Disclaimer : les personnages sont de JK Rowling, l'histoire de Hayseed.
12. Causes latentes de mésentente.
Severus était secoué. Plus qu'il n'aurait voulu l'admettre, même à lui-même. L'idée de séduire Hermione dans son dortoir avait été une impulsion assez attrayante sur le moment, mais il était évident qu'il n'avait pas réfléchi aux conséquences que ça pourrait avoir. Les pires, bien sûr, seraient qu'Hermione comme lui-même se fassent renvoyer.
Peut-être qu'Hermione avait raison – peut-être que Miss Patil n'avait pas vu son visage. Il lui suffirait de se glisser discrètement hors de la Tour de Gryffondor, et personne ne saurait jamais que le mystérieux amoureux d'Hermione était, en fait, son Professeur de Potions.
La Salle Commune de Gryffondor était décidément plus remplie qu'elle ne l'était quand il l'avait traversée pour la première fois, une demi-heure plus tôt. Il estima que la plupart des élèves les plus âgés étaient présents, et passaient d'un groupe à l'autre.
Et au milieu de tout ce monde se tenait Miss Patil, qui racontait avec animation son expérience à des Potter et Weasley curieux. Severus serra les dents, mais s'attarda pour saisir quelques fragments de la conversation.
« J'étais montée pour voir si Hermione voulait descendre dans la Grande Salle un peu en avance pour le dîner, » disait la jeune fille, l'air très choquée, « et quand je suis entrée, elle était là. Au lit avec… avec un garçon ! » Son ton était absolument scandalisé.
Potter écarquilla les yeux, et Weasley sourit. « Qui ? » demanda-t-il avec curiosité. Severus mourait d'envie de mettre une bonne droite à cet odieux gamin.
Miss Patil haussa les épaules. « Je n'ai pas vu son visage. Ils sont tombés du lit quand je suis entrée, et Hermione a commencé à me hurler de partir. Vraiment, je n'allais quand même pas rester et protester. Je trouve que c'est une attitude affligeante. Au beau milieu de la journée, comme ça. »
« Waouh, » dit Potter. « Qui aurait pu se douter ? »
« Je sais, » continua Miss Patil. « Je veux dire, qui est-ce qu'elle a bien pu trouver ? Elle est tellement… ordinaire. »
Severus serra lentement les poings.
« Sois gentille, Parvati, » la reprit Potter. « Ce n'est pas parce qu'Hermione n'est pas une beauté exotique ou quoi que ce soit qu'il faut dire des choses pareilles. C'est bien qu'elle ait trouvé quelqu'un qui se fiche de son apparence. »
Ses phalanges blanchirent. Potter devait certainement penser qu'il était gentil avec son amie.
« J'imagine qu'elle n'est pas aussi prudente à propos de son Amoureux Mystère que nous l'avions pensé, » dit Weasley avec un petit rire. « Tant mieux pour 'Mione ! »
« Qu'est-ce qui se passe avec Hermione ? » demanda Londubat au petit groupe alors qu'il s'extirpait du portrait de l'entrée.
« Parvati l'a surprise dans son dortoir avec un garçon, » souffla Potter. « Et ils étaient… tu sais… »
« Dans une position compromettante, » compléta Weasley avec un grand sourire.
« Vraiment ? » s'enquit Londubat. « Huh. »
« Alors, qu'est-ce qui se passe ? » Miss Weasley se joignit au groupe, enroulant son bras autour de celui de Londubat et lui adressant un regard d'adoration qui retourna l'estomac de Severus.
« Hermione nous a menés en bateau, » lui répéta Londubat en souriant. « Parvati dit qu'elle vient de la surprendre avec quelqu'un. »
Le regard de Miss Weasley s'éclaira. « Vraiment ? Qui est-ce ? »
« On sait pas, » répondit Weasley à sa sœur. « Parvati n'a pas eu le temps de voir. Dommage. Harry et moi avons un pari avec Hermione sur l'identité du type en question. »
« J'ai vu des cheveux foncés, » offrit Miss Patil.
Severus inspira entre ses dents. Je vous en prie, je vous en prie, faites qu'elle ne se souvienne pas de mon visage, pria-t-il en silence.
« Et il était vraiment, vraiment maigre. »
Le groupe demeura silencieux pendant une minute. « Je me souviens vaguement d'un Poufsouffle qui a eu son diplôme il y a une paire d'années, et qui ressemblait un peu à ça, je crois, » dit finalement Weasley. « Il était grand ? »
« Aussi grand que toi, je dirais, » répondit Miss Patil. « Ses pieds dépassaient du bout du lit, en tout cas. »
« Tu as des souvenirs extrêmement détaillés pour quelqu'un qui n'a pas vu son visage, » se moqua Potter.
« C'est étrange, les choses dont on peut se souvenir quand on est choqué au delà de toute raison, » affirma pensivement Miss Patil.
Severus en avait assez entendu. Miss Patil n'avait apparemment pas vu son visage, et il n'était pas le moins du monde intéressé par les spéculations ridicules des amis d'Hermione sur le sujet. Rapidement, et aussi doucement que possible, il se glissa à travers le portrait et hors de la Tour de Gryffondor.
&&&&&&
Il dormit horriblement mal cette nuit-là. Il était assailli de rêves dans lesquels Miss Patil se souvenait soudain de son visage, et Dumbledore le renvoyait devant tous les élèves. Ces rêves le tinrent éveillés jusqu'à ce qu'il renonce à l'idée même de dormir. Rejetant ses couvertures en grommelant, il alla jusqu'à son bureau où il s'attela à la correction de ses copies.
Hermione n'était pas venue à son bureau la veille au soir. Elle n'était pas passée au labo non plus, quand il était allé voir. En fait, la dernière fois qu'il l'avait vue, ça avait était lors de sa sortie pitoyable plus tôt dans l'après-midi. Qu'est-ce qui avait bien pu la retenir loin de leurs recherches ?
Ecrabouillant la réponse qui lui venait immédiatement à l'esprit, « Miss Patil s'est souvenue, » Severus essaya de se rassurer en pensant à d'autres explications qui justifieraient l'absence d'Hermione. Des explications logiques. Potter et Weasley l'obligeaient à rester. Elle s'était souvenue d'un devoir à faire pour demain dans un autre cours. Potter et/ou Weasley était tombé horriblement malade, et elle était à l'infirmerie avec l'un d'entre eux, peut-être même les deux.
Bien sûr, ce n'étaient que des bêtises.
Avec un petit soupir, Severus baissa les yeux vers la malheureuse dissertation du troisième année sur les propriétés de l'écorce de sorbier qu'il venait de massacrer. Regardant les quelques rouleaux de parchemin précédents, il remarqua qu'il avait sans faire attention insulté et noté en dessous de la moyenne l'intégralité de ses élèves de troisième année. Il n'était pas brutal à ce point d'habitude – pas même envers les pires idiots à qui il ait jamais dû enseigner. Même Weasley et Londubat avaient la moyenne en Potions de temps en temps.
L'horloge sonna cinq heures juste au moment où Severus se demandait ce qu'il allait pouvoir faire de ces copies. Abandonnant les rouleaux, Severus décida qu'il était suffisamment tard pour descendre à la Grande Salle pour le petit-déjeuner. Il était également assez tôt pour que Dumbledore et les autres professeurs ne soient pas encore là, et Severus s'attendait à avoir la paix.
Malheureusement, toutefois, Severus rencontra le professeur Chourave assise à la table des professeurs. Elle lui fit un petit signe de la main et un petit sourire amusé. « Tu es debout affreusement tôt, Severus, » pépia-t-elle.
Un tic secoua sa paupière droite, et il se força à sourire. « Corrections, » grommela-t-il. « Pas encore fini. »
Chourave hocha la tête d'un air entendu. « Tu les as laissées de côté jusqu'au dernier moment, on dirait ? Dans ce cas, tu ferais tout aussi bien d'embarquer la théière dans ton bureau. Ne t'en fais pas, prends-là ! » Elle saisit la théière en question et la flanqua dans les mains surprises de Severus.
« Euh… merci, » parvint-il à articuler, sincèrement pour une fois.
Attrapant un toast pour faire bonne mesure, Severus sortit promptement de la Grande Salle, soulagé que Chourave l'ait laissé s'échapper. Une fois revenu à son bureau, il commença à contrecœur à reporter les notes des devoirs de ses troisième année, ajoutant une note dans la marge pour préciser de ne pas en tenir compte si leurs moyennes finales semblaient être encore plus abyssales que d'habitude. Il trouverait bien quelque chose à leur raconter plus tard à ce propos.
Il était presque sept heures du matin quand Severus réalisa (sous la douche, pas moins) que son cours de la matinée était l'enfer programmé des septième année Serpentard/Gryffondor. Fusillant le savon du regard, il oublia rapidement toute pensée optimiste à ce sujet. La chance qu'il aurait de voir Hermione et de s'assurer qu'elle allait bien serait contrebalancée par la certitude que les trois autres Gryffondors présents la taquineraient sans merci à propos de l'après-midi de la veille. Sans parler du fait que si Severus se souvenait d'une chose à propos de Parvati Patil, c'était bien de sa tendance à bavarder à tout bout de champ. Selon toute probabilité, les Serpentards aussi seraient au courant.
Drago Malefoy prendrait ça comme un acompte sur les fêtes de Noël, ça ne faisait pas l'ombre d'un doute.
Et il n'y avait qu'une chose que Severus pouvait faire de son côté. Il pouvait s'assurer que ce cours soit le plus silencieux de tous ceux qu'il avait jamais assurés, et espérer que les spéculations cesseraient le plus rapidement possible. Ça lui faisait de la peine de l'admettre, même à lui-même – surtout à lui-même – mais il ne pouvait pas protéger Hermione de tout ça. Même s'il était extrêmement improbable que quiconque ait réussi à le reconnaître, à part si Miss Patil avait eu soudain une révélation lumineuse, Hermione et leur intermède manqué feraient jaser dans les couloirs pendant les semaines à venir. Il ne pouvait rien faire contre ça.
Décidant alors que la situation ne méritait pas qu'il y réfléchisse plus longtemps, Severus sortit de la douche, réalisant avec panique qu'il avait réussi à perdre presque quarante minutes sous le jet. Les cours allaient commencer dans vingt minutes, et il était debout dans sa salle de bains, nu, et en train de goutter sur le sol. Ça n'allait pas.
Severus parvint à arriver dans sa classe avec cinq minutes d'avance. Ses cheveux étaient toujours mouillés, mais il doutait que quiconque s'en aperçoive. Et même si c'était le cas, personne n'oserait lui en faire la remarque.
Quand il entra dans la pièce, seuls Malefoy et Zabini étaient déjà présents – pas de Gryffondor en vue. C'était inhabituel, vraiment. Londubat et Hermione, en général, avaient l'habitude d'arriver bien en avance sur l'heure du cours.
Haussant mentalement les épaules, Severus fit de son mieux pour feindre la nonchalance, et commença à noter les ingrédients de la potion du jour au tableau. Le crissement d'une plume sur un parchemin lui fit savoir qu'au moins l'un des deux élèves prenait des notes. Zabini, probablement – même s'il se débrouillait pour rater quasiment autant de potions que Londubat chaque année, il faisait des efforts considérables en classe. Ses dissertations n'étaient pas loin de l'excellence, sincèrement.
D'autres crissements l'informèrent qu'un autre élève avait dû entrer. Severus se força à ne pas se retourner. Ça ne changerait rien, au bout du compte, il pouvait tout aussi bien les écouter le dos tourné.
« Hermione, » entendit-il une voix masculine chouiner. Elle ressemblait plus à celle de Weasley qu'à celle de Potter.
« Ron, » le coupa-t-elle à voix basse, confirmant les soupçons de Severus. « Laisse-moi tranquille. »
« Ça ne pouvait pas être Olivier Dubois, » continua Weasley, l'ignorant éhontément. « Parvati a dit qu'il était maigre, et Dubois était plutôt costaud. »
« Ron, » une fois de plus. Severus pouvait l'entendre serrer les dents. La dernière fois qu'il l'avait entendue employer ce ton-là, elle avait fini par lui jeter une plume à la figure de colère – Weasley ferait mieux de se méfier.
Le gamin changea de tactique. « Dis-le moi, Hermione, » supplia-t-il. « Je suis même prêt à oublier cette histoire de dissertation. »
Severus prit mentalement note de demander à Hermione ce qu'il entendait au juste par 'cette histoire de dissertation' dont parlait Weasley.
« Je ne ferai rien de la sorte, » répondit Hermione , hautaine.
« Rien qu'un indice… ? »
Ç'en fut trop. Severus ne pût pas le supporter plus longtemps. « Weasley, Granger ! » aboya-t-il sans même se retourner. « Je retire dix points à Gryffondor. Gardez vos chamailleries hors de ma salle de classe. »
Ils se turent, heureusement. Comptant mentalement jusqu'à dix, Severus s'autorisa enfin à faire face à ses élèves. La plupart d'entre eux étaient maintenant présents et assis à leur place.
« Vous savez ce que vous avez à faire, » annonça-t-il sèchement. « Préparez-la, mettez-la en bouteille, et étiquetez-la convenablement d'ici la fin du cours. Au travail ! »
Les élèves commencèrent docilement à couper et à émincer, et Severus commença son habituelle ronde dans la salle de classe, remontant le long des rangées, s'assurant d'adresser à Weasley un regard particulièrement mauvais. Hermione, il le remarqua, gardait la tête baissée et travaillait rapidement. Il la laissa tranquille.
Londubat était déjà mal parti, il coupait ses rhizomes de marantes en diagonale au lieu de les couper dans le sens de la longueur – sa potion serait indubitablement trop épaisse, même s'il suivait le reste des instructions à la perfection, ce dont Severus doutait. Mais il passa le chaudron du garçon, sachant qu'il aurait une occasion de s'en prendre à lui plus tard.
En fait, l'occasion se présenta plus tôt qu'il ne s'y serait attendu. Alors qu'il terminait son cinquième tour de la pièce, il entendit Londubat chuchoter quelque chose. Incapable de comprendre, et voyant qu'Hermione se raidissait, Severus approcha.
« Ne t'en fais pas au sujet de ces imbéciles, Hermione, » lui disait précipitamment Neville, « moi je trouve que c'est bien que tu aies trouvé quelqu'un, et je ne laisserai personne… »
« Londubat ! » hurla Severus, indigné d'entendre que les spéculations continuaient. « Je retire quinze points à Gryffondor. Arrêtez de jouer les commères, et remettez-vous au travail, » aboya-t-il, tressaillant intérieurement en voyant Hermione se tendre plus encore. Mais son but était atteint ; Londubat poussa un petit glapissement et se remit à rater sa potion, déjà trop épaisse et chauffant à trop gros bouillons.
Le cours se poursuivit sans autre incident, dans un silence quasi-surnaturel. Severus sourcilla quand un Londubat rougissant vint déposer une fiole d'une substance bleue et grumeleuse sur son bureau, étiquetée 'Gel Rafraîchissant' d'une plume si claire que Severus put sentir l'hésitation même dans l'écriture – il était choqué de voir que Londubat ait réussi à étiqueter correctement une préparation aussi horrible.
Les autres potions étaient plus ou moins préparées correctement, avec des degrés variés de clarté. Seules les potions d'Hermione, et, de façon surprenante, de Zabini, s'étaient décantées convenablement en un gel comme prévu. Zabini sembla aussi choqué que tout le monde en déposant sa fiole à côté de celle d'Hermione de voir que les contenus en étaient de même couleur. « Eh bien, on dirait que vous décrochez la note maximale cette fois, Zabini, » commenta ironiquement Severus. Le gamin rougit, mais resta silencieux.
Heureusement, les élèves sortirent de classe relativement rapidement après avoir rendu leurs fioles. Pansy Parkinson s'attarda un moment, comme si elle avait eu envie de lui poser une question, mais un regard noir en sa direction l'avait envoyée balader. Severus s'assit à son bureau avec un soupir, se prenant la tête entre les mains. Un cours double, et il en avait déjà assez de sa journée.
Une toux le fit sursauter, et Severus leva les yeux pour voir Hermione debout de l'autre côté du bureau, l'air de le juger du regard. « Severus, » dit-elle, et il fut surpris d'entendre une pointe de glace dans sa voix.
Il lui adressa un signe de tête. « Hermione. Est-ce que tu ne devrais pas aller à ton cours suivant ? » Severus espérait avec ferveur qu'elle saisirait l'allusion, il n'était pas en état de discuter de quoi que ce soit pour le moment.
Mais elle se contenta de lever un sourcil et de croiser les bras. « C'est l'heure du déjeuner, » fit-elle remarquer.
« Oh. » Il se demanda ce qu'il allait bien pouvoir dire de plus, mais elle s'occupa de ce détail.
&&&&&&
« Parvati ne t'a pas reconnu, au cas où tu te poserais la question, » l'informa Hermione, tressaillant intérieurement de la froideur avec laquelle elle s'exprimait. Mais pourquoi est-ce qu'elle ne serait pas en colère, après tout ? Depuis l'après-midi de la veille, elle avait dû affronter une foule de curieux, et plus elle y pensait, plus Hermione se disait que tout était de la faute de Severus d'abord… S'il n'avait pas…
« Je m'en étais rendu compte, » répondit-il. « Merci, » ajouta Severus, avec un manque de sincérité évident.
Fronçant les sourcils, Hermione se pencha par dessus le bureau, espérant que les mots qu'elle était sur le point de prononcer lui feraient du mal. « J'ai seulement pensé que tu devrais le savoir, pour le cas où tu aurais eu peur de perdre ton travail ou quelque chose comme ça. »
Apparemment, ce fut le cas. Le visage de Severus se décomposa un peu. « Est-ce que c'est ce que… » il s'interrompit, incrédule. « Hermione, je… »
« Et Harry et Ron ne soupçonnent rien non plus, alors tu n'as pas de raison de… »
Les émotions se succédant rapidement sur son visage, Severus se leva soudain pour la regarder si méchamment qu'elle se tut avant d'avoir terminé sa remarque insolente. « Est-ce que tu veux bien arrêter ? » siffla-t-il. « Tu es en colère après moi. D'accord. J'ai compris. »
« C'est normal que je sois en colère après toi, » répondit-elle méchamment. « J'ai tous les droits d'être en colère après toi. »
« Oui, tu en as le droit, » lui lança-t-il. « Voilà. Est-ce que c'est ce que tu voulais entendre ? »
Sa colère diminua un peu, mais elle était toujours là, à la limite de l'audible quand elle reprit la parole. « C'est seulement que… Severus, ils m'ont bombardée de questions toute la nuit, et je ne sais plus quoi leur répondre à la fin. Je voudrais seulement… Oh, je ne sais pas ! » s'interrompit-elle, frustrée.
« Tu n'as qu'à les ignorer, » répliqua-t-il.
Et la colère refit surface, immédiatement. « C'est facile pour toi de dire ça. J'imagine que tes amis ont littéralement campé devant ta porte pour te demander des indices sur la personne que tu vois en secret ? » lui demanda-t-elle d'un ton mauvais.
« Non, » répondit-il doucement, dangereusement. « Je suis resté assis dans mes cachots, tout seul, sans savoir ce qui se passait, parce que la femme qui prétend tenir profondément à moi a préféré rester dans sa chambre pour bouder. »
« Pour bouder ? » répéta-t-elle. « Pour bouder ? » sa voix monta d'un ton.
« Tu m'as bien entendue, » confirma Severus. « Tu te conduis comme une gamine, Hermione. »
Elle eut un petit rire. « Je me conduis comme une gamine ? Qui a retiré vingt-cinq points à Gryffondor ce matin parce qu'il ne pouvait pas supporter d'entendre des spéculations ? »
« Espèce de petite idiote, » cracha-t-il, « j'essayais de te protéger d'eux. »
Hermione se raidit, et, droite comme un I, lui lança le regard le plus mauvais dont elle était capable. « Ne m'appelle plus jamais comme ça, » siffla-t-elle.
« Alors arrête de te comporter en enfant, » cria presque Severus.
Il se regardèrent pendant plusieurs minutes dans un silence tendu. Ni l'un ni l'autre ne voulait parler.
Finalement, Severus ouvrit la bouche, puis la referma, et, plissant les yeux, finit par lui dire. « Je ne tiens pas à discuter de ça plus longtemps. »
Elle ouvrit grand les yeux. « Tu ne tiens pas… Severus, je ne te laisserai pas me renvoyer comme une petite élève stupide. »
« Tu es une petite élève stupide, » rugit-il, cruellement.
Hermione serra les dents. « D'accord, » dit-elle, sans desserrer la mâchoire. « J'imagine que dans ce cas, ça fait de toi le professeur qui séduit son élève et profite de son innocence. Glorieux de ta part, non ? »
Immédiatement, elle aurait voulu pouvoir retirer ce qu'elle venait de dire. Severus ferma les yeux, comme si elle l'avait frappé.
Ne voulant pas voir la douleur dans son regard, Hermione tourna les talons et s'enfuit de la salle de classe.
&&&&&&
Hermione était sous la douche, se demandant distraitement s'il y avait moyen de se noyer sous le jet. C'était peut-être possible, et si oui, elle espérait bien être capable de découvrir comment faire.
Elle était allée trop loin avec Severus tout à l'heure, et elle le savait. Ils n'avaient jamais réellement discuté du fait qu'elle était techniquement toujours son élève, et lui son professeur, mais ça ne lui donnait pas le droit de le lui jeter à la figure comme elle l'avait fait, spécialement pas de la façon dont elle l'avait fait. C'était tout simplement impardonnable.
Severus avait raison. Elle s'était conduite comme une enfant. Tellement en colère contre Harry, et Ron, et tous les autres Gryffondors qui avaient continué à lui poser des questions sans arrêt qu'elle s'en était prise à la première personne possible, dès qu'elle en avait eu l'occasion. Elle espérait seulement que leur dispute ne serait pas définitive.
Eteignant les robinets, Hermione se sécha et passa des robes propres, soupirant de penser à ses cheveux mouillés, mais n'ayant pas le courage de s'en occuper. A l'origine, elle avait eu l'intention de prendre une douche et de passer la soirée dans son dortoir (à bouder, murmura une voix dans son esprit qui ressemblait curieusement à celle de Severus), mais plus elle y pensait, plus elle avait envie d'aller voir Severus et de parler avec lui.
Enfin… s'il était toujours en colère contre elle, il s'agirait plutôt de lui parler que de discuter, il risquait de ne pas répondre grand chose, mais il fallait qu'elle fasse cet effort.
Espérant que personne ne la remarque, Hermione sortit rapidement de la Salle Commune, et descendit au bureau de Severus. Mais en arrivant à la porte, elle vit qu'il n'y avait pas de lumière. D'ailleurs, la pièce était fermée. Il n'était pas là.
Il n'était pas non plus dans le laboratoire.
A bout de souffle après être remontée à toute vitesse au quatrième étage, puis à la Tour de Gryffondor, Hermione dut prendre un moment avant de pouvoir donner le mot de passe à la Grosse Dame. Après avoir franchi le portrait, elle se dirigea immédiatement vers Harry et Ron, qui jouaient calmement aux échecs près du feu.
« Harry, » appela Hermione, toujours un peu essoufflée, « j'ai besoin de la Carte. »
Il se tourna vers elle, sourcils levés. « Bonsoir à toi également, Hermione. »
« La Carte, » répéta-t-elle avec irritation. « J'ai besoin de la regarder une minute. »
Harry la regarda pendant un instant encore, et se leva tout à coup. « Elle est dans mon coffre. Ne bouge pas, » lança-t-il, se dirigeant vers le dortoir des garçons.
Ron lui sourit amicalement. « Comment est-ce que tu vas, Mione ? »
« J'ai connu mieux, » répondit-elle distraitement.
L'air un peu mal à l'aise, Ron se concentra sur l'échiquier. « On a été un peu durs avec toi ces derniers temps, non ? »
Elle continua à le regarder sans expression particulière – cette question ne méritait même pas de réponse.
« Je suis désolé, » dit-il, se tortillant dans son fauteuil. « Désolé pour tout. Je crois que j'ai un peu dépassé les bornes. »
Hermione se permit un petit sourire, et même un rire. « Un peu, » convint-elle. « Je veux seulement que tu respectes ma vie privée. »
« Considérez que c'est fait, mademoiselle, » répondit Ron avec un grand sourire. « Tu ne veux pas parler de ta vie amoureuse avec nous. D'accord. Mais j'ai une dernière question. »
Hermione soupira. « Je t'écoute, Ron. »
« Promets-moi que tu ne te glisses pas en dehors du château le soir pour faire des papouilles à Tu-Sais-Qui, ou quelqu'un dans son genre, » dit-il à toute vitesse.
Elle était sidérée. On pouvait toujours compter sur Ron pour trouver les candidats les plus improbables, mais ne pas penser à ceux qui paraissaient pourtant évidents. « Je te le promets, » répondit-elle, quelque peu ahurie.
Choisissant de reparaître pile à ce moment, Harry agita la Carte sous ses yeux. « Je l'ai, » lui dit-il. « Pourquoi est-ce que tu en as besoin, au fait ? »
« Voyons, Harry, » le reprit Ron d'un ton taquin, « tu sais bien qu'une question pareille empiète sur la vie privée d'Hermione. »
Même Hermione rit à ces mots. Prenant la Carte, elle la déplia sur l'échiquier, ignorant les protestations des pièces qu'elle recouvrait par inadvertance. « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises, » dit-elle, tapant le parchemin avec sa baguette, et le regardant s'animer sous ses yeux.
Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver le point qu'elle recherchait. Le point nommé 'Severus Snape' était immobile dans une pièce des cachots, juste au bout du couloir par rapport au bureau de Severus. Hermione réfléchit pendant un moment, et se souvint vaguement d'une armure rouillée à peu près à cet endroit. Ce devait être l'entrée de ses quartiers personnels, réalisa-t-elle avec surprise. Tapant de nouveau la Carte, elle l'effaça.
Harry la regarda avec curiosité. « Tu ne veux pas la prendre avec toi ? » demanda-t-il. « Elle ne te donnera pas de mots de passe avant que tu n'en aies besoin, tu sais. »
« Je n'ai pas besoin de mots de passe, » répliqua-t-elle. Elle n'avait pas l'intention d'entrer dans les quartiers de Severus par effraction. Si tout se passait bien, il lui ouvrirait la porte quand elle le lui demanderait. Autrement…
Elle n'avait pas la moindre envie d'y penser pour le moment.
« Merci, Harry, » dit Hermione, essayant de leur adresser à lui et à Ron un regard rassurant en se dirigeant de nouveau vers le portrait.
Les couloirs se désemplissaient déjà alors qu'elle redescendait vers les cachots – le couvre-feu n'était plus que dans une heure – et elle s'en réjouit. Les cachots eux-mêmes étaient déserts. Hermione savait que les dortoirs des Serpentards étaient quelque part dans les environs, mais elle ne s'en était jamais souciée suffisamment pour déterminer leur emplacement exact.
Alors qu'elle se tenait face à l'armure dont elle s'était souvenue plus tôt, Hermione se demandait quoi faire. Frapper à l'armure semblait plutôt idiot, mais lui adresser la parole ne paraissait pas mieux. Finalement, Hermione se dit qu'elle n'avait pas vraiment d'autre option.
« Severus ? » appela-t-elle timidement. « Severus, est-ce que tu es là ? »
L'armure s'effaça pour révéler Severus, appuyé sur le cadre d'une porte, dans la pénombre. « Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-il d'une voix fatiguée, et d'un ton prudent.
Soudain incapable de regarder son visage, Hermione baissa la tête et regarda ses pieds. Ils étaient nus, remarqua-t-elle distraitement. « Je suis venue pour… Severus, je suis désolée, » dit-elle à ses orteils étrangement pâles. Il ne devait pas marcher dehors pieds nus très souvent, se dit-elle.
« C'est vrai ? » demanda-t-il d'un ton neutre.
Elle leva les yeux, reprenant espoir. « Ce que j'ai dit tout à l'heure était hors de propos. C'était injuste de ma part de m'en prendre à toi de cette façon. »
« C'est vrai, » admit-il, sans trahir d'émotions ni dans sa voix ni dans l'expression qu'il affichait.
« Bon Dieu, Severus, » s'exclama-t-elle. « Je t'aime, tu sais, et je ne veux pas te faire de mal, jamais. »
« Mais tu l'as fait. » Sa voix était très douce, et il y avait une trace de doute et de chagrin dans son regard.
A sa grande horreur, Hermione sentit ses yeux s'emplir de larmes. « Je ne voulais pas ! » s'écria-t-elle. « Oh, Severus, je suis tellement désolée, et je comprendrais que tu me détestes maintenant, et… »
« Je ne te déteste pas, imbécile, » l'interrompit-il.
Les larmes menaçaient de rouler le long de ses joues maintenant. « Non ? » demanda-t-elle, résistant à l'envie de renifler.
« Bien sûr que non. » Son ton était légèrement plus chaleureux maintenant, et son attitude se détendit imperceptiblement.
Oh, l'envie de pleurer était toute puissante, mais Hermione parvint à résister un peu plus longtemps. « Non ? » répéta-t-elle, hébétée.
Severus soupira. « Comme je te l'ai dit, Hermione. Tu ferais mieux d'entrer. Nous n'allons pas continuer à traîner dans les couloirs. » Il s'écarta du chemin, et se retourna vers ses quartiers.
Soulagée de l'avoir entendu dire 'nous', Hermione le suivit timidement, retenant toujours ses larmes. C'était dommage que ce soit sa première occasion de visiter ses quartiers personnels. Toutes choses considérées, elle aurait préféré que ça marque une occasion plus heureuse.
Ses quartiers étaient exactement comme elle s'y serait attendue, cependant. Plutôt spartiates, mais envahis par les parchemins et les livres sur toutes les surfaces disponibles. La chose qui la surprit vraiment fut la luminosité. Comme ils étaient dans les cachots, elle s'était attendue à trouver des quartiers sombres, éclairés seulement par les flammes vacillantes d'un feu de bois, mais elle vit plusieurs lampes allumées disposées sur les surfaces qui n'étaient pas occupées par les livres, et s'arrêta net en voyant une grande fenêtre dans le salon.
« Mais je pensais qu'on était… » commença-t-elle, s'interrompant quand elle vit la lune et les étoiles scintillantes qui tremblotaient devant elle de l'autre côté de la fenêtre.
Il haussa les épaules. « Je ne tenais pas particulièrement à vivre dans le noir, » répondit-il à la question qu'elle n'avait pas posée. « C'est ensorcelé pour ressembler au ciel, un peu comme le plafond de la Grande Salle. »
« Oh, » souffla Hermione, tendant une main pour toucher la fenêtre, et la reculant vivement, choquée d'avoir touché du véritable verre. « C'est magnifique. »
Encore une fois, il haussa les épaules. « Il m'a fallu presque un an pour faire fonctionner cette saleté de truc convenablement, mais je ne pense pas que tu sois venue ici pour discuter de mes défaillances en Sortilèges. Mes autres défauts, peut-être, mais pas celui-là. »
Une fois encore, des larmes lui montèrent aux yeux. Maudissant sa faiblesse, Hermione continua à regarder la fenêtre, choisissant de s'adresser au reflet de Severus dans le verre ensorcelé plutôt que lui directement. « Severus… »
Son reflet lui adressa un petit sourire. « Encore une fois je choisis le mauvais moment pour plaisanter, on dirait. Excuse-moi. »
Elle secoua la tête. « Tu n'as pas à t'excuser, » répondit-elle d'une petite voix. « Je… »
« Au contraire, » répondit-il doucement. « Je crois que je te dois des excuses pour mes actions d'hier. J'ai suivi une envie sans vraiment réfléchir à ce que je faisais, et de toute évidence, ça t'a causé beaucoup de stress. J'en suis sincèrement désolé. »
« Tu ne devrais pas avoir à t'excuser pour… hier, » répondit-elle, aussi délicatement que possible. « Je veux dire… » Elle rougit.
Severus rit un peu, et Hermione commença enfin à croire que les choses allaient finir par s'arranger. « Je ne m'excusais pas pour tout, » rectifia-t-il. « Et en d'autres circonstances, je ne m'excuserais pas pour autre chose que pour avoir oublié de lancer un sort pour verrouiller la porte. »
Elle se mit à rire, se détournant de la fenêtre pour voir l'éclat de joie sincère qu'il avait dans les yeux. Mais elle se calma rapidement, sachant que les morceaux n'étaient pas encore tous recollés. « J'ai passé sur toi la colère que j'éprouvais envers mes amis, » avoua-t-elle. « Enfin… principalement envers eux. Et je suis désolée de ne pas être venue hier soir, mais j'ai pensé que ce ne serait pas prudent, avec… »
L'interrompant une fois encore, Severus lui adressa un signe de tête pour montrer qu'il la comprenait. « Je sais, » répondit-il. « C'était irrationnel de ma part de m'attendre à ce que tu viennes, et je le savais, même à ce moment là. Mais parfois, j'ai du mal à me souvenir que je dois te partager avec le reste du monde. »
Il ne fallut que quelques pas à Hermione pour être assez près de lui pour l'enlacer, et poser sa tête sur son épaule. « Parfois, j'ai seulement envie de rester là contre toi pour toujours, » admit-elle.
Il faisait courir ses mains dans le dos d'Hermione, de haut en bas, lissant ses robes contre sa peau. « Hermione ? » demanda-t-il, d'un ton soudain plus incertain.
« Quoi ? » Elle essaya de ne pas trahir ses craintes dans sa voix.
« Est-ce que ça t'ennuie que je sois ton professeur ? »
S'écartant légèrement de lui, Hermione le regarda avec des yeux ronds. « Bien sûr que non ! »
« Mais pourtant… »
Ce fut à son tour de l'interrompre. « Severus, il y a bien longtemps que j'ai arrêté de penser à toi comme à un de mes professeurs. Tu es mon collègue, mon ami, mon… tu sais, » dit-elle, rougissant un peu. « Dans mon esprit, les professeurs sont comme des créatures unidimensionnelles, qui n'existeraient que pour transmettre leur savoir à leurs élèves. Mais toi, Severus, tu es tout simplement un homme pour moi. »
« Rien que ça ? » demanda-t-il, moqueur.
Elle résista à l'envie de lui tirer la langue, et se contenta de le serrer de nouveau dans ses bras. « Ne me dis pas que tu penses toujours à moi comme à ton horrible Miss je-sais-tout d'élève. »
« Je t'accorde que tu es une horrible Miss je-sais-tout, » répliqua-t-il, avec un petit sourire ironique qui disait à Hermione qu'elle était entièrement pardonnée, et la serrant un peu plus fort contre lui. « Mais non, je l'avoue, il y a bien longtemps que je ne te vois plus comme mon élève non plus. Le fait de réaliser que je ne t'avais quasiment rien appris depuis quatre ans a probablement aidé, remarque. »
« Espèce de flatteur, va, » lâcha-t-elle, pince-sans-rire.
« C'était quoi, déjà, cette affreuse expression moldue ? » demanda-t-il, ne s'adressant à personne en particulier. « Aime-moi ou quitte-moi. »
Elle l'embrassa sur la joue. « Je crois que je préfère t'aimer. »
« Je suis content que nous soyons au moins d'accord sur ce point, » dit-il, l'embrassant doucement.
Avec un grand sourire, Hermione se dégagea de son étreinte, et regarda une fois de plus la pièce dans laquelle elle était. « Tes quartiers me surprennent, Severus. »
Il leva un sourcil. « Pourquoi ? »
« Je me serais imaginé un trou noir et déprimant, tout en draperies de velours vert, » plaisanta-t-elle. « Mais quelque part, les fauteuils de chintz n'étaient pas dans l'idée que je m'étais faite. La fenêtre de trois mètres de haut non plus, d'ailleurs. »
« Je n'ai pas eu le choix au sujet du chintz, » se défendit-il. « Ils ont été fournis avec la pièce. Et je te l'ai déjà dit, vivre dans le noir ne m'intéresse pas le moins du monde. Contrairement à ce qu'on peut penser, je préférerais ne pas avoir à vivre dans les cachots. » Soudain, il sembla finalement réaliser ce qu'Hermione venait de lui dire. « Attends… du velours vert ? » demanda-t-il, chagriné.
Elle haussa légèrement les épaules. « Pourquoi pas ? Les tentures de la Tour de Gryffondor sont en velours, après tout. »
« Et qui ne demanderait pas les conseils d'une Gryffondor en matière de décoration, » se moqua-t-il gentiment.
Cette fois, Hermione céda à son impulsion, et lui tira la langue.
A son crédit, Severus se remit plutôt bien de son choc momentané, et riposta en l'embrassant à perdre haleine.
