Le jour gris était déjà là quand elle ouvrit les yeux.

Le feu était éteint.

L'homme était appuyé contre le tronc le plus proche d'elle, assoupi ; mais l'arbalète en travers du corps, le bras droit par dessus, et son couteau à coté de sa main gauche posée sur le sol.

Elle se leva doucement, ne voulant pas l'éveiller.

Elle prit le couteau qu'elle glissa à sa taille, sentant le métal froid contre son ventre, avant de s'éloigner de quelques mètres pour soulager sa vessie.

Elle n'entendait que le bruit constant de l'eau et frissonna dans la fraîcheur matinale.

Lorsqu'elle revint vers l'homme et leur petit camp, un rôdeur amorphe était planté là, à trois pas de l'homme assoupi.

Etant immobile et inconscient, la créature ne semblait pas particulièrement attiré par ce repas pourtant si proche de lui.

Une branche craqua sous ses pieds et le rôdeur tourna la tête instantanément vers elle.

Sans plus réfléchir elle se dirigea vers lui, ne sachant pas si elle allait pouvoir faire ce qu'elle allait faire. S'il n'allait pas être trop grand, ou trop lourd pour elle.

Elle avait bien observé l'homme asséner ses coups aux tempes.

Cela semblait simple.

Cela semblait rentrer tout seul.

Il fallait juste exécuter un geste sûr, sans hésitation.

La lame semblait trouver le chemin d'elle même.

Elle arriva à la hauteur de la créature, face à elle.

Il commençait à se pencher vers elle, à l'agripper de ses longs bras, la bouche ouverte et puante, dégoulinante d'un liquide sombre et visqueux.

Elle eut juste conscience d'un mouvement de feuilles sur sa gauche alors que son bras dessinait déjà un arc de cercle, et que la lame s'enfonçait dans la tête face à elle, plongée dans ce regard vitreux.

Les bras la lâchèrent, le visage disparut de son champ de vision face à elle, le corps s'étendit de tout son long sur sa gauche dans un bruit sourd.

Elle le regarda froidement, et leva les yeux sur l'homme qui s'était levé d'un bond, l'arbalète ballante au bout de son bras, pantois.

- Je crois que tu m'as remercié là… on est quitte.