La disparition

Il frappa à la porte. Je me levais et allais ouvrir. C'était Loki, le géant de glace.

Il avait de longs cheveux noirs effilés tombant souplement sur ses épaules, la peau bleue striée de fines lignes blanches et des yeux rouge sang.

Il entra de force, me bousculant. Il tenait une unique rose gelée dans sa main, et avait l'air agité.

Il me donna un présent et je l'ouvris avec précaution. C'était le Tesseract, un cube de glace avec une énergie immense. C'était un présent très important, je ne savais quoi en penser.

Je mis les gants de Steve et touchais le cube. Il semblait battre entre mes mains, comme un cœur. En levant la tête je croisais le regard du géant bleu, et son sourire me glaça.

Je me réveillais en hurlant. Je tremblais, claquais des dents, gémissais. Je tâtais le lit à l'aveuglette, cherchant instinctivement Steve.

Je ne le trouvais pas. Sa place était vide et froide.

Je me levais, paniquée. La baie vitrée du balcon était ouverte, le vent glacial agitant les rideaux.

Je sortis en pyjama, affolée. Me fichant du silence de la nuit, je hurlais :

« Steeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeveeeeeeeeee ! »

Ma voix résonna, un chien aboya. Mon sang se glaçait dans mes veines. Que faire ?

La porte de la chambre était verrouillée, les autres pièces inatteignables. Mon portable était dans le sac de Natasha, Steve n'en avait pas.

Une boule se forma dans ma gorge. J'avais peur qu'il lui soit arrivé quelque chose.

Je pris la seule décision qui me vint à l'esprit : je partis à sa recherche.

Je bondissais sur les toits vides où étaient encore étendus quelques linges, sous la pleine lune et le ciel dégagé piqueté d'étoiles.

La ville était calme, silencieuse, mes pas résonnaient et l'on aurait dit le pire vacarme de la terre.

Peut être aurais-je dû rester pieds nus plutôt que de garder les rangers de Steve. En fait, j'aurais peut être simplement dû les enlever pour dormir.

Tant pis, elles étaient confortables, me tenaient chaud aux pieds et me rappelaient Steve.

Je commençais à angoisser. Cela faisait dix minutes que je courrais et bondissais partout, et je n'avais pas vu âme qui vive.

Je vis arriver la fin du bidonville et bifurquais, retournant vers mon point de départ.

Je tentais de me rassurer : peut être était-il rentré ?

Mais la main glacée qui exerçait une pression sur mon cœur depuis mon cauchemar n'avait pas lâché prise. Pire : elle serrait plus fort.

J'avais tellement peur pour Steve que cela en devenait une douleur physique à la limite du supportable.

Je hurlais une nouvelle fois son nom, sans succès. La ville semblait s'être figée dans le silence.

Je m'arrêtais d'un coup et tendis l'oreille. Avais-je bien entendu ? N'avais-je pas rêvé, plongée dans mon délire douloureux ?

Le bruit se répéta, lointain, faible, mais bien là.

C'était mon prénom. Mon VRAI prénom.

Steve. Steve m'appelait.

Aussitôt je bondis comme si des ailes m'avaient poussées, le cœur battant, vers la source du bruit.

Dans ma tête se bousculaient mille questions. Allait-il bien ? Pourquoi était-il partit ? Comment allait-il ?

Et par-dessus tout cela, une phrase : Je t'aime.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime...

Ne me fais plus jamais une peur pareille, ne pars plus, je t'aime...

Je vis enfin sa silhouette en contrebas, à moitié dans l'ombre. Je sautais du toit, soulagée, m'approchais de lui.

Il était étendu par terre.

Inquiète à nouveau, je m'approchais. Ce que je vis me glaça le sang et me retourna les tripes.

Par terre, gémissant mon nom, Steve, baignant dans une mare de sang. Son sang.

Son visage était empreint de douleur, son teint était grisâtre, il claquait des dents, ses yeux bleus vitreux brillaient de souffrance.

Sa jambe droite avait un angle inquiétant, plus qu'anormal.

De ses bras ressortaient des os, des tendons coupés, des chairs lacérées.

Qui avait bien pu lui faire subir une telle abomination ?

Quelle être avait pu être aussi abjecte envers l'homme de mon cœur ?

Je m'accroupis à ses côtés, caressant sa joue, les larmes aux yeux : « Steve... Steve, ça va aller... Je te promets que ça va aller...

-Nihal...

-Ne parle pas... »

Je le tâtais doucement, évaluant les blessures. C'est là que je compris d'où venait tout le sang qui couvrait le sol.

Son abdomen avait été perforé de part en part. Il avait un trou béant dans l'estomac. Je savais que c'était mortel. Je ne pouvais rien faire.

Je me mis à sangloter, blottie contre son torse que la vie fuyait, où son cœur ralentissait. Le visage enfouit dans son T-shirt, je le trempais de mes pleurs, hoquetant et gémissant de cette douleur physique et psychique qui me touchait en plein cœur, serrant compulsivement son corps raide.

C'est pourquoi je ne vis pas le givre s'installer, la glace en fins cristaux ramper vers moi, le froid horrible couvrir la ville, la neige tomber à gros flocons, la silhouette bleue se dresser devant moi, ses yeux rouges briller follement et la lumière verte émaner du corps froid de Steve qui disparu.

Je sombrais dans le néant.