Titre : Quand tu danses
Auteur : Mokoshna
Couple : Fakir/Mytho
Fandom : Princess Tutu
Rating : PG
Thème : 19. Rouge
Disclaimer : Princess Tutu est la propriété de HAL Filmaker et de Ikuko Itô.
Avertissements : Spoilers de toute la série, Yaoi, UA.
Notes de l'auteur : Il ne se passe pas grand-chose ici, mais je vais tâcher d'accélérer les choses. Bonne lecture en tout cas !
12
Un éclat rouge
J'avais découvert qu'Ahiru était cette Princesse Tutu qui courait après mon Prince. Je ne la haïssais pas tant que ça, cette fille maladroite qui voulait tant retrouver le cœur de Mytho, mais elle restait néanmoins un obstacle. S'il le fallait, je l'éliminerais sans pitié.
Nous la trouvâmes dans le parc ce matin-là, alors que j'accompagnais Mytho en cours. Elle était assise sur un banc avec ces deux filles bizarres avec lesquelles elle passait son temps à traîner. Celle aux couettes blondes lui pinçait la bouche en un simulacre ridicule de bec.
— Pour ça, s'écria celle avec le chignon, il faut un cadeau !
— Pas mal, et on saura peut-être ce qu'il ressent ! dit la blonde.
Futiles comme étaient ces filles, elles devaient sans doute parler de romance. Mytho intervint avant que je puisse l'arrêter.
— Vraiment ?
Ahiru me fixa avec de gros yeux ébahis. Je devais rester ferme ; je ne savais pas encore ce qu'elle voulait exactement de Mytho.
— Un cadeau permet de savoir ce qu'une personne ressent ? demanda Mytho en se dirigeant vers ces filles.
Elles paniquèrent.
— Vous écoutiez ?
— Il nous a entendues !
— Quel genre de cadeau faut-il offrir ? continua Mytho sans se soucier de leurs messes basses. Par exemple, Ahiru, que voudrais-tu ?
C'était bien la question à poser à cette fille ! Voulais-tu lui offrir un présent, Mytho ? À Tutu et à Ahiru ? Je n'avais pas la moindre chance depuis le départ, n'est-ce pas ?
— Ahiru accepterait tout ! dit son amie.
— Oui, tout du moment qu'on lui offre, dit l'autre.
— Et que c'est avec amour.
— Même un bijou ou un lingot d'or !
— L'amour ? fit Mytho. L'amour est nécessaire ?
La voix de M. Chat trancha l'air. Je soupirai intérieurement. Le connaissant, il voudrait fourrer ses pattes dans cette histoire.
— Mytho. Je vous ai donné un cours spécial sur l'idylle hier. Mais il vous faut maintenant mon cours sur l'amour.
Encore cette histoire de cours ? Pour quelqu'un qui en parlait autant, je trouvais que M. Chat faisait un bien piètre séducteur.
— Amour et idylle sont différents ? demanda Mytho.
Mon Prince était décidément bien naïf. Lui qui m'avait cédé son corps par compassion, ne pouvait ressentir ni même comprendre l'amour. J'étais bien placé pour le savoir.
— Bien sûr ! fit M. Chat d'un air passionné. Si vous l'ignorez, vous ne pourrez pas... vous marier !
Il passa sa frustration en s'étirant sur le sol, puis très posément se tourna vers moi et dit :
— Assisterez-vous à ce cours, Fakir ?
— Non, merci !
Je n'avais pas besoin de ce charlatan pour savoir que j'aimais Mytho et que cet amour était voué à l'échec. Je faisais ça très bien tout seul, merci bien.
— Dans ce cas, Mytho, allons-y.
Je les regardai partir avec indifférence. Si cela pouvait les amuser et occuper Mytho... Moi, j'avais une affaire bien plus urgente à régler. Avec Ahiru.
Plus tard, quand elle fut enfin seule, je l'entraînais dans une salle vide pour que nous puissions discuter à notre aise. Elle me suivit avec hésitation.
— Que veux-tu savoir ? demanda-t-elle, gênée.
— Princesse Tutu !
Ahiru sursauta, ce qui fit scintiller le médaillon qu'elle portait à son cou. Une lueur rouge, si intense qu'elle me serra le cœur.
— C'est bien toi.
Je regardai par la fenêtre. La contempler m'était douloureux, car je savais que son existence signifiait la fin de mon idylle avec Mytho. Je devais me montrer bon joueur.
— Franchement, j'ai été surpris que parmi toutes les filles, ce soit toi !
— J'ai aussi une question pour toi. Tu te bats aussi pour protéger Mytho, non ? Alors pourquoi as-tu voulu briser son cœur ? Pourquoi ?
Par amour. Par égoïsme. Par désespoir. Ne le comprenais-tu pas, Princesse Tutu ? Tu étais dans ton droit de l'aimer ; pas moi.
— Ça n'a plus d'importance maintenant ! On ne peut plus arrêter l'histoire.
— L'histoire ?
— Si tu veux lui rendre son cœur, fais donc ! Quel qu'en soit le résultat, je protègerai Mytho !
— Alors, nous pourrions nous allier.
— Je refuse !
Je ne voulais pas les voir se rapprocher davantage. Je ne voulais pas en être l'instigateur direct. Qu'ils le fassent, je m'y étais résigné mais il m'était impossible de pouvoir les regarder devenir un couple sous mes yeux. Pas quand je souffrais tant.
— Pourquoi ? fit-elle.
Lâche que j'étais, je n'osais lui révéler la véritable raison.
— Je ne te fais pas confiance !
Fuir, avant qu'elle ne me demande d'autres comptes, avant que mon cœur meurtri ne change d'avis ! Je ne fus pas assez rapide, car je venais à peine de refermer la porte derrière moi qu'elle l'ouvrait en grand pour crier :
— Pourtant, tu l'aimes ! Tu aimes Mytho, alors pourquoi ne pas m'aider à retrouver son cœur !
Comment pouvait-elle le savoir, moi qui avais pris bien soin de cacher cette information à tout autre que Mytho ? Pris de panique, je m'enfuis en courant, ignorant les appels confus d'Ahiru.
o-o-o
Ce soir-là, je ne laissai pas Mytho me toucher, même quand il fit l'effort de vouloir m'embrasser. Puisque ma décision était prise, autant m'y tenir. Mytho n'était pas pour moi.
— Fakir, me dit-il de son lit.
Allongé sur le mien, je m'efforçais de vider mon esprit mais comme à chaque fois qu'il me parlait, je ne pouvais l'ignorer.
— Quoi ?
— Je compte faire un cadeau à Tutu.
Il n'avait pas perdu de temps. Le résultat de la discussion que nous avions surprise ce matin entre Ahiru et ses amies, associé au cours loufoque de M. Chat ? Je réussis à rester de marbre, mais mon cœur menaçait d'exploser.
— Ah bon ?
— Tu ne te fâches pas ?
— Fais comme tu veux, dis-je.
Que j'étais loin d'éprouver l'indifférence contenue dans le ton de ma voix ! J'en avais assez, de toutes ces déceptions, de tous ces combats perdus d'avance. Mytho, pourquoi me tourmenter ainsi alors que j'avais décidé de te laisser retrouver ton cœur ?
— Ne pointe pas ton épée sur Tutu. Je t'en prie, Fakir, promets-le moi !
— Je ne peux pas te promettre ça.
Qu'il semblait fragile et perdu, mon Prince ! Nous n'étions séparés que par un très court espace entre nos lits, pourtant je sentais que ce qui séparait nos cœurs était bien plus vaste. Je ne l'avais pas touché, je n'avais pas même voulu regagner son lit, et cela me déchirait le cœur.
Nous n'échangeâmes plus un mot de la soirée.
o-o-o
Mytho partit de son côté dès la fin des cours, sans doute pour trouver Tutu et lui remettre ce cadeau dont il m'avait parlé. Cela ne me regardait plus. Je m'en allai, mais en me promettant de garder quand même un œil sur cette histoire, au cas où mon Prince aurait besoin de moi.
Plus tard dans la soirée, un étrange pressentiment me fit le chercher comme un fou dans la ville. J'avais eu raison puisque comme lors de notre confrontation de la veille, je le trouvai aux prises avec Krähe et une Tutu prisonnière d'un étau de plumes noires. Un morceau de cœur rouge vif était planté dans sa poitrine, ainsi qu'une plume noire qui avait l'air de le faire énormément souffrir. J'attaquai sans hésiter.
— Recule, Grand Corbeau ! m'écriai-je en me mettant en garde devant Krähe.
Je levai mon épée, bien décidé à en finir avec elle.
— Ne t'approche pas de Mytho ! Hors d'ici, Corbeau !
Épée en avant, je voulais lui transpercer le cœur et l'empêcher définitivement de nuire. Elle esquiva mon coup d'un saut, la bouche tordue en une grimace méprisante, et me lança une pluie de plumes acérées que je parai avec mon arme. Un faux pas la fit trébucher ; je me jetai sur elle.
— Krähe !
Un corbeau noir aux yeux rouges me fonça dessus pour la protéger. L'espace d'une seconde, j'eus en tête une vision horrible : celle de mon propre corps déchiré en deux. Je lâchai mon épée et hurlai de douleur. À peine pouvais-je encore entendre Tutu m'appeler.
Krähe se releva sans mal.
— Je suis la Princesse Krähe ! Ce que je veux, je n'ai qu'à le prendre !
Elle bondit sur l'estrade à la rencontre de Mytho, cette princesse noire aux intentions impures. Je tentai de nouveau de l'arrêter mais une nuée de corbeaux m'attaqua. Je ne pouvais qu'espérer me défendre sur place tandis que l'histoire continuait sans moi.
Ce n'était pas juste ! Pourquoi n'arrivai-je pas à protéger mon prince, moi qui l'aimais tant ?
Krähe s'approcha de Mytho et attrapa le fragment de cœur qui dépassait de son corps.
Et dans une gerbe de lumière, le lui arracha.
Mes cris furent étouffés par la tempête qui emporta mon Prince et sa princesse noire.
À suivre dans un prochain thème...
