Chapitre 11 : Et maintenant


Un vent léger agita une fine couche de poussière dans la rue déserte éclairée par le ciel. Tout était calme.

Quelque part, une silhouette encapuchonnée restait dans l'ombre.

Elle ferma les yeux, prit une profonde inspiration et se laissa happer par tout ce qui l'entourait : Les arbres, l'air, la nuit, la moindre particule environnante... La respiration calme, sereine, elle fit bientôt corps avec tout ce qu'elle put pour atteindre son but. Dans cette parfaite symbiose, elle sentit atteindre finalement le point culminant de sa concentration lorsqu'elle comprit que la connexion qu'elle recherchait avait été établie.

Ça commence, dit la voix sans pourtant ouvrir la bouche.

Bien, résonna aussitôt celle de l'autre. N'oublie pas ton rôle, surtout. Observe mais n'interviens pas.

La silhouette eut un soupir d'agacement.

Je sais. Elle et toi n'arrêtez pas de me le répéter.

Et pourquoi, à ton avis ? Questionna l'interlocuteur, un brin moqueur. On te connaît trop bien, tu auras forcément envie de t'interposer. Tu dois attendre...

... le bon moment, acheva la silhouette en même temps que la voix. Je suis au courant.

Ce n'est pas moi qui aie fixé les règles, tu sais, se défendit l'autre. Les consignes sont claires, on...

Arrête Kiji, coupa l'autre sèchement. Tu m'agaces.

Un rire se fit entendre à l'intérieur de la boite crânienne de celui qui avait cherché cette conversation.

Mon p'tit Ori... Ça ne doit pas être facile... Prends sur toi, il va falloir être patient...

La silhouette rouvrit les yeux, rompant ainsi le lien.

- OK, les embryons ! J'ai une nouvelle pour vous !

De retour de vacances, les élèves de la seconde A faisait face à All Might.

- J'espère que vous vous êtes bien reposés durant cette semaine, car les choses sérieuses commencent !

Même s'il avait perdu son mode imposant, All Might continuait de donner les cours avec sourire et entrain habituel. Certains élèves, les filles notamment, avaient tendance à préférer cette forme, le trouvant plus accessible, plus charmant.

- J'ai pu m'arranger avec le directeur pour vous faire assister à un stage de sauvetage d'une journée avec Numéro 13 ! Déclara-t-il enjoué. Je vous demanderais d'être extrêmement attentifs, il vous expliquera les bases du sauvetage sans interruption extérieure cette fois, espérons-le. N'hésitez pas à lui poser les questions que vous voulez !

Ochaco ne put contenir sa joie et poussa un cri d'excitation.

- Quand ? Demanda-t-elle, les yeux avides.

- Après-demain, lui répondit-il en souriant.

- Monsieur ! Cela se passera-t-il à l'USJ ? S'enquit Momo, appréhendant déjà la réponse.

All Might secoua la tête.

- Non. Compte tenu de ce qui s'est passé la dernière fois là-bas, nous avons préféré éviter pour ne pas raviver de souvenirs douloureux. Cette fois, pas de simulation, on ira directement sur le terrain, dans le quartier général de Numéro 13. Rendez-vous après-demain à neuf heures devant les portes du lycée !

- D'accord ! Acquiescèrent-ils tous d'une seule voix.

- Après-demain sera sans doute le plus beau jour de ma vie ! Cria Ochaco, toujours sur un nuage.

Dans la chambre de Momo, les filles - à part Kyoka, partie traîner avec Denki - étaient assises sur le très grand lit à baldaquin, qui recouvrait quasiment toute la pièce.

- C'est vrai que tu veux t'orienter vers le secourisme, plus tard, se rappela Toru.

- Le discours qu'il a tenu la première fois à l'USJ n'a fait que renforcer ma conviction. J'ai effectué un stage avec Gun Head pour apprendre les bases des arts martiaux, je vais encore devoir progresser à ce niveau, mais secourir les gens, tenter de les rassurer, panser leurs blessures, reste mon objectif premier.

Tsuyu sourit :

- Ça ne m'étonne pas de toi, tu es toujours prête à aider les autres.

Ochaco rougit faiblement.

Mina tapa dans ses mains, le regard tout à coup étincelant :

- Les filles, puisqu'on est entre nous, dîtes-moi... avec qui vous vous voyez en couple, parmi les garçons de la classe ?

- Mina ! S'exclama Momo, rouge de honte.

- Ce n'est qu'un jeu, détendez-vous ! Répliqua-t-elle enjouée. Je commence. Je me vois en couple avec... Eijiro !

- Pourquoi lui ? Voulut savoir Toru

- Ça fait un bout de temps qu'on se connait et il a beaucoup changé depuis son arrivé ici. Il s'affirme plus et bosse vraiment dur pour rattraper les autres. Je l'admire énormément pour ça, même si je lui dirai jamais !

- A mon tour, à mon tour ! S'impatienta Toru. Je me vois avec... Je dirais Ojiro et je prendrais Todoroki comme amant !

Mina pouffa.

- Toru, espèce de perverse !

Elle se tourna vers Momo :

- Et toi ?

Momo baissa les yeux, embarrassée.

- Shō...to, murmura-t-elle si doucement qu'elles l'entendirent à peine.

Mina leva les bras, triomphante :

- J'en étais sûre ! Tu es amoureuse de lui, ça se voit ! J'ai bien remarqué que vous vous appeliez par vos prénoms, ça veut dire que vous êtes super proches l'un de l'autre !

- Je pensais que ce n'était qu'un jeu ! S'empourpra la brune. Ça ne veut rien dire !

- Tu as choisi Todoroki précisément. Tu aurais pu mentir !

- Je ne sais pas mentir...

- Ah ! S'exclama-t-elle. Tu as dit "Je ne sais pas mentir" mais tu n'as pas nié être amoureuse de lui !

Ne sachant plus où se mettre, Momo se détourna.

Toru lui tapota le dos, pour la réconforter.

- Tu as bon goût ! Todoroki est intelligent, joli à regarder... En plus, il a un Alter super rare ! Vous iriez bien ensemble !

Elle resta muette.

- Bien ! Après cette confirmation passons maintenant à vous...

Mina jeta à Ochaco et Tsuyu un regard impatient.

- Je te le dis tout de suite, dit la fille grenouille. Je me suis jamais posée la question, donc je ne peux pas te répondre.

- Il ne reste plus que toi Ochaco.

- Deku.

L'aplomb et l'absence d'hésitation avec lesquels elle donna cette réponse étonnèrent ses amies ainsi qu'elle-même. Ce soir de vacances où elle avait pleurée chez elle lui avait fait prendre conscience qu'elle ne le voyait pas uniquement comme son meilleur ami.

Elle l'avait enfin réalisé.

- Tu lui as dit ? Demanda Momo qui s'était retournée vers le groupe.

- Non et j'en ai pas l'intention.

Mina eut du mal à comprendre.

- Pourquoi ?

- Parce que nous sommes amis et que je ne veux pas prendre le risque de le perdre, parce qu'après ce qui lui est arrivé, ce ne serait pas très correct de lui en parler, sachant ce qu'il traverse, parce que c'est tout nouveau pour moi, pas simple à gérer, et que je commence tout juste à l'accepter.

- En tout cas, vous iriez très bien ensemble... Un peu comme Shōto et Momo !

- Mina ! Cria Momo.

En rentrant dans la chambre après sa corvée, Katsuki trouva Izuku assis devant le bureau et Shōto debout à côté, la tête penchée vers lui.

Cette vision le ramena dans cette chambre, lorsqu'il avait péniblement avoué à Eijiro ses sentiments pour sa victime de toujours.

- Tu le savais ?

Eijiro avait hoché la tête.

- Plus ou moins. Etant donné que tu me poses la question, tu t'en rends pas compte mais... tu sembles légèrement obsédé par lui. Au début, je pensais que c'était parce que vous vous connaissez depuis l'enfance et tout votre passé compliqué ensemble. Tu sembles le considérer comme ton rival, celui à surpasser pour atteindre le sommet...

Il fit une pause, puis poursuivit :

- Jusqu'à ce que je vous vois, il y a deux jours. Tu aurais pu te défaire de lui. Même acculé, tu trouves toujours le moyen de penser à quelque chose pour esquiver, riposter. Pas cette fois. Un peu comme si tu voulais qu'il ait le dessus sur toi, inconsciemment. Une façon de lui dire que votre relation peut et doit changer. Je te connais suffisamment pour savoir que ça t'a beaucoup demandé de te l'avouer et de m'en parler. La question qui se pose c'est, que comptes-tu faire maintenant ?

Le rire de Izuku le ramena à la réalité. Il se racla la gorge pour signaler sa présence.

- Je vous dérange ?

D'humeur taquine, Shōto lui répondit :

- Un peu.

Leurs regards étaient chargés de sous-entendu.

Ça recommence... Pensa Izuku en les observant.

Il se leva et essaya de quitter la chambre en catimini mais Katsuki lui saisit le bras, le forçant à se redresser.

- Katchan ! Pourquoi...

Il n'écoutait pas, les yeux rivés sur Shōto.

Shōto croisa les bras :

- Lâche Deku, Bakugo.

Deku ?

Il eut l'impression qu'un serpent entrait en lui, remontait avec lenteur vers son cœur qu'il finit par atteindre avec un sifflement satisfait.

D'abord Uraraka et maintenant Todoroki...

Alors que lui... !

Il tourna la tête vers Izuku, affreusement gêné. Les traits durcis par la colère, il le saisit par le col.

- Viens par-là, toi !

- Lâche-moi !

Furibond, il sortit, tirant Izuku derrière lui.

Katsuki s'assura qu'ils étaient seuls, avant de pousser Izuku dans les toilettes qu'il venait tout juste de nettoyer.

Izuku se tourna vers lui, son expression restait inchangée.

- Tu peux m'expliquer ?

- C'est plutôt à moi de dire ça... Tu te comportes bizarrement depuis quelques semaines.

A nouveau, le cendré fit la sourde oreille.

- Pourquoi il t'a appelé "Deku" ?

Il essayait de contenir sa colère, parlant entre ses dents serrées mais cette apparente maîtrise était pour Izuku plus effrayante.

- Il me l'a demandé... Qu'est-ce que ça peut te faire ? Cracha-t-il en colère, tu préfères que je reste un bon à rien ? Ça te plaisait tant que ça de m'humilier ? Ce qui t'énerves, c'est qu'ici, il n'a plus le même sens qu'au collège et maternelle !

Imbécile !

Le serpent s'enroula autour de son cœur.

- Deku... Ce surnom...

- Je vois vraiment pas pourquoi j'ai voulu mieux m'entendre avec toi... Il est évident que ça ne marchera pas. Laissons tomber.

Les mots "Laissons tomber" résonnèrent étrangement en lui.

Il aurait aimé lui dire qu'il essayait, actuellement, d'accepter ces sentiments inconnus jusqu'alors.

Il aurait aimé lui dire vouloir tenter de se repentir, de toutes les manières possible et inimaginable ; que s'il le pouvait, il reviendrait à ce moment-là pour répondre à cette main tendue en y insérant la sienne...

Tout aurait été différent alors...

Il n'entendit ni ne vit Izuku quitter la pièce. Le serpent compressait toujours un peu plus son cœur.

Le blondin avait pleinement conscience de la farce ultime, ironie suprême de la vie, en sentant grandir, éprouver en lui désormais, graver du nom de son ancienne victime. Cette dernière rirait d'ailleurs sûrement si elle savait... Il en ferait autant s'il le pouvait, toutefois, en dépit de tous ses efforts pour nier cette vérité, il n'était plus possible de l'ignorer. Ce qu'il avait vu plus tôt, ressentait à cette minute rendait le tout aussi bizarre que douloureux.

Il étouffait sous l'incompréhension ; sa réaction, ses sensations, ses pensées, qu'il identifiait pourtant clairement comme siennes, auxquelles se joignait cette minuscule pointe de dégoût, dernier symbole de sa résistance, formaient une eau déchaînée au goût étonnamment amère, fort désagréable, tandis qu'il avait l'impression de se noyer.

Son visage se déforma en une grimace dubitative quand il réalisa, tout en sombrant sous l'eau profonde, que le serpent portait un nom.

Une voix sifflante et narquoise, se mit alors à chuchoter dans sa tête, l'achevant ainsi définitivement :

- Bonjour, je m'appelle Jalousie ! On ssse connait depuis un moment mais j'ai réussssi à me matérialiser ! Ccce sssentiment que tu ressens a enfin atteint son paroxyssssme, ççça m'a bien aidé ! Je vais resssster autour de ton cœur jussssqu'à nouvel ordre. Çççça t'embête pas ? Bon, comme tu dis rien... Enchanté, Bakugo Katsssuki !