M. Meunier est en pleine réflexion. Il est face au mur : malgré son avertissement, il sait que sa fille passera outre et, un moment ou un autre, va finir par découvrir la vérité. Un lourd secret depuis sa naissance dix-neuf ans plus tôt va éclater au grand jour.

Il savait bien que ce secret ne pourrait pas le rester éternellement. Un jour ou l'autre, il lui aurait fallu avouer la vérité à Emilie. Mais M. Meunier n'en a jamais été capable : trop peur que sa fille le prenne si mal, le rejette, ne lui pardonne jamais de lui avoir menti.

Il n'a plus le choix. Sa décision est prise : il est temps de lui parler. De plus, sa femme le presse. Elle estime qu'il aurait du parler depuis longtemps déjà, depuis même l'entrée au collège d'Emilie. La rencontre avec sa sœur Hermione a réveillé l'endormi et il ne pourra plus l'endormir. L'heure est vérité de tout révéler, malgré la grande crainte des conséquences. Il est impossible maintenant de reculer.

Emilie a eu l'impression qu'une éternité est passée entre le départ et le retour d'Hermione, alors qu'elle n'est partie que pendant trois jours. Mais elle ne peut plus se passer d'elle.

Elle en est sûre maintenant. Hermione est sa sœur et fait pleinement partie d'elle. Emilie l'aime de tout son cœur, elle est sa moitié. C'est le sang des jumelles comme il est si bien dit. Elle a rejoint Madeleine parmi les personnes qui comptent le plus cher au fond de son cœur. Aussi est-elle folle de joie lorsqu'Hermione lui annonce son retour par téléphone. Profitant de cette occasion pour arrêter une heure de révision pour le baccalauréat, Emilie court chez Hermione, plus qu'impatiente de la revoir – Hermione lui a indiqué l'adresse, qui est assez près de chez elle (dix minutes de marche).

Arrivée devant chez elle, elle frappe à la porte, plus joyeuse que jamais. Cependant, c'est Mr. Granger qui répond et celui-ci la confond :

-Hermione ? Mais je croyais que…

-Monsieur, ce n'est pas Hermione…

-Quoi ?

Il semble proche d'avoir une attaque. Emilie comprend alors que les parents d'Hermione ignorent que leur fille a rencontré sa sœur jumelle. Il marmonne à lui-même :

-C'est impossible…

-Monsieur ? dit Emilie, hésitante.

-Entre, entre…

Il s'écarte pour la laisser passer. Quelque peu prise au dépourvue, Emilie entre pour la première fois chez Hermione.

Celle-ci, qui a entendu ce qui se passait à l'entrée, sort de sa chambre.

-Hermione !

-Emilie!

Elles allaient se jeter dans les bras l'une de l'autre mais Mr Granger toussote, ce qui les interrompt.

-Asseyez-vous, toutes les deux.

Elles obéissent sans discuter. Elles comprennent qu'il va se passer quelque chose de sérieux. Elles vont bientôt savoir enfin la vérité sur leur naissance, sur leur parents. Intérieurement, les sœurs sentent une forte tension monter. Que vont-elles apprendre ?

Un grand silence dure pendant près de cinq minutes. Pesant comme jamais. Mr Granger réfléchit : que faut-il dire tout en ayant du tact ? Comment révéler la vérité tout en atténuant, du mieux possible, le séisme que vont ressentir les jumelles ? Lasse, Hermione décide de prendre la parole, ne pouvant supporter l'attente d'avantage :

-Bon papa, qu'est-ce que tu veux ? On ne va pas rester là à glander.

Cette phrase suffit à le faire sortir, enfin, de son mutisme.

-Il est temps que vous connaissiez l'histoire. Alors voici comment…

Il s'interrompt. Quelqu'un frappe à la porte.

-Excusez-moi, dit Mr Granger en se levant pour aller ouvrir.

L'homme qui a frappé est M. Meunier, le père d'Emilie. Comme ils ne se sont jamais rencontrés, Mr Granger ne le reconnait pas. Il se demande une seconde qui peut bien être cet homme qu'il voit pour la première fois. Celui-ci se charge de lui répondre, comme s'il avait deviné sa pensée.

-Bonjour, monsieur. Pardonnez-moi de vous déranger. Je m'appelle Pierre Meunier, je suis le père d'Emilie. Je voudrais vous parler.

Découvrir qu'il est le père d'Emilie éclaire littéralement les yeux de Mr Granger. Il ne pouvait pas mieux tomber alors que lui-même
s'apprêtait à parler aux filles.

-Entrez, dit Mr Granger d'une main tendue en le laissant passer. Votre fille est déjà là.

-Je sais.

Les filles lèvent les yeux pour voir qui est le visiteur. Lorsqu'Emilie reconnait son père, elle a les yeux ronds. Elle ne s'attendait pas du tout à ce qu'il vienne ici, dans une maison qui lui est jusque-là parfaitement inconnu.

-Comment tu as fait pour trouver l'adresse ? demande sèchement Emilie.

-Je t'ai suivi, ma fille. Mais ce n'est pas le problème, ajoute-t-il avant qu'elle ait pu répliquer. C'est parfait que vous soyez là, toi et ta copine.

Il s'assoit et contemple les jumelles avec curiosité. Hermione se demande l'espace d'un instant s'il est possible que cet homme puisse être son père biologique. Non, impossible, elle ne peut y croire. Elle a bien été elevée par ses vrais parents. Ils ont des photos d'Hermione bébé à la maternité. Au vu de son regard, Emilie pense la même chose à propos de Mr Granger.

-Alors, je disais donc... commence Mr Granger mais encore une fois, il est interrompu par la porte d'entrée et son épouse entre. Elle était partie au mini-marché faire quelques courses. Elle jette un œil surprise au comité assis à la table et pose son sac de courses par terre. Visiblement, elle ne s'y est pas attendue.

-Qu'est-ce que c'est que tout ce monde, Patrick ? demande Mrs Granger à son époux.

Avant qu'il réponde, ses yeux se tournent vers les sœurs et son regard prend la même expression d'incrédulité que Mr Granger lorsqu'il leur a ouvert. Ce jour-là va être vraiment inoubliable, se dit Hermione partagée entre la hâte d'apprendre et la mauvaise impression qu'on lui a menti.

-Patrick, non, ce n'est quand même pas…

-Assis-toi, Sophie. Nous allons justement tout raconter aux filles. Il est temps qu'elles sachent, à l'approche de leur dix-neuvième anniversaire.

Tandis qu'elle prend place, Emilie commence à avoir une petite idée car elle remarque les yeux de Mrs Granger, les mêmes que les siens et ceux d'Hermione… pour le moment, elle préfère éviter de faire la remarque et attend le récit des adultes.

-Bien, je pense que nous pouvons enfin commencer, dit Patrick Granger, des faux airs de M. Loyal dans sa voix.

''Comme tu le sais, Hermione, ta mère et moi nous sommes rencontrés au collège, dès la Sixième. Elle était arrivée en Angleterre depuis un an à peine. Nous étions dans la même classe. Nous sommes inséparables depuis…''

-Comme moi et Harry, pense Hermione même si en effet, elle connait ce début de l'histoire de ses parents.

-Et au fil du temps, notre amitié s'est transformé peu à peu en amour. Nous avons commencé à sortir ensemble en Quatrième. Continue, Sophie.

-Et depuis, on ne s'est jamais quitté, poursuit Sophie Granger l'air rêveuse en se remémorant les souvenirs heureux de l'adolescence. Ah là là, j'étais folle de lui. Je le suis toujours bien sûr, s'empresse-t-elle d'ajouter face au regard inquiet d'Hermione. Mais l'adolescence, c'est l'adolescence.

''Donc, nous sommes amoureux depuis lors. Et à l'âge de quinze ans, il est venu le temps des cerises. Je veux dire par là que nous avons fait notre première fois. Nous étions encore jeunes mais nous l'avons fait parce que nous avions envie de le faire. C'est un désir physique, naturelle. Vous aussi, les filles, vous ressentirez cela, notamment toi, Hermione.''

Hermione ne dit rien. C'est vrai qu'elle aimerait aller plus loin avec Harry mais le sujet n'a pas encore été évoqué. Ils en parleront plus tard, une fois les affaires Dursley et Jumelles réglées.

-Donc oui, nous l'avons fait et nous étions content. Là vous l'aurez compris, l'acte a eu des conséquences. Je suis tombée enceinte.

Hermione sait que sa mère l'a mise au monde très jeune à seize ans seulement. Elle écoute le récit avec plus d'intérêt maintenant car elle sent que la révélation va arriver.

-Dès que nous l'avons su, notre choix était fait : il était hors de question d'avorter. Patrick et moi, nous voulions le garder, nous voulions assumer. Nous savions très bien ce que cela impliquait : jongler avec nos études, se serrer la ceinture pour acheter des vêtements, du lait et des couches. Nos parents, les miens surtout, n'étaient pas d'accord. Ils pensaient que nous allions gâcher nos vies. Mais nous voulions notre enfant. Rien ne pouvait nous faire changer d'avis, du moins c'est que nous pensions.

Tout à coup, elle s'interrompt et ses yeux s'illuminent de tristesse. Hermione et Emilie comprennent qu'elles arrivent à un point-clé et douloureux pour Mrs Granger. Son mari, sentant qu'elle ne peut poursuivre, décide de prendre le relais.

-Même si c'était trop tôt, malgré la désapprobation des autres, nous étions décidé. Mais nous avons appris à trois mois de grossesse quelque chose qui a tout remis en cause : nous attentions non pas un mais deux bébés. Nous avons appris un mois après que c'étaient des jumelles.

''Cette nouvelle a été un choc bien plus grand que la grossesse de Sophie : car si nous étions déterminés, nous n'en étions pas moins réaliste et savions très bien que nous n'avions pas les moyens d'élever deux enfants en même temps à nos âges. Un seul c'était possible mais pas avec deux. Nos parents nous ont mis en face de nos responsabilités. Et nous n'avons pas eu le choix : nous irions au terme de la grossesse mais à la naissance, il faudrait nous séparer d'une de nos deux filles. C'était très dur, très douloureux, mais nous n'avions pas le choix.''

Emilie tremble, le regard noir. Hermione sait qu'elle devine la suite, comme elle. Elles continuent toutefois à écouter sans dire un mot :

-Le 19 septembre 1993, poursuit Mr Granger, Sophie a accouché de deux adorables petites filles. Elles étaient si belles. C'était un tel bonheur que de les voir sourire pour la première fois. Mais intérieurement, nous avions mal. Car il fallait choisir, nous ne pouvions en garder qu'une seule…

-Et vous avez choisi moi, dit Hermione.

-Oui…

Pour Emilie, c'en est trop. Sa peine explose littéralement. Elle pleure et s'écrit de rage:

-Vous m'avez menti...

-Emilie...

-Comment avez-vous pu...

Elle jette un regard de fureur aux Granger qui semble pétrifiée sur place. On y décèle de la haine et Hermione la comprend. Comment peut-il en être autrement quand on apprend que toute sa vie a été un mensonge, qu'on l'a privé de sa soeur et de ses vrais parents depuis sa naissance ?

-Emilie, ma chérie... dit son père adoptif.

-LAISSEZ-MOI, LAISSEZ-MOI !

Avant qu'ils puissent dire un mot de plus, Emilie en larmes, vexée et anéantie, et court sans un regard en arrière dans la chambre d'Hermione en claquant la porte. Le silence demeure pendant deux bonnes minutes, ou presque car quelques sanglots de Mrs Granger montre qu'elle garde toujours une très grande peine quant à ce très douloureux souvenir. Mais Hermione comprend que celle qui souffre le plus, c'est Emilie, c'est elle qui a été abandonnée.

-Laissez, dit M. Meunier. Il faut la comprendre : nous lui avons menti pendant dix-neuf ans, pendant toute sa vie. Il faut que le choc passe, même s'il faudra du temps. Puis-je à mon tour commencer le récit de notre côté ?

-Faites, monsieur, approuve Mr Granger. Nous n'avons rien d'autre à ajouter de toutes manières, surtout si Emilie n'est plus là pour écouter.

-Bien. Donc voilà : Carole et moi nous sommes rencontrés au lycée. Nous étions dans la même classe de Première-Scientifique. L'amour a vite poussé et un mois après, on est sorti ensemble. Nous avons décroché notre baccalauréat et nous sommes installés ensemble. Elle a trouvé le travail de sa vie comme professeur d'Anglais et moi comme chauffeur de bus. Mais nous avions surtout un rêve commun : avoir un jour un enfant.

''Nous avons décidé de nous y mettre dès notre installation. Mais pendant un an, malgré tous nos efforts, Carole n'a pas réussi à tomber enceinte. Inquiets, nous avons fait des analyses et le médecin a été formelle : Carole est totalement stérile. Elle ne pourra jamais concevoir d'enfants.

''Cette terrible nouvelle a failli briser notre couple. J'ai su éviter à Carole de plonger dans la dépression en lui assurant que, quoi qu'il arrive, je l'aimerai toute ma vie car je ne peux vivre sans elle et elle sans moi. Quelques mois après, nous avons donc décidé d'adopter, même si Carole a mal à l'idée qu'elle ne portera jamais la vie, et encore aujourd'hui il lui arrive d'en pleurer.

''Nous avons pris contact avec le service d'adoption de la ville. Et c'est deux semaines plus tard que nous avons rencontré pour la première fois un bébé, une fille, de trois semaines à peine. Carole est aussitôt tombée sous le charme de son sourire. Et c'est ainsi qu'Emilie est arrivé chez nous et dans notre vie.

''Nous savions bien sûr qu'un jour, quand elle aura grandie, il faudrait révéler la vérité à Emilie. Mais plus le temps a passé, moi nous avons eu le courage. Nous avons fini par vivre en nous disant que le secret le restera éternellement. Jusqu'à ce qu'Emilie rencontre sa sœur, dix-neuf ans après.

''Sur le coup de la panique, j'ai agi comme un idiot. J'ai voulu empêcher Emilie de fréquenter sa sœur. Mais j'ai très rapidement compris que c'était une erreur. Et surtout que c'était inutile. Cette rencontre est le signe que le secret ne pouvait plus durer : il était temps que la vérité éclate.''

Il se tait, étant arrivé au bout de l'histoire. De nouveau, grand silence complet. Les sentiments d'Hermione sont partagés : d'un côté, elle en veut terriblement à ses parents de lui avoir caché toute sa vie l'existence de sa sœur. De l'autre, elle compatis à leur choix : elle-même ne sait pas comment elle aurait agi si elle avait été confrontée à la même situation. Certes, il y a des exemples qui montrent qu'on peut très bien s'en sortir – malgré quelques difficultés, en étant mère adolescente, Molly Weasley par exemple qui a eu Bill à dix-sept ans. Mais une grossesse est toujours un bouleversement dans une vie, encore plus lorsqu'elle arrive à un âge estimé trop jeune.

-Je vais préparer du café, dit Mrs Granger en se levant pour aller à la cuisine.

-Je vais aller parler à Emilie, dit Hermione qui, maintenant qu'elle sait tout sur l'histoire de la naissance des jumelles, veut aller consoler sa sœur qu'elle sait effondrée.

Et en effet, depuis la porte de sa propre chambre, Hermione entend des sanglots. Sans ouvrir tout de suite, elle dit :

-Emilie, ouvre, c'est moi, Hermione.

-Fous-moi la paix ! crie Emilie à travers la porte.

-Emilie, s'il te plaît, je veux te parler.

Pas de réponse.

-Emilie, je ne vais pas rester à la porte de ma propre chambre quand même.

Enfin, Hermione l'entend se lever – elle devait être allongée sur son lit – et Emilie, les yeux rouges et bouffis par les larmes, ouvre en chuchotant pour que seule Hermione l'entende:

-D'accord, mais juste toi.

Hermione entre dans sa chambre en fermant la porte derrière elle. Ni les Granger ni M. Meunier n'interviennent, comprenant que les sœurs ont besoin de parler seule à seule.

Chacune s'assoit sur le lit, côte à côte, dans une image qui aurait été parfaite au jeu des sept différences. Après un long silence, Emilie, en s'efforçant d'essuyer ses pleurs, prend la parole :

-Hermione, je…

Elle n'arrive pas à trouver les mots. Le choc est trop grand pour elle. Hermione la comprend : même si le choix de leurs parents est compréhensif, c'est Emilie qu'ils ont choisi de laisser. Elle ne peut s'empêcher de se sentir pestiférée. Hermione aurait certainement eu le même ressentiment si c'était elle qu'on avait abandonné.

-Emilie, je sais ce que tu ressens…

-Non, tu ne sais pas, coupe sèchement Emilie. Tu te rends compte ? Ils m'ont menti toute ma vie, ils m'ont ABANDONNE ! J'ai vraiment l'impression d'être une idiote.

-Ne dis pas ça, c'est faux !

-Mais Hermione, ils ls ont préféré me sacrifier moi ! Je ne dois rien valoir pour eux !

-Ils n'avaient pas le choix, ils devaient choisir.

-Oui, ça je comprends mais… pourquoi moi ?

-C'est à maman qu'il faut le demander.

-Maman…

Emilie se sent bizarre. Penser qu'elle a appelé ceux qu'elles pensaient ses vrais parents papa et maman, des mots qu'elle va désormais employer pour d'autres, ceux qui l'ont fait…

-Emilie…

-Hermione…

-Emilie, regarde-moi !

Emilie se décide à tourner les yeux vers les siens, des yeux exactement semblables comme le reste du visage. Comme une sorte de connexion fusionnelle. Hermione mets les mains sur ses épaules.

-Emilie, tu es ma sœur ! dit Hermione, les larmes aux yeux. Et je ne veux plus jamais qu'on soit séparées !

-Oh ! Hermione… moi non plus je ne veux plus jamais te perdre !

Les jumelles se prennent dans les bras, les larmes d'émotions coulant sur les visages. La scène est très belle : après les avoir tenues éloignées pendant toute l'enfance et l'adolescence, la vie les a enfin réunies, pour de bon. Se prendre dans les bras l'une de l'autre est comme un symbole, celui que les jumelles enfin ne forment plus qu'une.

Elles restent ainsi deux minutes durant, jusqu'à être interrompues par leur mère qui frappe et ouvre la porte.

-Vous voulez boire quelque chose, les filles ?

Puis les découvrant enlacées, elle ajoute :

-Oh pardon ! Je vous laisse…

-Non attendez heu attend, maman…

Emilie se lève et, pour la première fois, regarde sa mère biologique droit dans les yeux. Son ton n'en est pas moins ferme quand elle lui dit :

-Je veux que tu m'expliques pourquoi tu m'as abandonné.

-Je vous laisse…

-Non, reste, Hermione, coupe Emilie. Toi aussi tu as besoin de savoir.

Respirant un grand coup, Sophie Granger répond :

-D'accord.

Toutes trois se rassoient sur le lit. Soupirant encore un grand coup, Mrs Granger commence :

-Le jour où vous êtes nées est le plus beau de toute ma vie. J'avais tellement rêvée de ce moment, c'était un tel bonheur pour moi. Mais je savais aussi qu'il me faudrait faire un choix terrible. Je savais que je condamnais celle que je laissais à une vie de mensonge, sur ses origines, sur ses parents. Mais je vous l'ai raconté tout à l'heure, je n'avais pas le choix. A seize ans, je pouvais m'en sortir avec un enfant mais pas avec deux.

-Oui, tout à fait, nous comprenons. Mais pourquoi moi ? répéte Emilie qui en a assez d'attendre et veut savoir pour de bon. Pourquoi m'avoir laissée moi ?

-Le lendemain de mon accouchement, je vous ai regardé toutes les deux, chacunes dans les couveuses. Vous gazouilliez, vous riez, vous souriez. C'est la plus belle image que j'ai vu de ma vie. Et notamment toi, Emilie. Tu étais si joyeuse, tu semblais si innocente, si merveilleuse. Mon cœur a alors compris que ta vie serait heureuse quoi qu'il arrive, que tu deviendras une fille adorable.

-Tu te trompes, coupe Emilie, l'œil sombre. Ma vie jusque-là est pourrie.

-Non, ne dis pas ça, Emilie. Il ne faut jamais perdre espoir dans la vie. Je savais dès ce jour-là où je t'ai regardé dans la couveuse qu'un jour, ton bonheur viendra car tu l'as au fond de toi. Alors, j'ai fait mon choix. Mais il n'y a pas un jour où je n'ai cessé de penser à toi, à me demander où tu es, à avoir l'espoir qu'un jour, je te retrouverai. Tu as et auras toujours une grande place dans mon cœur, Emilie. Tu es ma fille et tu comptes autant pour moi qu'Hermione.

Face à ses mots touchants, la peine d'Emilie s'atténue et, plus émue que jamais, elle prend sa mère biologique dans ses bras. Aussi émouvant que pour l'union définitif des jumelles. Le passé ressurgit n'aura plus aucune douleur. Les filles et la mère n'oublieront jamais le souvenir de ces merveilleux instants.

A partir de ce jour, Hermione et Emilie sont inséparables et décidées à rattraper les dix-neuf années où elles ont été séparées. Peu à peu, Emilie apprend à connaître ses vrais parents. Elle décide également de prendre le nom de Granger. Cependant, comme elle leur dit, ses parents adoptifs resteront ceux qui l'auront élevés et elle ne tient pas à les laisser tomber :

-Même si ce ne sont pas mes vrais parents, ils resteront quand même ceux qui m'ont vu grandir, dit-elle ainsi aux Granger trois jours après. Je les aime comme je vous aime. Vous êtes mes deux familles et je ne peux me passer ni de l'une ni de l'autre.

Emilie présente Hermione à Madeleine. Toutes les trois se sont retrouvées au jardin des plantes une semaine après les révélations. Emilie a tout raconté à Madeleine dont l'émotion est presque aussi forte. Hermione et Madeleine s'entendent tout de suite à merveille. Une nouvelle grande amie est entrée dans son cœur.

Une heure plus tard, toutes trois se retrouvent chez Emilie. De la marche du jardin jusqu'à la maison, Hermione a réfléchit. Le lendemain, elle compte rentrer en Angleterre. La veille, Harry lui a envoyé un message lui disant qu'il a craché ses quatre vérités à Vernon Dursley et les conséquences qui ont suivies. Surtout, les amoureux se manquent et la vie au Terrier manque à Hermione. Elle a hâte de rentrer mais elle ne veut pas non plus quitter si vite Emilie et Madeleine. Elle a alors une idée, une double-idée même.

-Tout va bien, Hermione ? s'inquiète Emilie. Tu ne dis rien.

-J'ai quelque chose à vous dire ? dit-elle.

-Ne me dis pas qu'on me cache encore un secret ! s'exclame Emilie qui espérait que c'en était fini des cachotteries.

-Oui, il y en a un mais tu n'es pas concernée, enfin pas directement. Mais vous devez savoir. Je ne suis pas censée en parler normalement mais vous, c'est différent. Surtout toi, Emilie, tu es ma sœur et a donc le droit de savoir.

-C'est quoi ? Raconte, presse Madeleine.

-Alors heu…

Elle réfléchit. Comment leur révéler qu'elle est une sorcière sans provoquer un trop grand choc ? Son œil se pose sur le pyjama d'Emilie pliée sur son lit.

-Vous voyez ce pyjama ? Regardez. Wingardium Leviosa.

Le pyjama se lève tout seul dans l'air. Emilie et Madeleine n'auraient pas été aussi impressionnées si Hermione leur avait fait un numéro de trapéziste.

-OUAAAAAAAAH ! s'exclame Emilie, les yeux remplis d'admiration. Comment tu fais ça ?

-Et bien heu… enfin voilà. Je suis… je suis une sorcière.

-Une quoi? disent-elles en même temps.

-Une sorcière. J'ai des pouvoirs magiques. Je l'ai appris à l'âge de onze ans. J'ai étudié à Poudlard, une école de sorcellerie. J'ai une baguette magique. Je ne l'ai pas sur moi là, je n'en ai pas besoin. Vous n'êtes pas choquées au moins ?

-Choquées ? Au contraire, c'est le truc le plus génial que j'ai jamais vue de ma vie !

-Emilie a toujours cru fermement à la magie, explique Madeleine avec un grand sourire. Et tu viens de lui donner la preuve ultime qu'elle avait raison.

-Oui. Tout le monde se moque de moi à cause de ça, on me prend pour une folle. Mais je l'avais dit que ça existais la magie ! lance-t-elle joyeusement, à la manière de Lucy Pevensie sur le Père Noël dans Le Monde de Narnia.

Hermione est rassurée. Il n'est jamais facile de révéler à un Moldu qu'il existe encore à l'époque moderne des sorciers et sorcières, et c'est même fortement déconseillé par le Ministère. Mais savoir qu'Emilie a toujours été convaincue que la magie n'était pas une fiction l'a complètement rassuré. Sa sœur est vraiment un ange.

-Je voulais vous demander aussi…

-Oui, Hermione. Dis-nous.

-Comme vous le savez, demain je repars en Angleterre.

Les sourires d'Emilie et Madeleine disparaissent d'un coup. Hermione s'empresse donc d'ajouter :

-Est-ce que ça vous dirait de venir avec moi ?

Et les sourires reviennent aussitôt.

-T'es sérieuse ? demande Madeleine.

-Oui. Je veux revoir mon amoureux et la famille Weasley mais je ne veux pas non plus me séparer de vous alors qu'on vient juste de découvrir Emilie et moi que nous sommes sœurs. Venez avec moi. Je vous présenterai à Harry et aux Weasley. Vous faites partie de la famille maintenant. Et puis maintenant, vous savez que la magie existe.

-Les Weasley sont une famille de sorciers ? demande Emilie plus fascinée que jamais.

-Oui. Et la meilleure au monde.

-Génial !

-Promettez-moi juste une chose, avertit Hermione.

-Oui ?

-Vous ne devez jamais révéler à qui que ce soit le monde des sorciers, pas même à tes parents adoptifs, Emilie. Moi-même, normalement, je n'avais pas le droit de vous en parler.

-Tu peux être tranquille, assure Emilie. Comme on dit : Motus et bouche cousue. Mais par contre, nous ne pourrons pas venir dès demain. Nous commençons le baccalauréat et ça dure jusqu'à la fin de la semaine. Tu pourras venir nous chercher samedi prochain.

-Pas de problème. Nous fêterons la fin des examens ensemble, propose Hermione et elles sont enchantées par cette idée.
-Et tes parents, Hermione, ils le savent ? demande Madeleine.

-Bien sûr. Quand les enfants sorciers reçoivent la lettre d'inscription à Poudlard, les parents ne sont pas laissés dans l'ignorance, même s'ils sont Moldus – ceux qui n'ont pas de pouvoirs magiques, ajoute-t-elle devant leur air interrogateur.

-Allez, Hermione, raconte-nous en plus sur le monde de la magie, dit Madeleine qui est tout aussi émerveillée qu'Emilie.

Hermione entreprend alors de leur raconter, de manière globale, en quoi consiste la vie d'un sorcier. Elle leur parle également d'Harry. Son Harry. Elle a hâte que sa sœur jumelle et sa nouvelle amie fassent connaissance avec lui.

A/N : Le prochain chapitre sera déjà le dernier de cette fic mais il y aura une suite directe beaucoup plus longue qui racontera les nouvelles aventures de nos héros à Poudlard. Reviews et à bientôt.