Bonjour à toutes et à tous ! Et surtout : surprise !
C'est avec un grand plaisir et une certaine impatience que
je vous apporte ce nouveau chapitre en avance,
en espérant qu'il comblera vos attentes ~
C'est un chapitre bien plus long que
les autres, comme vous pourrez le remarquer.
Je vous remercie pour vos reviews et vos encouragements !
Sans vous, tout ceci ne serait pas possible et je tiens donc
à me donner à fond pour vous rendre au centuple
la motivation que vous me donnez !
C'est sans plus attendre que je vous laisse découvrir
le onzième chapitre tant attendu de Shall we dance ~
Bonne lecture à vous !
PS : petit lime en vue ;)
P.
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Chapitre 11.
Satsuki serra contre elle son sac à main contenant les preuves accablantes qu'elle s'apprêtait à divulguer à Kagami. Elle devait bien admettre qu'elle avait le trac. La tâche qui lui incombait n'était pas des plus simples. Mais quelqu'un devait bien s'en charger et elle était prête à en assumer les conséquences, peu importe le prix.
C'était pour le bien de Taïga, se dit-elle pour se redonner du courage.
Inspirant profondément, elle toqua délicatement à la porte, attendant d'être invitée à entrer par le tigre qui ne se doutait certainement pas de ce qui l'attendait.
_ Entrez.
_ Bonjour Kagami-kun, j'espère que je ne te dérange pas.
_ Satsuki ! Je ne m'attendais pas à te voir ici. Comment vas-tu ?
_ Je me porte bien, mais c'est plutôt à toi qu'il faut poser cette question. J'espère que tu suis à la lettre les recommandations des infirmières !
_ Tu n'as pas de soucis à te faire, la rassura-t-il avec un sourire.
Mais en remarquant son air quelque peu distrait, il sentit que quelque chose n'allait pas.
_ Tu es certaine que tout va bien ? Tu as l'air agitée. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose entre Tetsu et toi, s'inquiéta-t-il.
_ Non non ! Tout va bien, je t'assure ! Tetsuya et moi nous entendons très bien. C'est même un miracle, ajouta-t-elle, faisant glousser Taïga. Kagami-kun, j'ai quelque chose d'important à te montrer; reprit-elle d'un ton sérieux. Mais quoi que tu puisses voir, promets moi que tu garderas ton sang froid.
Kagami fronça les sourcils, pensant qu'il s'agissait d'une mauvaise blague. Mais trop curieux pour son propre bien, il consentit à suivre ses directives.
La jeune femme lui tendit son smartphone après avoir fouillé dans ses dossiers. Comprenant qu'il s'agissait d'une vidéo, Taïga se pencha au dessus de l'écran pour voir ce qu'il en était.
En voyant la jeune femme à l'écran il se sentit perplexe. Et voir Jared apparaître ensuite ne fit qu'ajouter à son état de confusion. Plus les images défilaient sous ses yeux, accompagnées des paroles échangées entre les deux personnages, et plus Taïga se sentait défaillir.
Voir Jared embrasser cette fille fut la goutte de trop.
_ Qu'est-ce que c'est que ça, questionna-t-il avec agressivité.
La jeune femme eut un regard désolé.
_ J'aurais aimé que les choses ne se passent autrement, Kagami-kun. Mais en tant qu'amie je ne pouvais pas rester les bras croisés et le regarder te faire souffrir d'avantage. Tetsu-kun et Daiki-kun ont essayé de t'ouvrir les yeux mais la situation a failli se retourner contre eux, ce qui a donné lieu à l'altercation de cette soirée, le jour de mon anniversaire. Il ne faut pas leur en vouloir, ils ne cherchaient qu'à te venir en aide, même s'ils s'y sont visiblement mal pris.
_ C'est impossible…
_ C'est la triste vérité, Taïga-kun. Je suis désolée. Il faut se rendre à l'évidence : Jared n'est pas l'homme qu'il laisse entrevoir.
Le tigre parvenait à peine à respirer. L'horrible vérité lui serrait la gorge. Il avait l'impression de suffoquer. Les larmes innondèrent ses joues et il ne fit rien pour les arrêter.
Des jours durants il s'était torturé l'esprit par peur de ne pas être à la hauteur pour cet homme qui semblait l'aimer plus que de raison. Et tout cela pour des chimères.
Qu'il avait été idiot de croire un seul instant que cette bague lui était destinée. Qu'il avait été idiot de ne pas réaliser qu'il était dupé.
Satsuki posa sa main sur la sienne, espérant le réconforter. Mais la douleur était telle qu'il doutait pouvoir un jour la faire disparaître.
_ S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire, dis le moi.
_ Je ne crois pas que quoi que ce soit puisse changer ce que je viens de voir.
_ Effectivement. Je suis terriblement navrée de t'annoncer ça si subitement alors que tu es blessé et -
_ Non, Satsuki, tu as bien fait. Ne rejette pas la faute sur toi. Tu n'y es pour rien.
_ Tu as sans doute raison, concéda-t-elle en soupirant tristement. Mais je ne peux pas m'empêcher de me sentir coupable.
_ Pourrais-tu me rendre un service ? Dis au infirmière de ne pas le laisser mettre un seul pied ici. Je ne sais pas ce que je pourrais faire s'il se trouve devant moi.
_ Bien sur, je comprends. Tu peux compter sur moi.
_ Merci.
_ Je crois que je vais te laisser. Veux-tu que je t'apporte quoi que ce soit ? Je pourrais revenir te voir si tu veux.
_ Non merci, ça ira. Je pense que j'ai besoin d'être seul..
_ Je vois. Comme tu voudras. Si tu ressens le besoin de parler, n'hésite pas à m'appeler, Kagami-kun.
Il hocha faiblement de la tête, ne trouvant pas le courage de lui répondre. La mort dans l'âme, la jeune femme retourna vaquer à ses occupations, laissant derrière elle un Taïga dévasté.
x X x
_ Comment a-t-il réagi ?
_ Comment veux-tu qu'il réagisse en apprenant une telle nouvelle ? Il était dévasté.
_ Il valait mieux retirer l'épine au plus vite avant que la blessure ne s'infecte.
_ Je le sais bien, mais ça ne m'empêche pas de ressentir de la pitié pour lui. J'ai peur de ce qu'il pourrait faire maintenant que la vérité lui a été révélée. Tu dois garder un oeil sur lui.
_ Je ne suis pas babysitter Satsuki. Et puis vu ce que j'ai fait, il va m'étriper à la moindre occasion.
_ Si tu veux mon avis, il s'en veut surtout à lui même pour ne pas l'avoir réalisé plus tôt. Ne pas se retrouver seul pour s'apitoyer sur son sort ne pourra que lui être bénéfique.
_ Et pourquoi moi hein ? Tetsu peut tout aussi bien s'en charger.
_ Tu sais bien qu'avec les cours et les examens il n'a pas le temps. Tu peux au moins faire ça pour lui. Il s'inquiète beaucoup pour Taïga. Savoir que quelqu'un s'occupe de lui le rassurera. Il n'a confiance qu'en toi, Daiki.
Aomine shoota dans une canette de bière laissée négligemment sur le sol, les mains dans les poches, les sourcils froncés. Cette situation tendue ne l'arrangeait pas du tout. Il n'avait pas le temps de subir les sautes d'humeur du tigre, ni l'envie d'ailleurs. Jouer les punching ball ? Il passait son tour ! Et voir le tigre dans un état misérable ne ferait qu'attiser sa colère.
Non, il valait mieux pour lui de se tenir aussi loin que possible de cet hôpital. Il en allait de sa santé mentale.
Mais d'un autre côté, Tetsuya lui en voudrait à vie. Il le savait. Et après tous les services que le fantôme lui avait rendu, il se sentait redevable.
Il pesta. Ce n'était vraiment pas le moment.
_ T'as intérêt à me payer pour ça. Je rends pas de service gratuitement.
_ Je t'offrirais tes fameux magazines si c'est ce que tu veux, s'impatienta-t-elle. Mais je t'en prie fais ton travail sérieusement. Et ne va pas le provoquer à ce sujet. Ce n'est vraiment pas le moment d'enfoncer le couteau dans la plaie.
_ Je suis peut être un idiot mais j'suis pas un connard, rétorqua-t-il abruptement. Ne me compares pas avec cet enfoiré.
_ Je n'ai rien sous entendu, Daiki.
_ Peu importe, là n'est pas la question.
Momoi se mit à glousser.
_ J'vois pas c'qu'il y a de d'drôle.
_ Oh ne t'en fais pas, tu le sauras bien assez tôt.
La panthère soupira.
_ J'ai pas le temps pour tes énigmes, Yoda.
_ Hey ! Je ne te permets pas !
_ Bah moi si, rétorqua-t-il puérilement en lui tirant la langue. Bon j'y vais, je dois entraîner les mômes.
_ Bon courage.
Ils se séparèrent devant l'hôpital. Daiki avait attendu Satsuki en bas de l'établissement, la jeune femme ayant insisté pour qu'il l'accompagne. Mais il avait refusé de la suivre plus loin, ne voulant pas confronter le tigre en cette période de crise. Mieux valait ne pas croiser son chemin, il en était convaincu.
En arrivant sur le terrain de basket, il constata que les enfants s'échauffaient déjà. Il était pourtant certain de ne pas être en retard.
_ Qu'est-ce que vous faites là les minus ? C'est pas encore l'heure de l'entraînement.
_ On s'ennuyait alors on est venu plus tôt, rétorqua avec désinvolture l'un des jeunes joueurs.
_ Et bah perdez pas la main les gars, vous allez faire des tirs. Je veux deux colonnes de chaque côté du terrain, la première moitié s'entraîne pour les dunks et l'autre pour les trois points. Et après vous inverserez.
Ils obéirent non sans geindre. Aomine les observa sans pour autant se débarrasser de son air préoccupé, ce qui n'échappa pas à l'un des enfants.
_ Ta copine t'a largué Daiki.
_ De quoi j'me mêle morveux ! Retourne t'entrainer au lieu de m'emmerder.
_ J'ai visé juste hein ?
_ T'as rien visé du tout moustique ! Dégage de ma vue avant que j'commette un meurtre.
_ Pas tant qu'tu m'auras pas dit c'qui te tracasse, coach.
_ Hey, joue pas au p'tit mâlin avec moi, Kotora. C'pas parce que tu m'appelles coach que j'vais tomber dans l'panneau. J'suis pas un coeur facile à prendre t'sais.
Le dénommé Kotora fut pris d'un fou rire, ce qui ramena un sourire narquois sur les lèvres de la panthère.
_ Sérieusement, qu'est-ce qui va pas Daiki ? Si tu voyais ta tête, tu fais peur à voir.
_ C'est pas tes oignons, p'tit tigre. Retourne t'entraîner avant que j'me fâche pour de bon.
_ J'sais pas c'qui t'arrive mais on dirait qu't'as flashé sur quelqu'un. Après, moi j'dis ça j'dis rien.
Le petit garnement s'en alla aussi vite qu'il était arrivé, évitant de justesse la claque sur le crâne que s'apprêtait à lui donner la panthère.
_ Non mais de quoi j'me mêle, pesta-t-il entre ses dents serrées. Et puis quoi encore. C'est pas un môme qui va m'faire une leçon.
x X x
Ce matin là, le tigre s'était réveillé avec une énorme migraine après avoir passé la nuit à pleurer sans pouvoir s'arrêter. En voyant sa mine affreuse, les infirmières s'étaient douté qu'une mauvaise nouvelle avait fait son chemin jusqu'à lui. Elles avaient tenté de lui remonter le moral, sans grand succès.
Jusqu'à ce que la porte ne s'ouvre sans préavis, laissant passer un parfait inconnu.
_ Oh, j'arrive probablement au mauvais moment; s'excusa platement l'homme. Je vais vous laisser.
_ Non attendez, l'interpella le tigre. Vous êtes le pompier n'est-ce pas ?
_ Je vois que ma réputation me précède. Enchanté, je suis Sakamoto Daijiro. Ravi de voir que vous êtes sain et sauf, malgré cette mine affreuse.
_ Kagami Taïga. Enchanté. Est-ce que ça se voit tant que ça ?
_ Difficile de ne pas passer outre. Navré de ne pas être venu vous rendre visite plus tôt. J'étais très occupé par mon travail dernièrement.
_ Vous n'avez pas à vous excuser. Je vous dois beaucoup, Sakamoto-san.
_ Je vous en prie appelez moi Daijiro.
_ Vous êtes pompier depuis longtemps ?
_ J'étais plombier avant. Mais depuis peu j'ai emménagé ici et j'ai changé de métier pour subvenir aux besoins de ma fiancée. Nous souhaitions nous rapprocher de sa famille depuis que nous avons appris qu'elle est enceinte. C'est notre premier enfant.
_ Toutes mes félicitations Daijiro. C'est une excellente nouvelle.
_ C'est certain. Mais ça m'angoisse beaucoup, pour tout vous dire. Je ne sais pas si je parviendrais à prendre soin de cet enfant comme il se doit. Mais je suis déterminé à fournir tous les efforts nécessaires.
_ Je suis certain que tout se passera bien, le rassura poliment le tigre. Avez-vous songé à un nom ?
_ Pas vraiment. Je pensais laisser cet honneur à ma fiancée. Mais si vous avez des suggestions, je suis tout ouïe.
_ Je n'ai rien à vous suggérer, s'excusa Taïga. Mais je pourrais y réfléchir si vous le souhaitez.
_ Taïga c'est bien votre nom n'est-ce pas ? Cela signifie tigre si je ne me trompe pas.
_ Vous avez raison.
_ C'est un bien joli nom pour un garçon. Je pense que ça plaira à Soyo-chan.
_ C'est trop d'honneur, je ne suis pas certain de mériter ça.
_ Je vous en prie, ça me ferait plaisir. Vous savez je crois que notre rencontre était un signe du destin. Depuis que je vous ai sauvé, pleins de bonnes choses sont arrivées. Je crois que donner votre nom à cet enfant lui apportera chance.
_ Si ça vous fait plaisir, alors soit; concéda Taïga timidement.
Il se s'était certainement pas attendu à cela. Voilà un peu de positif dans sa journée, songea-t-il, laissant un mince sourire naître sur son visage. L'homme en question, Daijiro, avait de courts cheveux blonds et des yeux bleus gris, très inhabituel pour un japonais. Il portait une tenue très décontractée mais cela ne modifiait en rien son visible charme naturel. Il devait être âgé d'une trentaine d'années tout au plus, aux vues de son visage assez juvénile pour un adulte. Après avoir discuté de tout et de rien avec lui, Daijiro s'excusa auprès du tigre, lui expliquant qu'il devait bientôt reprendre du service. Kagami le remercia pour sa visite et lui souhaita bon courage.
Lorsqu'il se retrouva seul à nouveau, son humeur s'était considérablement améliorée.
x X x
Le week-end était rapidement arrivé. Il était dix neuf heure passé et il n'avait aucune idée de ce qu'il pourrait faire de sa soirée. Il venait de terminer son service au fast food et après avoir mangé en vitesse le reste de sandwich qu'il s'était acheté avant de bosser, il avait commencé à déambuler aléatoirement dans les rues sans vraiment savoir où il allait. Il n'avait juste pas envie de rentrer et au fond de lui il savait bien qu'à un moment ou un autre il devrait le confronter, puisqu'il avait consenti à veiller sur lui à la place de Tetsuya.
Soupirant, il fit demi tour pour gagner l'hôpital. En se dépêchant un peu il pourrait arriver à temps pour une visite de dernière minute, à condition que personne d'autre n'ait été voir le tigre ce jour là. Une fois arrivé sur place, il se présenta à l'accueil, légèrement agité.
_ Les visites se terminent bientôt, signala l'infirmière. Mais vous avez de la chance, Kagami-san n'a pas reçu de visiteur aujourd'hui. N'oubliez pas de signer le registre en partant.
_ Merci.
Il apposa sa signature rapidement puis se faufila dans l'ascenseur de justesse avant que les portes ne se referment. Il était seul dans la cage de métal et l'ascension vers le deuxième étage ne prit que quelques minutes. Enfin il fut devant la porte de la chambre. Prenant en considération l'éventualité que le tigre ne soit endormi, il entra dans la chambre avec la plus grande discrétion. La fenêtre était légèrement entrouverte laissant filtrer l'air frais dans la petite chambre. Le corps quasi immobile du tigre se tenait devant lui. Son visage serein lui soutira un léger soupir de soulagement. La panthère prit place délicatement au bord du lit, dégageant du bout des doigts les mèches de cheveux rouges éparpillées autour de son visage.
Taïga dormait paisiblement et lui se retrouvait là à le contempler bêtement sans trop savoir s'il devait faire demi-tour ou rester jusqu'à ce que les infirmières ne l'oblige à rentrer chez lui. Dans quelques jours, le tigre pourrait peut être quitter l'hôpital pour retrouver la tranquillité de son appartement. Il était certain que Kagami serait plus qu'heureux de quitter cette maudite chambre.
Daiki ne remarqua pas vraiment les yeux du tigre qui s'entrouvraient peu à peu, jusqu'à ce que la voix rauque et basse de celui-ci ne le sorte violemment de ses songes.
_ Qu'est-ce que tu crois faire là ?
_ Je m'assure que tu ne déprimes pas tout seul dans ton coin, rétorqua-t-il à voix basse pour ne pas déranger les autres patients.
_ Je ne m'approcherai pas trop si j'étais toi. Après ce que tu as fait t'as d'la chance d'être encore debout.
_ Garde ta colère pour un autre jour, Bakagami. Pour le moment t'es blessé. Fais rien de stupide si tu veux sortir d'ici rapidement. Après tu pourras m'frapper autant qu'tu veux si ça te chante.
Taïga ne trouva rien à y répondre. Mais à la place, une question lui traversa l'esprit.
_ Depuis quand t'étais au courant ?
_ J'ai tout découvert juste avant l'anniversaire de Satsuki. Kuroko m'avait demandé d'espionner Jared après avoir appris pour la bague. Je n'aurais pas dû me mêler de ça mais laisser un connard pareil faire les choses comme il l'entend c'est pas mon genre. On est pas les meilleurs amis du monde mais j'ai suffisamment de respect pour toi pour ne pas rester les bras croisés alors que cet enfoiré se foutait ouvertement de ta tronche.
_ Je ne t'ai rien demandé, Daiki.
_ Quoi, t'aurais préféré que j'le laisse profiter d'toi pour qu'il te poignarde mieux dans l'dos ensuite ? J'suis désolé mais c'était au dessus d'mes forces.
_ Qu'est-ce que t'en as à foutre ? On est pas amis. Tout ça ne te regardais pas, s'emporta Taïga.
_ Oh que si ça m'regarde. C'est pas toi qu'aurait dû faire face à Tetsu en sachant tout ça tout en ayant rien fait. Si j'étais pas intervenu alors que j'étais au courant il m'aurait tué de ses propres mains s'il le pouvait. Je pouvais pas lui faire ça.
Taïga se tut. Même après tout ce temps, Daiki se sentait redevable envers son ancienne ombre. Le savoir rassurait le tigre plus qu'il ne l'aurait jamais avoué. La panthère se plaça plus confortablement sur le lit, obligeant le tigre à se décaler pour lui offrir plus de place. Il grimaça en se relevant et Aomine s'empressa de lui proposer son soutien le temps de l'aider à se caler confortablement contre l'oreiller, passant un bras autour de ses épaules tandis que l'autre tenait son bras blessé. Taïga lui attribua un regard reconnaissant.
_ Comment tu te sens ? Est-ce que ça te fait encore mal ?
_ Tu te poses encore la question avec la tête que j'viens d'faire ? C'est pas aussi douloureux que les premiers jours, mais c'est pas encore ça, soupira-t-il. J'en peux plus de rester ici. Vivement que je puisse rentrer chez moi.
_ Tu m'étonnes.
Le silence s'installa à nouveau entre eux. Daiki mourait d'envie de le questionner sur son état émotionnel mais il craignait sa réaction. Il se rappela les mises en garde de Satsuki. Mieux valait ne pas se la mettre à dos.
_ Merci, souffla le tigre soudainement.
_ Hein ?
_ D'être venu me voir et d'être resté à mon chevet.
_ J'ai pas trop eu le choix, commenta-t-il avec un rire bref.
_ Quel heure est-il ?
Il sortit son smartphone pour constater que la durée de sa visite arriverait bientôt à son terme.
_ Je vais devoir y aller, l'informa la panthère.
Le tigre ne répondit pas, se replaçant correctement une fois que Aomine fut levé. Alors qu'il s'apprêtait à quitter la chambre, la voix de Taïga retint son attention.
_ Reviens Lundi.
Sans se retourner et sans un mot, il referma la porte derrière lui. S'adossant à celle-ci, il prit son visage entre ses mains, soupirant de lassitude.
_ J'avais pas prévu ça moi, souffla-t-il. T'as intérêt à me payer quand tu seras sorti Bakagami.
Puis un souvenir lui vint en tête. Le tigre lui devait encore un service.
Un sourire espiègle illumina son visage jusque là tiraillé par la fatigue et l'inquiétude qu'il s'était évertué à dissimuler.
x X x
Taïga ne s'était pas attendu à le voir débarquer à la première heure le lundi matin. Il avait pensé que la panthère ne l'avait pas entendu ou bien délibérément ignoré. Il n'aurait pas dû le lui demander si abruptement, avait il fini par penser. Mais rester seul ici avait eu raison de lui. L'ennui avait fini par lui faire perdre la notion du temps et tout désir de faire de la vie de cet idiot qui ne se mêlait pas de ses affaires un réel enfer.
La vérité c'était que Taïga avait un impérial besoin de ne pas se retrouver seul avec lui même. Chaque fois qu'il fermait les yeux ses pensées finissaient par se focaliser sur Jared et indéniablement la douleur causée par sa trahison se faisait plus vive que jamais. Il avait besoin qu'on se comporte avec lui comme si rien de tout cela ne s'était passé, qu'on ne le regarde pas avec tristesse et pitié. Qu'on ne cherche pas constamment à l'épargner et le dorloter parce qu'il était blessé autant moralement que physiquement. Il avait besoin qu'on le confronte, qu'on le sollicite, qu'on le sorte de ce cercle vicieux de pensées négatives qu'il sentait rôder autour de lui attendant le moindre signe de faiblesse pour le submerger. Car il savait parfaitement qu'il ne pourrait pas tenir bien longtemps.
Tôt ou tard il finirait par se laisser aller, et alors il serait trop tard pour faire marche arrière.
Alors quand il le vit se tenant nonchalamment adossé au mur, l'air blasé mais visiblement hésitant entre garder ses distances ou envahir son espace personnel, Taïga s'était senti soulagé.
_ Reste pas planté là.
Bon, pour le tact, ce n'était pas encore trop ça. Mais c'était toujours mieux que rien.
_ Bien dormi ?
_ J'ai pas trop à me plaindre. Tu bosses pas aujourd'hui ?
_ Cet après-midi seulement.
_ T'étais pas obligé de te lever aussi tôt, souligna-t-il avec un sourire moqueur.
_ J'avais rien d'autre à faire. Mais toi t'avais l'air de m'attendre.
_ Dis pas de conneries, pesta le tigre, détournant le regard.
Aomine laissa échapper un rire rauque et léger. Kagami le sentit s'approcher pour prendre place au bord du lit. Mais il n'avait visiblement pas remarqué le bouquet de fleurs pourtant assez voyant entre les mains de la panthère.
_ Qu'est-ce que c'est que ça ?
_ D'après la fleuriste, ça s'appelle des cyclamens.
_ Des quoi ?
_ Me demande pas de répéter, c'est trop compliqué à dire.
Kagami l'observa placer les fleurs de diverses couleurs dans le vase pour remplacer le bouquet fané laissé par Daijiro. Ce mélange de pétales blancs, rouges et roses offrait un spectacle apaisant. Les fleurs semblaient d'ailleurs très résistantes et leur parfum agréable s'installa très vite dans la pièce.
Aomine reporta son attention sur Kagami. Le tigre l'observait silencieusement, confortablement adossé contre son oreiller, l'air visiblement plus reposé et serein. Il ne semblait ni souffrir de ses blessures ni du choc qu'il avait subi en découvrant le véritable visage de Jared.
Ses longs cheveux rouges étaient détachés et le vent filtrant par la fenêtre grande ouverte pour aérer la pièce fit virevolter ceux ci de telle sorte à dissimuler son visage. Il replaça les mèches derrière l'oreille du tigre en une légère caresse.
_ Qu'est-ce que tu crois faire là ? Enlève tes sales pattes d'ici.
_ Tu te rappelles que tu me dois un service n'est-ce pas ? Quand tu seras sorti d'ici, dîne avec moi.
_ Punaise c'est quoi ton obsession avec les dîner ?! Tu te sens seul ou quoi ?
_ Peut être bien.
_ J'suis pas un animal de compagnie, feula-t-il.
_ Va savoir, Bakagami.
Il se rapprochait bien trop à son goût.
_ Dégage de là.
_ Aux dernières nouvelles c'est toi qui m'a demandé de venir ici. Et maintenant tu veux qu'je parte ?
Taïga n'eut pas le courage de rétorquer.
_ OK, déclara-t-il enfin en soupirant.
_ Tu changes d'avis maintenant ?
_ Va pas te faire d'idées. J'ai qu'une parole. J'ai perdu ce défi, je respecte le deal.
Il ne vit pas arriver ce qui se produisit ensuite.
Sur un coup de tête, Daiki captura ses lèvres, profitant de sa surprise pour glisser sa langue entre celles du tigre. Mais il ne resta pas inactif bien longtemps.
Taïga mordit furieusement la lèvre de la panthère, le faisant pousser un cri de mécontentement.
_ Tu fais quoi là ? Sors d'ici tout de suite.
_ Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, Bakagami. Tu m'appelles à l'aide et ensuite tu me repousses. Qu'est-ce que j'suis sensé penser de toi, Taïga, souffla-t-il en s'approchant à nouveau. Combien de temps tu vas passer à fuir ce que tu veux réellement ?
_ J'sais pas quel film t'es en train d'te faire dans ta tête de demeuré mais t'as intérêt à déguerpir vite si tu veux pas qu'j'appelle les infirmières.
_ Qui est-ce que tu penses convaincre avec ces rougeurs sur tes joues, idiot.
Il captura ses lèvres à nouveau, cette fois sans rencontrer de résistance, à son plus grand étonnement.
_ Tu te laisses faire maintenant, s'étonna-t-il avec un sourire narquois en s'écartant pour le laisser respirer.
_ Je suis blessé, que veux-tu que je fasse dans cet état.
_ T'es blessé quand ça t'arrange Bakagami.
Taïga lui assena un coup sur le torse.
_ Fiche moi la paix.
_ Qu'est-ce que je disais, railla la panthère.
_ Je ne sais pas c'qui te passes par la tête mais il faut que t'arrêtes ce p'tit jeu, reprit Taïga avec plus de conviction.
_ Je ne joue pas, contra Daiki tout aussi franchement. Je n'ai pas l'intention de te manipuler. Tu as le choix, Taïga. Personne ne te force à aller contre ton gré. Si tu veux que je disparaisse de ta vie, tu n'as qu'à le dire ici et maintenant; je partirais. Tu as ma parole.
Le tigre soupira à s'en fendre l'âme, plaçant son visage entre ses mains, perdu.
_ Entre Jared qui me trompe depuis je ne sais combien de temps et toi qui es si soudainement intéressé par ma personne, je ne sais plus sur quel pied danser. Tout ça me semble à la fois inimaginable et bien trop réel.
_ Alors contente toi de suivre la cadence de mes pas, déclara-t-il avec le plus grand sérieux du monde. Moi je peux t'apprendre à danser.
Le tigre fut pris d'un fou rire incontrôlable.
_ Bon sang, j'arrive pas à croire que tu sois en train de flirter en utilisant des phrases aussi ringardes; parvint-il enfin à prononcer après quelques minutes.
Ce qui fit naître sur le visage de la panthère un sourire radieux.
_ T'as pourtant l'air d'aimer ça, Bakagami.
Deux coups toqués à la porte interrompirent brusquement leur moment de complicité.
_ Aomine-san, la limite des visites autorisées est largement dépassée. Je vais devoir vous demander de rentrer chez vous.
_ J'allais justement partir, répondit-il à l'infirmière se trouvant derrière la porte. Je n'avais pas vu l'heure passer, ajouta-t-il en attribuant un clin d'oeil au tigre.
_ N'oubliez pas de signer le registre.
Daiki porta à nouveau son attention sur Kagami qui semblait visiblement attendre de voir sa réaction. Alors il déposa un baiser sur son front avant de lui murmurer.
_ Quand tu sortiras d'ici, si ma proposition te convient, appelle moi; et je saurais que c'est un oui. Mais je te préviens, une fois ton choix fait, pas de retour en arrière possible.
Kagami garda le silence. Voyant qu'il n'obtiendrait rien de plus de sa part, Aomine lui souhaita une bonne nuit avant de sortir de la chambre tout aussi silencieusement qu'il y était entré.
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Voici la fin de ce onzième chapitre !
J'entends déjà vos cris de joie d'ici ~
Mais ne vous réjouissez pas trop vite
car rien n'est encore joué.
Taïga va-t-il se laisser convaincre ?
Seul l'avenir nous le dira !
