Ellana816: tu m'avais fait remarquer dans le précédent tome que jeter des impardonnables à Poudlard était risqué, et j'avais délayé les mesures de sécurité jusqu'au Prince de sang-mêlé. Je crains de ne pas avoir de meilleure excuse dans ce chapitre. Je te propose soit d'imaginer que les contre-sorts lancés pour qu'on ne découvre pas la Chambre des Secrets protègent contre cette détection, soit que Dumbledore n'est pas là et n'a pas eu le signal, pas plus que ses suppléants (celui-là est très peu plausible, je l'avoue), soit d'oublier momentanément les super-mesures de protections de Poudlard cette année. (J'avoue, j'avais la flemme de réécrire ce chapitre. Et si je commence à réécrire Etaine je vais sabrer la moitié, relire, me dire que ce n'est pas assez et éliminer ce qui reste).
A tous ceux qui s'estiment le coeur trop sensible, allez directement au chapitre suivant (et n'allez pas lire Le Temps de la revanche: j'y ai fait pire à mon avis). Bonne lecture à ceux qui restent.
-Lequel est-ce, Saer ?
-Saernel, corrigea le serpent en appuyant sur le « nel ». Celui juste à droite, voilà.
Etaine retira le miroir double sens de sa cachette. Elle comprit tout de suite pourquoi Melanie ne l'avait pas gardé sur elle : son aspect ne convenait pas avec son style à elle. La Serpentard donnait plutôt dans le genre sombre et élégant avec une pointe de clinquant sous la forme d'une chaîne en argent avec deux serpents enlacés en un pendentif. Peu compatible avec ce miroir à double sens-là. La face de communication formait un ovale irrégulier soigneusement poli pour rendre l'image la plus nette possible. Le reste du miroir, en revanche, était assez grossier. Du plomb entourait le verre et il n'y avait même pas une feuille d'aluminium pour laisser croire que c'était un vrai miroir. Le plomb n'avait pas bénéficié des mêmes attentions que le verre et toute la surface était granuleuse. Et la taille du miroir était incompatible avec ceux que pouvaient conserver certaines coquettes dans leurs poches. Celui qui l'avait fait ne s'était pas foulé. La Fourchelang s'étonna même que les Aurors l'aient laissé passer ; un étudiant n'avait rien à faire d'un miroir comme ça. Mais certains amenaient bien des têtes coupées momifiées et autres choses qui n'avaient aucun intérêt tant magique que physique… Quelques manipulations magiques révélèrent que si l'extérieur avait été bâclé, le miroir était entouré d'un puissant contre-sort qui interdisait de remonter jusqu'à la localisation de l'autre miroir. Raison pour laquelle les Aurors n'y avaient vu que du feu. Il fallait vraiment chercher le mauvais sort pour le trouver et il avait été placé bien au-dessus du niveau de détection des scrutoscopes et compagnies. Voldemort avait assuré ses arrières.
La légilimente remit le carreau en place et glissa le miroir dans sa poche. Elle se jeta ensuite un sortilège de désillusion et alla se poster près de la porte des toilettes, attendant l'arrivée de Melanie. L'entrée de la Chambre des Secrets n'était visible que pour ceux qui connaissaient son existence. Des box étaient placés le long des murs et une structure massive formée de six lavabos était placée au centre de la pièce, dissimulant un vaste trou dans lequel il fallait se laisser tomber pour accéder à la Chambre. Sur l'un des six robinets était gravé un petit serpent aux yeux d'émeraude, marquant l'entrée. Elle en était si proche… Cela faisait des années qu'elle se disait qu'elle allait enfin la voir par ses propres yeux, mais elle le remettait chaque fois à plus tard. Si Melanie lui en laissait le temps, elle verrait l'héritage de ses ancêtres juste après avoir réglé cette histoire d'espionnage.
La Serpentard entra dans les toilettes et jeta un coup d'œil autour d'elle pour s'assurer qu'elle était seule.
-Mimi ? demanda-t-elle quand même au cas où le fantôme trainerait dans une canalisation.
Etaine, elle, savait qu'elle était au sixième étage parce qu'elle l'avait vu avec Drago Malefoy. Elle ne savait pas ce qu'avait le Serpentard, mais il ne semblait pas en forme. La légilimente ne s'était pas attardée, elle ne pouvait pas laisser passer dix-huit heure quinze. Visiblement satisfaite de l'absence de réponse, Melanie referma la porte derrière elle et s'avança vers le carreau qui dissimulait précédemment le miroir à double sens.
Collaporta, pensa la Fourchelang en pointant sa baguette sur la porte. Elle répéta l'opération avec la porte en face.
Pendant ce temps, la Serpentard s'était aperçu que le miroir n'était plus à sa place et avait brusquement pâlie, imaginant sans doute le châtiment du Seigneur des Ténèbres. Puis la peur d'être découverte reprit le dessus et elle jeta un regard angoissé autour d'elle, vérifiant une fois de plus qu'elle était seule avant de reprendre contenance. Elle n'a même pas songé à un Homonium revelio, pensa Etaine. Le mangemort de la forêt avait raison ; c'était vraiment une débutante.
Melanie se dirigeant vers la porte près de laquelle était la légilimente pendant que celle-ci la contournait pour aller se placer devant les lavabos. La Serpentard actionna la poignée. Celle-ci refusa de tourner. Elle fronça les sourcils et recommença. Toujours aucune réaction. La Serpentard sortit sa baguette et tapota la poignée :
-Alohomora.
Mais la porte refusa encore une fois de s'ouvrir.
-Alohomora ? répéta Etaine en écho, comme si elle ne parvenait pas à y croire.
Le sort de déverrouillage marchait certes sur les portes fermées à la manière moldue, mais il ne servait à rien de faire jouer la serrure si c'était le battant qui était collé. C'était l'une des premières choses qu'aurait dû apprendre l'espionne.
Melanie se retourna brusquement et brandit sa baguette devant elle. Accoudée contre un lavabo, la Fourchelang ne bougea pas.
-Alohomora, répéta-t-elle encore, légèrement amusée. Qu'est-ce qu'on apprend aux espions de nos jours…
-Qu'est-ce que tu veux Knightley ? cracha l'autre avec autant de morgue que le premier jour.
-Peut-être t'apprendre la politesse. Ou alors la prudence, murmura la légilimente en la fixant dans les yeux, la tête légèrement sur le côté, comme face à un intéressant problème d'arithmétique.
-La prudence ? Je sais des sorts dont tu ignores jusqu'au nom ! Ouvre cette porte ou je te tue !
Pour seule réponse la Fourchelang éclata de rire. Un rire froid et glacé, identique à celui de Voldemort et qui fit frémir imperceptiblement la première année.
-Ce serait amusant de te voir essayer, déclara la Serdaigle. Quant aux sorts que tu es censée connaître, pardonne-moi mais tu n'es même pas capable d'ouvrir cette porte seule, alors j'ai quelques difficulté à te croire…
-Et bien vous avez tort, répliqua Melanie avec hauteur.
-Elle ment, observa le serpent, sans baisser d'un ton cette fois.
Le sifflement se répercuta sur les murs qui l'amplifièrent et la Serpentard sursauta.
-Elle est même morte de peur, nota Etaine avec un certain amusement pendant qu'un sourire retroussait ses lèvres. Regarde-là ; elle tremble.
-Qu'est-ce que tu vas lui faire ?
-Je ne sais pas encore…, répondit-elle en caressant les écailles en losange de la vipère qui avait sorti la tête pour mieux fixer Melanie.
-J'attends, reprit la Fourchelang.
-Vous attendez quoi ? demanda courageusement l'autre.
-Ce sort plus horrible que tout ce que je peux concevoir, sourit cruellement la légilimente, une lueur d'amusement dans les yeux, j'attends que tu me le lances.
Son sourire s'agrandit quand elle vit que la Serpentard ne réagissait pas. Ses yeux s'agrandirent quand sa baguette lui sauta des mains pour aller se nicher dans celle restée libre d'Etaine.
-Pitoyable, nota celle-ci en détachant son regard de la Serpentard pour observer la baguette qu'elle venait de confisquer.
Indéniablement elle était de bonne facture et à peine usée. Probablement Melanie ne l'avait-elle eu que pour son entrée à Poudlard. La Fourchelang la glissa dans sa poche pour se concentrer sur la Serpentard qui lui faisait face, tentant de maintenir les apparences.
-Qu'est-ce que vous voulez ? lança-t-elle avec arrogance.
-Si tu te souviens bien, murmura la légilimente en commençant à avancer vers elle, je t'ai avertis il n'y a pas si longtemps de ne pas me prendre pour une idiote. Conseil d'on tu n'as pas tenu compte. Je vais donc être plus claire : je n'aime pas qu'on m'espionne et les gens intelligents réalisent assez rapidement que se mettre en travers de ma route n'est pas une option viable.
Elle s'arrêta à un souffle de la Serpentard qui était maintenant pressée contre le battant de bois, la dévisageant avec une espèce de détachement pendant que ses yeux brillaient d'un amusement de sinistre augure.
-Malheureusement pour toi, murmura-t-elle en penchant la tête, tu ne fais pas partie des gens intelligents.
-Si vous me faites quelque chose, ils sauront que c'est vous, lâcha l'autre dans un souffle.
Etaine rit de nouveau.
-Vraiment ? Ils n'ont toujours pas trouvé qui a torturé Takara Mûryano, pourtant… Et si tu parles des mangemorts, tu n'es qu'une perte négligeable. Peut-être ton père te regrettera-t-il… Mais ce sera bien le seul.
-C'était Warrington…, protesta l'autre.
-C'était moi, coupa la Fourchelang. Moi qui ait prétendument trouvé Takara, moi qui ait modifié ses souvenirs et ceux de Warrington… Qui aurait pensé cela de moi, la traîtresse à son sang, la défenseuse des nés-moldus ? Cela ne serait venu à l'esprit de personne de me soupçonner, même Dumbledore n'a rien vu !
Le visage de la légilimente se tordit dans une expression de rage contenue avant de redevenir lisse, même ses yeux redevenant deux abysses orageux comme elle enclenchait l'occulmencie. Maudite fierté, elle avait encore parlé trop vite. Mais la Serpentard ne répéterait rien à personne. Jamais.
-Croyais-tu vraiment que j'en étais à mes premières expériences ?
La Fourchelang secoua la tête comme si elle était navrée.
-Tu n'as rien vu n'est-ce pas, Melanie ? demanda-t-elle en caressant doucement son visage, presque avec tendresse. Rien vu venir. Rien pressenti, tu t'es juste jetée dans la gueule du loup. Est-ce que tu t'es portée volontaire pour m'espionner ? Répond ! ajouta-t-elle en la secouant mais là encore la sang-pure ne pipa mot.
La légilimente l'empoigna par le col de se robe et la précipita à terre, près des lavabos. La Serpentard se releva péniblement en s'aidant des lavabos sur lesquels elle resta accoudée. Et elle lui fit face, désarmée.
-Quoique vous souhaitiez me faire, le châtiment de mon Maître sera plus terrible encore si je parle.
-Tu crois ça ? sourit Etaine. Et qui te dis que j'ai besoin que tu parles ? Cela fait des semaines que je t'épie. Tu n'as pas été bien difficile à cerner. Par contre, ce qui m'a posé plus de problèmes c'était savoir où tu avais mis ceci, déclara-t-elle en brandissant le miroir double sens.
Les yeux de Melanie se rivèrent sur la surface de verre et s'agrandirent quand la Fourchelang le laissa tomber. Le miroir rebondit à terre et sa surface se fendilla sans toutefois se casser. Ce que fit Etaine en posant le pied dessus pour se diriger vers la Serpentard, sa baguette à la main.
-Il te sera plus compliqué de faire ton rapport, maintenant, remarqua la légilimente. Revenons-en à notre sujet principal.
-Si vous me tuez, ils trouveront mon corps, déclara précipitamment Melanie.
-Oh je ne crois pas, regarde donc le robinet à côté de toi.
-Vous me prenez pour une idiote.
-Tu es une idiote, nuance. Impero !
-Etaine, c'est un impardonnable !
-En effet. Et ce n'est pas le premier que je lance, si tu veux savoir.
-Tu veux dire que tu ne bluffais pas avec Takara ? le serpent paraissait horrifié.
-Takara avait essayé de me tuer. J'ai eu la clémence d'épargner sa vie.
-Bien, finit par déclarer le serpent.
La Fourchelang savait qu'il voyait les choses autrement que les humains. Saernel était contre la violence gratuite, mais si elle était justifiée il ne voyait pas le problème. Peut-être jugeait-il son comportement excessif mais elle savait qu'il ne la dénoncerait pas.
La Serpentard lutta un instant contre le sort avant de se rendre. Conformément à l'ordre d'Etaine, elle examina le robinet.
-Tu vois ce serpent ? C'est l'entrée de la Chambre des Secrets. Le temps que l'on se mette à ta recherche et que l'on vienne jusqu'ici, tu ne seras plus qu'un squelette inidentifiable, par prudence métamorphosé en un objet anodin que personne ne s'étonnera de trouver à l'intérieur. Si tant est que l'on pense à venir ici, bien sûr, ajouta Etaine après une pause.
La légilimente la laissa quelques secondes réfléchir là-dessus, s'imaginer tout un tas de scénarios plus horribles les uns que les autres, avant de la relâcher.
-Au secours ! hurla aussitôt Melanie, toute fierté oubliée, en se ruant vers la porte la plus éloignée de la Fourchelang. Elle va me tuer ! Elle va…
Etaine rit de nouveau, de ce rire froid et incontrôlable qui ne pouvait appartenir qu'à un fou, dominant les cris de la Serpentard. Un simple mouvement de baguette la fit taire. Elle n'aimait pas les cris outre mesure, même si une part d'elle semblait se délecter de la terreur de la première année.
-Crie tant que tu veux, j'ai insonorisé cet endroit, l'informa la légilimente. Personne ne t'entendra. Comme tu le vois tes menaces sont vides de sens. Je n'ai de toute manière pas l'intention de te tuer.
Melanie cessa ses cris muets et l'observa brusquement avec espoir. La Fourchelang annula son sortilège de mutisme.
-Je vais laisser cette tâche à mon oncle, précisa-t-elle.
-Votre oncle ? demanda la Serpentard, si bas qu'on l'entendait à peine.
-Et bien, mon grand-oncle en théorie, mais c'est un peu long. Je préfère dire mon oncle, lâcha négligemment la Fourchelang en jouant avec sa baguette.
-Mais je croyais… Le Maître a dit que vous étiez orpheline…
-Le Seigneur des Ténèbres a raison, approuva Etaine en s'approchant d'elle pour mieux la voir. Mais t'a-t-il jamais dit pourquoi il me faisait surveiller ?
La réponse était inscrite sur le visage de la première année ; elle ignorait tout. La légilimente se pencha, à un souffle d'elle.
-Lord Voldemort est mon grand-oncle.
Melanie lâcha un petit cri aigu et recula si vite qu'elle percuta la porte. Ses pieds patinèrent sur le sol carrelé pendant qu'elle brouillait en arrière si vite qu'elle produisit un bruit sourd en entrant en contact avec les box. Etaine regarda la scène, la tête penchée sur le côté, légèrement amusée.
-Ce que j'ai toujours apprécié chez le Seigneur des Ténèbres, c'est sa réputation, observa-t-elle pendant que la Serpentard la regardait avec une crainte encore décuplée.
-Non, non, s'il vous plaît, implora la première année, s'il vous plaît !
Son cri monta dans les aigus, dérangeant Etaine qui fit la grimace. Dans ses cheveux, Saernel s'agita également.
-Fais la taire, siffla-t-il.
-Ça suffit ! ordonna-t-elle d'une voix froide qu'elle-même avait peine à reconnaître.
Melanie s'arrêta aussitôt et lui lança un regard suppliant. Elle était bien loin, la sang-pure hautaine qui la dévisageait encore quelques minutes auparavant.
-S'il vous plaît ? reprit dans un murmure la légilimente, commençant à marcher en cercle autour de sa victime, sans jamais la quitter des yeux. Ce n'était pas ce que tu disais tantôt.
Elle s'arrêta près des lavabos et brandit sa baguette avec une lenteur toute calculée.
-Dire que je n'ai même pas encore commencé… Endoloris !
La Serpentard eu beau essayé d'esquiver, le sort la cueillit en plein élan et elle retomba sur le carrelage, prise de convulsions silencieuses. Des cris, un peu, mais pas trop ; cela finissait par faire mal aux oreilles. Au bout d'une minute la légilimente annula le maléfice, laissant Melanie haletante sur le sol. Reprenant en main la baguette de la Serpentard, elle la brisa et laissa les deux morceaux tomber devant les yeux de la première année.
-Un seul Doloris et te voilà à terre, incapable du moindre geste, remarqua-t-elle en secouant de nouveau la tête d'un air regret. Takara en a encaissé cinq avant d'arrêter d'essayer de me tuer. Continuons-nous ?
-Non, non, je vais tout dire ! supplia Melanie d'une voix qui ne semblait pas lui appartenir.
-Bien, murmura la Fourchelang avant de commencer son interrogatoire.
Une demi-heure plus tard, Etaine quitta les toilettes du deuxième étage. Il ne restait rien de la scène qui s'y était déroulé. Elle avait fait fondre les éclats de verre et de plomb restants qui n'étaient maintenant plus que des cendres que le vent avait dispersées. Quant à Melanie, elle avait oublié ce qu'elle avait dit. Elle ne savait d'ailleurs pas grand-chose. Son seul souvenir était désormais d'avoir croisé un groupe de Gryffondor mené par Stondbern, qui lui avait brisé sa baguette. Sauf qu'elle n'allait évidemment pas aller s'en plaindre puisqu'elle n'était pas occulmente et Dumbledore légilimens. Tout à fait incompatible avec sa mission. Sans doute s'apercevrait-elle dans un mois, quand elle viendrait de nouveau faire son rapport, que le miroir à double sens avait disparu. A Voldemort de décider ce qu'il voudrait faire d'elle à ce moment-là, Etaine s'en moquait.
