Titre : Le sang des innocents
Auteur : Tabourette
Beta : ClaP74
Rating : MA
Note 1: cette histoire contient des relations homosexuelles donc toutes les personnes que cela rebute, passez votre chemin
Note 2 : Merci beaucoup à ClaP74 pour avoir merveilleusement bien corrigé ce chapitre encore une fois ! Sans elle vous n'auriez pas un texte aussi agréable à lire.
Diclaimer : les lieux et personnage de l'univers d'Harry Potter ne sont toujours pas ma propriété mais celle de leur auteur J.K Rowling. Le reste, c'est tout à moi !
Petit mot de ma beta, ClaP74 : Ce chapitre est magnifique, très beau et très humain. Souvent, je me demande d'où lui vient toute cette imagination et cette vision du monde. Une chose est sûre, cette histoire est splendide =)
Et puis, il faut dire qu'avec Draco et Remus, elle ne peut que l'être ! Je vous souhaite une bonne lecture, je sais que vous serez aussi transportés que moi après avoir lu ce chapitre )
Voici la suite !
Nous retrouvons Rémus et Draco pour un nouveau chapitre. J'espère que vous allez apprécier.
Encore une fois, un grand merci à tous pour vos reviews ! C'est grâce à vous que je prend toujours autant de plaisir à écrire cette histoire
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Il fallait qu'il la ramène.
Draco ne cessait de fixer la cape noire étendue sur son lit. La cape de Lupin. Il l'avait lavée depuis longtemps, mais n'avait toujours pas trouvé le courage de la ramener à son propriétaire. Cela impliquait de revoir le loup-garou en tête à tête et, malgré les événements de la dernière pleine Lune, il ne se sentait pas prêt.
Ce qu'il s'était passé dans la cabane hurlante n'avait fait qu'embrouiller encore plus ses pensées et ses résolutions. Il voulait rester le plus loin possible de son professeur, mais ne pouvait en même temps cesser de penser à l'homme qu'il avait vu cette nuit-là. Sa vision de Lupin s'en était trouvée bouleversée. Draco pensait de plus en plus à lui, faisait plus attention à sa présence lorsqu'il se trouvait dans les parages, était plus attentif à ses mouvements quand il faisait cours.
Avoir autant conscience d'une autre personne perturbait Draco au plus haut point. Ce n'était pas dans ses habitudes de prêter une attention particulière aux gens qui l'entouraient, pas plus que nécessaire. Il avait l'habitude d'être entouré de monde, mais personne ne ressortait de la masse au point que toute son attention soit focalisée sur cette présence.
Il n'était pas indifférent à ceux qui l'entouraient, mais il ne s'attardait juste pas sur les détails sans importances qui rythmaient quotidiennement la vie de ceux qui l'entourait. Pas comme il le faisait maintenant avec Lupin. Il voyait son professeur sous un autre angle à présent et reconnaissait son existence parmi la multitude de gens quand il le croisait dans le château.
Il ne savait pas si son compagnonnage avec ce loup-garou avait tissé une sorte de lien entre eux et il ne voulait pas vraiment le savoir pour le moment, il essayait d'y penser le moins possible.
Pourtant, il avait beau essayer de l'écarter de ses pensées, il n'en restait pas moins que la cape sur son lit appartenait à son professeur, qu'il avait vu se transformer en loup-garou à peine quelques jours plus tôt. Difficile d'oublier ce point.
Draco aurait pu croire qu'il ne s'agissait que d'un rêve très élaboré de la part de son esprit, mais la cape, bien réelle, témoignait du contraire.
Le jeune homme prit finalement son courage à deux mains et se saisit du vêtement avant de sortir de son dortoir.
Il se dirigea d'un pas décidé vers le bureau du professeur de DCFM avant de frapper d'un geste résolu sur la surface en bois. Les cours étaient finis depuis à peine une heure, son professeur devait encore se trouver dans la pièce. Le son d'un raclement de chaise confirma ses dires avant que la porte ne s'ouvre pour révéler le corps du loup-garou. Lupin ne semblait pas surpris de le voir, juste heureux.
En sentant les yeux perçants le fixer, Draco sentit son courage commencer à fondre.
-Bonsoir professeur…euh… je vous ramène votre cape. Il tendit le vêtement d'un geste un peu brusque. Vous savez, vous me l'avez donné l'autre fois, quand…enfin, quand vous…
Draco se maudit intérieurement de bafouiller autant. Il ne comprenait pas d'où lui venait cette soudaine timidité. Jamais il n'était timide !
Remus lui adressa un sourire chaleureux. La perte de son assurance habituelle attendrissait le loup-garou, accentuant encore le bonheur qu'il ressentait à voir son compagnon ici.
Quand il avait senti l'odeur de Draco derrière la porte, son cœur avait raté un battement. Après les événements de la dernière pleine lune, se tenir loin de lui avait été un supplice pire qu'avant. Mais savoir que le jeune homme ne l'avait pas rejeté après l'avoir vu se transformer, lui avait permis de garder espoir ces derniers jours.
Le Serpentard lui tendait toujours sa cape, mais Remus ne la saisit pas. Il ouvrit plutôt la porte de son bureau en grand et libéra l'ouverture.
-C'est très aimable de votre part de me l'avoir ramené Mr Malfoy. Il se trouve que c'est justement l'heure du thé, voulez- vous profiter de votre présence ici pour en prendre un avec moi ? L'eau est déjà chaude. Ajouta-t-il pour contrer le jeune homme qui avait ouvert la bouche en face de lui.
Remus ne savait même pas pourquoi il demandait cela, il savait pertinemment que la réponse serait négative. Pourtant, il se devait de tenter sa chance, pour ne pas regretter d'avoir laissé échapper cette occasion de passer un peu plus de temps avec son compagnon.
Draco allait refuser, mais son professeur ne reprenait toujours pas la cape qui pendait au bout de son bras et un sentiment au fond de lui le poussait à accepter. Avant qu'il n'ait pu prendre conscience de ce qu'il disait, il accepta l'invitation et pénétra dans la pièce sous le regard ébahi de Remus.
Le loup-garou servit le thé tout en jetant de petits coups d'œil furtif à l'adolescent crispé sur sa chaise. Tous les deux se demandaient comment la situation en était arrivée là, mais des sentiments diamétralement opposés les habitaient. L'un se réjouissait du moment tandis que l'autre cherchait un moyen de s'échapper sans paraître discourtois. Malgré ses airs d'indifférence, Draco avait reçu une éducation très stricte et partir d'une invitation qu'il avait acceptée ne faisait pas partie de ses choix.
Qu'est-ce qui avait bien pu lui prendre d'entrer alors qu'il essayait par tous les moyens de se tenir le plus loin possible du loup-garou ?
Draco saisit la tasse de thé tendue vers lui. Quand ses doigts touchèrent ceux de son professeur, un petit mouvement de recul de sa part renversa quelques gouttes du liquide ambré.
Remus sourit devant cette réaction. L'indifférence si difficile à supporter qu'arborait le jeune homme envers lui semblait s'être volatilisée. Même si le Serpentard semblait gêné en sa présence, c'était beaucoup mieux que son attitude précédente. Cela montrait que sa présence avait un effet sur le blond et Remus ne pouvait en être plus heureux.
Un silence s'installa entre eux avant que le loup-garou ne le brise, saisissant l'occasion présente pour évoquer le sujet dont il attendait avec impatience de pouvoir discuter avec le jeune homme.
-Mr. Malfoy, ces derniers mois, vous avez vu et appris beaucoup de choses me concernant. Concernant mon espèce. Ajouta-t-il avec une pointe d'hésitation.
Draco se tendit face à la conversation qui s'amorçait et qu'il redoutait tant. Peut-être serait-ce le moment d'en apprendre plus sur le sujet qui le préoccupait tant et qu'aucun livre n'avait pu éclairer. Mais il ne se sentait pas vraiment prêt, pas maintenant. Il ne savait pas comment décrire le sentiment qui le tenait. Il balançait entre envie d'en savoir plus et la volonté de rester dans une apaisante ignorance.
Mais Lupin ne sembla pas percevoir ses signaux d'alerte et poursuivit.
-Vous devez très certainement vous souvenir des événements de cet été. Vous êtes devenu mon compagnon cette nuit-là, le compagnon d'un loup-garou. Nous sommes…comment dire… très protecteur envers eux, possessif même. Je sais que vous n'avez pas demandé à être mêlé à toute cette situation, mais les choses sont telles qu'elles sont maintenant. Je ne sais pas exactement quelles peuvent être les réactions de mon loup… mes réactions…pendant les nuits de pleine Lune. Peut-être… peut-être…
Remus ne put s'empêcher de buter sur la phrase qu'il s'apprêtait à dire. Tout son être le poussait à se taire, mais pour le bien de son compagnon, il se devait de poursuivre.
-Peut-être devriez-vous éviter de sortir dehors les nuits de pleine Lune. Vous devriez rester loin de moi.
C'était dit. Remus avait envie de s'arracher la langue pour avoir osé proférer de telles paroles, mais elles étaient dites maintenant et rien ne pourrait les effacer.
Draco resta saisi de surprise sur sa chaise, sa main crispée sur sa tasse, qui menaçait dangereusement de laisser s'écouler son contenu. Il ne s'attendait vraiment pas à cela. Que Lupin requière sa présence, lui demande de passer du temps avec lui, oui, mais pas qu'il lui demande de ne pas l'approcher. Il avait bien vu l'espoir dans les yeux de son professeur à leur dernière rencontre dans la cabane hurlante.
-Vous voulez que je reste loin de vous les nuits de pleine Lune ? Demanda-t-il pour être sûr d'avoir bien compris les propos de son professeur.
-Toutes les nuits seraient préférables pour vous. Et tous les jours. Mais surtout les pleines Lunes, oui.
Son être lui criait de nier ses propres propos, l'enjoignait à le garder le plus près possible de lui, constamment, mais la volonté de Remus tenait encore difficilement les rênes.
Sa main se crispa un peu plus sur la tasse qu'elle tenait, essayant par ce geste de s'accrocher à ce qui était le mieux pour son compagnon.
Le regard gris de Draco posé sur lui fit pourtant vaciller ses convictions et c'est dans un craquement ténu que sa tasse explosa dans sa poigne trop serrée.
Remus lâcha les débris dans un sursaut, qui s'écrasèrent sur le sol dans un petit tintement.
Instinctivement, il porta sa main à sa bouche pour endiguer l'écoulement du fin filet de sang qui ruisselait sur sa paume.
Draco regarda, comme hypnotisé par le bout de la langue de son professeur qui venait lécher le liquide carmin. Une vague de chaleur venue de nulle part déferla dans son corps à cette vision. La substance si rouge sur la peau pâle du loup-garou. Son souffle se coinça dans sa gorge dans un petit glapissement.
Remus leva un œil interrogateur sur Draco et aperçut son regard fixé sur sa main.
-Respire Draco.
Le Serpentard sortit de sa torpeur dans un sursaut et l'air entra de nouveau dans ses poumons. Il ne releva même pas l'emploi de son prénom par son professeur.
-Nous avons partagé notre sang cet été. Ton sang coule en moi et le mien en toi. C'est normal que tu réagisses à la vue du mien. C'est ton instinct de préservation qui s'exprime et celui… de protection envers moi. Termina Remus en hésitant, incertain de la réaction du jeune homme face à cette affirmation.
Contre toute attente, savoir que sa réaction était normale pour un compagnon de loup-garou rassura Draco. Mais, malgré les dires de son professeur, il était certain de ne pas avoir un quelconque instinct de protection envers Lupin, il ne manquerait plus que cela !
Draco plongea ses yeux dans ceux de son vis-à-vis, comme pour y chercher une confirmation de ses dires. Leurs regards restèrent accrochés quelques secondes avant que le jeune homme ne détourne le sien dans un mouvement gêné.
Draco se leva de sa chaise un peu trop précipitamment, et posa sa tasse sur le bureau d'une main incertaine.
-Je… Euh, merci pour le thé. Balbutia le blond.
-Tu ne veux pas en savoir un peu plus sur les compagnons de loup-garou ? Le questionna l'homme, ses yeux perçants toujours posés sur lui.
-Non, je ne préfère pas. Et puis, vous m'avez dit de rester loin de vous, peu importe que j'en sache plus ou pas.
Draco n'attendait qu'une chose, pouvoir sortir de cette pièce devenue étouffante. Les yeux de Remus se couvrirent d'un voile de tristesse avant de se détourner de la vue de son compagnon. Draco avait raison, il ne servait à rien de lui en apprendre plus. Il ne devait plus s'approcher de lui. Il redoutait ce qu'il serait capable de lui faire dans un moment de faiblesse, mieux valait qu'ils gardent leurs distances.
Draco jeta un coup d'œil furtif vers la porte avant de revenir sur son professeur. L'air de bête traquée plaqué sur le visage du Serpentard fit mal à Remus. Il ne voulait pas que le jeune homme se sente menacé en sa présence, il voulait qu'il se sente bien, en confiance. Mais ce n'était clairement pas ce que ressentait le blond. Le loup-garou détourna la tête et indiqua à Draco qu'il pouvait sortir de la pièce s'il le souhaitait.
Le Serpentard ne se le fit pas dire deux fois et se dirigea vers la porte d'un pas un peu rapide pour être poli. Mais en cet instant, la politesse importait peu. Il voulait surtout s'éloigner le plus possible de son professeur, de cette sensation étrange qui prenait forme dans son être. Cette même sensation qui l'avait étreint durant la dernière pleine lune alors qu'il était allongé près de cet homme qu'il cherchait tant à fuir.
Le besoin de soutenir, de protéger, cette admiration. Autant de sentiments qu'il n'était pas habitué à ressentir et qu'il ne voulait certainement pas avoir pour l'homme derrière lui.
Il ouvrit la porte d'un geste vif et sortit de la pièce sans avoir pu s'empêcher de jeter un dernier regard au loup-garou.
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Assis devant son dîner, Draco repensa une nouvelle fois à son dernier entretien avec Lupin, ce qu'il avait dit sur le sang, son besoin de protéger le loup-garou comme en bon compagnon qu'il n'était pas.
Il ne pouvait pas nier que les sensations qu'il avait ressenties dans la cabane hurlante se rapprochaient beaucoup de cette description.
Mais le temps commençait à estomper ses souvenirs, le laissant incertain sur les sentiments qui l'avaient assailli cette nuit-là.
Mais pour son plus grand malheur, les images de la transformation du loup-garou ne voulaient pas disparaitre de son esprit. Les cris de douleur, le bruit de craquement d'os, tout était encore vif, comme si cela s'était passé la veille. Il ne savait pas si un jour il pourrait oublier cette atmosphère suffocante, ces images, ces sons.
Souvent, la vision de cette silhouette tordue venait se superposer à celle de Lupin alors qu'il évoluait devant lui en cours de Défense Contre les Forces du Mal. Il ne pouvait alors empêcher son corps de se tendre.
Draco piocha une pomme de terre dans son assiette et la porta à sa bouche d'un air distrait. Comment Lupin pouvait-il supporter ce supplice tous les mois. Il se demandait d'ailleurs quand serait la prochaine pleine lune.
Depuis la dernière cela faisait un, deux, trois semaines et…
La fourchette de Draco lui tomba de la main et vint percuter son assiette dans un tintement strident. Le Serpentard tourna vivement la tête vers la table des professeurs pour trouver la chaise de Lupin vide. Dehors, la nuit commençait déjà à tomber. Draco se releva vivement et sortit de la Grande Salle d'un pas rapide, sans tenir compte des regards interrogateurs de ses amis.
Une fois hors de la vue des autres élèves, le Serpentard courut vers la lourde porte en bois et la poussa. L'air froid qui s'engouffra dans le château le fit frissonner, mais il n'en tint pas compte et sortit.
Dès qu'il posa le pied sur le pavé de la cour, son regard se leva vers le ciel.
La lune se tenait fièrement au-dessus de lui, ronde et lumineuse.
Draco resta quelques instants les yeux fixés sur l'astre, incapable de bouger, de penser. Son cerveau eut un moment de ralenti avant de se remettre à tourner à plein régime.
Peut être n'était-ce pas la pleine lune, peut être était-ce seulement demain. D'une nuit à l'autre, ses formes se ressemblaient tellement. Il fallait qu'il remonte dans son dortoir, qu'il regarde sur son calendrier.
Le Serpentard pensa alors à la grande horloge du hall qui indiquait l'heure et le temps.
Il rebroussa chemin en courant et passa juste la tête par l'embrasure de la porte pour fixer son regard sur l'aiguille précédemment fixée sur temps ensoleillé, un peu plus tôt dans la journée.
Ciel dégagé, pleine lune.
Les images de Lupin en pleine transformation défilèrent à une vitesse folle dans son esprit, rythmées par les cris et les râles de douleur.
Sans prendre garde à ne pas être vu, Draco referma la porte derrière lui et s'élança dans la nuit lumineuse.
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C'est essoufflé et en sueur qu'il arriva devant la cabane Hurlante. Il ouvrit brusquement la porte et courut dans les escaliers, indifférent aux craquements de protestation du bois sous ses pieds.
Arrivé devant la porte close de la chambre de la dernière fois, Draco l'ouvrit avec fracas. Il eut le temps d'apercevoir Lupin assis sur le bord du lit, la tête entre les mains avant que celui-ci ne se lève d'un bond pour faire face à son élève.
Les tremblements de son corps à demi nu faisaient briller la sueur qui recouvrait sa peau à la lueur du feu.
-Draco ? Qu'est-ce que tu…
La voix de Lupin était tendue et rauque. Son corps se crispa brusquement, le coupant en pleine phrase alors que sa respiration se fit suffocante.
-Je voulais… Enfin, j'ai vu que…
Le jeune homme n'eut pas le temps de finir sa phrase que le corps de son professeur s'écroulait sur le sol devant lui.
Remus se roula en boule dans un gémissement plaintif, tournant le dos à son compagnon. Il ne voulait pas que Draco le voit une nouvelle fois dans cet état. Il ne savait pas ce qui l'avait poussé à venir ici cette nuit alors qu'il lui avait formellement interdit, mais plutôt que de lui faire plaisir, sa présence l'inquiétait. Il redoutait plus que tout de lui faire du mal dans son état bestial. Ça n'avait pas été le cas la dernière fois, mais sous sa forme de loup, il ne contrôlait plus rien.
Les ongles de Lupin s'enfoncèrent dans le bois du plancher pour y laisser de longues trainées de griffures. Le crissement que cela produisit donna la chair de poule à Draco. Du sang commençait déjà à perler au bout de ses doigts, tachant le bois d'un coloris sombre.
Le craquement qui s'échappa du corps tordu sur le sol ramena Draco à cette terrible nuit un mois plus tôt. Il ne voulait pas assister de nouveau à ce spectacle terrifiant, il ne pouvait pas. Même s'il avait assisté au processus inverse, il savait ce qui allait suivre et cela rendait le moment encore plus angoissant. À quand le prochain craquement ? Quel serait l'os qui se briserait en premier cette fois ? Combien de temps Lupin allait-il résister avant de se mettre à hurler ?
Toutes ces questions tournaient en boucle dans la tête du Serpentard alors que le bras droit de son professeur se tordait dans un angle sordide.
Un halètement de souffrance sortait avec difficulté de la gorge du loup-garou, qui lui tournait toujours le dos. Il ne voyait pas son visage, mais Draco imaginait très bien les traits déformés par la douleur.
Quand un cri déchirant fusa, alors que le bassin du lycanthrope venait de se briser, Draco n'y tint plus et se jeta à genoux derrière son professeur. Sans prendre le temps de se demander si cela lui ferait plus de mal que de bien, il posa sa main sur l'épaule moite de sueur du corps devant lui. Il sentait les poils drus de la bête commencer à poindre sous l'épiderme.
Lupin ne sembla pas réagir au touché de son compagnon. Draco allait enlever sa main, mais elle fut retenue par celle pâle de son professeur. Les griffes saillantes lui entaillèrent légèrement la peau, mais le jeune homme n'y fit pas attention.
Pris d'une pulsion, il s'allongea derrière le corps tremblant qui lui tournait toujours le dos. Avec autant de délicatesse qu'il put, il passa son bras libre par-dessus le flanc du lycanthrope et enserra son torse.
Alors qu'un nouveau cri de douleur s'échappait des lèvres du loup-garou, celui-ci recula difficilement son corps et vint lover son dos contre le torse de son compagnon. Draco raffermit sa prise et commença à débiter des paroles de réconfort. Il savait qu'elles ne serviraient à rien pour le lycanthrope, qu'il ne devait probablement même pas les entendre à travers le voile de douleur qui devait l'envelopper, mais au moins, Draco avait l'impression de faire quelque chose d'utile. Quelque chose pour essayer de soulager la douleur de son professeur.
Mais rien ne semblait fonctionner, ni sa présence ni ses paroles, alors que le corps contre lui se pliait brusquement en deux, entrainant Draco dans le mouvement. Le jeune homme sentit la colonne vertébrale onduler contre son torse et son ventre avant qu'un craquement sinistre ne se fasse entendre. Draco grimaça de douleur par procuration et resserra sa prise dans un réflexe de protection.
La peau du loup-garou se recouvrit progressivement de fourrure alors que Draco continuait de sentir contre son corps les échos des os en train de se briser. Des mains qui ressemblaient maintenant plus à des pattes vinrent se poser sur son bras et les griffes lui entaillèrent l'épiderme. La douleur fusa dans son membre, mais Draco se refusa à émettre le moindre son. Crier sa douleur aurait été comme la comparer à celle que ressentait son professeur. Il n'en avait pas le droit.
Le Serpentard continua à tenir le loup-garou contre lui pendant encore de longues minutes. Trop longues. Draco suppliait intérieurement pour que le supplice de l'homme contre lui cesse au plus vite.
Finalement, au bout d'un moment qui parut interminable au jeune homme, les cris se tarirent et les tremblements du corps du loup contre lui finirent par se calmer.
Il encerclait toujours la poitrine du loup-garou. La bête était couchée sur le flanc, haletante. Un dernier gémissement retentit et la créature se tortilla pour s'extirper de l'emprise de son compagnon.
Elle se redressa difficilement sur ses pattes et s'ébroua pour se débarrasser du caleçon qui s'accrochait à ses poils avant de s'asseoir en face du blond, penchant la tête dans sa direction d'un air interrogateur.
Draco se releva à son tour et réajusta ses vêtements, enlevant la poussière de son pull de quelques coups de main bien placés. Il arrivait à peine à réaliser ce qu'il venait de se passer. Un peu plus tôt, il tenait son professeur contre lui, et maintenant il faisait face à un loup-garou dans toute sa splendeur. D'avoir déjà assisté à ce spectacle ne le rendait pas pour autant plus réaliste.
Draco s'accroupit face à la bête et tendit la main dans sa direction. Le loup avança la tête et se laissa caresser avec un soupir de bien-être. Il frotta son museau contre son bras avant de se tendre et de s'écarter de son compagnon. Ses yeux étaient fixés sur la plaie sanglante qui traversait son avant-bras. Draco découvrit à son tour la griffure qu'il avait presque oubliée. La douleur pulsait toujours, mais s'était faite plus latente.
Le loup-garou baissa la tête dans une attitude contrite et poussa un petit gémissement plaintif.
-C'est pas grave, ça va guérir. Une petite potion cicatrisante et on ne verra plus rien. Dit Draco à la créature face à lui, comme si elle pouvait comprendre ses mots.
Et pour montrer qu'il ne lui en voulait pas, le jeune homme caressa de nouveau la tête velue. La bête se laissa faire quelques secondes avant de venir lécher le sang à demi séché sur sa peau. Draco laissa échapper une grimace de dégout, mais le laissa faire.
Contrairement à la dernière fois, le jeune homme ne ressentait presque aucune crainte. Peut être était-ce le fait d'avoir assisté à la transformation, de s'être rendu compte de ses propres yeux que le loup-garou en face de lui était bien son professeur, mais Draco se sentait détendu en présence de la bête.
Il se surprit à ressentir de nouveau cette vague de protection et d'appartenance envers le loup-garou.
Le Serpentard poussa un soupir fataliste. Il était son compagnon et malgré sa volonté de l'oublier, ses instincts le lui rappelaient.
Le loup-garou se laissa caresser pendant encore quelques instants avant de commencer à s'agiter et à tourner en rond dans la pièce. Il finit par se planter devant la porte que Draco avait refermée en entrant dans la pièce et regarda son compagnon.
Draco secoua la tête dans un soupir. C'était le moment d'emmener le chien faire sa promenade.
Il regrettait presque d'être sorti du château. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de venir à la rescousse de son professeur, cela ne le regardait pas !
Enfin si, un peu quand même…
-Arff ! Pourquoi tout ça m'est tombé dessus !
Draco passa et repassa rapidement ses mains dans ses cheveux en un mouvement traduisant son irritation. Mais les images de la transformation de son professeur lui rappelèrent la raison de sa présence. Il poussa un nouveau soupir avant de remettre soigneusement ses cheveux en place et laissa retomber ses bras le long de son corps.
-C'est bon, on sort. Finit-il par dire d'un ton fataliste.
Le jeune homme se dirigea vers le bureau et saisit la cape de son professeur avant de la revêtir. Il la lui avait déjà prêtée, Draco doutait que Lupin voit un inconvénient à ce qu'il l'empreinte de nouveau. Il était hors de question qu'il ressorte dans le froid sans un vêtement de plus. Sa course à l'allée l'avait empêché de congeler sur place, mais pas cette fois s'il ressortait sans rien. Il aurait pu transformer un objet de la pièce en cape, mais Draco avait très peu de pratique dans la métamorphose de vêtement. Il aurait surement obtenu un morceau de tissu ressemblant vaguement à un truc à se mettre sur le dos.
Il s'emmitoufla donc soigneusement dans la cape et ouvrit la porte de la chambre avant de suivre le loup-garou qui s'élança dans le couloir.
L'air plus que frais de la nuit percuta Draco de plein fouet, lui arrachant un frisson. Le loup s'élança dans la nuit avant de revenir vers lui d'un pas vif. Il resta immobile à ses pieds quelques secondes avant de repartir à nouveau puis de revenir.
-C'est bon, je ne vais pas bouger d'ici. Soupira le blond devant le manège de la créature. J'ai ma baguette. Je saurais me défendre si jamais un mulot ou une mite m'attaque.
Le loup-garou ne sembla pas relever son ton insolant et le contraire aurait plus que perturbé le blond. Il resta quelques secondes à piétiner sur place avant de s'élancer de nouveau vers la Forêt Interdite.
Draco resta seul au pied de la cabane hurlante. Il joua quelques instants avec la vapeur qui sortait de sa bouche avant de sérieusement se demander pourquoi il ne rentrait pas au chaud plutôt que d'attendre dans le froid. Le loup-garou finirait bien par rentrer de lui-même dans la bâtisse.
Le jeune homme allait rebrousser chemin quand une ombre se profila à l'orée de la forêt et courut dans sa direction. Draco se tendit quelques instants, sa main sur sa baguette avant de reconnaitre le loup. Celui-ci ralentit l'allure et s'avança d'un pas joyeux vers lui. Il laissa tomber le cadavre d'un animal à ses pieds et s'assit sur son arrière-train pour regarder son compagnon d'un air satisfait.
Draco recula d'un pas en affichant une grimace de dégout.
-Trop aimable…
Le loup-garou le regardait toujours en agitant la queue. Son attitude si canine mélangée à son apparence mi-lupine mi-humaine donnait un tableau plus que troublant du point de vue du Serpentard.
La bête semblait attendre une réaction de la part de son compagnon. Draco se fendit donc d'une brève caresse sur la tête velue avant de se reculer rapidement de la carcasse encore fumante.
-C'est très attentionné de ta part de vouloir me nourrir, mais je vais passer mon tour pour ce soir.
Et comme si la créature avait compris ses paroles, elle se jeta goulument sur le cadavre de ce qui ressemblait vaguement à un lapin. Draco déglutit de dégout à cette vision avant qu'un flash ne lui traverse l'esprit et le fasse crier.
-Stop !
Le loup-garou sursauta légèrement et se recula dans un gémissement plaintif, la tête rentrée dans les épaules et la queue basse.
Draco n'arrivait maintenant plus à effacer la vision peu ragoutante de son professeur après avoir vomi. Il n'avait pas semblé avoir très bien digéré la bestiole qu'il avait mangée la dernière fois.
S'il voulait éviter d'assister au même spectacle à la fin de la nuit et de sentir de nouveau l'odeur répugnante, il serait peut-être préférable de ne pas laisser le loup-garou se nourrir de cette carcasse. En espérant qu'il n'avait pas mangé autre chose dans la forêt.
Le jeune homme se tendit face à ses propres pensées. Apparemment, son subconscient avait déjà prévu de rester jusqu'à la transformation inverse de son professeur. Mais Draco n'avait aucun mal à se contredire lui-même et par esprit de contradiction, il était presque prêt à rebrousser chemin vers le château dans la seconde.
Mais un regard vers le loup-garou en face de lui le fit se raviser.
Il pouvait au moins rester là cette nuit.
Pour son professeur.
Sa présence n'avait pas semblé faire diminuer la douleur lors de la première transformation et Draco doutait qu'elle le ferait pour la deuxième, mais son professeur avait malgré tout semblé apprécier sa présence. En témoignait son corps pressé contre le sien. Si être près de lui était le seul moyen pour réconforter psychologiquement le loup-garou, à défaut de faire diminuer la douleur, il pouvait au moins lui accorder cela. Après tout, il y avait un lit dans la chambre et il y avait très bien dormi la dernière fois. Alors là ou ailleurs.
Le Serpentard sortit sa baguette et fit disparaitre la carcasse d'un geste du poignet.
-Il ne vaut mieux pas manger ça. Tu mangeras demain. Viens, on rentre, il fait froid dehors.
Le loup-garou afficha un air déçu, mais suivit docilement son compagnon à l'intérieur de la bâtisse.
Draco accueillit avec soulagement l'absence de vent entre les murs. Arrivé dans la chambre, il raviva le feu et s'assit en tailleur devant l'âtre, serrant toujours la cape de Lupin autour de lui.
Les griffes qui tintèrent derrière lui indiquèrent que le loup se rapprochait. La bête entra dans son champ de vision et vint s'allonger à côté de lui, son museau posé sur sa cuisse.
Draco commença mécaniquement à le caresser alors que la chaleur reprenait peu à peu possession de son corps. Ce geste était presque devenu un réflexe pour le jeune homme, en seulement deux nuits.
Ils restèrent côte à côte de longues minutes, Draco regardant le feu alors que le loup avait fermé les yeux de bien-être.
Le jeune homme commença à dodeliner de la tête. Il avait de plus en plus de mal à rester éveillé. Il se leva donc sans faire attention à ne pas déranger le loup et se dirigea vers le lit. Il était encore tôt comparé à l'heure à laquelle Draco se couchait en général, mais il n'avait rien d'autre à faire ici que de dormir de toute façon alors rien ne servait de résister à la fatigue. La transformation aurait lieu assez tôt donc autant dormir le plus possible avant.
Il repoussa les couvertures d'un geste las, mais les rabattit bien vite en voyant l'état des draps dessous. Le blond lança un sortilège de nettoyage, mais préféra malgré tout dormir au-dessus de l'édredon.
Il s'allongea donc sur les couvertures et rabattit la cape de son professeur sur son corps. Il n'eut pas à attendre plus de quelques secondes avant que le loup-garou ne le rejoigne et vienne s'étendre contre lui en posant sa tête sur son torse. Draco enfouit ses mains froides dans le pelage réchauffé par le feu. Le souffle chaud de la bête venait percuter son menton.
Le jeune homme ne tarda pas à sombrer dans le sommeil grâce à ce cocon de chaleur.
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Un cri perçant réveilla Draco en sursaut. Il se redressa, sa baguette déjà en main alors qu'il parcourait les alentours d'un air perdu. Ses yeux accrochèrent une forme sombre sur le sol d'où provenaient maintenant des gémissements en continu.
Draco ralluma les cendres rougeoyantes de la cheminée d'un coup de baguette et le feu naissant lui dévoila le corps tordu du loup-garou. Sans attendre, il se jeta hors du lit et atterrit brutalement sur le sol.
Ses mains se posèrent immédiatement sur le pelage trempé de sueur et le loup se tourna face à lui pour venir enfouir son museau dans son giron.
De nouveau, Draco fut aux premières loges pour assister au spectacle terrifiant de la transformation.
Le corps de son professeur se dévoila petit à petit devant lui après moult craquements et cris de douleur.
Comme plus tôt, il s'allongea instinctivement contre le corps nu devant lui et Lupin vint se blottir contre son torse sans attendre.
Les derniers résidus de pelage finirent par disparaitre, ne laissant qu'une peau rouge couverte de sueur. Des tremblements secouaient encore le corps contre lui, mais les gémissements de douleur se tarissaient peu à peu.
Draco amena la cape restée sur le lit d'un coup de baguette magique et en recouvrit soigneusement son professeur.
-Draco ?
La voix était éraillée, à peine audible.
-Oui, c'est moi professeur.
Draco essaya le plus possible d'adopter un ton rassurant, presque tendre.
Contrairement à ce à quoi il s'attendait, Lupin essaya de s'écarter de lui. Un nouveau gémissement de douleur se fit entendre et Draco resserra sa prise autour du corps de l'homme.
-C'est bon professeur. Tout va bien. Restez près de moi.
Draco ne se reconnaissait plus. Jamais il n'avait agi de cette manière envers quelqu'un. Si protecteur, si rassurant. Mais ses paroles eurent l'air d'agir sur l'homme contre lui, car il cessa d'essayer de s'écarter et se laissa prendre dans l'étreinte autour de lui.
Comme au bout de plusieurs minutes Draco ne semblait pas vouloir changer de position, s'éloigner de lui alors qu'il en avait la possibilité, Remus finit par se détendre quelque peu. Des vrilles de douleur parcouraient encore son corps, mais rien ne pouvait gâcher la douce sensation des bras autour de lui.
Lentement, il se laissa emporter par l'étreinte de son compagnon.
À suivre
