Chapitre 12 Athos
Athos se sentait comme le pire des idiots. La femme étendue sur le lit l'encourageait à continuer. Il la baisait depuis déjà quelques minutes, tentant de s'évader dans ce corps chaud, mais son malaise ne cessait d'augmenter. À chaque fois qu'il commençait à ressentir du plaisir, le visage d'Aramis s'imposait à lui. Penser ainsi à cette traitresse aurait du le mettre en furie, mais contre toute attente, son excitation décuplait à cette évocation. Tellement consterné par cette réaction, Athos en perdait toute contenance. Il devait alors se forcer à penser à autre chose, la pute sous lui montrant des signes d'impatience.
Il du finalement se rendre à l'évidence, ça ne marchait pas pour lui ce soir. Exaspéré, il se leva du lit et enfila ses vêtements. « Tiens, voilà ton dû. Je ne me sens pas bien. Fous le camp. » La jeune fille qu'il avait fait monter à sa chambre se leva à son tour et, d'un geste vif, prit les piécettes et sortit de la chambre, ne prenant même pas la peine de fermer son corset ni de redescendre ses robes. Elle devait être contente d'en avoir fini avec lui, se dit-il. La nuit est jeune et elle vient de gagner de l'argent facile.
Pas très fier de lui, le mousquetaire se rassit sur le lit, la tête entre les mains. Il avait loué une petite chambre ridiculement laide dans une taverne qu'il fréquentait rarement. Les endroits habituels contenaient trop de souvenirs de son ami perdu pour être confortables. Il ne cessait de le voir partout. Il se refusait à dire son nom tellement cela le contrariait. Chaque tête blonde lui faisait tourner la tête et, plus les jours passaient, plus Athos sombrait dans une profonde mélancolie.
La rage qui l'avait envahie à la découverte de cet odieux mensonge avait fait place à de l'hébétude. Il ne comprenait plus vraiment ce qui se passait. Porthos et lui avaient beau en parler tous les jours, ils ne semblaient pas plus avancés. Que faire? D'abord décidés à dénoncer cette imposture, ils avaient fini par comprendre le message de Tréville. Toute la compagnie pouvait sombrer sous les coups d'un tel scandale. Peu disposés à faire subir un tel affront à leurs vaillants camarades, les deux hommes s'étaient donc résolus à simplement rompre tout contact avec l'affreuse sorcière.
Moins d'une semaine ne s'était écoulée qu'Athos regrettait cette décision. La savoir parmi eux le rendait fou. Il aurait peut-être mieux valu pour son état d'esprit qu'elle disparaisse. Sa mission avec Rochefort était tombée au bon moment. Laissant un peu de latitude aux deux mousquetaires, cette absence leur permettait de reprendre un peu leurs esprits.
Porthos n'avait pas fait de reproches à son vieil ami, mais Athos savait qu'il n'appréciait pas la façon dont il avait agit avec… avec elle. Porthos était naturellement porté à protéger les femelles. Grand sensible sous cet amas de muscles, il jugeait probablement qu'Athos était allé trop loin. Évidemment, vu les circonstances, il ne s'était pas permis de lui faire la morale et Athos lui en était reconnaissant. Lui-même avait du mal à faire face à ses actions. Il avait vraiment perdu la tête! Les deux amis se connaissaient depuis plus de dix ans et étaient déjà inséparables lorsqu'ils avaient vu entrer ce petit être chétif dans la compagnie. Blond, tout maigrichon, mais avec une détermination dans le regard qui en tenait plus d'un à distance. Comme il fallait le prévoir, tous et chacun s'étaient permis de tester le nouveau venu et c'est avec délectation qu'Athos et Porthos avait observé Aramis réussir avec aisance chaque nouveau défi.
Aramis.
Voilà. Encore ce nom maudit. Était-ce seulement son véritable nom? Athos était certainement mal placé pour juger quelqu'un se cachant sous une autre identité. Mais, de là à mentir sur son propre sexe? Que lui était-il arrivé pour en arriver là? Malgré son cœur trahi, Athos ne pouvait s'empêcher de se poser la question.
Avec réticence, Porthos et lui en étaient venus à la conclusion qu'ils ne pouvaient éviter de parler à Aramis plus longtemps. Ils devaient savoir. Même si elle ne ferait plus jamais partie de leur vie, ils devaient absolument trouver une sorte de conclusion satisfaisante à cette portion de leur existence. Ils avaient besoin d'une raison. Pourquoi? Pouquoi? Pourquoi?
Athos lui en voulait tellement! Bien qu'il aimait Porthos de tout son cœur, c'est Aramis dont il s'était senti le plus proche. Parfois, un simple regard échangé leur permettait de se comprendre. Deux complices qui avaient une complémentarité hors du commun. La confiance qu'ils avaient l'un pour l'autre était si profonde… Il aurait donné sa vie pour cet ami, ce frère. Comment lui pardonner d'avoir omis un détail aussi important que son sexe? Comment ne pas lui en vouloir de ne jamais s'être confié à lui alors qu'ils étaient si proches? Ce n'était pas banal. Ça n'avait rien à voir avec son histoire à lui! Qu'il ne leur dise pas qu'il avait déjà été marié n'était pas vital. Cette honte et cette hargne qu'il portait pouvait peut-être teinter son rapport avec les femmes, mais ça n'influençait en rien leur travail.
Alors qu'une femme sous les traits d'un homme! Une femme portant la casaque! Non seulement elle apporterait le déshonneur sur les fameux et célèbres mousquetaires du Roi, mais sa condition même pouvait être dangereuse. Les femmes étaient plus faibles, plus sensibles, moins tolérantes physiquement, non? À l'instant où il formulait ces objections, Athos sentit qu'il se mentait à lui-même. Aramis, bien que svelte et petite, n'avait rien de faible. Aramis était courageux, fonceur, loyal, fiable, déterminé et honorable. Il ne s'était plaint d'aucune tâche et avait prouvé sa valeur plus d'une fois. Qu'il soit une femme rendait tout cela si irréel!
Avec un profond soupir. Athos se releva et fini de s'habiller. À pas trainant, il redescendit s'asseoir à une table de la taverne et se commanda à boire. Il vit avec détachement que la pute avec qui il avait tenté de s'ébattre était déjà fort occupée à séduire un autre client. Penser à son membre qui semblait aussi le trahir ces jours-ci ranima sa colère. Dégouté de lui-même, il se leva sans attendre son verre et sortit à l'extérieur.
Le chemin jusqu'à chez-lui fut long. Il s'était promené longtemps avant de se décider à trouver une catin pour la nuit. Lorsqu'il entra enfin dans sa maison, il n'alluma aucune bougie, préférant se rendre directement à sa chambre. Dans son lit, alors qu'il essayait de trouver le sommeil, l'image d'Aramis le hantait. Il la revoyait, nue, sous lui. Les jambes écartées, toute offerte, le sexe humide et invitant. Avec écœurement, Athos sentit sa verge réagir à cette image. Bon sang, quel était son problème pour être ainsi stimulé par elle? Avait-il été secrètement attiré par Aramis? Non, impossible. Même s'il avouait que son compagnon était beau, il n'avait jamais eu de désirs pour lui. Alors, pourquoi cette réaction?
Machinalement, il porta la main à son érection. « Trompeuse petite crapule », dit-il dans la pénombre. Parlait-il de sa verge ou d'Aramis? Des deux, probablement. Aramis. Traitresse. Perverse petite chatte. Comme elle avait ondulé sous ses attentions! Lorsqu'il pensait encore avoir affaire à une pute, il avait apprécié chacun des ses petits gémissements. Rien ne sonnait faux dans cette démonstration de plaisir. Il revit ses seins magnifiques et sa taille fine sous ses mains. La façon dont son membre avait pénétré son sexe mouillé. Les sons que leur unions avait produits… Humm…
En peu de temps, Athos se fit jouir. Son orgasme fut si intense qu'il en eu les larmes aux yeux. Se maudissant, il se recoucha après avoir essuyé la preuve de sa perversion et, priant pour une nuit tranquille, ferma les yeux. Pour la première fois en dix ans, il espéra rêver de Floranne, sa première femme. Tout était mieux que de fantasmer sur Aramis, non?
