Chapitre 12

J'ouvris les paupières et portai la main à mes yeux pour les protéger de la lumière du jour qui m'agressait les rétines. J'avais apparemment réussi à m'endormir sur le canapé après notre conversation pendant la nuit, et bien que je n'eus dormi que quelques heures, je me sentais reposée.

Je me frottai les yeux pour me réveiller et me levai du canapé. Des bruits provenant de la cuisine me parvinrent et je me dirigeai vers la pièce, affamée. Je n'avais plus rien manger depuis des heures et je mourrais de faim.

Je découvris mon mari de dos, occupé près de la cuisinière. Il se retourna en entendant mes pas et s'approcha de moi avant de me prendre dans ses bras.

- Salut, murmurai-je, la tête plongée dans son cou.

- Tu te sens mieux ?

Je me détachai de lui et hochai la tête.

- Tu veux de l'aide ? proposai-je en désignant le plan de travail.

- Non merci, ça va aller.

J'allai donc m'installer à la table de la cuisine, le menton dans les mains. Ron retourna préparer ce que je pensais être du thé, et un doux silence s'installa. Au bout d'un moment, je finis par prendre la parole.

- Désolée pour hier.

Mon mari sursauta et les tasses qu'il tenait à la main s'entrechoquèrent. Il les déposa soigneusement à côté de la cuisinière et me fit face en s'appuyant contre le comptoir de la cuisine.

- Désolée pour quoi ? demanda-t-il, surpris.

- D'avoir craqué comme ça, répondis-je avec un sourire triste.

- Hermione, tu peux pleurer de temps en temps, tu sais. Ça ne fait pas de toi quelqu'un de faible.

Je levai les yeux vers lui pour voir s'il pensait ce qu'il disait, et il me sourit tendrement. Au bout d'un moment, il proposa.

- Tu as faim ?

Je hochai la tête avec enthousiasme.

- J'ai trouvé des brioches que maman a préparé, dit-il en poussant le panier rempli des pâtisseries vers moi sans oublier d'en prendre une au passage.

Je m'apprêtai à en choisir une à mon tour mais je suspendis mon geste quand j'entendis la voix désapprobatrice de Molly dans mon dos.

- Ron, qu'est-ce que tu fais avec ça en main ?

- J'avais faim ! se défendit-il.

Elle s'approcha de moi et je ramenai mon bras contre moi.

- Mange, Hermione, ma chérie, me dit-elle avec bienveillance. Ça fait une éternité que tu n'as plus avalé quelque chose.

Je la remerciai d'un air reconnaissant et mordit avec plaisir dans la pâtisserie.

- Alors, vous avez parlé tous les deux ?

Je jetai un regard amusé à Ron qui répondit :

- Ce sont nos affaires, m'man…

- Tu as raison, tu as raison, dit-elle en levant les mains en signe d'innocence.

Puis elle se rapprocha de moi et murmura :

- Entre nous, vous avez parlé, n'est-ce pas ?

Je fus prise d'un tel fou rire que je manquai de m'étouffer avec la bouchée que je tentais en vain d'avaler. Cela faisait une éternité que je n'avais plus ris de la sorte.

Ginny et Harry arrivèrent, James dans les bras de sa mère, qui babillait gaiement.

- Qu'est-ce qui se passe ? me demanda Harry en me dans cet état.

Je lui fis un geste qui voulait signifier que ce n'était rien et finis par me calmer.

- Alors, tu vas mieux, apparemment ? me demanda Ginny avec un sourire amusé

- Je vais mieux, répondis-je

Je finis ma brioche tandis que Ginny tentai avec difficulté de prendre son petit déjeuner avec James sur les genoux.

- Laisse, je vais le prendre, dis Harry en tendant les bras vers son fils.

- Je peux ? demandai-je aussitôt.

- Bien sûr, me dit Ginny en me tendant mon neveu.

Je le pris dans les bras et il se mit à pousser des babillements joyeux. Attendrie, je le serrai un peu plus fort contre moi. Ron me regarda d'un air à la fois heureux et tracassé. Il savait que j'adorais James, mais que sa présence me rendait triste. Je lui offris un sourire rassurant alors que, de nouveau, la tristesse avait repris le pas en moi.

- Alors, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Harry en nous regardant tour à tour.

- Il est évident qu'on ne peut pas rester, répondis-je. Les Mangemorts savent que nous nous cachons ici, et ils ne seront pas longs à revenir.

- Alors même si nous partons, Maman est en danger, fit remarquer Ron d'une voix inquiète.

- Ne t'inquiète pas, Ron, répondit Molly avec un geste désinvolte de la main. Je sais me débrouiller toute seule, et puis il y a ton père, qui ne devrait pas tarder à revenir du Ministère, à l'heure qu'il est… Et dire qu'il a passé toute la nuit là-bas, ajouta-t-elle pour elle-même.

- Vous savez, intervins-je. Sans vouloir paraître défaitiste, Harry, c'est toi qu'ils veulent. Il faut se cacher. On ne peut pas retourner chez nous, je suis sûre que Godric's Hollow est surveillé à l'heure qu'il est.

- C'est bien joli ce que tu dis, me dit Ron, mais se cacher où ?

- N'importe où, répondis-je en haussant les épaules.

Je marquai une pause avant de continuer :

- Ce qui est sûr, c'est qu'il faut que quelqu'un prévienne le Ministre qu'on a les Mangemorts à nos trousses ! dis-je. On ne peut pas continuer à fuir éternellement !

- Je pense que le plus important à faire pour le moment, intervint Harry, c'est essayer de retrouver Neville et Luna. On ne sait pas où ils sont, et ça commence à m'inquiéter…

- Tu ne penses pas que… commença Ginny sans terminer sa phrase.

- Qu'ils les séquestrent ? pour ce qu'on en sait, ils en sont capables.

Nous échangeâmes des regards terrifiés.

- On n'en sait rien, Harry, repris-je. Ils se cachent peut-être, comme nous.

- Hermione, tu ne crois pas que s'ils se cachaient, ils seraient retournés à Poudlard, comme nous, pour tenter de sauver l'école ?

- Si, capitulai-je. Tu as raison. Mais on n'a aucune idée de l'emplacement du QG des Mangemorts. C'était Poudlard, mais maintenant, qu'est-ce que ça peut être ?

Nous baissâmes tous la tête d'un même mouvement pour réfléchir.

- La Forêt Interdite, murmurai-je soudain.

- Quoi ?

- La Forêt Interdite, répétai-je.

- Ça m'étonnerait, contra Ron avec une moue dubitative.

- La Forêt est beaucoup plus grande que ce qu'on peut imaginer, continuai-je. Qu'est-ce qu'on en sait ? Ils peuvent avoir trouvé une habitation abandonnée en plein milieu des arbres. En plus de ça, ils ne sont pas loin de Poudlard…

- Et les Détraqueurs ? Demanda Harry.

- Les Détraqueurs sont placés jusqu'à un certain point. S'ils se sont enfoncés assez profondément dans la forêt, ils ne doivent pas les craindre…

Je sentais tous les regards braqués dans ma direction. J'avais lancé la proposition au hasard, et nous n'avions aucune preuve que ce que je disais était correct. Nous ne savions même pas s'ils détenaient Luna et Neville. Mais il fallait essayer quelque chose.

- Vous en pensez quoi ? demanda enfin Ginny après un moment de silence.

- Ça vaut le coup d'essayer, répondit Harry. Je pense qu'on n'a rien à perdre à y aller.

- Mais le Ministère ? murmurai-je. Quelqu'un doit le prévenir que les Mangemorts nous poursuivent !

- Je m'en occupe, dit Molly avec un sourire rassurant. Ne vous inquiétez pas de ça.

Je lui adressai un sourire reconnaissant en guise de remerciement.

- Je viens avec vous, déclara soudain Ginny, de la détermination perçant dans sa voix.

- Quoi ? Non ! s'exclama Harry. Tu es enceinte ! c'est dangereux ! tu ne peux pas venir avec nous !

- Et je t'interdis de repartir une nouvelle fois sans moi ! répliqua mon amie sur le même ton. Tu n'as pas idée d'à quel point je me suis inquiétée ! je ne savais pas où tu étais, si tu étais blessé ou pas, et ça me rendait folle ! Je ne veux jamais revivre ça, tu comprends ?

Harry ne semblait pas convaincu. Contre toute attente, c'est Ron qui vola au secours de sa sœur.

- Elle a raison, Harry, tu sais. Je vois très bien ce que tu as ressenti, Ginny. C'était la même chose pour moi quand Hermione a disparu hier. Je ne veux jamais revivre une chose pareille non plus.

Je lui souris timidement et il me rendit mon sourire.

- D'accord, capitula enfin Harry. Mais je veux que tu fasses attention. Et pas question que tu participes à la bataille si les Mangemorts viennent attaquer.

- Mais…

- Tu es enceinte, Ginny, pour l'amour de dieu ! tu ne peux pas risquer ta vie !

Ginny sembla prendre conscience des paroles d'Harry et hocha la tête.

A cet instant précis, James, qui était toujours serré contre moi, émis un petit cri de joie et tout le monde se retourna vers lui tandis que je lui déposai un baiser sur la tête.

- Mais qui va s'occuper de James ? Murmura Ginny d'une voix blanche.

- Je le prends en charge, intervint Molly. Ne vous inquiétez pas, assura-t-elle avec un sourire. Il est entre de bonne main.

Il fut convenu que nous partirions en début d'après-midi. Alors que tout le monde se dirigeait vers les chambres pour prendre les affaires dont ils avaient besoin, je me levai et emmenai James jusqu'au salon. Je l'assis face à moi sur mes genoux et je murmurai doucement

- Tu sais, tes parents ont beaucoup de chance de t'avoir…

Pour toute réponse, il éclata de rire.