Précédemment dans La Course - chapitre 10 : Fin de nuit mouvementé avec Riley & retour à Poudlard.

Abécédaire des personnages cités :

Mackenzie Atkinson : Serdaigle, 6ème année, amie de Sirius
Dirk Cresswell : préfet de Serdaigle, 6ème année, élève à tendance psychorigide et tyrannique, membre du Club de Slug - © JKR
Daniel Horton : camarade de Mackenzie, même année, partageant avec elle un cours de Runes
Desdemona Odgen, Cygnus Barbaby, Duncan Patterson, Holly Clarke et Aïda Balagoon sont le reste des ami(e)s de Mack.
Lucy Bones : Poufsouffle, 2ème année, membre du Club de Bavboules
Candice Quirke : Serdaigle, 1ère année, membre du Club de Bavboules
Grégory Madley : Gryffondor, 2ème année, membre du Club de Bavboules
Wilkie Tycross : Serdaigle, 3ème année, membre du Club de Bavboules
Riley Thomas : patiente de Ste Mangouste, devenue par la force des choses amie avec Mackenzie


Merci à Silva, Elro, Valouw, Earenya et malilite pour leurs commentaires sur le chapitre précédent. A misoka-chan pour son très gentil mot & à Orlane Sayan pour ses innombrables reviews ! :) Pour les autres... n'ayez pas peur de vous manifester :D


CHAPITRE 12

Attaque dans l'Allée des Embrumes


Je consacrai les deux semaines qui suivirent notre retour à Poudlard à rattraper le retard que ces vacances plus que chargées m'avaient fait prendre sur mes obligations d'étudiante. Chaque soir, un nouvel étage de parchemins s'ajoutait à l'immense immeuble de mes devoirs non-faits, m'obligeant à veiller jusque tard, avec la Dame Grise pour seule compagnie. Mes pauses déjeuner ressemblaient davantage à des heures d'étude et toutes les douches que je prenais n'étaient pas suffisantes pour éradiquer les traces d'encre décolorées qui s'étalaient le long de ma main droite.

En d'autres termes : j'avais la désagréable impression de passer mes BUSES à nouveau.

A en croire les regards compatissants qui m'accueillirent lorsque je m'affalai à la table des Serdaigles pour grignoter, c'était même une impression partagée. Pour faire bonne mesure, je passai une main dans mes cheveux décoiffés, forçai un sourire et entrepris de remplir mon assiette de purée avec entrain, espérant que les conversations reprennent comme si de rien était. Je ne réussis pourtant qu'à attirer encore davantage la pitié de Cygnus, qui posa sa fourchette et son couteau sur la table pour mieux me tendre le plat de viande.

— Et si tu te joignais à nous, cet après-midi ? suggéra-t-il gentiment, une fois que je l'eus remercié.

— Pour faire quoi ? répondis-je, pour la forme.

Il leva un doigt vers le plafond magique, d'où des flocons épais semblaient nous tomber sur la tête, sans jamais atteindre leur but.

— Bataille de boules de neige. Contre les Gryffondors de notre année, crût-il bon de préciser.

Je me fendis d'une grimace d'envie avant de jeter un coup d'œil à ma montre, dépitée.

— J'avais prévu de terminer mon devoir de Métamorphoses avant mon rendez-vous avec Flitwick, dans vingt minutes. Autant dire que je suis déjà en retard sur mon programme.

Se désintéressant de son assiette, Desdemona leva un sourcil dans ma direction.

— Quel rendez-vous avec Flitwick ? demanda-t-elle, visiblement soupçonneuse. Qu'est-ce que tu as encore fait ?

Encore ? eûs-je envie de répéter, outrée ; je n'avais jamais foulé le bureau professoral pour autre chose que de simples visites formelles ! Si l'on y soustrayait, bien sûr, ma mémorable crise de larmes en première année et les aller-retours constants que j'y avais effectué – à cause de Black –, entre les deuxième et troisième années.

— Rien du tout ! grognai-je en lui jetant un regard mauvais. J'ai seulement besoin de conseils.

OoOoOoOo

Les meilleures grasses matinées étaient, et de loin, celles qui suivaient une nuit de Pleine Lune.

L'adrénaline retombant, rien ne paraissait plus moelleux que nos matelas défoncés ou plus doux que les couvertures cotonneuses dans lesquelles je me plaisais à me retourner, encore et encore, sans jamais me soucier des cours à venir, des devoirs à terminer et des déjeuners à avaler.

Même les ronflements de Potter, sur ma gauche, étaient partie intégrante du tableau. Le bruit d'une porte claquant, en revanche, n'en faisait pas partie ; d'autant plus lorsqu'il s'agissait de celle de mon dortoir.

— Debout les marmottes !

Avec un grognement, je fourrai mon nez dans l'oreiller qui soutenait jusqu'ici l'arrière de mon crâne, pour tenter de retrouver la douceur des minutes passées. La sensation de tomber progressivement dans les méandres agréables de la somnolence ne dura qu'une seconde, peut-être deux, avant que des bruits de pas délibérément bruyants ne viennent accompagner cette voix désagréable.

Celle d'Evans.

— Il est déjà treize heures, insista-t-elle, quelque part sur ma droite. Levez-vous !

Ravi d'avoir tiré les rideaux de mon baldaquin en rentrant ce matin, je gardai les yeux obstinément fermés, luttant contre mon envie de les ouvrir pour pourrir Evans avec la mauvaise humeur d'une grasse matinée volée. Après tout, elle ne cherchait probablement que James et sa mission actuelle – nous réveiller tous – perdrait de son intérêt dès qu'elle le trouverait.

L'accalmie, pourtant, ne dura qu'une minute, peut-être deux, avant qu'elle ne se remette à sillonner la pièce de ses talons bruyants.

— Il s'est passé un truc cette nuit ! lança-t-elle d'une voix sentencieuse en tirant des rideaux – pas les miens, fort heureusement. Où est Remus ?

OoOoOoOo

A en croire son air sceptique, Ogden n'eut pas l'air convaincue par mon affirmation ; pas plus que les autres, d'ailleurs.

— La médicomagie ne m'intéresse plus, continuai-je quand même, avec une solennité qui aurait fait ricaner Daniel s'il avait été là. J'ai besoin d'un nouveau plan de carrière.

Holly posa un regard incrédule sur moi.

— C'est ce que tu veux faire depuis ta première année ! me rappela-elle, comme si je pouvais possiblement l'oublier. Pourquoi changer d'avis maintenant ?

Je fronçai le nez, dans un effort de réflexion. Parce que suivre les traces de ma famille maternelle risquait de faire de moi un monstre avant l'âge légal, peut-être ?

— J'ai évolué ? proposai-je à la place, dans un sourire faussement enjoué.

— Juste comme ça, en seulement deux semaines ? intervint Duncan.

— Deux semaines que je viens de passer à Ste Mangouste, rétorquai-je avec humeur, en tranchant d'un coup de couteau mon morceau de steak. Deux longues semaines déprimantes.

— Déprimantes comment ? insista Holly, sourcils froncés. Parce que si on y réfléchit, toute activité est potentiellement déprimante, encore plus quand elle est professionnelle.

J'aurais pu soupirer face à cette sagesse moralisatrice mais ma fourchette choisit plutôt de s'arrêter à mi-chemin entre mon assiette et ma bouche, avant de rejoindre mon plat encore plein.

— Déprimantes comme des virus auxquels personne ne trouve de solution, des sortilèges qui ne permettent aucune guérison, des patients qui ne reverront plus leur maison, énumérai-je dans une grimace. Je ne suis vraiment pas faite pour ça, croyez-moi.

— Qui donc le serait ? conclut Aïda, perplexe.

Je me remis à manger, feignant une assurance que je ne ressentais pas plus que dix jours plus tôt, lorsque la vue d'une enfant ensanglantée avait manqué de me faire m'évanouir au milieu des guérisseurs affolés.

— Aucun d'entre nous, même pas Dirk, affirmai-je d'un ton que j'espérais plus léger. Le désordre que peut générer une urgence risquerait de le rendre dingue.

L'atmosphère perdit en intensité avec l'éclat de rire de Cygnus, lequel fut rapidement rejoint par Duncan. Cresswell, lui, se contenta d'un reniflement dédaigneux et d'un regard noir.

— Où est Daniel ? demandai-je alors, ravie de pouvoir clore le sujet Sainte-Mangouste. J'étais certaine qu'il déjeunait avec vous.

OoOoOoOo

Mises bout à bout, les deux phrases me firent l'effet d'une douche froide.

Avant d'avoir compris d'où je tirais cette soudaine vivacité, j'avais ouvert les yeux et mes rideaux, pour me retrouver face à Evans. Debout au centre de la pièce, entre les lits de Peter et Remus, elle sembla à peine s'étonner de nous voir tous réagir au quart de tour et prit rapidement place sur le lit de James, non sans avoir esquissé un sourire pleinement satisfait.

Du coin de l'œil, je vis les traits du visage de Potter se tordre d'irritation et j'échangeai avec lui un regard désabusé.

— Il est à l'infirmerie, marmonna-t-il alors qu'un grincement m'indiquait que le corps de Peter venait de retomber mollement sur son lit. Malade.

— J'espère que ce n'est pas aussi grave que la dernière fois, répondit-elle simplement, en déposant un baiser sur son front.

Le cerveau encore trop embué pour me souvenir de la dernière fois que l'excuse de l'infirmerie avait été invoquée, je replongeai le nez dans mes draps, certain de ne pas pouvoir supporter les élans d'affection de ces deux-là avec si peu d'heures de sommeil au compteur. Malmenés par une nuit à défier loup, cerf et rat dans les tréfonds de Pré-au-Lard, les muscles de mes jambes et de mes bras semblaient toutefois s'être réveillés, injectant dans mon corps courbaturé une douleur diffuse.

Je serrai les dents pour ne pas hurler de frustration.

— Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit ? demanda finalement James, dans un bâillement disgracieux. Tu as dit qu'il s'était passé quelque chose cette nuit.

Abandonnant Potter sur le matelas, la jeune fille se redressa, la mine soudain plus grave.

— Les Londubat ont été attaqués, annonça-t-elle de but en blanc, avec gravité. C'était dans la Gazette de ce matin.

Une exclamation sur ma gauche m'indiqua que Pettigrow ne s'était pas rendormi ; la rapidité avec laquelle ma propre gorge se serra m'empêcha de me joindre à lui. Relevant la tête dans un craquement sinistre, je me contentai de poser deux yeux arrondis par l'anxiété sur Lily, à l'image des deux autres.

— Les Londubat ? répéta Queudver d'une voix blanche. Ils sont... ils sont morts ?

OoOoOoOo

Ma question, toute innocente qu'elle ait pu être, venait de ruiner l'effet laissé par mon dernier commentaire : un silence gêné s'abattit soudain sur mon groupe, tandis que mes camarades, manifestement mal à l'aise, me toisaient d'un regard surpris.

— Quoi ? ajoutai-je, gagnée par un sentiment d'embarras. Qu'est-ce que j'ai encore dit ?

— Rien qui nous prouverait que tu ne lis pas les journaux, rassure-toi, ironisa Dirk.

Je le fusillai du regard, avant de grogner :

— Je n'ai pas eu le temps, j'avais des devoirs à terminer, figure-toi !

— Ceux que tu devais faire pendant les vacances ? persifla-t-il encore. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même, Atkinson !

Comme pour marquer encore davantage son agacement, il accompagna sa réplique d'un mouvement de fourchette brusque, arrosant Duncan d'une cuillerée de légumes. Ce dernier eut une grimace de dégoût mais fit disparaître la tache sur son pull d'un coup de baguette.

— Daniel est avec Flitwick, dans son bureau, m'informa-t-il en lançant un regard agacé à son meilleur ami, pour mieux l'inciter à se taire. Alice a été admise à Sainte-Mangouste.

L'information me fit lâcher mes couverts qui, dans un tintement bruyant, tombèrent sur la table. Cette fois, un grognement échappa à Duncan, tandis qu'il essuyait des doigts son front couvert de purée.

— Qu'est-ce qui lui est arrivé ? demandai-je, le cœur battant, sans prendre la peine de m'excuser.

— Une rixe avec des Mangemorts, m'expliqua laconiquement Desdemona, en serrant les dents. Mais plus de peur que de mal, d'après les informations qu'on en a.

OoOoOoOo

La question, brusque et maladroite, fit sursauter Evans.

— Non, bien sûr que non ! répliqua-t-elle d'une voix atrocement sèche, laquelle fit rougir Peter. Ils... ils ne sont pas morts, ajouta-t-elle plus doucement. Seule Alice a été blessée.

Je levai un sourcil, perdu. Ce réveil brutal me faisait encore tourner la tête.

— Augusta, tu veux dire ? tentai-je de la corriger.

Le mépris teinté d'agacement qui fit briller ses yeux me fit évidemment me sentir plus bête que je ne l'étais. Elle avait bien dit Londubat, pourtant ? A part la mère de Frank, il n'y avait pas d'autre femme parmi eux.

— Alice Horton et Frank Londubat ont affronté des Mangemorts hier soir, consentit-elle à clarifier, devant mon regard insistant. Alice a été blessée.

Étrangement, l'information me rassura. Alice et Frank étaient Aurors, après tout ; ils savaient se défendre. Mieux, sans doute, que la mère de Frank.

M'autorisant un soupir de soulagement, je secouai la tête au moment où Peter, de son côté, déglutissait.

— Alice va bien ? demanda-t-il encore. Je veux dire... elle va s'en sortir ?

Une moue mystérieusement indéchiffrable vint déformer les traits d'Evans, tandis qu'elle haussait les épaules. Cette non-réponse sembla sur le point d'achever Queudver, lequel s'était avéré extrêmement sensible, au cours des dernières années, au charme d'Alice Horton.

— Quelques détails de plus seraient les bienvenus, grinçai-je alors, pour secourir mon ami.

Pour toute réponse, elle me darda d'un regard dédaigneux avant de jeter un journal plié en quatre dans ma direction.

OoOoOoOo

La gorge désormais serrée, je repoussai mon assiette avec une grimace de dégoût. Pour atterrir à l'hôpital, il fallait qu'il y ait eu un minimum de mal ; je le savais d'expérience, désormais. Savoir l'unique sœur de Horton coincée dans l'un des services que j'avais sillonné pendant près de deux semaines suffisait à me couper l'appétit.

— J'ai rendez-vous dans vingt minutes, leur indiquai-je en me levant pour prendre congé. Peut-être que je réussirais à le croiser.

Ils acquiescèrent silencieusement, dans un concert de hochements de tête gênés. Avant que je ne quitte la table définitivement, Dirk tendit vers moi un exemplaire de la Gazette qu'il venait de sortir de la poche de sa robe :

— Lire pourrait t'occuper, lança-t-il, goguenard.

Serrant les dents pour ne pas l'insulter, je lui arrachai le journal des mains et filai en direction du septième étage.

Face à la porte hermétiquement close du bureau de Flitwick, d'où aucun signe de vie ne semblait s'échapper, je n'eus d'autre choix que de me laisser glisser contre le mur pour parcourir les feuillets du regard avec appréhension. Mon instinct me dicta de sauter la une : c'était au beau milieu des faits divers que les nouvelles accablantes se cachaient en général le mieux. Comme de juste, celle qui m'intéressait n'occupait pas plus d'une dizaine de lignes, en page 12, traitant en diagonale d'une étrange descente de Mangemorts sur l'Allée des Embrumes, à propos de laquelle le journaliste s'interrogeait : pourquoi maintenant, en groupe et en pleine connaissance des risques ?

La fin de l'article, après bien des spéculations, admirait le courage et l'efficacité des deux jeunes Aurors de garde hier soir ; lire les noms d'Alice et de Frank vantés de la sorte aurait suffi à emplir Daniel d'un stupide sentiment fierté, en temps normal. Lorsqu'il sortit du bureau, Dumbledore et Flitwick sur les talons, il m'apparut pourtant plus pâle que jamais. Les bras ballants, l'air décomposé, il jouait avec ses lunettes perchées sur l'arête de son nez avec une telle frénésie qu'il ne remarqua pas ma présence.

En une seconde, je fus sur mes jambes, saluant avec empressement mes deux professeurs.

— Miss Atkinson, vous êtes en avance pour notre entretien, remarqua Flitwick de sa voix fluette.

— Je venais voir Daniel, expliquai-je d'une voix légèrement enrouée.

L'intéressé leva un œil curieusement étonné sur moi et je me sentis rougir. J'avais prouvé à de nombreuses reprises mon incapacité chronique à consoler qui que ce soit en cas de coup dur. Prendre quelqu'un dans mes bras, poser une main réconfortante sur son épaule ou tout simplement trouver les mots justes : trois choses d'une facilité affligeante mais que l'handicapée des sentiments que j'étais ne parvenait que très rarement à accomplir.

— Je vous attends dans mon bureau dans dix minutes, Monsieur Horton, indiqua alors Dumbledore, avec une neutralité bienveillante.

Sans en attendre davantage de sa part, il me salua d'un « Miss Atkinson » lapidaire, signe de la tête et sourire rassurant à la clé, avant de tourner les talons. Une fois que Flitwick eut fait de même, en direction de son propre bureau, je me retrouvai seule face à un Daniel anormalement taciturne.

OoOoOoOo

L'exemplaire atterrit sur mes genoux, m'offrant une vue sur la première page, consacrée à la sélection nationale de l'équipe d'Angleterre pour la Coupe du monde de Quidditch à venir, organisée cet été en URSS. Pour une fois, j'ignorai l'article et passai fébrilement aux pages suivantes, à la recherche de l'information qui m'intéressait. Mes yeux avaient encore bien du mal à ne pas papillonner de fatigue d'eux-mêmes, et après plusieurs pages d'inutilités, je tombai sur l'encart réservé à la soirée d'Alice et Frank.

Le titre, tout de suite, me fit froncer les sourcils :

ATTAQUE SURPRISE SUR L'ALLÉE DES EMBRUMES

Tout est bien qui finit bien

Et Alice blessée, c'était bien ? songeai-je avec un grognement. Quelle bande de crétins !

Six minuscules lignes, qui passaient presque inaperçues, composaient le corps de « l'article ». Une série d'interrogations stériles, quelques mots alambiqués sur le courage de nos deux camarades et une note de fin joyeuse, similaire au sous-titre. Aucune information de fond, aucune explication concrète ; autrement dit, du vent...

Dans un geste impatient, je balançai le torchon à Peter.

— Cet article ne mérite même pas son nom, commentai-je froidement.

Lily eut un mouvement de la tête qui semblait manifester son assentiment ; à la façon dont Potter était occupé à lui embrasser le cou, je n'étais pourtant pas certain qu'elle s'adressait à moi. Ni même qu'elle m'ait entendu, d'ailleurs.

Dans l'espoir d'échapper à ce spectacle désespérant, je fis passer tout mon agacement dans un raclement de gorge ostensiblement bruyant.

— Désinformation est le mot qui me paraît le plus adéquat pour le décrire, me répondit-elle, la seconde suivante, en relevant ses joues rosies et ses yeux brillants dans ma direction.

En temps normal, son ton docte aurait suffi à me faire grogner ; sur le moment, pourtant, je fus à deux doigts d'opiner.

OoOoOoOo

Le silence lourd qui s'imposa entre lui et moi me fit presque regretter d'être venue seule. Pourquoi n'avais-je pas amené Holly et ses mots doux ? Cygnus et ses blagues vaseuses ? Desdemona et sa langue bien pendue ?

Inspirant profondément, je me forçai à faire deux pas vers lui, avant de m'arrêter à distance raisonnable. Il sembla à peine le remarquer.

— Tu as vu ce qu'ils en disent dans le journal ? risquai-je finalement d'une voix incertaine, après avoir écarté l'idée stupide de lui demander s'il allait bien.

J'eus au moins la satisfaction de le sortir de sa léthargie, puisqu'il émit un grognement sourd en relevant brusquement la tête.

— Un tissu d'inutilités, si tu veux mon avis, cracha-t-il froidement.

Je m'obligeai à ne pas fixer ses yeux brillants, ses joues sèches ; avait-il pleuré ? A cette pensée, ma gorge se serra encore davantage.

— Est-ce qu'elle va bien ? demandai-je doucement, broyant mon appréhension sous deux pas supplémentaires.

— Elle s'en sortira, paraît-il. Dumbledore m'autorise à aller lui rendre visite aujourd'hui et demain.

J'accueillis la nouvelle avec un rictus gauche, qu'il ne prit même pas la peine de me renvoyer. A le voir ainsi, appuyé contre le mur près de la porte du bureau, battant la mesure du bout de son pied droit, j'eus l'impression de faire face à un nouvel élève, l'un de ces élèves dont, par nature, je ne savais rien.

Incapable de parler, je m'apprêtai à serrer son épaule de la main, lorsqu'il reprit, plus férocement encore :

— Le pire, Mackenzie, c'est qu'Il était là. Tu-Sais-Qui était là, en chair et en os, et cet article ne le précise même pas.

Je déglutis, l'épine dorsale parcourue d'un frisson. Voilà qui expliquait mieux la pâleur de ses joues.

— Ce ne serait pas la première fois que la Gazette cache certaines informations, m'entendis-je répondre, avec une neutralité toute feinte. C'est peut-être une façon pour eux de protéger la population ?

Mon hypothèse lui arracha un reniflement de dédain, qu'il crut bon de combiner à un regard agacé.

— Bonjour la liberté de la presse et le droit à l'information ! bougonna-t-il. Ne me dis pas que ça ne te choque pas !

En d'autres circonstances, un sourire dépité aurait probablement effleuré mes lèvres ; mon incapacité à consoler n'avait visiblement d'égal que la facilité déconcertante avec laquelle je réussissais à irriter. Sur le moment cependant, je ne pus m'empêcher de penser qu'un Horton exaspéré valait toujours mieux qu'un Daniel déprimé.

— Même si c'était le cas, même si ça me choquait, qu'est-ce que ça changerait dans le fond ?

Il ouvrit la bouche, prêt à me démontrer par A + B à quel point mon avis pouvait, à lui seul, changer la face du monde mais je l'en empêchai d'un geste impatient de la main.

— J'ai seize ans, je te rappelle, marmonnai-je. Si je décide de me rebeller, le monde entier se contentera d'éclater de rire !

Il roula des yeux, comme pour exprimer sa désapprobation, mais ne répondit rien, admettant par-là même que j'avais raison.

OoOoOoOo

Le soupir que lâcha Peter se présenta, heureusement, comme la plus agréable des diversions. Admettre qu'Evans n'était pas aussi stupide que j'aimais à le penser me coûtait déjà beaucoup ; les chances que j'y perde les restes de mon amour propre étaient élevées, s'il fallait en plus que je le fasse à haute voix.

— Qu'est-ce qu'ils faisaient là-bas ? s'enquit mon camarade, en basculant sur le ventre pour nous faire face.

— Ils sont Aurors, lui rappela-t-elle.

— Aucun Auror n'y va plus, répliqua-t-il froidement, vexé par son ton hautain. C'est un quartier réservé. Tout le monde le sait.

Evans pinça les lèvres sans répondre, prouvant qu'elle faisait partie de ceux qui ignoraient que, depuis plusieurs années déjà, les boutiques de l'Allée des Embrumes, observées d'un œil sceptique depuis des siècles, étaient désormais inaccessibles. A quiconque entendait rester en vie, tout du moins.

— Le Ministère y fait quelques descentes parfois, contesta James, comme pour lui venir en aide.

— Rarement au milieu de la nuit, marmonnai-je, appuyant mes poings contre mes paupières pour vaincre la fatigue. Il lui arrive d'y envoyer quelques Aurors, en journée, pour faire taire ceux qui l'accusent de mollesse mais ça ne va jamais plus loin.

— Et comment est-ce que tu sais ça ? m'interrogea Lily, avec intérêt.

J'haussai les épaules, grimaçant.

Quelques années de vie au square Grimmauld auraient fait de n'importe quel moldu un incollable en la matière.

— Je le sais, c'est tout, répondis-je, un peu sèchement.

Evans eut le bon goût de ne rien ajouter, le nez néanmoins plissé.

Le fait que son chevalier servant reste prudemment silencieux suffit à me convaincre que j'étais dans mon bon droit et je replongeai, aussi dignement que possible, la tête dans mes couvertures.

OoOoOoOo

Nous passâmes les cinq minutes suivantes assis à même le sol, dans un silence religieusement perturbant. Pour détendre l'atmosphère, je me surpris à lui donner quelques conseils sur Sainte-Mangouste, le redirigeant vers ma mère pour des explications complémentaires, et vers Riley, pour toute potentielle déprime ; qui mieux qu'elle pouvait l'agacer avec la même efficacité que moi, après tout ?

En guise de réponse, il ne m'offrit qu'un sourire et, dans un geste qui me parut incroyablement intimidant, posa sa tête sur mon épaule la plus proche avec un soupir. Notre directeur de maison ne tarda toutefois pas à rouvrir la porte de son bureau, brisant du même coup cet instant d'inhabituelle complicité. Dans un geste maladroit, je pressai la main de mon camarade entre la mienne, lui rappelai le nom de Riley et le numéro de sa chambre avant de me glisser, une fois qu'il se fut éloigné, à travers la porte que Flitwick avait laissée ouverte.

Si l'on exceptait le somptueux sapin qui brillait dans un coin de la pièce, vestige d'une journée qui remontait à plus de trois semaines désormais, la pièce était la même que dans mes souvenirs de cinquième année, quand j'étais venue aborder pour la première fois avec lui la question de mon orientation. A plusieurs mètres du sol, voletaient toutes ces choses qui y voletaient déjà quand j'avais foulé ce bureau du pied en première année – plumes, parchemins et autres bouquins ; tous semblaient vouloir prouver que la grandeur n'était pas uniquement question de taille.

Au centre, trônait le même bureau que dans mes souvenirs, celui-là même que j'avais trouvé énorme à onze ans et qui, à seize ans révolus, me parût presque plus impressionnant. J'en étais à me demander sur combien de coussins il s'asseyait pour se maintenir à une hauteur respectable, quand je le vis soudain se hisser sur la chaise que je fixais des yeux. Rougissante, je me détournai, tandis qu'il m'indiquait, d'un geste de la main, le fauteuil qui lui faisait face.

— Et bien, Miss Atkinson, lança-t-il de sa voix fluette, en m'observant m'y installer, les deux mains en évidence sur les accoudoirs rembourrés. Que puis-je faire pour vous ?

OoOoOoOo

L'incapacité de Peter à rester silencieux m'empêcha, une fois de plus, de m'enfoncer dans la somnolence. Sa voix, timide et mesurée, se répercuta à nouveau, interrompant, fort heureusement, les bruits de succion qui avaient repris, du côté de chez James.

— Pourquoi t'as dit 'Les Londubat' ?

Je me retournai sur le dos, en passant une main lasse sur mon visage. N'y en avait-il pas un pour rattraper l'autre ? Evans, qui n'avait visiblement pas compris que c'était à elle qu'il s'adressait, mit plusieurs dizaines de secondes avant de tourner un œil perdu vers lui.

— Quoi ?

— Tu as dit 'Les Londubat ont été attaqués', en parlant de Frank et Alice, explicita-t-il, confirmant mes soupçons. Pourquoi 'Les Londubat' ?

D'empourpré, Pettigrow passa à écarlate en entendant Lily éclater d'un rire si léger qu'il en paraissait presque désincarné. Toutes les occasions étant bonnes pour la blâmer, je lui jetai un regard noir.

— Ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne deviennent 'Les Londubat', claironna-t-elle, sans sembler le remarquer.

Le visage de Peter s'allongea de quelques centimètres.

— C'est quoi encore, cette histoire ? demanda James, une main dans les cheveux.

Evans la lui retira, pour mieux jouer avec le bout de ses doigts.

— Ils se sont fiancés, révéla-t-elle, souriante. Alice me l'a dit, à votre soirée.

Un « Quoi ? » échappa à Potter et Pettigrow, à moins d'une seconde d'intervalle. Si le second était dépité, le premier semblait sincèrement étonné ; Evans, sourcil droit haussé, se tourna exclusivement vers lui.

— Ça te dérange ? questionna-t-elle, abruptement.

Je sentis arriver le coup foireux avant Potter qui répliqua, sincère :

— Ils sont jeunes, c'est tout.

Evans pinça les lèvres.

— Comme si l'âge avait de l'importance, grogna-t-elle, aussi offusquée que s'il venait de l'insulter.

Il papillonna des paupières, pendant que Peter se retranchait avec précaution sous ses couvertures.

— Ça en a, fit-il platement remarquer.

La ridule entre les yeux de la jeune fille se creusa encore davantage et elle se recula légèrement, pour mieux atteindre le bout du lit.

— Dois-je en déduire que si je te demandais de m'épouser à la fin de l'année, tu ne le ferais pas ?

OoOoOoOo

Un instant, la question me prit de court, bien qu'elle fût, en soi, parfaitement logique. Je rejetai le souvenir de Daniel au loin et me concentrai sur mon professeur.

— Je crois que je me suis trompée d'orientation, déclarai-je, après m'être raclée la gorge, comme pour mieux cacher mon malaise.

N'étais-je pas la seule à changer d'avis un an après mon conseil d'orientation et six mois seulement après le choix définitif de mes matières, après tout ? Mon inconstance eut l'avantage de faire sourire Flitwick.

— Vous n'êtes pas la première à qui ceci arrive, répondit-il, contredisant directement mes pensées. Très peu d'élèves osent venir en parler directement à leur professeur référant cependant, et je suis heureux de constater que vous en faites partie.

Le constat me redonna un peu confiance et, pendant qu'il faisait voler jusqu'à lui un bout de parchemin jauni, je m'installai plus confortablement sur mon siège. Il le consulta du regard un instant et posa à nouveau les yeux sur moi.

— Vous étiez partie sur la médicomagie, d'après ce que je vois. Pourquoi changer d'avis maintenant ?

Mon discours rôdé sur mes deux semaines à l'hôpital, dont je n'étais pas certaine de pouvoir supporter l'ambiance morbide, eut l'effet escompté. L'air désormais grave, il hocha la tête avant de demander :

— Et que souhaiteriez-vous faire, à la place ?

Une fois encore, l'interrogation me décontenança. Les vacances m'avaient convaincue que soigner n'était pas ma vocation, sans toutefois me laisser le temps de songer à une porte de sortie.

Quand le regard fixe que Flitwick faisait porter sur moi commença à me gêner, j'ouvris toutefois la bouche, pour un résultat pitoyable : si ce n'est un « Euuuh... » peu éloquent, aucune réponse ne me vint.

OoOoOoOo

James rougit violemment, à l'instant même où un soupir m'échappait. Merlin seul savait à quel point je détestais les questions pièges. Et les discussions stupides. D'autant plus lorsqu'elle menait à des questions improbables comme celle-ci.

Qui donc penserait à se marier après cinq ans de joyeuse rivalité, un an d'une cordiale amitié, un été de flirt léger et quatre mois de batifolage innocent ? Personne d'autre qu'Evans, visiblement.

— Eh bien, euuuuh... Bien sûr que je... comment dire ? Je ne...

Sans une once de pitié pour ce bégaiement d'adolescent, Evans croisa les bras, lèvres pincées et sourcils froncés. Cette fille était-elle seulement sensible ?

— Potter ! grinça-t-elle sur le même ton qu'à l'époque de nos quinze ans, comme pour répondre négativement à ma question.

Le concerné se recula avant d'appuyer son dos contre le mur derrière son lit, penaud.

— J'en sais rien, avoua-t-il faiblement. Je... On est jeunes, non ?

Excédé par tant de guimauve et, soyons honnête, de stupidité, je sautai sur mes jambes, interrompant opportunément Evans dont la bouche venait de s'ouvrir. Les grognements de mon estomac m'offraient un prétexte parfait pour m'éclipser.

— Douche, infirmerie, cuisines, énumérai-je platement, en pointant l'index vers la salle de bains.

Suivant mon exemple, Peter débita une excuse toute faite, impliquant un tour à la Bibliothèque et des devoirs à terminer, avant de s'enfuir, une robe propre et des morceaux de parchemin à la main. James le suivit d'un regard noir avant de se tourner dans ma direction. Je me contentai d'hausser les épaules pour me dédouaner.

Ce n'était certainement pas de ma faute, s'il sortait avec cette déséquilibrée !

OoOoOoOo

Un tel étalage d'ambition dût faire de la peine à ce pauvre Flitwick qui, plein de bonne volonté, se chargea de rappeler mes succès – et insuccès – aux BUSES.

Il énonça avec fierté mes deux O (Sortilèges et Métamorphose) ainsi que mes quatre E (Potions, Défense, Runes et Botanique), s'épancha quelques secondes sur mes deux A (Histoire de la magie, Soins aux créatures magiques), et marmonna légèrement à la vue de mon unique P (Astronomie).

— Vous avez de grandes capacités, Miss Atkinson, conclut-il. Vous devez bien avoir une petite idée !

— Je suppose que le large choix que ça m'offre m'empêche de voir ce pour quoi je pourrais être faite.

Ce qui aurait pu passer pour de la mauvaise volonté lui arracha un petit rire, mais il ne commenta pas.

— Le Ministère de la magie ? hasardai-je alors, en tentant d'y mettre de la bonne volonté. Le recrutement de nouveaux fonctionnaires y est fréquent.

Son froncement de sourcils m'indiqua que mon ton ne l'avait pas convaincu plus qu'il ne m'avait convaincue moi-même. Je m'étais contentée de répéter ce que mon paternel avait un jour lancé à table, à l'attention de mon frère et moi.

— Et dans quel département imagineriez-vous évoluer ? s'enquit-il quand même.

J'haussai les épaules, mon imagination ne me permettant même pas de deviner la multitude de services que l'endroit recelait.

— Coopération magique internationale ? proposai-je, faute de mieux.

— C'est une idée intéressante, concéda-t-il du bout des lèvres. Les matières choisies en début d'année devraient vous permettre sans le moindre problème d'intégrer la fonction publique. Puis-je cependant vous suggérer quelque chose de moins... familial ?

OoOoOoOo

Moins de quinze minutes plus tard, douché, parfumé et vêtu d'une robe toute propre, je m'échappai de nouveau du dortoir, insensible à la dispute stupide qui secouait encore James et Evans, entre les baldaquins désormais fermés du lit de mon meilleur ami. Les brides que j'en perçus, en récupérant la carte du Maraudeur caché dans le tiroir de sa table de nuit, suffirent d'ailleurs à me faire fuir prestement : l'avais-je réellement entendu lui promettre, solennellement, de « l'épouser un jour » ?

J'en étais encore à me convaincre que non, trois minutes plus tard, face à l'entrée désertée de notre Salle commune.

— Que vous arrive-t-il donc, Monsieur Black ? s'enquit la Grosse Dame. On croirait que vous avez vu un fantôme ! [1]

— J'en vois tous les jours, répliquai-je sèchement.

Elle me fusilla du regard, vexée.

— Inutile d'en devenir désagréable, marmonna-t-elle.

Je lui adressai un sourire piteusement désolé, en secouant doucement la tête. Malgré ma tendance à la réveiller à des heures improbables depuis mes premiers jours à Poudlard, je savais qu'elle appréciait les compliments que je lui glissais, clin d'œil à la clé, chaque fois que je passais son portrait. Je la vis d'ailleurs papillonner des paupières, hésitante, avant de rendre les armes dans un soupir.

— Tâchez de ne pas rentrer trop tard, ce soir.

D'une courbette, je lui signifiai mon accord, avant de filer en direction de l'infirmerie, là où Remus, mon dernier espoir contre l'adversité, s'était probablement déjà réveillé.

OoOoOoOo

Son ton était taquin, mais je ne pus retenir un léger rougissement. Rares étaient les gens qui savaient que mon père avait débuté à la Coopération magique internationale, avant de se voir proposer un poste au Département des Mystères ; le fait que Flitwick en fasse partie m'étonnait à peine.

De la tête, je l'invitai à continuer.

— N'avez-vous jamais songé à devenir avocate ? m'interrogea-t-il alors, étonnamment sérieux, en matérialisant devant lui une brochure aux couleurs ocre. La profession est renommée, l'enseignement rigoureux et surtout, manier les mots est un atout crucial dans cette profession.

Il me tendit le dépliant – « Professions juridiques » – sous le regard interloqué que je ne pus m'empêcher de lui lancer.

— Manier les mots ? répétai-je d'une voix couinante qui ressemblait étrangement à la sienne.

— Nous pensons que vous avez un talent indéniable quand il s'agit d'écrire, répondit-il en opinant de la tête.

Je relevai un sourcil.

— Qui ça, nous ?

Ses yeux pétillèrent de malice devant ma spontanéité.

— L'ensemble des professeurs ayant eu l'occasion de corriger vos devoirs s'accorde à dire que ce sont les plus agréables à lire, à défaut d'être les plus brillants. Pour ma part, je pense sincèrement que votre plume pourrait être votre plus fidèle amie.

Le compliment – si tant est que c'en fût un – s'accompagna d'un sourire, mais je ne répondis rien, encore surprise.

Où était-il allé pêcher cette idée incroyable ?

OoOoOoOo

Dans le couloir du deuxième étage, à mi-chemin entre une armure et la porte de l'infirmerie, j'eus le déplaisir de repérer la silhouette longiligne d'un élève indésirable. Le grognement que je ne pus retenir à cette occasion le fit se retourner, lui révélant ma présence à quelques mètres. Il se fendit alors d'un rictus méprisant qui, associé à son nez crochu, manqua de me faire vomir.

— On vient rendre visite à son ami le monstre ? s'enquit-il d'une voix doucereuse.

Ayant promis audit « monstre » de me tenir tranquille en présence de Servillus, je gardai mes poings serrés contre mes flancs, tentant de l'ignorer. La règle était implicite et même Rogue, depuis cette histoire, m'évitait. Il semblait cependant trop satisfait de me croiser « par hasard » – devant l'infirmerie un lendemain de pleine lune ? Qui donc croyait-il tromper ? – pour laisser passer cette occasion.

— J'aurais pourtant pensé que Lupin serait suffisamment intelligent pour te rayer définitivement de la liste de ses amis, continua-t-il, alors que je m'éloignais à pas raides pour rejoindre la porte du local. Il faut croire que je l'ai surestimé.

Incapable de contenir le déferlement de colère qui me saisit, je me retournai vers lui dans un craquement sinistre des muscles de mon cou. Il souriait avec perfidie et ce seul constat m'obligea à me calmer. C'était tout ce qu'il espérait, me raisonnai-je en enfonçant mes ongles dans mes paumes : me pousser à bout, provoquer le duel et rameuter quelques professeurs pour me voir collé.

Il était hors de question que je lui offre ce plaisir.

— Tu veux dire, comme Lily l'a fait avec toi ? rétorquai-je simplement, d'une voix glaciale. Faut croire que tu l'as sous-estimée.

Il blêmit, le teint plus cireux que jamais, et j'en profitai pour détourner la tête de ses cheveux gras et parcourir au pas de course les derniers centimètres me séparant de la porte de l'infirmerie.

OoOoOoOo

— Je suis incapable de plaider quoique ce soit, finis-je par opposer, dans un marmonnement maladroit.

— Ces choses-là se travaillent, Miss Atkinson, me rassura-t-il en secouant sa main avec nonchalance.

— Je ne serais même pas capable de présenter un exposé face à une salle de plus de dix élèves, insistai-je, les doigts crispés sur le prospectus.

Il eut un sourire indulgent, comme si ce genre de réticences lui était souvent opposé.

— Il y a encore quelques années, vous étiez convaincue que votre place n'était pas sur les bancs de cette école, crut-il bon de me rappeler. Ne m'avez-vous pas prouvé, à moi comme à vous-même, que c'était une erreur ? Avec un peu de confiance en vous et beaucoup de travail, vous pourriez me le démontrer une fois de plus, en mettant, par la même occasion, votre talent au service de la communauté. Je suis le premier à vous en croire capable.

Face à son air convaincu, je ne trouvai rien à répondre, certaine, par ailleurs, qu'il servait le même discours préenregistré à la moitié d'entre nous.

Je me contentai donc d'un hochement de tête qui eut l'air de le ravir.

— Je vais songer à tout ça, tentai-je de tempérer, en désignant le parchemin.

— Si la fonction publique vous attire mais que l'indépendance vous enchante, c'est encore le meilleur des compromis, argua-t-il de nouveau. Je reste à votre disposition, si vous avez des questions.

Un silence suivit sa déclaration, alors que dans mon esprit, une bataille d'arguments percutants débutait. En secouant la tête, je réussis à me concentrer sur l'instant présent et à poser l'unique question qui me brûlait les lèvres :

— Pourquoi pensez-vous que je serais faite pour ce métier, professeur ? Le simple fait de m'imaginer en train de prendre la défense de quelqu'un devant les juges du Magenmagot me donne la nausée.

OoOoOoOo

Une fois passée le dernier rempart de sécurité – Pomfresh elle-même –, je me composai une mine détendue, oubliant que je venais de croiser Rogue, que ses sous-entendus sans saveur avaient réussi à semer le doute dans mon esprit, que James avait l'intention de demander Evans en mariage un jour et qu'Alice Horton, bientôt Londubat, avait été blessée la nuit dernière dans une allée où elle n'avait rien à faire.

Derrière le rideau que j'ouvris précautionneusement, la silhouette de Remus se dessinait, cachée sous des couvertures trop nombreuses. Après m'être assuré qu'il était réveillé, je sautai au bas du lit avec un enthousiasme feint. Il grogna.

— Bonjour à toi aussi, Lunard, souris-je en le voyant ouvrir un œil fatigué, qu'un cerne violet cachait presque. Comment ça va, ce matin ?

Il tourna difficilement son corps endolori de l'autre côté, dans un second grognement. La nuit avait été courte pour tout le monde mais au moins, aucune griffure ne barrait son visage aujourd'hui. Décidant de la jouer détendu, comme d'habitude, je glissai vers l'autre bout du lit avec aisance, évitant cependant de lui écraser les pieds de tout mon poids.

— Laisse-moi dormir, Patmol, grinça-t-il dans une pâle tentative pour me menacer.

Je laissai échapper un soupir plein de regret, clairement théâtral.

— Moi aussi, j'aurais voulu dormir, soufflai-je d'un ton peiné. Mais Evans a débarqué avec une nouvelle déprimante ce matin, avant de demander gracieusement à Cornedrue s'il souhaitait l'épouser.

Il ouvrit les yeux, les deux cette fois, esquissant un faible sourire.

— Ça t'étonne tant que ça ? persifla-t-il, d'une voix faible mais clairement moqueuse. On parle de James et Lily.

— Il n'a pas dit oui, contrai-je en le dardant d'un regard mauvais.

— Ça ne saurait tarder, si tu veux mon avis.

Je grimaçai à nouveau, agacé par son ton assuré, tandis que ses pupilles perdus au milieu d'un océan de peau pâle se teintaient de malice.

— Et bien quoi ? fit-il, en se rallongeant sur le dos. T'es jaloux ?

D'un reniflement, j'exprimai tout mon dédain et plutôt que de répondre, redirigeai la conversation sur des terrains moins glissants.

Quelques mots prononcés à voix basse sur notre soirée d'hier, la nouvelle de l'attaque sur Alice et Frank, une ou deux spéculations improbables sur leur présence là-bas et les quinze minutes accordées par l'infirmière au moment de mon arrivée avaient déjà filé. Avant d'avoir eu le temps de saluer mon ami proprement, elle me claqua la porte au nez et je me retrouvai seul dans le couloir désert.

— Je reviendrai ce soir ! grognai-je contre le battant, avant de sortir la carte de ma poche, pour l'actionner d'un sort.

La dernière étape de mon périple – les cuisines – supposait, pour être réussie, de me trouver un compagnon de gloutonnerie.

Indécemment collée à celle d'Evans, et toujours dans le dortoir, l'étiquette de James indiquait clairement que je ne pouvais pas compter sur lui. Avec une grimace du plus bel effet, je cherchai donc Peter et tombai au passage sur la bulle au nom d'Atkinson, dans le bureau de Flitwick.

Quelques secondes, j'envisageai d'aller l'y attendre, de préférence derrière une armure, pour pouvoir lui arracher l'un de ces hurlements terrifiés dont elle avait le secret ; le souvenir encore prégnant de ma dernière tentative se chargea de doucher mon enthousiasme et d'instinct, je passai une main à l'arrière de mon cou, là où elle m'avait mordue.

Attendre demain et rejoindre Peter à la Bibliothèque me semblaient soudainement plus sage.

OoOoOoOo

Mon professeur eut un soupir de dépit, comme s'il s'attendait à ce genre de réticences.

— Les défenseurs ne font pas l'unanimité et n'ont jamais eu très bonne presse mais je suppose que je vois en vous quelqu'un d'assez fort pour assumer ce rôle, répondit-il, en posant les mains sur son bureau, pédagogue. Il y a des escrocs partout, Miss Atkinson, mais si vous décidez de prendre la défense de ce qui vous tient le plus à cœur, vous devriez éviter les revers de la profession, et même, contribuer à la restauration de son image.

Un « merci » hésitant fut la seule réponse que je parvins à articuler, songeuse. Avait-il seulement idée de mon incapacité à accuser le coup chaque fois que quelqu'un me prenait à partie ? J'aurais bien du mal à redorer le blason de quoique ce soit.

Il dut lire sur mon visage les traces persistantes de mon hésitation puisqu'il ajouta, philosophe :

— La vie se chargera de vous enseigner comment faire face à vos détracteurs, Mackenzie. J'ai d'ailleurs cru comprendre qu'à tout juste seize ans, vous vous en sortiez plutôt bien, lorsqu'il s'agit de vous entourer des bonnes personnes.

Je ne pus retenir un « Quoi ? » perplexe, lequel lui arracha un rire claironnant.

— Les rumeurs courent, Miss Atkinson, et les professeurs sont loin d'avoir hérité d'oreilles défaillantes. Les miennes sont même plutôt efficaces, ajouta-t-il en les désignant, amusé. Nous en tirons seulement des conclusions un peu différentes de celles des plus jeunes.

— Que voulez-vous dire par là ? réussis-je à demander, sans être sure de vouloir une réponse.

— Votre amitié avec Sirius Black n'est un secret pour personne, répliqua-t-il, comme si le lien était évident. Je suis convaincu qu'il ne peut que vous tirer vers le haut, en ce qui me concerne.

Ma mine dût passer d'incrédule à horrifié puisqu'il leva les mains bien hauts en couinant :

— Ne faites pas cette tête, voyons !

Je tentai de reprendre une certaine contenance, en m'efforçant à tout le moins de fermer la bouche. Un énième silence s'installa alors avant qu'il ne saute de sa chaise, souriant.

— Je crois que je vous ai assez importuné pour cette fois, déclara-t-il, en m'invitant à me lever. Si une question vous vient, vous savez où me trouver.

Je le remerciai du bout des lèvres, encore plus perdue qu'en arrivant, avant de sortir par la porte qu'il m'ouvrait.

L'idée même de terminer mes devoirs, comme il était initialement prévu, me fit tourner la tête – la motivation, après un tel début d'après-midi, semblait ne pas vouloir répondre à l'appel. Mes pensées filèrent du côté de Daniel, qui était probablement déjà parti, puis vers le parc, dont le sol enneigé et glissant se profilait à travers le carreau de la fenêtre qui me faisait face.

Sans réfléchir davantage, j'en pris la direction, avec la ferme intention d'y rejoindre mes camarades.

OoOoOoOo

Le lendemain soir, je fus le premier d'entre nous à arriver au Q.G. de la Garderie, déjà assiégé par les lutins qui en étaient membres et qui m'accueillirent, une fois n'est pas coutume, comme l'honorable doyen que j'étais. Dans le coin de tableau qu'il occupait toujours, Labathube se contenta d'un grognement de bienvenue, auquel je répondis par un clin d'œil.

— Où est Mack ? demandai-je une fois libre de mes mouvements, en m'asseyant à l'une des petites tables.

Lucy haussa les épaules, en se tournant vers la petite Quirke, qui partageait avec Atkinson la même Salle commune.

— Je ne l'ai pas vu de la journée, révéla cette dernière en se rasseyant à sa place. Même pas à table, ce midi.

J'avais passé la journée à somnoler dans mon dortoir, ignorant les ronflements de Potter et les grommellements indistincts de Peter, et me trouvai donc incapable de confirmer ses propos. Wilkie Tycross, petit Serdaigle de son état, s'en chargea à ma place.

— Peut-être qu'elle compte passer son tour, hasarda Madley, mon unique condisciple Gryffondor, avec un brin de perfidie. Comme toi, la dernière fois.

Je lui offris mon regard en biais le plus menaçant mais le mal était déjà fait.

— C'est vrai ça ! Peut-être qu'elle veut se venger parce qu'elle a passé deux heures à nous regarder jouer, le dernier jour avant les vacances ! l'appuya effectivement Bones, en jouant des sourcils. Tu sais très bien que lorsqu'il manque quelqu'un, l'un de nous ne peut pas jouer !

Je levai les yeux au ciel avec un soupir ; gérer les reproches d'une bande de gamins encore incapables de comprendre quoique ce soit était hors de mon champ de compétences.

— Vous auriez pu alterner, leur fis-je remarquer, avec bon sens.

— Ou tu aurais pu venir, rétorqua la petite Poufsouffle avec bravade.

Je ne pus retenir un sourire, là où une grimace teintée d'indifférence aurait pu m'échapper. Le Choixpeau avait certainement dû hésiter avant de placer un tel spécimen dans la maison des présumés gentils ; ses petits yeux bruns accrochèrent les miens de façon si soutenue que je me sentis obliger de me justifier.

— J'étais malade ce soir-là, mentis-je donc, en appuyant nonchalamment le dos contre ma chaise. Comment vouliez-vous que je vienne ?

OoOoOoOo

L'aisance avec laquelle il débita son mensonge me fit ricaner, révélant ma présence sur le pas de la porte. En m'apercevant, le visage de Sirius sembla s'allonger de dépit.

— T'es là depuis combien de temps ? s'enquit-il sans même un salut digne de ce nom.

Je fis quelques pas dans la pièce et lui offris un haussement d'épaules, en jetant un coup d'œil à l'horloge accrochée près de Labathube.

Débutée une quinzaine de minutes plus tôt, ma course effrénée dans les couloirs avait été marquée par une rencontre malencontreuse avec Peeves et s'était terminée, immanquablement, par un passage rapide chez Pomfresh. J'avais dû m'arrêter une ou deux minutes de plus avant d'entrer dans le Q.G., pour éviter de cracher mes poumons sur l'un de mes camarades.

— Assez longtemps pour apprendre la mauvaise nouvelle, répondis-je, mesquine, en ponctuant le tout d'un sourire des plus hypocrites. J'ose espérer que ta maladie n'a pas gâché tes fêtes de fin d'année.

Il renifla de dédain devant mon manège mais manqua de temps pour répliquer.

Lucy venait de sauter sur ses jambes pour me céder la place en face du Gryffondor et s'était mise à babiller, sans plus d'interlude, à propos du Noël qu'elle avait passé auprès de sa famille, en Irlande. J'eus le temps de saisir le nom de sa tante – Amelia – et le métier de son père Edgar – apothicaire – avant que sa voix ne se perde parmi celles de ses condisciples.

Avec un sourire, je me glissai sur ma chaise et plaçai le plateau de jeu entre nous, de façon à pouvoir en disposer les pièces.

OoOoOoOo

— Où étais-tu ? attaquai-je alors qu'elle s'auto-attribuait la moitié des boules verdâtres – les plus répugnantes. Tu n'es jamais en retard à une réunion.

— Je ne suis jamais plus en retard que toi, corrigea-t-elle, dans un sourire en coin.

— Et bien, il y a un début à tout, visiblement.

Mon ton moqueur me valut un regard âpre, tandis qu'elle faisait glisser dans ma direction l'autre moitié des billes.

— J'avais un devoir à terminer, se justifia-t-elle. Un truc pour McGonagall que je n'ai pas pu terminer hier.

Je me retins de lui faire remarquer que l'excuse, à force d'être utilisée, n'était plus convaincante ; c'était après tout celle qu'elle m'avait constamment servi, ces deux dernières semaines, à chaque fois qu'elle avait voulu se débarrasser de moi.

— Ça a un rapport avec ton passage dans le bureau de Flitwick ? demandai-je à la place, en attirant vers moi une partie des boules bleutées – les moins odorantes.

Mon ton faussement innocent fut loin d'avoir l'effet escompté : elle releva la tête si brusquement que j'entendis son cou craquer, malgré le bruit d'une explosion à la table de Tycross et Bones.

OoOoOoOo

— Tu m'espionnes ? grommelai-je, soupçonneuse.

Il esquissa un sourire et attendit que je déplace d'un geste absent mon premier pion pour répondre :

— Tous les jours depuis ta quatrième année, si tu veux tout savoir. Comment aurais-je découvert que tu sortais avec Titus McBertom, sinon ?

Mes joues chauffèrent presque instantanément, plus par agacement que par gêne.

— Je ne sortais pas avec Titus, grinçai-je entre mes dents serrées, en empoignant une Bavboule pour la lui jeter à la figure. C'était juste un baiser non désiré, derrière une porte verrouillée.

Il esquiva le projectile avec aisance et une traînée pestilentielle vint bientôt recouvrir le mur derrière lui. Son rire-aboiement emplit la pièce, si fort que les regards des plus jeunes se posèrent une seconde sur nous.

— Tu sais que je ne suis pas ton frère, n'est-ce pas ? ricana-t-il, révélant à cette occasion une traînée de dents blanches. Tu peux sortir avec qui bon te semble, pour autant que ça me concerne.

OoOoOoOo

Elle m'adressa un sourire sardonique.

— Trop aimable de ta part, souffla-t-elle, ironique. Sois sûr que je viendrais me cacher derrière toi le jour où Adrian découvrira que je veux épouser Amycus Carrow ou Severus Rogue.

Je grimaçai, admettant malgré moi ma défaite ; le don d'Atkinson pour taper là où il fallait était sans doute ce qui la rendait, parfois, si déstabilisante. Le fait qu'elle soit incapable de se rendre pleinement compte de cette force compensait largement cet étrange trait de caractère.

— Essaie de choisir quelqu'un de plus présentable, au moins.

Un rire légèrement ironique me répondit et, pendant un court instant, je craignis qu'elle n'évoque Regulus, avant de me rappeler qu'elle ne tirait cette carte de sa manche que lorsqu'elle estimait que je dépassais les bornes.

Le pion qu'elle bougea, la seconde suivante, projeta sur nous deux Bavboules rougeâtres, qui nous aspergèrent d'un liquide nauséabond.

— Je pensais à changer d'orientation, expliqua-elle, en passant une main dégoûtée sur son visage, dans l'espoir vain d'en retirer toute trace suspecte. Flitwick me semblait le plus apte à m'aider.

J'hochai lentement la tête, me remémorant sa mine dépassée, à Sainte-Mangouste ; imaginer que mon apparition inattendue n'en avait pas été l'unique déclencheur me fit presque chaud au cœur.

OoOoOoOo

Après avoir esquissé un sourire mystérieusement rassuré, il demanda de plus amples explications ; au souvenir de mon entretien de la veille, je ne pus retenir un nouveau ricanement.

— Je ne suis pas certaine que son intervention puisse être considérée comme utile, mais il semble convaincu que j'ai de l'avenir dans le droit.

Au contraire de Holly et Desdemona, qui m'avait offert leur plus beau – et vexant – froncement de sourcils, un sourire vint éclairer son visage.

— Peut-être qu'il changerait d'avis s'il avait conscience du nombre de lois que tu as violé le soir du Nouvel An, commenta-t-il avec malice.

Je roulai des yeux, en mordant l'intérieur de mes joues pour ne pas sourire. Si l'on exceptait la presque crise cardiaque suscitée par notre passage sous cape, l'interminable marche dans les rues frigorifiantes du Londres moldu, la balade inattendue à des kilomètres du sol, le sous-entendu affreusement univoque de mon oncle Sam et le petit manège d'Ogden dans le Poudlard Express, cette soirée avait définitivement le potentiel d'un bon souvenir.

— A mon avis, il veut simplement s'assurer que tu aies toujours une alliée stratégiquement haut placée, rétorquai-je, perfide. Juste au cas où tes mauvaises idées te conduiraient tout droit en prison, évidemment.

Il renifla avec mépris et j'ajoutai, avec un petit sourire faussement fière :

— D'après lui, notre amitié « n'est un secret pour personne » et « manier les mots » comme je le fais est un atout susceptible de pouvoir t'aider.

OoOoOoOo

Je roulai des yeux sans répondre, tentant d'imaginer l'adolescente qui me faisait face au milieu d'une bande d'employés du Ministère, comme j'avais eu l'occasion d'en rencontrer à la pelle au cours de mon adolescence, chez moi ou chez les Potter. Je les revis, secs et ennuyeux, échangeant des paroles insipides, et secouai la tête : le minois de Mackenzie n'avait rien à faire là-bas.

— C'est Riley qui va être déçue, en tous cas, commentai-je, faute d'arguments valables. Elle doit attendre ton retour à l'hôpital avec impatience.

Ses yeux brillèrent d'une étrange lueur quelques instants et elle se désintéressa du jeu dont elle observait le plateau immobile depuis plusieurs minutes.

— J'ose espérer qu'elle sera sortie de l'hôpital d'ici là, soupira-t-elle, quelque peu rembrunie.

Saisissant la perche tendue, je poussai de côté le plateau, oubliant momentanément que ce geste équivalait à un forfait. Les Bavboules de Mackenzie, jusqu'ici relativement inoffensives, s'animèrent d'elles-mêmes, et vinrent, dans un sifflement glaçant, s'écraser sur mon visage. Un instant aveuglé, j'entendis le rire des plus jeunes s'élever autour de nous ; lorsque je réussis à rouvrir les yeux, Candice notait avec application le résultat de notre partie sur le tableau noir accroché à l'un des murs.

Un Aguamenti plus tard, je perdis tout intérêt comique à leurs yeux et pus me tourner de nouveau vers Mack sans avoir à observer le coin de ses lèvres se soulever.

— Tu ne me laisses jamais gagner sans raison, fit-elle justement remarquer, en jouant des sourcils.

J'hochai la tête distraitement, cherchant un moyen d'introduire subtilement mon sujet, sans être pourtant trop vague. Finalement, j'abandonnai cette bataille perdue d'avance et lançai, direct :

— Pourquoi Riley est-elle à Sainte-Mangouste ? Qu'est-ce qui lui est vraiment arrivé ?

OoOoOoOo

La question aurait pu me désarçonner, si je n'avais pas attendu des semaines qu'il se saisisse d'une occasion pour la poser.

— Piqûres de ciseburines, répondis-je sans grande conviction. Les guérisseurs de garde n'ont pas menti.

Il grimaça légèrement, clairement sceptique, avant de se pencher vers l'avant pour reformuler sa pensée :

— Est-ce qu'il est possible qu'elle ait été attaquée par...

Son ton baissa d'une octave, m'indiquant avant même qu'il ne le prononce le nom qu'il avait en tête.

— ... par Tu-sais-qui ?

Exactement comme hier, face à Daniel, un frisson d'horreur me parcourut l'échine dorsale ; même afflué de ce qualificatif ridicule, la référence au mage noir n'arrivait pas à me laisser indifférente.

— Ses parents sont diplomates, me contentai-je de déclarer, une fois certaine de ne rien laisser paraître de mon malaise. A toi d'en tirer les conclusions que tu veux.

OoOoOoOo

Intégrant cette nouvelle information à mon analyse, je me sentis rouler des yeux face à cette réponse prudente. Le bruit des explosions aux tables voisines fit office de silence pendant un instant.

— Ça fait d'elle une proie facile, estimai-je finalement, pensivement. Si j'étais à sa place, j'attaquerais les enfants plutôt que les parents, pour tirer au maximum profit de leur terreur à eux.

Pendant une seconde, ses yeux s'écarquillèrent et je regrettai instantanément d'avoir laissé échapper le fond de ma pensée à haute voix ; de la part d'un Black, aussi déshérité soit-il, une idée pareille était nécessairement mal perçue.

La plupart du temps, je faisais en sorte de mesurer les paroles qui menaçaient de s'échapper d'entre mes lèvres mais la fougue l'emportait parfois sur le maigre contrôle que je tentais d'établir. Je ne pus pourtant m'empêcher de penser, un brin amer, que Mackenzie n'aurait certainement pas réagi si un quelconque de ses camarades d'ascendance moldue avait énoncé cette vérité primaire.

OoOoOoOo

— Pourquoi est-ce que ses parents ne la placent pas à Poudlard ? reprit-il, quand mon silence se fit trop long. Elle y serait en sécurité.

Le danger d'un nouveau faux pas désormais désamorcé, je retrouvai l'usage de la parole :

— J'imagine qu'ils considèrent que l'hôpital est un lieu suffisamment sûr.

— Le même hôpital où deux adolescents ont réussi à la soustraire à la surveillance de trois guérisseurs présumés compétents ? fit-il mine de se faire préciser, à la fois ironique et fier de lui.

Je levai les yeux au ciel, sans pouvoir retenir un sourire.

— C'est grâce à ta cape, contrai-je cependant, en voyant que ma réaction lui arrachait un rictus satisfait. Sans elle, nous serions déjà devant un juge.

Il se contenta d'hausser les épaules, les bras croisés sur son torse et le dos collé au dossier de sa chaise.

— Vraiment, Sirius, insistai-je. Sans cette cape, Riley n'aurait jamais décidé de t'ériger au rang de héros.

OoOoOoOo

Les termes choisis eurent l'effet inverse à celui espéré puisqu'ils ne firent qu'agrandir mon sourire.

— N'est-ce pas la preuve que cette expédition aura été utile ?

— Non, répliqua-t-elle, dans un rictus sournois. Seulement celle que Riley n'est pas la plus Poufsouffle d'entre nous [2]. Deux jours avant de te rencontrer, elle était prête à ériger un autel en l'honneur de ma tante, pour avoir réussi à faire disparaître les derniers boutons qui lui couvraient le visage.

Je fis mine de grimacer, déçu.

— Si tu as une idée pour m'aider à maintenir mon statut, je suis preneur, dans ce cas.

Elle se gratta le menton, faussement pensive.

— Offre-lui un hibou efficace, proposa-t-elle finalement. Ceux de Ste Mangouste sont probablement les plus lents du monde et Riley n'est pas ce qu'on appelle un modèle de patience. Je m'étonne qu'elle n'ait pas abandonné l'idée de m'écrire avant même de l'avoir envisagée.

Malgré son ton badin, j'eus la nette impression qu'elle était au moins à moitié sérieuse ; communiquer avec Thomas, semblait-elle me dire, était un véritable problème.

OoOoOoOo

— Si le problème vient de l'usage d'un hibou, lui en offrir un n'est probablement pas la bonne solution.

Au son de sa voix, je compris qu'il n'avait pas été dupe de ma prétendue désinvolture.

— Qu'est-ce que tu as à proposer, à la place ? ne pus-je pourtant m'empêcher de demander, de la même voix légère. Pirater le réseau de cheminées de Poudlard pour pouvoir discuter tranquillement avec elle depuis une salle de classe vide, tous les soirs ?

Avant même qu'il ne réponde quoique ce soit, je surpris la lueur d'intérêt qui s'alluma dans son regard métallique, laquelle indiquait avec certitude que ma suggestion ne venait pas de tomber dans l'oreille d'un sourd. Je voyais presque les idées bouillonner dans son esprit, juste derrière la peau plissée de son front.

Distraitement, il leva une main pour dégager les cheveux qui lui tombaient devant les yeux, à la manière de Potter, et je dus me mordre l'intérieur de la joue pour ne pas en sourire.

— Ne te sens pas obligé de creuser cette idée, surtout. McGonagall apprécierait probablement un moment d'accalmie.

Le rire qui me répondit eut le mérite d'être clair : si je voulais le convaincre de ne pas errer dans le château à la recherche d'une cheminée fonctionnelle, il n'était certainement pas bon d'invoquer les bénéfices qu'en tireraient le corps professoral.

— En septembre prochain, elle pourra savourer toutes les accalmies que tu lui accorderas, railla-t-il, l'air presque candide. En attendant, je compte bien approfondir cette histoire de piratage de cheminées avec le plus grand sérieux.

Je fis rouler mes yeux, faussement désapprobatrice. En réalité, l'aide de Sirius m'enchantait bien plus qu'elle ne m'agaçait.

— Tant que tu t'appliques à ne me contacter qu'une fois la solution trouvée, ça me va. J'aurais bien besoin d'une trêve, moi aussi.

Il se leva pour contourner la table, s'assit nonchalamment sur le meuble en bois, pour mieux avancer son visage vers le mien, les yeux brillants de malice.

— A ta place, je n'y compterais pas trop, Atkinson, glissa-t-il à mon oreille. D'autant plus que l'année prochaine, tu ne tiendras certainement plus le même discours, quand le château n'abritera plus que des crétins tels que Cresswell, incapables de se montrer con avec élégance.

J'eus bien du mal à retenir un ricanement, tandis qu'il s'éloignait pour aller, comme à son habitude, « égayer » les parties de Bavboules qui se tenaient à moins d'un mètre de nous.

Un pincement au cœur ne tarda pas à me confirmer qu'il n'avait pas tort : le fait est que, au moins ici, son absence prochaine serait regrettée ; dans moins d'une minute, le Club des joueurs de Bavboules se transformerait en Club des jeteurs de Bavboules, et, à en croire les éclats de rire qui suivaient généralement ce changement de statut, la bêtise de Sirius y était unanimement appréciée.

Seul Labathube grogna lorsque la première Bavboule lancée vint s'écraser contre son tableau dans un « Splash » puant. A la fin de la séance, les murs – et nos corps – dégoulinaient littéralement tandis que sur le tableau noir, les points de Sirius venaient, une fois de plus, exploser son palmarès.


[1] Je sais que la Grosse Dame voit des fantômes tous les jours, elle aussi, mais... imaginons qu'elle soit née-moldue ? Les expressions, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas !

[2] Rappelons que Poufsouffle est la maison des gens loyaux ; Riley aurait probablement du mal à y trouver sa place :)


Le chapitre 14 répondra au mystérieux nom de "Œil-de-Lynx & Langue-de-plomb" ; au programme, Sirius, des cheminées et des personnages encore inexploités. Je vais essayer, vraiment, de poster le chapitre 13 dans les temps (trois semaines maximum) ; les temps sont un peu durs, avec le stage et le temps pourri qui fait que je suis malade en plein mois de mai. Une inondation de reviews pourrait cela dit me booster :D

Un avis, les gens ? Please *o*

A bientôt !