Attention !! Désormais, risques de spoilers de Tome7 !! (même si tout n'est pas encore cohérent avec l'histoire de JK Rowling !
Désolée pour le retard d'une semaine dans la publication de cette fic ! J'avais corrigé le chapitre la semaine dernière, mais je n'en étais toujours pas satisfaite, et je tenais à ce qu'il soit quand même présentable vu sa teneur. Mais comme j'ai eu énormément de travaux à boucler en cette fin de quadrimestre, je n'ai pas eu le temps de le corriger une deuxième fois et de le poster avant que les cours ne soient finis. Ensuite, je suis partie deux jours à Paris, sans internet, et, enfin de retour chez mes parents, j'ai fini la correction et je vous l'envoie enfin. Pardon pour l'attente ! Le prochain chapitre sera publié dans les temps, promis ! Mais en attendant vendredi, je vous souhaite à tous de passer un excellent Noël !!! A bientôt et bonne lecture !!!
Auteur : Rose Potter
Titre de la fic : Ma vie assassinée
Genre : Mytery/Adventure/Tragedy
Rating : T (ancien PG-13)
Disclaimer : Beaucoup de choses ne m'appartiennent pas : le monde Harry Potter et donc bon nombre de personnages appartiennent à JK Rowling ! Le titre de la fiction est le titre d'un livre écrit par Agnès Ruiz et les titres des chapitres sont référentiels, le plus souvent tirés d'une chanson, ou du titre d'un livre dont je mettrai à chaque fois les paroles, ou le titre du contenu car celui-ci peut éclairer le chapitre. Enfin, je ne touche aucun revenu, si ce n'est les éventuelles reviews que vous me laissez !
Avertissement : Désormais, risque de certains spoiler du tome 7 qui sont encore adaptables dans la fic (vu qu'à la base elle a été écrite à la sortie du tome 5, beaucoup de choses ne correspondent pas !) ! Mais beaucoup de choses sont encore très différentes. Cette fic est loin de raconter la septième année d'étude à Poudlard de nos jeunes amis ! Enfin, mon sadisme, entre l'écriture de l'Enfant Secret et cette fic n'est certainement pas parti .
Résumé général de l'histoire : Et si, en 2017, une jeune femme d'une vingtaine d'année tentait de découvrir les circonstances exactes (celles qu'on lui a toujours cachées) de la mort de son père, un certain Harry Potter ? Que va-t-elle découvrir ? Quelle réalité effrayante se cache derrière ces questions non élucidées ? Alors que les forces du Mal semblent renforcer leur activité qui était presque inexistante quelques années auparavant, elle se lance dans des recherches qui vont faire basculer sa vie à un point qu'elle n'aurait jamais imaginé. Mais tout cela a un prix, qu'il lui faudra payer… Car après tout, n'est-il pas mieux parfois de ne pas connaître la vérité et de penser à construire son avenir plutôt que de rassembler les vestiges du passé ?
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Résumé des chapitres précédents :
Prologue: Description de la vie dans un orphelinat tenu par une vieille femme Moldue (même s'il semble qu'elle ait déjà entendu parler de Voldemort autour d'elle), Sofia, et son assistante, Elena. Le réveillon de Noël se prépare alors que dehors une tempête de neige fait rage. Une petite fille d'environ quatre ans, les cheveux noirs et emmêlés et les yeux vert émeraude, frappe à la porte de l'orphelinat et déclare « papa est mort ».
Chapitre 1 : Zoëlina reçoit chez elle son amie et collègue Andréa. Elle lui a avoué son secret, qu'elle est une sorcière, et lui présente le monde magique. Plusieurs allusions à Harry sont faites mais Zoëlina fait tout pour rester évasive. A dix heures le soir, la Gazette du Sorcier arrive (alors que Zoë n'est pas abonnée) avec un article sur Hermione, disant qu'il y a eu une attaque au Ministère de la Magie la veille et que Hermione étant Auror, est blessée et a été transportée à un hôpital Ste Eulalie. Bien décidée à saisir sa chance, Zoëlina décide qu'elle lui rendra visite pour tenter d'en apprendre plus sur son père.
Chapitre 2 : Zoëlina va à l'hôpital Ste Eulalie après avoir laissé la biographie de son père à Andréa qui a passé la nuit dans le salon. Elle rencontre un infirmier nommé Andrew puis Hermione qui ne se souvenait plus d'elle. Zoë lui raconte comment elle a vécu jusque là. Zoë se demande qui est sa mère. On lui a seulement dit que c'était « une femme bien », « une très grande sorcière ». Hermione, elle, ne sait pas non plus. Hermione lui annonce qu'elle va mourir de ses blessures et qu'aucun transfert à Ste Mangouste n'est possible. Hermy donne un papier à Zoëlina qu'elle devra remettre à McGonagall. Andrew raccompagne Zoë qui lui dit que son père est mort. Zoë est troublée par Andrew. Elle revient chez elle. Andréa est partie en lui laissant un mot. Invitation de McGo pour devenir prof de DCFM avancé. Andrew lui tel pour l'inviter à faire un tour dans le parc. Zoë furieuse de ne pas pouvoir lui résister.
Chapitre 3 : Andrew vient chercher Zoëlina pour une promenade dans le parc avec Andrew. Lors de son retour chez elle, Stephen (son collègue Moldu amoureux d'elle) lui téléphone et s'impose chez elle le lendemain. Elle parvient à lui faire croire que tout est normal malgré les objets magiques qui sont présents chez elle. Arrive Andrew et c'est le clash entre les deux hommes, même si l'infirmier venait pour donner des nouvelles d'Hermione. Après avoir mis Stephen à la porte, Zoë se rend à Poudlard et atterrit dans la cheminée du prof Rogue qu'il l'emmène voir le professeur MacGonagall. Après un entretient, elle retourne chez elle et fait un étrange rêve : la mort de Sirius Black.
Chapitre 4 : Zoë repense à son rêve sur Sirius. Elle va voir Hermione pour lui annoncer que McGo ira la voir dès que possible et qu'elle a été prise à Poudlard comme professeur de DCFM avancé. Hermione lui avoue qu'elle commence à retrouver la mémoire mais ne veut rien lui dire pour le moment. Elles se disputent un peu et Zoë repart chez elle. Elle va à Poudlard, est présentée aux élèves, et fait la connaissance du professeur de métamorphose, McDowel, qui lui montre sa chambre (qui n'est autre que son repère secret lorsqu'elle était étudiante). Son amie, Elena, professeurs de Sortilèges et Enchantements vient la voir. Premier cours : les Détraqueurs et production de Patronus. De retour chez elle, Stephen l'invite à dîner le samedi soir suivant. A Poudlard, elle fait un rêve étrange : les hommes du Ministère sont chez elle, avec son père, et semblent rechercher quelqu'un. Elle est sur le point de se faire attaquer par un Détraqueur (toujours dans son rêve) et se réveille brusquement.
Chapitre 5 : Rogue propose à Zoëlina de l'aider dans ses recherches sur Harry, proposition qu'elle ignore. Dans la Grande Salle, McGonagall donne une lettre d'Andrew à Zoëlina (elle a donc rendu visite à Hermione), et Zoëlina la lit enfin lorsqu'elle arrive à se soustraire au harcellement moral d'Elena. Il s'agit d'une invitation pour la fête foraine de Nutley Hutching le vendredi soir. Dispute avec Elena qui l'incite à y aller et à arrête de penser trop au passé. Le vendredi soir, Zoë va donc avec Andrew à la foire, et, installés dans une bouée, ils se rapprochent l'un de l'autre (Zoëlina a d'ailleurs des soupçons sur l'identité d'Andrew et se demande s'il n'appartient pas au monde de la Magie). Mais ils sont dérangés par Malefoy et Rosier qui se lancent à leur poursuite. Cachés, ils voient Elena et Andréa. Les deux sorcières partent à la poursuite des deux mangemorts et Zoë, après avoir vu des étincelles dans le ciel se rend sur le parking pour sauver Elena qui est en danger, mais se fait assommer par Malefoy.
Chapitre 6 : Zoëlina se réveille chez elle, entourée de ses amis. Stephen arrive pour emmener Zoëlina au restaurant où il lui fait une déclaration (paraît beaucoup plus mature que d'habitude) et se font offrir le champagne par un couple de sorciers ayant reconnu Zoëlina. Lorsqu'ils reviennent chez elle, ils s'embrassent dans le hall d'entrée, sous les yeux médusés d'Andrew. Une fois que Stephen est parti, ils ont une vague discussion et Andrew s'en va. Zoëlina passe une mauvaise nuit en repensant à cela, car après tout elle ne comprend pas très bien pourquoi elle a embrassé Stephen. Le lendemain, Elena incite Zoëlina a accepter la proposition de Rogue, et, lorsqu'elles sont de retour à Poudlard, celui-ci leur présente son nouvel assistant : Drago Malefoy. Zoë le surveille depuis sa chambre grâce à la carte du Maraudeur et finit par s'endormir. Elle rêve du Détraqueur chez elle où elle se voit sauvée par Malefoy qui menace son père et toute sa famille.
Chapitre 7 : Petite rixe entre Rogue/Elena/Zoë/Drago. Début Novembre : Zoë s'absente de l'école et va à Ste Eulalie. Hermione est de plus en plus mal. Celle-ci raconte à Zoë la recherche des Horcruxes (cf. tome 7, sauf que la quête dure plus longtemps, et que lorsqu'ils ont tué Nagini, celle-ci a mordu Ron qui est mort). Harry aurait voulu attendre pour poursuivre la quête afin de protéger la vie de sa famille. En partant de l'hôpital, Zoë croise Andrew, elle essaie de le convaincre qu'il faut qu'Hermione sorte d'ici (pour l'emmener à Ste Mangouste). De retour chez elle, elle passe la soirée avec Stephen, mais lorsqu'elle s'endort, elle fait un rêve : elle avait une soeur jumelle, Zoëline, qui est morte.
Chapitre 8 : Réveil de Zoë par Stephen ; elle court voir Hermione à l'hôpital et lui demande des explications sur sa soeur jumelle. Cela déclenche une crise chez Hermione, qui, malgré tous les efforts d'Andrew et de Stew meurt. Zoë trouve de la pensine qu'Hermione avait dissimulé à son arrivée. Andrew veut la réconforter : elle savait qu'elle allait mourir aujourd'hui. Zoë est sur le point de trahir son origine sorcière et s'enfuit chez elle où, après avoir congédié Stephen, elle regarde dans la pensine d'Hermione : elle se voit, à l'âge de 4 ans, être interrogée par des mangemorts et Voldemort lui-même. Malgré les cours d'Occlumencie que lui avait donnés Harry, Voldemort parvient à savoir où est caché le manoir des Potter, en fouillant dans ses pensées. De retour à Poudlard, Zoë cherche dans les archives, et elle retrouve l'adresse où a habité son père durant son enfance, chez les Dursley (qu'elle croit s'appeler Darklay.
Chapitre 9 : Walkstorn Aegerus vs Noa Rookwood. Zoë fait la rencontre de Derosus Black et lui apprend la vérité sur Sirius Black (dont il est de la famille) et aussi sa mort. Elle accepte l'aide de Rogue. McGonagall lui dit que l'enterrement d'Hermione se passera le Jeudi après une autopsie. Zoë le lendemain veut aller voir les Darklay, Andrew l'accompagne. Ils rencontrent la femme de Dudley, puis le mari vient (entre temps, Zoëlina s'est fort intéressé au placard de son père, sous l'escalier, où elle a aperçu une lettre que son père a adressé au Moldu. Zoë apprend à Dudley que Harry est mort. Lui ne sait (ou ne veut) pas la renseigner. Zoë leur laisse son numéro de téléphone avant de partir. De retour chez elle, elle retrouve Stephen sous les yeux attristés d'Andrew.
Chapitre 10 : L'autopsie a révélé qu'Hermione a bien été assassinée pour de bon. Cérémonie de la messe, pendant laquelle elle revoit Stonefield (actuel Ministre de la Magie), les parents d'Hermione (qui lui révèlent qu'ils n'ont jamais voulu qu'Hermione n'aille pas à Ste Mangouste) et Andrew. Ils vont ensuite au cimetière du monde sorcier et elle y rencontre Krum. Après l'enterrement d'Hermione, Zoëlina va dans le cimetière pour tenter de trouver la tombe de son père : il n'y en a pas (son corps aurait été détruit par les Mangemorts). Discussion avec Rogue et Malefoy : ils font un point sur l'avancée de leurs recherches. Zoë se dispute avec Stephen, elle passe son anniversaire seule, mais lors d'un rendez-vous avec la femme de Dudley, elle reçoit l'adresse du Manoir à Godric's Hollow. Andrew décide de l'accompagner ; ils iront le lendemain. La nuit, Zoëlina rêve du voile au département des mystères, déchiré par un coup de poignard.
Remerciements : A tous ceux qui me soutiennent pour cette fic mais aussi tous les jours ! Merci aussi aux lecteurs éventuels de venir vous aventurer ici ! Réponses aux reviews à la fin du chapitre . (lisez-les seulement après avoir lu le chapitre ;) )
Où en sommes-nous dans l'histoire : 11/17
A propos du titre du chapitre : une magnifique chanson extraite du dernier album de Mylène Farmer. Elle aurait pu convenir à plusieurs chapitres, en fait, mais seul celui-ci n'avait pas encore de titre :p
Comme
un fantôme qui se promène Redonne-moi, Comme un fantôme qui se démène
Et l'âme alourdie de
ses chaînes
Réussir sa vie
Quand d'autres l'ont
meurtrir, et
Réussir sa vie, même si...
Comprendre
ne guérit... pas
Et ce fantôme se promène
Là,
sous l'apparence gît le blème
Murmure des
flots...
L'onde à demi-mot
Me...
Murmure que l'on
doit parfois
Retrouver une trace... de
soi
Redonne-moi l'autre bout de moi
Débris
de rêves, le verre de fêle
Redonne-moi la mémoire
de ma...
Peut être sève ? Peut être fièvre
?
Redonne-moi pour une autre fois
Le goût de vivre, un
équilibre
Redonne-moi l'amour et le choix
Tout ce qui
fait qu'on est roi
Dans
l'aube abîmée sans épiderme
Et nul n'a
compris
Qu'on l'étreint à demi et...
Et nul n'a
surpris son cri :
Recommencer sa vie,
Aussi,
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Chapitre 11 : Redonne-moi
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Il est déjà presque huit heures. Malgré le cauchemar de cette nuit, j'ai réussi à dormir jusqu'à tard ce matin… mon sort était peut-être un peu trop puissant à bien y réfléchir. Heureusement, j'ai réussi à me réveiller et à me préparer, même dans un état semi-comateux. Et, à mesure que l'heure du départ approche, mon angoisse et mon excitation augmentent. Je suis partagée entre la joie de pouvoir retourner au manoir, et de peut-être découvrir un élément clé pour mes recherches, et la peur qu'Andrew ne découvre quelque chose, ce qui a en fait toutes les chances de ce produire dans une telle maison ! Enfin, pour ma part, je n'arrive pas à l'imaginer autrement que regorgeante d'objets magiques. Et ce qui surplombe tout, c'est la peur de ce que moi, je vais y découvrir. Car j'attends en effet quelque chose de cette visite ; des bribes de souvenir, des indices... Donc quelque part, je suis rassurée qu'Andrew vienne avec moi ; non pas en ce qui concerne ma défense personnelle, ça, je suis capable de l'assurer seule. Non, sa présence m'apporte tout autre chose ; un réconfort, une sensation de calme et de plénitude plutôt rare. Je pense que j'aurais besoin de son soutient pour pouvoir affronter mon passé dont je serais pour la première fois aussi proche.
Et ce cauchemar, qui me taraude depuis que je suis réveillée… Je n'ai pas arrêté d'y penser, les éléments tournent et retournent dans mon esprit, si bien qu'ils forment un ensemble de noeuds inextricables. J'ai déjà vu ce voile dans l'un de mes rêves… mais lequel ? Est-ce encore un de ces rêves qui me montre le passé ? ou bien peut-être le présent… et pourquoi pas le futur ? Un frisson me parcoure le dos lorsque me revient à l'esprit ce cri perçant, si aiguë et froid ! Je me résous finalement à penser à autre chose et finis donc de me préparer en poussant la chansonnette, mon esprit étant alors occupé à retrouver les paroles (ou leur vague ressemblance) au fur et à mesure que je les chante.
Lorsque la sonnette retentit, je transplanne vite en bas, dans le salon, et me dirige vers la porte d'entrée pour ouvrir à Andrew, qui a quelques minutes d'avance.
- Bonjour ! lui dis-je en lui tendant la main.
- Bonjour Zoëlina. Comment vous sentez-vous ? me demande-t-il gentiment en me la serrant.
- Eh bien, je dois dire que je suis un peu angoissée, mais ça va. Vous voulez prendre un café, un thé ou quelque chose d'autre avant de partir ?
- Non, merci, décline-t-il poliment. Je pense que vous avez déjà attendu assez longtemps ce jour, il est hors de question que je vous retarde.
Je m'autorise alors à faire quelque chose de totalement inhumain, et ce pour la première fois de ma vie : j'entre quelques secondes dans ses pensées, doucement, « sur la pointe des pieds » pour ainsi dire, afin qu'il ne se rende compte de rien. Du thé. Il aurait bien voulu du thé… Il suffisait de demander.
- Dommage, dis-je alors en mettant ma main derrière la porte, bien cachée de sa vue. Parce que je venais juste de faire du thé et d'en remplir une tasse, continué-je en dégageant ma main dans laquelle vient juste d'apparaître une tasse de thé parfumée au caramel.
- Ah ! dans ce cas, je ne peux pas refuser, dit-il aussi charmé que surpris. Il fait tellement froid ! et j'adore le caramel.
Je le fais donc entrer et nous nous installons dans la cuisine, chacun devant son thé. Nous discutons surtout de l'hôpital, de ses patients… mais le sujet finit par dériver inévitablement sur mon père et mes recherches que j'effectue sur lui.
- Vous aviez quel âge lorsqu'il est décédé ? me demande-t-il timidement.
- Je venais d'avoir quatre ans… C'était un 24 décembre, la veille de Noël, belle ironie, n'est-ce pas ?
- C'est plutôt triste, je trouve... Alors c'était votre anniversaire dernièrement ; vous m'aviez dit qu'il était décédé quelques jours après.
- C'était le 19 décembre.
- Bon anniversaire, alors.
- Merci, dis-je en souriant, pensant que c'est dommage qu'il n'ait pas été au courant le jour même.
Je suis persuadée que s'il l'avait su, il serait venu me voir ce jour-là. Il m'aurait au moins téléphoné. Je n'aurais pas été seule devant cette part de forêt noire sauvagement broyée.
- Et… je comprendrais si vous ne vouliez pas me répondre, mais… comment est-t-il décédé ?
- … on l'a assassiné, hésité-je un moment à confesser.
- Oh, je suis absolument désolé d'avoir voulu trop en savoir, dit-il aussitôt.
- Non, non, ça va. Ne vous en faîtes pas, j'ai l'habitude. Il ne faut pas être aussi gêné avec moi vous savez. Je me suis fait une raison, maintenant.
A l'expression de son visage, je devine qu'il brûle de savoir pourquoi on a attenté à sa vie… mais cette fois, je fais comme si je n'avais rien remarqué, regrettant presque mes paroles précédentes de peur qu'il ne pose la question.
- On y va ? me demande-t-il une fois sa tasse totalement vide.
- Oui, je prends mon manteau, et on y va.
Nous sortons donc, et après avoir fermé la porte à double tour, nous montons dans sa voiture et il brandit un petit appareil sous mon nez, d'un air fier.
- Mon dernier achat !
Ah… euh… super ! dis-je sans avoir la moindre idée de ce que cela peut bien être.
- Quelle est l'adresse ?
- De chez mes parents ?
- Oui, c'est là que nous allons, non ?
- Oui, euh… Godric's Hollow.
- Il n'y a pas de numéro ? s'étonne-t-il.
- ... non, c'est une grande propriété je crois, il n'y a qu'elle qui porte ce nom.
- D'accord, je vois.
Il appuie sur différentes touches de l'appareil et je sursaute lorsque l'appareil cri d'une voix nasillarde « péage ? ».
- Tiens, c'est drôle, remarque Andrew au bout d'un moment. Il ne détecte pas l'adresse !
- Ah et euh… c'est quoi comme appareil ?
- Un GPS voyons ! s'exclame-t-il comme si ça allait de soit.
- Je ne connaissais pas, dis-je un peu gênée.
- Ah mais si ! s'écrit-il en passant du coq à l'âne. Il y a bien un endroit qui s'appelle Godric Hollow, mais en Ecosse ! Juste après la frontière. Je ne pensais pas que c'était si loin ! Aller, c'est parti !
Mais je n'entends pas ses commentaires car mon esprit est focalisé sur la voiture qui est à une vingtaine de mètres devant nous. Dedans, un homme qui semble être blond, de taille moyenne. Mais je n'arrive pas bien à distinguer ses traits, d'autant plus que les vitres de sa voiture sont un peu teintées.
- Qu'y a-t-il ? me demande Andrew en voyant que je fixe la voiture.
- Je ne sais pas… on dirait Stephen là-bas, mais je ne suis pas sûre.
- Vous aviez prévu de vous voir aujourd'hui ?
- Non. Nous nous sommes disputés il y a plus d'une semaine. Je n'ai pas eu de nouvelles depuis.
- Oh... Il voulait peut-être vous en donner, mais il nous a vu sortir de chez vous et il n'a pas osé se montrer.
- Non, ça ne doit pas être lui…
- Vous croyez ? Si vous voulez, vous pouvez aller voir, nous partirons un peu plus tard.
- Non, ça ira, réponds-je. Je ne pense pas qu'il apprécierait le fait que je parte avec vous… il serait sans doute jaloux, non ? Partons tout de suite, ça vaut mieux.
- Comme vous voulez... ce n'est après tout pas moi qui vais forcer la réconciliation, dit-il avec un doux sourire.
Il démarre alors sa voiture et file au bout de la rue. Là, le « GPS » fixé sur le pare-brise s'écrit que nous devons tourner à gauche puis aller tout droit sur trois cents cinquante mètres.
- Drôle d'appareil, commenté-je.
- Oui, mais très pratique pour ne pas se perdre dans les endroits que l'on ne connaît pas. Mais le son est peut être un peu fort, dit-il en réglant de nouveau l'appareil en attendant à un stop. C'est étonnant que vous n'en ayez jamais entendu parler. Ca fait fureur en ce moment.
- Je dois vivre un peu trop à l'écart du monde alors, dis-je pour me justifier.
Le trajet se passe en silence quelques instants, accompagné des quelques « tournez à gauche », « allez tout droit » et « après cent mètres au rond-point, prenez la deuxième sortie » qui nous mènent jusqu'à l'autoroute. Là, ses interventions se font beaucoup moins fréquentes, ce qui est apparemment une occasion pour Andrew de redémarrer la conversation à propos de mon père.
- Pourquoi vous tenez tant que ça à faire des recherches sur votre père ?
- Pour en savoir plus sur lui, pourquoi on lui en voulait tant ? Comment est-il mort ? Où ? Qui l'a assassiné ?
- Une histoire assez floue alors. Comment se fait-il qu'on ne vous ai jamais dit comment tout cela c'était passé ?
- Ah ça... Trop de protection autour de moi, j'imagine. Et puis, il n'y a pas eu beaucoup de témoins... qui en sont revenus en tous cas. Personne ne sait vraiment ce qui s'est passé et le peu qui en est connu, on me le cache.
- Et vous espérez trouver des renseignements dans votre ancienne maison ?
- Entre autres, oui. Mais je ne suis pas sûre de pouvoir trouver ça là. Je veux surtout revoir cet endroit, dans l'espoir d'avoir des souvenirs qui resurgissent. Je ne me souviens presque plus de mon enfance. Parfois, je fais des rêves qui me rappellent certains moments de cette époque...
- Et vous êtes sûre qu'ils reflètent bien la réalité ?
- Eh bien, je pense, oui.
- Peut-être qu'ils ne sont qu'une sorte de fantasme sur votre enfance… propose-t-il.
- Vous voulez dire ?
- Et bien, vous cherchez des renseignements sur votre enfance, il peut-être normal que votre esprit en construise lors de votre sommeil, et vous fasse penser qu'il s'agit de la réalité.
Sa vision des choses me trouble. A vrai dire, sa solution me paraît plausible, mais je n'ai aucune envie qu'elle s'avère vraie. Moi qui pensais avoir trouvé des éléments stables je suis réticente à les remettre en question ; et tant pis si ça ne correspond pas vraiment avec ce qui s'est réellement passé. J'ai besoin d'éléments auxquels me rattacher.
- Vous êtes fâchée ? me demande Andrew au bout d'un moment, voyant que je ne dis plus rien.
- Non, non, je réfléchissais à ce que vous avez dit.
Il ne cherche pas plus loin et me laisse à mes réflexions. Nous allons à vive allure sur l'autoroute, si bien qu'en un peu plus de trois heures seulement, nous arrivons bientôt à Godric's Hollow. Le GPS nous chuchote que nous sommes arrivés et Andrew se gare sur le côté de la route.
- Vous êtes sûre que c'est bien ici ? me demande-t-il d'un air étonné.
- Oui, pourquoi ?
- Eh bien, nous sommes au milieu d'un bois…
- Oui, j'ai bien remarqué, dis-je en riant malgré le stress qui monte en moi. Mais nous habitions dans les bois, ça je m'en souviens bien. Il me semble que nous devons trouver une allée déboisée ; elle nous mènera au manoir.
- Ah, "Manoir" ? s'exclame-t-il.
- Oui, un héritage de la famille. On dit que la famille Potter vit ici depuis plusieurs générations ; environs deux cents ans au total.
- Quelle classe ! s'amuse-t-il.
Il se remet à rouler et nous surveillons de chaque côté de la route pour voir le dit chemin.
- Ça ne serait pas ici, par hasard ? me demande-t-il au bout de quelques centaines de mètres.
Il me désigne une allée laissant tout juste la place à une voiture de passer car inondée de ronces et autres plantes indésirables qui rendent son accès difficilement visible.
- Je pense que oui, allons-y toujours, nous verrons bien. Dans mes souvenirs, cette allée était recouverte de pelouse, plus large et mieux entretenue mais bon… que peut-on attendre d'un endroit laissé à l'abandon ?
Nous nous engageons donc dans le chemin dont nous ne savons pas comment il aboutit.
- Ce que je ne comprends pas, commente Andrew, c'est comment un homme qui visiblement était recherché par des ennemis ait persisté à vivre à l'écart du monde. Il aurait été plus en sécurité en ville, non ? Là, il y a la foule, on l'aurait retrouvé moins facilement, et puis il est plus difficile de faire des mauvais coups quand on est entouré de gens.
- Je ne trouve pas vraiment, vu l'attention que se portent bien souvent les voisins de paliers en ville, ce n'est pas ça qui l'aurait empêché d'être assassiné. Et puis peu importe où il se trouvait, ce genre de personne aurait pu le retrouver n'importe où…
- Quand vous m'en parlez, on croirait qu'il s'agit d'une sorte de mafia, s'étonne-t-il.
- C'est un peu ça, oui, dis-je en souriant de la comparaison.
- Je n'en ai jamais entendu parler pourtant…
- … oui ! euh… c'est normal… ils restent dans le secret, tenté-je de justifier.
- C'est ici ?
Je regarde alors devant moi pour découvrir une immense grille en fer forgé, noir prolongée par un haut mur de briques rouges faisant apparemment le tour de la propriété. A travers cette grille, un terrain gigantesque recouvert d'herbe anormalement haute, et parsemé d'arbres fruitiers ou non s'étend jusqu'à une maison tout aussi impressionnante par la taille, dressée sur ses trois étages de pierre sombre.
- Ça fait une drôle d'impression, commente Andrew. Avant d'entrer dans le bois, on ne pourrait jamais croire qu'il y existe une telle propriété !
- Non, effectivement, elle est bien cachée du regard des curieux. C'est assez glauque, ajouté-je, assez différent de mes souvenirs.
- Un peu oui, acquiesce-t-il. Regardez, il commence à neiger ! Avec le froid qu'il fait, ce n'est pas étonnant. Nous entrons ?
- Oui, mais je n'ai pas de clé, et apparemment, le portail est bien fermé, lui dis-je en montrant l'énorme cadenas qui le bloque.
- Ah, effectivement. Malheureusement, je me promène rarement avec une pince sur moi...
J'essaie tout de même de forcer la grille au cas où le cadenas ne serait qu'un artifice, mais elle est belle est bien close. Je ne pensais pas que mes ennuis commenceraient si rapidement. La neige tombe déjà à gros flocons, très denses, sur nos manteaux et tout autour de nous.
- Comment faire ? demande Andrew.
- Il faudrait que vous alliez voir un peu sur le chemin par là, dis-je en lui désignant le long du mur. Il y aura peut-être de quoi forcer le portail.
Je le regarde un instant s'éloigner de quelques pas et j'ouvre mon sac pour saisir ma baguette magique. Je me met de côté afin de cacher ce que je fais à Andrew si jamais il se retournait.
- Alohomora !
Je vois clairement le cadenas s'ouvrir sans aucune résistance. Je réitère la formule à destination du portail en lui-même et le verrou saute aussitôt. Tout est tellement plus facile avec la Magie ! Je range promptement ma baguette, referme mon sac et me retourne vers le jeune infirmier.
- Andrew ! C'est bon, j'ai réussi !!! Le verrou était rouillé, il ne fonctionnait plus bien ! mens-je.
- C'est ouvert, déjà ? me demande-t-il en revenant vers moi.
J'acquiesce en poussant la porte et en entrant dans la propriété.
- Comment avez-vous fait ?!?
- Un tour de magie, dis-je d'une manière désinvolte, comme pour le provoquer.
Heureusement, ma remarque ne donne pas d'autre suite qu'un sourire charmeur. Les restes d'une allée nous permettent de nous diriger vers la maison sans trop nous enfoncer dans les broussailles qui commencent à être recouvertes de neige. A quelques mètres du perron, un vieux portique rouillé par les années nous offre une vision fantomatique des lieux. Deux balançoires y sont suspendues, dont une qui ne tient plus que par une seule corde, l'autre ayant sans doute été rongée par le temps et les intempéries. Je m'en approche lentement, mes pas craquants légèrement dans l'herbe déjà enneigée. J'effleure la corde de la balançoire cassée, un sentiment étrange s'insinuant en moi.
- "Zoëlina, viens manger ma puce !
- Oui Maman !"
Quatre fois qu'elle réitère sa question, quatre fois que je lui réponds "oui" tout en continuant à me balancer, plus haut, toujours plus haut. Toujours les mêmes mouvements : plier les jambes au maximum, puis les balancer en avant en penchant son buste en arrière et en tirant sur les cordes qui relient la balançoire au portique.
Il fait beau aujourd'hui et le soleil de juin me chauffe le visage ; c'est agréable ! J'aime quand il fait beau et que je peux sortir comme ça pour m'amuser... Les arbres sont en fleurs et l'herbe est bien verte, c'est magnifique. Des quantités impressionnantes de fleurs décorent les paysages environnant et tout semble calme...
Un flocon de neige tombe doucement sur mon nez et me ramène à la réalité. Mon rêve… Une nuit, j'avais rêvé de la venue du Ministère à la maison, lorsque les « Abrutis » étaient venus avec mon père. Je ne sais plus exactement ce qu'ils cherchaient, mais ce jour-là, mon âme avait faillie être aspirée par un Détraqueur… Heureusement, le chien que nous avions à l'époque m'avait défendue... et Malefoy était arrivé, pour arrêter l'immonde créature.
- Bien, entrons, dis-je tout à coup en sortant de ma torpeur. Il fait glacial ici, ajouté-je en passant ma main énergiquement sur le manteau d'Andrew déjà recouvert de neige.
Nous nous dirigeons donc vers l'immense bâtisse et montons les marches du perron. Mais cette fois, pas moyen d'éloigner Andrew de la porte afin de l'ouvrir. Un sort mental serait donc le bienvenu, mais ce n'est pas simple sans concentration. Afin de paraître « moins » louche, je prends une épingle logée dans mes cheveux (avec laquelle j'ai tenté de me coiffer) et je commencer à fouiller la serrure avec celle-ci pendant que je répète « alohomora » dans ma tête avec plus ou moins de conviction. A un moment, enfin, j'entends un cliquetis dans la serrure qui m'indique que celle-ci est ouverte, sans que je sache très bien si c'est grâce à mon sort ou bien à l'épingle. Pourrais-je faire une meilleure cambrioleuse que sorcière ? Il ne manquerait plus que je sois meilleure cambrioleuse que sorcière... Je pousse enfin la lourde porte d'entrée en bois brun foncé et nous entrons à l'intérieur, très sombre, de la maison. Après y avoir jeté un rapide coup-d'oeil, je me retourne pour fermer soigneusement la porte derrière nous.
- C'est immense, commente le jeune infirmier à cet instant.
Nous nous trouvons dans un hall dont les portes, fenêtres et autres ouvertures sur l'extérieur laissent très peu passer la lumière du fait qu'elles sont closes. Devant nous, se trouvent des escaliers, juste en face de la porte, séparés par un couloir d'environ quatre mètres de long. Ils sont faits d'une sorte de marbre gris et une rampe en fer forgé noir les accompagne jusqu'en haut. L'espace ouvert au-dessus nous permet de voir qu'ils serpentent sur encore deux étages au-dessus de nous. Toujours dans le hall d'entrée, nous nous dirigeons sur la gauche, et entrons dans un très grand salon où des fauteuils en cuir blanc sont disposés en cercle autour d'une cheminée en pierre où on trouve encore quelques bûches pourries. Le parquet, dissimulé sous une couche épaisse de poussière, craque sous mes pieds alors que je me déplace lentement dans la pièce. Mes yeux vont d'une chose à l'autre comme s'ils essayaient d'embrasser et de capter tous les éléments à la fois. L'endroit est plutôt accueillant, le mur, toujours en pierres apparentes est resté le même ; je reconnais alors quelques tableaux et l'écu à l'effigie de Gryffondor que mon père avait accroché après ses études à Poudlard d'où il était sorti avec tous les honneurs... au bout seulement de sa sixième année. Je retrouve aussi la vieille pendule familiale, une comtoise toute en bois, longuement travaillée, gravée, ciselée ; en somme, magnifique. Elle aussi est poussiéreuse, et son balancier est immobile. Sans doute s'est-elle arrêtée elle aussi, ce fameux soir de tempête en décembre… Après avoir ouvert son coffre, je pousse doucement le balancier et aussitôt celui-ci recommence son tic tac tic tac régulier. Aussitôt une étrange impression s'insinue en moi ; peu à peu la réalité s'efface devant mes yeux.
Tic, tac, tic, tac.
Le balancier de l'horloge du salon marque chaque seconde, gravement, irrémédiablement. Marque du temps qui passe, de la vie qui s'écoule... de la mort.
Je suis assise dans le fauteuil en cuir blanc du salon, le feu ne brûle plus depuis la veille... papa a dû oublier de le rallumer hier soir. Le froid s'est installé dans la pièce depuis hier soir, engourdissant peu à peu mes membres. Mes mains sont glacées, mon regard est fixe, perdu dans le vide, perdu dans ce salon froid et sans vie, lui non plus.
Doucement je me lève sur mes petites jambes tremblantes, j'ai l'impression qu'un lourd fardeau pèse sur mes épaules. Mais quoi ? Depuis la veille, rien n'est plus pareil dans cette maison. Tout est devenu si calme… Où sont donc passés la joie, l'ambiance, les cris d'enfants qui résonnaient ici, hier encore ? Où est donc passée… la vie ?
- Et si nous faisions un bon feu ? Je suis sûr qu'il doit rester du bois sec quelque part. Ça réchaufferait l'atmosphère.
Heureusement, Andrew me sort de ma torpeur.
- Euh… oui, pourquoi pas !!! dis-je alors d'une voix encore légèrement absente, trouvant l'idée plutôt bonne.
- Vous êtes glacée, continue-t-il à argumenter après avoir posé sa main sur les miennes et avoir constaté qu'effectivement, elles étaient gelées.
- Si je me souviens bien, dis-je en me guidant à mon instinct, le bois se trouve dans un petit réduit sous la cage d'escalier.
- Bien, je reviens tout de suite !!!
Alors qu'il repart dans le hall d'entrée, je reste dans le salon et mon regard se promène à nouveau dans le salon. Beaucoup de bibelots, quelques livres Moldus sur une table basse, une très vieille télévision à droite de la cheminée et encore un ou deux jouets laissés à l'abandon pendant seize longues années. Je me baisse pour ramasser une poupée poussiéreuse et je reporte vite mon regard ailleurs, celle-ci ne m'évoquant aucun souvenir. Bientôt il se pose sur un tableau dont le sorcier qui y est représenté vient de sortir de sa torpeur et me regarde les yeux noirs exorbités. Il semble avoir aussi peur que moi lorsque nos regards plongent l'un dans l'autre.
- Miss Potter ??? s'écrit-il. Quelle surprise ! Cela fait tant d'années !
- Chut ! S'il vous plaît, ne parlez pas si fort ! lui ordonné-je en m'approchant de lui.
- Et pourquoi ne devrais-je pas manifester ma joie de vous revoir ? Aller, je vais prévenir tous les sujets des tableaux que vous êtes ici ! ajoute-t-il d'un air guilleret.
- NON ! lui crié-je. Ecoutez, je suis très heureuse moi aussi vous revoir, dis-je en ayant aucune idée de la personne à qui je m'adresse. Mais je suis avec un Moldu ici, il ne sait rien de la magie et ne doit rien découvrir.
- Oh... bien. Je vois… et que fait-il ici ? C'est votre mari ? me demande-t-il avec un regard suspicieux.
- Non, non !! Seulement un ami. Mais il va bientôt revenir alors je ne veux pas que vous bougiez d'un pouce, vous savez, comme les tableaux Moldus. C'est bien compris ?
- Très bien mademoiselle, je vais prévenir tout le monde !
Il disparaît aussitôt et mon regard se promène rapidement du tableau à l'entrée ouverte du salon d'où Andrew doit revenir.
- C'est fait ! chante le sorcier en réapparaissant quelques secondes plus tard dans le tableau. Tous mes amis vous souhaitent la bienvenue chez vous et vous font part de leur bonheur de vous revoir ici.
- C'est très gentil, merci. Au fait, dis-je en pensant tout à coup qu'il pourrait être au courant d'un élément intéressant, est-ce que vous savez ce qui est arrivé à mon père ???
- Monsieur Potter ? Oh, oui ! Il y a eu cette horrible bataille et…
Mais, alors que sa voix s'emballait sous le ton de la confidence, il ne dit plus rien, plus un mot et reste totalement immobile.
- Rah ! grogné-je de rage en frappant mon poing sur le meuble bas disposé juste devant le tableau.
- Que se passe-t-il ? me demande alors Andrew en me faisant sursauter. Désolé, je pensais que vous m'aviez entendu revenir !
- Oh Andrew ! Non, je ne vous avait pas entendu.
- Vous… euh… vous parliez à un tableau ? demande-t-il d'un air mi-étonné mi-souriant.
- Et bien, oui… enfin, il ne me répondait pas ! dis-je en riant d'un air ridicule à tel point je suis gênée. Je veux dire, je discutais toute seule, là, devant, et euh…
- Nous vous en faîtes pas, je comprends que vous soyez sur les nerfs. C'est pour vous une chance inouïe d'être là, vous l'attendiez depuis longtemps ! Je crois que moi-même, si j'étais à votre place, je me mettrai à parler seul, comme pour interroger les objets alentours pour essayer de traquer le moindre indice…
- Merci, réponds-je simplement d'une part pour le fait de m'avoir compris, mais aussi pour m'avoir fourni une excuse quelconque.
- J'ai trouvé du bois ! enchaîne-t-il en exhibant trois bûches qui ne sont pas en trop mauvais état et qui devraient suffire à faire prendre un bon feu.
Alors qu'il s'accroupit devant la cheminée je continue à me promener dans la pièce. Mes yeux tombent, à mon grand soulagement, sur des objets normaux, tout ce qu'il y a de plus Moldu. Andrew ne se rendra compte de rien… du moins dans cette pièce. Je ne sais pas encore ce qu'il en est des autres. Je me trouve maintenant devant une petite étagère où sont entassés des bibelots en tous genres, et une photo. Le cadre en verre entre mes mains, je regarde la photo d'un air attendri. LE trio. Tout à gauche, un roux qui est occupé à dire quelque chose à l'oreille d'un jeune homme brun à lunettes, alors qu'une jeune fille aux cheveux touffus et châtains se penche vers eux pour tenter d'entendre ce que les deux garçons disent, puis se redresse d'un air boudeur pour montrer son mécontentement à ce qu'on lui cache des choses. Puis, toujours agacée, elle sort un épais livre de son sac et s'assoie par terre pour le lire. Je ris en voyant la scène, de les voir là, tous les trois, et je me prends à penser de nouveau qu'ils sont ensembles, là-haut, peut-être. Si les Moldus croyants ont raison. Il y a des jours comme ça où j'aimerais que leur vision des choses soit vraie. Je suis heureuse d'avoir pu connaître Hermione, même malade. Elle a été le seul véritable lien que j'aie eu avec mon père. Alors que je la regarde sur la photo, ses yeux se plongent dans les miens, perçants, vifs, loins de ceux que j'avais pu observer à l'hôpital alors qu'elle était mourante. Aussitôt, ma promesse que je lui avais faite, celle de faire attention me revient en tête, et je culpabilise de me trouver ici, dans un endroit si peu sûr et qui aurait très bien pu être investi par les forces du Mal. Je jette un dernier coup d'œil à la photo, la pose face contre l'étagère afin qu'Andrew ne puisse la voir, avec tout ce qu'elle comporte d'étrange, et me retourne vers lui. Déjà une toute petite flamme pointe dans l'âtre de la cheminée.
- Non !!! m'écrié-je.
Je saisis un drap qui recouvrait l'un des fauteuils et le jette sur le feu, puis tape avec mes mains dessus, afin de l'étouffer complètement. Heureusement, il n'était pas encore assez fort pour y faire prendre feu.
- Pourquoi avez-vous fait cela ? s'étonne Andrew. Nous avions pourtant dit que…
- Je sais… mais tout compte fait, je pense qu'il est plus prudent de ne pas trop signaler notre présence.
- Nous sommes au beau milieu d'un bois, qui viendrait ici ? Cela fait des années qu'ils n'ont pas de nouvelles de vous, ils ne savent même pas où vous êtes, et peut-être même pas si vous êtes toujours vivante ! Comment voulez-vous qu'ils soupçonnent qu'on est ici ?
- La fête foraine, vous vous souvenez ? consentis-je alors à lui expliquer, voyant que quelques éclaircissements s'imposent.
- Oui…
- Ce sont eux. Je sais qu'ils étaient là lors du meurtre de mon père. Et maintenant, c'est à moi qu'ils veulent faire la peau. Ils savent parfaitement que je suis vivante, et peut-être même qu'ils savent que je fais des recherches sur mon père. J'ai promis à Hermione de ne pas m'attirer d'ennuis, et je le veux encore moins si vous êtes là. Je ne veux pas qu'il vous arrive quoi que ce soit par ma faute.
- D'accord, je ne savais pas...
Apparemment, le souvenir de notre course poursuite dans la foire il y a deux mois ne lui donne pas envie de revivre quelque chose de similaire.
- ... que vous teniez à moi ! s'amuse-t-il tout en contemplant en souriant mon visage devenir rouge.
- Andouille, grommelé-je faussement fâchée.
Puis je reprends mes recherches pour éviter de prolonger cette situation assez embarrassante. Silencieusement, j'ouvre un tiroir dans lequel j'ai pris soin de faire apparaître deux bougies auparavant, et, une fois celles-ci allumées et mises sur deux bougeoirs, nous sortons du salon et entrons dans la pièce juste en face, qui s'avère être la cuisine. L'endroit n'a pas changé, si ce n'est qu'il est bien moins propre que dans mon souvenir. Des toiles d'araignées pendent du plafond, donnant un air lugubre à l'endroit. La cuisine avait dû être très moderne, il y a plus de quinze ans, et encore une fois, très Moldue, avec un frigo, une gazinière, un vieux lave-vaisselle et d'autres ustensiles ressemblant à tout ce qu'il y a de plus normal, à mon plus grand soulagement. Je me dirige vers la fenêtre et jette à coup d'œil à l'extérieur car les volets, contrairement au salon, ne sont pas fermés. Je passe ma main sur la vitre glacée de manière à former un rond d'où je pourrai bien voir. La fenêtre donne directement sur la balançoire. J'imagine que c'est de là que maman nous surveillait, quand nous jouions dehors, avec ma sœur. Et même lorsque j'avais été seule… Le jour où papa était venu avec les abrutis du Ministère surgit de nouveau dans ma mémoire, il faisait beau à ce moment là, c'était encore le printemps. J'avais vu des hommes à la grille, et papa était entre eux. J'avais alors couru ici même, dans la cuisine, où elle était.
- "Maman, Maman ! Des hommes ! Il y a des hommes qui arrivent, Papa est avec eux !"
Maman suspend tout mouvement et reste là, interdite et le visage affolé. Je la regarde attentivement ; pourquoi a-t-elle cette réaction ? Elle semble si belle... mais pourquoi est-ce que je distingue mal son visage ? Elle paraît si pâle…
Soudain, elle reprend ses esprits et vient se poster devant la fenêtre de la cuisine afin de surveiller ce qui se passe dehors. Moi aussi je veux voir, je me hisse à côté d'elle et viens écraser mon nez contre la vitre froide ; un halo de buée se forme, m'empêchant de voir. Je m'apprête à l'enlever en l'essuyant du coude mais Maman ne m'en laisse pas le temps.
- "Ecarte-toi de la fenêtre, Zoëlina !"
Comme je n'obéis pas, elle me prend sous les épaules et me tire doucement vers l'arrière.
Et on me tire véritablement en arrière, mais cette fois, c'est Andrew, et non maman. Je me souviens qu'après cela, elle m'avait emmené en haut, dans ma chambre et m'avait fait promettre de ne pas bouger ; j'avais promis… et désobéi.
- Il n'est peut-être pas prudent de se montrer à la fenêtre.
- Vous avez raison, avoué-je avec un sourire en repensant aux paroles de ma mère. Montons dans les étages, il n'y a que ces trois salles en bas, si ce n'est le débarras où vous avez été pour le bois.
- Oui… et il n'est pas si petit que ça ! plaisante-t-il. J'ai bien failli ne pas retrouver mon chemin pour ramener ce bois. Vous n'allez pas dans la salle à manger ? continue-t-il en me montrant la pièce contiguë à la cuisine.
- Non, merci. J'ai regardé rapidement, mais elle ne m'évoque rien, et à par de belles chaises et table, il n'y a rien de vraiment intéressant à voir.
Nous nous dirigeons donc une nouvelle fois dans le hall et montons les escaliers qui sont assez large pour que nous avancions tout deux de front. Je suis heureuse de voir les tableaux qui ponctuent la montée des escaliers aussi immobiles que ceux des Musées Moldus. A peine quelques yeux s'efforcent-ils de suivre notre ascension, de manière assez discrète. Au petit pallier qui marque le tournant de l'escalier, je m'arrête un instant, saisie par le souvenir troublant du Détraqueur qui avait failli aspirer mon âme ce même jour. J'attrape aussitôt la chaire de poule et blêmit suite à une sensation on ne peut plus désagréable. C'était comme si une chose visqueuse et froide m'avait saisie de chaque côté du visage.
- Zoëlina ! s'écrit aussitôt Andrew avec inquiétude. Que se passe-t-il ?
- Non ce n'est rien, dis-je tout en essayant de cacher mon effroi. Un mauvais souvenir un peu trop vif encore. Tout va bien.
Mon esprit me joue des tours… il n'y a pourtant aucun Détraqueur ici, je le sentirai sinon, mais le fait d'y penser m'a redonné les sensations que j'avais eues ce jour-là de manière très vraisemblable. Je montre très vite les quelques marches qu'Andrew a d'avance sur moi pour me rapprocher de lui et chercher une sorte de réconfort, une chaleur opposée à la sensation glacée que je viens d'avoir. Il passe instantanément son bras droit sur mes épaules, tout en continuant d'avancer ; un geste doux et rassurant qui me permet d'arrêter les tremblements qui m'ont pris dans les jambes. Nous arrivons ainsi au premier étage puis nous dirigeons vers la droite où une grande porte indique la présence de l'unique pièce qui existe de ce côté-là de la maison, à cet étage. Andrew ouvre la porte et nous avançons prudemment dans une salle qui est apparemment très grande encore une fois, vu la résonance de mes talons sur le sol en pierre. Je saisis ma baguette qui se trouve dans mon sac et, faisant mine de chercher un interrupteur, je murmure un « Lumos » qui fait aussitôt s'illuminer les innombrables bougies qui se trouvent disséminées partout dans la salle et qui lui donnent une ambiance très particulière. Je ne peux alors m'empêcher d'ouvrir la bouche de surprise et de laisser échapper un « ooooooooooooh » significatif. Devant nous s'étalent des centaines d'étagères remplies de livres de toutes sortes – et c'est bien cela qui m'inquiète – dans un ensemble magnifiquement agencé. Les étagères installées le long des murs s'élèvent sur au moins trois mètres de haut et laissent au milieu un espace pour une nouvelle cheminée et des fauteuils qui semblent être confortables.
- Superbe ! commente Andrew tout aussi impressionné.
Heureusement, il est bien trop occupé à contempler la salle pour remarquer qu'il est étrange que ces bougies se soient allumées grâce à un interrupteur… et que leur clarté est beaucoup plus forte et la lumière qu'elles renvoient, beaucoup plus blanche. Ma tête se renverse en arrière pour me permettre de regarder la salle dans toute sa hauteur. Je constate alors, impressionnée, qu'elle s'élève sur deux étages. Des escaliers montent en effet, de l'intérieur de la bibliothèque jusqu'à un autre niveau, où d'autres étagères sont entreposées avec un espace suffisamment large pour circuler, mais aussi pour avoir installés quelques fauteuil tout au long de cette espèce de circuit qui fait le tour de la salle, laissant le « rez de chaussé » ouvert sur l'étage supérieur.
- En effet… c'est vraiment impressionnant. Il doit y avoir…
- Au moins cent milles livres ! Et même plus.
- A croire que c'est Hermione qui vivait ici ! fis-je remarquer en souriant.
Ma remarque arrache un rire à Andrew.
- Oui, j'ai perçu son côté livrovore lorsqu'elle était dans mon service. Au début, elle nous harcelait chaque jour pour avoir de la lecture, avant qu'elle ne devienne trop faible…
Mais j'entends à peine sa remarque car mon attention a été attirée par un livre dont la tranche verte diffère étrangement avec les autres, rouges, sur lesquelles elle repose. C'est le seul livre qui ne semble pas être rangé là où il le devrait, et mis à une telle hauteur, comme si on avait voulu empêcher à un enfant de le lire. Je prends le livre doucement et découvre la copie conforme de la biographie de mon père qui est chez moi et qui m'avait été offerte par un commerçant « honoré de ma visite » et « ému » par ma réaction à la vue du livre. Je ne me souvenais pas l'avoir déjà vu ici. Mais avec tous ces livres autour de moi, je comprends qu'il soit peu probable que j'aie feuilleté celui-ci plutôt qu'un autre surtout si, à l'époque, on avait voulu que je ne le regarde pas. J'ouvre la première page, comme si je m'attendais à trouver quelque chose à l'intérieur. Une photo de mon père est là, non intégrée à l'ouvrage, âgé de vingt ans environ, trois ans après sa sortie prématurée de Poudlard. Un plutôt bel homme, dont les cheveux désordonnés lui procuraient un charme certain et un air espiègle indéniable qui lui correspondait parfaitement. Mais je ressens vite une sensation de culpabilité à regarder un livre dont l'accès m'était apparemment interdit à l'époque, bien que j'aie chez moi une copie conforme de cet ouvrage. Peu à peu, une série d'images s'amoncelle dans mon esprit.
Le livre est beau, et mon papa aussi. Maman a de la chance de l'avoir épousé. Si elle ne l'avait épousé, je l'aurais peut être fait à sa place. Mais bon, c'est mon papa, alors je suis contente aussi. Et fière. D'autant plus fière que sa photo se trouve dans un livre. C'est dommage que je ne sache pas lire, j'aurais beaucoup aimé savoir ce que l'on disait sur lui. Parce que si sa photo est là, c'est qu'on parle de lui !
- Zoëline ! appelé-je.
- Quoi ? me répond la petite fille en face de moi.
Ses cheveux très noirs et en bataille sont exactement les mêmes que les miens ; et ses yeux, gris acier, sont ceux qu'elle a hérité de maman. Elle me ressemble en presque tout point ; c'est ma sœur jumelle.
- Je crois que j'ai trouvé un truc sur papa, regarde !
Je lui tends l'ouvrage et elle admire aussi la photo.
- On le prend avec nous dans la chambre ? me demande-t-elle alors.
- Je ne sais pas… si jamais ils se rendent compte qu'il manque un livre ici, ils ne vont pas être contents.
- Pourquoi ?
- Et bien ils sauront qu'on est entrées ici !! Et maman n'aime pas trop ça.
- Non, me contredit ma sœur, c'est juste qu'il y a des livres dangereux ici, mais ils sont dans cette armoire là-bas, tu vois ?
Je regarde vers un coin de la pièce un peu plus obscure que les autres et distingue effectivement une forme qui ressemble à celle d'une armoire.
- Oui je vois. Donc on peut prendre celui-là ?
- Sans aucun problème !
- Que faîtes-vous ici les filles ? nous interrompt tout à coup une voix d'adulte chaleureuse mais où la peur s'entend malgré les efforts qui semblent être faits pour qu'elle ne transparaisse pas.
Une femme plutôt grande – mais peut-être est-ce à cause de notre taille que nous la voyons ainsi – s'avance vers nous. Elle est belle avec ses longs cheveux noirs et raides rassemblés en un chignon assez serré, sa peau très blanche et ses yeux gris, très profonds. Son air est un peu froid au premier abord, mais sa voix la rend tout de suite plus humaine aux gens qui ne la connaissent pas. Elle s'approche vers nous avec un de ses sourires que nous aimons, qui dévoile ses dents blanches et parfaites. Nous courrons alors vers elle et alors que je me jette dans ses bras pour retrouver la douceur de ses bras et son parfum, Zoëline s'arrête à quelques pas d'elle et lui montre le livre.
- Maman, est-ce que papa est célèbre ? Il y a sa photo ici !
Son visage s'assombrit aussitôt et elle saisit sèchement le livre tout en relâchant son étreinte autour de moi, ce qui me fait glisser contre elle jusqu'à ce que mes pieds rencontrent de nouveau le sol. Vexée je croise les bras, mais mes oreilles restent attentives à ce qu'elle répond.
- NON ! crie-t--elle tout à coup à ma sœur. Non, continue-t-elle plus doucement. Votre père n'est pas célèbre. Non, il ne l'est pas. Personne ne le connaît, personne ne sait où il est, ni ce qu'il fait. Personne ne sait.
Sa voix est devenue mécanique, comme si elle se parlait à elle-même, son regard semble s'être vidé de toute présence et c'est à peine si elle fait encore attention à nous.
- Personne ne le connaît, il est en sécurité, il ne lui arrivera rien, continue-t-elle tout en se dirigeant vers une étagère.
Elle pose le livre tout en haut, sur d'autres dont la tranche est d'une belle couleur rouge et elle se dirige vers la sortie de la bibliothèque sans faire attention à nous.
- Non, il ne nous arrivera rien, avons-nous le temps de distinguer avant qu'elle ne ferme la porte derrière elle.
Je referme le livre, troublée encore une fois par une scène qui semble avoir appartenu à mon passé, et le repose là où je l'ai pris, sur les livres à tranche rouge, en hauteur. Etant la copie conforme de celui que j'ai chez moi, je sais qu'il ne m'apprendra rien de nouveau sur ce que je cherche. Je me dirige ensuite vers le centre de la pièce où Andrew s'est déjà assis dans un fauteuil, et m'allonge sur le tapis qui se trouve juste devant la cheminée. Nous nous regardons quelques instants, les yeux dans les yeux sans pouvoir nous en décrocher malgré la gêne qui s'insinue progressivement en nous. Mon trouble s'agrandit lorsqu'il esquisse un mouvement comme pour venir me rejoindre sur le tapis mais finalement se ravise. Le contact de nos yeux est rompu, il a replongé les siens sur un livre qui est lui aussi sur le tapis, non loin de moi.
- Qu'est-ce que c'est ? demande-t-il alors d'une voix un peu rauque, marquant sa gêne.
Je saisi le livre pour le regarder, heureuse de trouver un prétexte, et une motivation, pour reporter mes yeux sur autre chose. Le livre a une couverture noire, très simple. On dirait un roman, mais quelques illustrations viennent ponctuer l'histoire. J'effectue un demi-tour sur moi-même et me retrouve sur le ventre ; ma position de lecture préférée. L'une de ces images représente une jeune fille, blonde, dans un costume d'une époque lointaine. On ne voit que son reflet dans un miroir qui contient une fêlure le traversant de part en part ; sa personne-même est représentée de dos. Une tâche de sang vient maculer sa robe d'étoffe blanche, très riche, et la jeune fille regarde, par la réflection du miroir, un sablier brisé dont le contenu s'est échappé presque intégralement. L'heure de sa mort est venue, probablement. Je suis saisie d'effroi de découvrir cette image… ou plutôt de la redécouvrir, car c'était celle-ci que j'avais passé des heures à regarder ce soir où tout à basculé.
Je la trouve belle, très belle. Le sang rehausse l'impact de l'image en ressortant vivement sur le blanc de la robe. Mais pas d'inquiétude, il suffit d'un sort pour réparer ça, j'ai vu maman faire une fois. Papa était rentré gravement blessé du travail, et maman l'avait soigné. Elle est très douée dans les sorts de soin ! Elle a fait des études pour ça. Un sort pourra remettre le sable dans le sablier et réparer ce dernier, si c'est ça qui la fait pleurer. Je me lève vite pour prendre ma baguette qui est posée sur la petite table et retourne vite m'allonger sur le tapis juste devant la cheminée où un doux feu crépite. Je veux bien essayer pour elle avec la baguette que papa m'a offerte. Je ne sais pas pourquoi il l'a fait d'ailleurs ; d'habitude, les enfants n'ont pas de baguette avant leur entrée à Poudlard, et là, j'ai seulement presque quatre ans. Je pense que c'est parce que papa sait que je suis grande… mais je ne sais pas bien m'en servir, même s'il a essayé de m'apprendre quelques « tours d'urgences » comme il les appelle, comme envoyer un signal de détresse, fermer une porte à clé et il a même tenté de m'apprendre à devenir transparente et à fermer mon esprit à ceux qui voudraient y entrer !!! Mais c'est un peu difficile tout de même. Enfin, que pourrai-je bien faire pour cette jolie fille ? Je pointe ma baguette sur le sablier :
- Reparo !
Mais rien ne se produit ; l'image ne bouge pas d'un pouce. Peut-être que mon mouvement n'est pas encore au point. En revanche, hors de la bibliothèque, j'entends un grand brouhaha, des bruits de pas qui montent les escaliers quatre à quatre. Je ne pense pas que ce soit mon sort qui ait provoqué cela... Que se passe-t-il ? Mon nom est crié… et c'est la voix de papa. D'habitude, il m'appelle toujours doucement et d'une manière affectueuse… Peut-être qu'il veut me trouver au plus vite parce que le Père Noël est déjà chez nous et qu'il souhaite me le montrer !!! Ou alors c'est le Père Noël lui-même qui veut me remettre les cadeaux en main propre !
- Zoëlina !!! Zoë !!! Où es-tu ?
Mais avant même que j'aie le temps de signaler ma position, il surgit de l'embrasure de la porte et se précipite vers moi.
- Zoë, ma chérie. Vite, on doit partir d'ici.
- Attends papa, j'essaie d'aider la fille ici. Tu vois, elle a du sang et le sablier est cassé !
- Viens je te dis !
Apparemment, il ne s'agit pas du Père Noël. Sa main saisit durement la mienne et il tire dessus pour me relever au plus vite de sur le tapis. Mon livre reste ici, ouvert sur la page de la petite fille, malgré mes efforts pour l'attraper. Ensuite, il me prend dans ses bras et nous sortons de la bibliothèque. Il se dirige vers les escaliers, se penche légèrement par-dessus la rambarde et un lumière verte jaillit non loin de son visage alors qu'il se retire vivement. Il se précipite sur une autre porte et nous allons nous réfugier dans la salle d'à côté. Il a l'air vraiment inquiet, surtout depuis que l'éclair vert a failli le toucher, même s'il paraît soulagé de m'avoir retrouvée. Il me sert fort contre lui, et je passe mes bras autour de son cou pour le serrer très fort en retour. Aussi fort que je l'aime !!! La salle de bal est immense, magnifique, mais cela fait quelque temps qu'elle n'a pas servi. Papa n'organise plus de soirées depuis que nous ne sommes plus que tous les deux. Elle aussi s'élève sur deux étages, mais là, le plafond ressemble, paraît-il, à celui de Poudlard. Il reflète le temps extérieur, et ce soir il y a une tempête de neige ; de gros flocons blancs tombent jusqu'à mi-hauteur en s'évaporant progressivement. C'est une vue magnifique. Les nuits d'été, j'aime venir ici avec papa pour observer les étoiles. Il n'a jamais été très bon en astronomie mais il me raconte des tas d'histoires sur les planètes et il paraît que c'est un centaure qui les lui a racontées ! Et moi, je suis sûre qu'il les invente ! Mais ce n'est pas grave. Ma préférée, c'est l'étoile Sirius. Papa m'avait raconté une fois que cette étoile était la plus malheureuse de toutes, car elle avait été accusée d'avoir tué quelqu'un alors qu'elle ne l'avait même pas fait ! Alors elle était obligée de se cacher, et effectivement, on la voyait à peine dans le ciel. Ce soir-là, j'étais dans les bras de papa, et Snifle, notre chien, avait la tête posée sur mes genoux. Il m'avait semblé le voir sourire lorsque papa avait dit cela.
- Ma puce, viens. Viens-ici, voilà, dit-il en m'entraînant dans un coin de la salle, derrière une grande table dont la nappe va jusqu'au sol. Tu vas te cacher là-dessous. Il y a des gens qui sont là, mais ne t'inquiète pas, tout va bien se passer ma puce. Surtout, ne fais pas de bruit, ne dis rien, ils ne doivent pas savoir que tu es là, ils pourraient te faire du mal, d'accord ?
- Mais toi, tu viens aussi avec moi sous la table ? lui demandé-je ne voulant absolument pas être seule.
- … non, pas tout de suite. J'ai quelque chose à régler, mais je te rejoindrai après, d'accord ?
Mes yeux accrochent les siens et, aussi petite que je sois, je peux nettement y discerner une sorte de peur. Je n'avais jamais vu mon papa comme ça. Ses cheveux sont plus ébouriffés que jamais et... sa cicatrice, l'éclair sur sa tête a pris une teinte presque rouge, étrangement visible ce soir. Le froncement de ses sourcils m'indiquent qu'il a mal à la tête, très mal, comme ça lui arrive souvent dans les situations urgentes.
- D'accord, dis-je finalement d'un air tout de même boudeur.
- Tu ne dois surtout pas partir, pas comme l'autre jour où tu as disparue je ne sais où, compris ?
Mais de quoi veut-il parler ? Quand suis-je partie ? Il m'a beaucoup questionné ce jour-là quand j'ai soit-disant disparue. Mais je ne me souviens de rien, il me semble être restée toute la journée dans ma chambre. Mais papa dit qu'il m'a cherché partout et qu'il était très inquiet.
- Et avant que je te laisse, continue-t-il, je dois faire quelque chose, ferme-les yeux s'il te plaît.
J'obéis aussitôt et sa main se pose sur mon front. Elle est froide, étrangement. Les mains de papa sont chaudes, d'habitude.
- S'il m'arrive quelque chose…
J'ouvre un œil doucement, pour le regarder ; il tient quelque chose contre lui. Et que signifie tout son charabia qu'il continue à dire ? Voyant que je regarde, il me sourit doucement.
- Tiens Zoë, prends ce médaillon, et surtout ne le lâche pas, garde-le dans ta main, tiens-le très fort.
Il me tend le dit bijoux et je le sers fort contre mon cœur puis referme ma main dessus. Il sourit d'un air rassuré.
- C'est bien ma puce, dit-il en m'attirant contre lui pour me serrer tellement fort que je crois en perdre le souffle. Je t'aime, tu sais ?
- Oui papa, moi aussi je t'aime, et grand comme le ciel !
- Si tu restes bien cachée, je t'offrirai une glace, chez Florian Fortarôme (?), tu te souviens de lui ? et de ses glaces ? Tu les avais adoré !
- Chocolat-vanille ! lui dis-je en riant.
- C'est d'accord ! Moi je choisirai plus tard, continue-t-il en lançant un regard inquiet à la porte d'entrée de la salle de bal. Aller, restes ici surtout. Sinon, pas de glace.
J'ai à peine le temps de voir ses yeux anormalement brillants et il me place sous la table puis rabat la nappe devant mon visage. Ses pas se répercutent sur le parquet de la salle ; il s'éloigne. J'ai envie de lui crier de revenir, que j'ai peur ici, que je ne veux pas rester seule, mais au moment où j'ouvre la bouche un grand fracas se fait entendre. Je crois que c'est la porte… Je colle aussitôt ma tête contre le sol en prenant soin de bien garder le médaillon serré dans ma main, et je regarde par le léger jour que laisse apparaître la nappe tout en bas. Des pieds, des dizaines de pieds en plus de ceux de papa, et il en rentre encore d'autres précipitamment dans la salle, mais ils sont recouverts par une sorte de toge noire qui descend presque à terre. On dirait des Détraqueurs !!! Je retiens de justesse mon cri ; j'ai promis à papa de me taire (en échange d'une glace), mais je reste néanmoins l'oreille collée au sol.
- Surprise Potter, dit une voix sinistre et froide qui me tord l'estomac sans que je ne puisse expliquer pourquoi.
- Comment avez-vous fait pour me trouver ? demande papa d'une voix tout à fait calme.
- Oh, disons que nous avons nos sources. Mais je ne te savais pas si idiot.
- Quoi ? Que voulez-vous dire ?
- Comment as-tu pu mettre toutes tes chances de survies en confiant un secret à une personne aussi jeune ?
Le silence plane quelques instants, je ne sais pas ce qui se passe.
- Tu ne comprends pas ? Ou alors tu ne le veux pas… ? Bien, je vais me faire un plaisir de t'expliquer dans ce cas. Il me semble que ta fille a disparue il y a quelques jours, je me trompe ? … Il se trouve que nous l'avions invitée à prendre une petite tasse de thé parmi nous.
- Espèce d'enfoiré ! Qu'est-ce que tu lui as fait ?
Je vois les pieds de mon père approcher en courant de ceux de son interlocuteur mais une lumière rouge traverse la pièce et je vois le corps de papa retomber lourdement un peu plus loin. Je sers les poings sur le médaillon ; je ne peux pas intervenir, je lui ai promis. Et puis, que pourrai-je faire ? Mais je me sens si mal, surtout avec ce que vient d'expliquer l'autre personne. Je crois me souvenir de quelque chose mais…
- C'est impossible ! dit papa, interrompant ainsi le cours de ma pensée.
- Oh si, ce fut même très simple. Ton entourage s'est sérieusement réduit Potter, ces derniers temps. Il restait deux personnes pouvant être ton Gardien du Secret : Granger, ou ta fille. La première, nous l'avons capturée quelques jours avant, mais même avec du veritaserum, nous avons pu constater qu'elle ne savait rien.
- Que lui avez-vous fait ?
- Oh elle vit toujours… mais c'est peut-être tout juste. Bref, on s'en fiche après tout. Il s'avère que nous avons eu l'occasion de rencontrer ta fille, par hasard bien entendu, et elle a fini par nous apprendre où tu te cachais.
- Que lui avez-vous fait ?? hurle à nouveau papa.
- Rien de bien méchant, nous l'avons attirée avec un inferi de sa sœur et le tour était joué. Heureusement qu'elle est jeune et qu'elle ne sait pas encore bien maîtriser l'Occlumencie, malgré tes efforts pour cela, sinon, la tâche aurait été plus compliquée. D'autant plus que Rogue n'avait plus de veritaserum et qu'il faut quelques semaines pour en fabriquer.
- Vous êtes tous des…
- … mais non. Nous voulions juste te coincer enfin et mettre fin à ce petit jeu du chat et de la souris. Bien entendu, je suis le chat. Ce soir ce sera enfin fini, je pourrai travailler en paix et prendre le pouvoir. Tu es le seul qui puisse encore m'en empêcher.
- Et pris d'un élan de courage, vous êtes venu à une bonne vingtaine pour venir me chercher. Je suis impressionné.
- Ne sois pas insolent, Potter.
De nouveau une lumière rouge traverse la salle et je vois le corps de papa, qui était toujours au sol, glisser jusqu'à se cogner violemment contre le mur.
- Au moins, poursuit mon père, tu n'as plus qu'une seule et unique vie. Nous sommes à égalité.
- Notre supériorité sur toi est évidente, alors évite les traits d'esprit, tente de le raisonner l'autre.
- Mais il n'est pas seul, l'interrompt une voix.
Je regarde de nouveau le sol je distingue une nouvelle paire de pieds ; une femme à en juger par la voix.
- Ah, Granger à la rescousse. Vous avez tout de même réussi à vous échapper de nos geôles… il faudra que je pense à en punir le gardien.
- Goyle est un abruti, je suis déçue parce qu'on m'avait dit que vous saviez vous entourer des gens qui convenaient.
- Expelliarmus ! crie celui que je devine être le chef des méchants.
- Raté Voldemort, s'exclame celle que j'ai reconnue comme étant marraine Hermione avec une voix moqueuse.
De nouveau une lumière rouge surgit, mais celle-ci semble frapper l'homme de plein fouet ; elle vient de mon père. Après un hurlement de rage de la part du premier, il crie quelque chose et c'est tout à coup une myriades de couleurs qui fusent, les unes après les autres ; des rouges, des bleues, des vertes, des jaunes, des violettes, etc. Je les vois floues entre mes larmes, aussi floues que les sons qui me parviennent, les voix se mêlant les unes aux autres dans la plus confuse des cacophonies ; certains sont des cris de joies, d'autres de douleur, ou encore de terreur. Des noms de sorts que je n'ai jamais entendu et dont je ne soupçonne certainement pas les effets sont prononcés avec fureur. Je me déplace doucement sous la table jusqu'à son autre extrémité et jette un œil sous la nappe en la soulevant très légèrement. Le premier visage que je rencontre est effrayant ; très blanc, deux fentes en guise de narines et deux autres pour les yeux qui ressemblent à ceux d'un serpent. Je le reconnais !!! Tout me revient maintenant. C'est l'homme chez qui j'étais l'autre jour ! Il m'a fait très très mal avec un sort, marraine Hermione n'a rien pu faire. Il était méchant, et il voulait savoir où était caché papa. Apparemment, il a réussi à le savoir... Que va-t-il se passer maintenant qu'il l'a trouvé ?
Je rampe sur quelques centimètres sous la table, tout en gardant le visage collé le plus possible au sol ; mais tout à coup, un éclair violet suivit d'un coup sourd me fait sursauter. Je me retourne juste pour voir marraine Hermione projetée par terre. Son corps en glissant se dirige vers la table et sa tête parvient tout juste en-dessous de la nappe. Pendant tout un moment, je panique en constatant qu'elle ne bouge pas et c'est seulement quand je m'apprête à venir auprès d'elle qu'elle ouvre les yeux. Je suis directement dans son champ de vision. Son regard s'agrandit outre mesure, comme si elle était effrayée de ma présence.
- Zoë, murmure-t-elle tout doucement. Que fais-tu ici ?
Heureusement, le peu que sa voix donne est recouvert par les bruits du combat qui se déroule au-delà du de la nappe.
- Papa m'a promis une glace si je reste cachée, chuchoté-je.
- C'est bien, me répond-elle l'air absent, reste ici surtout.
- J'ai peur...
Un pâle sourire se dessine sur son visage.
- Je comprends ma chérie... moi aussi j'ai peur, m'avoue-t-elle. Je dois y retourner, il sait que son sort n'est pas assez puissant pour m'immobiliser trop longtemps... et je m'expose à un Ava... Enfin, peu importe. Ne bouge pas d'ici. Je t'aime ma puce.
Je m'apprête à lui répondre mais un hurlement ne m'en donne pas le temps.
- Granger ! Ne joues pas la comédie ! Viens te battre !
Un éclair rouge surgit un percute la table violemment. Si violemment qu'elle est renversée et projetée en arrière, me laissant à découvert, totalement vulnérable face à tous ces méchants qui sont venus nous faire du mal. Mon regard cherche aussitôt celui de mon père qui semble effrayé de me voir sans aucune protection. Mais il reprend vite ses esprits, et, alors que tous les regards des Mangemorts se sont tournés une fraction de seconde vers moi, surpris de me voir ici, il produit une magnifique lumière blanche qui vient les aveugler, et moi aussi par la même occasion. Je l'entends crier quelque chose que je ne parviens pas à distinguer, mais lorsque la lumière se fait moins forte, je découvre une sorte de bulle de couleur très blanche elle aussi, tout autour de moi.
- Ton sort de protection ne durera pas longtemps face à nous tous ; vous n'êtes que deux ! Mais si tu veux gagner du temps, peu importe, j'ai tout le mien devant moi, contrairement à toi, lui lance l'homme d'apparence horrible.
- Je ne crains pas pour ma vie... Contrairement à toi qui a eu besoin de sept Horcruxes pour t'assurer de survivre. Là est toute ta faiblesse. Mais au moins, tu avais accepté ton incapacité à rester en vie face aux forces du Bien.
- Tais-toi. Gardes tes leçons de moral, car c'est grâce à ces Horcruxes que je suis encore là ce soir pour te tuer. Non, tu ne crains pas directement pour ta vie, c'est vrai. Mais que deviendra ta chère petite fille quand tu ne seras plus là ? Orpheline, avec une vie brisée, évoluant seule malgré tout l'entourage éventuel qu'elle pourra avoir, sans goût de vivre ? Peut-être que tu devrais nous laisser nous en occuper ; elle souffrirait moins.
Le rire aiguë qui suit fait vibrer mes tympans dans ma tête, et résonne jusque dans mon cœur où la sensation d'un poison qui se répand se fait de plus en plus forte. J'ai froid, si froid que je tremble, je me sens affaiblie. Il a raison ; si papa doit mourir, je veux mourir aussi ; je ne veux pas qu'il me protège. Il n'a pas le droit de m'abandonner. Soit nous mourrons, soit nous restons en vie ; mais nous ne devons pas, nous ne pouvons pas nous séparer.
- Vous autres, hurle le Mage Noir tout en ayant repris le combat avec mon père, occupez-vous de la petite. Méfiez-vous des deux autres ! Détruisez cette satanée défense ! Quand on l'aura, il sera plus facile de nous occuper de Potter.
Une dizaine de Mangemorts se tourne donc vers moi et s'approche rapidement pour m'encercler.
- Zoë, cours ! mais ne t'éloignes pas trop !
J'obéis à papa et je commence à courir aussi vite que mes jeunes jambes de quatre ans me le permettent. Comment faire pour ne pas trop m'éloigner tout en leur échappant ? Heureusement, les sorts qu'ils crient rebondissent sur la bulle qui m'entoure. Des éclairs de lumières fusent dans tous les sens dans la salle de bal, et elle est tellement grande que les Mangemorts sont obligés de me courir après pour que leurs sorts aient une chance de m'atteindre. Mais je faiblis vite et ils me rattrapent assez rapidement. Heureusement, papa et marraine Hermione en ont déjà neutralisé plus de la moitié, mais ils sont toujours attaqués par les autres Mangemorts qui les détournent de ma situation.
- Tu vas t'affaiblir Potter, entends-je dire Voldemort. Ta protection autour de ta fille te prend trop d'énergie. Bientôt mes Mangemorts pourront l'avoir... et je pourrai alors vraiment m'occuper de toi.
J'arrête brutalement ma course, non loin de mon père, saisie d'effroi. Papa s'affaiblit à cause de moi ?! Ce n'est pas possible !!! Il ne peut pas faire ça, c'est bien trop risqué pour lui. Je me rends bien compte qu'il est en danger, il y a bien trop d'ennemis, même si avec marraine Hermione ils en ont déjà neutralisé beaucoup. Voldemort a visiblement perçu mon trouble ; son regard sardonique me fixe, et j'ai peine à détourner mes yeux de lui pour rencontrer ceux de papa.
- Apparemment, ta fille n'aime pas l'idée qu'elle est, quelque part, en train de te tuer. Si elle survit, j'espère qu'elle se souviendra de son crime...
- La ferme ! hurle mon père. Zoë, ne l'écoute pas, tu m'entends ?
- Je veux pas que tu meures papa, lui dis-je naïvement. Ne me protèges plus si tu deviens faible.
Je ne me suis même pas rendu compte que je me suis arrêtée de courir, et que les Mangemorts qui me poursuivaient m'ont rattrapée et qu'ils lancent des sorts qui rebondissent sur la bulle qui m'entoure. Petit à petit, elle devient moins brillante, moins grande, moins forte ; comme mon papa. L'échange de sorts a repris entre mon père, marraine Hermione, et les méchants. Ils essaient de temps en temps de neutraliser un des ceux qui ne poursuivent mais l'inégalité numérique rend la tâche malaisée. Le grand méchant à profité des quelques paroles échangées entre mon père et moi, la scène ayant été figée quelques instants, plus personne n'osant bouger, pour préparer une attaque plus forte qui, envoyée quelques sorts après la reprise des combats, touche mon père de plein fouet d'un grand éclair violet. Et à ce moment même, la bulle autour de moi disparaît, me laissant comme nue devant tous ces méchants. Papa est projeté quelques mètres plus loin et son corps qui semble inerte retombe lourdement sur le sol. Mon cœur fait un bond et je ne peux réprimer l'élan qui me fait courir vers lui.
- Papa ! Papa ! hurlé-je une fois arrivée à son niveau.
Un cri retentit et je vois ma marraine retomber elle aussi au sol après, cette fois-ci, un éclair blanc. Visiblement, elle avait voulu elle aussi courir auprès de papa... ou après moi ? Un seul moment de déconcentration à suffit à cet homme horrible pour l'attaquer et la mettre hors du combat. Mais je reviens vite à mon père. Je le secoue de toutes mes forces pour qu'il revienne à lui.
- Réveille-toi papa ! vite !
Mes petites mains frappe son corps pour le faire réagir, je gifle son visage car j'ai déjà vu faire ça à la télé et souvent les gens reviennent à eux dans des cas comme ça ! Mais là, rien. Je lui soulève les paupières en criant « papa » à tue-tête. Enfin, après plusieurs essais, il bouge légèrement et son regard plonge dans le mien.
- Zoë... Tu as toujours le médaillon dans ta main ? me chuchote-t-il contre toute attente.
- Oui papa ! regarde !
Et avant que j'aie eu le temps de lui montrer sa main s'abat sur la mienne et la rabaisse sur mes genoux.
- Non ! ne la montre surtout pas ! Garde-la bien serrée dans ta paume, surtout ne la lâche pas. Chut maintenant ! ordonne-t-il en jetant un coup d'œil derrière mon épaule.
Je me retourne et vois le grand méchant et plusieurs de ses serviteurs qui nous entourent progressivement.
- Et voilà, ainsi s'achève la vie du « Survivant », le grand héros du Monde Magique. Je vais ENFIN pouvoir assouvir ma soif de vengeance. Tu ne peux même pas savoir ce que j'aurai donné pour pouvoir vivre cet instant plus tôt. Et nous y voilà. Après ton imbécile de parrain, Dumbledore, Ronald Weasley et tant d'autres de tes amis, c'est finalement à ton tour. Et ne t'en fais pas, Granger et ta fille te suivrons peu après.
BANG ! Un bruit nous fait tous sursauter, sauf le Mage Noir que la jouissance apportée par ce moment semble difficile à décontenancer. J'ai le temps d'apercevoir une bonne dizaine de sorciers surgir dans la salle, un phoenix les survolant. D'un seul coup d'oeil, je reconnais Dean Thomas - un ami de mon père -, Severus Rogue et Flitwick - deux professeurs de Poudlard -, un centaure, et Hagrid - un homme gigantesque et très gentil qui vient souvent nous voir -.
- Non ! s'écrie une sorcière que je reconnais comme étant le professeur McGonagall qui était souvent venue à la maison rendre visite à papa.
Les deux fentes faisant office d'yeux à Voldemort se retournent vers papa et moi ; des yeux où brillent la colère, la rage ; des yeux injectés de sang. Il lève sa baguette subitement et la pointe sur papa qui aussitôt me pousse violemment sur le côté pour m'écarter de lui. La brusquerie de son geste m'arrache des larmes.
- Non, je ne te laisserai à aucun prix la vie sauve, Potter... s'écrie le Mage Noir.
Mes yeux ont à peine le temps de se tourner vers papa qui a aussi saisi sa baguette et la pointe droit sur l'autre.
- Papa !
- Avada Kedrava ! hurlent-ils en cœur.
Deux minces filets verts sortent de leurs baguettes et s'entrechoquent. Je reste tétanisée devant les deux billes blanches qui luttent sur la lumière verte, parfois se rapprochant dangereusement de mon père, ou parfois de Voldemort.
- Sa fille ! Attrapez-là ! hurle le Mage Noir à ses serviteurs qui ont déjà engagé le combat avec les autres sorciers fraîchement arrivés. Peter, fais quelque chose où je te jure que je te dépècerais si je ne parviens pas à tuer Potter ce soir !
Un homme encagoulé s'approche alors de moi, et je distingue nettement une main argentée glisser de sous sa robe de sorcier et s'approcher de moi. Il fait encore quelques pas vers moi, mais il se fait neutraliser juste avant de m'atteindre par un des gentils sorciers, qui est aussitôt attaqué par un autre méchant.
- Imbécile ! grogne alors leur chef.
Sans prévenir, il se dégage sur le côté et rompt le lien avec mon père, son éclair vert allant percutant un autre méchant qui tombe aussitôt raide mort. Mais avant même que j'ai le temps de féliciter mon papa, je vois la baguette du méchant à face de serpent pointée droit sur moi d'un geste menaçant.
- Avada Kedrava !
Mais cette fois encore, mon père l'a prononcé en même temps que lui, et avant que l'éclair ne me touche, je vois mon père surgir devant moi et, alors que son éclair percute le sorcier de plein fouet, il s'écroule lui aussi, face contre terre, juste devant moi.
- Papa ?!
Je m'accroupis à ses côtés et le retourne pour voir son visage. Ses yeux grands ouverts me saisissent de frayeur et m'arrachent un cri qui fait se retourner tout le monde qui cesse aussitôt le combat.
- Papa ! hurlé-je d'une voix remplie de larmes.
Je comprends qu'il est mort, malgré mon jeune âge. Il est parti, comme ma sœur quelques mois plus tôt. Comme maman. Mes yeux se brouillent et me laissent à peine entrevoir la débâcle qui se fait autour de moi. Les méchants se précipitant sur le cadavre de leur Maître d'un côté, et de l'autre les bons sorciers se dirigeant vers nous en hurlant le nom de mon père.
Mais avant même qu'ils ne m'atteignent, et alors qu'un vide immense prend possession de mon être tout entier, je ressens une sorte de vrombissement dans mon ventre et je me mets à trembler de tous mes membres. Ma main se resserre instinctivement sur le médaillon que je n'ai lâché à aucun moment, comme papa me l'avait dit. Progressivement, les couleurs de la salle s'estompent devant moi, se mélangent et s'obscurcissent jusqu'à ce que tout devienne noir et que plus aucun son ne me parvienne. Le vent glacial fouette mon visage et, après que mon corps a tourné rapidement sur lui-même, je ressens à nouveau le sol sous mes pieds. Et seuls me restent cette sensation de froid et cette pénible impression de vide.
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- ZOËLINA !
Une gifle vient s'abattre sur ma joue et m'arrache un grognement rauque.
- Zoëlina, répète la voix plus doucement, revenez à vous !
C'est lorsque j'ouvre les yeux que je me rends compte qu'ils sont brouillés de larmes et que mes joues sont humides. Au fur et à mesure qu'elles coulent sur mon visage ma vision devient plus nette et je distingue une tempête de neige sur le plafond que je reconnais bientôt comme étant celui de la salle de bal.
- Papa ! m'écrié-je en faisant un geste pour me pencher sur lui et voir s'il est effectivement mort ou s'il est encore en vie.
Mais au-dessus de moi je distingue très vite le visage d'Andrew, inquiet, me ramenant vite à la réalité. Une vision... qui paraissait tellement vraie ! Autour de nous, je retrouve la scène presque telle que je l'ai quittée dans ma vision : une grande table est toujours renversée sur le côté, sa nappe désormais rouge-grisâtre a glissé à terre ; quelques éléments du rare mobilier sont étrangement placés. Seuls les acteurs ont disparu.
- Est-ce que ça va ?
A cette question, toutes mes émotions remontent dans ma gorge, toutes les images de cette horrible soirée défilent à toutes vitesse dans mon esprit jusqu'aux circonstances de la mort de mon père et le rôle que j'ai tenu ce soir là.
- Que se passe-t-il ? s'inquiète Andrew et caressant doucement mon visage tant pour en enlever les larmes que pour me réconforter.
S'apercevant que mes mains sont glacées, il enlève sa veste et la dépose sur moi pour m'apporter un peu de chaleur et il me sert aussi contre lui, doucement, pour m'offrir le réconfort de sa présence.
- J'ai tout vu...
- Qu'est-ce que vous avez vu ? me demande l'infirmier en passant sa main dans mes cheveux d'un geste rassurant.
- Mon père... sa mort !
- Oh... que s'est-il passé ?
- Tout est de ma faute... C'est à cause de moi qu'il est mort !
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FIN DU CHAPITRE
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Et voilà, Zoëlina a enfin trouvé un lien avec son passé ! J'ai ri en lisant HP7, parce que la vision que j'avais de Godric's Hollow (et que j'expose ici) est à mille lieues de ce que le livre décrit :p Enfin, ce n'est pas grave . Je suis contente, cette fois-ci, plus de personnes se sont manifestées pour donner leur avis sur cette fic, ça m'a vraiment fait très plaisir :x N'hésitez pas à recommencer pour ce chapitre, je suis toujours curieuse de savoir ce que vous en pensez !!! Et maintenant, voici les réponses aux reviews :
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Karine "vrai que sa aurait craint quelle tombe amoureuse de roque. pi je crois que c celui la que jaime le mieux." C'est Rogue que tu aimes le mieux ? Où alors tu crois qu'elle aime celui des deux que tu préfères entre Stephen et Andrew :p J'espère que tu as aimé ce nouveau chapitre . A bientôt et merci beaucoup pour tes nombreuses et fidèles reviews :x
Noël noir pour les Riches : Merci beaucoup pour ta review !! . Ah Sirius Black... bah je pense que c'est assez explicite, effectivement ! Reste à savoir ce qui va se passer avec lui !! J'espère que tu as aimé ce chapitre au moins autant que le reste !!
Mauguine Oh c'est gentil Par contre, désolée pour le délais je n'ai pas pu poster le chapitre plus tôt :s .
David Waô . merci beaucoup, c'est très gentil ! Ca me touche beaucoup et je suis très heureuse que tu apprécies autant ma fic et mon écriture !! Pourvu que ce chapitre soit bien dans la lignée, dans ce cas !! J'espère que tu l'auras aussi apprécié ! N'hésite pas à me donner des commentaires, bons ou mauvais !! Merci encore !!!!
Leren : Oh c'est super touchant, merci beaucoup :x Eh bien quelque part, tant mieux si tu l'as découverte ces derniers jours, ça t'aura évité d'attendre trop longtemps !! En temps normal, je publie un chapitre chaque vendredi ! Donc le suivant sera la semaine prochaine !!! J'espère que tu auras aussi aimé le chapitre ! Ca devient de plus en plus exaltant pour moi de poster la suite, surtout la série que forment le 11-12-13 . enfin je n'en dis pas plus ! A bientôt .
