Coucou amis lecteurs ! Ça y est, je suis rentrée =D

Eh ben ! On peut dire que le chapitre précédent a déchaîné les passions ! Désolée si les propos de Robin étaient un peu OOC (je l'admets) mais après tout, elle et Nami espéraient un rapprochement entre Sanji et Zoro, et ça les frustre un peu de voir à quel point notre sabreur freine des quatre fers au lieu de se laisser croire au bonheur à nouveau.

RoronoaAgathou: je ne sais pas encore quand et comment j'intègrerai l'idée en question, mais j'y réfléchis ^^ pour le reste... bah, l'essentiel vient d'être dit ;-)
Saemoon : oui j'aime bien le personnage d'Ace aussi ! :-) c'est rigolo de voir ce que le fandom en a fait par rapport au personnage du manga, mais... on l'aime bien, notre Ace "chaud comme la braise" :-p
Elowlie: ouh, tu as de bonnes intuitions, je vais devoir faire gaffe avec toi ;-)
Enzilia: bon, concernant Robin, j'ai déjà répondu - sinon, au XVIIème siècle, l'homosexualité n'était pas du tout bien admise, encore moins qu'aujourd'hui ! Quant à savoir comment Sanji finira par se l'avouer... Patience, visage pâle :-p
SScarlet: quand tu parles de coïncidence, tu parles de tous les refus qu'il doit essuyer? Mais sont-ce vraiment des coïncidences ? Ahahah ^^ je n'en dirai pas plus !
Ellis Ravenwood: contente que ma fic te plaise ! Et merci du compliment !

Sur ce, je ne vous retiens pas plus longtemps et vous laisse découvrir ce chapitre, en espérant qu'il vous plaira :-)

Il revint à lui lentement, comme les rayons de soleil qui étaient parvenus à percer à travers les lourds volets de bois lui caressaient le visage. Il ouvrit les paupières et réalisa qu'il était dans son petit lit, dans l'arrière-salle du Baratie. Les lits de Patty, Carne et Zeff étaient vides, et une bonne odeur de nourriture provenant de la cuisine avoisinante l'informa qu'ils étaient sans doute déjà aux fourneaux. Sanji enfila rapidement des chausses par-dessous sa chemise, qu'il rentra dans le vêtement du bas pour avoir l'air moins débraillé. Ses cheveux lui tombèrent devant les yeux lorsqu'il se pencha, l'informant qu'ils étaient à nouveau longs - mais il n'avait pas la patience de chercher un ruban pour les nouer, aussi il se contenta de les coincer derrière ses oreilles, et poussa la porte de la chambre.

Effectivement, Zeff, Patty et Carne étaient déjà affairés. Patty était occupé à confectionner un pâté de rougets pendant que son ragoût de truites mijotait. Carne, pour sa part, préparait les potages : d'après les ingrédients que Sanji voyait étalés sur la table, il y en avait un au brochet farci, un aux choux blancs et un troisième aux pois. Quant à Zeff, il élaborait la spécialité du Baratie, à savoir l'anguille rôtie à la sauce verte. A l'entrée de Sanji, il leva les yeux vers son protégé et fronça ses gros sourcils.

- Ah, enfin ! Il est belle heure pour se lever ! Tierce a déjà sonné, petit artichaut ! grogna-t-il en s'approchant, les poings sur les hanches.

Son ton était bourru, mais Sanji voyait l'amusement briller dans ses yeux. A voir ainsi son père adoptif, avec ses moustaches tressées, son bonnet aplati sur le crâne, duquel dépassait ses longs cheveux bouclés, et son air débonnaire, Sanji fut envahi d'une bouffée de tendresse et se pencha pour lui donner l'accolade. Il entendit Patty et Carne ricaner, mais les ignora. Zeff s'était raidi, mais bientôt il sentit le patron du Baratie refermer ses bras autour de lui et lui tapoter le dos dans une tentative maladroite de réconfort.

- Eh bien ? Que me vaut de telles effusions, de grand matin ? demanda-t-il en s'écartant, jaugeant Sanji de son regard perçant.

- Oh Zeff, si vous saviez ! J'ai fait un rêve des plus terribles ! Vous estiez trépassé, et je me voyais transporté dans l'avenir ! Tout avait changé, les gens s'habillaient et parlaient de très estrange manière, et il y avait cet homme… aux cheveux verts… qui m'obligeait à me laver tout le corps !

- Comme quoi, même les personnages de tes songes trouvent que tu pues, se moqua Patty.

- Plaît-il ? Venant de toi, le reproche me semble plus que déplacé. La dernière fois que de l'eau a touché ton visage, n'était-ce pas au jour de ton baptême ?

- Je te ferai ravaler ces paroles, gredin ! s'emporta Patty en faisant mine de se jeter sur lui.

- Ohlà, ohlà, s'interposa Zeff. Sanji, es-tu donc une bonne femme, pour te laisser troubler par ce genre de rêve insensé ? Va donc balayer la grande salle, y allumer le feu et passer un torchon sur les tables. Tu as dormi fort tard ce jourd'hui, il s'agit à présent de rattraper le temps perdu !

Sanji se rembrunit mais hocha la tête, ignorant l'air satisfait de Patty. Carne lui fourra le balai dans les bras et le plus jeune eut un hoquet de surprise lorsque le manche vint percuter sa poitrine : il était froid comme la mort ! Mais loin de lâcher l'objet, Carne continua à le presser contre le torse de Sanji, qui se tortilla vainement pour tenter d'échapper au manche glacial. Comment était-il possible que du bois soit aussi froid ? Après une dernière poussée de Carne, Sanji ouvrit la bouche pour protester, et…

… il ouvrit les yeux, se trouvant nez-à-nez avec le visage de Chopper penché à quelques centimètres au-dessus de lui.

- AAAAAAAAAAAAh ! cria-t-il (d'un ton très viril, et absolument pas strident, qu'on se le dise).

- AAAAAAAAAAAAh ! fit le petit médecin en retour.

Il fit un bond en arrière, et Sanji aperçut un curieux objet en métal qui lui pendait autour du cou. Il remarqua également qu'il était torse nu, et ramena précipitamment la couverture jusqu'à son menton, tout en jetant des regards apeurés tout autour de lui. Il était dans sa chambre, chez Zoro… mais tout cela n'avait été qu'un rêve, n'est-ce pas ? Il y avait à peine un instant, il était dans la cuisine du Baratie…

Puis tout lui revint. Le Baratie n'existait plus : Zeff, Patty et Carne avaient dû fuir à Maastricht, et il s'apprêtait à les rejoindre quand il avait été découvert. Il se souvenait de la course-poursuite en pleine campagne, du coup de mousquet brûlant dans son dos. Et il s'était réveillé ici, dans le futur. Ses péripéties aux côtés de Zoro, de la charmante Nami et de la fabuleuse Robin, ainsi que de toute leur bande de joyeux drilles, avaient été bien réelles et c'était au contraire son retour au Baratie qui n'avait été qu'un songe. Sanji sentit une boule se former dans sa gorge, et il dut cligner les yeux plusieurs fois pour en chasser les larmes.

- Sanji, ça va ? demanda Chopper en s'approchant à nouveau, l'air préoccupé.

- Ça va… répondit-il d'une voix rauque, tout en détournant le regard. J'ai seulement… J'ai cru durant un bref moment que j'estois de retour chez moi.

Sa voix se brisa sur le dernier mot, et il rougit de sa propre faiblesse. Il était un homme, que diable ! Et un homme ne pleurait pas ! Mais il fut surpris en sentant soudain le lit se creuser sous un poids supplémentaire, puis Chopper le serrer contre lui avec douceur. Hein ?! Depuis quand un homme prenait-il un autre homme dans ses bras, après l'avoir rencontré deux fois à peine ? Était-ce une autre coutume étrange des gens du futur ? Le réformé eut envie de repousser le physicien, comme l'aurait voulu le respect des convenances, mais… il ne pouvait pas nier que cette étreinte avait quelque chose de consolateur, et qu'il n'avait pas le courage de s'en extraire.

- Hey, Sanji… Je pense que personne ici ne se rend très bien compte de ce que ça doit faire, de se réveiller et d'apprendre que tous les gens que tu connaissais sont morts depuis plus de trois siècles, murmura Chopper dans son cou. Ça doit être tellement dur ! Ta famille… Tes amis… Alors, je sais qu'on ne se connaît pas depuis longtemps, mais si tu veux en parler, n'hésite pas, d'accord ? Ce n'est pas la peine de jouer les bravaches, comme tu l'as fait jusqu'ici.

Sanji ouvrit de grands yeux, très étonné par ce discours, et puis très touché. Il repoussa gentiment le petit docteur, et lui sourit.

- Voilà des paroles pleines de compassion, et qui témoignent d'une réelle bonté d'âme, le remercia-t-il. Mais je vous… euh, je te rassure, mon attitude jusqu'ici n'avait rien de bravache. J'estois tant esbahi par l'énormité de la situation, et par toutes ces nouveautés qui m'entourent, que je n'avais point songé, jusqu'à ce jour, au fait que je ne reverrai jamais mon père adoptif, ni personne d'autre de mon époque.

A ces mots, le réformé sentit son cœur se serrer dans sa poitrine, mais il s'obligea à continuer.

- De plus, un bon chrétien se doit d'accepter les épreuves que le Tout-Puissant nous inflige sans protester ni se rebeller, car c'est en les surmontant que nous nous montrerons dignes du Paradis. Quant à ma peine, elle n'a pas lieu d'estre, puisqu'il est certain que je retrouverai mes proches dans l'au-delà, lorsque sera venue mon heure. Après tout ce qu'il a fait pour moi, Zeff est sans nul doute aux côtés de notre Seigneur, dans les cieux, et il s'y trouve infiniment mieux qu'en ce bas monde… Je devrais me réjouir pour lui, au lieu de le pleurer.

Sanji cherchait plus à se convaincre lui-même que Chopper, et ce discours, maintes fois entendu, maintes fois répété, obtint l'effet escompté : il se sentit quelque peu apaisé, et la douleur du deuil se fit moins vive. Il aurait voulu savoir comment Zeff s'était éteint, s'il était mort en paix, sans douleur et dans son sommeil, après une vie bien remplie, comme il le méritait. Il aurait voulu être là pour le remercier de tout ce qu'il avait fait pour lui, pour lui fermer les yeux et lui baiser le front, après avoir recueilli son dernier soupir. Il aurait aussi voulu savoir si son père adoptif s'était souvenu de lui dans l'ultime instant, et s'il l'avait regretté après sa disparition. Malheureusement, tout cela lui resterait inconnu – tout ce qu'il pouvait faire, c'était d'ajouter le nom de Zeff à ses prières quotidiennes, et d'espérer que le Seigneur lui avait ouvert les portes du Paradis malgré son passé de pirate.

- Hum… Si tu le dis… fit Chopper, peu convaincu, le ramenant au présent. En tous cas, si tu veux parler, ma proposition tient toujours. D'accord ?

- Entendu, fit Sanji en lui souriant à nouveau. Merci, Chopper.

Il y eut un moment de flottement, après que le jeune médecin ait fini de rougir et de se tortiller d'une façon des plus bizarres (« Je ne veux pas de tes remerciements, connard ! »), où les deux protagonistes restèrent à se regarder en silence. Chopper attendait visiblement quelque chose de lui, mais Sanji aurait été bien en peine de dire quoi, aussi il préféra se taire. Enfin, le physicien referma la main sur l'étrange collier de métal qu'il portait autour du cou, et fit un pas vers le lit.

- Est-ce que… je peux continuer à t'ausculter ? J'avais commencé pendant que tu étais inconscient, mais ce sera nettement plus facile si tu pouvais t'asseoir et suivre mes instructions !

- Ah, euh… Evidemment, fais donc. Je dois m'asseoir, c'est bien cela ?

Sanji se redressa dans le lit, cherchant à caler l'oreiller derrière son dos, mais il s'immobilisa en sentant une envie pressante d'uriner, comme si on lui appuyait sur le ventre alors que sa vessie était pleine.

- Sanji ? Tu as mal quelque part ?

- Non, je… Je… A vrai dire, je… balbutia Sanji, se sentant rougir à toute allure. Je dois…

En désespoir de cause, il fit un geste vague de la main en direction de son entrejambe, et vit immédiatement le regard de Chopper s'éclairer.

- Oooh, tu dois uriner ? comprit-il. C'est normal ! Je t'ai mis une sonde, comme tu vas devoir garder le lit pendant quelque jours… Tu auras sans doute envie de faire pipi constamment, mais tu ne dois surtout pas pousser, car l'urine s'évacuera naturellement. Je viderai la poche tous les matins, et Kaya le fera en fin d'après-midi.

- P-pardon ? Une… sonde ? Une poche ? Que m'avez-vous fait, morbleu ?! s'écria le blond, complètement paniqué, en écartant la couverture.

Outre le premier choc de constater qu'il ne portait qu'un caleçon (qui donc l'avait déshabillé ?), il sentit son cœur manquer un battement en remarquant une sorte de tuyau souple qui sortait de la jambe de son sous-vêtement et était relié à une poche, attachée sur le côté du lit. Une poche contenant un liquide jaunâtre. Sentant monter la nausée, Sanji osa soulever la ceinture élastique de son caleçon et vit avec effroi que le tuyau sortait de la partie la plus intime de son anatomie.

- Ah ! Il est en train d'hyper-ventiler ! Un médecin, vite ! Ah oui, c'est moi ! babillait Chopper, sans que Sanji ne lui prête attention.

- Enlevez-moi ça ! glapit-il, agrippant le tube dans l'intention de se l'arracher.

Il dut cependant interrompre son geste, sentant une brûlure horrible lui parcourir le vit. Chopper en profita pour saisir Sanji par le poignet et l'obliger à lâcher le tube.

- Sanji, du calme ! Il y a un ballonnet gonflé dans ta vessie, qui maintient la sonde en place, si tu te l'arraches tu vas te faire horriblement mal !

Le blond cessa de lutter, mais il garda les yeux fixés sur cet affreux tuyau, tellement horrifié que les mots lui manquaient.

- Ecoute, je sais que c'est choquant, mais tu vas devoir garder le lit pendant plusieurs jours, et je me suis dit que ça serait plus simple que de devoir demander à chaque fois à Zoro de te conduire aux toilettes, expliqua Chopper, l'air légèrement coupable.

- J'aurais pu pisser dans un pot de chambre, et la teste de gazon n'aurait eu qu'à le vider de temps à autre. Mais cela… cela…

- Euh… J'ai bien peur qu'il n'y ait plus de pots de chambre à l'heure actuelle, sauf pour les petits enfants, grimaça Chopper. Désolé, Sanji…

- Comment est-ce seulement possible d'enfiler un tuyau par un orifice aussi réduit, et de le faire remonter jusqu'à la vessie ? Non, ne réponds pas, je ne tiens pas à le savoir. Mais… Tu estois bien seul au moment de le faire, dis-moi ? Personne d'autre ne m'a touché le… la… Ah, et est-ce toi qui m'a déshabillé ?

- Oui, oui, ne t'inquiète pas, lui sourit Chopper. Il n'y a que moi qui t'ai vu nu, et ça ne doit vraiment pas te gêner : je suis bientôt médecin, alors j'ai l'habitude !

Sanji rougit en pensant que non, Chopper n'avait pas été le seul à le voir nu… mais il n'avait aucune envie de partager avec lui l'épisode de la douche, aussi il préféra garder le silence. Oh, et penser que la délicate demoiselle Kaya devrait vider elle aussi sa poche d'urine tous les jours ! Quelle honte ! Quelle humiliation ! Il aurait préféré mille fois pouvoir se délecter du visage renfrogné de Zoro, contraint à venir vider son pot de chambre quotidiennement. Cela au moins l'aurait consolé quelque peu de son incapacité actuelle.

Cloué au lit pendant plusieurs jours… Voilà une perspective qui ne le réjouissait guère. Sanji avait très rarement été malade durant sa jeunesse, et il détestait positivement le sentiment de faiblesse et d'impuissance qui avait accompagné ces rares occurrences. Si au moins il pouvait se distraire en ennuyant Zoro, cela rendrait l'expérience un peu moins pénible. En effet, il en était venu à apprécier ses rixes amicales avec le bretteur, et ne doutait pas un instant qu'avec le temps, tous deux pourraient devenir de très bons amis.

Ce fut à nouveau une sensation de froid intense sur la poitrine qui le ramena à la réalité. Mais ce n'était pas un manche de balai, cette fois : c'était l'extrémité du collier métallique de Chopper, qu'il lui appuyait sur le torse.

- Oh ! Qu'est-ce donc que cela ? s'étonna-t-il, examinant l'objet avec curiosité.

- Cela s'appelle un stéthoscope, et ça permet d'entendre les battements de ton cœur, expliqua le petit docteur. Respire profondément, s'il-te-plaît.

Chopper lui fit encore tirer la langue, lui palpa les reins et l'estomac (provoquant à nouveau à Sanji une furieuse envie d'uriner), et lui fit avaler quelques pilules, avant de s'estimer satisfait.

- Bon. J'ai fini ! Comment tu te sens ? Est-ce que je peux faire entrer Luffy ?

- Luffy est là ? s'inquiéta Sanji aussitôt. Oh, je dois m'excuser auprès de lui ! Ah… Et de toi aussi, Chopper… Zoro m'a dit que j'estois tombé malade car je n'avais pas écouté tes conseils, et que je n'avais pas suffisamment attendu avant de remanger solide. J'aurais dû respecter les ordres du médecin. Je suis navré.

- Pff, si tu crois qu'en me flattant je te pardonnerai plus vite, c'est raté ! repoussa Chopper en se dandinant, le rose aux joues.

- J'imagine que dans les jours à venir, je devrai à nouveau me contenter de bouillon ? soupira le blond.

- Oh, non, ton estomac est encore trop fragile ! Pendant deux ou trois jours, tu ne pourras avaler que du lait. Désolé, Sanji…

Sanji en resta bouche bée.

- Q-que du LAIT ? répéta-t-il, atterré. M-mais c'est encore pire !

- Je suis vraiment désolé, mais c'est pour ton bien, Sanji ! Je ne veux pas que tu nous refasses une crise ! Cette fois-ci, ton cœur pourrait ne pas le supporter ! s'exclama Chopper en prenant les mains de Sanji, les larmes aux yeux.

Impossible de résister, quand ces immenses yeux de biche vous fixaient d'un air aussi implorant. Sanji soupira.

- D'accord, d'accord… Je m'y tiendrai, cette fois.

- Oh, merci, Sanji ! Je savais que tu serais raisonnable ! se réjouit le petit docteur. Allez, je vais chercher Luffy et je te ramène un verre de lait ! A tout de suite !

Sanji regarda le jeune homme s'éloigner d'un pas guilleret, et ne put s'empêcher de sourire. Tony Chopper était vraiment quelqu'un d'attendrissant. Bon, le réformé aurait préféré qu'il se tienne éloigné de sa verge, mais… il avait cru bien faire. Et sincèrement, Sanji était bien incapable de lui en vouloir.

Son sourire se figea néanmoins lorsqu'il entendit, par la porte restée béante, des éclats de voix provenant de la cuisine. Et plus précisément, d'une voix qu'il connaissait bien. Zoro.

- Amis ? Ce type est une plaie ! Il n'arrête pas de faire des gaffes, il me soûle avec ses questions, et il m'empêche de m'entraîner, disait l'épéiste. Et maintenant, il faut en prime que je joue aux infirmières ! Tu ne veux pas le prendre chez toi, Chopper ? Ce sera plus facile pour le remettre sur pied, non ?

Alors, c'était cela que Zoro pensait de lui ? Outre le mot « gaffe » qui échappait à l'entendement de Sanji, le reste du discours était assez clair pour qu'il puisse en conclure qu'il ne s'agissait pas d'un terme positif. Et Sanji qui pensait que leurs altercations étaient amicales ! En fait, Zoro ne l'avait jamais vu que comme un parasite encombrant, dont il avait hâte d'être débarrassé. Cela dit, il n'était pas le seul : Chopper non plus n'avait aucune envie de l'accueillir sous son toit, à en juger par sa réaction. Mais Sanji pouvait comprendre le médecin en herbe, qui ne l'avait vu que deux fois (trois, si l'on comptait la veille, lorsque le réformé était évanoui) et pour qui l'homme du passé représentait une charge de travail supplémentaire. Depuis qu'il était là, Chopper avait dû se démener pour venir l'examiner, avant ou après son travail, et d'une fois à l'autre Sanji ne parvenait qu'à se meurtrir un peu plus – en vérité, le petit docteur n'avait aucune raison de le porter dans son cœur.

Et Zoro ? Zoro aussi avait vu son foyer envahi par un inconnu, dont il avait dû s'occuper constamment puisque Sanji était incapable de se débrouiller par lui-même dans ce nouveau monde. Un inconnu qui cassait ses meubles, et qui lui posait des questions indiscrètes. Certes, Sanji avait été le premier à lui faire des confidences, mais Zoro ne lui avait rien demandé. Sans doute s'était-il senti plus ennuyé qu'intéressé. Le blond avait cru qu'ils s'entendaient bien, tous les deux, mais apparemment son sentiment n'était pas partagé. Sanji trouvait cela regrettable, mais que pouvait-il y faire ? Dès qu'il serait sur pied, il débarrasserait le plancher au plus vite, se chercherait un travail, un autre logement, et…

Et quoi ? Sanji ne connaissait rien du futur. Quel genre de travail était-il sensé chercher ? Il ne savait que cuisiner, et les plats d'aujourd'hui n'avaient plus rien en commun avec ceux qu'il connaissait. Et où trouver l'argent pour acheter un autre logement ? Il ne connaissait même rien au système monétaire en vigueur !

Heureusement, Luffy choisit ce moment précis pour faire irruption dans sa chambre, le distrayant de ses sombres pensées. Sanji réussit à faire bonne figure, même lorsque Chopper et Zoro les rejoignirent, et fit la connaissance d'Ace, le frère de Luffy – un individu ma foi fort jovial et sympathique. Il le reverrait sans doute à la fête que donnerait Luffy prochainement – s'il était en état d'y aller d'ici-là. Et si Zoro ne l'avait pas mis à la porte entretemps.

Durant le reste de la journée, Sanji entendit encore le sabreur essayer de se débarrasser de lui auprès de Nami, puis d'Usopp et Kaya. Réalisant à quel point il était un poids pour son hôte, le malade avait demandé à la rousse de lui fournir des livres de cuisine, afin de se familiariser au plus vite avec les nouvelles recettes. Il ne voulait pas être considéré comme une bouche à nourrir : dès qu'il le pourrait, il voulait pouvoir contribuer, et remercier Zoro à sa façon. Le temps qu'il ait les moyens de déménager, il pourrait au moins faire les tâches ménagères (après tout, il s'en chargeait déjà au Baratie) et avec un peu de chance, Zoro le regarderait d'un autre œil s'il se montrait utile.

Mais au plus la journée avançait, au plus la tristesse de Sanji se voyait remplacée par de la colère. Après tout, il n'avait rien d'autre à faire que ruminer ses griefs en permanence, puisque le bretteur avait apparemment décidé de l'ignorer. De quel droit Zoro le traitait-il de la sorte ? Il n'avait jamais demandé à vivre ici ! L'idée était venue de Robin et de Nami, et si Zoro y était si opposé, il n'avait qu'à refuser ! Et puis, était-ce la faute de Sanji s'il s'était retrouvé ainsi transporté à une autre époque ? Que nenni ! Si Robin n'avait pas décidé de faire des fouilles à cet endroit précis, et si elle l'avait pas réveillé avec sa machine de l'enfer, il serait sans doute toujours mort à l'heure qu'il était, et bien à l'abri dans sa tourbière. Mais non – ce n'était pas juste d'accuser ainsi une dame aussi élégante et raffinée que Robin.

Le coupable, c'était Zoro. Et dire que pas plus tard que la veille, Sanji se disait qu'il ne serait pas difficile de le réconcilier avec Dieu, car il possédait déjà toutes les qualités d'un bon chrétien ! Il avait été bien naïf ! Zoro n'était pas seulement athée : il avait laissé le Malin empoisonner son âme, et la rendre aussi noire que l'encre. Mais le Diable était le roi des artifices, et Zoro parvenait ainsi à feindre une bonté qui lui était devenue étrangère, pour tromper tout son entourage et mieux les séduire. Peut-être avait-il eu l'intention de corrompre Sanji aussi, et s'était-il rendu compte de l'inutilité de sa démarche, d'où sa volonté de s'en défaire à présent ? Mais le réformé ne se laisserait pas faire : plus que jamais, il était persuadé que le Seigneur l'avait ramené à la vie pour l'investir d'une mission, et que cette mission était de libérer Zoro des griffes du Malin, afin de le ramener sur le droit chemin. Et il allait de soi qu'il ne se laisserait pas jeter dehors tant que sa mission n'était pas couronnée de succès !

C'est sur cette résolution que la sonnette retentit, annonçant l'arrivée de Robin et de son époux.