Alice
- Jaaaasper ! criai-je du salon.
Mon compagnon se hâta de me rejoindre.
- Qu'y a-t-il, ma chérie ?
Je me radoucis immédiatement à l'entente de ce petit nom.
- Où as-tu garé la voiture ?
- Dans le garage.
- Pourquoi ne l'as-tu pas garée dans l'allée ? Je t'avais dit que je devais sortir.
- Je sais, mon amour, mais il y une voiture à cet emplacement.
- Ah bon ? Mais qui est…
Je n'eus pas le temps de finir ma question que mon portable vibra. L'écran m'indiqua qu'il s'agissait de Bella.
- Bella ? dis-je en décrochant. C'est cool que tu appelles, je ne m'attendais pas à avoir de tes nouvelles avant samedi, enfin, avant demain…
- Alice… me coupa-t-elle.
Je me glaçai devant son ton. Elle sanglotait. Elle pleurait, même.
- Bella ? fis-je, affolée. Que se passe-t-il ?
Aussitôt, je pensais à mon frère. Etait-il tombé malade ? ou pire… ?
- J'ai… Alice, j'ai été… j'ai été virée… réussit-elle à dire entre deux sanglots.
- Quoi ? m'exclamai-je, alors que j'avais parfaitement entendu.
- Alice…
J'étais complètement paniquée par sa détresse.
- Bella, ne bouge pas, je viens te chercher. Où habites-tu ?
- Je… je suis déjà devant chez toi, avoua-t-elle, presque honteuse.
Je fus soulagée qu'elle soit déjà présente. Je m'avançai vers la fenêtre et regardai la fameuse voiture garée dans l'allée.
- Ne bouge pas, j'arrive, dis-je en raccrochant.
Je me précipitai dehors, ignorant les appels de Jasper, me demandant ce que j'allai faire. Je me dirigeai vers la voiture, et me baissai à hauteur de la vitre. Ce que je vis me serra le cœur. Bella était assise sur le siège conducteur, les genoux repliés. Elle était complètement effondrée. Je tapai doucement contre la fenêtre, et elle leva la tête. Ses yeux étaient rouges et ses joues striées de larmes. J'ouvris la portière de son véhicule, et presque immédiatement, elle m'agrippa le bras, comme un naufragé soutient une bouée.
- Alice, pleurait-elle.
- Je suis là, Bella…
Doucement, je l'aidai à se lever de la voiture. Je refermai la portière, tandis qu'elle s'appuyait contre moi, ses jambes n'ayant visiblement pas la force de la porter.
- Désolée, s'excusa-t-elle en renfilant.
- Ce n'est rien, Bella. Allez, viens.
Nous nous dirigeâmes vers la maison, alors que Belle continuait de sangloter silencieusement. Sa douleur était telle que j'avais moi-même mal. Virée, avait-elle dit. Je n'osais pas imaginer la réaction d'Edward… Il devait être aussi abattu qu'elle.
Nous entrâmes dans le salon, où Esmé, Jasper et Emmett regardaient à présent la télévision. Tous les trois se retournèrent en nous entendant arriver, et leurs yeux s'écarquillèrent en voyant Bella.
- Qu'est ce qu'il se passe ? demanda Maman.
- Bella a été renvoyée, annonçai-je, sinistre.
A mes mots, Bella laissa échapper un long gémissement, comme si elle prenait vraiment compte de sa situation. Esmé se précipita vers elle.
- Assieds-toi, Bella…
Elle l'entraîna vers le canapé et la força à s'asseoir. Esmé ne put retenir son côté maternel, et enlaça Bella, qui se laissa aller dans ses bras.
- Calme-toi…
Jasper et Emmett vinrent à côté de moi. Ils avaient l'air déboussolé et impuissant. Comme moi.
Les sanglots de Bella parurent diminuer au bout de quelques minutes. Esmé la relâcha et se leva.
- Je vais t'apporter un chocolat chaud. Ca te fera du bien.
Elle tentait tant bien que mal de cacher son trouble. Parce que tout cela concernait Edward autant que Bella, et parce que, même si nous la connaissions à peine, elle avait pris une place importante. Elle avait redonné espoir et joie de vivre à mon frère. Et sa douleur nous touchait tous. Jasper s'assit à ses côtés.
- Que s'est-il passé, Bella ?
La présence de mon compagnon avait toujours été apaisante. Il était le seul capable de me calmer et de réfréner mes ardeurs. J'espérais que ses talents fonctionneraient sur Bella. Celle-ci s'essuya les yeux, et essaya de reprendre contenance.
- Une autre gardienne… nous a dénoncé… elle nous a vu nous… embrasser… et… oh ! pleura-t-elle. Nous pensions qu'il n'y avait personne ! Le couloir était désert… Elle est partie le raconter à notre supérieur…
A ce moment, ma mère arriva avec une tasse fumante, et la tendit à Bella. Elle la remercia et buvait le chocolat, enserrant la tasse de ses mains, comme si elle cherchait à se réchauffer.
- Et le pire, continua-t-elle, c'est que je ne peux même pas… je n'ai pas le droit de lui rendre visite…
- Quoi ? s'écria Emmett. Te virer n'était pas assez sévère, peut-être ? J'y crois pas !
Bella releva la tête vers mon frère, les yeux baignés de larmes. Cette vision me déchira littéralement. La douleur qui habitait ses prunelles était telle que je ne pus m'empêcher d'aller la rejoindre et de la prendre dans mes bras. Elle but encore un peu de sa tasse de réconfort, puis poursuivit.
- J'ai juste le droit de lui écrire des lettres, dit-elle, la voix rauque.
Elle posa la tasse sur la table basse et prit sa tête entre les mains.
- Oh mon Dieu, mais comment va-t-il faire ? Les autres… le traitent si mal…
Sa respiration commença à s'accélérer.
- Elle va faire une crise de stress, commenta Jasper. Bella, calme-toi, tout va bien se passer. Tu lui écriras souvent, et nous lui apporterons ton courrier. Je te le promets.
Elle regarda Jasper.
- Merci… merci pour tout…
- Bella, fit Maman, tu vas rester à la maison pendant quelques temps…
- Madame Cullen, la coupa-t-elle, je ne veux pas…
- Tss, tss, Bella ! Je ne pense pas que te laisser seule chez toi soit une bonne idée. Tu vis seule, n'est-ce pas ?
Bella acquiesça.
- Très bien.
- Mais maman, intervint Emmett. Les enfants ont pris la chambre d'ami, et…
- Elle dormira dans la chambre d'Edward.
Nous écarquillâmes les yeux. Depuis son… départ, la chambre de mon frère n'a jamais été utilisée.
- Je ne veux pas vous déranger…
- Tu ne nous dérange pas, Bella, assura Maman. Tu dois être bouleversée, toi aussi.
Bella hocha la tête et termina son chocolat chaud.
- Viens, dis-je en me levant. Je vais te montrer la chambre.
Elle me suivit. Mon cœur battit un peu plus vite en ouvrant la porte de la chambre d'Edward. Personnellement, je n'y étais jamais rentrée depuis qu'il était en prison. Timidement, Bella pénétra à l'intérieur de la pièce, regardant un peu autour d'elle.
- Tu devrais te reposer un peu, toute cette histoire a du te retourner complètement. Je viendrai te voir dans une heure ou deux quand le dîner sera prêt.
- D'accord…
- Ce n'est pas le grand luxe, mais…
- Ne t'en fais pas, c'est très bien.
- Bon, je vais te laisser, Bella… essaye de dormir un peu.
Alors que je m'apprêtais à partir, Bella m'interpella.
- Alice ?
- Oui ?
- Merci. Merci pour tout.
- Bella, tu fais partie de la famille, maintenant. Nous avons besoin de toi autant que tu as besoin de nous.
Les yeux larmoyants, elle se précipita vers moi et m'étreignis fortement.
- Merci quand même.
Je lui souris, puis lui laissai un peu d'intimité. Dans le salon, les autres n'avaient pas bougés.
- Il faut vite agir, fit Emmett.
- Mais comment ? demanda Maman. Personne n'acceptera jamais de reprendre l'enquête !
- Nous on le fera, assénai-je, déterminée.
Bella
Alice referma la porte, et je m'assis sur le lit, incapable de rester debout plus longtemps. J'avais du mal à réaliser le cauchemar dans lequel j'étais plongé. Pourtant, ma volonté de faire sortir Edward devint encore plus forte. Parce que je ne pouvais plus faire que ça pour le revoir à nouveau.
Je relevai la tête et observai la pièce. Tout était parfaitement rangé et propre. Le lit était fait, rien ne traînait sur le bureau. Vu l'expression des autres lorsqu'Esmé avait proposé que je m'installe dans la chambre d'Edward, ils n'avaient pas du souvent y retourner. La seule touche personnelle que je pouvais voir était quelques photos sur la commode qui se dressait contre le mur. Je me relevai pour les regarder de plus près. Sur un des clichés, il y avait Esmé, assise sur ce que je devinais être un lit d'hôpital, un beau bébé dans les bras, souriant, Carlisle se tenant à ses côtés. Près du lit, un petit garçon brun observait avec intérêt le nouveau-né. Cette scène reflétait tellement d'émotions que je sentis les larmes me monter aux yeux. Carlisle et Esmé avaient l'air tellement heureux…
A côté de cette photo, il y en avait une qui représentait la fratrie Cullen, dans une espèce de parc. Emmett et Alice encadraient Edward. Ce dernier devait avoir dix ou onze ans. Ses cheveux et ses yeux avaient toujours la même intensité débordante. Son visage était plus joufflu, son sourire était adorable.
Enfin, une autre photo illustrait Edward, en train de jouer du piano, l'air étonnement concentré. Ses doigts, figés au-dessus des touches ivoire, donnaient l'impression de courir sur l'instrument. J'ignorais qu'il était musicien. Je me rendis compte qu'en définitive, je ne savais pas grand-chose de lui. Je ne connaissais que les grandes lignes de sa vie, et uniquement les plus funestes… Je fixais la photo avec une certaine fascination. On le voyait de profil, mais je pouvais voir le pli concentré sur son front. Il avait sans doute dix-sept ou dix-huit ans, mais il affichait une grande maturité.
Cette photo me donnait envie de le connaître. De le connaître vraiment. De la chose la plus importante au détail le plus insignifiant. Je ne connaissais même pas sa date de naissance ! Je voulais savoir quel était son plat favori, quel genre de musique il aimait écouter… ce qu'il faisait avant d'avoir été enfermé…
Ma main glissa vers un des tiroirs de la commode. Peut-être y avait-il là-dedans quelque chose qui lui appartenait ? Sans doute, puisque c'était sa chambre… Je me traitai mentalement d'idiote. Néanmoins, la curiosité gagna sur ma raison car j'ouvris doucement le premier tiroir. Alors que je m'attendais à voir des vêtements d'adolescents, je vis quelques albums photos. Sans réfléchir, j'en pris un, et retournai m'asseoir sur le lit.
Dans cet album, se trouvaient plein de photo d'un Edward bébé et enfant. Je contemplais les clichés avec un petit sourire attendri. Je m'emparai ensuite d'un deuxième album, où, cette fois-ci, je trouvai des photographies d'Edward adolescent. Sur plusieurs, je voyais le sourire qui me faisait tant craquer.
Je ne pus m'empêcher d'être jalouse lorsque je vis Edward enlacer par la taille une blonde pulpeuse. Je chassais ce sentiment stupide et continuai mon activité. Il y avait encore des photos de lui sur un piano. Les photos défilaient. Il était de plus en plus beau au fil des clichés… il souriait, il était heureux… je m'imaginais ce qu'il faisait en ce moment même, si la nouvelle de mon renvoi lui avait été donnée… j'imaginais son état… et les larmes reprirent de plus belle… je pleurais toutes les larmes de mon corps, comprenant toute la gravité de la situation. Je pleurais, encore et encore, sans jamais m'arrêter. J'avais tant envie d'être avec lui. De le serrer contre moi, le prendre dans mes bras, l'embrasser et lui dire que tout allait bien se passer… La peur me nouait le ventre. Je n'avais plus d'autre choix maintenant que de le libérer pour que l'on puisse être ensemble. Mais comment faire ? J'étais pleine d'espoir, et maintenant que la situation devenait critique, mon assurance s'effilochait peu à peu. La panique me gagna. J'ignorais totalement comment j'allai m'y prendre pour le faire innocenter. Où chercher ? Où aller ? Qui contacter ? Qui pourrait savoir quelque chose, la moindre petite chose me donnant un indice… ?
Je réalisais alors que j'étais en train d'inonder l'album photo de mes larmes et que les sanglots me faisaient littéralement trembler. La porte de la chambre s'ouvrit à la volée sur Esmé qui se figea une seconde en me découvrant.
- Bella ?
Elle s'approcha de moi, et s'agenouilla pour se retrouver à ma hauteur, comme elle l'aurait fait avec un enfant. Elle prit mes mains sur mes genoux et me força à la regarder. Elle jeta un coup d'œil à l'album qui était sur moi.
- Je suis désolée… m'excusai-je. Je n'aurais pas dû… fouiller…
- Non, Bella, ce n'est pas grave… je ne t'en veux pas du tout… ils t'appartiennent aussi, maintenant… Bella, calme-toi, ajouta-t-elle en remarquant mes tremblements.
Je pris une grande inspiration et tentais d'arrêter de pleurer. Mais les larmes coulaient, sans que je puisse les arrêter.
- J'ai si peur… confiai-je.
- Je sais, fit Esmé en me caressant les cheveux.
- Si on n'y arrive pas ? Je ne pourrai plus jamais le voir…
Cette réalité me terrifiait. Les sanglots redoublèrent d'intensité.
- Je sais que tu as peur d'échouer, et c'est tout à fait normal… mais tu aimes Edward, n'est-ce pas ?
- Oui ! Evidemment que je l'aime !
- Alors tu te battras pour lui, moi je n'en doute pas une seule seconde. Tu as bien dit que tu pouvais lui écrire ?
- Oui… c'est le seul contact que je peux avoir avec lui…
- Que dirais-tu de lui en écrire une lettre dès maintenant ? Jasper devrait pouvoir lui donner demain. Je suis sûre qu'une visite ne lui fera pas de mal, et Jasper et très doué pour… consoler les gens, dirons-nous.
- D'accord… oui, je vais écrire…
- Attends, je reviens.
Esmé revint quelques secondes plus tard, une feuille et un stylo, qu'elle posa sur le bureau.
- Voila. Tu nous rejoins quand tu as fini… Jasper ne la lira pas, ne t'en fait pas…
- Merci, Esmé, dis-je, la voix lourde de gratitude.
- De rien, me répondit-elle avec une douceur maternelle.
Elle sortit et je m'installai au bureau. J'avais envie de lui écrire tout ce que je ne pouvais plus lui dire. Retransmettre tous mes sentiments sur ce bout de papier. Lui dire combien je l'aimais et combien il me manquait.
Je commençai à écrire.
Edward
Je gardais espoir. Un espoir infime, sans vie, mais un espoir tout de même. Que tout ceci ne fut qu'une mauvaise blague. Que Lauren n'ai dit cela que pour me faire souffrir, ou je ne sais quoi d'autre.
Mais quand, le soir même, la porte s'ouvrit sur une Lauren visiblement de mauvaise humeur, mon plateau à la main, tous mes espoirs furent anéantis. Elle me le jeta sur la table, puis repartit, sans un mot ni un regard.
Assis sur mon lit, le dos au mur, en chien de fusil, j'avais le sentiment de revenir au point de départ.
Enfin, non. Revenir au point de départ aurait été tellement plus simple. Là, j'avais goûté au bonheur, à l'amour. Bella représentait l'espoir, la vie, le soleil que j'avais perdu il y a de cela des années. Et on me l'avait arrachée. Qui sait combien de temps passerait avant que je ne puisse la revoir ? Et si elle ne pouvait pas me revoir ? Cette hypothèse était impossible à imaginer. Dans ce cas là, je préfèrerais encore ne l'avoir jamais connue. Avoir été si proche du paradis, avoir pu vivre ce bonheur qui m'était interdit…
Réalisant totalement la situation, mon cœur se serra violemment, et les larmes coulèrent d'elles-mêmes, sans que je ne puisse les arrêter. Ma respiration se hacha tandis qu'un seul nom résonnait dans mon esprit. Bella, Bella, Bella…
Pourquoi ? Pourquoi m'avoir permis de vivre tout cela ? Pourquoi m'avoir permis de rencontrer Bella, de l'aimer, pour me la reprendre ?
Les secondes, les minutes, les heures passaient, je n'avais plus conscience de rien. Tout à coup, la lumière s'éteignit. Il était donc vingt deux heures. Si rien n'avait changé, Bella serait venue me rejoindre dans une demi-heure, et nous aurions dormis ensemble. Puis, elle serait partie pour le week-end, me donnant la promesse de revenir le lundi suivant. Cette fois-ci, le week-end durerait pour toujours.
Je ne dormis pas de la nuit. Quand je fermais les yeux, je voyais Bella. Et ça me faisait si mal. Je n'avais plus que cela maintenant. L'imaginer. L'imaginer me parler, me sourire, rire à une de mes boutades. Le regard qu'elle avait quand elle m'observait et qu'elle croyait que je ne le remarquais pas… son sourire quand moi, je la regardais sans le cacher… et son visage… son visage que je m'étais promis de revoir à tout prix… celui après l'amour…
L'amour.
J'étais oppressé. J'avais l'impression de ne plus pouvoir respirer. Que valait ma vie, sans Bella ? La réponse était simple. Rien. Sans elle, je ne valais plus rien. En cet instant, j'avais tellement besoin d'elle que ça en devenait insoutenable. Besoin de ses bras, de ses lèvres, qu'elle me parle comme elle le faisait si bien…
Ma tête tomba sur l'oreiller. Derrière mes paupières closes, je ne voyais que Bella… allais-je la revoir un jour ? Il le fallait… Sinon, la vie ne valait plus la peine d'être vécue…
- Cullen ! Debout ! Tu as de la visite !
Je me réveillai en sursaut. Je n'avais même pas eu conscience de m'être endormi. Lauren était devant ma porte, raide comme un piquet. Une visite… Bella ? Mon cœur redoubla ses battements.
- Ce n'est pas Bella, retire ce sourire de ton visage, Cullen ! Bella n'a pas le droit de te rendre visite.
En une phrase, mon dernier espoir fut totalement anéanti. Je regardais Lauren avec des yeux ronds. Impossible… Elle voulait donc dire que je ne la reverrai… jamais ? Non… Non ! Ils n'avaient pas le droit ! Je me levai brusquement.
- NON ! hurlai-je.
- Eh ! Tu vas te calmer, ok ? Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même ! Je ne sais pas comment tu l'as attirée dans tes filets, mais ça ne marche pas avec moi ! Pauvre merde ! Maintenant tu viens, j'ai pas que ça à foutre de te trimbaler dans la prison !
J'avais une soudaine envie de la rouer de coups. Mais je me contentai de la suivre sans broncher. Si ce n'était pas Bella qui me rendait visite… évidemment, le soutien de ma famille était important… mais finalement, que pourraient-ils faire pour moi ? Ils ne pourront pas me ramener Bella…
Ma vie était devenue un long tunnel sombre, sans issue…
Dans la salle des visites, je retrouvai Jasper. Il écarquilla les yeux en me voyant. Je devais faire peur… Il se leva et m'enlaça avec compassion. Quand il me relâcha, il me regarda profondément, et me demanda.
- Ça va ?
Question simple, mais avec Jasper, cela signifiait beaucoup plus. La réponse resta coincée dans ma gorge.
- C'était stupide, comme question. Tiens, dit-il en me tendant une feuille pliée en trois.
- Qu'est ce que c'est ? demandai-je, la voix rauque.
- Une lettre de Bella. Elle ne peut pas venir te voir, mais vous avez le droit de vous écrire.
Ce pouvait-il qu'une faible lueur réapparaisse dans ma vie ? Je caressai la lettre du bout des doigts.
- Je ne l'ai pas lu, je te le promets.
- Je sais.
Il me fixa un moment. Sa main se posa sur mon épaule.
- Courage, Edward…
…
La lettre était toujours pliée dans ma main. Je me calai sur le lit, et commençai à lire, le cœur lourd.
Edward,
Je t'aime. Je suis désolée. Tout est de ma faute. Si je ne t'avais pas embrassé dans ce couloir que je croyais être désert, rien de cela ne serait arrivé. Lauren ne nous aurait pas surpris, et elle ne nous aurait pas dénoncé. Je ne pensais pas qu'elle pouvait faire preuve d'autant de méchanceté. Visiblement, si.
Je suis actuellement chez ta mère. J'ai beaucoup discuté avec ta famille quand ils sont venus te voir, et ce sont tous des gens très charmant. Ils ont insisté que je m'installe chez eux quelques temps, quand ils ont appris la nouvelle. Je m'en réjouis. Je ne supporterais pas d'être seule chez moi.
Tu me manques. Je pense à toi sans arrêt. Je n'arrête pas de me morfondre, mais j'imagine à quel point la situation doit être dure pour toi. J'aimerai tant être avec toi en ce moment. Te dire tout cela, au lieu de te l'écrire.
Cependant, tu dois tenir le coup. Ta famille va te rendre visite le plus souvent possible. Je te promets de t'écrire aussi souvent, jusqu'à ce que mes doigts ne puissent plus tenir le rythme.
Je suis tombée sur des albums photos, dans ta chambre. Tu ne m'avais jamais dit que tu étais pianiste. Je me suis alors rendue compte que l'on ne connaissait pas vraiment nos vies respectives. J'ai envie de tout savoir de toi.
Si ces lettres sont le seul moyen pour nous de communiquer, alors je t'écrirai chaque seconde de ma vie.
Je t'aime tellement. Je préfèrerais mille fois être enfermée avec toi. Tant que nous étions ensemble, le lieu n'avait pas d'importance.
Je donnerai n'importe quoi pour que nous puissions à nouveau nous retrouver.
Un jour, nous serons réunis, et je t'écouterai jouer.
Je t'en fais la promesse.
Je t'aime.
Bella
