CHAPITRE XII
« Chocolatine ou croissant ? » demanda-t-il en posant les deux grosses poches sur le comptoir.
« Pain aux raisins ! » le défia-t-elle. Elle se tenait debout à côté de lui, s'apprêtant à lui servir une tasse de café.
« Lisa, la chieuse ! » dit-il en rigolant. Il sépara les deux poches, en sortit une du milieu. « Je ne te connaitrais pas si bien, je dirais que tu fais tout pour m'embêter. » Il réalisa aussitôt ce qu'il avait dit, l'usage du tutoiement. Il rougit, baissa la tête. Était-il allé trop loin ?
Deuxième fois en une demi-heure que House rougissait. C'était une date à marquer d'une pierre blanche pensa-t-elle. Elle réalisa alors le pourquoi de son embarras. Il l'avait tutoyé. Marque de familiarité s'il en est une. Mais ça sonnait bien. Ça lui plaisait. Et puis, quand on partage sa salive, on peut bien se tutoyer, se dit-elle. « Parce que tu me connais si bien que ça? » lui demanda-t-elle en souriant. Elle put voir le soulagement sur le visage de l'homme.
« Je crois oui. Vingt ans que je te pratique déjà. Il suffit que je dise blanc ou noir pour que tu dises gris. » Il lui tendit la poche, observant sa réaction.
« Mon héros ! » dit-elle en passant ses bras autour de son cou. Elle déposa un baiser sur ses lèvres, attrapa les deux tasses, le sac et se dirigea vers l'extérieur. Elle s'installa sur la balancelle, il vint la rejoindre. Ils mangèrent en silence, profitant des premières lueurs du soleil et de la brise fraiche. Ils n'avaient, depuis longtemps déjà, plus besoin de se parler pour se comprendre. Ils avaient cette complicité qu'ont les vieux amants. House remonta ses jambes sur le siège, calant sa tête contre l'épaule de sa patronne. Elle l'aida à s'ajuster contre elle, l'entourant de ses bras. Elle caressait distraitement ses cheveux, imaginant comme ce serait bon de pouvoir répéter ce geste, tous ces petits gestes quand bon lui semble. Elle cala sa tête contre celle de l'homme et ferma les yeux. Elle voulait profiter de l'instant présent, cesser de penser au futur, à ce qui pourrait ou ne pourrait pas advenir.
Ils restèrent un long moment dans cette position, n'osant pas bouger ne voulant pas rompre le charme.
« On pourrait faire un barbecue ce soir ? » finit-il par dire.
« Mmh. » Se contenta-t-elle de répondre. C'était une bonne idée. Et puis pas de risque de croiser d'autres gens. Des conflits en moins. C'était vraiment une très bonne idée.
« Si je t'emmerde, tu le dis. » dit-il en rigolant. Il se tourna un peu pour l'observer.
« À vrai dire, oui. J'étais plongée dans mes pensées. » répondit-elle honnêtement. Elle lui sourit. « Va pour le barbecue, et une salade de riz. »
« Une salade de riz ? » demanda-t-il.
« Y'a des végétariens ici, je te rappelle. Et puis les chips, c'est gras. » conclu-t-elle.
« Votre sens de la déduction, Dr Cuddy, me laissera toujours perplexe. » se moqua-t-il. Il fut un peu surpris de la voir lui tirer la langue. Il se retourna complètement, se retrouvant allongé sur elle. Il glissa ses mains le long de ses hanches, remontant jusqu'à sa taille et la chatouilla. Elle éclata de rire, et gigota dans tous les sens. Elle le supplia d'arrêter, se tortilla de plus belle. Il du mettre pied à terre pour leur éviter de finir sur le sol. Il ne relâcha pas sa prise, la torturant de plus belle. Il pouvait voir les larmes germer au coin de ses yeux et sa voix se faire plus rauque.
Il cessa immédiatement quand il entendit quelqu'un se racler la voix. Le couple de jeunes gens se tenait juste à côté de la balancelle.
« Bonjour. » Dit Thirteen, un énorme sourire aux lèvres. La directrice arqua le dos, roulant sa tête en arrière pour voir qui se tenait derrière elle. En faisant cela, elle colla son décolleté dans le visage de House. Celui-ci se lécha les lèvres, en rajoutant volontairement. Foreman rit et roula des yeux. House était incorrigible.
Cuddy le poussa violemment, l'obligeant à se relever. Elle s'extirpa de son emprise, ajusta son débardeur et sourit, les joues rouge écarlate, à ses employés. Elle partit se préparer sans demander son reste.
La matinée passa vite. Baignade, grignotage. En début d'après-midi, les deux plus âgés s'installèrent pour une petite sieste au soleil. Allongés sur les transats, bercés par le cliquetis des vagues, ils s'endormirent rapidement. Les autres faisaient une partie de Beach volley. House se réveilla le premier. Il regarda ses collègues s'amuser, regrettant seulement de ne pas pouvoir en faire de même. Puis son attention se reporta sur la forme endormie auprès de lui. Comment pouvait-il en être autrement ? Elle hantait ses jours et ses nuits. Il se tourna vers elle, la regardant dormir. Elle était paisible, sa respiration calme. Elle semblait enfin profiter d'un réel moment de détente. Elle en avait bien besoin. Gérer un hôpital, lui, un bébé et trouver le moyen d'être toujours bien apprêtée. Il se demandait vraiment comment elle faisait. Wonderwoman ! Sourit-il. Il se pencha vers elle, faisant glisser une mèche de cheveux hors de son visage. Mince, elle rougissait à vue d'œil. Le soleil n'était pas vraiment son meilleur ami.
« Lisa, Lisa, réveille-toi. » dit-il doucement dans son oreille, tout en la secouant. Elle grogna, se retourna. Il recommença de plus belle. Cette fois-ci, elle se réveilla. Surprise de découvrir qu'elle n'était pas dans son lit, et encore moins seule. Elle mit quelques secondes à figurer ce qu'il se passait, où elle était. Puis elle vit ce visage barbu se pencher vers elle. La mémoire lui revint en un éclair. Elle se dressa sur un coude, voulant l'embrasser.
Foreman, Taub et Thirteen choisirent ce moment-là pour faire une pause. Ils étaient de trop et ils le sentirent. Ils allaient se retirer quand leur patronne leur fit signe de rester, le moment était gâché. Autant qu'ils restent. Elle s'assit sur la chaise longue. Son dos lui faisait un mal de chien. Elle allongea ses jambes et entreprit de s'étirer. Elle aurait du continuer un minimum de sport, elle en avait besoin et son corps le lui faisait savoir. Elle s'allongea sur ses jambes, attrapant le dessous de ses pieds, posant son visage juste au-dessus des genoux. Elle resta un moment comme ça, jusqu'à ce qu'elle sente les muscles de ses lombaires se détendre. Alors, elle se redressa, bougea son dos un peu pour finir de se décontracter et capta les regards interrogateurs de ses collègues.
« Wouah. » firent-ils à l'unisson.
« Qui aurait cru qu'une femme de son âge soit aussi souple. » renchérit House, un sourire aux lèvres.
« Je ne suis pas si vieille que ça. En tout cas, beaucoup moins que vous. » dit-elle sévèrement.
« Non, c'est vrai. Vous avez quoi? 10 ans de plus que numéro 13? Ça ne fait pas de vous une personne âgée. » résuma-t-il.
« Vous êtes vraiment un con quand vous voulez! » elle recommençait à sentir la colère monter en elle. Elle s'était laissé aller, avait baissé ses défenses et voilà comment elle était remerciée.
House vit son changement d'humeur, put lire ses interrogations. Il était allé trop loin, il devait radoucir l'ambiance. « En même temps, ça n'a rien d'étonnant venant d'une femme aussi sportive que vous. Yoga, danse. Ça aide à entretenir ce corps. » conclu-t-il en désignant ses courbes d'un geste du bras.
« Et bien, j'adorerais que Rémy soit aussi souple que vous, croyez-moi. » s'amusa Foreman.
« Ça, j'en suis sur ! Imaginez l'hélicoptère, le poirier japonais, le pont des soupirs. Une femme, tellement de possibilités... » exposa House, rêveur.
« Mais de quoi parlez-vous ? » demanda Cuddy, même si elle avait sa petite idée.
« À votre avis ? Vous ne lisez jamais le Kâma-Sûtra ? Très bon livre de chevet. » lui souffla-t-il.
« C'était des positions du Kâma-Sûtra ? » elle était surprise par les noms soft, voir même amusant qu'elles avaient.
« Je crois que c'est votre façon de me dire, non, je n'ai pas lu ce très bon bouquin. C'est vrai, vous êtes la scientifique. Toujours a expérimenter, découvrir... » dit-il amusé. Il ne savait pas où cette conversation allait les mener, mais définitivement, il aimait la tournure des choses.
« Je n'ai pas besoin d'un quelconque livre pour être créative, et tu le sais très bien. » lui dit-elle, flirtant avec lui. Elle rougit sévèrement. Elle venait vraiment de dire ça tout haut? Et devant ses employés ? Le soleil devait lui taper sur le crâne. Elle commença à se lever, bien décidée à aller rafraîchir ses méninges.
House l'attrapa par le bras et l'attira à lui. Elle tomba lourdement sur son transat. Il passa un bras autour de sa taille, poussa une mèche de cheveux de l'autre, murmurant dans son oreille. « Oh ça je le sais. Tout comme je sais que tu as déjà testé au moins l'une de ses positions. » il croqua doucement le lobe de son oreille. Elle se tourna vers lui, le regarda interrogativement. De quoi parlait-il ? « Tu te souviens cette nuit, après la conférence médicale. Juste avant que tu ne m'embauches. »
Les souvenirs jaillirent dans sa tête, quelques uns s'égarant même dans sa poitrine et son entrejambe. « oh » fit-elle.
« Je me souviens plutôt de ahh. » répondit-il, sourire aux lèvres. Il regarda sa poitrine, miroir de son excitation. « Bon souvenir, n'est-ce pas . Faudra recommencer. » lui dit-il en se levant. Il la prit par la main, l'entrainant vers la mer. De l'eau froide, vite !
