Disclaimer : Les personnages de X-Men appartiennent à leurs auteurs et à Marvel. Moi, j'aurai aimée une donation de Erik et de Charles, mais paraîtrait que c'est pas possible. Dommage. Je ne touche rien pour écrire cette fanfiction.

Avertissement : UA, Slash, limp/broken/angst/dark!Charles.

Genre : Angst, drama, romance, hurt/comfort, family, friendship.

Spoilers : Aucun. C'est sûr que si vous n'avez pas vu le dernier X-Men, ça risque d'être spoiler, mais sinon, non.

Pairing : Erik/Charles.

Note : Désolée pour le retard de publication, j'avais contractée cette chose étrange, syndrome de la page blanche, impossible de retrouver de la motivation dans l'écriture de cette fic, surtout que j'en ai encore deux sur le feu. Mais, miracle, j'ai vu "Trance" de Danny Boyle, avec James MacAvoy, et, comment dire, cela m'a tout de suite redonnée bien plus d'inspiration. Allez voir ce film, si ce n'est pas déjà fait (et si vous voulez admirer la paire de fesses dénudée de James).

Bref. Bonne lecture, et en attendant vos avis et reviews !


PARTIE II – CHAPITRE V

APOCALYPSE.

SMOLENSK, RUSSIE.

La vie n'est qu'une longue répétition. Les mêmes gestes, les mêmes mots, les mêmes personnes, les mêmes endroits. Dans l'esprit sur-développé de Charles, cette boucle intransigeante est une torture. C'est toujours distinguer le passé du présent, le réel de l'irréel. C'est se perdre dans les méandres tourmentées de son esprit malade.

Le vent glacé de l'Union Soviétique meurtri sa peau, mais en fait, cela n'a que peu d'importance. Il lève ses yeux aux pupilles bicolores vers le bâtiment de béton gris et froid qui surplombe la toundra. Il reconnaît bien les lieux, il y fut enfermé il y a encore si peu de temps. Se souvenir de tout et savoir qu'il s'apprête à replonger en Enfer ne lui tire qu'un soupir résigné. Il doit bien cela à Raven.

La belle Raven, la si chère sœur, dont ce diablotin écarlate à la solde de Shaw a jeté le cadavre sur le perron de la maison d'Ethan. Égorgée, il avait dû passer du temps, assise face à elle, la regardant se vider de son sang, s'éteindre petit à petit. Et puis, une fois ses yeux définitivement clos, il avait certainement repris son canif et avait tracé ce message dans la chair encore tendre de son ventre.

Smolensk.

La vie n'est qu'une infernale répétition.

Ses pas émettent un bruit reconnaissable dans la neige fraiche. Contrairement à ce qu'il aurait pu penser, personne n'est là pour l'accueillir. Certes, sa télépathie repère bien une cinquantaine de personnes grouillant dans les sous-sols, ainsi que quelques gardes éparpillés ça et là dans les étages, mais il avait pourtant pensé qu'à peine passé la frontière on viendrait gentiment le cueillir et l'amener à Shaw. Apparemment, le maitre des lieux souhaitait plus que sa présence, il attendait également sa soumission. Et, Charles se demandait encore si c'était quelque chose qu'il allait véritablement lui donner.

Il n'y a rien à donner à quelqu'un qui, de toute façon, vous prendra tout de force.

Comme rien n'avait changé ! Le Roi est toujours assis sur son trône. Il siège, surplombe, et fixe son regard noir dans le sien. Son sourire qui s'agrandit, satisfait, donne à Charles une véritable envie de vomir.

« Nous pouvons toujours fuir. »

Pour quoi faire ? Rien, ni personne ne nous attend. Nous sommes là où nous devons être.

- Charles, enfin.

Et, c'est comme si les ténèbres étaient plus sombres encore, comme si l'espoir s'amoindrissait. Charles a envie de pleurer, mais il ne le fait pas. Il lui reste une certaine fierté, qui s'effacera bien sûr avec le temps, ce qui ne l'empêche pas de tomber au sol sous ses jambes se dérobant sous son poids. Le rire de Shaw est assourdi par les battements erratiques de son cœur, qui résonnent contre ses tympans en une symphonie folle et affolante.

I peine quelques mois, tout cela n'aurait été qu'un affreux cauchemar. Il n'était qu'un étudiant, et sans Erik, tout cela aurait pu rester ainsi. Sans son regard, sans ses lèvres sur les siennes, il n'y aurait jamais eut de telles tragédies. Ses pouvoirs ne se seraient pas ainsi développés, des gens n'auraient pas perdus la vie en vain, et il n'aurait pas eut à fléchir face à Sebastian Shaw.

Mais, tout n'était pas de la faute d'Erik. Si Charles trouvait encore la force de lui en vouloir, une partie de lui-même, lasse et épuisée, répétait sans cesse que tout ce malheur valait bien le peu de bonheur qu'ils avaient partagés tous les deux. C'était vrai. Grâce à Erik, Charles avait été heureux, certes bien peu de temps, mais cela n'avait que peu d'importance. Cela les valait bien.

- Tu arrives juste au bon moment. Nous avons ici quelqu'un que je souhaiterai te présenter.

Il releva la tête sous les ricanements des gardes armés et de quelques mutants qu'il connaissait bien désormais, pour voir s'avancer un homme bâillonné, vraisemblablement terrorisé et en mauvais état. Il n'eut pas besoin d'entrer dans sa tête pour savoir qui il était, il l'avait déjà vu à de nombreuses reprises dans les journaux et à la télévision.

- Qu'est-ce que …

Sebastian se leva et avança de quelques pas vers son petit protégé, qui se redressa immédiatement d'un bond. La réaction le fit sourire. Il s'avança jusqu'à ce que leurs deux corps se frôlent. Charles resta stoïque, tenta de rester impassible. L'allemand vit bien la couleur déserter son visage et sa respiration s'accélérer. Il passa une main sur sa joue, apprécia la douceur et le contact, puis attrapa sa nuque d'une prise ferme et douloureuse qui tira chez sa victime une plainte étouffée. Il souffla quelques mots à son oreille, passa sa langue sur le pavillon et se délecta du tressaillement dégoûté du jeune homme.

- Le monde est à nous, Charlie. Regardes bien cet homme, il est notre salut. Bientôt, les êtres humains n'existeront plus, et nous deviendrons dès lors les seuls maitres de la Terre.

Sebastian n'a pas besoin de lire dans les pensées pour voir à quel point Charles le trouve fou. Ce n'est pas grave. Il finira bien par comprendre, un jour.

- Je veux que tu rentres dans sa tête et que tu me trouves ce code.

Charles n'a pas besoin de plus de précision. Il commence à savoir ce qui gangrène le cerveau malade de Shaw : l'apocalypse nucléaire. Les radiations faisant muter les hommes. En tant qu'expert en mutation génétique, Charles aimerait lui dire que ce n'est pas ainsi qu'il arrivera à ses fins. Mais, pouvait-on réellement raisonner un personnage comme celui-ci ?

Nikita Khrouchtchev tenait à peine sur ses jambes. Il vacillait, de gauche à droite, et devait certainement être drogué. Dans son visage aminci et tétanisé, Charles ne reconnu rien de l'homme qu'il avait pu voir dans les médias. Il soupira. C'était ce que faisait Shaw. Détruire, annihiler.

- Qu'aurai-je en échange de ma collaboration ?

Shaw rit un peu et passe une main sous son pull, ce qui le fait tressaillir de plus belle.

- Es-tu véritablement en position d'exiger une récompense ?

Ce qui est réel de ce qui ne l'est pas. Il a tant de cicatrices sur le corps qui attestent de ce qui a pu se passer durant ce long mois passé dans ce cachot humide. Et, pourtant, ce n'est pas un rappel encore assez cuisant. Onslaught ricane dans son crane et lui ne fait qu'hausser les épaules face au regard noir de son bourreau.

De tout façon, personne n'a cherché à le retenir. Il a bien vu leurs regards, il a entendu leurs murmures. Ils savent qu'il est responsable de la mort de Raven. Ce n'est qu'une succession de choses qui font grandir la peur qu'ils éprouvent pour lui en leurs cœurs. Il a tué Moira devant leurs yeux, ses pouvoirs ne cessent de croitre et ils savent bien que quelque chose n'est plus très sain dans son esprit. C'est peut-être une bonne chose qu'il soit parti. En fait, oui, Charles le pense aussi.

- Une fois que j'aurai ce code, nous déclencherons la guerre. Ne t'inquiète pas, je te protégerai. Il ne t'arrivera rien.

L'idée de protection chez Shaw tient en plusieurs choses que Charles commence à assez bien connaitre : l'enfermement, la volonté de soumettre et le développement personnel par la torture. C'est un programme qui n'a rien à voir avec ce que le commun des mortels appelle « la protection de l'être cher », mais bon, Shaw n'est pas non plus réellement un mortel tout à fait commun.

- Tu n'auras plus besoin de cela.

Soudain plus venimeux, l'allemand attrape le collier où pend un anneau, accroché autour de son cou. D'un geste brusque, il l'arrache, et entre ses doigts où explose le pouvoir, détruit le symbole avec une hargne aveugle.

Charles, trop choqué pour réagir, regarde s'envoler les derniers restes d'un amour pas si lointain. Il suit des yeux la poussière qui tombe entre les doigts écartés de l'allemand hilare. Alors, s'en est bien fini, n'est-ce pas ?

- Le code, Charles.

Tel un automate, les yeux toujours fixés sur le petit tas que forme, sur le sol, les restes de la bague, son esprit s'accroche à celui du dirigeant soviétique et y trouve le code désiré. Il le répète sans vraiment sans soucier, sous les plaintes sourdes de Khrouchtchev. Une jeune femme, à la peau mate et à la beauté évidente, aux cheveux noirs et yeux sombres, se tourne vers lui et revêt, de la même façon que pouvait le faire Raven, l'apparence de l'homme politique.

Un craquement écœurant informe Charles de la mort de l'homme. Ce n'est pas vraiment important. Il y a des bourdonnements dans ses oreilles, des voix éparses qui traversent son esprit, et plus rien vraiment à quoi se rattacher. Il pourrait presque voir Shaw sautiller de joie. C'est une information bien trop dérangeante pour son esprit ankylosé.

Et, doucement, lentement, la pièce se vide et Sebastian est de nouveau tout proche. Charles aimerait pouvoir l'écarter, user de ses pouvoirs pour le détruire mais, étrangement, Onslaught reste bien silencieux à ses demandes. C'est peut-être pour cela qu'il laisse l'homme poser ses mains sur lui et ses lèvres dans son cou.

S'il se rend compte que, dehors, il n'y aura bientôt plus personne pour se soucier de lui ? Peut-être pas.


LOS ANGELES, ETATS-UNIS.

La pièce roulait entre ses doigts, flottant dans les airs, comme retenue par une pression invisible. Elle effectuait des tours sur elle-même, des pirouettes grotesques, telle une marionnette abrutie, prisonnière de son bon vouloir.

« Fais bouger cette pièce, Erik, et ta mère survivra. ».

La détonation, le bruit d'un corps qui tombe, de la chair qui heurte le sol, ces bruits le hantaient parfois jusque dans ses cauchemars. Cela, et puis tout le reste. L'enfer d'Auschwitz. L'enfer dans lequel Shaw l'avait plongé.

Il se souvenait des expériences, des produits injectés dans ses veines, de la douleur, de la colère, de tous ces visages, de tous ces gens que Shaw faisaient tuer devant lui afin de provoquer sa rage, du cadavre pourrissant de son père, et de ceux de sa famille entière, entassés devant ses yeux, de la main de Shaw sur son épaule et de son rictus faussement compatissant.

« C'est là un mal nécessaire, mon jeune ami. Je veux que tu cultives cette rage, toute cette haine qui brûle en toi. Ces corps sont ton énergie. De toute façon, ils n'auraient jamais pu comprendre ton don, ils n'auraient jamais pu l'accepter. Ils auraient été un frein à notre triomphe. Nous en voilà débarrassés. ».

Les souvenirs étaient des lames tranchantes, des plaies infectées, et parfois priait-il pour que tous ces poisons s'effacent, pour oublier. L'oubli aurait été un paradis, si seulement il avait été réalisable.

Il avait donc décidé d'aller contre les souvenirs. Il s'était fait cette idée dans l'un des wagons de ce train russe qui le ramenait à la civilisation, après la libération du camp. Shaw s'était enfui des jours plus tôt, il le lui avait dit très clairement, accompagné de ses autres monstres, de ses assistants et de Mengele, aussi. Il lui avait adressé cet horrible sourire mielleux et lui avait clairement dit qu'il n'avait besoin d'aucune aide de sa part, qu'il s'en sortirait très bien tout seul.

Tout ce qu'avait vu Erik, c'était que ce pleutre quittait le navire avant qu'il ne chavire, et que tous ceux qui avaient développés des dons comme les siens et qui, eux, avaient prêtés allégeance au Nazi, avaient gagnés un ticket de sortie. Lui, dans sa baraque nauséabonde, infestée de poux, de corps et des derniers autres prisonniers comme lui encore debout, avait été laissé pour compte, en arrière, abandonné comme un vulgaire clébard au bord de la route.

Aujourd'hui encore, l'idée d'abandon, de colère et d'affliction qu'il avait ressentie à cet instant là, après avoir passé un an entre tortures et travaux exténuants sans montrer le moindre sentiment, était d'une ironie risible. Shaw avait été si proche, comme une sorte de mentor, de guide, un bourreau qui le torturait mais, paradoxalement, qu'il avait apprit à estimer, à respecter. Il n'avait plus de famille, pas d'amis, personne, sauf Shaw. Et, lui aussi avait finit par l'abandonner.

Erik était passé par les centres dédiés aux déportés, par les hôpitaux, par les organismes d'aide divers et variés. Il avait hérité de la fortune familiale, de toutes les propriétés, de tous les biens, et avait, par la suite, tout revendu, sans remord. Il s'était installé en Allemagne.

L'Allemagne était en ruines, emplie de corps et de gravas fumants. Il avait recherché les hommes de Shaw, les autres personnes qui possédaient le même genre de don que lui. Il avait assisté aux différents procès contre les Nazis, car on aimait bien mettre aux premiers rangs des victimes de la déportation, et que lui n'avait pas peur de s'afficher comme tel.

Des années plus tard, et avec des informations récoltées par centaines comme seuls bagages, il était revenu à Auschwitz.

L'endroit était encore tel qu'il l'avait connu. C'était froid, angoissant et puant. L'impossibilité d'oublier. Son nom était toujours gravé sur le bois de la paillasse qu'il avait partagé avec tant d'autres dans cette baraque qui lui avait tenu lieu de prison pendant près d'un an. « Erik Lehnsherr. Je m'appelle Erik Lehnsherr. ». Plus qu'un numéro : un homme comme les autres.

Se rendre au cœur de son enfer passé avait déclenché en lui l'idée d'une vengeance destructrice. Durant sa déportation, jamais n'avait-il songé à l'être humain en lui-même, à sa dualité, au pourquoi de toute cette haine, de toute cette destruction. Il était trop fatigué, trop concentré sur chaque geste, avait trop mal pour ne serait-ce qu'y penser. Mais, en voyant tous ces noms, toutes ces victimes répertoriées sur ces monuments aux morts fièrement dressés, il avait songé que l'humanité, que l'homme, n'était qu'une sale pourriture.

La haine l'avait mené aux États-Unis. Nous étions en pleine Guerre Froide mais, franchement, il s'en foutait un peu. Tant que le contexte politique actuel n'avait pas de rapport avec Sebastian Shaw, il n'y prêterait aucune attention.

Ses mains étaient souillées du sang de tant d'anciens Nazis. Cela aurait dû lui provoquer quelques remords, et, oui, parfois éprouvait-il une certaine culpabilité car, après tout, il ne s'était, auparavant, jamais considéré comme un meurtrier, mais la pensée de ces gens torturant, tuant, exterminant son peuple, ses proches, ses propres parents, lui faisait oublier tout état d'esprit.

Il serra le poing et la pièce retomba sur le sol dans un tintement métallique, inerte. Un geste et elle s'encastra dans le mur, entre les deux yeux d'une photographie représentant Shaw.

« Fais bouger cette pièce, Erik. Et je te promet que tout ira pour le mieux. »

Pour le mieux ? Est-ce que sa vie s'était améliorée ces quinze dernières années ? Quelque chose avait-il changé ?

Bien sûr. Il n'était plus seul. Mais, à quel prix ?

Erik se souvient de tous les sentiments contradictoires et dévastateurs qu'il a un jour éprouvé pour Shaw, et il se demande si Charles les partageaient également. Il le pense, car jamais le télépathe n'a parlé en mal de l'homme. Bien au contraire, même, dans les rares heures passées ensemble avant Cuba, l'anglais avait maintes fois défendu son bourreau sous les propos rageurs de son amant.

On aime toujours ceux qui nous font du mal.

Est-ce que c'était pour cela que Charles y était retourné ? Il faut dire qu'il ne l'avait pas non plus retenu. Il ne savait pas pourquoi, peut-être la perte de Raven, peut-être parce qu'il se rendait lentement compte que l'homme qu'il avait aimé n'était plus vraiment celui qu'il avait été.

Ou alors, simplement la jalousie de se rendre compte que, lui, Shaw l'appréciait assez pour venir le rechercher.

Et, en cet instant, l'argument et son implication l'envahirent de honte et de culpabilité.

- Erik ? Tu devrais venir, je pense que nous avons un problème.

Il se leva de mauvaise grâce, et ses yeux se plantèrent sur la télévision sans vraiment la voir.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Emma eut un reniflement dédaigneux face à sa mauvaise humeur, et pointa du menton les informations qui passaient en continu sur la chaîne nationale. Tous étaient pressés autour de la petite télévision et leur silence et leurs visages aux traits tirés ne prédisaient rien qu'y vaille.

C'était la fin du monde. Les États-Unis avaient été attaqués, New-York avait été touché par un missile nucléaire. Ils déclaraient la guerre à l'Union Soviétique. Moscou était en proie aux flammes.

L'horreur. Charles était en Russie.

Il ne fallait pas être devin pour savoir qui était responsable de tout cela.

- Ethan, j'espère que tu as un bunker dans le coin.


Est-ce que quelqu'un pleure quand le monde touche à sa fin ? Est-ce que quelqu'un crie ?

Ils étaient à près de quatre-cents kilomètres de Moscou et, pourtant, Charles pouvait presque sentir l'odeur des corps carbonisés et radiés, voir les ravages de cette bombe H, représailles des États-Unis à l'Union Soviétique. Et, Shaw en riait à gorge déployée, félicitait ses petits mutants, et dans ses yeux brillait une chose inconnue et folle, quelque chose que Charles aurait pu décrire comme un espoir fou.

- Nous devrions nous mettre à l'abri. Les étages vont être détruits. Dites au revoir au soleil, mes chers enfants, vous n'allez plus le revoir avant un long moment.

Peut-être plus jamais, pensa Charles.

Est-ce que quelqu'un pense à une personne aimée ? Est-ce que quelqu'un éprouve un peu de culpabilité quand aux évènements passés ?

Erik eut à peine le temps de refermer la porte blindée de lourds métaux derrière eux. L'explosion, à la surface, fut assourdissante et les laissa un instant pantois.

- Tout le monde va bien ?

Charles regarda ses mains, ses bras, ses jambes. Tout était apparemment rattaché au reste de son corps. Il leva les yeux vers ce qu'il restait de leur abri. Les vieux sous-sols humides, sans fenêtres, sans la lumière du jour, la lumière blafarde des néons, le vrombissement du générateur et le rire jamais tari de Shaw. L'Enfer, peut-être.

- Nous allons passer toute une éternité ensemble.

L'endroit n'était pas si mal, Ethan avait décidément tout prévu. Il haussa les épaules sous sa réaction, toujours aussi livide.

- Avec Shaw, il faut s'attendre à tout.

Ils s'assirent les uns à côtés des autres, se serrant, se réconfortant mutuellement. Erik aurait voulu laisser la place à toute la rage, tout le désespoir qui désormais gangrenait son cœur. Il marcha longuement de part et d'autre de la pièce principale, marmonnant en allemand, maugréant, laissant quelques objets métalliques se heurter parfois aux murs. Ils n'y firent bientôt plus attention. Les jours finirent par s'égrainer comme les heures.

Est-ce qu'on finit par détester ce qu'il peut bien rester du monde quand enfin il touche à sa fin ? Devient-on lentement aussi froid que l'écorce ? Aussi bouillant de rage que les feux ravageant la civilisation ?

Les changements se firent lentement, en douceur, dans la violence et l'audace des tortures. Sans échappatoire, il n'y aurait désormais plus aucun héros pour venir à son secours. C'est peut-être ainsi que s'évanouissent les espoirs. C'est peut-être ainsi que meurent les personnes désespérément seules.

Entre les murs étroits de leur propre conscience, dans les vents épais de leurs tourments, se forgent les décisions les plus noires, les volontés les plus abjectes des êtres soumis au désespoir. C'est au visage dévoilé sous le blafard des néons, c'est aux pupilles élargies par le manque de lumière naturelle qu'on découvre la lourde conséquence du temps, ses effets sur le corps et l'esprit.

- Combien de temps ?

- Je dirai une semaine. Mais, c'est d'eau dont nous allons d'abord manquer. Dans trois jours, il n'y aura plus rien à boire.

La vie en sous-sol, la vie écourtée. La troisième guerre mondiale, tu vois, ce n'était pas qu'un mythe. Finalement, même un mutant ne peut survivre pendant aussi longtemps sous la terre. Finalement, même ces êtres là ont des limites d'adaptation.

- Il faut que nous sortions. Après tout, nous n'avons plus aucune communication avec le monde extérieur depuis bien longtemps. Peut-être que tout n'est pas perdu.

Charles aurait rit si on lui avait parlé du monde « extérieur ». La belle affaire. Le monde, il est là, dans les ruines de Smolensk, et il coule dans ses veines. Plaies, plaies, gouttes éparses, il en perd chaque jour un peu plus.

- Il faut que nous sortions.

Et Charles pense que l'espoir est une vieille chose usée et flétrie. Même s'il le voulait, il ne pourrait pas. Sortir ? Quelle idée ! Pour voguer dans ce monde sans aucun but ? Pour mourir gelé dans les hautes plaines soviétiques ? Pour se voir rattrapé, puni, déchiqueté, écartelé par les sbires de Shaw, par Sebastian lui-même ?

« Nous sommes à notre place, au chaud, choyés, aimés. Vois comme Sebastian nous regarde, n'y-a-t-il véritablement aucun amour dans ces yeux-là ? Si si si, oh oui, et comme Erik est mort et comme c'est triste, mais arrêtes, chut, tais-toi. Ne penses pas à Erik, ne penses pas à eux. N'y pensons plus. Morts morts morts. Je suis là, chut. »

Et comme Erik approuve, et comme ils se préparent à sortir de nouveau à la surface, après ces longues semaines passées sous terre. Est-ce le désert ? Est-ce la mer ? Y-a-t-il âme qui vive encore ?

En fait, de toutes leurs suppositions, leurs conclusions, leurs hypothèses, jamais Erik Lehnsherr et les siens n'auraient pu croire à ce qu'ils eurent enfin sous les yeux.

Je suis une petite chose insignifiante. Et toi, Onslaught, tu es un monstre.

« Mais, Charles, Onslaught, c'est toi. »

C'était une ville.

Je suis un monstre.

Une véritable citée, reconstruite, chancelante, mais bien là.

- Ne sois pas si dur avec toi-même, Charlie.

Ils n'en crurent pas leurs yeux. Quelques buildings encore debout à l'horizon et cette sorte de bouclier d'énergie, qu'ils surent d'un seul regard de l'œuvre d'un autre mutant.

- La population aurait mutée, comme le pensait Shaw ?

- Il n'y a qu'une seule façon de le savoir, je suppose.

Il n'y aura plus de coucher de soleil, plus de vent sur la peau. Il n'y aura plus rien que la pluie acide, plus rien que la lumière blafarde et artificielle. Il n'y aura plus de bras aimants et aimés, plus d'amour, plus de compassion, seulement le sang et les larmes. Je vais crever ici. Je vais mourir, peu à peu, m'éteindre lentement, dans l'humidité de ce cachot, attaché à cette table, je vais mourir, pitié, je ne veux pas mourir, je vous en prie, Erik, Erik, je ne veux pas mourir.

Ils échangèrent un sourire. Finalement, ce n'était pas si mal. Ils se mirent en route vers cette citée d'espoir, le visage caché sous le coton de leurs vêtements, par précaution.

- Erik !


A la prochaine ! ;)