Disclaimer : Les personnages appartiennent pour leur grande majorité à Kurumada.
Résumé : Après avoir passé six jours à se poser moult questions, Kanon et Rhadamanthe se sont revus… et ont décidé de se revoir, la semaine suivante.
NdA : Encore une fois, merci à toutes et tous pour votre soutien et l'intérêt que vous témoignez à cette histoire ! Je sais, je me répète, mais qu'importe… :) Nous retrouvons un rythme normal après deux semaines de flottement, pour lesquelles je vous présente mes excuses sincères. Ce sera deux chapitres par semaine. Un le mercredi. Un le dimanche. J'espère pouvoir tenir. Logiquement, ça devrait aller :)
Eternity : Actuellement, je ne joue plus à WoW. A l'époque, j'étais sur serveur JdR Normal, avec mon elfe chasseuse (oui, je sais, alliance, et classe cheatée toussa… mais bon, je voulais me battre avec un lion blanc à mes côtés et certains de mes amis voulaient jouer des paloufs… le choix était donc limité :p) et ma gnominette démo (oui, je sais, encore une classe imba… je le reconnais :p mais elle était trop choupinette avec ses trois couettes et son ami le bleu qui tankait les mobs rouges pendant les trois secondes nécessaires à la cueillette d'une petite fleur… C'était sport les Hautes-Terres d'Arathi au level 20).
Voilà donc le nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira.
Neuilly – Hôtel particulier de la famille Gemini
Dans la salle de sport aménagée dans les combles, Angelo Di Morte frappe dans un sac de sable. Coups de pieds. Coups de poings. Il porte un pantalon de boxe, un peu large, bordeaux, comme ses mitaines et ses chaussures. Il est torse nu. Ses muscles sont parfaitement dessinés, sans que la moindre trace de graisse ne vienne adoucir le tout. Il est sec, sans être musculeux. C'est un sportif. De combat. A première vue, il doit passer des heures à s'entraîner chaque jour, et il doit surveiller son alimentation. Son corps est une arme. Et il l'entretient de telle manière qu'elle reste toujours parfaitement affutée.
Mikael entre dans la pièce et jette un rapide coup d'œil à son collègue. Il ne peut s'empêcher de sourire, appréciateur, devant le spectacle de cette peau dorée, ruisselante de sueur, sous laquelle les muscles se tendent et se détendent en rythme. Il y a une vraie violence dans les frappes d'Angelo. Mais une violence qui reste parfaitement sous contrôle. L'ancien policier semble toujours être maître de lui, avoir toujours un certain détachement face aux événements. Même lorsqu'il se laisse aller à plaisanter, à s'amuser, à boire,… il ne lui faut jamais plus d'une seconde pour repasser en service. C'est un professionnel. Au point que c'en est presque inhumain. Mikael reste persuadé qu'il ne s'agit pas du simple sang froid que confère l'expérience. Il doit y avoir une autre raison, mais il ne la connait pas.
-Tu ne veux pas plutôt affronter quelqu'un qui peut te renvoyer les coups ?
Angelo se retourne et lui jette un regard parfaitement neutre avant de détailler sa tenue. Mikael porte un tee-shirt, un cycliste et des running. Il s'est attaché les cheveux en catogan. Pas très sexy, il doit le reconnaître, mais il n'est pas là pour ça. L'ancien policier se détourne et se remet à taper contre le sac de sable.
-Je ne voudrais pas te faire mal.
-Hé !, s'offusque Mikael, les yeux brûlants de colère.
Il ne supporte pas que l'on doute de sa force. Il a peut-être un visage féminin, et un physique androgyne… mais il est un homme. Et un homme puissant. Capable de se battre et de vaincre n'importe qui. Et prêt à en faire la démonstration n'importe où et n'importe quand.
-Commence par t'échauffer au lieu de te vexer, lui rétorque Angelo, impassible.
-Ne me dis pas ce que j'ai à faire !
L'ancien policier s'arrête, encore une fois, et se retourne, à nouveau. Son regard est devenu très dur.
-Tu vas te calmer maintenant. Soit tu es là pour l'entraînement, auquel cas tu t'échauffes et tu la fermes, soit tu es là pour te défouler, et ce sera sans moi. Si t'as toujours pas compris que je ne te prends pas pour une fillette, je ne vais pas me fatiguer longtemps à essayer de te le faire rentrer dans le crâne. J'ai des choses plus intéressantes à faire.
-Et bien tu n'as qu'à faire attention à ce que tu dis… ! Je suis sur les nerfs… Shura refuse toujours…
-Shura, tu le laisses à la porte. Dans cette pièce, je me fous de tes problèmes, Mika. C'est sérieux ce qu'on fait ici.
-Parce que tu crois que c'est pas sérieux, mes problèmes avec Shura ?!, s'énerve Mikael.
-Tu me saoules. Si tu ne te sens pas capable d'être à cent pour cent à ce que tu fais, dégage d'ici. Tout de suite. M'oblige à te mettre dehors moi-même.
-Tu vas voir si je suis pas à cent pour cent… ! Et si tu te crois capable de me forcer à quoique ce soit, tu vas être surpris !
Ivre de rage, Mikael se jette sur son collègue pour lui donner un coup de pied sauté. Angelo pare le coup d'un bras, attrape l'épaule de son collègue de sa main libre, et, en un instant, le retourne puis le plaque contre le sol, lui tordant un bras, son genou planté entre ses omoplates. Il ressert sa prise, son visage parfaitement calme. Il fait mal à son ami et il le sait.
-Lâche-moi !, rugit le Suédois.
-Quand tu te seras calmé.
-Lâche-moi, Angie !
-Hors de question !, s'énerve à son tour l'ancien policier. Tu fais n'importe quoi, Mika ! C'est à peine si tu fais encore ton boulot convenablement ! Alors tu vas te reprendre ! Et commencer par te calmer !
-Si t'es pas content, t'as qu'à me renvoyer ! T'es bien mon supérieur non ?! Et le responsable de la sécurité… alors qu'est-ce que t'attends ?!
-Ne me tente pas…
Cette déclaration a l'effet d'une douche glacée sur Mikael. Angelo n'est pas du genre à plaisanter sur ce genre de sujet. L'espace d'un instant, il s'imagine devoir quitter le service de Saga… Il se rend compte que ce n'est pas l'idée de ne plus revoir Shura qui le dérange le plus. Non, ce qui le terrifie, le terme n'est qu'à peine trop fort, c'est de devoir abandonner Saga. Saga qui est malade. Saga qui est son ami… Saga qui l'a engagé pour protéger sa vie…
-Tu veux vraiment me virer ?, demande-t-il d'une voix blanche.
-Je ne le ferai pas de gaieté de cœur. Je t'aime bien, et j'aime bosser avec toi. Mais si tu m'y obliges, je n'hésiterai pas… Je te l'ai déjà dit : le boulot avant tout.
-… C'est bon... J'ai compris. Ça n'arrivera plus.
-Tu as plutôt intérêt.
L'ancien policier relâche sa clé et se relève, laissant libre son ami.
-Sérieusement… Tu deviens ingérable. Tu t'es vu à Vincennes ? On était en service et toi, tout ce que tu as fait, c'est flirter avec ce type-là… Eaque.
-Je suis désolé.
-Garde tes excuses pour Saga. Moi, ce que je veux, c'est que tu refasses ton boulot correctement, c'est tout. Maintenant, debout, et va t'échauffer.
Il lui tend la main, et Mikael l'accepte.
Paris – Montmartre
Dans sa chambre, sur son lit, Kanon regarde son téléphone. Cela fait une bonne demi-heure, maintenant, qu'il hésite sur la conduite à suivre. Ça ne peut plus durer. Ça ne peut vraiment plus durer. Il se lève, récupère son portable et déboule dans le salon.
-Milo ? Tu aurais un moment ?
Allongé sur le canapé, Geist dans ses bras, le DJ se désintéresse de la télévision et relève la tête vers son colocataire.
-Evidemment. C'est quoi cette question ?
-Non, enfin… Est-ce que je pourrais te parler… seul à seul ? C'est pas que tu me déranges, Geist, mais y a des trucs… Enfin tu vois, quoi…
-Vos histoires ne regardent que vous, je sais. De toute façon, je ferai mieux d'y aller.
-Tu voulais pas rester encore une nuit ?, lui demande Milo, qui se rappelle pourtant très bien son amie disant qu'elle resterait tout le week-end.
-Si… mais ce ne serait pas raisonnable, fait-elle en s'étirant et en se levant. Il faut que je me lève demain. C'est la présentation des thèmes imposés pour les ESIs. Et on sait tous les deux que si je reste ce soir, je vais vous suivre à l'Oblivion. Et que même si tu décides de ne pas faire la fermeture, on ne dormira pas en rentrant. Mais moi, j'ai besoin de me reposer. Et puis, si tu t'ennuies, tu trouveras bien une bonne âme pour venir se glisser sous tes draps.
-C'est quoi les ESIs ?
-L'épreuve de synthèse image. Un truc qui compte beaucoup pour ma troisième année. Alors même si j'ai déjà les financements pour mon court, c'est pas pour ça que je vais laisser tomber l'école. Je le veux ce diplôme.
-Dans ce cas, je n'insiste pas, ma grande. Je t'appelle pour te tenir au courant pour le gamin qui te fera la musique.
-J'attendrai ton coup de fil. Essaie juste de ne pas faire comme la dernière fois… Ce n'est pas dans six mois que j'en aurai besoin.
-Promis.
-Allez, je récup' mes affaires et je file. Je vous dis au revoir tout de suite, comme ça vous pourrez commencer à papoter. Bye Milo. Et merci pour ce week-end, c'était très sympa.
-De rien. Ça a été un plaisir, comme toujours.
Ils s'embrassent et se sourient. Geist vient prendre Kanon dans ses bras.
-Je voulais vraiment pas te virer…, lui fait-il, gêné.
-Je sais, t'inquiète pas. Et surtout, arrête de te prendre la tête pour ton bel inconnu. Je suis certaine qu'il est déjà raide dingue de toi. Personne ne peut te résister, Kanon…
-C'est gentil.
-C'est pas gentil, c'est vrai. Allez, je vous laisse. Prenez soin de vous, surtout.
Elle quitte le salon pour filer dans le couloir et dans la chambre de Milo. Kanon se laisse tomber dans le canapé, où son ami lui a fait une place.
-Alors c'est quoi le souci ?
-Je crois que je suis sur le point de faire une connerie.
-Carrément ?
-Enfin, je sais pas si c'est vraiment une connerie… c'est compliqué… ça concerne… Ayo. Et mon inconnu.
-Non mais quelle surprise. Je m'y attendais pas... Je vais me chercher une bière. T'en veux une ?, demande le DJ en se levant.
-Ouais… je veux bien.
Kanon prend la télécommande.
-Ça te dérange, si je coupe la télé ?
-Non, non… tu fais comme tu veux. Mais mets de la musique alors.
-Tu veux écouter un truc en particulier ?
-M'en fous.
Kanon se lève et va jeter un coup d'œil à l'ordinateur de Milo, qui est bien évidemment allumé. C'est probablement la première chose que fait le DJ en se levant le matin. Archive. Take my head. Ça fait longtemps qu'il n'a pas écouté cet album… Les premiers accords s'élèvent. You make me feel… Il retourne s'affaler dans le canapé. Milo revient avec les bières, décapsulées.
-Je file les garçons ! Ciao !
-Bye !!
La porte qui claque. Deux fois. Elle ferme mal. Troisième fois. Milo attend quelques secondes pour voir s'il va devoir aller jusqu'à l'entrée, mais a priori, Geist est venue à bout du panneau de bois récalcitrant. Il tend sa bière à Kanon qui l'accepte en inclinant la tête.
-Bon alors, dit Milo en s'asseyant à son tour, c'est quoi le souci ?
-J'ai envie d'appeler Ayoros. Pour lui demander de voir avec son frère s'il peut pas se débrouiller pour qu'on ait des rendez-vous fixes.
-Et pourquoi tu veux des rendez-vous fixes ?
-A ton avis ?
-C'est pas mon avis qui compte pour le moment. Donc ?
-Je ne veux plus passer mes journées à attendre que ce fichu portable sonne. Et puis, je supporte plus l'idée que c'est Ayo qui décide de quand je le vois… mon inconnu du bar, je veux dire... En plus je me dis qu'en ce moment, j'associe plus ou moins Ayo à cette histoire, et je sens que c'est pas une bonne idée… Mercredi, j'ai presque eu envie de le remercier…
-Pardon ?
-Pour m'avoir permis de le revoir…
-Non mais tu vas pas bien… ?
-Non… et c'est justement pour ça que je me dis qu'il faut que je trouve un truc.
-Tu sais… tu peux aussi donner rendez-vous à ton mystérieux inconnu, tout seul, comme un grand…
-Non.
-Ah si, je t'assure, Kanon. Tu peux le faire. Y a rien qui te l'interdit.
-Je peux pas… ! Et je l'inviterai où, d'abord ? A l'Olympe ? Je l'invite à m'offrir un verre ? C'est super comme idée, Milo, vraiment ! Je vais pas du tout me payer la honte…
-T'énerve pas… Tu peux très bien l'inviter ailleurs…
-Mais où ?!
-Bah… dans un bar… au resto… C'est quand même pas la première fois que tu sors avec quelqu'un…
-Mais tu réfléchis deux minutes ?! Tu veux que je l'invite dans les bars où on traine ?! Tu veux que je l'invite dans une pizzeria ?! Et pourquoi pas au mac do pendant que tu y es ?!
-Hé ! Tu vas te calmer, maintenant !
Milo a crié. Milo regarde Kanon, avec des yeux noirs.
-T'as honte de qui tu es ?! Des endroits où tu vas ?! Tu crois que c'est en lui cachant que t'as pas de thune que votre relation va partir sur de bonnes bases ?! Non mais tu réfléchis deux secondes ?!
Kanon grimace. Il n'aime vraiment pas énerver Milo… Vraiment pas… Il y aurait bien l'argent d'Ayoros, mais il lui a promis de ne pas s'en servir. Il l'a mis à la banque. Il n'y touchera pas, sauf en cas de grave problème. Milo ne veut pas qu'il s'habitue à avoir de l'argent. Milo ne veut pas que Kanon soit tenté de prolonger sa relation avec Ayoros parce qu'il aimerait continuer à mener un train de vie qu'il ne pourrait tenir sans. Kanon a dit oui. La seule chose qu'il s'est achetée avec l'argent d'Ayo, c'est le costume et le manteau qu'il met pour aller à l'Olympe.
-C'est pas que j'ai honte… Et puis de toute façon, il sait que j'ai pas beaucoup d'argent. Que j'ai rien à faire à l'Olympe.
-Vraiment ?
-Je lui ai dit que j'y étais pas à ma place, la première fois où on s'est vu.
-Et qu'est-ce qu'il t'a répondu ?
-Que j'avais tort. Que les mecs qui étaient là… étaient peut-être fortunés mais… qu'ils n'étaient que des moutons. Qu'ils étaient tout le contraire de moi. Et que je méritais plus qu'eux ma place dans cet hôtel.
-Sérieux ? C'est vraiment ce qu'il t'a dit ?
-Oui…
-Tu m'étonnes que tu sois tombé raide dingue de ce type, quand il te sort ce genre de baratin.
-C'était pas du baratin !, s'offusque Kanon.
-Tu crois vraiment ?
Il ne sait pas trop si la question de Milo est sincère ou si elle n'est là que pour se moquer de sa naïveté… Soupir. Tête basse et gorgée de bière, pour essayer de faire le point.
-Je sais pas… Sérieusement, j'ai vraiment eu l'impression qu'il le pensait… Je peux pas t'expliquer… Il a une façon bizarre de parler, de se tenir… Et puis, quand on se regarde… Je sais pas… Normalement, y a toujours un truc, une complicité, une tentative de séduction… Mais là… non. Y a rien…
-Comment ça rien ? Il a un regard de bulot ?
Nouvelle grimace de la part de Kanon, qui regarde son meilleur ami avec un air de reproche dégouté.
-Mais non… Tu veux pas être sérieux deux secondes, au lieu de te foutre de moi ?
-Non mais avoue que tu rends pas les choses faciles avec tes « je sais pas », tes « tu peux pas comprendre », et autres « rhaaa, c'est trop compliqué à expliquer, faudrait que tu le rencontres, mais en même temps, non… des fois que tu lui plairais… ».
Kanon sourit et passe une main lasse sur son visage.
-Désolé… Je sais que je suis complètement à l'ouest… Ce que je veux dire, c'est que quand on se regarde… on se regarde. En fait même pas, vu que je vois que ses yeux… Je le regarde, je vois ses yeux… tout le reste disparait. J'ai l'impression que je pourrais passer des heures à simplement les regarder. Et pourtant… et pourtant, ils donnent rien. Son regard, la plupart du temps, il est juste neutre… juste présent…
-Ah ben effectivement, là, d'un coup, c'est complètement limpide… Tu ne veux pas l'inviter à sortir avec toi, parce que tu adores ses yeux inexpressifs… C'est lumineux…
-Milo, arrête… s'il-te-plait… C'est pas que j'aimerais pas l'emmener dans un petit resto… Mais j'aimerais bien apprendre à le connaître d'abord. Si on doit avoir un rendez-vous vraiment sérieux… Je voudrais pas me planter… Je voudrais que ça lui plaise… Alors super, je sais qu'il aime le scotch. Mais ça fait pas une soirée… Et puis, c'est pas toi qui voulais que j'y aille doucement ? Et maintenant tu veux que je l'invite à venir voir ce qu'est ma vie ?
-J'aurais bien aimé que tu gardes les pieds sur terre… mais t'es complètement malade de ce type. Faut bien que je m'adapte…
Kanon soupire, pose sa bière encore à moitié pleine sur la table basse, et bascule pour venir poser sa tête sur les genoux de Milo. Le DJ le laisse faire, et continue de boire tranquillement. Kanon fait un quart de tour et se retrouve à regarder le plafond. Il vient poser un bras replié sur son front. Il ferme les yeux. Nouveau soupir.
-Je sais plus où j'en suis.
-C'est ce que je vois. C'est peut-être une bonne idée de voir pour fixer tes rendez-vous avec Ayoros. Ça te permettra de mettre un peu d'ordre dans tout ça. Et puis, si ça se passe bien, tu pourras essayer de voir pour des rencontres un autre jour. Sans craindre qu'Ayo t'appelle pour te donner un rendez-vous au dernier moment.
-Si ça se trouve, ça joue aussi dans le fait que j'ai pas envie d'inviter ce type… Je peux pas prévoir mes soirées… Je vais pas lui donner un rendez-vous auquel je serai même pas sûr de pouvoir aller…
-Tu lui poserais un lapin pour aller voir Ayoros ?, s'étonne Milo.
-Ayo a besoin de moi. J'ai pris un engagement avec lui. Avec toi…
-Wow, Kanon… Je pensais pas que c'était devenu important à ce point pour toi, de l'aider.
-Je me sens responsable…
-Ouais et bien, je peux te dire que je suis bien content que tu sois tombé sur ton inconnu.
-Toi, tu veux pas que je m'attache à Ayo, hein ?
-Si tu me faisais un coup comme ça… je te jure que je te défonce la tête. Il aime son Saga, c'est cool. Et toi, tu vas me faire le plaisir de te tenir éloigné de ce mec, sentimentalement parlant. Je veux pas de mélange des genres.
-C'est pour ça que tu tombes pas amoureux, toi ? Parce que tu veux pas mélanger les genres ? Tu nous sauves donc tu peux pas nous aimer ? Enfin pas d'amour amoureux, quoi… Je sais bien que tu nous aimes, tous autant qu'on est…
-Ouais, je vous aime… et si y a un autre truc que je sais, c'est que si tu continues dans cette voie, tu vas sortir des bêtises plus grosses que toi. Et pourtant c'est pas gagné, de base.
-Va te faire foutre. Et change pas de sujet.
-Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
-Je sais pas.
-Et bah on est deux. Un autre truc qu'on a en commun… C'est fou le nombre de trucs qui nous rapprochent…
Sourires. Milo reprend une gorgée de bière. Kanon grimace.
-J'ai envie de le revoir.
-Ouf… tu me rassures.
-De quoi ?
-Oh bah ça faisait bien trente secondes que tu n'avais pas parlé de lui, ni poussé de soupirs énamourés… Je commençais à m'inquiéter…
-Arrête de te foutre de moi…
-Mais je suis très sérieux, Kanon ! Je t'assure !
Neuilly – Hôtel particulier de la famille Gemini
Dans la salle de sport, Angelo et Mikael sont en sueur et se battent, avec acharnement. Coups de pieds, coups de poings… et parfois quelques prises qui n'ont rien de réglementaire dans quelques disciplines de combat que ce soit. C'est aussi à cela que servent leurs entraînements. L'important, ce n'est pas d'être ceinture noire d'un art martial quelconque. L'important, c'est d'être capable de gérer un combat, en pleine rue, face à des adversaires pour lesquels tous les coups sont permis, y compris les plus vicieux. Surtout les plus vicieux. Il s'agit d'apprendre à parer, à esquiver, à tomber… mais aussi à encaisser. À reconnaître instinctivement les coups qui font mal et qu'il faut à tout prix éviter, et ceux que l'on va accepter de recevoir, pour pouvoir reprendre l'avantage. La seule chose que s'interdit Angelo, c'est de frapper Mikael au visage. Il n'est pas là pour l'abîmer. Juste pour lui apprendre. Toutes ces techniques, lui, il les a vues durant sa formation de garde du corps, dans la police. Bien avant de rentrer au service de Saga. Presque dans une autre vie.
Ils se battent. Ils se battent et ils y prennent plaisir. Chaque coup qu'ils portent allume la flamme de la satisfaction dans leurs yeux. Chaque coup qu'ils reçoivent leur arrache un sourire. Un sourire de prédateur, qui reconnaît que l'autre a bien joué le coup, mais qui lui promet une riposte douloureuse. Ils ne savent pas depuis combien de temps ils combattent. Depuis un moment, en tout cas, car ils commencent à fatiguer. C'est bien. C'est dans ces moments que les leçons portent. Quand le corps répond davantage que la tête. Cela leur permet aussi de savoir ce qu'ils vont devoir encore travailler. Il y a toujours des reflexes à changer. Comme cette tête, qui se détourne, par crainte d'un coup qui ne viendra jamais. Mikael a perdu du regard son adversaire… L'instant d'après, il tombe lourdement contre le sol. L'instant d'après, il sent un poids tomber sur sa poitrine, immobilisant totalement ses épaules, et le rendant incapable du moindre mouvement. Ses jambes aussi ont été emprisonnées. Il a perdu. Il ouvre les yeux, pour découvrir le visage d'Angelo, juste au-dessus du sien. Angelo qui lui sourit, sardonique.
-Tu vois bien que je continue à avoir le dessus sur toi…, murmure-t-il satisfait. A moins, évidemment, que tu aimes simplement… être en-dessous.
-Qu'est-ce que tu racontes, encore…, demande Mikael, le souffle court.
-A ton avis ?
Le genou d'Angelo vient buter contre son entrejambe. Mikael sert les dents. Il ne sait pas si c'est le combat, si c'est d'avoir pu admirer, une fois de plus, le corps musclé d'Angie, si c'est cette lueur bestiale dans les prunelles de son ami, si c'est cette position… mais il doit bien reconnaître qu'il est excité. Et que son excitation grandit de plus en plus. Il a envie de sexe. Ici et maintenant.
-Je suis peut-être en manque… et un peu excité, oui.
-Un peu ?, remarque Angelo en augmentant la pression de son genou.
-Beaucoup…, reconnait Mikael. Mais toi aussi.
Sa main libre est venue se placer contre le sexe de son collègue, qui déforme visiblement son pantalon. Ils se regardent, le visage grave. Ils hésitent, tous les deux, attendant plus ou moins que l'autre prenne une décision. Est-ce bien raisonnable de franchir ce cap, entre eux ? Ne risquent-ils pas de mettre à mal leur amitié, ou leur capacité à travailler ensemble ? Et il ne faut pas oublier le paramètre Shura… Shura qui ouvre la porte. Le maître d'hôtel se fige, instantanément. Angelo s'est retourné, et Mikael regarde l'Espagnol… refermer la porte en la claquant brutalement.
-Shura ! Merde !
D'un mouvement brusque, le Suédois envoie balader son collègue qui ne fait même pas mine de protester, se relève d'un bond, et quitte la salle pour partir à la poursuite du majordome.
-Shura ! Shura, attends ! Laisse-moi t'expliquer !
L'Espagnol ne ralentit pas. L'Espagnol ne se retourne pas. Il se contente de marcher, raide comme la Justice. Il a déjà descendu l'escalier en colimaçon et se dirige vers celui qui le ramènera aux étages inférieurs. Mikael finit par le rattraper, lui attrape un bras et le plaque contre le mur.
-Maintenant, tu vas m'écouter !
-Vous n'avez aucune explication à me donner, Monsieur.
-Ne commence pas… Je ne veux pas que tu ailles imaginer qu'il y a quelque chose entre Angie et moi…
-Mais quoiqu'il y ait entre vous, Monsieur, cela ne me concerne pas.
-Mais tu m'écoutes quand je te parle ?! Il n'y a rien ! Strictement rien !
Le regard de Shura tombe sur la manifestation parfaitement visible du désir que Mikael a ressenti pour son collègue, puis remonte vers le visage du garde du corps.
-Permettez-moi d'en douter. Même si, je le répète, cela ne me regarde en rien.
-Je… je reconnais que… j'ai eu une réaction physique… Mais quoi ! C'est humain, non ?! Ça ne veut pas dire que je vais coucher avec lui ! C'est toi que je veux ! Toi ! Personne d'autre ! J'ai été suffisamment clair sur ce point, non ?
-Mais vous faites ce que vous voulez…
Mikael baisse la tête et pousse un long soupir. Il bloque toujours le majordome qui, tendu comme une corde de piano, tente de ne plus faire qu'un avec la cloison derrière lui.
-Shura… Pourquoi est-ce que tu continues à me dire non ? À me fuir ? Tu refuses même de me laisser… entrer dans ta vie.
-Rien ne sera jamais possible entre nous, Monsieur.
-Mais je ne parle pas de ça ! Tu refuses de me laisser être ton ami ! Un véritable ami ! Tu vas jusqu'à refuser mon aide ! Tu refuses même de me parler maintenant !
-Je n'ai pas besoin de votre aide.
-Dis pas n'importe quoi ! Tu as complètement changé depuis que tu es rentré ! Je m'inquiète pour toi !
-Vous m'en voyez désolé.
-Désolé… ? Vraiment ?
-Oui.
-Alors laisse-moi t'embrasser… pour te faire pardonner…, tente Mikael avec un sourire séducteur.
-Non, rétorque l'Espagnol en essayant de reculer encore.
-Shura… J'en ai marre… J'en ai vraiment marre, tu sais… J'essaye de comprendre, pourtant… mais je n'y arrive pas.
-Alors contentez-vous d'admettre la réalité.
-Mais explique-moi !
-Il n'y a rien à expliquer. Sur ce, laissez-moi, j'ai du travail.
Il tente de se dégager, y parvient presque, mais Mikael finit par réagir et le rattrape.
-Hors de question ! Je veux que tu me dises ce qu'il t'arrive, Shura ! Je ne te laisserai pas partir avant de savoir tes raisons !
-Mes raisons, vous les connaissez ! Je ne veux pas coucher avec vous !, tempête le maitre d'hôtel.
-Mais tu en as envie ! Tu me trouves attirant ! Tu me l'as dit, Shura ! Tu me l'as dit !
-JE NE VEUX PAS ! Je ne voudrai jamais ! Alors laissez-moi tranquille !
Un mouvement violent. Un coup de coude. Un coup de genou… L'Espagnol s'est libéré. S'il y a réussi, c'est principalement parce que Mikael ne s'attendait pas à une telle réaction. Shura l'a frappé. Les yeux de l'Espagnol brûlent de colère. De haine. Et il y a autre chose… Mikael se recule, tout doucement. Il est sous le choc. Véritablement. Le majordome le dévisage un instant. Peut-être regrette-t-il son geste… Il s'en va et dévale précipitamment l'escalier. Mikael n'a pas essayé de le retenir. Amorphe, il marche lentement vers sa chambre. Il y récupère quelques affaires, de quoi se changer, puis va dans la grande salle de bains de l'étage. Il referme la porte derrière lui. Il se déshabille lentement. Comme dans un rêve. Il passe dans la douche et fait couler l'eau. Il se lave. Mécaniquement. Il sort de la douche. Il se fait couler un bain. Des gouttes d'eau s'échappent de ses cheveux, coulent le long de son corps pour tomber sur le sol, et tremper la salle. Il s'en moque. Il arrête l'eau. Il rentre dans la baignoire. C'est brûlant. Ça fait mal. C'est justement ce qu'il veut. Il regarde sa peau rougie. Il voit les marques de son combat avec Angelo. Des bleus, partout sur son corps. Mais ce n'est pas ce qui lui fait mal. Pas plus que les coups de Shura. Non, ce qui lui fait mal, ce sont les yeux. C'est ce regard. Du mépris… Du dégoût…
Jamais. Je ne voudrai jamais.
C'est ce qu'a dit Shura. Il se trompe. Mikael le sait. Il y a trois semaines, l'Espagnol a admis l'attirance qu'il éprouve à son égard. Ce n'est plus qu'une question de temps. Une question de patience. Quelques semaines de plus… pour le mettre dans son lit. La seule question est de savoir s'il en a encore envie. Et cela, c'est autrement plus problématique et sujet à débat. Il y a le fait que, ces derniers temps, cette histoire a pris une importance bien trop grande dans son esprit, jusqu'à l'empêcher de faire convenablement son travail. Et Angelo a raison : c'est inacceptable. Et puis… il y a ce regard. Mikael serre les dents. C'est le genre de regard qu'il a vu trop souvent. Trop d'hommes, trop souvent, l'ont méprisé et s'en sont pris à lui, à cause de son physique. C'est pour cela qu'il a appris à se battre. Pour ne plus jamais être une victime. Pour ne plus jamais être en position d'infériorité. C'est pour cela, aussi, qu'il est aussi agressif, en matière de séduction. Il veut que les choses soient claires dès le départ. Que les rôles soient clairs. Il est le chasseur. L'autre est la proie. Il ne se soumettra à la volonté de personne. Jamais. Il est maître de son corps. Totalement. C'est lui qui décide. Toujours. Et si cela doit être la fin du jeu du chat et de la souris… il va faire en sorte que la souris s'en morde les doigts.
Dans sa chambre, Angelo est allongé sur son lit, occupé à jouer avec sa console portable quand la porte s'ouvre. Il a pris une douche rapide, dans la salle d'eau de l'étage, après avoir constaté que la salle de bain était déjà occupée. Et puis il est allé voir Saga, pour lui demander s'il voulait un peu de compagnie. Ça fait aussi partie du boulot, après tout. Mais Saga a dit non. Saga travaille. Il ne devrait probablement pas. Il devrait se reposer… Mais ce n'est pas lui le garde-malade ; il n'a aucun moyen de pression dans ce domaine.
La porte s'ouvre et Mikael entre pour la refermer aussitôt et venir se coller contre. Son regard est brûlant de désir et de colère. Il porte un jean moulant et une sorte de chemise médiévale, blanche, à jabot, dont le col a été laissé délacé. La tenue et l'attitude du Suédois ne laissent planer aucun doute sur la raison de sa présence dans la pièce. Mais au cas où il y aurait encore un léger…
-Tu es toujours intéressé par une partie de jambe en l'air ?
Sa voix est dure. Elle tranche de façon notable avec la sensualité de sa posture… mais pas avec la rage qui brûle toujours au fond de ses yeux clairs. Angelo éteint sa console et s'assoit sur le rebord de son lit.
-Pourquoi ? Tu t'es encore fait jeter par Shura ?
-Je veux une réponse. Est-ce que ça t'intéresse ou pas ?
-Moi aussi, j'en veux une.
-Il m'a jeté, c'est vrai. Mais c'était la dernière fois.
-Qu'est-ce que tu veux dire ?
-Je veux dire que j'en ai marre. Je laisse tomber. Je vais pas passer ma vie à attendre que monsieur se décide à faire une croix sur ses scrupules à la con. J'ai été patient. Très patient, même. Mais il se trouve que j'aime le sexe et que je suis en manque là... Ça fait presque quatre mois que j'ai rien fait avec personne en me disant que ça pourrait le convaincre que j'étais sérieux… mais là, ça suffit. Basta. Je vais pas me faire moine pour lui, surtout si c'est pour ne jamais l'avoir.
-Et donc, tu viens me trouver.
-Ça te pose un problème ?
-Un peu. Shura est un ami.
-Et alors ? Il a eu six mois pour se décider. Je pense que c'est largement suffisant. Je vais pas m'empêcher de baiser avec qui j'ai envie, où j'ai envie, sous prétexte qu'il pourrait peut-être éventuellement ne pas très bien le prendre.
-C'est pas ça le problème.
-Alors c'est quoi ?
-Tu es vexé et tu veux te venger. Je suis pas sûr de vouloir faire partie de ça. Comme je l'ai dit, Shura est un ami.
-Vous commencez à me courir avec votre morale à deux balles. Si tu veux pas coucher avec moi, je trouverai quelqu'un d'autre.
-Qui ?
-Aucune idée… Oh ! Et pourquoi pas un charmant interne en chirurgie ?
Un sourire de prédateur vient étirer les lèvres de Mikael. Mais ses yeux, eux, ne sourient pas le moins du monde. C'est une lueur mauvaise qui illumine ses pupilles. Il en faut plus pour impressionner l'ancien policier.
-Je t'ai dit de ne pas l'approcher.
-Parce que tu crois que tu me fais peur ? Et puis tu m'as dit que tu ne voulais pas que je l'entraîne dans mes histoires avec Shura… et je viens de te dire qu'il n'y a plus d'histoire entre Shura et moi. Donc je ne vois pas de quoi tu te plains…
Angelo s'est levé d'un bond, et maintenant, il maintient son ami contre la porte, plongeant son regard dans les yeux bleus.
-Je t'interdis de le toucher, Mika. Tu m'as bien compris… ?
-Alors tu sais ce qu'il te reste à faire, rétorque Mikael, bravache.
-Tu me fais du chantage maintenant ?
-Oui…
Ils s'affrontent du regard quelques instants et, finalement, Mikael ferme les yeux et pousse un long soupir.
-Non… Merde… Je suis désolé, Angie. Je… toucherai pas à ce mec, je te promets. Et je voulais pas… je suis complètement à côté de la plaque… Je m'excuse pour…tout ce que je viens dire. On oublie tout... s'il-te-plait… Je vais aller me calmer… On se retrouve pour le dîner… et encore désolé…
Mikael se dégage. Qu'est-ce qui lui a pris ? Il sait qu'Angelo tient à ce type. Il faudrait être aveugle pour ne pas s'en être rendu compte d'ailleurs... Et Angelo est son ami…
-Mika…
Alors que le Suédois allait quitter la pièce, son collègue le rattrape par le bras.
-Tu tiens vraiment à Shura, hein ?
-Quelle importance ? Il ne veut pas de moi. Il ne voudra jamais de moi. Il me l'a dit…
Ils se regardent, et Mikael finit par détourner la tête. Le regard d'Angelo lui a noué la gorge et monté les larmes aux yeux. Parce qu'il a parfaitement raison. Ce n'était pas juste une attirance physique… Il y avait autre chose… Une chose qu'il préfère oublier. Si cela n'avait été qu'une question de sexe, ce qu'il a lu dans les yeux de Shura l'aurait vexé, bien sûr, mais il se serait servi de ce sentiment pour… lui montrer qui était le plus fort, entre eux deux. Et une chose est sûre : cela n'aurait pas été l'Espagnol. Mais… il est vraiment tombé amoureux. Ou au moins sous le charme. Au point qu'il lui arrivait, parfois, d'aller au sous-sol juste pour le regarder tordre le métal qu'il utilise pour ses sculptures. Il restait là un moment… jusqu'à ce que Shura se rende compte de sa présence. Et là il redevenait séducteur. Provocateur. Agressif. Peut-être aurait-il dû dévoiler davantage ses sentiments… Si Shura n'avait pas cherché à le rejeter, depuis son aveu, il aurait peut-être accepté de découvrir son jeu et de jouer carte sur table… Peut-être. Les choses auraient pu être différentes. Peut-être. Mais il aurait pu souffrir. Et il ne veut plus souffrir. Il ne veut plus être une victime. Jamais.
Il sent une main qui vient se poser sur sa joue, pour lui tourner la tête… et il voit Angelo se pencher pour venir lui donner un baiser tout ce qu'il y a de tendre. Il ouvre de grands yeux.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-A ton avis ?
Nouveau regard. Nouvel échange. Et un nouveau baiser. Et les bras d'Angelo qui viennent l'entourer, l'attirer… La puissance d'Angelo… Qui l'excite. Le baiser devient vorace. Leurs langues se mêlent. Loin de se laisser dominer, Mikael cherche à reprendre le dessus dans cet échange et parvient, petit à petit, à se hisser jusqu'à son partenaire. Les bras se font moins protecteurs, pour devenir possessifs, et les mains de Mikael se mettent à parcourir le dos de l'ancien policier, pour remonter le long de sa colonne, caresser sa nuque, agripper ses cheveux, et attirer sa tête en arrière. Angelo résiste alors qu'il embrasse toujours langoureusement l'homme dans ses bras. Ils se séparent, échangent un autre regard. Leurs yeux luisent d'excitation. Deux sourires de prédateurs. D'un geste brusque, Mikael tire la chevelure d'Angelo, dont la tête bascule enfin… et il se met à dévorer la gorge ainsi offerte. Il a envie de cet homme. De cet homme qui ne se laissera pas dominer. De cet homme qui ne tentera pas de le soumettre. Parce qu'Angelo n'a rien à prouver. Parce qu'Angelo le respecte. Parce qu'Angelo le considère comme son égal. Parce qu'Angelo est son ami.
Dans son bureau, Saga n'a pas le cœur à rire. Cela fait une semaine qu'il ne décolère pas. Depuis Vincennes. Le comportement de Julian envers Gabriel… Il avait bien remarqué la propension de leur ancien camarade à coller son meilleur ami d'une façon peu honnête, mais ce n'est que lorsque Gabriel lui a rendu compte de la nature exacte des propos échangés qu'il a compris la situation. Et qu'une brusque bouffée de haine est montée en lui. Pour ne pas retomber.
Pas que cela l'ait surpris outre mesure. Il connait l'attirance que Julian éprouve à l'encontre de son meilleur ami, attirance qui date de leur premier jour à Sainte-Geneviève. Il la connait d'autant mieux que lui-même se tenait aux côtés de Julian lorsqu'ils virent le jeune homme pour la première fois, et qu'il ressentit exactement la même chose. Gabriel avait seize ans et demi… et il était déjà d'une beauté exceptionnelle. Il avait déjà cette prestance, cette élégance qui n'appartiennent qu'aux princes des glaces, dans les contes pour enfants. Un personnage de conte, oui. À peine réel. Les deux amis, si tant est que ce qualificatif puisse s'appliquer à une connaissance de Julian Solo, avaient tout fait pour en apprendre davantage sur cet étrange garçon… et ce qu'ils avaient découvert les avaient pour le moins surpris. Le jeune homme avait deux ans d'avance, soit, ils le savaient déjà. Mais plus singulier était le fait qu'il finançait lui-même ses études, en travaillant durant les vacances et grâce à un prêt étudiant et à une bourse de l'école, et qu'il n'avait strictement aucune famille. Le choix de la classe préparatoire avait été mûrement réfléchi, et celui de Sainte-Geneviève n'avait pas été non plus un hasard : c'était le seul établissement qui avait pu lui assurer une place en internat dès la fin de l'année scolaire précédente.
Julian était alors passé à l'offensive, cherchant à impressionner Gabriel. Sans succès. Et il avait fini par décréter, vexé par les refus successifs qu'il avait subis, qu'il n'avait de toute façon pas le moindre intérêt. Saga, de son côté, avait cherché à connaître cet adolescent qui le fascinait positivement. Ils avaient commencé à travailler ensemble. Ils avaient commencé à s'apprécier. Au fur et à mesure que le temps passait, ils étaient devenus relativement proches… jusqu'à ce baiser qu'ils avaient échangé, un peu avant les vacances de la Toussaint. Gabriel était resté de marbre et Saga avait compris, en plongeant son regard dans les yeux glacés, que jamais son binôme ne tomberait amoureux de lui. Cette constatation, il l'accueillit avec le plus grand calme, ce qui, pour le coup, le surprit… Alors il s'était mis à sourire. Il n'était pas amoureux de Gabriel. Il l'appréciait, c'était indéniable. Il éprouvait une profonde affection pour lui. Et même de la fascination, il était le premier à le reconnaître. Mais pas d'amour. Ce fut probablement ce moment entre tous qui scella définitivement leur amitié. Gabriel passa la semaine de vacances chez les Gemini.
Julian en avait fait une maladie. La première raison avait été, évidemment, le fait de voir Gabriel lui préférer Saga. La seconde, de voir Saga lui préférer Gabriel. Et la dernière, de ne pas parvenir à surpasser le boursier. Difficile de mépriser ou de simplement ignorer l'esprit le plus brillant de votre classe ou de votre promotion… Durant tout le reste de leur scolarité, il avait hésité entre l'attirance la plus profonde, et la haine la plus viscérale, profitant de chaque occasion pour tenter de ravir Gabriel à son ancien ami, comme s'il était question, d'une façon ou d'une autre, de propriété. Saga croyait ses enfantillages terminés. Après tout, la dernière tentative notable de Julian en la matière remontait à la soirée de remise des diplômes… quatre ans plus tôt. Une soirée en tout point détestable pour Gabriel. Non seulement il avait dû subir les avances pour le moins peu subtiles d'un Julian rendu plus qu'entreprenant par l'alcool, mais encore avait-il fallu qu'il aille prévenir Saga que son cavalier, et amant du moment, flirtait effrontément avec l'ensemble des participants à la soirée… et des participantes comme ils avaient tous deux pu le constater en le découvrant dans une position compromettante et en galante compagnie, dans un des recoins sombres du bâtiment où avait lieu la soirée. Saga avait beau ne pas y être particulièrement attaché… ce n'était certes pas une chose agréable.
Mais le fait est là. Julian n'a pas changé. Ce n'est pas tant le fait de voir quelqu'un s'intéresser à Gabriel qui dérange Saga que d'imaginer le désagrément que cause ce genre de situations à son meilleur ami. D'autant plus que c'est lui-même qui a insisté pour qu'il vienne à Vincennes. Julian va le lui payer. Et il sait, exactement, comment il va s'y prendre. Son arme est en ce moment même devant lui : les dossiers qu'Ayoros a préparés sur deux marchés publics de téléphonie - l'un pour le ministère de la Culture, l'autre pour les Affaires Étrangères – qui sont, depuis des années, le domaine réservé des Solo. Au point que Julian s'est octroyé des vacances à quelques semaines de la clôture de l'appel d'offre. Un excès de confiance que Saga va s'empresser de lui faire amèrement regretter.
Des bruits en provenance du deuxième étage, juste au-dessus de lui, le déconcentrent un instant. Il tend l'oreille… et sourit. Mikael n'est définitivement pas discret. Pauvre Shura. Enfin, il s'y fera sûrement à la longue… Minute. Le prénom que crie Mikael en ce moment… ce n'est pas celui du majordome. Qu'a-t-il bien pu se passer… ? Ce matin encore, Mikael est venu aux renseignements pour tenter de glaner quelques informations au sujet des dernières vacances du maître d'hôtel - informations que Saga a bien évidemment refusé de lui communiquer. Et il ne fait plus guère de doute que Shura éprouve effectivement une sorte d'attirance pour son prétendant… Alors pourquoi ? Pourquoi est-ce que Mikael se retrouve à coucher avec Angelo, en plein milieu de l'après-midi ? Et pourquoi Angelo a-t-il accepté de se lancer dans cette aventure, lui qui n'est pourtant pas du genre à se mêler des histoires compliquées ?
Saga pousse un long soupir. Tout ce qu'il peut espérer, c'est que ses amis ne souffrent pas trop… et n'en viennent pas à se déchirer. C'est une chose qu'il ne supporterait pas.
Dans la cuisine, au rez-de-chaussée, Shura prépare le repas du soir. Il pleure. La faute aux oignons, qu'il émince consciencieusement, jouant du couteau avec rapidité et précision. Même d'ici, il peut entendre les cris de Mikael. Ils ont l'air de bien s'amuser, là-haut. C'est bien. C'est mieux. Il espère, très sincèrement, que Mikael trouvera le bonheur auprès d'Angelo. Il y a de bonnes chances : Angelo est quelqu'un de bien. Il traitera Mikael de la manière qu'il convient. Oui. Tout ira bien. Tout se passera bien. Et tout sera plus simple. Tout sera plus facile. Il essuie ses larmes, avec le revers de la manche de son pull. Saletés d'oignons qui le font pleurer... Saletés d'oignons qui nouent sa gorge… Saletés d'oignons qui écrasent sa poitrine… Saleté d'oignons…
Le couteau lui tombe des mains, pour rebondir sur la planche à découper et échouer sur le plan de travail. Il s'effondre. A genoux, sur le sol, les bras appuyés contre le meuble de cuisine. Il continue de pleurer. Il ne devrait pas pourtant. Parce que tout est pour le mieux. Tout est pour le mieux.
Abuela… Ayudame… por favor…
