Les cours s'enchaînaient, étrangement intéressants alors que, pour certaines matières, Brighton se contentait de revoir des sortilèges que Harry connaissait déjà. Selon le vieil homme, notamment en métamorphose, il n'y avait aucun intérêt à ce que Harry apprenne de nouveaux sortilèges : des révisions axées sur la compréhension de tous les sorts importants dans cette discipline étaient préférables, car plus il s'habituerait à comprendre, plus il serait à son aise quand il retrouverait la classe du professeur McGonagall. Toutefois, si Harry attendait avec curiosité son premier cours d'alchimie, quelque chose le tracassait : Brighton n'avait toujours pas abordé la défense contre les forces du Mal. La botanique était toujours associée aux potions, le dernier cours de sortilèges avait été consacré à un sort de Désherbage, mais toujours pas de défense contre les forces du Mal.

Les progrès les plus significatifs de Harry concernaient l'occlumancie. Si les exercices de Brighton lui avaient d'abord paru difficiles, il commençait réellement à pouvoir modifier différents souvenirs : bouger un objet, faire disparaître un personnage, modifier le discours d'une personne et même changer le décor. Toutefois, ce n'était là que la première partie : dès que Brighton considéra qu'il s'en sortait bien avec cette première étape, il compliqua l'apprentissage. Ainsi, tous les soirs, Harry devait empêcher une question de réveiller un souvenir fidèle : lorsque Brighton lui demandait ce que Lord Voldemort lui avait dit pour la dernière fois, Harry devait immédiatement lui faire dire autre chose. Mais malgré ses échecs répétitifs, Brighton ne doutait pas qu'il y parviendrait.

− Pour l'heure, vous avez besoin de vous concentrer, fils, lui dit-il après un nouvel exercice raté. Mais au fur et à mesure, vous exigerez moins de temps pour modifier un souvenir. Même si vous en êtes toujours à la deuxième étape à la fin du mois, vous verrez que la troisième est d'une simplicité enfantine et vous donnera le court laps de temps dont vous aurez besoin pour modifier un souvenir.

Harry se raccrocha donc à cette pensée réjouissante, sans même songer à se montrer moins optimiste ou mettre en doute les propos de Brighton. Depuis le cours où Brighton avait présenté les différents profils inventés par son « associé » dans la formation de Harry, c'est-à-dire Toma Grinval, le vieil homme ne manquait jamais l'occasion de remettre Harry dans le « droit chemin ». Chaque fois que son élève avait une pensée ou une réaction étrangère à l'attitude d'un « tout-puissant », Brighton la dénonçait et obligeait Harry à avoir un autre comportement.

Le deuxième dimanche depuis l'arrivée de Harry arriva, mais, exceptionnellement, il n'y eut aucun cours. Dès que le petit déjeuner fut englouti, Brighton enfila une cape de voyage, prit une grosse sacoche puis invita Harry à le rejoindre sur le quai. Finissant de débarrasser la table en hâte, étonné et intrigué par l'activité surprise que son professeur semblait proposer pour la journée, Harry sauta dans ses chaussures, vérifia que sa baguette était bien à l'intérieur de la poche de sa robe de sorcier – offerte par Brighton à l'occasion de son audition au ministère – et, le pas vif, retrouva le vieil homme dans la barque.

− Où allons-nous ? s'enquit Harry.

− Nous allons apprendre ce que la Fraternité appelle « l'apprentissage-terrain », annonça Brighton, alors que la barque démarrait dans un soubresaut. Quand vous êtes arrivé, je vous ai dit que vous auriez un examen à la fin de chaque semaine, mais je n'avais pas alors pris connaissance de certaines choses. La première évaluation a été vos escapades à Poudlard et au ministère, dirons-nous, pour lesquelles je vous donne un 9.5 sur 10. Votre petit accès de zèle, en parlant de cet ivrogne en Roumanie, est la raison qui m'empêche de vous donner la note maximale.

− Et aujourd'hui ? demanda Harry.

− Apprentissage-terrain, répéta Brighton. Nous avons passé suffisamment de temps sur la métamorphose pour que vous soyez capable d'adapter sa compréhension à toutes les matières, qu'il s'agisse des sortilèges ou bien de la défense contre les forces du Mal. Vous avez des prédispositions pour la défense, c'est pour cette raison que les cours n'ont pas encore abordé cette matière. Aujourd'hui, vous aurez donc l'occasion de me montrer votre talent. Vous allez à la fois apprendre et exercer.

La barque atteignit la rive dans un nouveau tressautement. Brighton ramassa sa sacoche, posée entre ses pieds, et précéda Harry sur la terre ferme. Le bateau repartit, fendant la surface lisse du loch.

− Prenez mon bras, fils, c'est moi qui offre le voyage, pour cette fois, dit Brighton.

Harry obéit en essayant de ne pas serrer trop fort. Brighton pivota et tous deux plongèrent dans le silence noir, étouffant, écrasant du transplanage, Harry resserrant sa prise sur le bras du vieil homme en le sentant s'écarter. Il avait beau se répéter les affirmations de Dumbledore, selon lesquelles on finissait par s'habituer au transplanage, il ne constatait toujours aucune amélioration dans sa façon d'aborder ce moyen de déplacement.

A bout de souffle, il accueillit avec délectation la réapparition du soleil matinal et de l'air frais et lâcha le bras de Brighton en observant les alentours. Ils se trouvaient dans un virage tracé par une route de campagne bordée à gauche, de hautes haies touffues et, à droite, s'ouvrant sur une vallée. Niché entre deux collines, un village que le jeune homme n'eut aucun mal à identifier.

− C'est… Little Hangleton ?! s'exclama Harry, surpris.

− En effet, répondit Brighton en l'entraînant le long de la route, qui plongeait à flanc de colline. Quand je vous ai demandé à quelle occasion vous aviez vu Vous-Savez-Qui pour la dernière fois, pendant l'un de nos cours sur l'occlumancie, vous vous êtes concentré sur la nuit où le Lord noir et Dumbledore se sont affrontés dans l'atrium du ministère. Mais au-delà, votre cerveau a fait ressurgir un souvenir plus récent encore.

− Bah… C'est au ministère que j'ai vu Voldemort pour la dernière fois, pourtant…

− Ah, mais voici une règle qu'il ne faut jamais oublier, fils : votre cerveau n'entend pas forcément de la même manière que votre oreille, dit Brighton. Car pendant que vous vous concentriez sur le souvenir du ministère, mon œil a capté votre souvenir du souvenir de la rencontre entre Morfin et Tom Jedusor. En fouillant un peu plus, j'ai alors attrapé votre souvenir du souvenir de Bob Ogden, lors de sa rencontre avec les Gaunt.

− Et comment fait-on pour empêcher le cerveau d'écouter autre chose que l'oreille ?

− La troisième étape, dite « d'attente », vous y aidera, assura Brighton.

La pente raide décrivit alors une courbe sur la droite et Harry ralentit, se souvenant de l'ouverture dans la haie par laquelle Bob Ogden avait disparu. Celle-ci semblait avoir été rebouchée – par la végétation ou par Voldemort lui-même ? se demanda-t-il. Si le Seigneur des Ténèbres était derrière la fermeture de la haie, alors il y avait fort à parier qu'un maléfice n'attendait que l'imprudent qui aurait le malheur de toucher le mur végétal à mains nues.

− Bien, nous y voilà ! dit Brighton d'un ton satisfait. Occasion parfaite pour apprendre les sortilèges universels qui sont souvent employés par les Aurors, les chasseurs de trésors, les voleurs et les aventuriers ! En connaissez-vous ?

− Magicus natura, c'est tout, dit Harry.

− Bien, bien, approuva Brighton. Pour cette haie, nous allons nous intéresser à un autre sortilège. Il s'agit du charme de Révélation… Attention à ne pas le confondre avec le sortilège que vous pourriez lancer sur l'encre invisible, nous parlons là d'un charme nettement plus puissant, complexe et utile. Pour la haie, c'est moi qui vais m'en occuper : ça vous laissera le temps de l'appréhender au mieux si nous devons y avoir recours plus loin, fils.

Il leva alors sa baguette magique et l'abaissa, comme s'il dessinait une ligne droite et verticale. Un mouvement que Harry reconnut facilement : Dumbledore avait utilisé le même dans l'antichambre de la caverne, afin de faire apparaître l'arcade leur ayant permis de rejoindre le lac aux Inferi.

A peine eut-il achevé son charme que les branches s'illuminèrent faiblement, enveloppées d'un halo mauve, et le vieil homme hocha la tête pour lui-même.

− Maléfice d'Etranglement, indiqua-t-il à l'adresse de Harry. Si vous touchez la haie, les branches réagiront de manière brutale : elles vous attraperont, vous happeront dans la haie et vous étoufferont jusqu'à ce que mort s'en suive. Classique, mais efficace. C'est un maléfice très rusé, cependant, car rares sont les gens qui croiraient qu'il suffit de connaissances scolaires pour conjurer ce sort.

− Vraiment ? s'étonna quelque peu Harry.

− Eh oui, dit Brighton. Réfléchissez, fils. Si vous voyiez quelqu'un s'étouffer, quel sortilège utiliseriez-vous ?

Harry plissa le front. Le contexte exposé par Brighton lui rappelait vaguement un incident survenu à la rentrée de sa sixième année : Marcus Belby, pressé de répondre au professeur Slughorn, s'était étouffé avec un morceau de faisan avalé trop vite avant que le maître des potions ne le libère à l'aide d'un sortilège.

Anapneo ? demanda-t-il, sceptique.

− Effacez-moi cette expression, fils ! protesta Brighton. Le « Tout-puissant » ne manifeste ni scepticisme, ni se soucie de dire une bêtise ou pas : il propose calmement et, si quelqu'un se moque, il s'en fiche, car il a sûrement suggéré davantage d'idées que le moqueur ! Le sortilège de Souffle est extrêmement pratique, en effet, car si les branches cherchent à nous priver d'air, elles redouteront tout autant cet oxygène. Il faut, cependant, une maîtrise excellente de ce sort pour parvenir à vaincre une telle haie.

− Je n'ai jamais lancé ce sort, avoua Harry.

− Même si vous l'aviez fait dix fois, je ne suis pas certain que vous auriez la maîtrise pour vaincre la haie, fils, confia Brighton. Ouvrez donc la sacoche et prenez-y la potion de Souffle.

Harry prit le sac que lui tendait Brighton, le posa au sol et l'ouvrit. De nombreux compartiments étaient cousus au tissu qui le rembourrait, chacun contenant un petit flacon étiqueté.

− Comment vous avez fait pour enfermer ces potions dans ces flacons, monsieur ? demanda Harry en lisant un à un les flacons.

− Même sans Touffe-la-mort, il est possible de récupérer des potions alchimistes, répondit Brighton, mais c'est peu pratique. Il vous suffit de plonger votre flacon dans la potion, fils, sauf qu'il vous faut énormément de fioles en stock pour limiter l'ampleur du gâchis. Tant que votre chaudron est chaud, la potion restera à l'intérieur, mais une fois refroidi... eh bien, vous avez intérêt à croiser les doigts pour que votre potion soit inoffensive.

− J'ai !

Harry se redressa avec un flacon apparemment vide.

− Bien, dit Brighton en récupérant sa sacoche. Reculons et je vous dirai comment procéder… Oui, c'est à vous d'intervenir, cette fois. Donc, nous avons notre potion de Souffle. Il est impératif, fils, que vous visiez bien – pas la haie, attention, mais le sol, afin d'être certain que le flacon se brisera. Faîtes aussi attention à ce que l'élan de votre flacon s'oriente vers la haie.

− C'est-à-dire ?

− Lancez-la simplement devant vous, assez fort et au sol, en direction de la haie.

Harry s'exécuta, non sans avoir pris le temps de bien calculer son lancer. La fiole fendit les airs et explosa dès qu'elle heurta le sol : quasi-immédiatement, le rugissement d'un vent fou furieux leur parvint aux oreilles. S'il ne les atteignit pas, il frappa de plein fouet la haie touffue. Comme si le maléfice d'Etranglement avait fragilisé tout le pan ensorcelé, celui-ci se désintégra rapidement, ses branches emportées par le souffle. L'ouverture d'antan, à l'époque où les Gaunt vivaient encore là, se redessina alors.

− Ah ouais, c'est… efficace, commenta Harry, assez impressionné.

− Les potions alchimistes ne doivent être utilisées qu'en dernier recours, déclara Brighton. Ou en situation plus ou moins critique. Si Farewell a réellement dans l'intention de vous kidnapper ou de vous neutraliser, il utilisera d'abord ses sortilèges, ses ruses et ses propres idées. Puis, si vous déjouez tout ça, il aura sûrement recours à une potion alchimiste. Allons, notre aventure ne fait que commencer !

Et il claudiqua jusqu'à l'ouverture, Harry sur les talons.

− Mais au fait, dit celui-ci en repensant à un détail, qu'en est-il du diadème ?

− Fils, vous avez été singulièrement long à la détente, cette fois ! commenta Brighton. Je suis loin d'être expert en Horcruxe, mais je veux bien manger ma canne si le diadème ne contient pas un morceau d'âme. Son influence se faisait ressentir quand je l'examinais, j'ai donc préféré le mettre dans un coin pour éviter de laisser cette saleté me pourrir le cerveau. En revanche, fils, je serai bien incapable de vous dire comment les détruire.

− Je sais que le venin de Basilic est efficace, dit Harry.

− Du venin de Basilic, hein ? répéta Brighton d'un air songeur. Eh bien, il nous faudra y réfléchir, mais pour le moment, concentrons-nous sur le Horcruxe dissimulé dans la vieille masure des Gaunt.

Ils descendaient le flanc de la colline en direction d'un bosquet d'arbres, prenant un soin particulier à éviter les petites pierres du chemin caillouteux qui auraient pu les faire trébucher. Lentement, petit à petit, Harry distingua la silhouette de la maison des Gaunt, plongée dans l'ombre des arbres. Le lierre, les orties et les ronces n'avaient pas résisté à la tentation d'envahir le jardin et la façade. La charpente s'était écroulée, emportant dans sa chute un pan de mur de ce qui avait été le salon. Les fenêtres étaient cassées, plus crasseuses que jamais, mais la cheminée se dressait toujours, apparemment épargnée par l'effondrement du toit.

− Arrêtons-nous ici, il vaut mieux nous montrer prudents, dit Brighton. Cherchez donc le Magicus Natura dans la sacoche, fils. Compte tenu de l'identité du dernier visiteur de cette vieille baraque, nous aurons besoin d'avoir une vue d'ensemble sur les dangers qui nous menacent.

Harry reprit la sacoche, s'accroupit en la posant parterre et l'ouvrit pour fouiller à l'intérieur.

− Combien Vous-Savez-Qui a-t-il créé de Horcruxes, selon vous ? demanda Brighton.

− Il ambitionne d'en créer sept, répondit Harry.

− Sept ! s'exclama Brighton, ulcéré. Par Merlin, cet homme est encore plus fou que je ne l'imaginais ! Sept ! Il n'y a rien d'étonnant à voir la tronche qu'il a quand on sait ça ! Sept ! C'est de la démence…

Harry repéra un flacon contenant un gaz violacé et le prit, se souvenant de la couleur du sortilège que Maugrey avait lancé sur la bague, dans la chambre des jumeaux. Lisant l'étiquette, il se redressa en montrant sa trouvaille.

− Lancez-le jusqu'à la maison, fils, dit Brighton. Essayez même de l'envoyer à l'intérieur, si vous le pouvez. Il faut s'attendre à ce que l'intérieur soit mieux protégé que le jardin.

Harry visa au mieux et lança, à la manière d'un joueur de baseball, le flacon. Celui-ci étincela en captant un rai de soleil, puis disparut dans le salon en profitant de l'ouverture offerte par le toit effondré. Ils entendirent le verre se briser, puis une épaisse, basse brume violette jaillit du salon pour se répandre dans l'entrée, puis dans le jardin en passant par l'encadrement de la porte, qui gisait à présent parmi les ronces et les orties. Comme avec la bague, des filets de fumée grisâtre s'élevèrent du parterre végétal, trahissant la présence d'un maléfice, et formèrent une image de lianes entrelacées.

Brighton eut un reniflement méprisant.

− Et c'est ça, le pire Mage noir du siècle ?! marmonna-t-il.

− Ce n'est que le premier obstacle, objecta Harry.

− Et un obstacle bien piètre, fils, affirma Brighton. C'est à mon tour d'intervenir : restez derrière moi.

Il tira sa baguette magique. Harry referma et ramassa la sacoche, puis il suivit le vieillard qui s'avançait vers le parterre végétal. Celui-ci sembla frémir à leur approche, comme sentant une présence, mais au moment précis où Brighton pointa sa baguette au sol, devant lui, les ronces et le lierre s'écartèrent, comme repoussés.

− Qu'est-ce que c'est ? demanda Harry.

− Un maléfice d'Entrave, répondit Brighton d'un ton très calme. Pas celui que vous avez appris à Poudlard : je parle ici d'une dénaturation du maléfice scolaire. Vous-Savez-Qui a ensorcelé les ronces et le lierre pour que tout pied s'approchant trop près soit attaqué. Un imprudent se retrouverait déséquilibré, tomberait et serait assailli par la végétation. Bien évidemment, le lierre n'est pas trop dangereux, mais les ronces et leurs épines promettent de longues heures de souffrance. Sans doute sont-elles empoisonnées.

Harry jeta un regard par-dessus son épaule pour être certain qu'aucune ronce ne l'attaquerait dans le dos, mais il semblait que le sortilège de Brighton dissuadait toute la végétation déjà passée de retenter quoi que ce soit – ils atteignirent donc l'entrée des ruines sans être trop inquiété, mais Brighton marqua un nouvel arrêt dès qu'ils furent à l'intérieur.

La brume de la potion de Magicus Natura avait révélé plusieurs symboles de fumée, dans le salon. Une grande flamme grisâtre flottait juste devant eux. Un peu plus loin, une sorte de paire d'yeux sans pupille ni iris lévitait.

− Voyons voir, marmonna Brighton en observant la flamme de fumée grise. Même si Vous-Savez-Qui a été un peu décevant jusqu'à présent, je doute que ce maléfice puisse être contré par un simple Gèle-Flamme… Il faudra que vous continuiez seul, fils, car je n'ai qu'une seule potion de Glace sanguine.

− Glace sanguine ? répéta Harry, intrigué, en ouvrant la sacoche.

− Il s'agit d'une potion non alchimiste, donc ingérable, qui permettra à votre corps de renverser sa température pour qu'au lieu d'être chaud, il soit glacé, expliqua Brighton. A moins que Vous-Savez-Qui ait eu une formation de massalien, il est impossible que son maléfice puisse venir à bout d'une telle potion. Car, loin d'être enseignée en classe, il s'agit d'une invention de la Fraternité. Pour vous donner une idée de sa puissance, elle peut résister au feu d'un dragon pendant vingt-trois secondes.

Harry n'eut pas à chercher bien loin, car à peine eut-il approché sa main d'un flacon, il ressentit une brutale, et éloquente, baisse de température. Il se saisit du bouchon, lut quand même l'étiquette, puis se redressa. Bien qu'il ne touchât pas le verre, il en ressentait toute la fraîcheur. Ôtant le bouchon, il but la potion et fut parcouru d'une soudaine série de frissons, tandis que le liquide lui glaçait la langue, puis la gorge, puis la poitrine et l'estomac.

− Ah oui, j'ai oublié de vous dire qu'elle n'était pas très agréable à boire, se souvint Brighton d'un ton léger. Il vous suffit de traverser le mur de flammes, puis vous vous arrêterez au niveau du second symbole. Rangez votre baguette, fils : plus elle sera proche de votre corps, mieux elle sera protégée.

Aussi la glissa-t-il dans sa chaussette, afin que sa baguette soit directement en contact avec sa peau désormais glacée. Il exhalait sans cesse de l'air froid, mais il ne s'y intéressa pas plus longtemps. S'avançant dans le salon, le premier pas qu'il posa sur le plancher pourrissant fit jaillir du sol de hautes flammes d'un blanc étincelant qui le firent légèrement sursauter. Il sentait une timide tiédeur lui caresser les mains et le visage chaque pas posé lui faisait traverser un nouveau rideau enflammé, mais Brighton avait parfaitement vanté les mérites de la potion de Glace sanguine : même les vêtements de Harry paraissaient protégés tant son corps diffusait une fraîcheur digne d'un vent polaire. Néanmoins, cet obstacle faisait tout à coup prendre conscience du génie de Dumbledore, car si Brighton et lui-même avaient essentiellement recours à des potions, le directeur de Poudlard avait dû franchir les pièges de Voldemort à l'aide de sa seule baguette magique.

Atteignant le second symbole, Harry remarqua que ses pieds ne soulevèrent plus la moindre flamme, comme si Voldemort avait estimé qu'un sorcier capable de franchir le mur de feu blanc méritait de s'essayer à accéder à la partie d'âme visiblement dissimulée sous le plancher.

− Maléfice de Cécité, fils ! lança Brighton depuis l'entrée. A ne pas confondre avec le sort d'Aveuglement, qui n'est pas répréhensible et se contente d'éblouir votre adversaire. Le maléfice de Cécité, lui, vous condamne à une vie d'aveugle. Ecartez-vous un peu, c'est à moi d'intervenir.

Harry recula de quelques pas et regarda Brighton faire tournoyer sa baguette magique au-dessus de sa tête puis l'abaisser sèchement : une longue ligne argentée terminée par trois griffes fusa et disparut sous la brume violacée de la potion de Magicus Natura. Brighton tira un coup, quelque chose grinça. Il réitéra son geste, une planche fut arrachée du parquet moisi et atterrit un peu plus loin, soulevant un nouveau mur de flammes immaculées.

Comme repoussée par le contenu de la cachette, la brume violette s'écarta pour révéler une niche dans laquelle Voldemort avait déposé une boîte en d'or.

− Et comment est-ce qu'on contrecarre un maléfice de Cécité ? demanda Harry.

− Avec une question comme celle-là, fils, vous m'apparaissez aussi stupide que Vous-Savez-Qui, dit Brighton d'un ton badin. Le « Tout-puissant » ne pose jamais de questions avant d'avoir réfléchi par lui-même, fils ! Alors réfléchissez !

− Bah, j'ai bien une idée, mais…

− Le « Tout-puissant » ne doute pas, répliqua Brighton d'un ton bourru. Il assume chacune de ses idées, même s'il lui faut pour cela recevoir quelques moqueries, paraître naïf ou je ne sais quoi d'autre. Alors, quelle est-elle ?

− Fermer les yeux, avoua Harry.

− Que voilà une idée saugrenue, admit Brighton avec calme. Tellement saugrenue, en fait, qu'elle est le moyen le plus simple pour échapper à un maléfice de Cécité.

− Vraiment ? se réjouit Harry.

− A moins que vous n'ayez peur que vos narines ne deviennent aveugles, et vous m'impressionneriez si c'était le cas, vous n'avez qu'à protéger vos yeux, fils, dit Brighton. Le maléfice de Cécité rend aveugle s'il touche vos yeux, mais Dame Nature a eu la bonté de nous offrir des paupières. Ne croyez pas que la magie ne se résout que par la magie. Allez, ouvrez donc ce fichu machin !

Et il ferma les yeux, l'air paisible, ses mains appuyées sur sa canne. Tendant une main vers le coffret, Harry se protégea derrière un bras le temps de trouver un interstice suffisamment large pour qu'il puisse l'utiliser puis, les yeux fermés, souleva le couvercle. Il y eut alors une explosion de lumière stupéfiante. Même les paupières closes et le visage enfoui dans son bras, Harry la perçut comme si elle avait traversé sa chair, ses muscles, ses nerfs, ses vêtements pour se heurter à ses paupières. Il se demanda brièvement jusqu'où la lumière avait été aperçue – tout ce qu'il espérait, en tout cas, c'était qu'aucun Moldu ne l'avait aperçue, car le ministère le détecterait aussitôt, et Lord Voldemort finirait tôt ou tard par découvrir qu'un habitant de Little Hangleton avait été le témoin d'un acte magique.

Lorsqu'il estima pouvoir rouvrir les yeux sans danger, il baissa le bras et souleva sa paupière gauche, mais tout était redevenu normal. Brighton avait déjà rouvert les siens et sembla apprécier la prudence de Harry, qui baissa les yeux sur le contenu de la boîte. Un gros anneau très laid était serti d'une pierre marquée, Gaunt l'avait dit lui-même, des armoiries de la famille Peverell : un trait enfermé dans un cercle, le tout emprisonné d'un triangle.

− Le dernier maléfice n'apparaît pas, annonça Harry.

− Normal, fils, dit Brighton. Le coffre était hermétiquement fermé, la potion de Magicus Natura ne pouvait pas atteindre le Horcruxe. L'idéal serait que nous prenions le coffre avec nous, car je n'ai plus de…

− Attendez... l'interrompit Harry.

L'horrible anneau de Gaunt s'était tout à coup mis à scintiller à mesure que Harry le regardait. Il ferma son œil droit, pris d'un soupçon : il avait vu juste, l'œil d'Astaroth s'était encore réveillé, car lorsqu'il ferma le gauche et rouvrit le droit, les scintillements se volatilisèrent.

− L'œil d'Astaroth fait apparaître des scintillements, dit Harry.

− Concentrez-vous sur le Horcruxe, dans ce cas, l'encouragea Brighton.

Abaissant sa paupière droite, Harry fixa longuement l'anneau comme s'il avait voulu voir à travers. Les petites étincelles incolores qui s'en élevaient se murent, se rapprochant les unes des autres, formant progressivement un dessin qu'il eut quelques difficultés à identifier. Après un moment, cependant, il fit le rapprochement entre cette forme étincelante et la main brûlée, noircie, recroquevillée de Dumbledore. Il en fit la description à Brighton, qui resta silencieux plusieurs secondes.

− Je crains que ce ne soit au-delà de mes compétences, cette fois, reconnut-il. La magie noire englobe bien des maléfices visant les mains et la moindre erreur d'interprétation de celui-ci pourrait avoir des conséquences que je n'ose pas imaginer. Refermez et prenez le coffre, fils, nous serons plus à l'aise à la maison pour trouver une suite à cette aventure.

Refermant la boîte d'or, Harry la souleva de la niche et traversa à nouveau le mur de flammes, qui lui semblait tout à coup un peu plus chaud. Il allongea le pas et rejoignit Brighton dans l'entrée, vérifiant quand même qu'une flamme ne se soit pas accrochée à sa robe de sorcier, puis il suivit le vieil homme dans le jardin, celui-ci chassant les ronces et le lierre à l'aide de sa baguette magique.

− Bien, bien, dit Brighton lorsqu'ils remontèrent le flanc de la colline. Je pense que vous méritez bien un… 9 à cet examen… Non, plutôt 10, car les points que je vous pénalise ne peuvent être considérés comme appartenant à la défense contre les forces du Mal. Néanmoins, à l'avenir, fils, enfoncez-vous dans le crâne que vous essayez de devenir un « Tout-puissant ». Il est important que vous ayez commencé à adopter plusieurs traits de caractère des « Tout-puissants » pour samedi prochain.

− Qu'est-ce qu'il y a, samedi prochain ? s'étonna Harry.

− La journée des Fournitures, répondit Brighton. Kenneth Jones n'est pas très efficace face aux Mangemorts, il faut le reconnaître, mais on ne peut lui enlever les bonnes idées qu'il a eues pour redonner le sourire aux sorciers et aux sorcières britanniques. La journée des Fournitures est l'occasion de retrouver l'ambiance joyeuse, presque festive, du Chemin de Traverse tel qu'il était avant la guerre. Il faut ajouter à ça que les Mangemorts sont pour le moins discrets depuis plus d'un mois et demi…

− Ils cherchent la Fraternité, révéla Harry. Voldemort veut savoir qui sont les mages noirs qui ont osé attaquer Massalia sans son accord.

− Je lui souhaite bien du courage ! dit Brighton. La Fraternité n'a rien à craindre de Vous-Savez-Qui, car elle a beaucoup plus d'expérience que lui en matière de clandestinité, de secret et d'imposture. Toutefois, c'est bien la preuve que le Grand Seigneur met en danger la Fraternité. Même si la Fraternité en elle-même n'a rien à craindre des Mangemorts, n'importe quel Frère pourrait être capturé, torturé, interrogé, soumis à l'Imperium ou contraint à boire du Veritaserum… Si j'avais su ce que le Grand Seigneur deviendrait, je l'aurais étranglé moi-même alors qu'il n'était encore qu'un étudiant.

− Vous savez qui est le Grand Seigneur ?!

Ils franchirent l'ouverture dans la haie, sans prendre la peine de la refermer par un quelconque sortilège.

− Bien sûr, dit Brighton tandis qu'ils remontaient la pente raide. Ne comptez pas sur moi pour vous donner son identité, c'est contraire au crédo de la Fraternité, même si le Grand Seigneur mériterait de mourir dans les délais les plus brefs. Toutefois, je peux vous dire qu'il était autrefois un Maître Majeur aux méthodes un peu brutales et déplaisantes. Très honnêtement, si j'avais eu mon mot à dire, je n'aurai jamais laissé cet avorton atteindre le plus haut poste au sein de la Fraternité.

− Comment est-il élu, d'ailleurs ? demanda Harry, curieux.

− Il est nommé par son prédécesseur, avant tout, dit Brighton. Le Grand Seigneur désigne plusieurs personnes, Frères comme Sœurs, ayant grandement contribué aux succès de la Fraternité. Puis, lorsqu'il meurt ou quitte ses fonctions, une Robe de chaque classe est choisie pour participer à l'élection. Généralement, on privilégie soit les plus expérimentés, soit les plus sages. Elles s'entretiennent, débattent sur le futur Grand Seigneur, puis l'élisent à la tête de la Fraternité.

− Alors, le Grand Seigneur actuel a fait de grandes choses pour la Fraternité… Ca doit être un sorcier puissant, non ?

− Pas forcément, assura Brighton, le souffle court. Des Grands Seigneurs ont été des duellistes médiocres, des potionnistes lambdas, des sorciers aux pouvoirs limités. Mais ils étaient alors choisis parce qu'ils avaient de très bons projets pour la Fraternité. Quand j'ai intégré la Fraternité, le Grand Seigneur était une sorcière française que l'on disait à moitié Cracmol, mais qui a fait prospérer la Fraternité comme personne depuis plusieurs siècles. Elle axait notamment les missions sur le bien-être des autres : la toute première mission que j'ai eue à accomplir avait pour objectif de retrouver, neutraliser et livrer aux autorités espagnoles, un cambrioleur qui avait dérobé nombre d'objets de valeur à une jeune veuve.

Harry hocha la tête, hésita un bref instant, puis se jeta finalement à l'eau :

− Vous savez que le Grand Seigneur est guidé par Malphas ? demanda-t-il.

− Oh que oui, dit froidement Brighton. C'est même la raison pour laquelle j'ai pris ma retraite : il était hors de question que je laisse un esprit aussi retors, malsain, cruel et profondément démoniaque me dire ce que je devais ou non enseigner à mes élèves. Dimanche prochain, Luther et Liam se chargeront de votre examen et vous aurez la preuve vivante que Vous-Savez-Qui est un enfant de chœur, comparé à Malphas.