Voilà donc le 12ème chapitre de cette fic. Si cela a pris du temps, c'est entièrement ma faute. Et oui, c'est Albafica qui se charge des Enfers et de ses Spectres dans cette fic et je dois dire que ce Garuda m'a donné du fil à retordre. Enfin, surtout sa question à Violate. ^^

Bonne lecture !


Eaque se frottait les mains en traversant Giudecca. Cela avait été plus facile que prévu. Beaucoup trop facile, même.

Lorsqu'il était entré dans le bureau du Seigneur des Enfers, il l'avait trouvé coudes sur la table, la tête nonchalamment posée sur la main, les yeux fermés. Il était si pâle, aussi blanc que ses cheveux étaient noirs. Des cernes sombres décoraient le pourtour de ses yeux. A cet instant, Son Altesse semblait plus morte que vive, ce qui, même pour lui, était inhabituel. Eaque avait alors toussé légèrement pour signaler sa présence, ce qui n'eut pas d'effet sur le divin dormeur. Perplexe face à ce sommeil impromptu, le Garuda avait ensuite tenté d'appeler sa Majesté. Sans résultat. Hadès dormait, et profondément encore !

Craignant le réveil courroucé de son Supérieur, le Juge avait posé une main sur l'épaule du Seigneur Noir et l'avait secoué. Son Altesse avait murmuré dans son sommeil devant un Garuda aussi rouge que les pommes de Kardia « Non, pas encore ! Laisse-moi ! ». Il était clair qu'il s'adressait à sa divine épouse. Hadès le prenait pour Perséphone ! Ainsi, la rumeur qui courait dans le Royaume souterrain était vraie : la divinité du printemps avait une libido dévorante et épuisait son compagnon. Ce bureau était sûrement le seul endroit où Sa Majesté, à l'abri des assiduités de son épouse, pouvait trouver du repos.

Une nouvelle secousse eut raison du sommeil du dieu et ses yeux s'ouvrirent sur un Eaque cramoisi d'avoir été le témoin des sévices endurés par Son Seigneur. S'il était gêné ou conscient de la situation délicate, Hadès n'en avait rien laissé paraître et avait toisé le Garuda de son regard glacial :

« Qu'y a-t-il, Eaque ? N'as-tu pas assez à faire avec ton Aile ? »

La remarque avait cloué un instant le Garuda sur place, lui rappelant la raison de sa présence. Il avait entrevu à nouveau le sourire carnassier de Minos pointant son doigt vers Violate, la réclamant comme jeu pour ses envies sadiques. Un Spectre. Elle n'était qu'un simple Spectre, avait-il dit. Cela ne devait plus être ainsi. Il avait pris son courage à 2 mains et exposé sa demande au Sombre Seigneur.

Hadès avait écouté, sans sourciller, sans émettre aucune approbation non plus. Eaque qui ne craignait rien ou pas grand-chose avait eu le cœur battant à tout rompre dans ce silence qui suivit son argumentation. Sa Majesté ne disait rien. Le Garuda s'impatientait, était sur le point de secouer son Roi. Il essayait de trouver un signe. Il était vrai qu'Hadès avait plusieurs fois fermé les yeux durant son explication. Était-ce par lassitude ? Ou était-il seulement fatigué ? Son Seigneur semblait perdu dans ses pensées, fixant un point, semblait-il, intéressant derrière le Garuda. Le népalais avait ensuite hasardé un timide « Seigneur Hadès ? ». Les yeux verts avaient délaissé leur contemplation pour revenir se fixer sur lui. Hadès avait répondu d'une voix lasse : « Comme tu voudras, Garuda. Ta requête est acceptée. » Il hésita et continua « Dis-moi, comptes-tu organiser une fête ? Quelque chose dont l'organisation pourrait occuper Dame Perséphone quelques temps ? Ton Seigneur t'en serait gré. Enormément. » Il avait fixé Eaque à ces derniers mots, une lueur suppliante dans le regard.

Devant l'entrée d'Antinora, Eaque soupira. Le pire restait à venir. Violate. Que lui dire ? Comment allait-elle réagir ?


Le Garuda ne dormait pas. En fait, Eaque n'avait plus fermé l'œil depuis son entrevue avec Hadès. Et sa permission. Peut-être que s'il avait refusé, le népalais se serait énervé, aurait martyrisé quelques Spectres et sa colère en même temps que son absurde idée se seraient dissipées. Mais là, Sa Majesté avait donné son accord. Il devait agir. Il était bloqué.

Les bougies sur les commodes faisaient trembler les ombres. Les Surplis trônaient dans un coin de la pièce. Garuda et Béhémoth côte à côte. La main d'Eaque glissa dans les cheveux de Violate endormie sur son torse. Il baissa les yeux vers elle. Comment lui dire ? Comment lui demander ? Il n'y avait personne ici pour le conseiller. Jamais un tel événement ne s'était produit dans les Enfers. Devrait-il faire comme les humains ? Attendre le bon moment, s'agenouiller devant elle et murmurer : « Violate, voudrais-tu te lier à moi ? »

L'Aile remua dans son sommeil : « Que dites-vous, mon Roi ? » Eaque sursauta. Les doigts arrêtèrent leur course dans ses cheveux. ? Avait-il pensé à voix haute ? Avait-elle entendu ? Il se sentit soudain comme un gamin pris à chaparder une friandise. Il répondit doucement, la voix un peu tremblante :

- « Rien, Violate. Tu ne devrais plus me vouvoyer, c'est tout.

- Comme vous le désirez, Mon Roi. »

Dans un froissement de soie, la main d'Eaque caressa doucement la nuque de son Aile en souriant. Elle devait rêver. Il soupira de soulagement.


« Seigneur Eaque ! Seigneur Eaque ! »

Le Caith Sith traversait Antinora en hurlant. Eaque reposa sa tasse de thé sur son bureau, releva la tête de la paperasse lorsque le chat haletant fit une entrée fracassante dans la pièce.

« Seigneur ! »

Le félin posa les mains sur les genoux, soufflant bruyamment. Les orbes mauves des yeux du Garuda le clouèrent sur place.

- « Cheshire. Est-ce une manière de se présenter devant un Juge ? Je conçois que toute cette ambiance entraîne un certain laisser-aller, mais il y a des limites. Et tu viens d'en franchir une.

- Je… Pardon, Seigneur. »

Le Chat s'agenouilla, haletant encore un peu. Il continua :

« C'est Dame Violate. Elle… »

Le Garuda se leva d'un bond. Tout se bouscula dans la tête. Violate, sa progéniture. Serait-ce déjà le moment ? Il fit rapidement le tour de son bureau et empoigna Cheshire par le col.

- « Quoi, Violate ? » Était-ce normal que son cœur batte si fort, que son estomac se noue ? Violate. Il secoua sa proie.

« Vas-tu parler, stupide chat ?

- Votre Aile, elle est dans le labyrinthe entre les 5ème et 6ème prisons. Elle. Elle détruit tout. »


Le labyrinthe s'effondrait sous la colère de Violate. Mur après mur, elle le détruisait, regardait les parois s'écrouler et n'en ressentait aucun soulagement. Elle avait beau déployer son Cosmos et tout détruire, rien ne remplaçait son malaise. Eaque. Son Roi n'était plus le même. Il avait le regard fuyant, ne lui parlait plus. Pire, il semblait l'éviter. Comme si la vision de son Aile avec son ventre décuplé était horrible. Peut-être qu'il ne voulait plus d'elle, qu'il avait jeté son dévolu sur un autre Spectre et ce n'était pas une Violate tout en courbes qui pourrait le retenir. Alors, elle jetait sa rage, son désespoir et ses questions contre ces murs. Les quelques gardes qui avaient essayé de la retenir gisaient lamentablement à l'endroit qui avait été l'entrée du labyrinthe. Leurs gémissements l'excédaient encore plus. Hadès, que ces hommes étaient douillets ! Pourvu que… Elle passait la main sur son ventre. Que cet enfant ne lui soit pas enlevé quand Eaque l'aurait chassée d'Antinora. Elle se laissa tomber dans un coin, cherchant le contact avec l'être qui grandissait en elle. La voix de son Roi déchira le silence du labyrinthe.

- « Violate ! »

Elle n'eut pas le temps de se relever. Il était déjà à genoux à côté d'elle, la serrant dans ses bras. Elle sentait sa joue contre la sienne, son odeur, cette senteur musquée qui lui faisait tourner la tête.

- « Violate. Que fais-tu ? Tu ne devrais pas. T'énerver comme cela. J'étais si inquiet quand ce chat est venu me prévenir.

- Mon Roi ? Vous étiez inquiet ? Je croyais… »

Elle s'arrêta lorsque le Garuda releva la tête, glissa une main sur sa joue.

- « Que croyais-tu ?

- Vous m'évitez, ne me parlez plus. Je croyais que vous n'arriviez pas à me dire que vous ne vouliez plus de moi.

- Comment peux-tu penser une chose pareille, mon Aile ? Mais… »

Il plongea dans ses yeux.

« J'ai bien quelque chose à te dire. Ou plutôt à te demander. »

Pour la première fois de sa vie infernale, Eaque se sentit humain. Un peu fragile et plein d'espoir. Il l'embrassa doucement avant de murmurer :

« Voudrais-tu, Violate, être mon Aile, mon Cœur, ma raison d'être ? Accepterais-tu de » – il se sentait si chétif sous le regard de ces yeux pourpres – « t'unir à moi ? Officiellement ? »

Hadès ! Que ce laps de temps fut long ! Eaque avait l'impression que, dans ce temps figé, une griffe immense lui fouillait les entrailles, qu'il tombait dans le puits sans fond des yeux de son Aile.

Quelque part dans un labyrinthe à moitié en ruines au fond des Enfers, des lèvres s'ouvrirent sur les trois lettres qui scellaient une promesse. Un oui fut murmuré en réponse à une demande, un cœur soupira de soulagement. Un autre lui répondit et l'entraîna dans un baiser fougueux. Des mains s'unirent sous le regard bienveillant d'un paon perché sur une colonne à moitié détruite. Héra jubilait. Décidément, tout ceci était plein de surprises. La Reine des Dieux qu'elle était ne se lasserait jamais de ces instants où les fils du destin s'entremêlaient pour former de nouveaux motifs dans la Toile des Moires. Elle jubilait d'avance en pensant à l'avenir, à ces progénitures de Saints, de Spectres et de Marinas qu'il faudra également lier ensemble afin d'empêcher toute perspective de guerre nouvelle, une fois la première vague passée. En son for intérieur, elle se mit à rire de sa malice. Elle et Aphrodite n'avaient pas fini de s'amuser.