Voici le chapitre 7, et j'en profite pour remercier tous ceux qui m'ont reviewée, cela me touche beaucoup. N'hésitez pas à me contacter pour poser vos questions, j'y répondrai avec plaisir.

Chapitre 7 : Les pièces du puzzle

« Personne n'est obligé de tout accepter

On peut sans rien renier vouloir avancer

Qu'importe le passé qu'on porte derrière soi

On n'peut pas croire que les portes ne s'ouvrent pas »

V. Petrosillo, C. Andria, Le Roi Soleil

Jamir, 18 septembre 1972

Mû, boueux et sanglant, se relevait une fois de plus face à Shion impassible. Les bras croisés, il le regardait en disant :

« Tu es encore trop lent, Mû… »

L'enfant avait les yeux brûlants à force de retenir ses larmes de douleur, et il s'assura sur ses petites jambes. Comment faire pour enfin atteindre cette force qu'il savait sommeiller en lui ? Il avait pu seul faire appel à son pouvoir de guérison, mais, cette fois, la proximité de Shion et son regard sur lui le paralysait. Il écarta les bras, ferma les yeux en laissant son aura jaillir librement de lui, et s'écria :

« Starlight Extinction ! »

Shion se protégea immédiatement par un Crystal Wall, mais dut reconnaître que Mû avait atteint un degré supérieur dans la puissance. Pendant des mois il avait erré dans le doute, et ses pouvoirs avaient stagné, mais ce passage à vide semblait être terminé à présent. Il avait pris de l'assurance tout en conservant son caractère calme et contemplatif…

Shion sourit légèrement et dit à l'enfant :

« Voilà, je crois que tu as compris à présent… »

La Starlight Extinction était à présent à la portée de l'enfant, même s'il devrait encore s'entraîner pour appréhender tous ses aspects et en libérer toute la puissance. Par contre, ce n'était pas encore le cas pour la Stardust Revolution, attaque surpuissante qui nécessitait de créer en soi-même une galaxie et que Shion n'avait utilisé que deux ou trois fois dans sa vie…

Mû passa sa main sur une estafilade qui saignait sur son front, et la fit disparaître sans vraiment le vouloir. Shion, qui l'avait observé, lui dit alors :

« Hé bien, on dirait que tu as trouvé tout seul le moyen de guérir au toucher… »

Comme pris en faute, l'enfant sursauta et jeta sur son maître un regard qui en disait long sur sa crainte. Mais Shion n'avait aucune intention de le punir, au contraire, il était immensément fier de lui…quelle surprise son fils allait-il encore lui réserver ?

Il regarda l'enfant qui se tenait debout devant lui :

« Très bien, tu as encore fait des progrès, mais tu es encore loin d'être prêt à revêtir ton armure. Tu ne maîtrises pas encore les attaques, même si tu sais à présent te défendre, et, si tu sais guérir une estafilade, ton pouvoir est encore en bouton… »

Le visage de Mû se ferma, mais Shion dit :

« Devenir un chevalier d'or est un travail de longue haleine, tu le sais… »

Il s'interrompit un instant et reprit :

« Je t'ai appris ce qu'était le Crystal Wall, ce mur invisible créé par la force de ton esprit et alimenté par ton cosmos, mais il en existe une variante, le Crystal Net. La technique est la même, mais, au lieu de faire un mur uniforme, tu tisses autour de ton adversaire un filet qui le retiendra prisonnier… »

Il prit un bâton et en traça le motif sur le sol :

« Son seul problème est que tu ne peux pas le tracer en une seule fois, tu as besoin de te déplacer pour le faire…essaie sur moi… »

Le petit garçon hocha la tête, montrant qu'il avait compris les explications de son maître, puis s'exécuta. Son premier essai fut peu concluant mais le second ressemblait peu ou prou à ce que Shion voulait. D'un mouvement de bras, celui-ci se libéra du filet mental et dit :

« Bien, tu en as compris le principe, mais, comme pour le Crystal Wall, tu devras encore t'entraîner pour y mettre toute ta force psychique, et surtout apprendre à jouer de l'effet de surprise, car tes adversaires ne s'attendent pas à soit être emprisonnés soit que leurs attaques leur reviennent dessus… »

Mû le regardait, écoutant avec attention tout ce qu'il lui disait, et il sourit soudain, faisant briller les paillettes d'or de son regard. Il le regarda et dit :

« Avec ça, maître, je serai l'homme le plus fort du monde, puisque personne n'a de force psychique comme la mienne… »

Attendri par le sursaut de fierté de son fils, Shion lui répondit calmement :

« Parmi les chevaliers d'or, oui, mais tu pourrais rencontrer des adversaires plus forts que toi, ne l'oublie jamais…tu dois toujours être sur tes gardes, et trouver rapidement leur point faible, cela je te l'ai déjà dit… »

Mû fit une petite grimace :

« Mais, maître… »

Shion s'agenouilla devant lui :

« Aucun de vous ne doit prévaloir sur l'autre, Mû, vous combattez tous pour la même cause, et cela vous ne devez pas l'oublier… »

Enfin, c'était bien normal d'avoir ce genre de réaction pour un enfant de six ans…

Le Sanctuaire, 26 septembre 1972

C'était le conseil hebdomadaire des grands maîtres, et, comme le voulait leur rang, les nouveaux chevaliers d'or y assistaient. Près de Saga, digne et calme, se tenait Aioros, au regard intéressé, puis Shura, Aphrodite et enfin Deathmask. Celui-ci, qui ne prêtait aucune attention à la conversation, soupirait à décoller le crépi de la salle de réunion. Il s'ennuyait à mourir dans ce genre de réunion, qui n'avait selon lui aucun intérêt, seule comptait l'action. Le Cancer avait un caractère indépendant, mais ne pouvait tout de même pas se soustraire à ses obligations, aussi ennuyeuses fussent-elles, en tout cas pas pendant sa période de fin d'enseignement, mais il se jura qu'une fois chevalier d'or de plein droit il n'assisterait plus à aucune réunion de ce genre, ça jamais !

Pourtant, les sujets traités dans ces réunions étaient des plus sérieux, et avaient trait à la gestion du Sanctuaire dont se chargeaient les grands maîtres ordinairement, surtout en l'absence de Shion. Celui-ci avait fait savoir qu'il reviendrait dans quelques mois, mais sans donner davantage de détails…

Androgeio des Voiles, grand maître du signe du Taureau, leva sa haute taille et dit :

« Il faut qu'on revoie le mode de gestion des stocks de nourriture, des maîtres sont venus me dire qu'il y avait eu des problèmes au camp récemment… »

Youri du Réticule, grand maître du signe du Verseau, intervint :

« Et comment veux-tu faire ? Il nous faut faire avec ce que nous avons pour l'instant, nous ne serons livrés que le mois prochain, quand les fonds nationaux seront disponibles, et nous avons dû rationner quelque peu… »

Androgeio rugit :

« Tu laisserais des enfants mourir de faim ? On ne manque pas d'argent à ce point-là, non ? «

Youri, imperturbable, continua :

« Mourir de faim ? Nous n'en sommes pas encore là, et j'ai demandé au Grand Pope d'autoriser l'accès aux fonds de réserve … »

Pedro de la Règle, grand maître du signe du Capricorne, éleva alors la voix :

« TU as demandé ? Cela doit être une décision collégiale, il me semble ! Tu n'avais pas le droit ! »

Youri se leva et, dardant ses yeux bleus dans les yeux sombres de l'Espagnol, répliqua :

« J'ai fait ce qu'il fallait faire, ce n'est tout de même pas un drame, il me semble ! »

Androgeio, furieux, pointa le doigt vers son pair en rugissant :

« Nous sommes censés être un groupe, et je n'aime pas ta façon de jouer en solo ! »

Chiron de la Flèche se leva alors et, écartant les bras, dit :

« Assez, messieurs, cela ne rime à rien de se disputer…Androgeio, nous allons faire ce qu'il faut, et Youri, tu as eu raison même si tu n'avais pas le droit d'agir sans nous en parler… »

Chiron, de loin le plus calme de tous, était aussi le plus charismatique, et cela sembla agir sur les belligérants qui se rassirent.

Les grands maîtres n'étaient pas coutumiers de ce genre d'éclat mais, plus l'échéance de la réincarnation de la déesse approchait, plus ils étaient nerveux et le moindre détail pouvait mettre le feu au brandon de la Discorde. Beaucoup d'entre eux auraient souhaité que le Grand Pope revienne, mais il leur avait fait répondre que c'était encore trop tôt, que sa mission n'était pas encore terminée. En attendant, ils gèreraient en essayant d'éviter de se disputer trop souvent…

Jamir, 13 octobre 1972

Le jour n'était pas encore levé, mais déjà Shion ne dormait plus. Seulement vêtu d'une tunique de khadi, il était assis devant la petite table de son bureau et écrivait méthodiquement une lettre à Dohko. Il aimait le faire à cette heure qu'il appréciait par dessus toutes, qui lui appartenait en propre, avant que Mû ne s'éveille et ne nécessite alors toute son attention. A cette heure, il pouvait être lui-même, et non pas la figure du maître qu'il s'imposait en face de son fils.

De son poignet souple et tranquille, il mit le point final à la lettre qu'il relut :

« Dohko, mon cher ami,

Voilà un petit moment que j'ai reçu ta lettre, mais voici que je te réponds seulement et je te demande de m'excuser de mon retard. Je suis heureux de savoir que tu te portes bien, profites-en, tu as bien de la chance. De ce côté-là, je n'ai pas trop à me plaindre, le dernier examen cardiaque que l'on m'a fait était normal et je me sens très bien.

Je passe ici mes derniers mois avant de retourner au Sanctuaire pour y attendre la réincarnation de notre déesse. Les étoiles sont cependant encore très floues, même si nous en sommes très proches, je ne sais pourquoi, l'avenir m'est voilé…

Mû progresse bien, et je pense que je pourrai lui faire bientôt passer son épreuve d'armure, mais, malheureusement, pas avant notre départ pour le Sanctuaire. Je devrai donc continuer à l'entraîner là-bas, ce qui nécessitera une certaine gymnastique de ma part, mais je ne doute pas d'y parvenir. Si tu le voyais, mon ami ! Il a encore grandi, et il ressemble vraiment de plus en plus à Arzaniel, non seulement physiquement mais au niveau du caractère. Lui aussi ne sait pas écrire sans se tacher et n'accorde pas beaucoup d'importance au soin…

Je ne peux pas m'empêcher de penser à sa mère quand je le regarde, elle serait tellement fière de lui ! A sa mémoire, je me dois de faire de lui quelqu'un de bien, ou au moins d'initier cette tâche. Si je dois mourir avant d'avoir fini, j'aimerais que tu la mènes à bien, c'est la seule faveur que je te demanderai jamais, non pas pour moi, mais pour Arzaniel qui a donné sa vie pour lui…

Je ne doute pas que tu l'apprécies également, Mû est un petit garçon ouvert et aimable, poli et qui – selon Egesh – me ressemble. Il sera un chevalier d'or capable, je le vois davantage chaque jour. Son caractère s'est affermi ces derniers temps, mais, même s'il combat bien, il reste calme et contemplatif, appliqué à l'étude.

Je crois que lui et moi avons trouvé un certain équilibre, mais je ne peux oblitérer totalement le fait qu'il est mon fils, et que cela me donne des devoirs envers lui, encore plus que s'il n'était que mon élève. S'il m'arrivait quelque chose, je sais que tu saurais le prendre en charge aussi bien que moi…

Nous irons bientôt au Sanctuaire, où il fera la connaissance de ses condisciples. Leur entraînement progresse lui aussi, et les grands maîtres sont optimistes. Par contre, j'aimerais être plus précis quant à la date de la prochaine guerre sainte, afin de savoir combien de temps il nous restera pour finir de les former à leur charge. Te rappelles-tu ce temps-là ? Comme nous étions jeunes et insouciants ! A présent nous devons transmettre le flambeau, comme c'est notre devoir, et nous devrons rester seuls jusqu'à la fin comme nous l'impose notre destin…

Porte-toi bien, mon ami, je t'écrirai dès que j'aurai du nouveau à t'apprendre, et ne t'inquiète surtout plus pour moi, je vais bien, je crois que mes blessures intérieures commencent à se cicatriser à présent…

Que Bouddha t'aide et te guide !

Shion »

Ceci fait, il cacheta la lettre, conscient d'avoir fait là quelque chose d'important. Nul ne savait ce qui pouvait arriver, et il se sentait davantage tranquille d'avoir confié Mû à Dohko. S'il lui arrivait quelque chose, son ami de toujours serait à même d'aiguiller le petit garçon aussi bien qu'il l'aurait fait lui-même…

Cela ne servait à rien de se voiler la face, sa vie prendrait fin dans peu de temps, nul ne pouvait vivre indéfiniment, fût-il atlante, et il devait penser au devenir de son enfant. S'il continuait à progresser ainsi, Mû serait bientôt prêt à assumer sa tâche, et deviendrait après lui le seul homme sur Terre à pouvoir régénérer les armures sacrées. Pourtant, même après son épreuve d'initiation, il ne sera pas totalement chevalier d'or, il lui faudra encore mûrir et grandir avant de pouvoir assumer l'ensemble de ses tâches…

Il laissa le silence de la maison l'imprégner, l'apaiser au commencement de cette nouvelle journée. Il ferma les yeux, seulement attentif à sa respiration, et fit quelques mouvements de yoga, comme tous les matins. Cela lui était nécessaire pour parvenir à garder son humeur égale toute la journée face à son fils, et, lorsqu'il ouvrit de nouveau les yeux, il était serein…

Il se leva alors, et alla déposer un bâton d'encens devant la statue de Bouddha qui ornait un coin de son bureau avant de prier un moment, la tête inclinée. C'était une action qu'il faisait tous les matins en souvenir d'Arzaniel, pour que son âme repose en paix. Il ouvrit les yeux, et prit dans sa main l'alliance qui était suspendue à son cou au bout d'une chaîne, symbole de leur union dont il ne se séparait jamais. Ils avaient été mariés à peine deux ans avant que la mort ne la lui enlève brutalement, mais elle avait fait de lui un autre homme en lui révélant son côté humain et en lui permettant de l'assumer enfin totalement. De cet amour ne lui restait plus que des souvenirs et un enfant à amener jusqu'à l'âge d'homme. Il avait passé le cap le plus difficile à présent, et, si sa souffrance était encore présente en lui, il l'avait enfin intériorisée et assumée…

Il pria encore devant la statue, puis résolut de s'habiller et d'aller réveiller Mû. Récemment, on lui avait amené plusieurs armures d'argent dont les porteurs s'entraînaient actuellement, et il devait les réparer, excellente occasion pour son petit apprenti de s'exercer. En effet, c'était un aspect qu'il n'avait qu'assez peu abordé jusque-là, et il était vraiment temps à présent…

Il regagna sa chambre, fit sa toilette avec de l'eau fraîche qui le revigora et s'habilla tranquillement d'une tunique de laine et d'un châle de cachemire. Puis il entra dans la chambre de Mû, qui dormait encore en cette heure plus que matinale. Généralement, l'enfant se réveillait seul mais un peu plus tard, ce qui expliquait qu'il sommeillait encore…

Une petite veilleuse posée à son chevet par Egesh afin de chasser les mauvais rêves éclairait le visage de l'enfant endormi, et Shion, attendri ainsi qu'étreint par l'émotion, resta un moment immobile à le contempler. Mû ronflait légèrement, la bouche ouverte, le visage serein, encore plongé dans ses rêves d'enfant. Avec un soupir, il fit abstraction des souvenirs qui revenaient en foule à son cerveau et, d'un geste léger, secoua l'épaule de l'enfant :

« Réveille-toi, Mû, il est temps de t'entraîner… »

Avec difficultés, le petit dormeur ouvrit des yeux encore embrumés avant de dire d'une voix pâteuse :

« Je…j'arrive, maître… »

Il était entre sommeil et réveil, et fixait son père sans paraître tout à fait comprendre sa présence à son chevet. Shion insista :

« Allons, dépêche-toi ! »

Mû enfin se réveilla complètement, et Shion sortit pour gagner la salle principale, au premier étage. Egesh y allumait déjà les feux, mais se montra surpris de voir son maître déjà levé. Shion lui fit un signe :

« Prends ton temps, mon ami, nous mangerons le petit déjeuner plus tard… »

Mû descendit alors, habillé de sa tunique d'entraînement en laine, et Shion lui dit :

« Nous allons à l'atelier… »

Une fois arrivés dans cette grande pièce qui formait le soubassement de la maison, il abaissa le regard sur lui en disant :

« Je t'ai appris les bases de la réparation des armures, mais tu es encore loin d'en savoir tous les secrets alors, comme on m'en a apporté récemment, nous allons combler cette lacune… »

L'enfant était intrigué, mais le fixait d'un regard encore à demi endormi. Shion continua en allumant les torches, faisant sortir de l'ombre une armure endommagée posée sur un établi de bois circulaire:

« Tu sais déjà qu'une armure vit et meurt, et que, le cas échéant, il faut du sang de chevalier pour la ressusciter, cela je te l'ai déjà dit. Par chance, celle-ci, qui est celle de la Baleine, n'est pas morte, il ne s'agit là que de réparations… »

Il désigna les pots de métal qui étaient soigneusement posés sur une étagère, à portée de sa main, et les outils étincelants :

« Je t'avais déjà mentionné les matières que nous utilisons : de l'orichalque, de la poussière d'étoiles et du gammanium. Ils sont rares, aussi dois-tu les utiliser avec parcimonie… »

Fasciné, l'enfant passa la main sur le métal de l'armure, et Shion le laissa prendre contact avec l'entité, persuadé que cela vaudrait beaucoup plus pour sa compréhension que tous les discours qu'il pourrait faire…

Tranquillement, Mû fit glisser sa petite main sur l'armure, percevant au contact ses pulsations de vie, le sang qui circulait en elle. Il appliquait ce qu'il avait fait par instinct pour guérir un oiseau blessé, restaurer la force de vie à l'aide de son pouvoir particulier, mais, s'il n'y parvint pas, il réussit à ressentir les défauts de force, là où l'armure était fissurée ou brisée invisiblement. Son instinct de futur réparateur s'aiguisait ainsi, sans qu'il en ait vraiment conscience…

Shion le laissa encore un moment, puis lui dit :

« Tu sais à présent là où l'armure a besoin de se régénérer, tu l'as perçu, il te reste à guérir ses plaies…regarde bien… »

Il prit de la poudre d'orichalque en main, qu'il étala consciencieusement aux endroits les plus abîmés et que l'armure absorba rapidement, comme une peau brûlée absorbe un corps gras. Normalement, l'orichalque, essence de météorite, brûlait sévèrement la peau de qui le touchait, mais – et c'était l'une des caractéristiques du peuple atlante – il n'en subissait pas les effets.

Mû observait chaque geste de son maître, les enregistrant soigneusement. C'était dans des moments comme celui-ci que Shion lui paraissait le plus grand, au-dessus de l'humanité même, et qu'il lui inspirait le plus de respect. Les reflets du métal donnaient à ses yeux pourpres l'intensité de l'or liquide, et son aura l'entourait, le grandissant encore…

Shion abaissa de nouveau le regard, avisa une caisse qui traînait non loin et la mit près de lui, faisant signe à Mû de monter dessus. L'enfant s'exécuta, et il lui dit :

« A toi, à présent… »

D'un geste maladroit, l'enfant prit de l'orichalque dans sa main, laissa apparaître sa propre aura dorée et répandit le précieux métal sur les fissures de l'armure, conscient du regard de son maître sur lui. Ce n'était pas qu'il le craignît beaucoup, ce temps-là était passé, mais il l'impressionnait encore énormément, même s'il en était venu à ressentir de la tendresse à son égard. Concentré à l'extrême, il put sentir le métal de l'armure reprendre un peu de force…

Shion, alors, prit du gammanium et dit :

« Nous allons parachever l'action de l'orichalque en utilisant ceci. C'est du gammanium, qui va aider l'armure à se régénérer… »

Il expliqua :

« Le gammanium est un métal extrêmement rare, qui n'est même pas dans la table des éléments et qui vient en droite ligne de l'ancienne Atlantide, on ne le trouve encore que des deux endroits au monde. Il a été utilisé dans l'alliage qui a servi à créer les armures, voilà pourquoi nous l'utilisons pour leur régénération…»

Il en prit une poignée et, d'un geste souple du poignet, en répandit sur l'armure en insistant bien sur les endroits les plus endommagés. Mû, stupéfait, vit les fissures et les micro-fissures commencer à disparaître, comme une cicatrisation accélérée…

Il demanda :

« Maître, combien de temps faut-il pour la réparer ? »

L'Atlante regarda son fils :

« Cela dépend de son état, cela peut aller d'une heure à plusieurs jours ou même plusieurs mois. Il faut tenir compte aussi de la qualité de l'armure, une armure d'or ne se guérira pas de la même façon, mais, malheureusement, je ne pourrai t'apprendre à le faire, toutes sont déjà réparées. Si cela t'arrive, tu devras compter sur ton instinct, Mû… »

Il désigna les quelques pandora boxes qui se trouvaient non loin de lui et dit :

« On m'a amené récemment quelques armures de bronze et d'argent à réparer, tu vas pouvoir travailler dessus avec moi… »

Certaines des armures ne nécessitaient qu'une cure de régénération, mais d'autres devaient subir tout un processus complexe de reconstitution, beaucoup plus long. Aucune, par chance, n'était morte, aussi une partie de l'enseignement donné à l'enfant resterait théorique pour l'instant.

Mû leva alors les yeux sur son maître, et demanda :

« Maître, est-ce que…la personne qui donne le sang pour ressusciter une armure morte survit ? »

Shion regarda l'enfant et répondit :

« Cela dépend de sa force vitale, certains ne meurent pas mais peuvent rester longtemps dans un coma profond… »

Mû était assez intrigué par cela. Shion lui avait dit que, si les chevaliers d'or du Bélier pouvaient guérir les blessures, ils ne pouvaient ressusciter les morts, et c'est pourtant ce qu'ils faisaient avec les armures. Cela était assez difficile à appréhender pour lui, et, après avoir hésité, il posa la question à Shion :

« Comment est-ce que nous pouvons ressusciter les armures alors que nous ne pouvons pas réveiller les morts humains ? »

Shion, qui avait senti l'hésitation de son fils, ne se doutait pas du tout qu'il lui poserait cette question, bien grave pour un enfant de son âge. Il choisit soigneusement ses mots et dit :

« Nous ne sommes pas des dieux, voilà pourquoi…ressusciter les morts humains est l'apanage des divinités… »

L'explication convint à Mû, qui resta silencieux, méditant ce que son père venait de lui dire. Il avait compris depuis bien longtemps qu'un chevalier d'or était un homme malgré ses grands pouvoirs, et ceci en était une preuve éclatante. Pourtant, ceci était bien compliqué pour son entendement d'enfant, et il se sentait quelque peu embrouillé…

Comprenant cela, Shion prit un autre pot dans sa main et dit :

« Voici ce qui va te permettre de parachever la réparation : la poussière d'étoile, encore plus rare que les ingrédients que j'ai utilisés auparavant… »

Il en prit une pincée entre ses doigts, et la lumière qui en jaillit vint éclairer les paillettes d'or du regard de Mû. L'enfant écarquilla les yeux, et Shion acheva :

« Il te faut la saupoudrer sur toute la surface de l'armure afin de lui rendre son lustre et augmenter sa solidité… »

Positionnant ses mains l'une sur l'autre, il lui indiqua comment faire, puis le laissa faire à son tour avant de dire :

« Très bien, il faut laisser cette armure se régénérer à présent, passons à une autre… »

Cette armure, celle du Lionnet, était brisée de toute part et n'avait plus de casque. Il la positionna sur l'établi et dit :

« Très bien, tu vas utiliser les produits sur cette armure, puis je t'apprendrai à reconstituer les pièces perdues avec les outils… »

Mû tendit la main vers les pots de métal brillant, mais Shion lui dit :

« Réparer une armure te nécessitera beaucoup d'énergie, car tu devras utiliser ton cosmos pendant toutes les étapes, n'oublie jamais cela. Cela veut donc dire que tu ne pourras pas le faire si tu es trop affaibli, sinon tu mettras ta propre vie en danger… »

Le ventre de Mû qui gargouilla les rappela brutalement à la réalité. Honteux, il regarda son maître, persuadé d'avoir une réprimande, mais Shion ne releva pas et dit :

« Allons prendre le petit déjeuner, nous travaillerons après… »

Il savait que l'enfant aurait besoin de toutes ses forces…

Le Sanctuaire, 15 novembre 1972

Aioros, assis à l'ombre sous un dais, lisait l'un des rapports donnés par les grands maîtres, ainsi que Saga. Tous deux prenaient à cœur leur devoir, mais on ne pouvait en dire autant des trois autres. Deathmask soupirait bruyamment, Shura tentait de s'intéresser au rapport sans grande conviction et Aphrodite, lui, regardait carrément une mouche voler.

Saga, que les soupirs de Deathmask commençaient à énerver, releva la tête et lui dit :

« Même si ça t'ennuie de faire ça, tu pourrais au moins être plus discret… »

L'Italien leva le regard sur lui :

« Mais à quoi ça peut bien servir, tout ça ? Toute cette paperasserie est inutile ! »

Aioros, qui n'avait encore rien dit, répondit de son ton égal :

« Si tu as une autre solution pour gérer toute cette machinerie administrative, je te prie de nous la donner, sinon, de la subir comme nous… »

Le chevalier d'or du Cancer se tut, mais Aioros et Saga savaient qu'il n'en pensait pas moins. Tous deux ne s'entendaient pas très bien avec lui, qui d'ailleurs l'aurait pu avec un tueur psychopathe ? Aphrodite et Shura subissaient ses sautes d'humeur, sans parfois oser lui rabattre son caquet comme leurs aînés le faisaient.

Tous quatre n'étaient encore que des enfants, mais déjà se faisaient jour en eux les adultes qu'ils seraient dans peu de temps…

Jamir, le 4 décembre 1972

Shion prit dans sa bibliothèque privée un vieux manuscrit qu'il amena à Mû en disant :

« A présent que tu parles la langue atlante passablement, je vais t'apprendre à la lire, comme mon maître le fit pour moi… »

Bien sûr, Mû savait qu'il était un atlante, mais sa langue maternelle était le tibétain que lui avaient appris Dolma et Dorjee quand il était petit. Lorsque Shion l'avait repris avec lui, il lui avait appris à parler l'atlante de façon courante mais l'enfant ne savait ni l'écrire ni le lire. En effet, Shion avait préféré mettre l'accent sur l'apprentissage des autres langues et principalement du grec, nécessaire à l'enfant pour ensuite communiquer avec ses pairs. A présent que l'enseignement de Mû était plus que très avancé, il était temps de lui transmettre le flambeau, l'esprit du peuple atlante…

Mû prit le manuscrit que lui tendait son père et le déroula avec précautions, car il avait compris qu'il était très ancien. Les lettres alambiquées de l'écriture atlante étaient soigneusement tracées, et chaque tête de chapitre enluminée d'or et de couleurs vives. Shion expliqua :

« Ceci a été transmis depuis des siècles par les membres de notre peuple, et tu devras toi aussi préserver notre culture… »

Patiemment, il lui désigna chaque signe avec sa prononciation, et Mû répéta derrière lui du mieux qu'il put, essayant d'enregistrer la signification de chaque caractère…

A SUIVRE