Chapitre Dix : Décisions
Harry se tenait fermement sur ses deux jambes, un katana dans la main droite, une dague dans l'autre. En face de lui, Kishia, armé de la même manière, dardait un regard impassible sur le Libéré, dissimulant sa curiosité. Cela faisait vingt cycles que le gamin avait mis les pieds à Shamliar, et il avait appris vite. Les quelques rares informations qu'il avait eu du monde sorcier avaient alimentés sa haine et sa soif de vengeance. Le seul moment où il n'était pas ainsi, où il redevenait l'adolescent qu'il aurait dû être, c'était avec ceux qu'il considérait maintenant comme les siens, sa famille, au Domaine de Kishia.
Les chocs entre les lames résonnaient entre les pins, des étincelles les accompagnaient et le métal vibrait. Libéré contre Démon, acier contre acier, le combat faisait rage depuis dix minutes. Les bottes étaient parées, les feintes déjouées, les attaques esquivées. Un ballet meurtrier, d'une subtile précision où le moindre centimètre de mouvement rentrait en compte dans les calculs de trajectoires des lames, d'une grâce et d'une légèreté mortelles, une danse venue du fond des âges et qui habitait chaque lame, chaque parcelle du corps des combattants. Mais bientôt, les adversaires laissèrent tomber leurs armes sur le sol, basculant vers un duel élémental que tous deux préféraient. Ce n'était pas prévu au programme, il n'y avait pas eu de signal entre eux, juste un lien de plus en plus fort entre un Démon et son Libéré.
Ce terme pourrait paraître possessif pour qui ne connaît pas les coutumes de Shamliar. La Bénédiction de Kai-Ren était un don du peuple de Shamliar à un humain, généralement ceux destinés à faire de grandes choses. Aussi chaque Démon confiait une fiole de son sang lors de chacune de ses naissances au Sage Hakuro Nishiki qui les conservait en vue des bénédictions futures. Sirius avait fait des pieds et des mains pour obtenir une fiole de Kishia en particulier afin de réaliser le rituel sur son filleul. Cela aurait dû lui être mortel mais le résultat était là, Harry ressemblait de plus en plus à Kishia, leurs ADN se mélangeant dans ses veines.
Eclair contre vent, foudre contre tornade, le Domaine encaissait tant bien que mal au déchainement de puissances qui s'affrontaient. Les Liés, venus assister au duel, usaient de toutes leurs puissances élémentaires pour résister aux déflagrations. Puis, plus soudainement qu'un serpent qui fond sur sa proie, le calme revint, presque palpable après le vacarme du combat. Sous les yeux des spectateurs, Harry et Kishia étaient immobiles, un éclair flirtait avec la gorge d'Harry tandis qu'une lame de vent sifflait à deux doigts de la poitrine du Bakeneko. Sirius applaudissait vivement, suivi plus ou moins rapidement par les autres Liés.
« Harry, tu viendras avec moi demain. Sa Majesté veut te voir. »
Avec un sourire carnassier dévoilant ses crocs, Kishia quitta le centre de la zone de combat pour rejoindre le bâtiment qui lui était réservé. Le Libéré eut un sourire vainqueur. Plus que le fait d'avoir fini à égalité face à l'un des plus puissants Démons de Shamliar, Kishia l'avait appelé par son prénom et non par l'éternel « gamin » dont il était gratifié depuis le début.
« Eh, Kitsune ! Quand tu auras finis de rêver, tu penseras à venir manger ! »
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La salle d'audience du palais de Shamliar n'avait pas changé en vingt cycles. Mais aujourd'hui, le seigneur avait quitté son trône pour arpenter la pièce, ses griffes cliquetant sur le sol. Il devait prendre une décision concernant Kishia, et vite. Le Bakeneko pensait avoir caché sont état d'esprit, et c'était le cas, mais lui l'avait compris. Une simple observation et un brin de jugeote lui avaient suffit pour connaître ce qui voilait le regard de son meilleur espion parmi les Hommes.
Le fauve s'arrêta pour jeter un coup d'œil par la fenêtre. Au bout de l'avenue principale, le duo qu'il avait convoqué répondait à l'appel. Kishia, sous sa forme féline, avançait d'une foulée souple, le Libéré qui lui avait été confié à ses côtés. Harry ne ressemblait plus au jeune homme qui était arrivé, à moitié paumé et malingre. Aujourd'hui, c'était un jeune homme vif et musclé, bien qu'il resterait éternellement mince. Ses yeux brillaient de nouveau et ses cheveux violine, rassemblés en un catogan, flottaient dans son dos. On devinait sa puissance dans le moindre de ses mouvements, ainsi qu'une colère sous–jacente, qui ne demandait qu'à sortir. Un Libéré dans toute sa splendeur. Le seigneur des Démons prit une forme humaine, similaires à celles que prennent ceux qui se lient. Après tout pourquoi pas ? Ils défiaient les lois naturelles depuis le commencement alors cela marcherait peut être ?
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« Harry, je vois que ta formation de Libéré est sur le point de t'achever. »
« C'est exact, Votre Majesté. »
« Bien. Je suppose que tu souhaites savoir comment les choses se déroulent dans ton monde ? Voici un compte rendu résumant les évènements qui se sont déroulés durant les deux dernières décades ainsi que la totalité de ton courrier. Je te laisse te rendre dans le salon pour lire ceci. Kishia, reste, nous avons à parler. »
Harry s'installa sur le rebord d'une fenêtre. Le compte-rendu était signé d'un simple « K » qui tira un sourire au jeune homme, sourire qui disparut bien vite devant le résumé de la situation. Le professeur McGonagall reprenait le poste de Directrice de l'Ecole de Sorcellerie de Poudlard qui ne rouvrirait ses portes qu'au premier Octobre, des modifications, notamment dans les programmes et les enseignants étant à mettre en place de manière urgente, de même qu'une révision des protections du château. Harry émit un ricanement moqueur à cette idée. Comme si Poudlard avait besoin que l'on touche à ses barrières de protection, elles étaient déjà très élevées et en parfait état de fonctionnement.
Les élèves étaient donc tenus de rester chez eux jusqu'à la rentrée et tout acte de magie pour les mineurs en dehors de l'école étaient sévèrement réprimés, allant en cas de répétition, jusqu'à un passage momentané dans les geôles de la tristement célèbre prison d'Azkaban. Mettre des enfants en présence de Détraqueurs faisaient partie des comportements que le Libéré ne comprenait pas. Les enfants étaient l'avenir d'un peuple, et les enfants sorciers étaient plutôt rares et par là protégés. Pourquoi les soumettre à la torture de la présence des Détraqueurs pour un simple acte de magie. Sans parler que si le « crime » avait lieu en présence de Moldus, le renvoi et la destruction de la baguette étaient immédiatement appliquées, sans même la chance d'une explication lors d'un procès.
Pire encore, certains détenus étaient libérés pour « bonne conduite ». Comme si des Mangemorts pouvaient bien se conduire ! Le parchemin finit par s'enflammer dans un brusque accès de magie de la part du Libéré. Dans le courrier, il n'y avait d'intéressant qu'une lettre de Poudlard ainsi qu'une de Gringotts. Il semblait que les Gobelins ne soient encore passés de l'autre côté, ce qui était assez rassurant. Les Gobelins se faisaient la guerre entre leurs clans mais restaient neutres dans le reste des conflits qui déchiraient régulièrement le monde des sorciers. La seule fois où ils étaient intervenus avait vu un carnage sans pareil abreuver de sang des plaines entières.
La lettre de Poudlard contenait une lettre officielle signée du Ministre de la Magie lui-même. Elle stipulait que l'école de sorcellerie rouvrait ses portes pour le premier Octobre et rappelait que la pratique de la Magie état interdite en dehors des murs de l'école par la loi. Dans l'enveloppe de Poudlard, il y avait une lettre de Dumbledore accompagnée d'un mot griffonné par le professeur McGonagall, indiquant de le défunt directeur voulait que celle-ci lui soit remise pour son dix-septième anniversaire. Il laissa la lettre de son ancien directeur de côté.
Le courrier de Gringotts était d'un style officiel et pompeux propre aux Gobelins. Néanmoins, au milieu des tournures de phrases plus chargées les unes que les autres, on pouvait comprendre que Harry était prié de venir se présenter à partir du premier Août au Bureau des Héritages afin de prendre possession de ce qui lui appartenait maintenant de plein droit puisqu'il arrivait majeur. Le reste des plis étaient un ramassis d'injures et autres accusations contre sa soi-disant « désertion » face au Mage Noir, puisque personne n'avait eut la moindre de ses nouvelles dans le monde sorcier et que cette information était tombée dans les oreilles des journalistes. Harry étouffa un rire amer. L'Ordre du Phénix avait de sérieux problèmes de fuite d'informations. De plus, son « rôle » de Survivant et de Sauveur l'avait toujours révulsé et fait souffrir, mais là, il trouvait que les sorciers poussaient le bouchon trop loin. Certes, la prophétie indiquant que lui seul pouvait défaire le Mage Noir était inconnue du grand publique mais ils mettaient tout sur le dos d'un adolescent ignorant de la manière dont il avait défait le Seigneur des Ténèbres la première fois. Harry se leva et brûla le courrier inintéressant dans une des torches qui éclairaient le couloir et éparpilla les cendres sous une brise venue de nulle part avant de rejoindre la salle d'audience. Une phrase filtra avant qu'il ne frappe au battant.
« Tu as mon accord et ma bénédiction, Kishia. Mais c'est à lui de décider… Entre, Harry. »
« Votre Majesté » salua le Libéré en pénétrant de nouveau dans l'immense salle.
« Tu es un cas à part, Harry, et je sais que tu en es conscient. En tant que Libéré, tu fais partie du peuple de Shamliar mais ta Sorcellerie est aussi bien présente et puissante dans tes veines. Il te faut donc suivre une formation, d'autant plus que la rupture du Sceau de Kai-Ren a libéré la totalité de tes capacités. C'est maintenant à toi de choisir. Souhaites-tu partir dans une autre école pour terminer ta formation ou préfères-tu faire ta septième année à Poudlard, auquel cas tu pourrais profiter des deux mois de vacances restantes pour de balader à travers le monde ? »
Harry posa son regard violine sur le Seigneur des Démons. Il ne rêvait pas, n'est-ce pas ? Il avait vraiment le choix, pour la première fois de sa vie ? Un coup d'œil vers Kishia confirma sa question muette et le jeune home ne put empêcher ses lèvres de s'étirer dans un léger sourire.
« Un été vagabond en quelque sorte ? Cette idée me plaît, et malgré tout ce que m'a fait le monde sorcier, Poudlard restera ma première maison. »
« Très bien. Kishia te conduira au portail demain, à la première heure. »
« Merci, Votre Majesté. »
