Titre – Ghoster's

Auteur – FicAndRea

Public – Pour l'instant (et je pense que cela concernera toute la fanfiction), je vise le G, si cela venait à se modifier, je vous préviendrai en début de chapitre et j'éditerai ce message.

Spoilers – J'essayerai de respecter toutes les données fournies par les sept livres, mais il peut arriver à ce que j'en oublie ou en change. Bien sûr, cette histoire n'influencera pas l'histoire des bouquins, après… j'espère ne pas me planter.

Genre – Il n'y a pas de " genre " en particulier. Si ce n'est que cela se passe dans le temps des Maraudeurs mais après leur scolarité.

Disclaimer – C'est là où ça devient intéressant. Cette histoire est un crossover entre le livre Harry Potter et la série TV Ghost Whisperer. Néanmoins, il n'est pas nécessaire de connaître celle-ci pour comprendre l'histoire. La seule chose que j'utilise c'est le contexte et le personnage principal, Melinda Gordon. Pour cette fois, je ne possède rien, ne réclame rien, ne gagne rien… Tout appartient à l'auteur du livre et à ceux qui ont travaillé sur la série, moi, rien.

Résumé – Je n'en fais pas, il suffit de lire le prologue pour le connaître !

Note – Comme en première note, j'ai pris l'habitude de dire une phrase pour annoncer le nouveau chapitre, je vous affirme que le chapitre 11 est prêt à l'emploi qu'on lui prédestine : à être lu !

Note 2 – Voilà le onzième chapitre !! Et plutôt rapidement, en plus ! Voilà qui peut m'excuser d'avoir pris un peu de retard… En tout cas, j'espère que vous lisez toujours et que ça vous plait encore ! Laissez-moi une petite review pour me donner vos avis !


Chapitre 11


Sirius Black détestait son frère. D'ailleurs il ne voulait pas en entendre parler ni même y penser. Pourtant, il avait l'impression qu'à intervalle régulière, quelqu'un – il ne savait pas qui – voulait lui rappeler ses origines. Comme s'il avait besoin de se souvenir qu'il faisait partie de cette lignée de Black qui le répugnait autant ! Sa mère qui ne le comprenait pas et qui se jouait d'eux – aussi bien Regulus que lui mais cet imbécile ne le voyait pas –, son père qui avait été incapable, du temps de son vivant, de le défendre contre sa femme qu'il craignait et son frère, la « fierté de sa famille et de sa mère », qu'il haïssait d'avoir été désiré et, peut-être même, aimé.

Il venait de croiser Regulus à l'instant. Il marchait d'un pas pressé dépassant l'appartement où était censé vivre Melinda et avait continué dans la rue moldu en réajustant son col face à la fraicheur de la nuit bien qu'il faisait tout de même assez chaud. Sirius avait voulu le suivre, le suspectant d'être dans une combine de son maître. Après tout, que faisait-il dans le côté moldu, ici, à Londres ? Seulement, il perdit sa trace très vite au coin d'une ruelle. Après quoi, il rentra chez lui, déjà bien énervé. Il se calla dans un coin de son canapé et rumina de mauvaises pensées, les mêmes qui lui venaient à chaque fois que quelque chose venait lui rappeler sa provenance.

Mais qu'est-ce qu'il fichait là ? Sirius ne connaissait que trop bien les engagements de son frère. Il ne le voyait que rarement et les dernières fois qu'il lui semblait l'avoir croisé, c'était en présence d'autres Mangemorts, masqués, lors d'une autre mission que l'Ordre avait pu interrompre. Sirius se leva et partit dans la cuisine de son grand appartement. Il ouvrit le frigo et en tira une bière qu'il décapsula et but directement à la bouteille. Ce n'était certes pas très élégant mais il en avait besoin. Boire jusqu'à assoupir ses esprits, s'arrêtant avant de perdre les pédales pour éviter de se retrouver comme les autres fois dans un lit qui n'était pas le sien avec un bras qui ne lui appartenait pas non plus. Cependant, il ne s'arrêtait jamais avant d'effectivement perdre la tête.

Et quand il se réveilla le lendemain, il sentit un bras étranger à son corps le tenir au torse. Un bras musclé qui lui fit d'abord peur. Merlin ! Je n'ai quand même pas… Il se retourna dans le lit et eût le bonheur de voir un visage féminin endormi et à semi caché derrière une grosse touffe de cheveux bruns. Il aimait bien les brunes, c'était une de ses conclusions après s'être réveillé plusieurs fois auprès de cheveux de cette couleur. Il n'y avait pas beaucoup de blonde dans son lit et encore moins de rousse. Une fois, il eût la surprise de voir des cheveux violets, mais cela s'était arrêté là.

Grommelant vaguement quelque chose, il souleva le bras qui l'entourait et le posa sur le lit. Il tira les couvertures et fouilla la pièce du regard à la recherche de ses affaires. Celles-ci se trouvaient éparpillées dans toute la maison. Il voulut se relever mais une jambe musclée vînt le bloquer sur le lit. Décidemment, il commençait à bien douter de ses goûts… La jeune femme était peut-être mince à l'origine, mais elle possédait bien trop de muscles à présent. Sa carrure en ressortait légèrement carrée, ce qui n'était pas très agréable à voir.

- « Hmm… Tu t'en vas déjà ? » marmonna la femme en remuant sans néanmoins retirer sa jambe.

- « J'ai des choses à faire… » répondit-il vaguement.

- « Ah… vraiment ? » Sa voix s'était faite ironique, sévère. « Mais va donc ! » Elle déplaça sa jambe, courroucée. « Enfuis-toi comme un lâche maintenant que tu as eu ce que tu désirais ! »

Sirius quitta le lit en se grattant la tête.

- « Désolé. » Que pouvait-il dire d'autre ?

- « Je t'en foutrais, moi, des désolés ! C'est trop facile de dire ça maintenant alors qu'hier tu ne semblais pas si désolé que ça. »

Sirius soupira en remettant son caleçon puis son pantalon.

- « Désolé, » répéta-t-il.

- « J'aurais du le savoir… C'était trop louche. Un beau gosse qui débarque comme ça en proférant de belles paroles… »

Il fronça les sourcils, tentant de se rappeler sa soirée. Il n'avait pas souvenir de parler beaucoup avant de passer à l'acte. De toute façon, celui-ci avait été apparemment consenti, c'était tout ce qui lui importait à présent. Il enfila son haut et rattacha sa ceinture.

- « Et tu ne comptes rien dire ? » s'énerva la femme en se relevant elle aussi.

Il la regarda et haussa les épaules.

- « Que veux-tu que je dise ? » demanda-t-il d'une voix neutre.

- « Dis-moi au moins ton nom, que tout ne soit pas perdu. »

- « …À quoi ça te servirait de savoir qui je suis ? »

- « À me dire qu'au moins je n'aurais pas seulement servi de chair à plaisir. »

Elle le regardait fixement sans ciller. Il consentit à lui donner. Si ça pouvait l'aider…

- « Sirius Black. »

- « Catherine Hopps. Je ne sais pas si tu le sais… » Elle lâcha un petit rire sarcastique. « Mais nous sommes voisins. On se croise souvent mais je n'ai jamais eu l'impression que tu m'avais remarqué, même quand je te saluais… Enfin, maintenant, c'est clair ! »

Elle rigola mais de façon plus joyeuse. Sirius la regarda se rhabiller, étonné. Elle paraissait bien plus sereine, comme si lui avoir dit son nom l'avait soulagée. Il fouilla ses poches à la recherche de ses clefs d'appartement et ne les trouva pas.

- « Merde ! » lâcha-t-il en regardant autour de lui, les mains toujours plantées dans ses poches.

- « Qu'y a-t-il ? » demanda Catherine.

- « J'ai perdu mes clefs ! »

Ils se lancèrent alors dans une quête pour retrouver le léger trousseau de Sirius, oubliant instantanément les propos qu'ils venaient d'échanger. Au contraire, Catherine, cette fois tout à fait détendue, éclata d'un rire joyeux et contagieux. Sirius la regardait légèrement étonné mais la suivit très vite dans le mouvement.

- « Ah !... »

- « …Trouvées ! »

D'un même mouvement, les deux personnes posèrent leurs mains sur les clefs. Accrochant chacun le porte-clés, leurs index coincés dans le cercle de métal, ils tirèrent en même temps vers eux pour se retrouver déséquilibré et se cogner tous deux leur front. Lâchant finalement les clés, Sirius porta sa main sur sa tête, surpris et légèrement sonné – elle avait le crâne dur ! – avant de se mettre à rire de plus belle. Catherine sourit amusée et fourra l'objet de cette mascarade dans ses poches.

- « Heu… Mes clefs s'il te plait, » demanda Sirius en s'appuyant sur le lit pour se relever alors qu'elle en faisait de même.

Elle secoua la tête en sifflotant. « Je ne te les rendrai… mais pas tout de suite ! » Sirius la regarda sans rien dire, attendant qu'elle poursuivît. « Prenons d'abord le petit déjeuner… On sera mieux une voix le ventre rempli. »

Sirius voulut protester - « Je n'ai pas… » - mais avant même qu'il ne pût terminer sa phrase, l'ogre qui lui servait de ventre sembla se réveiller, poussant un cri de famine. Catherine éclata de rire.

- « Il y en a un qui n'est pas d'accord avec toi, je crois ! » s'exclama-t-elle en le devançant.

Il n'eut d'autre choix que de la suivre. Elle prépara un petit déjeuner rapide (des toasts et du lait – du thé, pour elle) et ils s'installèrent dans le salon, devant une vieille télévision où un film policier parfumé à de l'eau de rose pour la scène en question se déroulait.

- « Alors Sirius, que fais-tu dans la vie ? »

- « On va passer cette question si tu veux bien. »

- « OK… » souffla-t-elle, haussant les sourcils. « D'accord, on va dire que je te donne un joker, passons… » Le silence suivit. Sirius se demanda si elle allait poursuivre et tenter de maintenir une discussion. Enfin… si on la décrivait ainsi car Sirius, peu désireux de lui laisser se faire des idées, évasait toutes les réponses et se contenter de monosyllabe à chaque fois. « As-tu toujours l'habitude de te réveiller dans des lits sans même savoir dans lequel tu plonges ? »

Ah… Voilà qu'on passait au sujet pointilleux. Pourtant, elle avait parlé d'une voix posée voire même amusée. Elle le regardait d'un œil malicieux, presque moqueur. D'autres femmes lui auraient – et lui avaient – donné une claque avant de le renvoyer valser si, néanmoins, il leur laissait le temps de lui claquer la porte au nez. Habituellement, il était déjà parti avant même qu'elles ne se levassent.

- « Pas spécialement… » Elle éclata de nouveau de rire. Elle l'avait facile, le rire !

- « Pas spécialement ? Ça veut donc dire que ça t'ait déjà arrivé et pas qu'une fois, n'est-ce pas ? »

Il haussa les épaules, incertain d'avoir quelque chose à répondre. Mais où se trouvait donc sa répartie habituelle ? Sûrement en vacances car, vraiment, il ne trouva rien à dire.

- « J'imagine que ça doit faire du bien… »

La phrase lâchée avec un discret soupire le surprit et il la regarda avec plus d'intérêt.

- « Oh allons, je ne pense pas que tu te bourres la gueule et va dormir chez les voisines pour le simple plaisir ! » s'exclama-t-elle avec un sourire. « Je ne te connais pas vraiment mais quelque chose me dit que lorsque tu dragues et couches avec une femme, tu le fais sciemment. Les autres, comme mon cas, ce doit plutôt être une « erreur », quelque chose d'incontrôlé, d'inconscient. Sûrement une envie de passer à autre chose, de ne plus y réfléchir, non ? »

Il la regarda de plus en plus étonné. Visiblement, elle devait lire dans ses pensées !

- « Oh oh ! Si tu voyais ta tête ! » s'esclaffa-t-elle.

- « Ça… ne te dérange pas ? » réussit-il à articuler, définitivement intrigué.

Ce fut son tour d'hausser les épaules en secouant la tête. « Bah, ça froisse un peu mon orgueil mais… à ce stade, je suis blindée. J'ai de l'expérience dans la matière, il faut dire aussi. »

- « Ah… » Sirius se sentit pour la première fois de sa vie embarrassé et désolé bien qu'elle n'exprimait ni rancœur ni regret. Son sentiment finit par l'étonné encore plus que ce qu'il venait d'entendre.

- « Oh oh ! Tu ne vas pas te mettre à être vraiment désolé maintenant ! » rigola-t-elle. « Fallait y penser avant. Mais bon… j'imagine que vu l'état où tu étais, l'exercice se révélait ardu… Bref ! Je ne t'en veux, si c'est ce que tu es en train de te demander. J'ai passé un très bon moment malgré tout, alors tu es déjà à demi pardonné ! »

- « À demi pardonné ? »

- « Une faute avouée est à moitié pardonnée, tu ne le savais pas ?... Et puis… tu as de la chance, je suis très bonne poire comme femme. »

Il sourit.

- « Et ben ! On ne peut pas dire que tu sois très loquace, dis donc ! De quoi ai-je l'air à tout déballer comme ça ? »

- « Non, non, ne t'inquiète pas, » la rassura-t-il. « Je suis généralement plus causeur que là mais… » Mais quoi ? C'était vrai : pourquoi ne réagissait-il pas ? Il se sentait attentif à ce qu'elle lui disait et goûtait à sa vivacité avec un plaisir qui le surprenait, alors pourquoi ne trouvait-il pas de quoi répondre ? Ce n'était pas lui, ça !

- « …mais je t'intimide ? » tenta-t-elle.

- « Bien sûr que non ! » réagit-il promptement, presque vexé de l'insinuation.

- « Quelle véhémence ! » s'écria-t-elle en riant une nouvelle fois. « Attention Sirius ! Je vais finir par vraiment m'outrer cette fois ! »

Sirius sourit de nouveau et plongea son nez dans le lait. Cette femme ne l'intimidait pas, elle l'impressionnait, ça oui.


- « Excuse-moi Patmol mais je doute d'être réellement intéressé de la façon que tu occupes tes soirées… et surtout avec qui tu les passes. »

Remus Lupin sirotait un thé dans le café non loin de la demeure de Sirius Black. C'était un petit coin tranquille en périphérie de la capitale. Cela faisait un an que Sirius y vivait après avoir vendu la maison que lui avait offert son oncle. Un choix que ses amis n'avaient pas réellement encouragé. Cette maison avait fait l'objet de leur QG privé pour des soirées à quatre ou cinq ou encore de grandes fêtes réunissant tous leurs camarades de Poudlard. Bon nombre de souvenirs avaient disparu avec cette vente cependant ils ne lui en voulaient pas. Ils comprenaient que, après ce qui s'était produit lors de leur dernière réunion, Sirius voulut s'en séparer.

- « Alors on est bien d'accord, » répliqua Sirius avec enjouement. « Je parlais plutôt de ce que j'ai vu juste avant. »

Remus leva un sourcil et attendit qu'il continuât mais comme il se faisait désiré, il concéda d'entrer dans le jeu : « Et donc… ? »

- « Regulus se trouvait dans le quartier de Londres, tout près de chez Melinda – enfin là où elle est supposée vivre, on n'a jamais vérifié ça... »

- « Et… ? » le poussa le blond, curieux de savoir la suite et inquiet à la perspective d'une rencontre entre ces deux frères.

- « J'ai essayé de le suivre – je suis sûr qu'il était là pour quelque chose ! »

- « Alors… ? »

- « Alors… rien. J'ai perdu sa trace. C'est fou comme il arrive toujours à disparaître super vite ! »

- « Quoi ? C'est tout ? »

- « Tu t'attendais à quoi d'autre ? »

- « Ben… Disons… À quelque chose d'un peu plus… consistant, on va dire. Ce que tu me racontes n'a aucun intérêt. » Remus secoua la tête, lassé. Il arrivait de temps en temps que Sirius se mît à s'emballer pour un rien. Et ce rien, justement, avait toujours un rapport avec son frère. Sirius possédait une certaine obsession envers Regulus depuis toujours bien qu'il s'en défendait. Chaque fois qu'il le croisait, il devenait nerveux, irritable, excité… Remus comprenait que derrière ça se cachait un mal bien ancré. Parfois, il essayait de le pousser à la confidence mais n'allait jamais bien loin : il était inutile de le brusquer. Sirius finirait tôt ou tard par le dire lui-même, peut-être pas à un des Maraudeurs, peut-être bien à une tierce personne à qui il aurait confiance et qui ne posséderait aucun lien avec son univers.

- « Et non… J'ai cherché des indices, j'ai réfléchi sur ce qu'il pouvait bien faire dans ce quartier, mais je n'ai rien trouvé… » Sirius soupira, le regard dans le vide. « Mais après… » Il sourit vaguement. « Après… »

- « …tu as recommencé, » conclut Remus qui savait exactement ce qui se produisait toujours ensuite. Sirius buvait, Sirius sortait, Sirius couchait, Sirius se réveillait ailleurs. Il n'avait jamais approuvé les réactions et les actes de son ami mais, encore une fois, que pouvait-il bien faire ? Son tempérament calme et réfléchi lui permettait d'observer et de comprendre ses amis, de savoir ce qui pourrait être bien pour eux. Cependant, ce n'était pas son rôle de leur dicter leur vie. Ils devaient s'y confronter d'eux-mêmes. Il le voyait très bien avec Peter. Cela faisait trop longtemps que James le protégeait et cela continuait même aujourd'hui. Résultat : le jeune homme n'arrivait jamais à faire un choix tout seul. Il devait être conseillé par ses amis, en réalité, pour Remus, il se contenter d'obéir à ces « conseils » qui devenaient indirectement des « ordres » pour lui. « Tu n'as pas de marque aujourd'hui, » remarqua-t-il indifféremment.

- « C'est-à-dire qu'elle ne m'a pas claqué, » répondit Sirius.

- « Félicitations. » Encore une fois, sa voix était dénuée de toute intonation qui l'impliquerait dans la conversation. Ce n'était pas réellement son domaine de prédilection.

- « En fait, elle m'a même invité à prendre le petit déjeuner avec elle, » continua Patmol. « Elle est surprenante… »

- « Je croyais que tu avais pour règle de ne jamais rester après ? »

- « Ouais, je le croyais aussi… Mais… C'est bizarre, je ne pourrais pas vraiment t'expliquer. Quand j'étais chez elle, je me sentais un peu mou, je n'arrivais pas à partir. Je suis resté jusqu'à dix heures dans son appartement. »

- « Développe ce que tu entends par « mou » que je comprenne un peu mieux. »

Sirius haussa les épaules. « Je l'ignore… C'était vraiment trop, trop étrange. Tu sais, je ferai mieux de me méfier la prochaine fois ! »

Remus leva un sourcil, surpris. « Parce qu'en plus tu comptes sur une prochaine fois ? »

- « Non, non ! Pas du tout ! » s'esclaffa-t-il. « C'est juste que c'est ma voisine… »

- « Je pensais que ta seconde règle était de ne jamais choisir quelqu'un de proximité immédiate… ? »

- « …et que je l'ai tout juste appris ce matin… »

- « Comment est-ce que tu fais pour ne pas te rendre compte de ça ? » soupira Remus, désabusé.

- « …c'est évident qu'on va finir par se croiser plusieurs fois, » termina Sirius avant de finir par répondre à Remus. « Ben, on est nombreux dans cet immeuble, faut pas croire ! » se défendit-il. « Et puis… je n'ai jamais vraiment fait attention à qui je croisais… Généralement je transp—tu-sais-quoi directement là où je veux aller ! »

Remus secoua la tête en levant les yeux au ciel. C'était digne de Sirius d'ignorer qui étaient ses voisins.

- « Et de ton côté ? » l'interrogea Sirius.

- « Quoi donc ? Ah… » Il n'avait pas eu besoin de le lui dire pour que Remus comprît. « Tu sais très bien ce que j'en pense… On ne va pas toujours revenir sur ce débat. »

- « Elle était pourtant mignonne Roxane, » bougonna Sirius qui aurait bien aimé trouver de quoi radoter.

- « Roxane ! » s'écria Remus, amusé. « Ça fait des mois que c'est terminé avec elle ! »

- « Justement ! » rouspéta Sirius. « Je ne comprends toujours pas pourquoi de un, tu as interrompu… »

- « Arrêté, » corrigea Remus.

- « …votre relation, » continua-t-il sans se soucier de ce que son ami venait de dire, « et de deux, pourquoi tu ne te trouves pas quelqu'un d'autre. »

- « Au contraire Patmol, tu le sais parfaitement ! Et pour l'un et pour l'autre ! » grogna Remus, agacé.

Le brun haussa les épaules en refusant de l'écouter. Quelle tête de mule ! grommela Lunard dans ses pensées. Pourtant, il comprenait son ami et savait qu'il s'inquiétait seulement de son bien être. Lui-même voudrait bien trouver quelqu'un et se poser un peu. Il ne pensait pas qu'il n'avait pas le droit à ce bonheur-là, juste qu'il ne pouvait l'imposer à personne. C'était pourtant il ne devait pas aimer. L'amour aveuglait, disait-on, il ne voulait pas que celle qu'il aimerait se réveillerait un matin avec l'impression d'avoir raté sa vie. Pire encore, il ne souhaitait jamais plus voir la femme de son cœur le regardait avec terreur. Il refusait de se réveiller un matin avec des souvenirs aussi horribles que d'avoir manqué tué quelqu'un qui lui était plus que proche. Voilà tout…

Il ne s'interdisait pas non plus quelques aventures sans lendemain, le temps de quelques semaines, d'un soir. Il prévenait toujours par avance qu'il n'y avait rien à espérer de lui et souffrait en silence quand il jugeait nécessaire de rompre. Remus connaissait le problème à sortir avec quelqu'un, même sans engagement, on finissait toujours par s'attacher à l'autre. Certains garderaient contact, pour lui, ce serait bien trop difficile.

- « Je me demande s'il y aura du mouvement, » déclara Sirius avec une certaine gravité qui ramena Remus à la réalité. Il l'interrogea du regard. « Pendant la rentrée scolaire… C'est ce que je redoute le plus. C'est une période bien trop facile pour frapper un grand coup. »

Lunard fronça les sourcils n'osant pas imaginer la scène. Tous ces enfants… Il aimerait pouvoir penser « Il n'oserait pas ! » mais savait qu'au contraire, c'était bien trop tentant. D'ailleurs, Dumbledore leur avait demandé de venir les rejoindre ce soir à leur QG pour une nouvelle réunion de l'Ordre. Il se demanda ce qu'ils allaient pouvoir apprendre et ce qu'ils allaient organiser par la suite.

- « Et… » Sirius hésita un instant. « Tu ne veux vraiment pas dire ce que tu fais ? »

Remus comprit immédiatement ce dont il parlait et l'air sévère lui rappela qu'il lui avait lui-même promis de ne plus lui poser cette même question.

- « Je sais bien ! » rouspéta son ami. « Mais c'est plus fort que moi… Pourquoi Dumbledore est-il le seul à le savoir ? Que risquons-nous à le savoir, James, Peter et moi ? Nous sommes tes meilleurs amis et plus encore ! »

- « Plus encore ? »

- « Tu sais très bien qu'on est également ta seule famille ! »

Remus acquiesça. « Justement. C'est pour cela que vous ne devez pas savoir. » Il ne baissa pas la tête mais un élan de culpabilité l'envahit. Il aurait tellement aimé échanger ce secret avec eux, mais il n'en possédait aucun droit. Ce n'était pas vraiment son secret. Et il avait promis. Rompre cet engagement relevait de l'impossible.

- « Crois-moi Remus, je finirai bien par l'apprendre un jour ! »

Remus sourit. Je n'ai aucun doute là-dessus, songea-t-il connaissant que trop bien la ténacité de Patmol.


- « Petigrow. »

Un reniflement dédaigneux s'en suivit. Peter ne desserra les dents que pour répondre.

- « Snape. »

Bien qu'ils travaillassent ensemble sur bon nombre de missions, les deux hommes ne s'aimaient guère plus que pendant leurs années scolaires. Peter se rappelait que trop bien des remarques acides de Snape, de l'animosité qui avait perduré toutes ces années, des coups bas qu'il leur avait rendus. Snape ne gardait en mémoire que suffisamment bien les mauvais tours qu'ils lui infligeaient, Peter et ses amis, de cet acharnement à lui rendre la vie impossible, de cette rancœur qui les avait tous cinq animés dès le premier regard. Il considérait Peter comme le pire d'entre tous. Une vermine dont il ne cesserait jamais de se méfier. S'il était capable de tromper ses amis par lâcheté, comment pourrait-il lui donner ne serait-ce qu'un minimum de crédibilité ?

- « Ne me fais pas perdre mon temps, cette fois, » lâcha Snape avec mépris.

Peter sentit les doigts de ses mains se tendre pareils aux griffes des chats. Un reflet animalier qui lui restait même dans sa vie humaine. Il ne dit rien cependant. Il savait encaissait. Cela faisait des années qu'il prenait sur lui, au moins un bon point pour lui. Quoiqu'à bien des égards, sûrement aurait-il été mieux s'il s'était extériorisé un peu plus. Se faire écraser sans cesse était une chose qu'il détestait mais qu'il n'arrivait pas à résoudre. Se confronter aux autres était devenu trop difficile avec le temps. Définitivement, on ne pouvait plus considérer ça comme un bon point.

Deux fois qu'ils tentaient de s'infiltrer dans ce cloître allemand. D'abord, ils avaient essayé de se faire passer pour des moines mais avaient sous-estimé – ou plutôt Peter qui n'y connaissait rien et à qui, bien sûr, Snape avait refusé d'expliquer un peu ce dont il s'agissait – l'herméticité de l'ordre religieux. Du coup, ils s'étaient faits chasser, presque poursuivis par deux adeptes chargés d'éliminer les éléments indésirables de l'enceinte du cloître. Fort heureusement, tous deux s'étaient masqués d'un sort de reflet. La seconde fois, ils avaient tenté d'enrôler l'un deux. Et cela manqua de réussir si le moine sorcier ne s'était pas résigné au dernier instant, manquant de les faire éliminer par les deux mêmes adeptes. Pour cette occasion (et dernière chance selon les généreux dires du Lord), Snape décida d'y aller autrement. L'un deux devaient se faire capturer par les moines pendant que l'autre trouverait un moyen de s'infiltrer. Une communication constante devait être créée afin que la mission fonctionnât. Pour cela, bien sûr, il fallait que les deux hommes réussissent à se faire confiance. Et ça, c'était la partie la plus difficile de leur plan.

Snape l'avait d'abord désigné pour être le captif. Cependant Peter, pour la première fois depuis longtemps, avait refusé clair et net. Il ne ferait pas une chose aussi idiote. Il avait le plus de chance de réussir à s'infiltrer que Snape. Celui-ci était réticent mais avait cédé. De toute façon, il trouverait un moyen de ressortir si jamais le plan foirait à cause de l'autre. Ne s'appelait pas Severus Snape qui voulait. Jetant un dernier coup d'œil à Peter avec ce même regard méprisant qui le caractérisait, l'homme au teint blafard se glissa hors de sa cachette. Peter respira un bon coup, vérifia que Snape n'allait pas se retourner et se concentra.

Ses os se mirent à craquer, sa peau se contracter, une sensation très désagréable de se moduler avant que des poils ne parcoururent son corps et que son nez s'étendit devant ses yeux légèrement écarquillés. Quittant le trou à son tour, il traversa la forêt de branches qui n'était alors qu'un simple buisson. Il rampa ainsi sur le sol jusqu'à être suffisamment prêt pour observer la scène. Jamais il n'aurait voulu rater ça, et puis… il devait se tenir prêt. Quand Snape aura passé la porte, il devrait être là pour le suivre. Il se précipita alors à vive allure jusqu'à retrouver la silhouette squelettique du Serpentard. Celui-ci se présenta aux moines. Peter n'entendit pas ses paroles mais sut quand les deux gardiens brandirent leurs baguettes que cela fonctionnait. La porte s'ouvrit, les deux gaillards attrapèrent chacun un bras de Snape et ils entrèrent à l'intérieur, Peter sur les talons. Il se faufila prêt des murs comme le faisait généralement les rats, retrouvant peu à peu tous ses instincts animaliers.

À présent, c'était à lui de jouer. Il se sépara du groupe et partit de son côté. Changement de plan. Il se la jouerait perso et ce sera lui qui remporterait la cagnotte. Peter allait leur montrer de quoi il était capable et alors le Seigneur lui donnerait toute sa confiance et le protégerait.


Tu sais, Meredith, il y aura des fois où tu voudras tout abandonner. Ce sera normal. Cependant, tu ne le pourras pas. Même si tu le désires, tu n'y arriveras pas. Non pas parce que c'est impossible. Tu peux toujours t'enfuir. Mais tu ne t'en sentiras pas capable. Cela te tortura jour et nuit. Tu finiras par ne plus penser qu'à ça à tout instant. Tu sais, c'est dans notre nature. On est nées pour aider les gens, toi et moi. Ceux que l'on aime, ceux qui sont en vie mais également ceux que l'on ne connaît pas et qui sont morts. Tu les sentiras venir, pleins de peines et de désirs. Tu auras parfois beaucoup de mal à les comprendre et à les aider. Cependant tout ce que tu pourras faire leur feront du bien, même lorsque c'est difficile, même si tu as l'impression de ne pas avancer. Eux le feront pour toi. Tes mots sont ta plus grande force, bien plus que la magie que tu aimes tant user. Tu ne trouveras jamais d'armes plus réelles, plus adéquates, plus puissantes que ta parole et ta sincérité. Ce que tu penses m'envier, tu le possèdes déjà. Je n'ai rien de plus que toi ou les autres Ghosters. J'ai tout simplement fini par accepter ma vie. Et je n'étais jamais seule… Même si parfois la solitude me pesait, même si mes amis ne pouvaient pas m'aider, vous étiez là et c'est tout ce qui comptait… Ne pleure pas, Meredith. C'est la vie. C'est la mort. C'est comme ça. Meredith, je t'ai aimé comme ma propre fille, comme ma sœur, comme mon amie. Je penserai à toi quand je serais arrivée là-bas, mais avant… j'ai quelque chose à te demander. Quelque chose d'important et qui te concerne toi et les autres…


Melinda n'ouvrit pas les yeux. Elle resta dans une espèce de transe partagée entre le sommeil et le réveil, remuant dans sa tête les paroles qu'elle s'était entendue prononcée sans même se voir. En réalité, aucune image ne lui venait, seules les paroles restaient… Elles commençaient d'ailleurs à s'envoler. Melinda voulait les garder, l'intuition qu'il s'agissait bien plus qu'un rêve s'amplifiant au fur et à mesure que son esprit s'éveillait l'en intimait l'ordre. Elle se les répéta… C'était étrange de ressentir cette impression d'avoir prononcée soi-même ces paroles sans se souvenir de les avoir réellement dites. Jamais elle n'avait encore tenu de tels propos avec Meredith d'autant plus que vers la fin de son rêve, elle se donnait l'impression d'en parler post-mortem. Voilà bien une chose qui lui paraissait nouveau. Depuis quand faisait-elle des prémonitions ? Et quelle était cette chose qu'elle allait lui demander ?


- Comment le savez-vous ?

- Un rêve…

- Un rêve ?

- Peut-être.

- Je ne te comprends pas.

- Bientôt, tu en rêveras aussi, Quirrel…


Meredith ouvrit les yeux avec effroi. Quelque chose venait de se passer dans son rêve qu'elle ne comprenait pas. Et quand elle tenta de se souvenir tout avait disparu, laissant juste une désagréable envie de dégurgiter. Elle quitta son lit et ouvrit immédiatement la fenêtre, profitant de l'air frais du matin avant que la chaleur ne revînt à l'assaut. Elle regarda le ciel en déléguant une pensée à sa sœur. Chaque matin depuis ce jour-là, elle regardait les nuages et pensait à elle, lui parlant de ses projets, de ses sentiments, du manque qu'elle ressentait, de la douleur qui persistait encore. Elle demandait toujours la même chose : est-ce que je t'oublierai un jour, grande sœur ? Elle le redoutait. Pourtant, elle voulait réussir à reprendre une vie, à sourire comme avant, à respirer la joie dans un foyer chaleureux, à recommencer ailleurs. C'était pourquoi elle s'était empressée sur la possibilité d'aller à Poudlard. Un lieu si loin de ses souvenirs, de ses rattachements, de ces attentions que Melinda lui offrait en abondance, du regard qu'elle glissait sur elle, inquiète et attentive et qui lui faisait mal. Elle savait que Melinda voulait toujours voir en elle l'image de sa mère et elle en pleurait parfois. Elle entendit derrière la porte, le bruit de l'eau dans la salle de bain. Meredith laissa la fenêtre ouverte, retira la couverture pour aérer son lit et réarrangea sa chemise de nuit. Elle quitta sa chambre et jeta un coup d'œil vers la chambre de Melinda. Le lit était déjà fait et les rayons du soleil levant illuminaient le drap blanc, créant un reflet sur la soie aveuglant.

La jeune fille descendit les escaliers et rejoignit la cuisine, surprise de n'y voir personne. Regulus serait-il allé travailler un samedi ? Et puis, que faisait-il d'ailleurs ? Voilà une chose que Meredith ignorait encore et n'était pas prête de l'apprendre. Les secrets que renfermaient le couple ne se comptaient apparemment plus. C'était un côté que Meredith acceptait. Quel autre choix aurait-elle pu prendre ? Melinda et Regulus l'avaient accueillie avec une telle générosité qu'elle leur en devenait éternellement reconnaissante. Sans compter que Melinda lui avait directement dit ce qu'il en était dès le départ et sans détour : elle ne saurait pas tout d'eux. Pour leur bien et le sien. Même si elle ne le comprenait pas vraiment puisqu'elle ignorait tout.

Melinda descendit la rejoindre et se versa une tasse de café, sûrement son deuxième de la matinée.

- « Regulus n'est pas là ? » demanda Meredith.

- « Non, » répondit vaguement Melinda, le regard soudain soucieux et fuyant. « Il est parti très tôt. »

Devant le peu d'effort à masquer son trouble, Meredith comprit immédiatement qu'il y avait un problème mais ne chercha pas plus loin : ce n'était pas son rôle.

- « Tu veux qu'on fasse quelque chose aujourd'hui ? » proposa Melinda. « On n'est pas encore sortie toutes les deux, on pourrait faire le tour des musées, qu'est-ce que t'en dis ? Il faut que tu visites un peu Londres ! »

- « Mais j'ai visité Londres ! » rouspéta la jeune fille. « J'y suis allée Jeudi comme on le prévoyait… »

Melinda eut un petit rire amusé.

- « C'est sûr… Tester tous les bus de Londres ainsi que le Magicobus… Quelle visite culturelle ! »

- « Et très intéressante par ailleurs ! Surtout le dernier bus… quoiqu'un peu nauséeux… »

- « D'accord, d'accord, je n'insiste pas plus ! Je vais aller à la boutique alors. »

- « La boutique ? » répéta Meredith surprise. « Mais c'est dimanche ! »

- « Je n'y vais pas pour travailler, » répondit Melinda. « Disons que j'ai une visite à y rendre… Ou plutôt que j'en attends une. » Son regard se fit plus significatif.

- « Ah ! oui ! » s'exclama l'adolescente en comprenant. « Et qui est-ce ? »

- « Pour le moment, il ne m'a encore rien dit… Mais il reste perpétuellement au magasin, ça peut causer des problèmes. »

Meredith acquiesça tout en pensant qu'elle n'avait toujours pas vu aucun signe d'esprit errant. Ce n'est pourtant pas faute de le vouloir ! songea-t-elle. Elle désirait rencontrer son premier esprit. Elle voulait savoir ce que cela faisait de se confronter à son problème pour le régler. L'idée lui plaisait, elle s'imaginait déjà réunir une famille et les apaiser !

- « Est-ce que… » Elle hésita, retrouvant sa timidité alors que ses joues rosirent. « …je peux venir ? »

- « Bien sûr ! À condition également que tu daignes t'habiller avant onze heures… »

- « Tout de suite même ! » s'empressa Meredith en avalant d'un trait la fin de sa tartine.

Elle se leva, se précipita pour nettoyer son bol et ranger le reste avant de grimper les escaliers et se rendre à la douche. Dans sa précipitation, elle avait oublié de prendre ses vêtements, mais tant pis ! Elle irait en serviette. De toute façon, Regulus n'était même pas là… Elle se dépêcha de se savonner sans même s'être réellement mouillée avant et se rinça en quatrième vitesse avant d'attraper la serviette, de s'essuyer à moitié et de courir dans sa chambre. J'ai l'air d'une gamine ! se critiqua-t-elle. Mais tant pis ! Je suis trop excitée ! Je vais peut-être enfin voir mon premier esprit ! Si ce n'est pas beau, ça ?

Une fois habillée, Meredith attrapa son petit sac à lanière et le passa autour du cou. Puis, elle descendit où Melinda l'attendait, déjà prête.

- « Plus que mes chaussures…, » annonça-t-elle en les enfilant, « et c'est bon ! On est parées à y aller ! »

- « Calme-toi un peu Meredith, » dit la brune en souriant. « Il n'est pas encore sûr que tu puisses les voir ni également qu'il se montrera lui-même ! Peut-être y allons-nous pour rien. »

- « Nous n'y allons pas pour rien, » la corrigea l'adolescente. « Nous y allons pour lui. »

- « Tu as tout compris ! »

Elles quittèrent l'immeuble et entrèrent dans la voiture de Melinda. Meredith suspecta son amie d'avoir prolongé le parcours alors qu'elle lui indiquait des rues populaires que, effectivement, elle n'avait jamais vues et ne serait jamais allée sans elle. Elle découvrit ainsi quelques petites adresses dans lesquelles elle promit (autant à Melinda qu'à elle) d'y aller un de ces quatre. Par la suite, elles discutèrent un peu du projet Hogwarts. Meredith se sentit aussi excitée que la veille alors qu'elle lui annonçait tout ce qu'elle avait appris de l'école. Melinda l'écouta en souriant.

- « Comment s'était passé ta scolarité d'ailleurs ? » demanda la jeune fille avec curiosité.

- « J'étais une bonne élève assez studieuse et trop réservée, » répondit-elle avec un sourire nostalgique. « Je n'avais pas beaucoup d'amis à l'époque et les gens ne m'aimaient pas trop non plus. On m'appelait la « folle parleuse » pour tout te dire ! Ça m'est resté jusqu'à la toute fin de l'université, mais à cette époque-là, ça commençait à aller beaucoup mieux. J'y ai connu ta mère alors qu'elle venait d'être diplômée et commençait à enseigner. »

- « Ah… D'où vient ton surnom ? Pourquoi ? »

Melinda le regarda en biais alors qu'elle se garait.

- « Tu ne m'as jamais vu le faire encore mais quand un esprit te parle et surtout quand tu es jeune et que tu n'es pas encore assez expérimentée, c'est difficile de ne pas lui répondre immédiatement (surtout qu'ils peuvent se montrer très persuasif)… Du coup, les gens, qui eux ne les voient pas, croient que tu parles toute seule… À force, on finissait par ne plus croire à mes excuses. »

- « Ah bon… » Meredith fronça les sourcils, soudainement soucieuse avant de se rassurer. « De toute façon, ce sera différent pour moi ! » s'exclama-t-elle. « Je serais dans une école de sorciers, ils comprendront ! »

Il y eut un léger silence avant que Melinda, l'air sombre, ne reprit la parole.

- « Tu ne devras jamais leur dévoiler ta nature, » affirma-t-elle avec gravité. « Jamais ils ne doivent savoir. »

- « Mais… pourquoi ? »

- « Les sorciers sont comme les moldus pour nous, » expliqua-t-elle. « Bien qu'ils côtoient le monde de la magie et sont entourés de mystères dont ils ne comprennent pas tout mais acceptent, ils possèdent trop de pré-acquis, de préjugés. Pour eux, les Ghosters ne sont qu'une foutaise. Ils ne comprennent pas pourquoi nous sommes privilégiés, pourquoi il y aurait d'autres esprits que leurs fantômes qu'ils ne pourraient pas voir… Ils ont besoin d'une preuve formelle. Et jamais tu ne pourras leur fournir. Ils expliquent notre magie (la mienne plus que la tienne si tu passes par l'intermédiaire d'une baguette) par un défaut de fabrication, une déficience, une mutation génétique qui troublerait l'utilisation de la magie et la limiterait. Tu ne dois pas leur dire, pour toi et pour nous. Les sorciers et les Ghosters ne s'apprécient généralement pas. Pour beaucoup de raisons qui remontent à de nombreuses années. On se dispute la même chose, la notoriété, le reste. Je n'accepte pas leur façon de traiter ceux qui ne sont pas sorciers. Les moldus sont pour eux, une bonne blague, des personnes inférieurs à eux parce qu'ils ne connaissent pas leur monde, leur avantage… Pourtant, s'ils observaient bien ce qui se passe dans le monde non magique, ils verraient les changements qui s'y procurent, l'avancée technologique, les nouvelles recherches, l'évolution… C'est pareil pour les « créatures magiques » où ils fourrent tout le reste. Loups garou, vampires, géants, centaures… etc, tous ceux-là sont régis par des lois qui, au fond, ne devraient pas les concerner. Comment un Ministère de la Magie, représentant des sorciers, peut-il imposer aux autres espèces – qu'ils refusent de considérer comme les leurs ! – des règles qui se fondent sur leur propre communauté sans respect de les leurs ?... Bref, il y a beaucoup de points dans lesquels notre communauté refuse d'adhérer… Bien sûr, on n'est pas non plus parfaits, nous avons-nous-mêmes des préjugés qui bloquent également une entente possible avec les sorciers… Mais personnellement, je n'accepterai jamais que les Ghosters ne se fondent au « monde magique » comme ils l'appellent avec tant de suffisance… »

Meredith l'écouta attentivement, captivée par ce qu'elle entendait, réalisant aussi que rien n'était aussi facile qu'elle ne le pensait. Elle finissait par ne plus savoir quoi se dire : où devait-elle se placer, elle qui appartenait au monde sorcier et au monde des Ghosters ? Elle regarda Melinda et se demanda si celle-ci la considérait comme la leur ou la voyait au contraire comme une étrangère. Et si, en réalité, elle la méprisait de cette double nature ? Trouvait-elle qu'elle faisait défaut ? qu'elle était une erreur ? Elle ne l'avait jamais entendue encore exprimer ce qu'elle pensait des sorciers et elle commençait à l'entrevoir. Cela l'inquiétait d'ailleurs… Qui devait-elle suivre ? Qui représenterait au mieux ses propres intérêts ? Vers qui devait-elle se diriger au fond ?

Elle n'eut pas le temps de trop y penser qu'elles entrèrent dans le Chaudron Baveur. Le monde qui y trainait le dimanche n'était certainement pas le même qu'en semaine. Ivrogne sur ivrogne, les deux femmes se faufilèrent discrètement de l'autre côté de la salle en saluant d'un large sourire le barman et son employé, Fred McNaggen. Elles dépassèrent le petit mur sur lequel Meredith adorait frapper légèrement les bonnes briques et elles parcourent la longue rue de Traverse avant d'atteindre enfin la boutique. En quelques tours de clefs, Melinda ouvrit la porte et toutes deux se glissèrent à l'intérieur. Les rayons d'été suffisaient pour éclairer la pièce principale, mais Melinda alluma quelques bougies pour éclairer la salle arrière. Comme d'habitude, Meredith en profita pour faire le tour des objets présentés. Tables, chaises du XVIIe siècle, miroirs anciennement ensorcelés, boîtes diverses, objets de collection de toutes sortes, tableaux… on trouvait réellement de tout et pour tous les goûts. Cependant ceux de Melinda ressortait beaucoup et son univers passionnait l'adolescente. Mélange de merveilleux, d'antique, de traditionnel et de complètement loufoque. Couleurs sépia jusqu'aux fluorescentes les plus spéciales, formes classiques jusqu'aux plus originales et peu orthodoxes… on trouvait vraiment de tout ! Il était d'ailleurs étonnant qu'on pût y trouver tant de choses sans se trouver écrasé par trop d'objets. À cela, il fallait également compter à la réserve, présentée par un petit registre illustré à disposition sur le comptoir.

- « J'adore cette boutique ! » commenta Meredith encore une fois. Elle entendit Melinda la remercier de l'arrière boutique et décida de l'y rejoindre. « Alors ? »

- « Pour l'instant rien, mais j'en profite pour ranger un peu, c'est le bordel ici ! »

Elles s'occupèrent donc à reclasser la réserve durant toute la fin de la matinée sans qu'aucune autre présence n'apparût à leur côté. Déçue, Meredith commença à se dire que Melinda avait tord. Elle n'était peut-être pas destinée à être une Ghoster. Quant à expliquer ce qui s'était passé une semaine plus tôt… elle commençait à se dire qu'il s'agissait juste d'un phénomène purement magique causé par le choc et la situation gravissime dans laquelle elles se trouvaient alors confrontées. Melinda partit leur acheter quelque chose à se mettre sous la dent pour le midi quand Meredith entendit quelque chose. Une voix grave et étouffée jaillissait de l'arrière boutique alors qu'elle flânait à l'avant. Prise d'inquiétude alors que le son persistait, Meredith s'y dirigea. Les bougies étaient éteintes et elle se retrouva dans un noir absolu… Elle se retourna vers la porte mais celle-ci avait disparu. Le cœur augmentant son allure, elle sentait la peur la gagnait. Elle ne s'attendait pas à se retrouver ainsi plongée dans le noir si soudainement et ne comprenait pas ce qui se passait.

Était-ce l'esprit qui tentait de la contacter ? Ou quelque chose de plus inquiétant ?