12.
Alban tendit le pichet de lait à son ami blond pour qu'il en additionne son thé comme à l'habitude.
- Non, Alban. Si nous devons demeurer des mois, comme prévu, ou pire des années à bord, nous avons à nous rationner. Plus de lait pour moi ! Mais toi, bois ton verre !
- Tu anticipes, Erys. Le rationnement viendra. Mais ce lait est encore frais tiré de nos citernes. Si tu n'en bois pas, il tournera et ce sera du gâchis !
Souriant, Alban versa un nuage de lait dans le verre de thé d'Erys.
- Merci, Alban.
Une inquiétude infinie pointa dans les prunelles d'Erys.
- On devra se rationner, tu crois ?
- Si on ne peut ravitailler, en effet ! Et c'est très dur de se nourrir sur des provisions de survie !
- Encore une fois, tu parles d'expérience… Tous ces souvenirs du passé, dont tu ne parles jamais. Cela va être si pénible ?
- Oui.
Erys finit son thé, se levant ensuite pour venir étreindre celui qui était devenu son plus proche ami, presque un frère !
- Merci de ne pas m'épargner, Alban. Je détesterais qu'on m'illusionne !
- Mais, je te désespère ! ?
- Ainsi, je ne peux que songer que tu te trompes, et espérer ! J'ai la perspective de vivre, voilà pourquoi je te remercie !
- Je ne comprends pas… sursauta Alban en finissant ses toasts à la marmelade, sans les œufs et les grillades habituelles du petit déjeuner.
- Tu es trop terre à terre, Alban. Il faut avoir confiance en l'avenir. Bien que depuis ce matin, je crains de ne profiter seulement du jour à venir, vu que demain je pourrais être mort !
- Oui, une règle éternelle, Erys. Tu viens de l'apprendre.
- Alban, mais qui es-tu donc ? !
- Juste un ado que son père a formé dans un monde de folie, et j'ai fui sa folie à lui justement !
- Sa folie ? paniqua Erys. Il t'a fait du mal ? Mon papa l'a compris quand tu as eu ce sursaut quand il posait amicalement la main sur toi ? On t'a… ?
- Non, mon père m'a sauvé du pire, au contraire. Mais c'était toute l'aura maudite qui l'entourait qui était inquiétante. Et je ne voulais pas lui faire de mal. Je suis parti pour ne pas le tuer !
Erys ouvrit des yeux ronds.
- Plus tu te confies, moins je comprends !
- Tout comme moi… Je pensais avoir trouvé ma place et je réalise que je ne pourrai y avoir la paix rêvée, auprès d'une fille qui m'est chère… Mais si Korim est inaccessible… Mais je n'ai pas à larmoyer sur mon sort. Erys, c'est ton foyer, celle qui est devenue ta mère, qui est hors d'atteinte ! Tu dois souffrir le martyr !
- Oui, Alban. Mon père m'a déchiré le cœur par ses révélations. Bien que comme je ne suis pas idiot, j'avais compris la situation de Korim avant qu'il ne l'annonce… Celle que j'ai appris à aimer comme ma mère, les jumeaux, j'ai peur de ne jamais les revoir ! J'ai tellement mal !
Alban serra fortement les épaules de son ami blond.
- Au jour le jour, désormais. Ne crois plus qu'en l'instant présent. Je ne puis rien de plus pour toi, Erys.
- Tu es là. J'ai appris à me reposer sur toi. Je suis heureux que tu sois là !
Erys tenta un sourire brave.
- Et quand je reviendrai chez moi, je demanderai Lanee en mariage !
- Oh, toutes mes félicitations ! Vous formez un si beau couple !
- Alban, ne pose donc pas la charrue avant les bœufs ! Un ami cher vient de me convaincre de vivre l'instant présent, selon une antique formulation Carpe Diem !
- Hein, quelle langue parles-tu là ? hoqueta Alban qui regretta en cet instant l'absence également de fruits frais sur la table du repas.
- Juste une citation surgie de mes souvenirs. Tu retournes en salle des machines, Alban ?
- Non, j'ai passé la nuit en tests. Je venais juste me restaurer. Maintenant, je vais dormir !
Bien que finissant son café au lait, ce fut au radar qu'Alban rejoignit son studio et après un débarbouillage rapide, se glissa sous ses draps, sombrant dans le sommeil quasiment avant d'avoir touché l'oreiller de la joue.
Au fil des ans, les entraînements étaient devenus durs et impitoyables au possible !
Se heurtant à une adversaire féline au possible, Alban, du haut de ses sept ans, avait mordu les tapis de protection du sol, encore et encore.
Mais, se relevant, à nouveau, passant le bras sur ses lèvres en sang, le petit garçon fit face à Kei.
- Continue, je dois apprendre, et être agile comme si j'avais des ailes !
La blonde jeune femme sourit.
- Et tu le seras, je te le promets ! Reviens m'affronter, Alban !
Réfléchissant avant de foncer, l'enfant repartit à l'assaut d'entraînement.
- Ajuste ta cible, vois-là dans ton esprit. Et si tu la verrouilles dans ta tête, tu es quasiment sûr de l'atteindre car le canon de ton arme et ton doigt sur la gâchette peuvent te permettre de mettre dans le mille.
- Merci, Yattaran.
Et suivant les instructions subtiles de son massif instructeur, Alban obtint un score quasiment parfait au simulateur de tirs.
- Tu es magnifiques, petit. Avant toi, seul ton père y était parvenu !
Resplendissant de fierté, à plus d'un titre, Alban sourit de toutes ses dents.
