Ils étaient rapidement arrivés en ville et s'étaient rendus à l'hôtel où Brakenreid, George et Julia avait été supposés loger le temps de leur séjour à Winnipeg. Ils aidèrent William, toujours mal en point, à descendre du fiacre et à se rendre dans le bâtiment.
-Il nous faudrait une quatrième chambre, lança l'Inspecteur.
-Vous ne voulez pas plutôt l'emmener à l'hôpital? Lança l'hôtelier en regardant William soutenu par Julia et George, parce qu'il a l'air vraiment mal en point.
-Pas l'hôpital, grommela l'Inspecteur Murdoch.
-On a un médecin sous le coude, répondit Brakenreid, alors vous avez encore une chambre de libre?
-Oui, sur le même palier que les vôtres.
-Parfait, soupira Brakenreid en prenant les clés qu'il lui tendait.
Ils rejoignirent alors l'ascenseur et y montèrent tous les quatre. Une fois à l'étage, ils entrèrent dans la chambre, la plus proche des quatre. A l'intérieur, ils se dirigèrent vers le lit alors que Brakenreid regarda la chambre avec intérêt.
-Plutôt jolie, la mienne est plus petite.
Mais ses collègues ne lui prêtèrent pas la moindre attention, accompagnant William jusque sur le lit pour le faire asseoir dans un soupir de douleur.
-George, pouvez-vous m'aider à le déshabiller s'il vous plait? Murmura Julia.
Son ami acquiesça simplement et retira les chaussures de William alors que la jeune femme s'apprêta à lui ouvrir son pantalon. Il posa ses mains sur les siennes et leva les yeux vers elle. Lorsqu'elle croisa son regard, elle se figea sur place.
-Je ferai mieux de chercher du linge propre pour nettoyer tes blessures, n'est-ce pas? Murmura-t-elle du bout des lèvres.
William acquiesça et Julia s'éloigna aussitôt afin de se rendre dans la salle de bains adjacente dans laquelle l'Inspecteur Brakenreid admirait la décoration.
-Il vous faut votre sac de médecine pour soigner Murdoch?
-Oui, il est resté à son hôtel, il y aura des produits désinfectant, des seringues, des bandages.
-Je vais demander à Crabtree de le récupérer et de ramener les affaires de Murdoch par la même occasion.
-Merci, murmura Julia en remplissant une bassine d'eau et en cherchant des serviettes propres.
Brakenreid n'attendit pas une seconde de plus pour quitter la pièce, ce qu'elle fit quelques courtes minutes plus tard, tenant à bout de bras la bassine.
Elle arriva dans la chambre à nouveau et trouva William assis dans le lit, le dos au montant en tissu sombre, une couverture montant jusque sur sa taille. Elle lui sourit et approcha de lui doucement, remarquant qu'il était seul. Elle posa la bassine sur la table de chevet avant d'y tremper un linge et de le porter vers le jeune homme qui la regardait simplement en silence.
Elle appliqua le linge sur sa peau et il ferma les yeux à ce contact en souriant timidement. Julia en fit autant, le regardant quelques secondes avant de s'appliquer à nettoyer son torse, observant avec intérêt le chemin que faisait le linge humide. Elle remarquait que parfois William se tendait en étouffant un soupir de douleur lorsqu'elle s'approchait de certaines blessures. Elle profita du fait qu'il avait les yeux fermés pour se pencher sur son visage et nettoyer le sang qui s'y trouvait encore.
-As-tu des blessures sur les jambes ou le dos?
-Le dos, murmura William en ouvrant les yeux, mais ça ira Julia je…
-Redresse-toi, ordonna-t-elle pourtant avec tendresse.
-Elles ne sont pas profondes et…
-Et elles pourraient s'infecter, coupa la jeune femme, je dois te les nettoyer et lorsque George me rapportera mon sac je te les désinfecterai également, je ne veux pas que ton état s'aggrave dans les prochains jours.
-Tu as apporté ton sac de médecine?
-Je te connais Inspecteur, répondit Julia en souriant, je savais que tu ne serai pas prudent.
-Dit, celle qui a traversé la moitié du pays en sachant qu'elle se jetait dans un piège pour venir me retrouver dans un cabane abandonnée sans avoir pris la peine d'appeler des renforts.
-J'ai laissé un mot avant de quitter ta chambre, s'offusqua Julia, et j'avais une arme, et maintenant, redresse-toi.
Il soupira en secouant la tête de gauche à droite quelques instants avant de lui obéir, tant bien que mal. Julia se pencha au-dessus de lui, plaçant une main sur son torse pour l'aider à se tenir dans cette position. Il lutta quelques instants en se mordant les lèvres, mais pourtant, il savoura la sensation des doigts de Julia sur la peau de son dos et celle de son torse. Il sentit une fois encore une mèche de ses cheveux caresser sa joue tant elle était proche et il ferma les yeux pour savourer cette proximité. Puis, elle le fit s'allonger à nouveau, laissant glisser le linge dans la bassine à nouveau mais n'enlevant pas sa main qui se trouvait sur sa peau.
Il la regarda alors avec attention, avant de se saisir doucement de sa main et de resserrer ses doigts dessus. Julia le regarda enfin et il ne put s'empêcher d'écarter doucement cette mèche de son visage pour la placer derrière son oreille.
-Je pensais ce que je t'ai dis dans cette prairie Julia, dit-il doucement en laissant sa main caresser ses cheveux, je t'admire. Tu es une femme forte et courageuse, scandaleuse et impétueuse, bornée, douce, aimante, compatissante, et belle, incroyablement belle.
Elle lui sourit timidement et doucement il approcha son visage du sien pour venir caresser son nez avec le sien.
-Tu as été incroyable aujourd'hui. Mais j'ai peur que cela ne te poursuive toute ta vie. Tu as tué un homme Julia.
-Cet homme menaçait ta vie, il m'a fait du mal plusieurs fois. Il y a quelques années j'ai tué un homme William, pour me défendre et j'en ai éprouvé des remords mais pas aujourd'hui. Je savais qu'en prenant cette arme j'allais m'en servir contre lui.
-J'ai compris que tu avais une idée derrière la tête, dit-il en souriant, tu avais ce regard que tu as parfois.
-Je devais le tuer, pour nous, et je suis en paix avec moi-même.
-Tu es la femme la plus incroyable qu'il m'est été donné de rencontrer, mais promets moi que si un jour des remords te hantent, que si tes nuits sont envahies de cauchemars, tu m'en parleras.
-Je te le promets, murmura Julia doucement en caressant sa joue.
Il lui sourit et se pencha vers elle pour venir effleurer ses lèvres avec les siennes quelques secondes.
-Tu es blessé William, tes lèvres…
-Rien n'est plus doux que tes baisers, coupa doucement le jeune homme sur ses lèvres avant de les embrasser tendrement, et je veux les connaitre le restant de mes jours.
-Eh bien en attendant je te conseille de te reposer.
-Je ne peux pas lorsque tu te trouves avec moi.
-Tu as été aux portes de la mort William, lança Julia en s'éloignant un peu de lui, nous aurons tout le temps de nous aimer plus tard, mais repose-toi je t'en prie.
-Accorde-moi un baiser, rien qu'un baiser dit-il presque suppliant en souriant.
Elle en fit autant et ne résista pas plus longtemps, s'emparant de ses lèvres et juste après glissant sa langue dans sa bouche pour un long et profond baiser qui leur fit tout oublier si ce n'était l'amour qu'ils se portaient.
-J'ai votre sac Docteur et…
Ils se séparèrent en un bond lorsque George entra dans la pièce. Ils le regardèrent simplement et le jeune homme resta là, debout, en silence.
-Amenez-le moi s'il vous plait, lança Julia le plus innocemment du monde, William doit être soigné rapidement.
George approcha et Julia fouilla dans le sac quelques instants avant de sortir le matériel nécessaire pour prendre soin de William.
-Je vais chercher le reste de vos affaires, j'ai amené les vôtres également Monsieur, à dire vrai, il n'y avait pas grand-chose dans votre chambre. Je vous ramène tout ici, c'est en bas dans le hall.
Le couple acquiesça simplement et dans un raclement de gorge, George quitta la pièce, fermant la porte derrière lui. Dès lors, Julia n'adressa plus un regard à William, tentant de se concentrer sur sa tâche et de ne pas succomber à son corps qu'elle savait presque nu devant elle. Elle tentait de ne pas être attiré par l'envie d'embrasser son torse, par l'envie de retirer la couverture qui le recouvrait pour lui faire l'amour. Elle luttait de toutes ses forces et lorsqu'elle sentit une main du jeune homme caresser sa cuisse et remonter doucement sur sa hanche, elle ne pu s'empêcher de se mordre la lèvre.
-Ne fais pas ça William, je t'en prie. Tu dois vraiment te reposer et…
Il ne répondit pas et s'empara une fois encore de sa main pour venir y déposer des baisers en plongeant son regard ans le sien.
-J'étais également sérieux lorsque je te disais que je t'aimais et que je voulais t'épouser.
-Je l'étais en te disant qu'il faut que tu te repose.
Il ne répondit pas et deux coups furent portés sur le bois de la porte.
-Docteur? Inspecteur? Puis-je entrer?
Ils échangèrent un regard et rirent doucement alors que Julia quitta le lit.
-Oui George, lança William.
Il entra avec les sacs qu'ils avaient apporté et Julia se chargea de ranger ses affaires, puis, elle se tourna une fois encore vers William.
-Repose-toi, je t'ai donné une dose d'héroïne, ça va un peu t'assommer mais ça atténuera les douleurs. Je vais dans ma chambre pour me faire un brin de toilette et me changer, je repasserai voir ton état plus tard.
Il acquiesça et Julia lui sourit avant de passer à côté de George et de prendre sa propre valise.
-Merci George, dit-elle doucement avant de quitter la pièce et accordant un tendre regard à William avant de sortir.
Il fixa quelques instants l'endroit où elle s'était tenue, ne remarquant pas la présence de George qui le regardait encore.
-Bon je vais vous laisser dormir Monsieur, dit-il doucement, comme le Docteur a dit, ajouta le jeune homme en se dirigeant vers la porte.
-Avant cela, j'aurai un service à vous demander George si ça ne vous dérange pas.
-Je vous écoute.
-Il reste quelques pièces dans la boite en bois que vous voyez là-bas, pouvez-vous aller me chercher de quoi dîner avec ceci? Du pain, du jambon, ce que vous pourrez payer avec, oh et une bouteille d'absinthe également.
-Bien Monsieur, répondit le jeune homme en ouvrant la boite.
Il prit les pièces entre ses doigts ainsi qu'un morceau de cuir tressé et noué pour former un cercle.
-Et donnez-moi ceci aussi.
-Vous en avez besoin pour une invention? Lança George en se penchant vers lui pour lui tendre. C'est très beau, on dirai une bague.
Il croisa le regard de William qui lui sourit d'un air pourtant gêné.
-Je vois, murmura George en souriant également, je tâcherai de trouver ce que vous me demandez et je ferai le tour du parc le plus proche, histoire de voir s'il y a un coin hors de la vue des regards où vous pourrez être tranquille une heure ou deux.
-Merci George, répondit timidement William.
Il lui sourit une fois encore et quitta la chambre, le laissant seul. William ferma aussitôt les yeux, savourant enfin le calme, la chaleur, la paix. L'héroïne devait faire son effet, la fatigue également car en quelques secondes, il s'endormit paisiblement.
à suivre...
