10. Il ne pense qu'à toi
10 août
« Harry… »
« … Il faut que je t'emmène à New York un jour, tu dois absolument voir les ruines du Centre de la Magie qui se trouvent à Manhattan ! A l'origine, il était construit sous le World Trade Center. Mais après les attentats, le sénat Sorcier a décidé de reconstruire un peu plus loin, sur Ellis Island, parce que c'est là que les premiers sorciers ont débarqués et… »
Derrière la porte, Harry écoutait Théo parler avec un sourire. C'était la première fois, qu'il écoutait ce que le jeune homme racontait à son ami. Il essayait, depuis le début de sa correspondance avec Blaise, d'être un peu plus pragmatique et un peu moins « abrutit ». Et puis, il devait admettre que lui aussi était curieux. Pourtant, quelques instants plus tard, il frappa doucement à la porte et entra.
« Bonsoir vous deux !
- Bonsoir Harry ! Bonne journée ? Demanda Théo. Il était assis au pied du lit, appuyé à un montant et avait passé sa main sous le drap. Harry pouvait la voir bouger au niveau de la cheville du roux endormi.
- Passionnante, comme tous les jours et vous ?
- Bien ! Nous avons eu du yorkshire pudding au déjeuner et la visite de madame Weasley cet après-midi !
- Je lui avais dit que tu étais là…
- Oui, elle est gentille. Tout c'est bien passé ! Sourit le jeune homme qui voyait bien que le brun était inquiet du déroulement de la visite. Il n'y avait pas de raisons que ça ne se passe pas bien après tout. Elle est partit vers 17 heures, un peu avant le passage du médicomage et d'Emma. Leur sort de diagnostique dit que Ron a pris un kilo. Ils avaient l'air content !
- Formidable ça ! Si tu continues, on va devoir te mettre au régime !
Harry mettait un point d'honneur à s'adresser au maximum directement à Ron. Le jeune homme semblait absent certes, mais personne ne savait ce qui se passait vraiment dans sa tête et il ne voulait pas que son ami se sente seul.
- Ouais, pas tout de suite quand même, il en manque encore un peu pour ça, mais c'est un objectif à se fixer, hein Ron ? Bientôt…
- J'espère ! D'autant que Florian Fortarôme a plein de nouveaux goûts de glaces que j'attends pour tester avec toi !
- Tu as des nouvelles de New York ? Demanda soudain Théo. Blaise et Pansy ne m'en veulent pas trop d'être partit ?
- Non, ils sont juste inquiets pour toi, c'est tout.
- Normal, ils sont toujours inquiets pour moi ! fit Théo avec une pointe d'amertume dans la voix. Fragile Théo, il faut protéger Théo…
- C'est parce qu'ils t'aiment, tu sais, c'est tout !
- Je sais, j'ai juste l'impression que… C'est idiot hein, mais…
- Que tu n'iras jamais bien, si on ne te laisse pas une chance de te casser la figure ?
- C'est exactement ça ! Je sais que je ne suis pas aussi fort que Blaise, que je vais pas toujours bien, mais je me sens tellement mieux depuis que je suis revenu ! Alors oui, c'est sans doute parce que je me suis rapproché de Ron, tu vas me prendre pour un taré !
- Non, je peux comprendre qu'après ce que vous avez vécu, vous soyez liés et…
- Je suis amoureux de lui ! l'interrompit le jeune homme. Depuis toujours, je crois. Quand on était étudiant, je te regardais de loin, et je te trouvais beau et gentil, mais je savais que je n'avais aucune chance parce que tu étais à Griffondor et moi à Serpentard. Parce que j'étais un garçon et tu étais hétéro. Parce que je ne regardais que toi et toi tu étais amoureux de Granger, murmura Théo à l'adresse de Ron, sa main toujours posée sur la cheville du roux, comme un lien entre eux. Et puis il y a eu les cachots, j'étais persuadé que je ne te reverrais jamais, même de loin, et tu es venu me chercher, toi entre tous ! Tu ne m'avais jamais regardé, je n'existais pas pour toi et la première fois que tu me voyais, c'était pendant que Malfoy et ses copains me passaient dessus. Je n'ai jamais eu autant envie de mourir qu'à cet instant…
- Je vais vous laisser, souffla Harry en reculant vers la porte.
- Je suis ridicule hein ? A faire ma déclaration à quelqu'un qui est absent ?
- Nous ne sommes pas sûr que Ron soit absent tu sais. Et si tu as besoin de le dire, fais-le.
- Restes s'il te plait !
- C'est… ça ne me regarde pas Théo, tu ne veux pas que vous laisse seul ?
- Je ne veux pas être seul ! Je… Je n'ai jamais parlé de tout ça, à personne. J'ai besoin d'être sûr que quelqu'un m'entend, je ne peux pas le dire à Pansy ou Blaise, ils n'ont pas besoin de ça. Et Draco, il est comme absent quand il s'agit de ces moments-là, comme s'il ne voulait rien savoir. Et c'est là, ça veut sortir, j'ai besoin que ça sorte et c'est comme si personne ne voulait m'écouter et ça m'étouffe ! Je ne pense qu'à ça, je n'arrive pas à m'en débarrasser et peut-être que si ça sort, je pourrais reprendre ma vie comme avant, tu comprends ? Tu dis que tu es mon ami Harry, j'ai besoin d'un ami, maintenant.
- Je suis là… le brun tira une chaise près du jeune homme, la gorge nouée. Je suis là et je t'écoute, dis-moi… »
« Harry,
Tu veux que je te considère comme un ami ? Ok, admettons. Tu me gonfles, tu m'énerves, mais j'avoue, je t'aime bien quand même. Depuis que tu as commencé à m'écrire, plein de choses ont changées ici.
Théo est partit, ça je m'en serais passé. Mais si vraiment il a l'air moins fatigué et plus en forme, alors c'est que ce n'est pas une mauvaise chose. Et si vraiment il recommence à dormir et manger normalement, alors j'enverrais moi-même des fleurs à l'hosto toutes les semaines jusqu'au réveil de Weasley, et peut-être même après ! Tu me dis que tu t'occupes de lui, je te crois, je sais que tu ne laisses personne derrière, et ça me rassure.
Pansy… Pansy est différente depuis quelques semaines. Comme libérée. Je n'avais pas complètement exagéré quand je t'ai dit qu'elle était encore hantée par toute cette histoire. Bien sûr, elle ne vit pas qu'en fonction de ça, mais elle a des cauchemars, ne dors pas beaucoup, jamais dans le noir. Et même avec moi, elle n'est pas très libre, si tu vois ce que je veux dire. Enfin, ça, c'était avant. Depuis peu, elle semble mieux, plus entreprenante, plus reposée aussi. J'ai l'impression que de parler avec Draco, le départ de Théo, tout ça a soulagé une partie d'elle. Pas qu'elle ait souhaité que Théo nous quitte hein! Ce n'est pas ce que je veux dire. Mais le fait qu'il ait décidé quelque chose par et pour lui-même, qu'il ait pris le dessus sur la terreur que l'idée de rentrer faisait naître en lui, tout ça semble avoir eu une très bonne influence sur elle. Elle sourit plus, rit, fait des projets de travail avec un Moldu, et m'a sauté dessus, oui monsieur, plusieurs fois. Heureusement qu'elle ne lira jamais cette lettre, ou je vais me retrouver castré avant d'avoir fait des enfants moi ! Et si elle en entend parler, je saurais à qui m'adresser, je te préviens !
Même moi, je me sens mieux ces derniers temps, sans doute le fait que les gens les plus importants pour moi aillent mieux joue-t-il.
Il n'y a que Draco, finalement, qui ne semble pas avoir bénéficié de ton intervention dans nos vies. Je sais que ça ne va pas te plaire, ne vas pas culpabiliser, mais avoir des nouvelles de toi a eu un effet paradoxal sur lui. D'un côté, je suis persuadé que de se libérer de certaines choses lui ont fait du bien. De l'autre, ça a sans doute fait remonter des choses qu'il avait préféré mettre de côté ces dernières années… »
Les yeux fixés sur Ron, Théo resta un long moment silencieux et Harry respecta ce silence, il savait que le jeune homme parlerait lorsqu'il se sentirait prêt. Et puis, à dire la vérité, il n'était pas sûr de vouloir entendre ce que Théo avait à dire. Mais il comprenait son besoin de se libérer un peu. Il savait ce que c'était de sentir que quelque chose voulait sortir, mais de ne pas savoir comment l'exprimer, comment faire disparaître cette boule dans la gorge, qui étouffait et prenait de plus en plus de place. Alors il attendait, patiemment, que Théo reprenne la parole.
« Il t'a raconté ce qu'il s'est passé ?
- Très peu. Ron est quelqu'un d'assez pudique tu sais et de secret, en particulier sur les choses qui ne lui appartiennent pas.
- Ce n'était qu'un béguin que j'avais pour lui avant, comme souvent les ados en ont et comme je te disais, j'avais plus ou moins fait mon deuil. Pendant ces jours, avant qu'il ne vienne avec Blaise pour nous chercher Pansy et moi, je me raccrochais à ça, j'essayais d'imaginer ce qui aurait pu se passer dans un autre monde, un monde sans guerre, sans Maison, sans Granger, et ça m'empêchait de devenir fou. Et puis il est arrivé, il y a eu l'espoir, que j'allais m'en sortir et on a été repris. J'ai compris alors qu'il allait voir, que cette espèce de bulle, de fantasme que j'avais pour m'empêcher de sombrer allait disparaître. J'allais le dégoûter et j'ai eu envie de mourir comme jamais avant, parce que même ça, ils me l'avaient pris. Je me suis évanoui avant la fin, je ne me suis rendu compte que plusieurs heures plus tard qu'il avait été torturé, je l'entendais gémir et souffrir et je n'osais même pas le regarder. C'était ma faute tout ça, s'il était là, s'il souffrait. J'ai été violé. Plusieurs fois, par plusieurs personnes, pendant plusieurs jours, devant celui que j'aimais et ensuite je devais l'entendre hurler parce qu'ils le torturaient et chaque cri me brisait le cœur et l'esprit, comme chacun de leurs mouvements en moi brisaient mon corps. Peux-tu seulement imaginer ?
- Non, je ne peux pas… murmura Harry après un silence, essayant, péniblement d'intégrer ce que le jeune homme lui racontait.
- Non bien sûr, comment pourrais-tu ? Personne ne peut. Pendant quatre jours, je ne lui ai pas parlé, je ne l'ai pas regardé, j'avais trop peur de voir la haine sur son visage et de devenir fou pour de bon. Et le quatrième jour, il m'a pris dans ses bras et il m'a dit, encore et encore, que ça allait aller, qu'on allait s'en sortir et qu'il était là. Le peu de raison qui me restait, il l'a préservée simplement en me tenant contre lui, en me parlant, me disant qu'on allait s'en sortir. Et la seule chose que je pouvais penser, c'était que si je mourais, je le laisserais seul et que je n'en avais pas le droit, pas après l'avoir conduit là. Si ça n'avait pas été lui, je n'aurais pas survécu j'en suis sûr, j'avais trop envie de mourir avant qu'il arrive. Il m'a donné une raison de vivre, dans les cachots, à Azkaban, ces dernières années… »
« De l'autre, ça a sans doute fait remonter des choses qu'il avait préféré mettre de côté ces dernières années et peut-être se rend-il finalement compte qu'il a perdu du temps pour rien. Qu'il n'a aucune raison de vivre loin de toi. En tout cas, tu peux compter sur Pansy et moi, on va te le renvoyer manu militari, vous ferez ce que vous voulez, mais au moins vous vous retrouverez ! »
« Quand tu nous as écrit qu'il était dans le coma, je n'ai pas réfléchit, il fallait que je revienne. Peut-être je pourrais l'aider à mon tour ? Et puis j'avais besoin de le voir, d'être auprès de lui et… »
Un bruit derrière la porte interrompit le jeune homme. Surpris, et curieux, Harry se leva pour ouvrir doucement. Derrière le battant, une Hermione aux yeux mouillés de larmes se tenait mal à l'aise.
« Désolée, je ne voulais pas être indiscrète, mais j'ai pas osé vous déranger, murmura-t-elle, la voix un peu rauque.
- Ce n'est pas grave, répondit Théo. Entres, après tout, tu es concernée aussi, d'une certaine manière.
- Je ne veux pas te gêner, enfin…
- Ca ne doit pas être agréable d'apprendre comme ça que quelqu'un d'autre aime ton fiancé, surtout un homme.
- En fait, je m'en doutais, répondit Hermione en se décidant à entrer finalement. Et je pense que c'est réciproque…
- Ne dis pas ça ! La coupa Théo. Je ne veux pas, je ne peux pas l'entendre !
- Je ne sais pas s'il t'aime, mais je sais qu'il a beaucoup pensé à toi depuis qu'il est revenu des cachots, il t'appelait la nuit quand il dormait…
- Hermione… tenta de la couper Harry.
- Et je suis presque sûre qu'il voulait me parler de toi quand c'est arrivé, je crois qu'il voulait te rejoindre… continua-t-elle sans en tenir compte.
- Hermione ! Cette fois, la jeune femme tut, se rendant compte que le jeune homme pleurait en silence. »
Harry s'approcha de lui et l'attira entre ses bras avec douceur. Bon sang, il avait essayé d'arrêter son amie, voyant bien qu'elle bouleversait Théo, pourquoi fallait-il qu'elle n'écoute jamais rien ?
« Personne ne sait ce que Ron voulait ce jour-là, finit par dire Harry après quelques instants.
- Non et pourtant tout le monde à une théorie ! Molly pense qu'il voulait me demander en mariage, toi qu'il voulait rompre avec moi…
- Je n'ai jamais dit…
- Tu n'as pas besoin de le dire Harry, je te connais ! Mais c'est moi qui dormais à côté de lui toutes les nuits, qui entendait ce qu'il murmurait dans son sommeil et qu'il ne disait pas éveillé, pourquoi je n'aurais pas ma propre théorie sur ce qu'il voulait ce jour-là ? demanda la jeune femme, l'air soudain épuisée.
- Une glace… murmura une voix rauque, une voix qui n'avait pas servi depuis trop longtemps. Je voulais juste une glace…
- RON ? Par Merlin Ron ! »
Choqué, Harry ne put que rester là à regarder son meilleur ami grimacer en essayant de se redresser. Théo fut le premier à réagir, se jetant au cou du roux en répétant « merci Merlin » encore et encore. Hermione de son côté, se ressaisit rapidement et sortit de la chambre en courant pour aller chercher le magicomage, n'importe lequel d'ailleurs, pourvus qu'il puisse s'assurer que Ron allait bien.
« Après tout, il a peut-être besoin que quelque chose le force à se prendre en main, d'un coup de pied, ou d'un évènement qui l'obligerait à faire face. Je ne sais pas si tu es la personne qui pourra le rendre heureux, mais je ne saurais jamais si je ne te laisse pas une chance non ? Alors Pansy et moi avons décidé qu'il devait rentrer. Il t'aime toujours, c'est plus qu'évident, je ne voudrais pas avoir à me passer de Pansy, je ne vois pas pourquoi il devrait se passer de toi, sous prétexte qu'il a peur de ta réaction à son retour ! Et puis, je crois sincèrement que tu as besoin de lui toi aussi. Soyons d'accord, je préfèrerais qu'il n'ait jamais à remettre les pieds là-bas, mais à moins que tu ne te décide à déménager… Et non, je n'y croie pas, donc, quelle autre solution ? Vous avez juste intérêt à ramener vos fesses pour le mariage ! »
Un quart d'heure plus tard, la chambre grouillait de monde. Il y avait Emma bien sûr, et son médicomage de tutelle. Hermione, Harry, qui se tenaient dans un coin de la pièce. La famille Weasley au grand complet amassée autour du lit. Molly voulait absolument faire manger des biscuits à son fils pendant que Arthur essayait de comprendre ce que disaient les médicomages. Leurs fils se congratulaient et discutaient en jetant de drôles de regards à Théo, que Ron avait refusé de lâcher et qui était toujours assis sur le lit. Le brouhaha qui s'échappait par la porte entre-ouverte était tel qu'une infirmière finit par venir mettre un peu d'ordre dans tout ça.
« Les garçons, Ginny, rentrez au Terrier ! Finit par dire Arthur alors que les médicomages se retiraient.
- Quoi ? Mais non, je veux rester !
- Ginny, Ron, sera encore là demain, nous reviendrons le voir petit à petit, tout ce monde va l'épuiser ! »
La jeune femme maugréa pour la forme et alla embrasser son frère avant d'entraîner les autres garçons dehors, ramenant le calme dans la chambre.
Hermione en avait profité pour s'esquiver, elle ne savait pas quoi dire à celui qui, officiellement, était toujours son petit ami, alors qu'elle était responsable de son coma et qu'elle voyait quelqu'un d'autre depuis un an.
Le « quelqu'un d'autre » en question l'avait attendu devant la chambre, malgré sa curiosité, il n'avait pas eu le courage de se confronter à Ron, héros de la guerre, et compagnon malheureux de la femme qu'il aimait. Quand la jeune femme était sortie, discrètement derrière les Weasley trop excités pour se rendre compte de sa présence, il l'avait simplement attiré dans la salle de garde des médicomages. Un peu perdue, Hermione avait noté que, en vrac, sa « belle-famille » ne s'était pas rendue compte de sa présence, preuve qu'ils ne s'étaient beaucoup croisés depuis deux ans Elle s'était fourvoyée, au moins en partie, sur les raisons qui avaient conduit Ron sur la terrasse de Florian Fortarôme. Si le jeune homme se posait des questions sur leur relation, il n'avait pas eu pour autant l'intention d'en parler ce jour-là elle avait pensé jusque-là que le réveil de Ron, s'il avait lieu, la rendrait folle de joie, la soulagerait, mais en réalité, elle se sentait engourdie et coupable.
En face d'elle, Matt la regardait sans rien dire, respectant son silence et son besoin de se reprendre. Il connaissait la jeune femme depuis deux ans, l'aimait depuis dix-huit mois, avait une relation avec elle depuis douze et il avait appris, souvent malgré lui, à la laisser venir vers lui. Il savait que sous ses apparences forte et indépendante, elle avait besoin d'attentions, de temps, de soutient et il était là, face à elle, prêt à la retenir si elle s'effondrait. Elle le regarda en silence une longue minute, comme si elle cherchait ses mots et finalement, ne put que souffler son prénom d'une voix brisée.
« Oh mon amour… murmura-t-il en l'attirant contre lui pour la bercer dans ses bras, le cœur brisé en l'entendant éclater en sanglots. Ça va aller, ça va aller maintenant, tout ira mieux…
- Qu'est-ce que je vais faire ? Comment vais-je lui dire ? Finit-elle par hoqueter en s'écartant pour lui tourner le dos, bras croisés sur la poitrine en une dérisoire protection. »
Matt compris immédiatement qu'elle parlait de lui, de leur histoire, et vacilla, se rattrapant à une chaise. Voilà, il allait la perdre, maintenant que Ron était réveillé, c'était évident.
« Personne ne sait, murmura-t-il avec une pointe d'amertume qu'il n'arrivait pas à dissimuler. Il n'est pas obligé de savoir, Emma ne dira rien.
- Et je lui mentirais ? Non, je ne peux pas lui cacher, se serait encore pire ! Il va me détester… J'aurais préféré qu'il ne se réveille pas !
- Hermione, tu sais que c'est faux. Et puis, peut-être qu'il va comprendre… Ca a été si long…
- Tu comprendrais, toi, que ta petite amie tombe amoureuse d'un autre homme ? Qu'il va avoir besoin de moi et que je ne serais pas là, pas comme ça ?
- Que… Quoi ? Il avait conscience d'avoir l'air un peu bête là, mais il n'était pas sur de comprendre : elle ne voulait pas le quitter ?
- J'étais tellement sure qu'il voulait me dire qu'on devait se séparer que je n'avais pas l'impression de le trahir, mais voilà qu'il me dit que je me trompais. Et moi, je t'aime toi, je ne l'aime plus lui, pas comme ça, je ne peux pas le quitter alors qu'il est à l'hôpital, qu'on ne sait pas s'il a des séquelles !
- Je… Quoi ? D'accord, il avait l'air complètement stupide, il assumait.
- Je sais qu'il est attaché à Théo, je le savais avant et je ne me fais pas d'illusions, son réveil après tout ce temps, juste quand Nott reviens ? Je ne crois plus aux coïncidences depuis longtemps. Et je sais que Théo est amoureux de lui, il vient de le dire à Harry, juste avant que Ron ne se réveille. Ce que je ne sais pas, c'est si leurs sentiments sont bien les mêmes. Et si Ron avait besoin de moi, je ne peux pas le quitter, mais je ne veux pas rester avec lui, pas comme ça !
- Hermione, tu veux quitter Ron ? Te séparer de lui ? Pour de bon ? Mais pourquoi ? Il avait peur de comprendre, peur d'être déçu si elle ne lui disait pas pour de bon. S'il se trompait, il n'était pas sur de s'en remettre. »
La jeune femme le regarda sans comprendre, ça lui semblait tellement évident. Puis soudain, elle se rendit compte que l'homme qu'elle aimait n'était pas sur des sentiments qu'elle lui portait et cela lui fit encore plus mal que l'idée de quitter Ron alors qu'il avait peut-être terriblement besoin d'elle : Depuis combien de temps faisait-elle souffrir Matt sans le savoir ?
« Parce que je t'aime, que je veux être avec toi, à toi… finit-elle par murmurer en venant prendre son visage entre ses mains. Parce que j'ai besoin de toi à côté de moi, tout le temps. Je vais parler à Ron, et à mes parents, et je vais leur dire la chance que j'ai de t'avoir dans ma vie…
- Attends, laisses un peu de temps à Ron, pour se remettre avant, répondit-il, infiniment soulagé. Je peux attendre encore un peu, autant qu'il faudra, surtout maintenant !
- Le moins longtemps possible Matt, tu as déjà bien assez attendu… »
Hermione lui sourit et l'embrassa avec amour. Elle se sentait toujours mal vis-à-vis de Ron, mais elle savait à présent que le plus important était là, face à elle. Ses amis et sa famille comprendraient, même si ça devait prendre un peu de temps.
A quelques mètres de là, dans la chambre de Ron, Harry, sur son fauteuil, regardait son ami batailler contre le sommeil.
« Tu devrais te reposer Ron, toute cette agitation a dû t'épuiser !
- J'ai assez dormis ces dernières années pour toute ma vie, répondit le roux de sa voix rendue rauque par plusieurs mois de silence.
- Harry a raison tu sais, tu as l'air épuisé. Assis à côté du lit sur une chaise, Théo lui sourit avec douceur. Depuis sa réaction instinctive, quand il s'était réveillé, réaction qui l'avait fait se jeter à son cou sans réfléchir, il s'était éloigné, gêné : il ne savait pas ce que le rouquin avait entendu de ses confessions, ni ses sentiments étaient un tant soit peu partagés. Il n'osait plus s'approcher, lui qui avait fait en sorte d'être en contact avec le jeune homme autant que possible ces derniers jours, depuis son arrivée.
- Je ne veux pas dormir ! Et si… superstitieux, il s'interrompit : tôt ou tard, il faudrait qu'il ferme les yeux, et il ne voulait pas s'attirer la poisse.
- Les médicomages ont dit qu'il n'y avait aucune raison pour que tu te rendormes comme tu l'as fait ces derniers mois ! Répondit son meilleur ami qui voyait bien son inquiétude.
- Ouais ? Et s'ils se trompent ?
- Nous te réveillerons !
- C'est promis Ron, dans 3 heures maximums, je te réveille moi-même ! Jura solennellement Théo.
- Et si tu n'y arrives pas ? »
Le jeune brun craqua et s'approcha de Ron, s'asseyant sur le lit, à côté de lui. Dans le même mouvement, il l'attira contre lui, comme le roux l'avait si souvent fait lui-même, pour l'entourer de ses bras, le serrant sur son cœur.
« J'y arriverai. »
Ron soupira doucement, le visage niché contre la gorge de Théo, et il consentit à fermer les yeux, vidé de toute énergie. Quelques secondes plus tard, il dormait comme un bébé.
Harry avait d'abord pensé rester avec son ami, mais au bout d'une heure, il commença à se sentir de trop : Théo caressait doucement le bras de Ron, le nez dans ses cheveux et ils dégageaient une telle impression de douceur et de tendresse qu'il se sentait indiscret en restant dans la chambre. Il finit donc par se lever et indiqua à Théo qu'il reviendrait le lendemain, avant de les laisser seuls tous les deux.
Deux heures plus tard, Théo, jetant un œil à sa montre, se rendit compte qu'il était temps de réveiller Ron. Il avait eu l'air sûr de lui, trois heures plus tôt, mais à dire vrai, il avait peur lui aussi de ne pas pouvoir réveiller le jeune homme. Il se demandait un peu si ce n'était pas pour ça que Harry était partit plus tôt : Aurait-il supporté de voir Ron ne pas se réveiller, encore une fois ? Mais il fallait bien que le roux se repose et, avec appréhension, il resserra son étreinte sur le corps abandonné contre lui.
« Ron ? Il est l'heure… murmura-t-il contre ses cheveux avant de déposer un baiser dans ses cheveux. Ça fait trois heures, il faut te réveiller maintenant… »
Pendant quelques longues et horribles secondes, il n'y eut pas de réaction, et puis il sentit la respiration du jeune homme se faire plus superficielle et le sentit bouger contre lui.
« Encore un peu, marmonna Ron d'une voix endormie. Quelle heure est- il ?
- Trois heures du matin mon ange…
- Trop tôt ! Ron bougea de manière à refermer ses bras possessivement autour de la taille de Théo et se rendormit profondément, laissant le brun soulagé et heureux. Il avait réussi à le réveiller ! »
L'homme qu'il aimait endormit contre lui, il se sentit partir lui aussi. Il avait lutté depuis le départ d'Harry, vers une heure du matin, pour ne pas sombrer, mais maintenant il pouvait et se laissa glisser dans les songes à son tour.
C'est Emma qui les réveilla le lendemain matin en entrant dans la chambre. Elle les trouva dans les bras l'un de l'autre, dans la même position que celle où elle avait trouvé Hermione et Matt sur le canapé. Attendrie, elle hésita un instant à les réveiller, avant de se décider : elle devait donner les soins à Ron.
Théo fut le premier à ouvrir un œil. Il lui fallut quelques secondes pour se souvenir de la veille au soir et il se redressa subitement, paniqué à l'idée que tout ne fut qu'un rêve, que Ron soit toujours plongé dans son sommeil sans fin. Le brusque mouvement du lit ne tira pas un geste au roux et le jeune homme sentit les larmes lui monter aux yeux : rien n'était donc arrivé ?
« Est-ce que j'ai rêvé hier Emma ?
- Non Théo, il s'est bien réveillé… »
L'espoir le disputant à la crainte, il se pencha sur Ron pour embrasser son front légèrement, l'appelant avec douceur. Pendant de longues et affreuses secondes, il ne se passa rien, puis le jeune homme frémit et finit par ouvrir un œil, puis l'autre, avec une grimace.
« Qu'elle heure ? marmonna-t-il en se frottant le visage d'une main lourde.
- Six heures, Emma est venue te donner tes soins.
-… Hey, salut ! Sortant un peu de son brouillard, il sourit au jeune homme qui le regardait avec inquiétude et bonheur à la fois.
- Salut !
- Harry et Mione ne sont pas là ? Demanda-t-il en regardant autour de lui, essayant de se redresser.
-… Non, il est un peu tôt encore. Même s'il comprenait que Ron ait envie de voir son meilleur ami et sa fiancée, Théo se sentit un peu rejeté et il fit mine de s'éloigner. Après tout, lui n'était pas ami avec le roux, il n'avait pas vraiment de place dans sa vie et encore moins dans cette chambre.
- Ou tu vas ? S'étonna Ron en attrapant sa main pour le retenir.
- Je vais vous laisser, rentrer chez Harry, c'est lui qui me loge en ce moment.
- Attend ! Tu ne veux pas rester ?
- Non, je… ta famille va venir et…
- Je voudrais que tu restes… S'il te plait… Ron entrelaça leurs doigts et l'attira vers lui. Il va falloir qu'on parle, de plein de trucs, dit-il en caressant les cheveux bruns légèrement bouclés de Théo, mais en attendant, j'aimerais vraiment que tu restes avec moi, s'il te plait… Ne pars plus… »
Le brun lui fit un sourire un peu tremblant et opina, il n'avait aucune envie de le quitter, plus jamais.
« Il y a beaucoup de choses qui changent en ce moment, et plus encore à venir, mais je pense que se sont de bons changements. J'ai hâte de voir les nouveautés qu'ils vont apporter dans nos vies. De voir comment nous allons faire en sorte que tout aille mieux.
Je veux croire que nous pouvons arranger ce qui ne va pas, Weasley endormit, Théo malheureux, Granger et ses problèmes, ton histoire avec Dray. Je crois que nous pouvons améliorer les choses, et le fait que toi et moi puissions envisager d'être ami, c'est déjà un bon premier pas.
Non seulement je le dis, mais je le pense : j'ai hâte d'avoir de tes nouvelles.
Blaise »
