Titre : A Total eclipse of the heart
Auteur : Katoru
Rating : M
Disclaimers : Glee ne m'appartient pas, je ne fais qu'en emprunter les personnages pour jouer un peu avec. Promis, je les rendrai en bon état.
NOTE IMPORTANTE : Au cours de ces longs mois de silence, j'ai réécrit de nombreux passages de l'histoire et ces changements ne concernent pas que des points de détails, donc je vous conseille de relire les chapitres précédents avant de poursuivre. Ce n'est pas obligatoire parce que les grandes lignes n'ont pas changé mais je crois que ce serait une bonne chose pour vous aider à comprendre certaines réactions de Kurt dans les chapitres à venir.
Je sais que j'écris très lentement et que ça peut être frustrant pour vous, mais je travaille et j'ai une vie à vivre en dehors de mon traitement de texte. Je suis désolée de vous faire attendre aussi longtemps entre chaque chapitre mais ça ne changera malheureusement pas. Et la saison 4 ayant trouvé le moyen d'être encore plus pitoyable et incohérente que la précédente, ça n'aide pas à motiver les troupes.
A total eclipse of the heart
La première neige de l'année était tombée pendant la nuit. Ce n'était qu'une mince couche de poudreuse, aussi fine que du sucre glace, qui aurait fondu avant même la fin de la matinée mais annonçait déjà les futures tempêtes qui ne tarderaient plus à s'abattre sur la ville. L'hiver arrivait plus tôt que d'habitude cette année.
Debout dans sa mezzanine, le front appuyé contre la vitre que son souffle couvrait peu à peu de buée, Kurt regardait la tranquille agitation de sa rue.
Le couple de retraités qui vivait dans la maison d'à côté balayait son escalier. Ce n'était sans doute plus qu'une question de temps avant qu'il ne fuit les frimas de l'hiver new-yorkais pour retrouver le soleil de la Californie et ses petits-enfants. Le chat de la maison du bout de la rue trottinait sur le trottoir, laissant la marque de ses coussinets dans la neige. Sa maîtresse était sans doute déjà partie au travail. Un jeune homme que Kurt voyait presque tous les matins faisait son jogging quotidien, ses foulées aussi souples et régulières que s'il n'y avait pas eu de neige. Ses cheveux blonds étaient dissimulés sous un bonnet de laine épaisse, surmonté d'un casque audio, et il avait troqué ses tee-shirts à l'effigie d'un groupe de métal contre une doudoune grise. Le fils de ses voisins traînait sur le chemin de l'école. Comme tout le quartier, Kurt savait qu'il s'appelait Billy. Son père tenait une épicerie arménienne à deux blocs de là, où tout le monde s'était déjà ravitaillé au moins une fois.
Kurt s'étonnait parfois d'en savoir autant sur des gens qu'il ne connaissait pas, ou à peine. Ils faisaient entièrement partie de son univers même s'ils n'en étaient que des éléments secondaires. Il espérait que ça ne changerait pas de sitôt.
La réunion qui avait ébranlé toute sa vie professionnelle avait eu lieu trois jours plus tôt. Wesley était reparti pour Boston le jour même en lui assurant que sa cliente était sincère quand elle parlait de réembaucher au moins une partie du personnel, que ce n'était pas une promesse en l'air faite à seul fin de calmer le jeu. Il avait fait semblant d'être convaincu, pour être poli.
Sa lettre de licenciement était arrivée la veille.
Contre toutes ses attentes, l'enveloppe contenait également une convocation à un entretien d'embauche. Ellen Mitchell avait tenu parole.
Les deux feuilles étaient posées sur son bureau, côte à côte. Il avait repoussé ses blocs à dessins et nombreux crayonnés dans le seul but de leur faire de la place.
Kurt n'avait plus mis le nez dehors depuis qu'il était rentré chez lui ce soir-là. Il avait invité David à prendre un verre, avait fini par l'inviter à dîner, et Kurt n'avait plus vu personne depuis qu'il était parti. Ce n'était pas prévu. Au départ il voulait simplement profiter de ce temps libre imprévu pour faire toutes les petites choses qu'il repoussait depuis des semaines par manque de temps et d'envie. Changer l'ampoule dans les toilettes – quinze jours qu'il devait laisser la porte entrouverte pour avoir un peu de lumière. Ce n'était pas vraiment gênant pour lui seul, ça le devenait nettement plus quand il avait un invité. David en riait encore et profitait de chaque occasion pour remettre ça sur le tapis. Jusque sur Twitter.
Nettoyer le frigo avant que de nouvelles formes de vie ne commencent à s'y développer, ce qui avait failli se produire dans son bac à légumes. Il en avait été le premier surpris.
Trier ses vêtements et ses chaussures. Mettre certains articles en vente sur Internet, en donner d'autres et jeter le reste.
Laver sa voiture dans les règles de l'art. Jeter les tickets de caisse qui s'entassaient dans la boîte à gants. Vérifier la pression des pneus.
Rattraper son retard en matière de films et de séries télévisées. C'était ce qui lui avait pris le plus de temps. Il pouvait toujours compter sur Mercedes pour ne pas rater un bon roman.
Au hasard de ses recherches sur le net, il était tombé sur une page qui avait remis beaucoup de choses en question. Kurt n'était pas une célébrité mais ses qualités de graphiste étaient reconnues dans les milieux professionnels où il gravitait. Il ne doutait pas vraiment de récupérer son poste au terme de son futur entretien, il avait des idées et connaissait son métier. La question était de savoir si c'était ce dont il avait envie. Il n'en était plus si sûr.
Tirer un trait définitif sur sa relation avec Blaine était revenu à tourner une page particulièrement lourde de sa vie, où se trouvait une bonne part de la genèse de ce qu'il était aujourd'hui. Peut-être était-il temps de remettre tous les compteurs à zéro et de tenter sa chance dans un domaine qui n'avait jamais cessé de l'intéresser.
Peut-être était-il temps de faire un pari. Quitte ou double.
Ça avait marché pour Rachel.
Le jeune homme avait passé une partie de la nuit à faire ses comptes. Il savait précisément combien de temps il pourrait vivre sur ses économies si jamais il perdait son pari. Assez longtemps pour retrouver du travail, ce qui n'avait fait que le conforter dans sa décision. Il voulait bien parier mais pas sans assurer ses arrières.
En plus du traditionnel curriculum vitae, il avait composé un véritable book qu'il avait téléchargé sur le serveur d'un hébergeur de contenu. Il suffirait de cliquer sur un lien pour le récupérer et le parcourir. Sa lettre de motivation était prête.
Il n'avait plus qu'à envoyer l'e-mail contenant le tout et c'était le plus difficile. C'était sa décision mais il n'avait jamais eu autant de mal à manier sa souris. Il tournait autour de son ordinateur depuis plus d'une heure.
La sonnerie de son téléphone le sortit de la sorte de transe où l'incertitude l'avait plongé.
C'était Finn.
« J'ai quelque chose à te dire, lui annonça-t-il sans autre préambule.
- J'espère que ce quelque chose a un rapport avec le message que tu as laissé sur le répondeur de Rachel, rétorqua Kurt.
- Tu es au courant ?
- De même que tous les clients du café où elle m'a demandé de la rejoindre pour essayer de savoir ce que tu pouvais bien lui vouloir.
- C'est vrai ? s'exclama le mécanicien.
- Non, mais ça aurait pu. Qu'est-ce que tu veux me dire, Finn ? »
Il y eut un silence à l'autre bout du fil. Kurt n'eut aucun mal à imaginer son demi-frère en train de se mordiller la lèvre inférieure comme il le faisait chaque fois qu'il était nerveux.
« Tu te souviens de Deborah ?
- J'ai énormément de choses qui m'occupent l'esprit mais pas au point d'avoir oublié ta petite amie à peine trois mois après l'avoir rencontrée. Repose-moi la question dans un an, tu veux ?
- Je sais que la question était stupide mais ce n'est pas facile à annoncer comme nouvelle, et tu ne m'aides pas vraiment avec tes sarcasmes.
- Accouche, bon sang !
- Pas avant sept mois, déclara Finn avant d'ajouter, tu vois que tu peux m'aider quand tu veux. »
Il y eut un nouveau blanc dans la conversation, mais du fait de Kurt cette fois.
« Deborah est enceinte ?
- Oui.
- De qui ?
- Kurt !
- Pardon, c'est juste que… je ne m'attendais pas à ça. C'est génial, hein, mais ça surprend. »
Sa réaction fit sourire Finn.
Kurt n'avait rien contre les enfants mais il n'était pas à l'aise en leur présence. Il ne savait pas se comporter avec les tout-petits. Leurs discours décousus le laissaient totalement perplexe et les rares fois où il avait été confronté à un enfant en bas âge, son air ahuri et son manque de réaction avaient suffi à faire fuir le gamin. En revanche, et même s'il n'était pas plus à l'aise, il était plutôt doué avec les bébés. Ils cessaient de pleurer quand on les lui mettait dans les bras – parce qu'il ne risquait pas de les y mettre de lui-même – et souriaient dès qu'il se mettait à fredonner une berceuse. Kurt Hummel n'était plus à un paradoxe près, même si celui-là ne cesserait jamais de le stupéfier.
S'il était sincèrement heureux pour son demi-frère, il appréhendait déjà l'inévitable rencontre entre lui et le nourrisson.
« Alors tu vas être papa, reprit Kurt. Quand ?
- En mai, s'entendit-il répondre.
- J'essaierai de venir.
- T'as intérêt, je suis sûr qu'on aura besoin de tes talents d'homme-qui-murmure-à-l'oreille-des-bébés !
- C'est ça, soupira le graphiste en se passant une main lasse dans les cheveux. C'est ça que tu voulais dire à Rachel ?
- Oui, mais je ne l'ai pas encore rappelée.
- Elle va devenir dingue si tu ne le fais pas. Je peux te dire qu'elle ne s'attend absolument pas à ça et qu'elle est en train de se faire des cheveux blancs.
- Elle s'attend à quoi ? Une demande en mariage ? »
Le silence de Kurt fit pratiquement tomber le mécanicien de sa chaise, dans son bureau situé à plus de 800 kilomètres de là.
« Sans déconner ? souffla-t-il finalement. Après tout ce temps, elle se fait encore ce genre de film ?
- On parle de Rachel, bien sûr qu'elle se fait ce genre de film.
- Merde, si j'avais su je l'aurais rappelée beaucoup plus tôt mais je voulais que toi et les parents soyiez les premiers à savoir et avec le boulot ça m'est complètement sorti de la tête. Elle va me défoncer les tympans avant même que j'aie fini de lui expliquer !
- Je ne pense pas.
- Ah ?
- Elle est vraiment amoureuse de Brody, et je sais que c'est réciproque. Elle sera sûrement soulagée d'apprendre qu'elle s'est monté le bourrichon encore une fois. Par contre, si elle en vient à suggérer des prénoms, raccroche !
- Pourquoi, tu ne voudrais pas d'une nièce qui s'appellerait Debby ou Éponine ?
- Et d'un neveu qui s'appellerait Gene ou Marcus non plus !
- J'en prends bonne note », dit Finn en ricanant.
Deborah et lui se bagarraient déjà sur cette question des prénoms, il n'était pas question de laisser un tiers y mettre en plus son grain de sel. Mais il aimait bien le prénom Éponine quand même.
« Maintenant que tu sais, j'ai besoin que tu me rendes un petit service. C'est pas grand-chose, vraiment. »
La dernière fois que Kurt avait rendu un service « pas grand-chose, vraiment » à son frère, il avait fini la nuit dans une cellule de dégrisement dont Blaine était venu le tirer au petit matin. Il s'était donné du mal pour rendre mémorable l'enterrement de vie de garçon de Mike Chang… et il ne se souvenait plus de rien – en dehors de la monstrueuse dispute qu'il avait eue avec son compagnon sur le chemin du retour.
Blaine était parti quinze jours après.
Ce fut très prudemment qu'il demanda :
« Qu'est-ce que tu veux cette fois ? »
Finn préféra éviter toute allusion à ce qui s'était passé quatre ans plus tôt.
« On va avoir un bébé, mais Deborah et moi n'avons pas encore l'intention de nous marier. Maman est gentille mais assez traditionnaliste alors je sais qu'elle le prendra mal quand elle le saura.
- Tu ne lui as pas dit ?
- Elle sait qu'elle va être grand-mère, elle ne sait pas encore qu'elle n'aura pas de belle-fille tout de suite.
- Et qu'est-ce que tu veux que je fasse au juste ?
- Si elle te téléphone pour te demander de me « raisonner »…
- Je te soutiens avec un discours sur les familles modernes et je t'appelle pour te prévenir.
- Et si tu pouvais aussi t'arranger pour que ton père soit de mon côté, ça m'aiderait.
- Papa n'imaginait pas une seule seconde avoir des petits-enfants un jour, je pense qu'il se fichera éperdument que vous vous mariiez ou pas du moment que tu le laisses jouer son rôle de grand-père. »
Finn sourit.
Burt était devenu pour lui le père qu'il n'avait jamais eu. Sans lui il aurait sans doute eu beaucoup plus de mal à remonter la pente après son retour d'Irak – et Dieu savait s'il avait eu du mal à accepter la perte de son œil, les conséquences de cette perte sur le long terme et les cicatrices indélébiles sur son visage. Burt l'avait soutenu, avait encaissé ses colères et calmé ses sanglots sans jamais s'énerver. Finn avait compris pourquoi son frère était tellement prêt à tout pour l'homme qui l'avait élevé. Et savoir qu'il pourrait encore compter sur lui, que ses enfants pourraient également compter sur lui, lui faisait énormément de bien. Parce que Burt Hummel était un homme extraordinaire.
« A trois contre elle, poursuivit Kurt, je pense que nous pourrons faire accepter à Carole l'idée que son fils vive dans le péché.
- Tu es mal placé pour dire ça.
- Certes mais je ne suis que son beau-fils, ça compte pour moitié.
- Burt a déjà eu le dernier mot avec toi ?
- Non mais il ne l'avait pas non plus avec ma mère alors il doit avoir l'habitude. »
Après un nouveau silence, Finn conclut :
« Je vais appeler Rachel avant qu'elle parte travailler.
- Tu me diras comment elle l'a pris ?
- Promis. »
Kurt raccrocha et se retrouva de nouveau seul avec son ordinateur et la souris qu'il allait devoir bouger pour cliquer sur le bouton « envoyer ».
Dans l'un des cadres accrochés au-dessus de son bureau se trouvait une photo prise lors de la finale du concours des chorales 2012. La consécration des New Directions. Rachel était au centre de la photo. Elle tenait le trophée. Son sourire aurait pu illuminer toute une ville. Elle avait fait le pari que Carmen Thibideaux lui accorderait encore une nouvelle chance et viendrait l'entendre chanter. Un pari risqué, gonflé mais qu'elle avait remporté haut la main.
Avant même qu'il n'ait le temps de réfléchir plus longtemps, sa main s'était posée sur la souris et avait envoyé le mail contenant sa lettre de motivation, son curriculum vitae, son book et peut-être un avenir plus conforme à ses rêves.
Sur l'île de Manhattan, dans les bureaux de Vogue, la messagerie d'Isabelle Wright lui annonça l'arrivée d'un nouveau message.
A suivre...
Ce chapitre devait comporter encore une partie mais je lui trouvais une belle unité donc j'ai préféré le laisser tel quel.
Merci aux lecteurs qui n'ont pas encore fui à cause de ma lenteur d'escargot et continuent de me lire.
