Chapitre 12

Oscar sorti de la chambre comme une furie, manqua de se télescoper avec une soubrette, elle marmonna quelque plates excuses, puis descendit en trombe les escaliers en jurant comme un vieux loup de mer. Malgré sa vitesse, la colonelle fut prise de court, puisque son père accueillait déjà le comte de Girodelle avec une poignée de mains. Surpris et embarrassé par tout le tintamarre causé par sa fille cadette devant le visiteur, le général se retourna et présenta une expression réprobatrice.

Victor semblait surpris de voir Oscar, il allait s'exprimer, mais Oscar le devança.

- Que fait ici cet être abject ? » Hurla-t-elle.

- Enfin Oscar, mon enfant, que vous arrive-t-il ? Je ne vous ai pas appris à vous comporter de la sorte avec nos invités.

- Et bien ma chère, voilà un langage qui est indigne de la dame que vous êtes… » Dit le lieutenant d'un ton doucereux.

Le père de l'intéressée sourcilla. Bien que la biologie de sa fille ne fût pas un secret, il n'aimait pas que l'on souligne sa féminité. En particulier si cela venait d'un collègue militaire. André venait de rejoindre le trio, le général le salua d'un signe de tête amical. Oscar ne le remarqua même pas, trop occupée à toiser Girodelle du regard.

- Moi, une dame ? De quel droit… ? » Vociféra-t-elle entre les dents. « Que fait-il ici ? » Demanda-t-elle à nouveau, autoritaire. L'indésirable ne laissa pas le patriarche répondre.

- Et vous, que faites-vous là, ma chère Oscar ? » Demanda Victor en tendant la main vers une joue qu'il tenta de caresser avec condescendance. Oscar le saisit par le poignet avant même qu'il n'y parvienne.

- Je suis chez moi… » Répondit Oscar, hébétée par la stupidité de la question posée. Le comte ricana.

- Pardonnez-moi, Madame, je voulais dire que faites-vous encore ici ? Vous êtes fort en retard, si je puis me permettre de vous rappeler, sa majesté vous avait demandé de venir plus tôt aujourd'hui… Auriez-vous oublié ? » Demanda-t-il mielleux.

L'expression d'Oscar changea du tout au tout. Il avait raison l'imbécile… Marie-Antoinette avait exprimé le souhait que sa colonelle et amie vienne assister à la grande répétition d'une pièce de théâtre dans laquelle la souveraine devait s'illustrer. Oscar était supposée donner son avis éclairé sur sa prestation.

- Est-ce exact Oscar ? » Demanda le général, surpris.

- Oui père… Sa majesté la Reine m'avait demandé s'assister à la répétition d'une pièce de Monsieur de Beaumarchais, je crois.

Bien que ce fût pour une raison bien frivole qu'avait été requise la présence matinale de sa fille le général se fâcha :

- Alors mon enfant, vous manquez à vos devoirs ? Je ne veux pas de ce genre de négligence chez ma descendance ! » Reprocha-t-il sévèrement.

- Mais, père… » Tenta Oscar.

- André, veuillez préparer sa monture, je vous prie.

- Tout de suite Monsieur.

Oscar restait debout, immobile à transpercer Girodelle de ses yeux de glace.

- OSCAR ! Veuillez-vous exécuter MAINTENANT ! » S'impatienta le chef de famille.

Oscar s'exécuta. Elle se retourna plusieurs fois sur Girodelle qui ne la quittait pas des yeux. Que venait-il faire ici ? Pourquoi était-il si sûr de lui au point de se permettre ces familiarités ? La militaire rejoignit André dans les écuries.

- André, je crains le pire… Tu as vu son attitude assurée, il cache quelque chose. Tu crois que sa venue est en rapport avec moi ?

- Non, j'en suis sûr ! Ne fais pas de scandale, va à Versailles, moi je surveille cette histoire de très près et je te fais parvenir un message dès que je sais ce qu'il en est.

- Non, viens en personne, s'il te plait… Je préfère... » Demanda Oscar

- Entendu Oscar. » Répondit le jeune homme avant de déposer un baiser sur le front de la militaire. Elle se jeta dans ses bras.

- J'ai un mauvais pressentiment… Je ne veux pas qu'on nous sépare… » Il lui caressa les cheveux doucement.

- Va Oscar, je te défendrai quoi qu'il arrive.

- Merci.

Oscar lança son cheval à toute vitesse en direction du château de Versailles. André se dirigea vers celui des Jarjayes. Il tenta de se faire le plus discret possible, en priant de ne pas croiser Grand-Mère qui se ferait une joie de lui confier une de ces corvées dont elle a le secret.

Le général et Girodelle étaient dans le bureau du patriarche. André ne pouvait pas décemment entrer et s'inviter dans la conversation, il n'était qu'un serviteur, comme le lui rappelait sans cesse Grand-Mère. Alors, il tenta, tel un enfant, de coller son oreille à la porte pour attraper quelques bribes de l'échange verbal. Rien. Rien ne semblait filtrer. André attendit alors patiemment, avec pour seule compagnie, un profond sentiment d'impuissance.

Oscar était en train de passer une matinée terrible. D'abord elle dû supporter la honte d'avoir oublié un rendez-vous sur lequel sa Majesté la Reine comptait beaucoup, (cette dernière était d'ailleurs très peinée de ce retard) mais en plus elle avait dû endurer Julie de Polignac, qui bien entendu ne s'était pas privée pour saisir l'occasion de la fustiger elle, ainsi que son supposé manque d'implication. Elle alla même jusqu'à remettre en question la valeur de sa parole. Oscar ne s'était pas sentie en position de force, alors elle ne s'était pas lancée dans une joute stérile avec la favorite de Marie-Antoinette. De plus, elle avait d'autres choses en tête. Notamment et surtout ce Diable de Girodelle. André avait raison, il venait surement moucharder auprès de son paternel les évènements qui s'étaient enchainés depuis le bal en l'honneur de Fersen. Les menaces qu'elle avait proférées à son encontre n'avaient pas été suffisantes. Mais pourquoi son père ? Pourquoi ne pas dénoncer la double infidélité à la Reine par exemple ? (Non pas que c'était ce qu'elle souhaitait). Etait-ce une manière de la rabaisser, que de la dénoncer à son géniteur, comme on le ferait pour une enfant qui aurait commis une bêtise ?

Rien à faire, la colonelle n'arrivait pas à trouver un quelconque intérêt à cette pièce, même si elle était de Monsieur de Beaumarchais. Même les nymphes qui soutenaient les candélabres n'en pouvaient plus de ressentir un tel ennui… Elles n'attendaient qu'une seule chose, que les humains de chair et d'os quittent fissa la salle de spectacle pour pouvoir baisser les bras et partager leur mécontentement. Madame de Polignac était assise sur le siège voisin à droite. Elle semblait accaparée par le spectacle. A chaque réplique de la reine, ses lèvres remuaient sans produire le moindre son, visiblement, elle connaissait par cœur le texte de son amie.

Fersen était assis sur le fauteuil de gauche juste à côté de la militaire, bien qu'il y ait une certaine gêne entre eux, mieux valait ne pas changer leur comportement habituel en public pour ne pas éveiller le moindre soupçon. Plusieurs fois le Suédois avait lancé à Oscar des œillades bienveillantes et compatissantes. Sans doute devait-il penser être la raison de son tracas.

Non, impossible de se concentrer sur l'intrigue. Pourtant elle devait donner ses impressions à Marie-Antoinette dès la fin de la représentation, qu'allait-elle bien pouvoir trouver à dire ? Zut ! Tout le monde a ri. Que vient de dire Marie-Antoinette ? Enfin son personnage, Madame de… De quoi déjà ? Accoudée au fauteuil, Oscar laissa tomber son menton sur la paume de sa main en soupirant. Julie de Polignac couina discrètement, scandalisée du manque de tenue de sa voisine. La militaire se garda de toute protestation et pour toute réponse, lui asséna un sourire somptueux d'hypocrisie. La favorite poussa un autre petit cri et agita frénétiquement son éventail pour ne point défaillir d'indignation.

Et André qui ne venait toujours pas… L'entrevue entre son général de père et ce bon Dieu de Victor devait trainer en longueur. Pourquoi donc ? Les évènements avaient peut-être pris une triste tournure… Voire funeste. Oscar fixait la porte d'entrée avec des espoirs aussi vains que dérisoires. André était certes autorisé au Petit Trianon, mais uniquement si Oscar l'accompagnait et on ne le laisserait certainement pas entrer en pleine représentation.

Après d'interminables minutes de supplice, le rideau se décida enfin à tomber sur la scène en carton-pâte et sur une réplique finale mal jouée. Oscar applaudit mollement, sans grande conviction, par politesse.

Le parterre de courtisans et proches en tous genres de Marie-Antoinette quittèrent la salle en direction des jardins tout en lançant à qui mieux mieux des commentaires exagérément élogieux. Fersen à la fois pour les raisons expliquées précédemment et parce qu'il se sentait indésirable parmi l'entourage de la Reine, marchait près d'Oscar, comme un enfant, les mains dans le dos, il trainait les pieds dans les gravillons, engendrant de larges sillons et un bruit régulier, irritant. Malgré tout, à ce moment précis, la présence de Fersen était à peu de choses près, la seule chose agréable de cette matinée. Ils s'éloignèrent un peu du troupeau des admirateurs intéressés de Marie-Antoinette.

- Alors… qu'avez-vous pensé de la prouesse de votre Reine ? » Demanda maladroitement le comte suédois.

- Oh… Eh bien, c'était… Bien… » Bredouilla Oscar à court de vocabulaire et qui surtout, n'avait strictement rien à dire sur le sujet puisqu'elle n'avait rien suivi.

- J'ai remarqué que vous n'avez pas été très attentive. » Tenta-t-il.

- Fersen, vos remontrances sont la dernière chose dont j'ai besoin…

- Vous semblez préoccupée, je… » Se soucia le gentilhomme.

- Non, je ne passe pas des nuits blanches à me languir de vous Fersen, je vous rassure, vous pourrez dormir tranquille ce soir ! » Cracha-t-elle. En voyant la mine déconfite du scandinave, elle reconnut aussitôt avoir été un peu dure. « Pardonnez-moi Fersen, mais, j'ai des ennuis suite à cette fameuse nuit, dont les conséquences pourraient-être très graves, et pas seulement pour moi, Sa majesté la Reine et vous-même risquent d'avoir de gros problèmes. » Le visage du comte étranger s'assombri.

- C'est votre lieutenant, ce Girodelle ?

- Oui… » Souffla Oscar surprise de la perspicacité de son interlocuteur. « Comment le savez-vous ? »

- C'est lui qui m'a interrogé comme témoin potentiel concernant l'attaque du Masque Noir le soir du bal. Il n'y a qu'à lui que j'ai parlé de notre « badinage ». Oscar sursauta à cette simple évocation. « Il a dû déduire que la mystérieuse femme était vous. Et si cela s'ébruite, en effet, vous, moi, Marie-Antoinette, et même le Roi, risquons d'être tournés en ridicule.

- En effet, bravo Fersen. Excellent raisonnement… » Soupira Oscar fataliste

- Mais pourquoi s'en servir contre vous en particulier, quel intérêt pour lui ?

- Il me veut pour épouse… J'ai décliné, il a considérablement peu apprécié. Et ce matin quand je suis partie, il s'enfermait avec mon père dans son bureau pour lui parler. Je n'ai rien pu faire. » Lâcha Oscar, avec une colère froide.

- Vengeance ? » Suggéra le Suédois. Oscar lui lança un regard glacé et menaçant. « Je vous prie de m'excuser Oscar… Si je n'avais pas parlé… »

- Je vous arrête Fersen, il a trouvé un de mes pics à cheveux dans vos appartements certes, mais cet objet est aux armoiries de notre famille, ça en plus de la description que vous ou d'autres témoins de cette soirée lui avez donné. Il m'a « reconnue »… et ce, avant vous. » Précisa Oscar avec une pointe de rancœur. « Cela a suffi à attiser sa jalousie et par là même, lui sert d'arme contre moi, mais dans quel but précis… ? J'ai été peu attentive pendant la pièce parce que j'attends André, il devait venir me tenir au courant de ce qui a été dit entre mon père et ce fourbe.

Le couple d'ami s'était relativement éloigné du groupe constitué des proches de Marie-Antoinette.

- André est vraiment un ami de grande valeur. » Affirma le Suédois. Le visage d'Oscar qui jusqu'ici était dur et crispé, devînt doux et s'agrémenta d'un sourire lumineux.

- Oui…

Des petits bruits de pas réguliers se firent entendre. Marie-Antoinette, encore en tenue de scène trottinait joyeusement vers les deux amis le sourire jusqu'aux oreilles. Au moins quelqu'un semblait satisfait de sa matinée…

André ne pouvait dire combien de temps s'était écoulé lorsque la porte se décida enfin à s'ouvrir. André sursauta. Pour ne pas donner l'impression d'avoir écouté aux portes, il se précipita sur une servante qui passait par là et lui arracha l'arrosoir qu'elle tenait dans les mains et feignit s'occuper d'une plante verte. La domestique hoqueta d'indignation. Le général avait le visage sombre et si Girodelle était entré sûr de lui dans le bureau, il en ressortait avec une expression bien différente, qu'André ne put interpréter. Il s'acheminait vers la porte d'entrée de la demeure familiale pour en sortir. Sans un mot.

Le général ne lui adressa pas non plus la parole. En revanche il se tourna vers André avec un air déterminé.

- Puis-je m'entretenir avec vous André ?

- Bien sûr, Monsieur.

- Je suppose que vous savez de quoi je souhaite vous parler ?

- Il s'agit d'Oscar ? » Supposa André d'une voix étouffée. Le général opina du chef.

Ils entrèrent dans la pièce. Le gradé fit signe à André de s'asseoir avant de faire de même.

- Est-ce exact qu'Oscar s'est rendue incognito à un bal, habillée en femme ? Faites bien attention à ce que vous allez répondre, jeune homme.

- Oui Monsieur, mais…

- Est-ce vrai qu'Oscar s'est compromise avec l'amant de sa majesté la Reine ?

- …

- Répondez André ! » Enjoignit le patriarche.

- Oscar était éprise de… » Tenta André.

- Oui ou Non… ?

- Se compromettre n'est pas un terme approprié selon moi… » Trancha le jeune homme. Le général eut un sourire étrange.

- Donc, oui…

- Permettez-moi de vous rappeler que vous parlez de votre propre fille, Monsieur.

- J'ose espérer que cette union n'a pas été féconde… » André ne répondit rien. Discuter ainsi de l'intimité d'Oscar le mettait mal à l'aise.

- Allez-vous répondre ! » Ordonna le chef de famille. André hocha la tête en signe de dénégation. « Vous êtes rudement bien renseigné… Elle a une confiance aveugle en vous ». Il poursuivit son interrogatoire « Est-ce que Oscar et vous-même, vous vous êtes rendus au château de Monsieur de Girodelle dans le but de le menacer s'il révélait le pot aux roses ? » André se leva de son siège comme si on lui avait piqué le séant.

- Vous a-t-il également révélé qu'il a demandé à votre fille de lui donner son corps si elle ne voulait pas qu'il ébruite l'affaire ? Ce soir-là, Oscar et moi nous sommes rendus chez Victor de Girodelle en effet, nous lui avons réglé son compte, vous l'a-t-il dit ? Nous voulions lui reprendre la seule preuve matérielle qu'il avait contre Oscar. Un pic à cheveux qu'elle avait perdu chez Monsieur de Fersen. Il s'en servait pour la faire chanter.

- Je vois… André, Victor de Girodelle m'a demandé la main d'Oscar. » Annonça-t-il sans détour, conformément au militaire qu'il est. »

- Co… Comment ose-t-il ? ». Le général eut à nouveau un petit rictus énigmatique. « Vous souriez ? » Demanda André indigné.

- Il m'a expliqué que compte tenu qu'Oscar avait perdu sa virginité, je devrais lui être reconnaissant qu'il l'accepte comme épouse malgré tout. » Expliqua-t-il toujours avec ce calme exaspérant.

- Oscar n'est pas une marchandise qui aurait perdu de sa valeur ! Elle reste la même personne que celle qu'elle était avant cet incident.

- Vous vous emportez André…Vous élevez la voix… » Désapprouva froidement le général.

- Monsieur, je suis désolé, mais Oscar n'est même pas présente pour se défendre, il est de mon devoir de le faire ! » Le général se plaça face à la fenêtre du bureau.

- Ça l'est en effet… » André avait cru percevoir de l'ironie dans la voix de son interlocuteur. Il renchérit :

- Je donnerai ma vie pour elle… » Le général sourit franchement, mais André ne pouvait le voir, il compléta la phrase de son valet :

- Ou pour sauver son honneur…

- Sans hésiter… » Affirma André. Le général s'approcha d'André et fit un mouvement du bras de haut en bas en direction de son dos.

- Votre blessure, là, c'est arrivé ce soir-là… ?

- Oui… Oh je vous rembourserai les frais de médecin, si telle est votre préoccupation.

- Ne dites pas de sottises… Alors, vous ne voulez pas savoir ce que j'ai répondu à Victor de Girodelle, André ?

- Si après ce que je viens de vous révéler, vous êtes toujours déterminé, je vous avertis, j'ai beau n'être qu'un domestique, je ne resterai pas passif, je m'enfuirai avec Oscar, jamais vous nous retrouverez !

- Vous vous aimez ? » Demanda le gradé d'un ton soudain paternel qui sembla bien suspect à André.

- …Oui… » Avoua néanmoins l'intéressé.

- Je n'ai pas fait de scandale parce que, au vu de votre âge respectif, cela aurait été stupide mais, je vous ai vu vous embrasser hier soir dans la salle de musique…

- Oh mais je n'ai pas bafoué son honneur, n'aillez crainte ! » Attesta André amer.

- Enfin André… Cessez de me faire des procès d'intention… Voulez-vous savoir oui ou non ce que j'ai répondu à Victor de Girodelle ?

- Allez-y…

- J'ai dit à ce petit serpent d'aller au Diable ! » André écarquilla les yeux. Le général, satisfait de son petit effet, poursuivit toujours en observant attentivement son interlocuteur « Cette conversation que nous avons là tous les deux, c'est simplement pour m'assurer de la solidité de la loyauté et de l'amour, puisqu'il s'agit bien d'amour, que vous portez à Oscar. »

- Vous…Approuvez nos sentiments ? » Balbutia André incrédule.

- Disons… Que je les accepte… C'est moi qui ai insisté pour que vous soyez l'ombre d'Oscar. Et puis… vous êtes deux jeunes gens avec de grandes qualités, vous passez beaucoup de temps ensemble, vous partagez et avez partagé des choses intenses…Que vous vous épreniez l'un de l'autre n'est pas si étonnant au fond… Je sais depuis bien longtemps que la valeur d'un homme ne se mesure pas à son titre

- Merci, merci Monsieur… » Le général sourit avec bienveillance et ajouta :

- Moi, marier Oscar à Victor de Girodelle… » Il rit de bon cœur « Je ne lui ai jamais fait confiance… Il m'avait donné rendez-vous ce matin, pour une proposition qu'il tenait à garder secrète… J'étais curieux de savoir quoi… Me demander d'épouser Oscar, et tenter de faire passer cela pour un acte de charité… Et vous m'apprenez qu'il a osé marchander les faveurs de ma fille… Il ne s'en tirera pas comme ça, soyez-en assuré, André… Allez, André, allez prévenir Oscar.

- Tout de suite Monsieur… » Répondit André avec entrain.

- Mais dites-lui que je souhaite lui parler de ce bal… Elle a été irresponsable et imprudente. » Demanda Reynier en se dirigeant vers la porte de la pièce.

- Votre fille est un être humain, elle a le droit de commettre des erreurs, elle se sent suffisamment coupable, n'en rajoutez pas en la traitant comme une enfant. Elle sera de plus très embarrassée de savoir que vous êtes au courant.

- Vous avez sans doute raison André… Dites-moi, vous défendez Oscar tel un chevalier d'un autre temps… André s'esclaffa. « N'allez pas lui répéter ça, elle va penser que j'insinue qu'elle est une princesse, elle détesterait cela ! » Ajouta le paternel.

Dans le couloir, ils trouvèrent le docteur Lassonne. Venu pour examiner André, il attendait patiemment.

- Bonjour cher ami ! » Lança-t-il en direction du général qui lui donna aussitôt une franche poignée de main.

- Bonjour ! Vous venez pour André n'est-ce pas ?

- Précisément ! Dites, je viens de croiser Victor de Girodelle, il ne semblait pas de très bonne humeur. Je lui ai demandé comment il allait, il ne m'a même pas répondu ! » Le général lui fit signe d'entrer et glissa à André qui s'apprêtait à sortir, un « restez ici ».

- Puisque vous êtes un ami je vais vous le dire... Il veut que je lui donne la main d'Oscar…

- Oh… » Fit le praticien visiblement embêté. « Etant donné sa tête j'imagine que vous avez dit non, et cela vaut mieux croyez-moi… » Insinua-t-il.

- Ah oui ? Pourquoi cela ?

- Et bien… C'est délicat… Le secret qu'implique ma fonction m'interdit de… » Hésita l'homme de science. Bien… Considérez que c'est l'ami de longue date qui vous parle. Après tout, je suis en charge de la santé d'Oscar depuis qu'elle est née. Je ne puis garder le silence…

- Et bien allez-y, pourquoi tergiverser autant ? » Le praticien se tourna vers André, l'air embarrassé. « Vous pouvez parler sans crainte devant André, mon cher… » Rassura le général.

- Monsieur…Monsieur le Comte de Girodelle est porteur de ce qu'on appelle une maladie vénérienne… C'est-à-dire… » Le général posa les mains sur les épaules de son ami de praticien et le regarda dans les yeux avec un vif intérêt.

- Oui, oui je sais ce que cela signifie, merci… Hum… A part vous-même d'autres personnes sont-elles au courant ?

- Et bien… Disons que je commence à diagnostiquer le même mal chez certaines de ses multiples et malheureuses partenaires... Vous faites bien de ne pas lui accorder la main de votre petite Oscar, et si ce que je viens de vous révéler peut davantage vous en dissuader… » Le terme « petite Oscar » fit sourire le patriarche. Le médecin de famille non plus ne l'avait pas vue grandir non plus.

- Merci mon ami… » Dit le patriarche en donnant une tape amicale sur l'épaule de son vieil allié. « Oh… Vous pouvez procéder… » Annonça le gradé en désignant André. Et il sorti.

Après avoir subi l'examen de l'homme de science. André fut rappelé par Reynier de Jarjayes.

- Alors vous vous sentez mieux ?

- Oui, grâce aux bons soins d'Oscar, enfin… Du Docteur Lassonne… » Rectifia le jeune homme distrait.

- Hum… » Fit le général avec un sourire pas dupe. « Allez donc reporter à ma fille ce qui vient de se dire dans cette pièce. »

- Entendu.

- Exception faite de l'était de santé de Girodelle.

- Puis-je vous demander pourquoi ?

- Parce ma fille est trop entière, droite et honnête et qu'elle désapprouverait totalement ce que je m'apprête à faire…

- Que comptez-vous faire ?

- Connaitriez-vous un imprimeur dans Paris qui soit discret, qui ne pose pas de question ?

- Je crois savoir ce dont il s'agit. Malheureusement c'est un peu le cas de tout le monde Monsieur, les gens sont si affamés, il est facile d'acheter le silence.

- Oui, c'est vrai. » Répondit gravement le gradé.