Il ouvre la porte à la volée en souriant sauvagement, suivi par Antoine. L'homme en faction devant la porte se retourne avec surprise.

-312, qu'est-ce que vous faîtes ? , panique-t-il.

Un poing. Sa pommette s'écrase. Sa tête claque contre le mur. Du sang s'écoule de son nez en longues giclées.

-Je ne suis pas qu'un numéro mon ami…

Mathieu lui attrape durement le col pour lui écraser le dos sur la surface carrelée. Il tombe au sol en crachant difficilement du liquide pourpre vital. Mathieu aurait aimé s'acharner mais une main emprisonnant la sienne avec douceur l'en dissuade rapidement.

-Viens par là, dépêche-toi !

Leurs pas se mêlent. Ils sont enfin ensemble. De nouveau ensemble.

-C'est par ici.

Ils débouchent sur une salle propre et silencieuse où Antoine reconnaît les deux hommes qui lui ont confié un gardien ayant la clé du parloir. Ce même gardien gisant à présent dans le couloir. Antoine s'avance le premier.

-Re-bonjour, excusez-moi de vous déranger…

-Oh alors, comment était-ce avec le légume ? Comment va-t-il ?

Ils n'ont pas le temps de rire que déjà Antoine fait un pas de côté pour leur dévoiler un Mathieu enragé, les poings serrés et le visage crispé de haine.

-Je sais pas, il faut lui demander…

Mathieu bondit à leur rencontre, incontrôlable et féroce. Il se débarrasse du jeune assistant en le poussant violemment : il s'éclate la tête contre le bord de la table dans un bruit des plus satisfaisants puis empoigne le médecin en chef, le précipite contre le mur. Son souffle se coupe.

-Je reconnais ta voix. C'est toi qui venais me parler durant mon sommeil, c'est toi qui me questionnais après m'avoir fait droguer. Toi qui augmentais chaque fois un peu plus la puissance du courant électrique pour me réduire à néant. Toi qui me regardais dépérir en me faisant croire que tu étais là pour moi, tout en me détruisant.

Il rit, satisfait de l'air perdu de sa victime.

-C'est vrai que ça a bien marché, regarde-moi ! Qu'est-ce que t'en pense, hein ? , vocifère-t-il.

Le médecin ne répond pas, paniqué, sentant les battements de son cœur se désordonner sous le venin de la peur.

-Tu dois penser que j'en avais bien besoin, hmm ? Mais je vais bien, regarde. Regarde-moi bien dans les yeux. Là. Voilà. Regarde. Tu la vois ?

Antoine ne peut regarder l'expression de son compagnon. En revanche, il distingue très bien la terreur sur le visage de l'homme accolé au mur. Il semble figé d'horreur, incapable de parler. Mortifié. Une voix rauque, assurée et satisfaite s'élève dans la pièce. Il croit comprendre que c'est Mathieu qui parle, bien que cette façon de prononcer les mots ne lui ressemble pas.

-Ouais, tu la vois. Et tu sais grâce à qui elle est née ?

L'autre se tortille sous sa poigne qu'il ressert de plus en plus. Mathieu chantonne, sarcastique.

-Grâce à toi.

-Vous… Vous en mourrez.

-Au contraire.

Il sourit, sûr de lui.

-C'est une force.

-Vous n'arriverez jamais à la canaliser.

Mathieu jette un coup d'œil derrière lui.

-J'ai quelque chose à quoi m'accrocher. Une motivation. Oui, de quoi m'accrocher, jusqu'au bout.

-Elle vous renversera.

-Certainement pas.

Mathieu se rapproche un peu plus du visage de sa victime, menaçant.

-Moi aussi je peux prévoir et calculer ce que je vais faire. Mais moi… Ca marchera.

-Qu'est-ce que vous allez faire ? , demande l'autre, hésitant.

-Déjà…

Mathieu suspend sa phrase, tous sourires.

-Ca.

Il emprisonne la tête frêle de l'homme entre ses mains, la retourne brusquement dans un geste précis, sec. La nuque craque, les yeux du médecin s'arrondissent une dernière fois. Il s'écroule.

-Mathieu…, souffle simplement son ami.

Il le regarde se calmer difficilement, les poings serrés et contemple lui aussi le mort venant de naître dans le monde des ombres.

-Il fallait que je le fasse. Je ne pouvais pas m'en empêcher. Ca a été… Plus fort que moi.

Mathieu détaille pensivement ses mains.

-Tu n'as pas à t'en vouloir.

Le jeune homme se retourne, lentement.

-Je ne m'en veux absolument pas.

Leurs yeux se croisent, arrachant un silencieux hoquet de surprise à Antoine. La lueur qui anime les iris azurés est absolument effroyable. Terriblement énergique, maladive, qui semble couler dans ses veines, presque folle. Incroyablement folle.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Il s'étrangle presque en posant sa question désespérée. Mathieu comprend mais ne dit rien. Il sait qu'un feu sauvage luit dans ses pupilles, terrifiante.

-Je sais que tu la vois toi aussi…

-Ils t'ont tellement changé…

-Je crois plutôt qu'ils ont débloqué quelque chose en moi. A leur manière certes mais le résultat est là. Et ça va me servir.

-Je vois plus ça comme étant dangereux qu'utile.

-Au contraire. Tu peux me faire confiance. , affirme Mathieu sans argumenter d'avantage.

Tout lui est restitué. Son ami, sa volonté, son avenir et son libre-arbitre. Enfin. Un sourire apaisé illumine son visage, contrastant avec la flamme torturée visible au fond de ses yeux avertis. Il est heureux. Enfin.


Voilàààà. Je sais pas ce que vous en avez pensez... Review?
Nom de Zeus... Je crois bien que le prochain chapitre sera le dernier. Déjà. ):