Chapitre 11 – Cupidon fait grève
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- Je cherche Nymphadora Tonks… Une fille sûre d'elle… avec des cheveux colorés…
- Sûre d'elle ? Vous êtes sûr que vous la connaissez vraiment ? dit Savage suspicieusement.
- Je suis un… ami.
- Vous vous appelez… ?
- Remus Lupin.
- Ah, dit Savage avec un sourire. Deux minutes…
- Plaît-il ?
- Oh, c'est juste qu'elle vous aime bien…
- Oh.
Nymphadora arriva deux minutes plus tard, un sourire radieux sur les lèvres.
- Salut, Remus ! Que me vaut cette bonne surprise ?
- Je passais dans le coin … (Un Assurdiato informulé les entoura aussitôt… ils savaient tous les deux que Remus ne sortait presque jamais du QG sans raison liée à l'Ordre). Je voulais juste te dire que Dumbledore m'a demandé de t'accompagner à Pré-au-lard, dit-il sur un ton d'excuse.
- Oh ! fit-elle surprise.
Le calcul se fit rapidement dans la tête de Nymphadora. La Saint-Valentin n'avait de l'importance que pour les célibataires.
- Tous les deux ?
Il acquiesça.
Nymphadora se redressa de toute sa hauteur et brandit le poing au ciel.
- Yeeees ! Je savais bien que la Fontaine aux Vœux de mes parents marchait !
- Heu…Plaît-il ?
- Rien… Je croyais que c'était Mondingus qui devait venir… Non, mais c'est très chouette ! Tu as du Polynectar ?
- Non… J'en aurais besoin ?
- Harry sort avec Cho Chang, ce week-end… Ginny m'en a parlée - Patmol aussi – une jolie Serdaigle… bref, on va devoir aller dans un restaurant rempli de couples… Alors à moins que tu ne veuilles que Sirius et les autres te parlent de la jolie blonde que tu as embrassée aux Trois balais, je te conseillerais de prendre du Polynectar.
Remus déglutit avec difficulté. Comment pouvait-elle suggérer qu'ils s'embrassent en public avec aussi peu d'émotion ? Lui, en était tout retourné.
- Je… vais voir ce que notre Maître des Potions a en réserve.
Remus savait que Rogue passerait le soir-même pour la réunion de l'Ordre et pour lui apporter sa Potion Tue-Loup. Tonks en profiterait sans doute pour lui demander un somnifère – après tout, quitte à subir les remarques sardoniques de Rogue sur le fait qu'ils profitent de sa réserve à potions comme s'ils y faisaient leurs courses (ce qui était tout à fait exacte), autant lui donner une bonne raison de le faire.
- A ce soir, alors, sourit Nymphadora. Désolée, je dois y retourner. Encore des tas de pistes bidons à vérifier, avant de confirmer à Fudge que oui, tous ces fichus prisonniers sont protégés par un réseau… comme ça, il pourra répéter à la Gazette que bien sûr Sirius a constitué ce réseau, dit-elle en levant les yeux au ciel.
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Dès qu'il referma la porte, Nymphadora inspira profondément.
Okay, Tonks. Oui, elle parlait d'elle-même à la troisième personne.
Okay, Tonks. Tu as une semaine pour devenir une fille classe, bien élevée, spirituelle, le rendez-vous idéal, quoi.
Une semaine. C'était trop peu. Une éternité n'y suffirait sans doute pas… Elle avait besoin d'aide.
Elle était prête à payer un prof de bienséance si nécessaire !
Oh. Mais non.
Elle avait mieux. Une experte.
Elle fit apparaître une note de service, dans l'intention de l'envoyer au Département des Sports magiques, mais se ravisa. Elle n'oserait jamais remettre les pieds au Bureau si un de ses collègues interceptait son Appel d'Offres pour Changer Nymphadora Tonks en la Femme Idéale (nom de code : AOCNTFI – à vos souhaits).
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Rems sourit et reprit la direction de l'atrium. Il nota le regard évaluateur que lui lançait Savage. Se pouvait-il que tous ses collègues sachent que Nymphadora avait un faible pour lui, alors que lui-même n'avait envisagé cette possibilité que très récemment ?
Sirius l'attendait devant l'échiquier qu'il avait dégoté dans un buffet le mois précédent. Les pièces étaient les plus acariâtres (Mr et Mrs Black avaient dû leur apprendre quelques choses) que Remus ait jamais vues.
- Bah alors, Lunard, qu'est-ce qu'il t'arrive ? rit-il en voyant son air perplexe.
- Tu crois que Nymphadora est sûre d'elle ?
Sirius leva un sourcil.
- Tu vis sous le même toit qu'elle, et tu me poses la question à moi ?
- Je ne suis pas très doué pour comprendre certaines personnes…
Sirius leva la tête et souffla des ronds de fumée, qui s'élevèrent en s'élargissant vers le lustre en cristal.
- Sûre d'elle… Elle aime bien trop l'autodérision pour ça. Mets-toi à sa place. Elle ne voit jamais la même tête dans le miroir… c'est la benjamine de l'Ordre, celle qui doit faire ses preuves … et puis, elle est si maladroite qu'elle s'en veut à chaque fois qu'une mission rate...
Il faisait référence à au moins deux missions récentes où Mondingus et elle s'étaient retrouvés à remonter l'Allée des Embrumes en courant, poursuivis par des chiens de garde, parce que Nymphadora avait d'abord a) éternué bruyamment puis b) renversé une chaise, puis cumulé a) et b) à c) jurer comme un charretier en sautillant dans toute la pièce qu'elle explorait.
Remus sourit en pensant à la tête de Fletcher quand ils étaient arrivés au QG, que Nymphadora avait réclamé un pack de glaçons pour ses orteils endoloris et Fletcher le nécessaire de couture de Molly pour repriser l'arrière de sa robe, qui dévoilait un caleçon à la couleur douteuse.
Sirius tira longuement sur sa cigarette. Remus était perdu dans ses pensées. Sirius savait que c'était le moment idéal pour jouer aux échecs avec lui – et aussi pour savoir le vrai en prêchant le faux…
- Elle est vraiment maladroite… dit-il sur le ton de la critique.
- Je trouve ça plutôt… mignon, dit Remus sans réfléchir.
- « Mignon » ? Aha ! s'exclama Sirius victorieux, en se redressant dans son fauteuil. Remus Lupin n'a encore jamais dit devant moi qu'il trouvait une fille « mignonne » ! Raconte tout à ton vieux copain, Lunard…
- Mais n'importe quoi !
- N'importe quoi, en effet, dit la voix froide et cassante de Rogue. Quand les éternels étudiants auront fini leur petite scène de ménage, peut-être pourront-ils se rappeler qu'il y a une réunion dans deux minutes ?
- Sors de cette pièce, siffla Sirius.
- Ou sinon ? répliqua Rogue, doucereux.
- Rien du tout, dit fermement Remus. Severus a raison, il est l'heure.
Rogue ne marqua aucune surprise à s'entendre appeler par son prénom. Il tourna les talons et disparut dans l'escalier menant à la cuisine. Sirius écrasa sombrement sa cigarette dans le cendrier en argent massif.
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- Emmeline ?
- Oui ?
- J'ai besoin de ton aide…
La sorcière plissa les yeux.
- Tu veux encore parler du dossier Maldouger ? Je n'ai plus vraiment les données en tête, mais le trafic de Doxys s'est officiellement arrêté en juin dernier…
- Non, rien à voir… Mission AOCNTFI.
- Le nom ne me dit rien…
- Emmeline, soupira Tonks, j'ai besoin de conseils... en séduction.
Emmeline cilla… puis éclata de rire.
- Sérieusement ?
- Très sérieusement, dit Tonks d'un air grave.
- Mais tu as à peu près autant d'expérience dans ce domaine que moi, dit-elle en continuant de rire sous cape.
- Séduire des sorciers dans des bars douteux pour leur tirer les vers du nez n'est pas la même chose que séduire quelqu'un qu'on aime vraiment bien, dit-elle en secouant la tête.
- Admettons, mais je ne suis pas sûre d'être la personne la mieux placée pour…
Tonks l'attrapa par les épaules et planta ses yeux dans les siens.
- Emmeline ! J'ai le choix entre toi et la rubrique « Ce soir ou jamais » de Sorcière Hebdo ! Tu dois m'aider ! Entre filles, faut se serrer les coudes, non ? Tu ne vas pas me forcer à aller demander des conseils à Minerva McGonagall ?!
Ladite Minerva McGonagall toussota derrière elle et leur adressa un regard sévère, auquel Nymphadora répondit par un sourire penaud.
Puis elle se retourna vivement vers Emmeline.
- S'il. Te. Plait.
Emmeline lança un regard à Sirius, qui passait dans le couloir à ce moment-là pour raccompagner les derniers invités. Elle se souvenait parfaitement de l'époque où c'était à lui que James Potter faisait ce genre de scène. Après tout, si le même Potter avait fini par convaincre Lily Evans qu'il était un peu plus qu'un Poursuiveur égocentrique, malgré le fait qu'il ait eu le dragueur le moins subtil qu'elle connaisse comme professeur, elle supposait qu'elle pouvait l'aider.
- Tonks ? Même si je pense que c'est une très mauvaise idée, j'accepte.
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La Saint-Valentin… Par Circé, rester dans cette maison lui avait-il fait perdre la notion du temps à ce point ?
Sirius lança un regard douloureux à Emmeline Vance, qui parlait à Nymphadora en bas de l'escalier.
Il se rendait bien compte qu'il n'y avait plus rien entre eux. Même leur amitié, exceptionnelle autrefois, s'était transformée en distance gênée. Sirius lui avait tout pardonné, mais c'était elle qui n'arrivait à pas se pardonner de n'avoir pas remué ciel et terre pour le sortir de prison, alors même qu'elle le croyait innocent.
- Sirius ? appela Maugrey.
- Oui, j'arrive…
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Ouh ! Le changement de température entre le départ et l'arrivée de son Transplanage la fit s'immobiliser un instant. Nymphadora frissonna et rejeta en arrière la queue de cheval brune qu'elle arborait aujourd'hui. Les élèves de Poudlard commençaient seulement à arriver et à remonter la grande rue. Elle n'eut aucun mal à repérer les cheveux ébouriffés d'Harry, qui était accompagné d'une jolie fille aux yeux en amande.
- C'est marrant, non… disait la fille. Quand Sirius Black s'est échappé, il y avait des dizaines de Détraqueurs dans les rues… maintenant qu'il y en a dix en cavale, il n'y en a aucun…
Nymphadora sourit intérieurement. Au moins, Harry s'entourait de filles intelligentes. Elle était toujours surprise qu'aussi peu de gens sachent additionner deux plus deux, et se rendent compte que le Ministère n'avait plus aucun contrôle sur les gardiens d'Azkaban – l'absence d'avancée de l'enquête sur les Détraqueurs de Little Whinging le prouvait.
Elle repéra Remus à côté de Zonko et se précipita pour prendre le bras qu'il lui tendait galamment.
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Nymphadora portait un joli chemisier décolleté. Dommage qu'il fasse 2°C, que le vent soit givrant et que l'idée de lui passer sa veste (de toute façon trop élimée et rapiécée pour la réchauffer), comme dans les comédies romantiques, n'ait pas effleuré l'esprit de Remus. Autant pour le glamour.
Tout avait bien commencé. Remus avait lancé la discussion avec le sujet du Polynectar, en lui demandant ce qui se passait si on mélangeait des cheveux de Métamorphomage à la potion – ce à quoi Nymphadora put répondre (ayant tenté l'expérience en quatrième année sur une de ses camarades de chambre – et ainsi sérieusement compromis ses chances d'être préfète de Poufsouffle) qu'ils changeaient le breuvage en poison, potentiellement fatal pour qui n'avait pas la chance d'avoir un Severus Rogue dans les deux kilomètres à la ronde. Ils avaient continué à parler de leur rôle de babysitter de « Patmol », puis avait continué à surveiller l'Elu et son élue du moment.
Chez Mme Piedoddu, Nymphadora avait tenté d'adopter le regard traînant qu'Emmeline lui avait conseillé. Vu la tête de Remus, il avait dû se demander si elle ne couvait pas une conjonctivite. Il eut l'air encore plus inquiet (pour sa santé mentale) quand elle se mit à rire à chaque chose qu'il disait… Si Harry n'avait pas été lui-même si effrayé par la démonstration d'embrassade de ses voisins de table, peut-être aurait-il remarqué la gêne extrême de Remus (alias, un Monsieur-tout-le-monde polynectarisé), qui touillait les confettis tombées dans son thé avec frénésie, les joues d'une belle couleur tomate.
Quant au conseil numéro 3… elle aurait mieux fait de s'abstenir.
Nymphadora avait bien tenté de poser élégamment une jambe à côté de l'autre, sans les croiser, pour faire grande dame… mais après une demi-heure à tenir la pause, elle avait dû admettre que la position était atrocement inconfortable. Du coup, en tentant de s'étendre les jambes, elle avait 1) fait du pied à Remus, qui avait bondi en arrière et renversé le serveur 2) tapé dans le pied de la table en essayant de reculer, pour s'excuser, et renverser la théière en porcelaine, qui s'était fracassée par terre et avait aspergé deux couples de thé brûlant. Heureusement que l'entretien entre Cho et Harry s'était conclu quelques minutes plus tôt dans des circonstances tout aussi affligeantes, ou elle se serait mise à pleurer et Remus aurait été encore plus gêné.
Bon, elle s'était bien mise à pleurer, mais pas avant d'avoir convaincu Remus de continuer de veiller sur Harry avec Mondingus et d'être montée dans le Magicobus. La remplaçante de Stan Rocade lui avait gentiment apporté un paquet de mouchoirs… et l'attention des clients du bus avait été détournée de leur mal des transports par le concert de trompettes que son nez leur offrit gracieusement.
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Remus rentra à dix-neuf heures, lessivé. Sirius, qui avait vu Tonks rentrer au QG avec cinq heures d'avance et monter dans sa chambre sans un mot, n'eut pas beaucoup de mal à comprendre pourquoi il était si silencieux.
- C'était un désastre, hein ?
Remus se remémora le début de leur journée. Il n'était pas totalement sûr de ce qui s'était passé, mais Nymphadora semblait avoir réussi à trébucher sur sa propre jambe (par Merlin, avant de la rencontrer, il ignorait que c'était même possible d'être si maladroit…)…
- Oui… mais je n'avais pas autant ri depuis longtemps.
Il lui raconta, sans se moquer, les différentes bourdes de Nymphadora.
Mais il passa sous silence l'entretien qu'avaient eu Harry, Hermione et Luna Lovegood avec Rita Skeeter. Entendre le fils d'un de ses meilleurs amis raconter la renaissance de leur meurtrier l'avait retourné. Bien plus que quand Dumbledore, qui n'avait pas été un témoin direct de la scène, lui avait raconté. Remus se rendit compte que s'il y avait une personne avec qui il aurait aimé en discuter, ce n'était pas Sirius, mais Nymphadora. Parce qu'elle, n'aurait pas tenté de plaquer le passé sur le présent. Elle aurait écouté sans a priori, attentivement.
Dommage qu'il l'ait fait fuir.
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Nymphadora avait obtenu un rendez-vous. Un seul. Et elle avait tout gâché. Toute seule, comme une grande.
Sirius frappa à la porte de sa chambre.
- Tonks ? On mange dans deux minutes… tu veux que je te monte quelque chose ?
- Non, j'arrive.
Elle en avait fini de se cacher. Remus savait quelle calamité elle était. Aujourd'hui n'avait été qu'une occasion de plus de le prouver.
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Nymphadora ne répondit pas tout de suite à la lettre de Ginny – humide et boueuse, comme son entraînement de Quidditch, apparemment : la benjamine Weasley avait paru d'humeur à peu près aussi massacrante qu'elle, étant à la fois agacée par le manque de confiance en lui de son frère et très contrariée par les plans de Saint-Valentin d'Harry. Tonks lui répondit avec compassion que son 14 février avait été également un désastre, et espéra que le récit de ses déboires dériderait la Gryffondor… Elle dé-tes-te-rait avoir à la mettre derrière les barreaux pour le meurtre de la préfète de Serdaigle.
Ginny répondit le lundi soir par une lettre enthousiaste : Gryffondor avait perdu le match, mais de peu, et Harry l'avait félicitée personnellement. Et Nymphadora se dit qu'il en fallait vraiment peu (de mots) pour être heureux. Dommage que les trois mots qu'elle veuille entendre ne quittent pas la bouche d'un certain loup-garou.
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Tonks plaqua son visage contre son oreiller. Par Merlin, Sirius n'était-il pas sensé empêcher Remus d'hurler à la lune ? La Potion Tue-Loup ne faisait visiblement pas tout…
Au bout d'une demi-heure, elle rejeta les couvertures, enfila ses (ridicules) pantoufles à pompon, descendit un étage et frappa à la porte où Remus était enfermé.
- C'est pas bientôt fini, oui ? Y en a qui aimerait dormir !
Elle lança un sort qui rendit la porte invisible. Aucun des deux canidés ne semblait prêt à l'attaquer. Elle leva les protections de la porte et entra.
Le loup-garou hurleur sembla s'apaiser immédiatement. Il leva ses grands yeux d'ambre et son museau balafré vers elle, l'air d'attendre.
Tonks savait que même s'il avait une conscience plus humaine, la morsure du loup-garou restait empoisonnée. Elle fit apparaître des gants à toute épreuve et approcha doucement sa main de l'animal, en le regardant dans les yeux, mais avec un regard interrogateur, non de défi, comme elle le faisait avec Buck. Elle fut récompensée par une pression amicale contre sa main et un grand coup de langue. Le chien noir allongé sur le couvre-lit les regardait avec une expression rieuse.
- Quoi ? dit-elle d'un air faussement agressif (elle n'était plus vraiment en colère… enfin, un peu quand même). Tu veux faire un commentaire, sac à puce ? Non ? Bon, alors on se calme maintenant… demanda-t-elle au loup plus qu'au chien.
Celui-ci poussa un gémissement d'acquiescement. Bon.
Tonks referma la porte, relança les sorts, serra son oreiller contre elle et remonta l'escalier.
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Nymphadora avait le nez plongé dans le Chicaneur quand elle rentra au 12 Square Grimmaurt, le soir du 28 février. Le numéro de mars était plus qu'instructif. Elle accrocha machinalement son manteau à la patère et l'ignora quand il tomba avec un bruit sourd de cuir et de breloques sur le sol. Elle avait toujours le nez vissé à l'interview d'Harry quand elle referma les rideaux autour de Mrs Back. Toujours les yeux fixés sur l'article quand elle se prit de plein fouet le torse de Remus.
- Ouch !
- Nymphadora ? Est-ce que ça va ?
Elle avait rosit violemment – et le chatouillement au niveau de son cuir chevelu lui fit deviner que ses cheveux avaient pris une teinte plus vive – mais se reprit rapidement en collant l'exemplaire du Chicaneur sous le nez de Remus. Elle sourit en le voyant loucher, puis froncer les sourcils et lui prendre le journal des mains.
En revanche, elle ne vit pas sur son visage la surprise attendue.
- Tu le savais ? Mince, qui a vendu la mèche ?! Je voulais être la première à donner ça à Sirius !
- Oh, il n'est pas au courant… mais Harry a donné cette interview lors de sa sortie à Pré-au-lard. Je suis resté avec lui après le… eh bien…
- Le cataclysme Tonks, le coupa-t-elle, peu désireuse d'en parler. Dis, tu n'as pas l'air très emballé…
Remus ne répondit pas. Nymphadora posa sa main sur son épaule. Il eut un pauvre sourire – peu convaincant.
- Hé… Harry est d'une autre trempe que la plupart des ados de son âge. De la trempe de ses parents.
De ma trempe, pensa-t-elle fort, et j'aimerais bien que tu t'en rendes compte.
- Je sais.
Mais ça reste injuste pour lui, disaient ses yeux.
- On va montrer ça à Sirius ?
Remus acquiesça. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser que son cœur lourd s'était encore allégé en l'espace de quelques petits mots banals. C'était la magie de Nymphadora Tonks.
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Severus fit un pas en arrière et écrasa quelques-unes des jonquilles qui avaient survécu aux giboulées de début mars. Il essaya de ne pas penser aux souvenirs que la dernière leçon d'Occlumencie avait ravivés et de se concentrer. Ce n'était vraiment pas le moment que Voldemort découvre quel camp il servait.
Le poisson d'avril (en avance) d'Avery n'était pas du tout du goût du Seigneur des Ténèbres. Il ne souffrait pas que ses partisans fassent des erreurs.
Bien sûr, Severus avait su dès le début qu'on ne pouvait pas retirer les prophéties du Département à moins d'être concerné par elles. C'était une protection élémentaire. Voldemort avait été idiot de faire confiance à Avery.
Le retour de Rookwood n'annonçait rien de bon pour Dumbledore et les siens. Voldemort ne soupçonnait pas qu'il y avait un espion dans ses rangs, mais il gardait Rookwood à ses côtés en permanence, tant qu'il ne savait pas tout du Département des Mystères. Rogue aurait beaucoup de mal à approcher l'ancien Langue-de-Plomb. Il n'avait plus qu'à espérer qu'il était suffisamment dans les petits papiers de Lord Voldemort pour que celui-ci lui transmette lesdites informations.
A présent que Voldemort savait que seul lui ou Harry pouvait obtenir la prophétie, les choses allaient devenir dangereuses. L'Ordre devrait renforcer leur surveillance du Ministère… et d'Harry Potter. L'adolescent était pire que son père, quand il s'agissait des escapades nocturnes. Rogue ne le dénonçait pas lorsqu'il rendait visite à Hagrid, parce qu'il restait dans un périmètre qu'Albus et lui pouvaient surveiller et qu'Hagrid était de taille pour le protéger, mais s'il faisait mine de vouloir sortir de l'école…
A présent que Voldemort savait pour la prophétie, l'avance qu'avait eu l'Ordre sur les Mangemorts au cours des derniers mois n'était plus. Les deux camps avaient les mêmes informations, mais pas les mêmes forces. Avec les dix prisonniers libérés, les rangs des Mangemorts grossissaient, mais pas ceux de l'Ordre du Phénix.
Le ciel s'assombrissait doucement mais sûrement au-dessus de leurs têtes.
Et gare à ceux qui ne levaient pas le nez en l'air.
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Fudge était furieux. Le fait que Dumbledore garde Sibylle Trelawney au château lui importait peu en réalité, mais le fait qu'il défie ainsi son autorité… Un Décret de plus ne serait pas difficile à passer, et Dumbledore le savait, mais Fudge en avait marre de cette petite guéguerre. Il fallait qu'il frappe fort, pour que le Directeur ne se relève pas.
Dolorès était sur le coup, bien sûr. Elle lui était loyale, mais elle n'avait pas rencontré le soutien escompté de la part des professeurs. Ils étaient tous vendus à Dumbledore, Malfoy lui avait toujours dit… Mais Fudge n'avait plus assez d'appui dans le Conseil d'administration. Celui-ci était devenu beaucoup moins influençable depuis l'ouverture de la Chambre des Secrets. Depuis le retour d'Augusta Londubat à sa tête, en fait. Moins influençable…ou plus acquis à la cause de Dumbledore ? lui susurra une petite voix dans sa tête.
Fudge claqua des doigts.
La voilà, la solution ! Il lui restait à faire pression sur les élèves. Les fils et filles à papa, les étudiants les plus loyaux au Ministère devaient être valorisés, au détriment des autres. Mrs Ombrage instaurerait un nouvel ordre méritocratique au sein de l'école Poudlard. McGonagall ne s'en remettrait pas. Dans le meilleur des cas, Dumbledore dévoilerait le vrai visage de l'école qu'il voulait construire, son anarchisme ou du moins son utopie d'ordre apolitique. Dans le pire des cas, son Inquisitrice gagnerait un appui auprès des élèves.
Fudge sourit et s'arrêta devant un miroir pour poser son invariable chapeau melon au sommet de sa tête.
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