L'attente a duré moins longtemps que la dernière fois... Bonne lecture !


Jarvan écarta légèrement le rideau de sa chambre, coulant un regard prudent à l'extérieur. Une foule se rassemblait juste devant le palais et il vit un héraut public qui se tenait là, un rouleau encore scellé à la main. Rapidement on l'aida à se hisser en hauteur et, se penchant légèrement, Jarvan ouvrit la fenêtre alors qu'il déroulait le parchemin. Par chance, le vent était de son côté, et les paroles lui en parvinrent malgré la distance.

"... le Conseil de Noxus a ainsi décidé, à l'unanimité et suite à la trahison de Jericho Swain..."

Le héraut s'interrompit alors que des sifflets se faisaient entendre. Ses mots mirent quelques temps à surpasser à nouveau les sifflets et les cris.

"... un nouveau roi et une nouvelle reine à notre glorieuse cité, ainsi que leur futur héritier à venir..."

Encore une fois les cris s'élevèrent et Jarvan se raidit. Cela faisait cinquante ans que Noxus n'avait plus de roi et, d'après les batailles qu'il avait étudié, ce n'était que grâce aux querelles intestines des familles nobles que Noxus n'avait pas étendu encore plus sa domination.

"... ainsi ont été choisis comme souverains le seigneur Darius et son épouse, dame Ellanna Faend !"

Son visage se déforma en un rictus. Mauvaises nouvelles... très mauvaises nouvelles. Le peu qu'il avait vu d'Ellanna Faend lorsqu'elle lui avait rendu visite ici était qu'elle n'était pas femme à contrarier. Servirait-il de monnaie d'échange ? Peu probable. Ce serait trop compliqué de démontrer qu'il était le vrai Jarvan et que Demacia devait payer pour assurer sa sécurité. Pourquoi l'avoir sorti de là alors ?

"Vous avez servi à faire chuter Swain" fit une voix derrière lui.

Il sursauta et se retourna. Cassi était là, un sourire sur les lèvres, et le rejoignit, refermant le rideau.

"Ne vous montrez pas, beau prince" recommanda-t-elle en venant caresser sa joue. "Je ne veux plus avoir à vous chercher dans une cellule puante."

"Vous féliciterez vos seigneurs pour moi" fit-il par politesse. "Comment aurai-je servi contre Swain ?"

"Swain avait des prisons secrètes. Le général Ducouteau était dans l'une d'elle et il a mené l'opération pour vous sauver. Le corbeau y a bien entendu reconnu la trace de la famille Ducouteau et en a accusé Katarina. Vous pouvez imaginer la réaction du Conseil de Noxus lorsque le vénérable général que tous croyaient mort a refait surface et a accusé Swain, affirmant au passage avoir agi sous les ordres de Darius, l'ancien soutien du corbeau, qui a lui-même demandé le jugement pour haute trahison du corbeau..."

"C'était un coup d'Etat" répliqua Jarvan.

Un adorable sourire lui répondit et elle vint caresser sa joue. Il sentit son souffle s'accélérer malgré lui. Cassi était sans doute la plus belle femme qu'il n'ait jamais vu et elle était toujours si douce et si forte avec lui...

"C'en était un" reconnut-elle dans un murmure, se blottissant contre lui. "Mais aurait-il mieux valu laisser Swain avoir tout contrôle sur le Conseil ?"

"Non" murmura-t-il en réponse, l'attirant contre lui. "Que vont-ils faire de moi ?"

Elle battit des paupières en le regardant.

"Vous renvoyer à Demacia, bien sûr, et éventuellement vous aider à retrouver votre place."

Il en fut complètement perdu, puis la colère l'envahit.

"S'attendent-ils à ce que je leur vende mon pays ensuite ?"

"Cht" fit-elle en pressant un doigt délicat contre ses lèvres. "Bien sûr que non, mon prince. Je ne connais pas tous les plans de ma maîtresse, mais elle sait qu'il serait inutile de vous demander une telle chose."

"Que veulent-ils alors ?"

Elle pencha légèrement la tête en arrière pour mieux le regarder. Il ne put s'empêcher de poser son regard sur son cou dénudé avant de revenir sur ses lèvres qui frémissaient.

"Vous connaissez la Rose Noire" fit-elle d'une voix très basse.

"Leblanc ? Elle est venue me voir. Plusieurs fois."

Un frisson convulsif parcourut sa colonne vertébrale. Leblanc était pire que Swain par bien des aspects.

"Je suis désolée, mon prince, je ne voulais pas vous rappeler ceci" murmura-t-elle.

"Cela ira" fit-il avec douceur. "Quel rapport ?"

"Savez-vous pourquoi ils vous ont maintenu en vie ?"

"Non. Je me le suis demandé plusieurs fois" avoua-t-il honnêtement.

"Dame Ellanna a dit, et je la crois, qu'il était impossible de maintenir une illusion parfaite d'un être si celui-ci était mort. Il doit être vivant. Le seigneur Darius a envisagé de vous tuer. Cela aurait été beaucoup plus simple, beaucoup plus rapide, et votre illusion se serait juste évaporée."

"Qu'est-ce qui l'a fait changer d'avis ?"

Elle vint se blottir contre lui, comme effrayée. Il embrassa sa tempe en réponse.

"Vous connaissez la Rose" murmura-t-elle. "Swain n'était que le commencement... ils ne s'arrêteront pas avant de l'avoir éliminée, et vous mieux que personne pourrez les aider une fois roi de Demacia."

Il cilla. L'explication avait du sens. La Rose était infiltrée à Demacia également, ne serait-ce qu'avec son illusion et bien plus encore, et Darius n'aurait pu la vaincre, sauf à vaincre Demacia et ses armées. Lui, en tant que souverain, pourrait l'attaquer depuis l'intérieure, purgeant sa ville comme Darius purgerait la sienne. Et il savait qu'il le ferait. Il traquerait le moindre d'entre eux jusqu'en enfer, et ferait passer l'envie à n'importe qui d'autre de comploter ainsi sur tout Valoran.

"Je le ferai" promit-il à son oreille. "Je chasserai la Rose aussi ardemment que Darius, et nous serons alliés dans ces batailles."

Ses yeux se firent incrédules. Il caressa son visage, repoussant une mèche brune.

"Cette bataille est plus importante qu'une énième guerre entre Noxus et Demacia" justifia-t-il. "Si une alliance avec Noxus est nécessaire, elle sera faite. Vous pourrez le dire à vos maîtres."

Il sourit difficilement.

"Et ils auront ainsi tout intérêt à ce que je monte sur le trône de Demacia, n'est-ce pas ?"

"Ils en auraient eu tout intérêt" souffla-t-elle. "Quand partirez-vous ?"

"Voulez-vous que je parte ?" demanda-t-il, blessé.

"Non" murmura-t-elle avant de rosir. "Vous devez..."

"Chut" fit-il avant de venir l'embrasser.

Elle lui rendit son baiser après un instant, se blottissant dans ses bras. Il resserra son étreinte puis descendit ses mains, écartant la vaporeuse robe blanche pour atteindre ses hanches. Un frisson lui répondit et elle les sépara doucement.

"Nous ne devrions pas..."

"En avez-vous envie ?" demanda-t-il seulement.

"Oui, mais..."

Il l'embrassa à nouveau en réponse avant de la basculer sur le lit, la rejoignant un instant après. Elle enroula ses bras autour de son cou, l'invitant à se rapprocher, et il le fit volontiers, allant flatter les seins encore enfouis sous la robe blanche.

"Mon prince" murmura-t-elle, haletante, alors qu'il descendait ses lèvres dans son cou. "Nos... nos familles n'approuveraient pas..."

"Elles n'ont pas besoin de savoir" répondit-il en dégrafant sa robe.

Elle gémit doucement alors qu'il embrassait son sein avant de le mordiller.

"Vous... vous devez savoir que je suis..." commença-t-elle, mais il remonta pour venir l'embrasser.

"Taisez-vous, Cassi" murmura-t-il. "Je me fiche de qui vous êtes."

Il avait écarta ses jambes d'un léger coup de genou en parlant, s'allongeant entre, et elle l'enlaça en réponse, l'attirant tout contre lui. Il revint embrasser son cou et elle enfouit son visage dans sa chevelure, un sourire heureux sur les lèvres.

Un aussi beau prince, elle n'avait jamais attrapé cela dans ses filets auparavant.

Et, comble du bonheur, il était excellent amant.

Ellanna s'arrêta sur le seuil de la porte et ses yeux se plissèrent aux galipettes des deux jeunes. Elle aurait pu les interrompre mais ne le fit pas, refermant la porte en silence pour rejoindre ses propres appartements. Darius l'y attendait et elle le rejoignit.

"Il semblerait que j'ai eu raison" commenta-t-elle sobrement.

"Cassiopeia l'a séduit ?"

Elle sourit ironiquement.

"Ou peut-être l'a-t-il séduite. Elle ne reste qu'une enfant, et toute enfant rêve de trouver son prince charmant. Son expression n'était guère celle d'une femme faisant cela pour son devoir, du moins, et elle ne m'a pas entendue entrer."

Il saisit sa main pour l'aider à s'asseoir. Elle porta sa main à son oreille et il la vit enflée. Tendant la main, il retira les lourds joyaux, les déposant sur la commode, puis fit de même sur son autre oreille.

"Merci" fit-elle en fermant les yeux. "Etes-vous satisfait ?"

"Heureux que ce corbeau ait disparu" marmonna-t-il. "Reste à nettoyer tout cela."

"Votre premier ordre était explicite" fit-elle avec un demi-sourire.

Il vint caresser sa joue.

"Et vous ?" interrogea-t-il. "Heureuse ?"

"Je le pense. Ne suis-je pas reine désormais ?"

"Vous n'en avez pas l'air."

Elle rouvrit des yeux irrités.

"Je pensais que votre démonstration de force suffirait à calmer toute velléité de prendre ma place, mais ce n'est pas le cas. Je serai faible dans les prochains mois, Darius, jusqu'à avoir donné naissance à votre enfant et encore quelques temps après, et beaucoup de femmes aimeraient vous épouser."

"Je ne tolérerai pas que quiconque ne vous blesse" remarqua-t-il tranquillement.

"Oh, jamais volontairement, j'en suis certaine" répondit-elle.

Il était surpris de son agacement. Il était rare que Ellanna ne montre de telles expressions, elle qui était toujours si calme. Cela le rendait heureux, en un sens, qu'elle s'ouvre à lui sur de telles inquiétudes. Il se pencha sur elle, embrassant son front.

"La première qui tentera de vous blesser, je la décapiterai" promit-il. "La seconde, je la ferai pendre. La troisième sera éviscérée et la quatrième écartelée. Vous êtes ma reine et aucune autre ne peut prétendre à ce titre."

Elle rouvrit les yeux, le regardant.

"M'aimez-vous, Darius ?" murmura-t-elle.

"Je suis pragmatique" répondit-il. "Tant que vous serez ma reine, nul ne parviendra à me détrôner. Vous voyez les complots bien avant moi. Quant à savoir si je vous aime..."

Il vint l'embrasser avec possessivité.

"Je le pense, mais comment savoir ? Je sais que vous êtes la seule femme que j'accepterai dans ma couche, si c'est un début."

"Je ne serai pas capable de vous offrir cela pendant plusieurs mois" avertit-elle.

"J'attendrai que vous le vouliez de nouveau. Et vous, m'aimez-vous ?"

Elle réfléchit un moment.

"J'ai eu beau réfléchir à toutes les situations possibles, de la pire à la meilleure, je n'en ai trouvé aucune où votre sacrifice à mon profit aurait la moindre valeur" offrit-elle finalement. "Votre meilleure place est - définitivement - celle de mon époux, et aucun autre ne pourrait vous y égaler."

Il sourit, amusé, et la souleva pour l'amener à leur lit.

"Vous connaissant, cela veut probablement dire que vous m'aimez" fit-il avec un amusement visible. "Quelles sont les femmes qui veulent le plus prendre votre place ?"

"Le premier nom qui me vient à l'esprit est Cassiopeia" répondit-elle sincèrement. "Elle veut votre couche, du moins, et dans tous les cas je n'aime pas la savoir comploter."

Il ricana.

"La solution pour cela est toute trouvée, ma tendre épouse."

"Pardon ?"

"Si l'on prend en compte que vous êtes ma reine, que Katarina est l'héritière des Ducouteau et un terrible assassin, Cassiopeia, en tant que seconde fille de la plus puissante famille vassale de la nôtre, et en attendant qu'une de nos éventuelles filles soit en âge de se marier, est le meilleur parti de Noxus."

Elle ouvrit de grands yeux, puis rit franchement.

"Vous avez raison, Darius" gloussa-t-elle. "Et, comme toute alliance se scelle dans un mariage, son mari est déjà tout trouvé, n'est-ce pas ?"

"Je pensais exactement à cela. Elle pourra toujours comploter à Demacia."

Les soucis de sa femme semblèrent s'évanouir et il vint l'embrasser. Son règne ne commencerait officiellement que le lendemain et, en attendant, il avait une femme qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs semaines.