fut au tour de Christophe et d'Amy, qu'il ne savait pas si démonstratifs, et à ce moment-là, il se dit qu'une minerve n'aurait pas été de trop.
Tous les visages illuminés d'un sourire, il vit Alex lui tendre un petit paquet qu'il déballa précautionneusement pour y découvrir un portable dernier cri.
Alex : On s'est cotisé, mais au moins on saura comment te joindre maintenant. Et pour une fois, je me suis passé de mes plans, hein ! Alors ce truc, là, c'est un petit bijou de technologie, ça raque un max, mais tu peux tout faire avec. Connexion Wifi, un répertoire de malade, et puis la résolution pixels…
En écoutant Alex vanter les mérites de son cadeau, il fut envahi par un tourbillon émotionnel comme rarement il en avait ressenti avec quelqu'un d'autre que Yann. L'inquiétude et la joie de ses amis à le revoir le toucha en plein cœur, et s'il aimait tant ce boulot, c'est parce qu'ils étaient là! Ils avaient des potes en or, et pour rien au monde il ne regrettait d'être parti de sa ville natale. Ce job avait donné un semblant d'intérêt à son existence, mais la rencontre de ses collègues et surtout de son mari lui avait permis de donner, enfin, un sens à sa vie. Il était heureux, et pour rien au monde il ne changerait quoique ce soit. Quitte à leur mentir, et Dieu seul savait combien il se dégoutait par avance, il ne pouvait envisager d'être séparé d'eux. Jamais.
Yann claqua la porte de son bureau avant d'abaisser la tête de façon résolue devant la montagne de dossiers qui lui tendait les bras. Cette histoire de drogue lui prenait toutes ses journées, et malgré le fait qu'ils piétinaient, tournaient en rond sans rien avoir de concret à se mettre sous la dent, les autres affaires devaient elles aussi suivre leur cours.
Il se résigna dans un soupire avant de s'asseoir et de saisir lourdement l'amoncèlement de paperasse, lorsqu'il entendit un coup à la porte. Son humeur n'étant pas au beau fixe, il lança un « ENTREZ » tonitruant qui avait dû résonner dans tout l'étage.
Il vit Antoine s'avancer avant de s'installer devant lui.
Antoine : Je vois que t'as récupéré ton sal caractère !
Yann : Qu'est-ce que tu veux ?
Antoine : O… K… ! Je sens qu'on va s'éclater comme des malades.
Devant le regard noir de son supérieur, il lui balança un dossier que Yann rattrapa au vol.
Yann : C'est quoi ?
Antoine : On a enfin trouvé une piste pour cette histoire de Cam. Y'a à peu près deux semaines de ça, y'a eu un car-jacking, une femme a été balancée de sa bagnole, cette même voiture qui a été retrouvée cette nuit et dans laquelle la police scientifique a retrouvé les mêmes traces de drogue que celle que l'on piste. Et ils ont trouvé ça aussi.
Il balança à Yann un petit sachet.
Yann : C'est quoi ?
Antoine : La substance qu'on n'arrivait pas à identifier. Angel Dust. De la poudre d'ange. Ces mecs coupent leur Cam avec cette saloperie. Tu m'étonnes que les cadavres s'amoncèlent.
Yann : Et pourquoi ni le légiste ni le labo n'ont réussi à identifier ça avant ?
Antoine : Les traces étaient trop infimes pour faire une analyse fiable, mais celles retrouvées dans la voiture sont beaucoup plus importantes. Et à la vue du nombre de morts ces deux dernières semaines, ce trafic à l'air plutôt juteux. Marc et Jeff sont entrains d'étudier tous les dossiers concernant des morts suspectes, des affaires de drogue non résolues, enfin tout ce qui pourrait avoir un rapport de prêt ou de loin à toute cette merde. Les interrogatoires des familles des victimes n'ont rien donné ; les gars sont partis sur les lieux où a été retrouvée la voiture, mais mis à part ça, on n'a pas grand-chose.
Yann se prit la tête entre les mains avant de fixer son regard dans celui de son second.
Yann : Mais évidemment qu'on n'a pas grand-chose, on tourne en rond depuis le début de cette enquête, personne n'a rien vu, rien entendu, tous aussi sourds et aveugles les uns que les autres, pire que des taupes ! C'est pas croyable !
Il soupira un grand coup pour calmer ses nerfs. Un coup frappé à la porte le sorti de ses pensées.
Yann : OUAIS !
La tête de Marc apparue.
Marc : On a eu un appel. Y'a un nouveau macchabé !
Yann : Où ça ?
Marc : Une grande maison isolée à la sortie de Paris. Apparemment ça coïncide avec notre affaire !
Yann : Génial ! Et un de plus
Le ton ironique et lassé de leur capitaine n'échappa pas à Marc et Antoine, qui eux-mêmes ne savaient plus quoi faire pour arrêter les cadavres de s'amonceler. Yann se leva, saisit sa veste, et sorti suivi de ses collègues, se dirigeant vers une situation encore une fois, difficile, et un futur inconnu.
De son côté, Kévin tentait de rattraper son retard sur les affaires de cambriolages, qui n'avaient pas beaucoup avancé en son absence. Après avoir lu et relu son rapport et celui d'Alex concernant la fusillade et leurs doutes sur Monsieur Bartolli, Mercier avait détaché les bleus et les deux Commandants sur l'affaire. Mais aucune relation entre les trois « victimes » n'avait pu être établie, les relevés de leurs cartes bancaires n'avaient rien donné, et bien que des écoutes téléphoniques aient été mises en place, rien de concluant n'en sortait. Ils se cognaient contre un mur, sans pouvoir le franchir.
La seule piste établie était la coïncidence plus que douteuse entre les cambriolages et les car-jackings, qui s'étaient tous déroulés dans un périmètre relativement proche des appartements pris pour cible. Le dernier vol avait été commis dans le quartier nord, ce même quartier où Kévin avait failli se faire écraser quelques semaines plutôt par une voiture folle ; voiture dont s'étaient servis les malfaiteurs pour prendre la fuite. La propriétaire, qu'Alex et Kévin avaient laissé au milieu de la rue sur le moment, n'avait pas été grièvement blessée, mais gardait le traumatisme de l'agression et s'était réfugiée dans un mutisme alarmant. Un avis de recherche avait été lancé en urgence pour retrouver l'automobile, mais toutes les recherches étaient revenues infructueuses.
Duval et Sidibé avaient arrêté et interrogé Bartolli, une perquisition avait eue lieu à son domicile, mais rien, pas d'armes, aucun indice pouvant le relier de près ou de loin à un quelconque cambriolage où une quelconque fusillade. De plus ce dernier avait repris sa position de victime, les ecchymoses sur son visage, sa minerve, sa canne, et s'évertuait à crier son innocence. Il avait porté plainte contre la police pour harcèlement, et jurait contre Alex et Kévin pour ce qu'il considérait être une méprise sur sa personne. . Le relevé de poudre sur ses mains et ses vêtements s'était révélé négatif, et il avait dû être libéré. Depuis, Mercier avait mis en place une planque devant son appartement, mais il n'était plus sorti de chez lui.
Alex : C'est une affaire de Cam', je vous le dis. C'est pas une histoire de fric vu que tous les bijoux des victimes ont été retrouvés. C'est pas une histoire de cul, sinon on serait bien tombé sur une cassette porno ou un truc dans le genre. Du coup, il ne reste que la drogue.
Christophe : Comment tu peux en être aussi sûr ?
Duval arriva au même instant avec un dossier qu'il balança sur le bureau
Duval : Parce que Moreno a un flair détonnant quand il s'agit de ce genre de choses ! N'est-ce pas ?
Alex : Hé ! C'est pas parce que j'ai habité dans un quartier craignos que…
Duval : Mais bien sûr Moreno, mais bien sûr ! La DPJ du 13eme a retrouvé la voiture. On vient de recevoir le rapport, et effectivement il y'a des traces de drogue. Tu vois Moreno, on pourrait presque penser que t'es un bon flic, par moment !
Alex se saisit du dossier tandis que Duval continuait ses explications.
Duval : Les traces décelées dans la voiture ont un rapport avec la mort de 13 personnes sur ces deux dernières semaines.
Kévin : Tant que ça ?
Alex : Tu m'étonnes, toi ! Vu le mélange, c'est direction le cimetière direct. Mais ils sont forts les mecs quand même !
Devant le regard dubitatif de Duval, Alex secoua la tête.
Alex : Quoi ?
Duval : C'est bien ce que je disais ! Seulement par moment ! Et Dieu seul sait qu'ils sont rares. Bon Maurier et Sidibé, vous me retrouvez le dossier Makarov, il date de 2007. Je pense que ça pourrait avoir un rapport. Laporte, Moreno, vous allez rejoindre l'équipe sur place à cette adresse.
Il leurs tendit un papier.
Duval : Vous voyez ce qui se passe, apparemment ce serait le cadavre d'un autre môme qui a été retrouvé.
Alex : Une overdose ?
Duval : C'est bien, toi ! Tu suis ! Il se pourrait que ce soit lié à tout ce merdier, là ! Mais faites gaffe ! Si j'ai raison, ce mec avait une fâcheuse tendance à mettre sa folie au service du bricolage d'objets explosifs. Ouvrez l'œil. Lecomte, tu vas remettre ton intellect au service de la nation et me trouver tout ce que tu peux sur ce Makarov depuis qu'il a disparu de la circulation.
Devant l'inaction qui faisait place, il haussa le ton.
Duval : Mais qu'est-ce vous foutez encore là ?
Il regarda les jeunes recrues détaler aussi vite que des lapins. Il se passa une main dans les cheveux et secoua la tête. Ca promettait !
Yann entra à l'intérieur de la maison qui ressemblait plus à un squat délabré qu'à une chaumière chaleureuse. L'odeur d'urine et de mort était nauséabonde et le peu de clarté n'arrangeait rien à l'atmosphère pesante qui se dégageait de l'endroit. Suivit d'Antoine et Marc, il se dirigea vers le deuxième étage, où ses gars l'attendaient auprès d'un corps émacié en décomposition.
Yann s'accroupit et étudia attentivement le cadavre méconnaissable se présentant à lui.
Marc : Les gars ont trouvé un sachet de Cam à demi consommé.
Yann : Mmm…
Marc : Ça va ?
Yann : Mmm…
Malgré ses années d'expérience, Yann avait toujours autant de mal devant ce triste spectacle. Il en avait vu défiler, des morts, tous dans des états plus tristes les uns que les autres, mais jamais il ne s'y habituerait. Quelqu'un, fauché en pleine fleur de l'âge pour de simples conneries. Il luttait tous les jours contre ce genre d'abus, pour éviter qu'une telle scène ne se répète à l'infini. Mais à voir ce corps, il se disait que ses efforts ne servaient pas à grand-chose, que peut-être il ne s'était pas assez démené, et ça lui faisait mal.
Il fut sorti de ses pensées par la voix d'Antoine.
Antoine : L'équipe scientifique devrait arriver d'ici 30 minutes.
Yann : Antoine, tu restes, les autres vous dégagez. Pas la peine d'entacher cette scène plus qu'elle ne l'est déjà. Quelqu'un a relevé ses empreintes ?
Marc : Je crois que Johnson s'en est chargé.
Yann : Bien.
Alex et Kévin arrivèrent en trombe devant la maison.
Alex : C'est glauque !
Kévin : En même temps, on te demande pas d'y habiter, hein !
Ils sortirent de la voiture et se dirigèrent vers l'entrée quand Kévin aperçu une chose qui le fit sourire. Devant son regard malicieux et enfantin, Alex claqua des doigts devant ses yeux.
Alex : Tu redescends sur Terre, là, ou…
Kévin : Ouais, ouais. Yann est là !
Devant le sourire qui emplissait le visage de Kévin, Alex secoua la tête en signe de renoncement.
Alex : Si le fait de voir la voiture de ton keum te mets dans un état pareil, j'imagine même pas dans quel état ça va te mettre de le voir… Pour rappel, c'est une scène de crime, Kévin, il est donc interdit de forniquer comme des lapins en rut à l'intérieur.
Kévin : Non mais pour qui te me prend ? Je suis professionnel !
Alex le regarda d'un air dubitatif.
Alex : Professionnel. C'est ça ! Je veux même pas imaginer dans quel sens !
Des cris provenant de l'intérieur leurs firent dresser les poils et ils se mirent à courir pour se cogner contre leurs collègues qui sortaient.
Kévin reconnu Marc et le prit fermement par le bras.
Kévin : Quoi ?
Marc : Planquez-vous.
Et sans autres mots, Kévin senti une forte pression sur son bras qui essayait de l'éloigner rapidement de la maison.
Marc délaissa ses deux amis et se dirigea vers les escaliers avec le reste de l'équipe pour redescendre. Mais arrivé au premier étage, aussi sombre que le reste de la maison, un petit bruit lui fit tourner la tête.
Marc : C'était quoi ça ?
Un de ses collègues se tourna vers lui.
Francis : Quoi ?
Le bruit se fit entendre de nouveau, et Marc, Francis à ses talons, se dirigea vers une petite pièce se trouvant au fond.
Marc : Mais ça.
Il fit signe à ses autres collègues de ne pas bouger, puis armes aux poings, Francis et lui ouvrirent avec fracas la porte qui donnait sur une petite pièce close. Dans la pénombre, leurs yeux s'écarquillèrent sous la surprise et sous la peur.
Francis / Marc : BOMBEEEEE !
Ils se retournèrent vivement et se mirent à courir
Marc : Ca va péter. Dégagez de là.
Ils s'engouffrèrent tous dans les escaliers.
Marc : YANN ! ANTOINE ! SORTEZ DE LA Y'A UNE BOMBE.
En entendant le cri strident de leur collègue, ils réagirent au quart de tour et dévalèrent les escaliers quatre à quatre. Arrivés au premier étage, Yann tourna la tête quelques secondes pour apercevoir le compte à rebours de l'engin. La sortie n'était plus qu'à quelques mètres. Ils courraient. Mais il savait que cela ne serait pas suffisant. A peine la porte franchie qu'un son strident se fit entendre, une déflagration assourdissante retentie, une douleur vive s'empara de son dos, et la dernière sensation qu'il ressenti avant d'être propulsé dans les airs et de perdre connaissance fut celle qu'il volait.
