Alors… je mets un warning pour ce chapitre, juste au cas où, pour prévenir si c'est sensible pour vous,

Warning : automutilation/blessure volontaire explicite

Ce n'est pas très long, mais je préviens quand même

Ce chapitre et le suivant contiennent pas mal de flash-back, concernant Dean, sans Cas

Dean est très coincé, même s'il se met dans cette situation tout seul, si on peut dire. Il est vraiment dans le déni, et comme souvent, il ment

Encore une fois, merci beaucoup pour tout

Bisous

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En bas de l'immeuble, Dean ouvre la portière, puis s'extirpe hors de la voiture. Il cherche ses clés pendant presque deux minutes, en grognant qu'il ne les trouve pas et qu'il a juste envie de dormir. "Pourquoi on est obligés de monter?" se plaint-il. "Je peux dormir ici."

Amélia lève les yeux au ciel. "Pousse-toi," à sa gauche. "Tu m'as donné tes clés."

"Ah… c'est vrai," un peu perdu. "Cas?"

"Je suis derrière toi," simplement.

"Ok," alors qu'Amélia ouvre la porte et s'efface pour le laisser entrer dans le hall. "On peut prendre les escaliers?" en en prenant la direction sans attendre de réponse.

Castiel se racle la gorge pour attirer son attention. "Ça ressemble à une très mauvaise idée, tu sais?" dit-il. "Je crois qu'on devrait prendre l'ascenseur."

"Et s'il se coince?"

"Peu de chance."

"Et si j'ai pas envie?" en lui tournant le dos pour s'engager dans l'escalier. "Je sais encore comment on monte un escalier. J'ai plein de défauts, mais je suis pas complètement stupide."

Il agrippe la rampe. Castiel échange un regard avec Amélia, qui soupire. "Tu peux au moins attendre qu'on t'aide? Dean?"

Celui-ci agite la main, déjà deux marches plus haut. "Pas besoin d'aide," sans arrêter de monter. "On va quand même pas prendre l'ascenseur pour un étage… non mais."

Difficilement, Dean finit par se retrouver devant la porte. Il s'appuie contre, en soufflant d'impatience. "Vous faites une randonnée, ou quoi?" agacé.

Amélia ne relève pas, tourne la clé dans la serrure, et le suit de très près à l'intérieur. "Tu veux bien me laisser regarder ta main?" demande-t-elle.

"Je veux pas qu'on y touche," en ouvrant la porte du frigo. "Il restait pas de la pizza?"

"Tu mangeras de la pizza demain," sans s'approcher de lui. "Tu pourrais venir t'allonger, s'il te plaît? Tu es vraiment, vraiment ivre, et j'ai peur que-"

"Oh, mais ça va," en soufflant. "J'ai pas fait exprès. Je t'ai déjà dit que j'avais pas fait exprès. Pourquoi tout le monde croit que j'ai un problème? C'est qu'un verre cassé et puis quoi alors? J'ai pas fait d'entailles. J'ai rien fait. J'en peux plus de vous, tous les deux. Arrêtez de me regarder comme ça."

"Dean," commence doucement Castiel.

"Pas la peine de s'énerver," en claquant la porte du frigo. "Je veux dormir, de toute façon."

Il déboutonne sa chemise en marchant, se dirige vers la chambre, et se braque quand Amélia le suit. "Dean…?"

"Je peux encore m'allonger tout seul," en retirant complètement sa chemise, qu'il laisse tomber sur le sol. "T'en as pas marre, d'être tout le temps sur mon dos? Je suis pas ton gosse, Amélia. Je suis pas du tout ton gosse, ni ton patient."

Sans lui laisser le temps de répondre, Dean entre dans la chambre, fait trois pas avant de finalement s'effondrer sur le lit. Amélia soupire en jetant un œil dans sa direction. Elle laisse la porte entrouverte, et se tourne vers Castiel, qui lui adresse un petit regard compatissant.

"Je peux… est-ce que je peux te poser une question, Castiel?" revenue vers la cuisine ouverte.

"Bien sûr," en penchant légèrement la tête.

"Est-ce que mon mari me trompe?"

Castiel prend une inspiration. "Pas avec moi, en tout cas," finit-il par dire.

"Mais vous avez déjà couché ensemble," comme une simple constatation. "A la fac? Je sais que Dean… je sais. La fac. Je connais l'homme que j'ai épousé, et tu as l'air de le connaître aussi. Je n'arrive plus à le comprendre, en ce moment. Il va un peu mieux mais en même temps beaucoup moins, et tout ce qui a changé, c'est toi. Tu es là."

"Je suis là parce que je n'ai pas le choix, et j'essaie juste de faire en sorte que les choses soient plus simples, entre Dean et moi," le ton plus doux. "Il t'aime. Je n'ai jamais eu droit à ça. Je suis juste une autre histoire de sexe sans lendemain, je ne suis pas différent de tous les autres, et Dean t'aime."

Le mensonge brûle au moment même où Castiel ouvre la bouche pour le dire, parce qu'il ne sait pas pourquoi. Il ne sait pas pourquoi il ment. Pour Dean.

Amélia s'avance un peu vers lui, un coude appuyé sur le comptoir. "Je sais qu'il m'aime," reprend-elle. "Je sais aussi… je le connais. Dean a des défauts que beaucoup jugeraient inacceptables, mais il reste l'homme le plus adorable que j'aie rencontré. Même s'il est… démoli. Il y a ce que son père a fait… ça, ça l'a anéanti, et je sais qu'il va le voir en prison, même s'il croit que je ne sais pas, je sais. Il…?"

"Oui, je sais," simplement.

"Je ne lui dis rien pour ne pas le braquer, et parce que je pense que son père a une très… très mauvaise influence sur lui," en se passant les deux mains sur le visage. "Dean est proche de lui, beaucoup trop à mon sens, et la seule personne qu'il autorise à dire du mal de son père, c'est Sam. C'est un sujet très sensible. Dean est fragile."

"Je sais," encore une fois. "Il l'était déjà il y a sept ans, mais pas comme ça."

"S'il t'a dit qu'il allait voir son père en prison, est-ce que… peut-être qu'il t'a parlé de-"

"Non," en secouant la tête. "J'ai vu les cicatrices, les… entailles, mais c'était un accident, il ne voulait pas que je vois, et il n'a rien dit d'autre."

"D'accord," presque tristement. "Je crois… je suis même certaine que quelque chose est arrivé, quelque chose dont il ne veut pas et ne voudra peut-être jamais parler. Dean est absolument démoli, et parfois, en tant que psy, j'ai du mal à savoir comment il tient debout. Mais c'est mon mari, je sais tout ça, je sais qu'il s'éparpille beaucoup, et je l'aime comme il est. Je sais qu'il regarde d'autres personnes, mais il ne m'a jamais trompée. Il a du mal à se donner en entier, il ne le fait pas, mais je sais qu'il m'aime. Et je n'avais jamais douté de sa fidélité jusqu'à ce soir, parce que je ne te crois pas quand tu me dis que tu n'as été qu'une autre histoire de sexe."

Castiel garde le silence une seconde, ferme brièvement les yeux, puis :

"Ce que Dean ressent, vis-à-vis de moi, c'est de la culpabilité," dit-il.

"Parce que vous étiez ensemble et qu'il te trompait?"

"De son point de vue-"

"C'est ton point de vue à toi que je veux," coupe Amélia.

"La personne que j'aimais n'a jamais été avec moi, mais avec tout le monde," amer. "De mon point de vue, Dean m'a brisé le cœur. Il a passé deux ans à faire beaucoup plus que regarder les autres, et puis ensuite il est parti. Sans rien dire, même pas au revoir. Il a disparu, simplement disparu, comme si ça ne comptait pas. Dean m'a brisé le cœur. Et il le sait, et il s'en veut. C'est ce qu'il ressent, de la culpabilité."

"Alors…?"

"Alors il t'aime, et je suis du passé," répond Castiel. "Je suis un mauvais souvenir."

"Mmh," les yeux légèrement plissés.

"Je suis… désolé."

"Non… non, ne le sois pas," sans hésiter. "Tu n'as pas à être désolé. Dean est… je me demande juste pourquoi… s'il te faisait souffrir comme ça, pourquoi tu ne l'as pas quitté?"

Le sourire de Castiel n'en est pas vraiment un, et il lui coûte beaucoup. "Je crois que tu le sais," souffle-t-il. "J'ai aimé Dean, il est même… la seule personne que j'ai aimée, et c'est ce qui m'a démoli, moi. Mais il est comme il est et il a quelque chose. Tu comprends ce que je veux dire?"

"Oh, oui. Je comprends."

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"Dean… réveille-toi," en le secouant.

La migraine pulse dans ses tempes, et Dean grogne en ouvrant les yeux. Il repousse la main de son frère, posée sur son épaule. "Mais quoi?" en se retournant. "Pourquoi tu me réveilles?"

"Parce qu'il est quinze heures passées, et… putain, tu pues l'alcool et la cigarette," assis sur le bord du lit. "Encore une fois."

"Ok," le côté du visage enfoncé dans l'oreiller.

"Ok?" répète Sam. "Dean, s'il te plaît. J'ai besoin de toi."

"T'as dix-sept ans," en marmonnant. "T'as encore besoin de quelqu'un? Tu peux pas te débrouiller tout seul?"

"Non, je ne peux pas, je-"

"Tu sais de quoi j'ai besoin, moi?" coupe Dean. "De mourir. Mais tu vois, on a jamais ce qu'on veut dans la vie. C'est comme ça, alors va te faire voir et démerde-toi tout seul."

Sam prend une inspiration pour garder son calme. "Ça fait presque deux mois, Dean, deux mois que maman est… ça fait deux mois que John a tué maman, et-"

"Ne l'appelle pas par son prénom, Sam, bordel," plus haut. "C'est toujours papa, et il va finir par rentrer à la maison et tout ira bien. On a besoin de papa, il va finir par rentrer. Fais comme moi : attends. Il va rentrer."

"Il est en prison, Dean," les sourcils légèrement froncés. "Il ne va pas rentrer, et c'est plus papa."

"La ferme, Sam, putain… je t'ai dit… dégage. Démerde-toi."

"Mais c'est toi… tu es responsable de moi, et je ne peux pas, sans toi," en secouant la tête. "Et regarde-toi. S'il te plaît… reprend-toi. J'ai besoin de toi."

Dean ne prend même pas la peine de répondre, se retourne dans l'autre sens, mais tressaille violemment quand Sam effleure son avant-bras. "Dean…?"

"Ne me touche pas," en se redressant brusquement.

Il s'assoit, dos collé à la tête de lit. "En quelle langue est-ce que je dois te le dire?" crache-t-il. "Laisse-moi tranquille. Je suis encore qu'un gamin et je sais pas… je sais pas ce que je dois faire. Papa saurait, lui, et si t'as besoin de quelque chose, t'as qu'à lui demander. Prends ton téléphone, et demande."

"Il est mort pour moi," simplement.

"Alors t'es tout seul, Sammy."

"Je veux que tu te lèves et que tu ailles voir un psy."

Dean éclate d'un rire amer et incroyablement douloureux. "C'est ça," raille-t-il. "Non. Ne me dis pas ce que je dois faire, et n'inverse pas les rôles. Tu viens de dire que j'étais responsable de toi, alors je décide et je te dis de dégager, va dans ta chambre, va au lycée, je m'en balance, mais laisse-moi tranquille."

"Dean…"

"Mais tu comprends ce que je te dis?"

Agacé, Dean se passe les deux mains sur le visage, une fine pellicule de sueur sur sa peau et le souffle court. "Je vais me lever, mais pas pour aller voir un psy," reprend-il. "J'ai pas besoin de-"

"Si," en le coupant. "Putain mais regarde-toi, Dean… t'es une épave. T'as plus d'alcool que de sang dans les veines, et c'est plus… c'est plus possible. Tu te détruis. Je ne peux pas rester là, à te regarder faire sans bouger. Je peux pas."

"T'as qu'à arrêter de regarder."

"Non, non… ce qu'on va faire, c'est que tu vas aller prendre une douche, tu vas t'habiller, et je vais appeler un psy pour que tu aies un rendez-vous en urgence."

"En urgence?" bourré de sarcasme.

"Si tu ne sais pas quoi faire, d'accord… moi, je sais," plus assuré. "On peut faire ça tous les deux, on peut… tu n'as pas besoin de tout porter sur toi, je peux t'aider. Pour l'instant, tu ne peux rien faire, et en attendant que tu te remettes, je vais m'occuper de tout."

"Que je me remette?" la voix qui tremble. "Mais comment tu veux que je… on a plus de parents, Sam. On a plus rien. Je ne suis plus rien. Comment on pourrait-"

"Tu vas te faire aider, et ça va aller. S'il te plaît, Dean… essaie, au moins."

Dean regarde son frère dans les yeux, les ferme une seconde, et tout ce qu'il arrive à ressentir, c'est la douleur qui fait pression. Qui l'écrase au point de l'empêcher de respirer.

"Je t'en prie, Dean."

"C'est bon," capitule celui-ci. "Je vais aller le voir, ton psy. Ça sert à rien, mais si c'est ce que tu veux."

Il repousse rageusement les couvertures, puis se dirige vers la salle de bain dont il claque la porte trop fort.

Une fois seul à l'intérieur, Dean se déshabille, avance vers la douche mais croise son reflet dans le miroir et se fige. Son visage un peu émacié, les cernes, les lèvres craquelées, la peau sèche et les yeux explosés à force de pleurer. Il baisse un peu le regard, pose sa main sur les cicatrices trop récentes qui marbrent sa peau, du côté droit du bas de son ventre jusqu'en haut de sa cuisse. Quelque chose coince dans sa gorge, et Dean se déteste. Il déteste ce corps et tout ce qu'il en a fait.

Brusquement, il ouvre un tiroir, fouille dedans juste une seconde avant de mettre la main sur une lame de rasoir déjà détachée, vielle et presque rouillée. Il serre les dents, pose le métal contre sa peau, appuie, appuie, en pleurant si fort qu'il ne s'en rend pas compte. La douleur silencieuse, la douleur insoutenable roule sur ses joues et bientôt sur sa peau, le sang sur sa peau. Un soulagement ou une douleur supplémentaire, Dean ne sait même plus et Dean s'en fiche. Il pose la lame plus haut sur sa cuisse, et puis.

"Dean?" avec un petit coup contre la porte. "Est-ce que tout va bien?"

Dean s'arrête, respire du mieux qu'il peut pour que sa voix ressemble vraiment à la sienne. "Ça va, Sam," dit-il. "J'ai le droit de vivre, ou bien alors tu vas vraiment me surveiller comme ça?"

"Excuse-moi," simplement. "Je suis juste inquiet pour toi."

"J'avais compris," en mordant sa lèvre pour retenir, tout retenir ce qui déborde. "Je te dis que ça va. Tu peux… trouver mon téléphone, et me le passer? Je voudrais appeler quelqu'un."

Les pas de son frère s'éloignent, et Dean serre la lame de rasoir dans sa main, avant de la balancer dans le lavabo. Il attrape une serviette de bain pour la presser contre la plaie, brièvement, puis se lave les mains.

Sam toque une nouvelle fois, encore plus doucement. Dean ouvre à peine, et tend juste sa main. "Merci," quand son frère met le téléphone dedans.

"Et-"

Dean referme la porte, comme un courant d'air. "Laisse-moi vingt minutes, tu veux?" en calant son dos contre pour se laisser glisser par terre.

"D'accord," répond Sam. "Dean, je… je t'aime. Et je suis là pour toi. Je suis toujours là pour toi."

"Je sais, Sammy," et Dean voudrait bien pouvoir en dire autant.

Mais Dean est anéanti. Dean est en morceaux, absolument et entièrement détruit. Il ne tient pas debout, ne sait plus comment vivre ni comment on respire. Il plaque sa paume contre sa cuisse, contre l'entaille probablement trop profonde, et il appuie. Sans savoir s'il a envie d'effacer ou bien de tout contenir et tout laisser à l'intérieur. La douleur cuisante, puis le sang continue de couler.

De son autre main, Dean déverrouille l'écran de son téléphone et ouvre le répertoire pour faire défiler les noms. Son cœur menace d'exploser, alors qu'il s'arrête sur Cas.

Il appelle. Puis raccroche avant la première sonnerie, avant de supplier Castiel de revenir dans sa vie, avant d'envahir à nouveau la sienne. Les sanglots l'étouffent, et Dean balance le téléphone contre le carrelage.

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Le lendemain, c'est le soleil qui le force à ouvrir les yeux. Il gémit de douleur, sa tête comme dans un étau, puis serre le poing, surpris de trouver sa main bandée.

"Je t'ai soigné pendant que tu dormais," explique Amélia, à voix basse.

Allongée à côté de lui, elle caresse sa joue du bout des doigts. "Comment tu te sens?"

"Je ne-" confus. "Comment est-ce que je suis rentré? Et puis…?"

"De quoi tu te souviens?"

"Un peu du bar, un peu… un peu d'alcool, et-"

"Il n'y a pas eu un peu d'alcool, Dean," pour le corriger. "Il y a eu la limite de la limite. Et je voudrais qu'on en parle, maintenant. Je voudrais qu'on parle."

"Comment tu veux qu'on en parle si je ne m'en souviens même pas?"

Sa voix un peu rauque et sa bouche est trop sèche. Dean se redresse difficilement pour s'asseoir, puis frotte distraitement son front. "J'ai juste dû trop boire, un peu trop boire, et puis voilà," dit-il. "Je vais m'en remettre."

"Tu sais… Castiel m'a aidée à te ramener, hier soir."

"Pourquoi?"

"Parce que tu as dépassé le stade où tu es dans un état que je sais comment gérer toute seule," répond calmement Amélia. "Tu risquais de te faire du mal, et j'avais besoin de quelqu'un relativement sobre, plus fort ou au moins autant que toi. Et c'était Castiel. On a un peu parlé, tous les deux."

Déjà immobile, Dean se fige un peu plus. "Est-ce que…?"

"Oui," sans demander de précisions. "Il m'a un peu parlé de… ce qui s'est passé entre vous. Pourquoi toi, tu ne m'en as jamais parlé?"

"Parce que je… parce que," le cœur battant. "Je ne sais pas. Je lui ai fait beaucoup de mal, et je… je ne sais pas comment me racheter. Je suis juste… un vrai connard. Je ne mérite pas qu'il me pardonne ou même qu'il essaie de me pardonner. On essaie d'être amis, mais même ça… je crois que je ne le mérite pas."

Dean souffle, omettant volontairement de parler du baiser de l'autre soir. Parce que ça ne compte pas. Ça ne compte pas. Ça ne compte pas, ou bien alors beaucoup trop. Il ne sait pas.

"Pourquoi boire autant?" demande Amélia.

"Je ne sais pas, je… suis désolé," en prenant sa main. "Je suis désolé."

"Je sais que tu es désolé, Dean," simplement. "Tu ne voudrais pas… peut-être que tu pourrais retourner voir un psy."

Surpris, Dean relâche sa main. "Non," dit-il.

"Pour quelle raison?"

"Parce que je vais mieux qu'avant, je vais mieux que quand on s'est rencontrés, et je n'ai plus besoin de ça," en secouant la tête. "Et je ne veux pas de quelqu'un d'autre que toi."

"Mais tu ne veux pas de moi non plus."

"Je n'ai pas besoin de ça," répète Dean. "Amy… ça va. J'ai juste un peu dérapé, c'est tout. Je vais prendre une douche, aller travailler, et tout va rentrer dans l'ordre."

"Tu as l'intention d'aller travailler aujourd'hui?" les sourcils froncés d'incompréhension. "Tu pourrais prendre une journée."

"Non," encore une fois. "Je vais travailler. Je ne peux pas prendre une journée chaque fois que j'ai un peu mal à la tête, et je n'ai pas envie de rester là. On peut parler de tout ça ce soir?"

Amélia soupire. "On ne va pas en parler," devine-t-elle. "Tu évites le sujet, et ce soir, tu vas faire comme si de rien n'était. Comme si c'était déjà du passé, mais en ce moment… tu te rends compte à quel point tu dérapes?"

"C'est juste… quoi? j'ai dû casser un verre, et-"

"Tu sais très bien que ce n'est pas-"

"Amy, s'il te plaît," en la coupant. "Juste… pas maintenant. Je suis désolé, et je vais essayer de prendre un peu plus soin de moi-même."

Il se lève, chancèle un peu, puis fait deux pas en avant.

"Est-ce que tu l'as aimé? Castiel?" en se redressant dans le lit. "Est-ce que… tu l'aimes encore?"

"Quoi?" en se retournant. "C'est… toi que j'aime."

"Est-ce que tu l'as aimé? Et l'autre soir… quand tu es rentré complètement ivre, c'était lui. Tu l'as vu, lui, et tu m'en as parlé."

"Je ne sais pas, je… ne sais pas," en retenant son souffle. "C'était très compliqué entre nous, et j'ai juste… c'était compliqué. Je ne sais pas quoi te dire d'autre. Peut-être. Peut-être que je l'ai aimé, mais c'est du passé. C'est pour ça qu'il me… perturbe autant, si on peut dire, parce qu'il fait partie d'une autre période de ma vie. Et je l'ai vu au bar, et je ne m'y attendais juste pas. C'est toi que j'aime, Amy."

Et après ça, Dean sait, Dean est sûr qu'il aura du mal à se regarder dans un miroir.

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Dean relève la tête pour la énième fois. "Vous êtes super jeune," fait-il.

"On me le dit souvent," avec un petit sourire. "Vous préférez que je vous appelle-"

"Dean," en la coupant. "Et vous?"

"Amélia."

"J'ai le droit de vous appeler comme ça?" en tapant nerveusement du pied par terre.

"Je suppose que vous pouvez m'appeler comme ça si c'est ce qui vous met le plus à l'aise," répond Amélia. "Je n'ai pas tout à fait terminé ma spécialisation, alors peut-être que-"

"Comment vous pouvez avoir l'air si jeune et avoir presque terminé une spécialisation en médecine?"

"Vous voulez qu'on parle de mon parcours scolaire?"

Faussement détaché, Dean hausse les épaules. "On ne va pas parler de moi, en tout cas, alors autant passer le temps," dit-il. "Alors?"

"J'ai sauté trois classes, et je n'ai jamais redoublé," après une petite seconde d'hésitation.

"Et vous avez quel âge?"

"Vingt-quatre ans."

"Brillant," commente Dean, lui arrachant un autre petit sourire.

"C'est gentil," sans le lâcher du regard. "Vous avez vraiment l'air de vous sentir très mal, Dean."

"Ça doit avoir un rapport avec… vous savez, mon père, la prison pour meurtre, et ma mère," presque sarcastique. "Mon père l'a achevée et elle est morte. Ok. Je peux gérer. Passons à autre chose."

"Vous pouvez gérer?" reprenant ses mots.

"C'est ce que je viens de dire."

"Qu'est-ce qui vous a poussé à venir?"

"Mon frère," en se calant contre le dossier de sa chaise. "Je suis son nouveau responsable légal, je suis censé m'occuper de lui, être responsable."

"Et vous ne pensez pas pouvoir l'être?" en griffonnant rapidement quelques mots sur une feuille de papier.

"Bien sûr que non, je ne peux pas l'être," comme si la question n'avait pas vraiment de sens. "Je ne suis même pas capable de m'occuper de moi, alors avoir la responsabilité de quelqu'un d'autre? Vous devriez me déclarer inapte ou je ne sais pas trop… je ne sais pas comment ça marche, et peut-être que comme ça, mon père rentrerait plus vite. Peut-être qu'ils le laisseraient rentrer à la maison."

"C'est ce que vous voulez?" demande Amélia. "Vous avez besoin qu'il-"

"Vous savez… vous me plaisez beaucoup," en posant un coude sur le bureau pour être légèrement plus proche. "On pourrait coucher ensemble."

Impassible, Amélia penche la tête sur le côté. "Ça vous aiderait à vous confier?"

"Probablement pas," très sincèrement. "Vous le feriez?"

"Probablement pas non plus."

"Dommage," avec un haussement d'épaules. "C'est pas vraiment grave… je peux avoir à peu près qui je veux."

"Vous pouvez répondre à quelques questions?" sans relever.

"Balancez toujours," en agitant la main.

"Est-ce que vous buvez beaucoup d'alcool?" et Dean hoche simplement la tête. "Est-ce que vous fumez?"

"Ça arrive."

"Une autre drogue?"

"Non," du tac-au-tac. "Mon père me tuerait si je commençais à me droguer."

"C'est la seule raison qui vous empêche de le faire?"

"Vous êtes en train de me demander pourquoi je ne me drogue pas?"

"J'essaie d'évaluer le niveau de détresse psychologique dans lequel vous êtes, et à quel point l'influence que votre père a sur vous est grande."

Dean fronce les sourcils, silencieux un court moment, et puis il rit. "S'il m'empêche de commencer à me droguer, vous ne croyez pas que son influence est positive?" reprend-il. "C'est mon père. J'ai besoin qu'il rentre à la maison et qu'il me dise ce que je dois faire. J'ai besoin qu'il me hurle dessus, qu'il dise que je suis stupide d'être parti de la maison il y a deux ans et demi, que… je veux qu'il rentre. Et je regrette d'être allé à la fac, je n'aurais… je n'aurais jamais dû partir. J'ai besoin qu'il dise que je suis juste un gamin stupide, et qu'il prenne les choses en mains, comme il le fait toujours. C'est censé être simple."

"Pourquoi ne pas aller le voir en prison?"

"Parce qu'il a tué ma mère," le ton plus amer. "Et je ne saurais pas quoi lui dire. Il va me voir dans cet état, et il va péter les plombs."

"C'est ce qui vous inquiète?" en tiquant. "Vous avez peur de sa réaction s'il vous voit… dans cet état? Quel état, d'après vous?"

Dean détourne les yeux en se passant nerveusement la main dans les cheveux. Il se fige alors que le regard d'Amélia accroche son poignet, découvert quand il lève le bras. "Je-" incapable de poursuivre.

"Vous voulez en parler?"

"Les accidents, ça arrive," et Dean a du mal à se souvenir du nombre de fois où il a dit ça, de tous les mensonges qui sont sortis de sa bouche.

Il laisse son bras retomber sur sa cuisse, appuie plus fort pour sentir la douleur de la blessure encore trop vive, et fixe Amélia, la regarde dans les yeux, comme s'il voulait qu'elle comprenne sans qu'il ait besoin de le dire. Il finit par reprendre son souffle, et se racle la gorge. "Je crois que notre temps est écoulé," dit-il.

"En effet," en reposant son stylo. "Est-ce que vous arrivez à dormir?"

"Je ne sais pas. Avec ou sans whisky?"

"D'accord… est-ce que vous pensez que je vais regretter de vous prescrire des somnifères?" très calmement.

"Je n'ai pas prévu de me suicider, si c'est la question que vous vous posez, et si je voulais le faire, je trouverai probablement un moyen de toute façon."

Amélia lui adresse le sourire le plus compatissant du monde, et Dean ne le lui rend pas. "Je ne vais pas me suicider," répète-t-il.

"Très bien," en attrapant un ordonnancier. "Pas d'alcool avec. Vraiment pas. Je vais rappeler votre frère, histoire d'être sûre qu'il fasse attention à vous, et si jamais vous ressentez le besoin de vous faire du mal, appelez-moi. Vous voulez bien me promettre ça?"

"J'y penserai," évasif.

"C'est déjà pas mal," avant de lui tendre l'ordonnance.

Rapidement, Amélia note quelque chose sur une carte de visite. "Et ça," en la lui donnant. "C'est un autre rendez-vous. Dans quatre jours."

"Vous croyez sincèrement que je vais venir?"

"J'en suis certaine," en se levant pour le raccompagner jusqu'à la porte.

Une fois devant, elle prend doucement son poignet, puis pose son autre main dessus, les yeux levés dans les siens. "On va trouver un moyen de vous aider, Dean," dit-elle. "Ça, c'est moi qui vous le promets."