Salut le peuple!
Ça faisait bien longtemps! Qu'on ne me jette pas de pierres, j'ai bossé comme une malade! Je rappelle que les chapitre 10 et 11 sont terminés et seront postés pendant l'été... donc c'est un mal pour un bien!
Le chapitre 10 devrait arriver très vite. Le 11 sera un peu plus long, tout d'abord pour sa longueur, son importance, et aussi parce que Yume sera dans l'incapacité de corriger pendant un petit moment.
Enfin bref, cette interlude est concentrée sur Temari et Shikamaru! Navrée si jamais vous êtes un peu perturbés par le fait que l'intro soit en SasuNaru alors que la suite non, mais je n'ai pas trop le choix, c'est important pour la suite de l'histoire.
Petite info : pas mal de références à la culture japonaise dans l'interlude, rassurez-vous, il y a des explications à la fin. Et OUI, dans ma fic, Gaara est plus âgé que Temari. Je sais que ce n'est pas le cas dans le manga, mais c'est quelque chose que je n'ai pas pu changer dans WAPU.
Disclaimer à Masashi Kishimoto... le plus grand troll de l'histoire. ...heureusement qu'il y a Madara pour rattraper le coup (grommelle dans sa barbe)
Bêta-lecture de Yume ka Mage, et primo-lecture de Sasunarufann! Merci à elles!
HAVE A GOOD READ!
THE WAR OF PUBLISHERS – Interlude 2
''Rien du tout.'' C'est ce que j'ai l'impression de répéter à longueur de journée.
Les filles de ma classe se rendent compte qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi, ces derniers temps. Elles me demandent ce que j'ai. Et je leur dis qu'il n'y a rien du tout.
La bibliothécaire aussi. Elle a remarqué qu'à chaque fois qu'elle me donne quelque chose à faire qui nécessite que je me retrouve seul avec le crétin, je refuse. Elle me demande s'il y a un problème avec Naruto. Et je lui dis qu'il n'y a rien du tout.
Et enfin, Itachi. Alors lui, il me tourne autour depuis des jours, il traque le moindre de mes mouvements, comme s'il attendait que je me trahisse. Mais que je me trahisse de quoi? Qu'est-ce qu'il y a de si intéressant à savoir? Que je suis tombé amoureux de mon meilleur ami? Que je suis incapable de lui parler normalement? Qu'on ne se connaît de toute façon même pas?
Eh bien voilà. Rien du tout.
Si le roi ne bouge pas, ses sujets ne le suivront pas.
Lelouch Lamperouge – Code Geass
La finale était là. Temari était assise, et attendait son adversaire, le cerveau bouillant et concentré. Elle entendait les quelques murmures du public, à quelques mètres, assis sur des chaises, ainsi que celui du jury. Il était en retard.
Elle tourna les yeux et vit le professeur et maître de son adversaire, Sarutobi Asuma, qui trépignait sur place, se demandant certainement où était son élève. Arriver en retard à la finale nationale d'échecs, ça la foutait mal.
Soudain, la porte d'accès à leur salle s'ouvrit, et un garçon passa le pas, les mains dans les poches, bâillant à s'en décrocher la mâchoire. Un homme lui fit signe d'aller rapidement s'asseoir dans le public, mais Asuma se précipita sur lui.
« Tu es en retard Shikamaru! Qu'est-ce que tu faisais?
– Désolé, je roupillais, j'ai pas vu l'heure. »
Temari cligna des yeux, comme pour être certaine qu'elle ne rêvait pas. Et c'était bien le cas.
Elle se serait attendue à un garçon lunetteux, avec son col boutonné jusqu'en haut ou même une cravate, et des mocassins cirés. Et enfin, la posture droite, le regard fier. Le cliché du joueur d'échecs quoi, comme elle en avait déjà rencontré un paquet.
Le jeune homme qui venait vers elle avait une moue désabusée sur le visage. Il était en jeans, avec une veste de jogging par dessus un t-shirt et des baskets. Enfin, ses yeux ne reflétaient que l'ennui.
Il s'assit face à elle, de l'autre côté de la table d'échecs, et le silence se fit dans le public. Elle vit Kankurou lui adresser un regard incrédule, qui devait probablement énormément ressembler à celui qu'elle portait à cet instant. L'arbitre s'approcha d'eux, puis les présenta l'un après l'autre. Temari n'entendait pas leur parcours à tous les deux, ni même les sponsors de la finale qui serait retransmise sur la NHK à une heure tardive.
Tout, elle avait imaginé tout sauf ça. Le génie Nara Shikamaru, qui avait fait tomber tous ses adversaires comme des mouches, que ce soit dans les concours lycéens régionaux ou comme à présent nationaux, qui faisait même baver d'envie certains adultes, qui en était à ce niveau alors qu'il avait commencé à jouer seulement trois ans auparavant; ce prodige était arrivé en retard, parce qu'il dormait.
C'était forcément une blague.
Elle secoua la tête, tandis la pièce de monnaie s'envolait, afin de choisir lequel des deux prendrait les blancs, et Temari fut désignée. Ils placèrent rapidement leurs pièces, le silence s'installant, puis l'arbitre abattit sa main sur le minuteur.
Temari survola son jeu et avança son pion sans hésitation, avant de faire claquer sa paume sur son côté du minuteur. Elle vit que les mains de son adversaire ne bougeaient pas, et releva un regard curieux vers Shikamaru.
Il la regardait. Et pourtant, ce n'était pas parce qu'il était perdu, ou endormi. Son regard avait changé. Il analysait son visage, ses mimiques, et non son jeu. Il vérifiait ses réactions, et ajustait ses mouvements selon ce que ses yeux lui montraient, et non ce que ses mains faisaient.
Ils jouèrent chacun leur tour, continuant cette alternance entre les coups de Temari qui restait fixée sur son jeu, et ceux de Shikamaru qui lui jetait un regard d'une demi seconde avant de déplacer une pièce. Au bout d'un moment, il arrêta même de la regarder, et ses coups s'enchaînèrent à une vitesse ahurissante. Puis Temari se rendit compte qu'elle ne jouait plus. C'était lui qui la faisait bouger là où il voulait qu'elle aille.
Horriblement vexée, elle se plongea dans la partie, et chercha à sortir du piège créé par son attaquant. Elle sentit le regard légèrement surpris de l'autre, qui lâcha même un faible rire. Temari se demanda un instant s'il se moquait d'elle, mais non. C'était un rire d'excitation.
Leurs pièces disparaissaient les unes après les autres, l'échiquier se vidait. Et la blonde remarqua, au bout d'un moment, que peu importe où elle irait, elle finirait par un échec et mat. Elle ne s'y était même pas attendue. C'était soudain, venu de nulle part, mais réel. Ses poings se serrèrent, et elle s'apprêtait à bouger son Roi pour sa dernière position avant sa défaite, quand Shikamaru leva la main.
Surprise, elle releva la tête, et l'arbitre s'approcha de lui. Le brun inspira longuement, avant de marmonner :
« J'abandonne. »
Temari crut bien que ses yeux allaient sortir de ses orbites. Est-ce qu'il plaisantait? Un long silence se fit entendre, puis un brouhaha indigné s'éleva des tribunes. Ne prenant pas attention à ça, ni au vociférations de son maître et d'une fille blonde, il se leva, puis quitta la salle, sans autre forme de procès.
Temari resta silencieuse, les yeux rivés sur l'échiquier à moitié vide, et qui aurait pu faire remporter la victoire à celui qui venait d'abandonner.
Une fois que les récompenses furent passées, et qu'elle eut même le droit à une interview venant d'un journal plus ou moins prestigieux de la région, elle fut enfin libérée. Elle se retrouva dehors, la petite coupe dans son sac, et flanquée de ses deux frères.
Kankurou parlait, la félicitait, et Gaara acquiesçait de temps à autre. Temari faisait semblant d'être ravie d'avoir gagné, un sourire supérieur aux lèvres. Elle aurait dû être satisfaite d'entendre enfin les louanges qu'elle méritait amplement.
Mais en vérité, elle était furieuse. Elle se sentait plus qu'humiliée. Elle exécrait cette victoire au goût si amer, et savait que dès qu'elle serait rentrée, elle jetterait cette coupe à la poubelle. Gagner avait été un de ses rêves. Elle y avait travaillé si longtemps, elle avait dû réduire à néant tant d'espoirs de ses concurrents... et tout ça finissait comme ça? C'était honteux, et elle-même savait que c'était Shikamaru qui aurait dû remporter la victoire.
Alors pourquoi, bon sang, pourquoi avait-il abandonné? Était-il aussi stupide que ça?
Elle secoua la tête quand ses frères eurent le dos tourné, et laissa échapper un lourd soupir rempli de mécontentement. Comme quoi, vivre pour ses rêves n'avait pas que du bon, parfois. La blonde avait trouvé plus fort qu'elle, et elle l'assumait. Mais, et ça n'avait rien à voir avec le fait d'être mauvaise joueuse, si elle recroisait un jour ce type elle le flinguerait. Et sans blaguer.
Il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis, c'était ce que Temari se répétait sans s'arrêter. C'était une phrase stupide, mais c'était ce qu'on disait. Pour être un formule tellement reprise, il y avait forcément un peu de vérité. Par conséquent, même si elle n'y croyait pas totalement, elle avait raison. Et c'était bien connu qu'elle avait toujours raison.
C'était pour ça qu'elle se trouvait dans le parc d'Ueno. Temari marchait à proximité de l'étang où s'amusaient quelques touristes, tout fiers et heureux dans leurs pédalos en forme de cygne. Elle ne fit que hausser un sourcil en les voyant, habituée à croiser ce genre de personnes dans ce coin-là de Tokyo, où elle avait toujours habité; sachant pertinemment qu'il y avait des SDF qui dormaient derrière les buissons. Saluant vaguement un homme dans son carton qu'elle connaissait de vue, elle se dirigea un peu plus hâtivement en direction du centre de l'immense parc.
Le chemin vers le Benten-do était rempli de vacanciers, ou encore de Tokyoïtes venus pour prier au temple, profitant de la Golden Week. Tentant de traverser la foule en faisant attention à ses poches, elle parvint enfin à la statue de Takamori Saigô, dont les alentours étaient tout aussi bondés. Elle se cacha rapidement quand elle passa à côté, évitant de se faire prendre en photo par les voyageurs, puis trouva enfin le seul endroit calme du parc. L'ancienne arène de Shogi, datant de l'Ère Edo.
Les dalles étaient encore propres, rutilantes, entretenues soigneusement par le personnel du parc. Et, couché sur une table un peu à l'écart et de construction bien plus moderne que les plateaux millénaires, Temari reconnut une certaine tignasse brune, attachée en une queue de cheval haute.
Un peu de honte revint en Temari quand elle l'aperçut, et colora ses joues, mais elle enfonça ses mains dans les poches de son sweat, et s'approcha du jeune homme, qui ne la vit même pas s'approcher, ses doigts à lui croisés derrière son crâne.
Une fois à sa hauteur, la lycéenne remarqua qu'il ne dormait pas. Il se contentait de regarder le ciel, ses yeux marrons suivant les nuages qui filaient sans un bruit.
Elle lâcha un soupir, et gronda, se postant plus près de lui pour qu'il se rende enfin compte de sa présence :
« Je suis si en retard que ça? »
Il haussa légèrement un sourcil, tournant ses pupilles vers Temari :
« Nan, c'est moi qui suis venu en avance. »
Shikamaru se redressa pour regarder la blonde face à face, et attendit qu'elle parle. Après tout, c'était la joueuse d'échecs qui l'avait contacté, sans qu'il sache comment elle avait eu son numéro d'ailleurs. Bon, il imaginait que Asuma devait avoir quelque chose à voir là dedans, lui qui se plaignait sans arrêt qu'il négligeait ses entraînements pour le tournoi du printemps. Mais ça n'expliquait toujours pas pourquoi son ancienne adversaire cherchait à le rencontrer.
Les sourcils de Temari se froncèrent, et dans ses poches, ses poings se fermèrent. Elle plongea ses yeux pleins de détermination dans les bruns, et sortit enfin une main, montrant ce qu'elle avait gardé caché jusqu'à présent.
Shikamaru ouvrit un peu plus grand les yeux en voyant la petite coupe dorée, symbolisant un Roi d'échecs. C'était le trophée qu'elle avait gagné.
« Jolie coupe. »
La bouche de Temari se tordit.
« Ah bon? Moi je la trouve ignoble. Et il y a une bonne raison : elle ne m'appartient pas. »
Le brun se renfrogna :
« Ça veut dire quoi, ça?
– Ça veut dire que je n'ai pas apprécié que tu me laisses gagner, la dernière fois. Je ne mérite pas cette coupe, et la posséder me donne envie de vomir.
– T'avais bien joué, tu la mérites, insista-t-il.
– Oui, j'ai bien joué, acquiesça-t-elle. Mais toi, non. Toi, t'as mené du début à la fin, tu maîtrisais totalement le jeu, et je suis certaine que si tu y avais mis un peu du tien, j'aurais perdu en moins de vingt coups. »
Roulant des yeux, Shikamaru soupira :
« Dis pas de conneries...
– Oh, arrête-ça, tu veux! N'importe qui étant présent ce jour-là pourrait dire la même chose que moi! C'est toi qui as gagné, je ne sais pas pourquoi tu as tenu à me laisser avoir ce trophée, mais j'en veux pas si je ne l'ai pas mérité. »
Il la fixa longuement, paraissant un peu mal à l'aise ainsi que contrarié, et finit par marmonner :
« C'est pour ça que tu m'as appelé? Pour me donner ça? Un colis par la Poste aurait été plus simple.
– Nan, répliqua-t-elle sèchement. Je suis pas ici juste pour ça. »
Elle inspira lentement par le nez, jetant définitivement aux quatre vents sa fierté, pour dire, avec le plus de détermination possible :
« Je veux qu'on rejoue. Cette fois-ci, je te battrai. Et comme ça, je mériterai d'avoir gagné ce trophée. »
Shikamaru écarquilla les yeux, se redressant brusquement de sa position auparavant avachie.
« Quoi? Maintenant?
– Ouais, maintenant.
– Mais j'ai pas envie! Quelle barbe, j'ai déjà eu droit à deux heures d'entraînement ce matin avec Asuma!
– Rien à foutre! T'avais qu'à pas déclarer forfait! »
Une moue tordit les traits du lycéen, qui cilla lentement, avant de passer une main lasse sur son visage. Il se leva, et s'approcha d'une des tables de Shôgi, s'asseyant sur le siège en pierre. Temari, satisfaite, s'assit à son opposé, et sortit son jeu d'échecs.
« Galère... Une seule partie, okay?
– Et toi, t'as pas intérêt à me laisser gagner. » le menaça-t-elle avant d'avancer son pion, débutant la partie.
« Encore une fois! cria-t-elle, les muscles du visage crispés sous la colère.
– Mais merde, t'avais dit une seule partie, et ça fait déjà la quatrième! C'est bon, moi, j'en ai ma claque, ok?
– REVIENS LA! »
Shikamaru ignora les hurlements de la blonde et se leva, enlevant la poussière de son pantalon avant de s'éloigner, l'air encore plus fatigué que d'habitude.
« Nara! Je vais te battre, cette fois, alors arrête de te défiler!
– J'ai piscine, je peux pas. » répliqua-t-il vaguement en commençant à s'éloigner.
Furieuse, Temari se leva et plaqua sa main sur son épaule, le retournant violemment :
« Mais sérieusement, c'est quoi ton problème à la fin? J'ai beau essayer, j'arrive pas à te comprendre!
– Bon sang, qu'est-ce que je t'ai fait? se lamenta-t-il. Je t'ai laissée gagner, c'est tout, sois contente, pas besoin d'en faire un fromage.
– Pas question! Obtenir des louanges pour avoir lamentablement perdu, ça me file de l'urticaire tellement ça me dégoûte! Et ce que je ne saisis pas, c'est pourquoi tu m'as laissée gagner! »
Le brun secoua son épaule pour se débarrasser de la main qui y était fortement attachée.
« Écoute, je m'en fous de gagner ou pas. J'aime bien les échecs, mais pas au point de vouloir devenir pro, ou une bêtise du genre. Toi, tu méritais de gagner, c'est tout, alors je t'ai laissée le faire. »
Ses nerfs lâchant définitivement, Temari attrapa son col, le faisant trébucher vers l'avant.
« Et moi je n'accepterai jamais ça! Je ne suis pas comme toi, je ne pourrais pas poser mes yeux sur ce trophée tant que je ne l'aurais pas mérité! »
Shikamaru baissa les yeux vers elle, respirant lentement, puis marmonna :
« Okay. C'est tout à ton honneur. »
Ses pupilles s'étrécirent, et Temari resserra sa poigne sur le col du lycéen.
« Mais bon, vu que t'as mon numéro de téléphone, j'imagine bien que tu serais capable de me harceler jusqu'à que j'accepte de rejouer contre toi... » soupira-t-il.
Ils se défièrent encore du regard, Shikamaru posa sa main sur celle de la blonde, qui le lâcha rapidement.
« J'ai cours demain, alors je pioncerai dès que je rentrerai chez moi. On a qu'à dire qu'on se retrouve là tous les samedis, si tu y tiens tellement. »
Les yeux de Temari s'écarquillèrent, et ses bras retombèrent près de ses flancs, ballants. Il passa une main derrière son crâne et s'en alla en bâillant, sans ajouter un mot de plus.
Temari passa une main sur son front, essuyant rapidement la sueur qui s'y trouvait. Elle attendait avec impatience de se retrouver à l'ombre des cerisiers qui se trouvaient de chaque côté du chemin, au lieu de cette foule du Benten-do. Maintenant que c'était l'été, la foule était encore plus dense, et avec cette chaleur, marcher à cet endroit était tout bonnement insupportable.
Cela faisait maintenant trois mois que Temari venait ici chaque samedi, avec son jeu d'échecs dans son sac. Et évidemment, elle n'avait toujours pas été capable de mettre une raclée au brun.
Elle avait gagné quelques fois, mais elle avait l'amère impression que c'était soit parce qu'il l'avait laissée gagner, soit parce qu'il n'était pas du tout concentré et voulait en finir rapidement. Ces rencontres hebdomadaires les avaient forcés à se rapprocher, et à mieux se connaître, ce qui l'avait irrémédiablement conduite à se rendre compte de la paresse extrême du brun. C'en était presque ridicule, lorsqu'elle lui avait demandé ce qu'il faisait de ses vacances ou encore de ses week-ends, il lui avait juste répondu qu'il roupillait. Et visiblement, il n'avait pas une foule d'amis.
Il l'avait elle, au moins, enfin, c'était ce qu'elle pensait. En trois mois, ils n'avaient pas fait que jouer, loin de là. Il y avait toujours un moment où Shikamaru se mettait à geindre qu'il avait soi-disant mal à la tête, et ils se retrouvaient allongés sur les tables de pique-nique, à regarder les nuages, et à parler de tout et de rien.
Ils s'étaient même vus à quelques autres occasions, par exemple il l'avait raccompagnée chez elle lorsqu'ils s'étaient croisés par hasard dans le bus, ou bien lorsqu'elle l'avait supplié de l'aider pour un devoir de maths qu'elle était tout bonnement incapable de déchiffrer seule.
Le temps avait passé et avait fait son effet, et malgré sa paresse parfois insupportable, Temari s'était mise à bien l'aimer, ce brun. Désormais, ce rêve stupide qu'elle avait eu, celui d'être la meilleure joueuse d'échecs du Japon, s'effaçait, elle ne venait plus seulement à leurs rendez-vous pour gagner, mais pour revoir Shikamaru. Et quand ses amies lui avaient demandé avec qui elle passait tous ses samedis, elle avait répondu sans réfléchir que c'était son meilleur ami.
Mais elle dut se rendre à l'évidence qu'elle avait tort quand, en arrivant enfin à leur point de rendez-vous habituel, elle vit une queue de cheval blonde, appartenant visiblement à la petite amie du joueur d'échecs. C'est ce qu'elle présuma en premier, étant donné que la fille tenait le bras du lycéen.
Shikamaru remarqua qu'elle était là, et lui fit un salut de la main désinvolte, avant de se retourner pour grogner vers son amie-sangsue.
Temari sentit vaguement quelque chose se tordre dans son estomac, et sa voix fut froide lorsqu'elle demanda :
« Je vous réserve un hôtel? »
La blonde ouvrit de grands yeux, rougit vaguement, avant de secouer la main :
« Avec lui? Même pas en rêve, il ne ferait que pioncer! » elle relâcha rapidement le brun qui faillit tomber de son siège, et elle se posta face à Temari : « Je m'appelle Ino. »
Elle répliqua vaguement :
« Temari.
– Aaah, Shikamaru m'avait caché que tu étais une si jolie fille, dit-elle en haussant un sourcil, un sourire mutin aux lèvres. Je me disais bien que tu devais l'être, pour arriver à tirer ce flemmard de son pieu chaque samedi. »
Shikamaru gronda :
« Ça y est, ta curiosité est satisfaite?
– Tu me vires? s'exclama Ino. Je viens d'arriver!
– Tu vas faire que nous emmerder.
– Quoi, vous allez vous rouler des pelles? »
Écarquillant les yeux, Temari rougit de colère, et siffla :
« T'es qui?
– Sa meilleure amie.
– Ah. »
Sa gorge se serra. Elle aurait dû s'en douter. Après tout, ils ne se connaissaient pas si bien que ça, finalement. Mais savoir ceci faisait plutôt mal.
« Bon, on prend racine ou quoi? pesta Temari, ayant pour le coup vraiment perdu sa bonne humeur. On joue, ou bien je vais devoir tenir la chandelle? »
Shikamaru lui lança un regard un peu confus, surtout surpris par la sécheresse dont elle faisait preuve.
« Il t'est arrivé un truc avant de venir? »
Temari vit rouge, et s'écria, pointant un doigt vers Ino :
« On est censé jouer, tu t'en souviens, génie!? Alors je vois pas ce qu'elle fait là! »
La désignée ne moufta pas, et garda ses yeux vers ceux de Temari, tout à fait calme.
« Pourquoi, t'es jalouse? » rétorqua-t-elle avec un sourire en coin.
La plus âgée serra les poings, et sentit ses joues lui brûler un peu plus. Elle tourna les talons et s'en alla, ses couettes claquant dans l'air sous sa colère.
« Hé, vraiment, je t'assure, t'as pas à t'inquiéter! Moi et Dormeur? Il me faut un mec passionné, vif, et endurant, si tu vois ce que je veux dire... »
Temari fronça les sourcils.
« J'ai pas besoin des détails, merci. »
L'autre blonde se mit à rire, et recommença à siroter sa boisson, toujours aussi guillerette.
La joueuse d'échecs aurait bien aimé revenir dans le temps, jusqu'au moment où elle avait pété un câble au beau milieu du Parc d'Ueno pour des broutilles. Comment avait-elle pu vraiment penser que ces deux-là étaient en couple? Plus différents, tu meurs.
Bon, elle avouait qu'elle n'avait pas non plus apprécié d'apprendre que le brun avait une meilleure amie dont elle n'avait pas conscience. Mais celle-ci s'était avérée être plus attentionnée que prévu. Ino avait été jusqu'à piquer le portable de Shikamaru pour l'appeler et qu'elles se voient pour régler les choses entre elles. Elle s'en voulait, car elle savait qu'elle n'y avait pas été de main morte, et que sa plaisanterie avait peut être été trop loin, surtout avec quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
« Mais tu sais, poursuivit Ino. Je préfère me méfier en fait. On dirait pas comme ça, mais il y a plusieurs filles dans notre lycée qui font le pied de grue pour sortir avec ce flemmard. Mais ça serait mieux si ce qui les attiraient étaient sa gueule ou sa personnalité, et non pas ses neurones qui pourraient les aider à faire leurs devoirs.
– Il y a sérieusement des filles qui sortent avec des têtes juste pour ça? s'étonna Temari.
– Oh que oui! C'est pour ça que j'ai un peu tiré sur la corde en te voyant, je me suis demandé si t'étais comme elles. » elle tira la langue, rougissant un peu. « J'avais totalement oublié que t'étais celle contre qui il avait joué à la finale d'échecs. J'imagine que toi aussi t'as vingt mille de QI, comme Monsieur. »
Temari haussa les épaules, prenant une cuillère de sa glace au chocolat, avant de laisser son regard planer dans le café où elles se trouvaient.
« En même temps, ce crétin ne m'avait jamais parlé de toi, répondit la joueuse d'échecs. Alors c'est plutôt lui qui devrait s'excuser.
– Ah bah ça! ricana la lycéenne à la queue de cheval. Ça serait rêver! D'ailleurs, il n'a tout bonnement pas remarqué que ces filles lui faisaient du gringue. Quand je lui dis que MOI je le vois, il dit qu'il s'en fout! Au moins, ça freine rapidement leurs ardeurs. C'est d'ailleurs plutôt drôle à regarder... »
Elle leva les yeux au ciel, et reprit :
« Enfin, peu importe! De toute façon, toi, je t'aime bien! Alors si jamais tu veux sortir avec lui, no problémo Mario! »
Manquant recracher sa glace, que ce soit à cause de son expression, ou alors de ce qu'elle insinuait, Temari se mit malgré tout à rougir :
« Hein? Il m'intéresse pas du tout! Qui voudrait un mec comme ça? »
Ino leva les mains :
« J'en sais rien, je peux pas juger. Pour moi, ce sera toujours Shikamaru, ce gamin qui roupillait une heure de plus que nous pendant la sieste en maternelle. En plus, je devais me le taper tout le temps chez moi, vu que nos parents sont amis! Ça fait que peu importe comment je le regarde, je peux vraiment pas dire objectivement s'il est mignon ou non.
– Ben j'le trouve pas mignon, moi. » marmonna Temari en détournant les yeux.
Ino haussa un sourcil en voyant qu'il y avait bel et bien une nuance de rouge sur ses joues, et se contenta de sourire en coin. Elle sentait qu'elle allait bien s'amuser, à regarder ces deux têtus refuser d'avouer leurs attirances respectives.
« Tu sors plus jamais de cette maison. »
Ses mains sur les hanches, Temari dévisagea longuement son frère de deux ans son aîné, qui était affalé sur le canapé, devant la télévision.
« Et depuis quand tu te prends pour Maman, ducon?
– Depuis qu'elle ne sait pas que tu sors avec un mec tous les samedis. » Gaara lui lança un regard en biais. « J'espère que jusque là, vous vous êtes protégés.
– MAIS BORDEL! cria-t-elle. On sort pas ensemble, putain!
– Tu peux prononcer une seule phrase sans dire un gros mot, s'il te plaît? grogna-t-il en se frottant les yeux, fatigué.
– Ça, ça sera quand t'arrêteras de me donner des ordres et de te mêler de ce qui ne te regarde pas! J'ai 18 ans, Gaara, alors tu fermes ta gueule et tu me laisses vivre! »
Le roux leva la tête vers elle, un sourcil haussé.
« Okay.
– On est d'accord alors, acquiesça-t-elle, satisfaite d'avoir gagné la bataille.
– Mais attends-toi à ce que Kankurou t'embête avec ça jusqu'à la fin de ta vie. »
Son contentement disparut, et elle entendit le rire de son frère aîné.
« La petite Tema-chan grandit, c'est émouvant... Faudra songer à nous présenter ton Hikoboshi.
– Mais c'est pas mon copain, vous êtes sourds ou quoi!? s'écria-t-elle.
– Mais oui, mais oui, acquiesça le brun en tapotant son épaule.
– Et même si c'était le cas, je vous le présenterai pas! Ça vous amuserait trop de le faire fuir! »
Kankurou ouvrit le frigidaire et en sortit une bouteille de jus d'orange, qu'il commença à boire au goulot.
« Ooh, on est pas des monstres à ce point-là.
– T'as jamais vu Gaara au réveil. »
Le roux étrécit ses yeux :
« Laisse-moi en dehors de vos disputes de gamins.
– Ça, ça serait possible si t'avais pas été tout raconter à Monsieur je-joue-encore-avec-des-marionnettes! »
Le plus âgé se renfrogna, et bougonna :
« Je deviendrai marionnettiste, tu verras. »
Soupirant lourdement, Temari passa une main sur son visage.
« Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter deux frères pareils...?
– En attendant, tu seras bien heureuse d'avoir deux grands frères si ton copain a oublié de prendre une capote. » répliqua l'aîné.
Temari lâcha prise, attrapa la bouteille, et la renversa en entière sur la tête du brun. Gaara exhala, et changea de chaîne à la télévision.
« En fait, si, c'est bien que t'aies un copain. Ce sera à lui de gérer tes crises de nerfs, et plus à nous. » Après un blanc, il ajouta : « Et, excuse-moi, mais c'est sûrement toi la plus masculine de nous trois. »
A peine eut-il fini de parler que sa précieuse télécommande fut jetée par la fenêtre par une blonde enragée.
« T'as des frères et sœurs, toi?
– Nan.
– Bah t'as de la chance, putain! s'exclama Temari, s'adossant à un arbre.
– J'ai déjà Ino, c'est pas non plus un cadeau. »
La blonde s'esclaffa, et prit son portable auquel elle jeta un coup d'œil. Ils avaient rendez-vous avec les amis de Shikamaru ainsi que quelques-uns des siens pour se rendre au cinéma, mais elle ne voyait personne arriver, et ça l'énervait.
« Rah, et pourquoi elle est jamais à l'heure, elle? Dix minutes qu'on poireaute!
– C'est normal, elle est en réunion avec notre prof principal. Ils parlent de son avenir, alors évidemment, vu qu'elle ne sait pas faire grand chose de ses dix doigts, c'est long. C'est aussi pour ça que Chouji est en retard, d'ailleurs. »
Temari cilla, puis haussa les épaules, regardant le passage des promeneurs devant eux. Cela faisait bientôt deux ans qu'ils se connaissaient tous, et qu'ils sortaient ensemble dès qu'ils en avaient l'occasion. Elle était entrée au printemps dernier en école de droit, tandis que Shikamaru démarrait sa dernière année de lycée.
Ils ne se voyaient presque plus pour jouer aux échecs. Au fur et à mesure du temps qui s'était écoulé, elle avait compris que s'accrocher à ses rêves stupides et inutiles, ça ne l'amènerait pas loin. Alors elle était entrée à la fac pour devenir avocate, parce qu'avoir toujours raison était quelque chose pour laquelle elle était très douée.
Elle avait dû grandir. Et ça la rendait un peu triste.
« Ah je m'en souviens, qu'est-ce que c'était chiant... soupira-t-elle. Et toi, c'est allé vite? »
Un coin de la bouche de Shikamaru se tordit, et il marmonna :
« Moyen. Mon PP veut absolument que je fasse de longues études, pour devenir médecin, ou je-ne-sais quoi de scientifique...
– Et tu ne veux pas? »
Il inspira longuement, et murmura :
« J'en sais foutrement rien. »
Temari le regarda en biais, assez surprise.
« Sérieux?
– Totalement. Tout le monde me dit que je peux aller où je veux, mais le problème c'est bien que je ne sais pas quoi faire... Je vais probablement finir comme mon PP me dit de faire, prof comme lui, qui se fera chier, et je quitterai jamais le lycée, au final. »
Fronçant les sourcils, elle lui donna un coup de pied dans le mollet :
« Je te connaissais pas si fataliste. Si tu ne veux pas faire quelque chose, ne le fais pas. C'est justement pour ça que tu as de la chance d'avoir du choix : visiblement tu sais qu'être prof n'est pas fait pour toi.
– Le problème c'est que rien ne me paraît mieux qu'autre chose. Et il faut tenter pour savoir.
– Tu vas me dire qu'il n'y a pas un seul domaine dans lequel tu te sens plus à l'aise que les autres? »
Un faible sourire étira les lèvres du brun :
« Regarder les nuages? »
Elle lui lança un regard noir, mais répliqua quand même :
« Météorologue dans ce cas?
– Je déconnais. Et il n'en est pas question.
– T'es compliqué. Autre chose? »
Shikamaru passa une main derrière son crâne, soupirant, et commençant à se mordiller la lèvre inférieure. Il aurait voulu ne pas parler de ce sujet qui le saoulait tellement, mais c'était sorti tout seul. Et maintenant, Temari ne risquait pas de s'arrêter d'ici qu'elle ait enfin trouvé de quelle façon résoudre son problème.
« J'sais pas...
– J'imagine que les choses trop intellectuelles ne t'intéressent pas?
– M'ouais.
– Et manuelles non plus? » elle n'eut pas besoin de réponse, son visage parlait pour lui. « Et plus dans le domaine scientifique ou littéraire? »
Il leva les yeux vers le ciel.
« Aucune idée...
– Tu m'aides pas, là!
– P'tain, mais Temari, je te dis que j'en sais rien! Tu crois vraiment que j'y ai pas réfléchi?
– J'essaie juste de t'aider, crétin! »
Il passa une main sur ses yeux :
« Je sais bien, mais c'est inutile, je t'assure. Je finirai sûrement dans un bureau, de toute façon, comme la moitié de la population japonaise.
– C'est triste de se dire ça. Avant de décider d'aller plus bas que terre, tu devrais au moins essayer quelque chose où tu aurais des rêves. »
Il ricana :
« Comme les mangakas qui ne sont au final que des parieurs?
– Exactement. »
Il ouvrit de grands yeux, ne s'attendant pas à une réponse sérieuse à sa plaisanterie. Temari, remarquant sa surprise, poursuivit :
« Je ne rigole pas. Personnellement, j'admire ces mecs. Ils ont des rêves, et ils font tout pour les accomplir. Ils ont des emplois du temps de tarés, dorment quatre heures par nuit, n'ont jamais de vacances, mais ils continuent quand même, juste pour donner du bonheur aux gens, et ceci en faisant quelque chose qu'ils adorent. Je trouve ça formidable et très courageux. Moi, j'en ai jamais été capable, mais peut-être que tu pourrais y arriver, toi. T'as plus de détermination que moi, quand tu le veux. »
La blonde enchaîna, tandis que le brun était un peu bouche bée :
« D'ailleurs, t'aimes bien les mangas, non? »
Il reprit son air sérieux, pris au dépourvu :
« Bah... Ouais, comme 90% des japonais...
– Pourquoi pas tenter, alors?
– Devenir mangaka? » lui demanda-t-il, se demandant sérieusement si elle avait pété les plombs.
Elle roula des yeux, fatiguée de devoir mâcher le travail pour qu'il comprenne ce qu'elle veuille dire :
« Il n'y a pas que ça, andouille. Il y a bosser dans les animes, dans les ventes de mangas, dans l'édition, la pub... Il faut bien des gens pour ça. »
Shikamaru commença à se grattouiller la nuque, levant ses yeux vers le ciel.
« ...ça me branche pas totalement, mais c'est vrai que je préférerai bosser là-dedans qu'autre chose.
– Tu vois que j'ai bien fait d'insister! s'exclama Temari, lui envoyant une lourde tape dans le dos, riant.
– Ohé, rien n'est encore fait, c'est juste une idée...
– C'est mieux que rien du tout, non? »
Il l'observa, regarda ses grands yeux verts doux et rieurs, et sourit en coin.
« C'est vrai. C'est un début. »
« Ah, ce que je suis fier de vous, mes élèves! s'esclaffa Asuma, sa clope serrée entre ses dents pendant qu'il faisait sauter le chou qui serait servi pour leur dîner. Comme quoi, j'ai été un professeur de japonais d'enfer! Vous voilà tous parés pour entrer dans la littérature, il y a de quoi déboucher le champagne! »
Shikamaru haussa un sourcil, souriant en coin tandis que Kurenai s'esclaffait :
« Si tu étais un si bon professeur, alors pourquoi tu as lâché ton travail dès que ces trois-là sont sortis du lycée? Plutôt que brillant, je dirais plutôt que tu étais très poule! »
Asuma fit la moue, rougissant un peu, et le plus jeune leva les yeux au ciel.
Deux ans s'étaient déjà écoulés, et beaucoup de désordre s'était insinué dans leurs vies. Tout d'abord, il était entré à l'école de littérature, en même temps que son meilleur ami Chouji. Ino, quant à elle, ne sachant pas trop où se poser, avait d'abord décidé d'améliorer sa pratique en langues étrangères, puis était partie avec son père en Chine. Cependant, le pays ne lui plaisait pas plus que ça, et elle comptait encore vagabonder un peu partout avant de rentrer à Tokyo pour reprendre ses études.
Asuma, lui, avait lâché son travail peu de temps après leur entrée à l'université, et grâce à quelques contacts de son père lui-même auteur, avait obtenu un poste dans une maison d'édition. Au grand étonnement de Shikamaru, celui-ci n'avait pas commencé à travailler dans la littérature, mais dans les mangas. Quand il lui avait demandé la raison, son aîné lui avait simplement répondu d'un haussement d'épaule ''pour changer d'air''.
« Je ne suis pas poule, j'en avais simplement marre d'enseigner à des étudiants insupportables qui ne pensent qu'aux jeux-vidéos et au porno!
– Asuma, je suis certain que t'étais pareil à notre âge, marmonna Shikamaru.
– Et je t'avertis que je sais exactement où se trouvent tes magazines. » gronda la jeune femme.
Pour le coup, Asuma pâlit, et se détacha de sa poêle, s'approchant de sa bien aimée pour essayer de s'expliquer. L'étudiant soupira et se leva pour mettre le chou sauté dans un bol, quand on toqua à la porte et que Asuma, sauvé par le gong, alla ouvrir. Le plus âgé poussa quelques exclamations, mais Shikamaru n'entendit pas ce qu'il disait par dessus le grésillement des poêles. Il éteignit le feu, laissant l'omelette reposer, et alla voir qui était le visiteur.
Pénétrant dans l'entrée, il se figea en voyant un jeune homme brun, ayant maximum vingt-cinq ans, qui retirait ses chaussures, une pochette sous le bras. Le brun releva ses yeux, noirs d'encre, vers lui, et le salua d'un mouvement de tête.
Adressant un regard interrogateur à Asuma, celui-ci lui fit un sourire désolé :
« Shikamaru, navré, je dois sortir régler quelque chose par rapport à un manuscrit. Je vous laisse une dizaine de minutes-
– L'imprimerie est à vingt minutes, senpai.
– Ah, oui, oui, c'est vrai, plutôt vingt minutes... En attendant, Sasuke-kun doit chercher des documents dans mon bureau... Je reviens! »
Aussitôt dit, Asuma finit de mettre son écharpe et sortit sur le palier, refermant derrière lui. Kurenai arriva en trottinant, s'essuyant les mains avec un torchon, et écarquilla les yeux :
« Oh, Sasuke-kun, cela faisait longtemps! Contente de te revoir.
– Moi de même. » répondit-il, s'inclinant.
Il observa ensuite Shikamaru, et la brune posa une main sur l'épaule du plus jeune :
« Je ne crois pas que vous vous connaissez, tous les deux...
– En effet. » acquiesça Shikamaru.
Kurenai lâcha un doux rire, et désigna Sasuke d'un mouvement de main :
« C'est un éditeur sous les ordres d'Asuma. Tu aimes les mangas, d'ailleurs, alors peut-être que tu connais celui que supervise Sasuke! Vous devriez faire connaissance! »
Les yeux de Shikamaru eurent un éclat intéressé, et il vit Sasuke chercher sa carte de visite. L'Uchiha la lui tendit :
« Uchiha Sasuke, je m'occupe de One Piece. »
Shikamaru accepta la carte, et répondit :
« Nara Shikamaru. J'étudie à la fac de littérature de Tokyo Est.
– Très bon choix, opina le brun.
– De même pour One Piece, je suis très fan. Je suis d'ailleurs le cursus afin d'entrer dans l'édition de mangas.
– Oh? »
Kurenai, un grand sourire aux lèvres, dévisagea les deux garçons. Ils se connaissaient à peine, et pourtant on sentait déjà qu'ils se comprenaient, qu'il y avait comme un courant d'électricité entre eux. Peut-être quelque chose de propre aux génies, pensa-t-elle. Néanmoins, ce fut en se disant que ce ne serait certainement pas la dernière fois que ces jeunes adultes se verraient qu'elle sortit discrètement de la pièce, les laissant parler, tous deux déjà plongés dans une conversation.
« Échec. »
Un sourire traversa les lèvres de Shikamaru, qui recula son fou, lançant un regard de défi à son amie. Temari le lui rendit, et elle se replongea dans le jeu, abattant la tour de son adversaire.
« J'en reviens pas que ton cursus se finisse dans un mois.
– Eh ouais, quatre ans, ça passe vite.
– Et les exams'?
– T'inquiète pas pour ça.
– Oh, je m'inquiète pas pour toi, mais pour Ino. Elle croule sous le boulot, et elle pleure sans arrêt chez moi parce que tu ne veux pas lui donner d'antisèches. »
Le brun roula des yeux :
« Elle a qu'à bosser, et puis aussi elle paie ses trois années sabbatiques autour du monde. Si elle flanche alors que c'est que la première année, j'imagine même pas la suite.
– T'es dur.
– Mais réaliste. »
La blonde soupira, et grimaça en sentant qu'elle perdait la main sur le jeu. Elle jeta un coup d'œil à son ami, et choisit de continuer à lui parler, au risque qu'elle se déconcentre elle aussi :
« Vous avez presque déjà un boulot dès que vous sortez de votre école, nan?
– Ouais. Mais j'espère que je pourrais aller à la Konoha Shouten. »
Temari sourit :
« Asuma m'a dit qu'un certain Uchiha Sasuke était devenu éditeur en chef il y a pas beaucoup de temps. »
A l'entente du nom, le brun se raidit, et une flamme de détermination s'alluma dans ses pupilles. L'étudiante en droit éclata de rire :
« Mon Dieu, quel amour passionné tu lui portes! »
Celui-ci rétorqua d'un regard noir :
« T'as de gros problèmes mentaux.
– J'suis désolée, mais j'ai vu ce mec à peine trois fois, toujours de loin, et je peux te jurer que je sens qu'il est GAY!
– Et alors, je le suis pas, moi.
– Oh, peut-être que c'est un vrai glaçon, comme le dit Asuma, mais il a de quoi faire basculer du côté obscur n'importe qui! Sérieux, quel cul!
– Tu parles fort, tu le sais, ça? » rétorqua le garçon, les joues légèrement roses.
La blonde haussa les sourcils, pas l'air plus touchée que ça par l'information.
« En attendant, si c'est ce que tu veux, fais-le. Même moi j'ai lu One Piece, et ça déchire, alors il doit être bon dans son boulot.
– De ce que j'en ai vu, je confirme, souffla-t-il, en repensant aux quelques entrevues qu'il avait eues avec le plus âgé, et où il avait pu accéder à ses corrections de planches. Mais ça change pas le fait qu'être éditeur, je peux le faire, mais le plus dur sera de le rester. Il faut que je me trouve un manga à mener. »
A ces mots, Temari plongea son regard dans le sien. Sa gorge se serra, et elle oublia totalement le jeu. Ses lèvres tremblantes, elle voulut dire quelque chose, mais les mots ne sortirent pas de sa bouche. Déglutissant, elle murmura, tâchant de garder profil bas, et qu'il ne remarque pas son trouble :
« C'est seulement la chance qui pourra te faire trouver une pépite, c'est ça?
– Ouais, en gros.
– Tu pourrais pas inventer une histoire toi-même, et la donner à un dessinateur?
– Dans ce cas, je serais pas éditeur, mais mangaka. Et ça m'intéresse pas. »
Le cœur de Temari sembla se gonfler, et ses yeux se baissèrent sur le jeu.
Elle ne savait pas quoi dire. Shikamaru était son ami le plus proche. Depuis qu'elle le connaissait, elle savait qu'il avait de quoi réussir, qu'il était unique, qu'il était un génie. Elle refusait que la chance soit ce qui lui fasse rater la seule opportunité qu'il possédait pour vivre la vie dont il rêvait.
Et Temari possédait une idée. Dans sa tête avait germé un scénario, bête, mais efficace. Qui pourrait peut-être exister en manga. Qui pourrait faire réussir son ami.
Mais elle hésitait, car elle avait la fac de droit. Même si ce n'était pas ce qu'elle préférait, elle était bien partie, et jeter un avenir pour vivre ses rêves était risqué. Elle s'était déjà faite à l'idée. Et puis, qui disait que cela marcherait? Qui lui disait qu'elle trouverait un dessinateur qui accepterait de travailler avec elle?
Elle leva son roi, et le planta face à celui de son adversaire. Elle se mordilla la lèvre tandis que Shikamaru tombait des nues.
« Échec et mat. »
Il releva les yeux, éberlué, et finit par ricaner, souriant doucement.
« Comme quoi, quand tu veux, tu peux. »
Et la blonde se dit que Shikamaru était capable d'accomplir des miracles. Qu'il était tellement doué qu'il pourrait faire marcher tout cela. Qu'il n'y avait rien qui pouvait lui échapper. Que le mot ''peut-être'' était mieux que le mot ''jamais''.
Qu'elle devait, pour une fois, cesser d'écouter sa raison, et simplement vivre ses rêves.
« Tu ferais quoi si tu trouvais un cahier qui te permettrait de tuer n'importe qui, juste en écrivant son nom? »
Aaaand... IT'S DONE!
Pfiou. Changer un peu de Sasuke et Naruto, ça fait du bien mine de rien. Ça casse pas trois pattes à un canard, mais ça aura au moins le mérite de vous donner de quoi grignoter avant le plat principal.
Enfin, pour les références culturelles : la NHK est au Japon ce que TF1 est à la France. Et c'est une chaîne qui diffuse effectivement des tournois d'échecs au niveau national, mais seulement la nuit pour manque d'audience ^^
Le parc d'Ueno est un des plus grand de Tokyo. Vous avez sûrement dû voir en photo, si vous vous intéressez un minimum à la culture jap, les bateaux en forme de cygne qu'on y trouve. Et surtout, c'est rempli de touristes, surtout pendant les vacances. Le Benten-do est le chemin qui mène au temple dudit parc, et qui est bordé de cerisiers. La statue de Takamori Saigô, un samouraï de l'ère Edo (l'époque des samouraïs en gros), en compagnie de son chien s'y trouve aussi, et est très connue, d'où les nombreux photographes qu'évite Temari. Par contre, l'existence de tables de shôgi est mon invention, même si j'imagine facilement qu'il doit y en avoir.
La Golden Week est une semaine de vacances qui tombe chaque année, au moment où les cerisiers sont en fleur.
Pour la référence manga, j'ai choisi ce lieu parce qu'il est aussi parodié dans Gintama, mon manga préféré du moment. D'où la présence de Madao (le SDF) dans l'interlude.
Hikoboshi est un personnage du folklore japonais. Pour la petite légende, c'est un bouvier qui tomba amoureux d'une déesse, Orihime. Mais leur amour étant impossible, Orihime fut emportée par son père dans les cieux, la Voie lactée les séparant. Seulement les dieux leur accordèrent une rencontre par an, le 7 juillet ou août. Depuis, ce jour-là, qu'on appelle Tanabata, c'est la fête des étoiles, et les deux amoureux peuvent se retrouver.
C'est une interlude, je le rappelle, donc oui, la suite de l'histoire n'est pas encore là. Mais c'est mieux que rien. Et ça va pas tarder. Donc si j'en vois UNE se plaindre...! …
...ce sera pas gentil.
Pour la fin, j'imagine que vous avez tous deviné que Temari parlait de Death Note. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est en gros le pitch principal.
Pour finir : le titre. Alors, il y a plusieurs raisons pour ce titre. D'abord, pour le rapport avec les échecs qu'il y a tout au long du texte, évidemment. Et aussi, pour un sens plus profond, c'est un rapport avec Shikamaru. Dans WAPU, je vois Shika comme un moteur. Il permet à de nombreuses personnes d'avancer, que ce soit Temari, Naruto et d'autres prochainement. Ce que cette phrase signifie dans le contexte, c'est que si Shika n'est pas là, rien ne peut se faire, parce qu'il est un pilier, une personne de confiance, en qui Temari a confié ses rêves sans sourciller, et pour qui elle a été jusqu'à le faire sortir de prison, pas seulement parce qu'ils sont amis, mais parce qu'il n'y a plus d'équilibre quand il est absent.
Bref, merci d'avoir lu, j'espère que ça vous a plu, et à bientôt pour le chapitre 10!
Réponses aux reviews anonymes :
Chipspatate : Merci pour ta review, même si je supprimerai ta seconde à propos de mes fics DC vu qu'elle n'a rien à faire là. Mais je t'y réponds ici : mes vieilles fics DC ont été supprimées car elles n'allaient jamais être terminées. Mais elles sont trouvables sur mon vieux blog DC dont le lien est sur mon profil.
Miss Miserly Pop : Tu sais que ta review donne l'impression que c'est la fin...? J'espère que ce n'est pas ce que tu crois! Car non, grand dieu non, WAPU n'est pas encore terminé! Il y a encore la partie 3, qui compte 4 chapitres, plus un épilogue. Pas de « bonne continuation », je dois déjà finir!
Bref, contente que le chap t'ait plu en tout cas ^^ La scène sur le balcon est une de mes favorites, j'avais déjà expliqué ça dans le chap précédent. C'est bôô l'amour.
Et pour Sakura avec Sai... see you next chapter ^^ Au passage, j'espère que ton histoire des arts s'est bien passée, et que tu ne stresses pas trop pour le brevet! J'espère que cette interlude te remontera le moral avant-exam.
A bientôt, promis, le chapitre 10 sort bientôt! (faut que j'arrête les promesses, moi...)
Playlist :
ONE OK ROCK – Clock Strikes
Ancora Qui – Django Unchained Soundtrack
One Piece Z – Kaidou (allez voir le film au ciné, c'est une bombe. ...mais n'allez pas voir Road to Ninja. Participez à mon boycott)
EDIT : Les liens vers les vidéos se trouve désormais sur mon LJ, dont l'adresse est sur mon profil, dans le tag WAPU.
