A/N :

Oui, nouveau chapitre, c'est dingue, non ?

Merci pour la réponse au chapitre précèdent (Pdv Rosalie), ça fait chaud au cœur…

Pour les âmes sensibles qui n'ont pas lu le chapitre 11, je réponds à votre question ici : non, le chapitre n'est pas indispensable à la compréhension de la suite, ça ne veut pas dire qu'il n'est pas important…Si je l'ai écris et publié, c'est que j'estime que d'une façon ou d'une autre il est utile. Quoi qu'il arrive, aucune inquiétude, tout vous sera révélé dans les prochains chapitres.

++ Polyvore à voir sur mon profil ++

Bonne lecture.

(L'univers Twilight appartient à S. Meyer.)

Chapitre 12 :

L'introduction a plusieurs fonctions : elle annonce la couleur, elle donne le tempo, elle prédit la température.

(Mon ancien professeur de psychiatrie)

Pdv Bella :

Lundi 8h.

Lundi 1er Septembre, 8h.

Trente neuvième clope, quatre heures de sommeil, weekend affreux.

J'étais assise sur le trottoir de la grande route en face de la grande maison avec la grande piscine du grand Edward Cullen.

L'Esal.

Pourquoi le monde entier s'acharnait-il à donner des noms à tout et n'importe quoi ? Une maison ? Etait-ce parce que ce tas de briques valait probablement des millions ?

La résidence en face de moi valait sûrement des millions.

Une sorte de cube en verre où toutes les façades étaient transparentes sauf une seule, celle où étaient gravées verticalement les lettres élégantes : L, E, S, A, L. L'ensemble transpirait la richesse, la modernité, la force mais aussi, et étrangement, la fragilité…Je me demandais si Cullen avait fait construire cette maison pour lui, où s'il l'avait achetée telle qu'elle…

Je ramenai ma clope en bouche en frottant mes yeux d'une main.

Je tentais de trouver le point critique. Ce point dans le temps et dans l'espace où j'ai été éjectée de ma ligne protectrice, ce point où ma routine a été pulvérisée pour laisser place à l'imprévisibilité.

Un contrat de deux semaines avec Cullen avait été impossible à prévoir.

Où est ce que j'avais merdé pour finir ici ?

Le plus logique serait de dire que ce foutu point était le moment où j'avais posé les yeux sur Cullen lorsque j'étais sur ce putain de balcon. Mais je refusais de croire que quelque chose d'aussi simple – d'aussi ridiculement futile – pouvait avoir eu autant d'impact sur ma vie. C'était impossible.

J'allumai mon portable pour vérifier l'heure. 8h17.

Je n'osais pas me soulever de ce trottoir pour me diriger vers la résidence. J'écrasai ma cigarette nerveusement.

Comment allais-je faire ?

J'avais à peine survécu aux deux privés précédents… Comment pourrais-je gérer le cloisonnement avec l'incarnation vivante de la ténacité durant deux semaines ? Comment allais-je m'occuper de Rosalie ? Cullen vivait trop loin de l'hôpital – aucun transport en commun ne desservait ce quartier de luxe…Et comment allais-je me débrouiller avec mes insomnies, mes cauchemars, mes attaques et toute ma merde en la présence de Cullen ?

Si je survivais à cette location, cela voudrait dire que j'étais indestructible. Il n'y aurait pas d'autre explication.

Et comme si le fait d'avoir une sœur traumatisée et dépressive, un frère drogué et dangereux, des factures à n'en plus finir et un client obséder par mon être était insuffisant il fallait que les dieux qui voulaient mon anéantissement lent, douloureux et amère ajoutent une énième plaie à mon existence.

Nathan John Scott.

Prendre son café à la cafétéria de l'hôpital les samedis matins était un cauchemar.

La file d'attente était tellement longue, ces matins, que je me demandais si tout Seattle ne venait pas ici pour son petit déjeuner. Mais j'étais tellement dépendante de la caféine – les samedis plus que n'importe quel autre jour – que je n'avais pas d'autre choix que de subir l'attente. J'émergeais à peine de la charge de médicament que m'avait fait prendre Jasper, le nombre d'heures de sommeil réalisé ces derniers jours pouvaient tenir sur une main, et je sortais d'un privé avec Cullen plus éprouvant que si j'avais été baisée par Alec toute une nuit.

Ce n'était pas une tasse de café qu'il me fallait mais une intraveineuse de caféine.

« Bella ? »

Je me tournai au son de ce nom plus qu'au son de cette voix.

L'infirmière qui s'occupait du gosse au rubik's était juste derrière moi.

« Bella, vous vous souvenez de moi ? Alice ? »

Je voulais lui dire d'arrêter de prononcer ce foutu nom mais le Alice me dérangeait davantage. Que croyait-elle ? Qu'on avait été les meilleures amies du monde à une époque ?

« Je me souviens de Mademoiselle Brandon. » répondis-je en lisant son badge parce qu'en réalité je ne pouvais pas me rappeler d'un détail aussi inutile à mon existence.

« Appelez moi Alice, Bella. » déclara-t-elle facilement – trop facilement.

J'étais trop fatiguée pour supporter ça je l'ignorai en me tournant vers la file.

Elle se plaça en face de moi.

« J'ai du café d'Hawaï. »

« Et alors ? »

« Pressé à l'italienne. »

« Et A – lors ? »

« Regardez en face de vous : 8 personnes dont un papi qui veut installer la télévision dans la chambre de sa femme, une mère avec 3 enfants – donc en fait 11 personnes – et un couple dont la femme hystérique demandera à échanger sa barre chocolatée deux fois de suite à 3 minutes d'intervalles. Vous attendrez à peu près 25 minutes pour obtenir un café dégoutant. Si vous me suivez, vous aurez entre les mains un café digne de ce nom en moins de 5 minutes. »

Avait-elle respiré ?

« D'où – comment - » bloquai-je devant la petite forme en face de moi.

« Suivez moi, vous ne le regretterez pas. » ajouta-t-elle dans la totale assurance.

Je la suivis.

Et je savais que je le regretterai.

J'apportai la tasse vers ma bouche en tentant d'ignorer les tableaux accrochés sur le mur en face de moi.

La gorgée de café était comme un extrait de Martha Graham. Puissant. Captivant. Vivifiant.

Et les toiles d'abstrait m'appelaient comme si elles étaient à base de coke et que j'étais droguée.

Je gardais mes yeux fixés sur le petit – trop petit – espace sur le canapé en cuir entre Brandon et moi. Elle était assise, tournée vers moi, une jambe sous sa cuisse, et je ne pouvais pas m'empêcher de me souvenir de Rosalie…de l'intimité… de la confidence…du sens de protection qu'elle m'apportait…l'époque où tout était normal.

Je ramenai la tasse sur la petite assiette qui allait avec. Je ne savais pas comment tenir les choses, je ne savais pas comment me tenir moi même – comment être dans cet endroit.

J'avais l'impression de le souiller rien qu'en y respirant.

J'étais dans le bureau de la chef des infirmières de la Pédiatrie. Mais l'endroit se situait entre une salle d'exposition d'un grand musée et une suite d'hôtel cinq étoiles. Un coin café, un coin canapés en cuir blanc, une grande bibliothèque, un coin jeux pour les enfants, et au centre de l'espace se dressait un grand bureau noir ébène avec ses fauteuils assortis en face.

Le silence – que je maitrisais en temps normal – était difficilement supportable maintenant. Je me sentais analysée mais j'étais incapable de soulever mon regard vers Brandon pour vérifier.

« Merci » murmurai-je à défaut d'autre chose.

« Je vous en prie, Bella, je suis heureuse de vous avoir ici. » chanta-t-elle.

Je soulevai ma tête.

« J'aime votre prénom. »

Pendant cinq secondes, l'idée de lui donner quelques détails au sujet de ce que j'étais me sembla fantastique. Elle saurait à quel point ma personne n'avait rien à voir avec ce nom.

Mais je préférais détourner le sujet vers autre chose.

« Comment va le petit ? »

Elle posa sa tasse de café sur la table en verre avant de se tourner plus en face de moi.

Et je n'avais pas besoin qu'elle ramène son regard sur moi pour savoir.

Je n'aurais jamais – jamais – dû poser cette question.

« Pas très bien à vrai dire. »

J'en avais rien à cirer.

« Nathan a été transféré cette nuit en Soins intensifs. »

J'en avais strictement rien à cirer.

« Il a fait un mauvais rêve la nuit dernière. A son réveil, il a demandé à voir le médecin qui l'a opéré et dont il est particulièrement proche, mais celui ci n'était pas présent. Il a alors naturellement demandé à vous voir vous, Bella, mais vous n'étiez pas présente. Il a paniqué et, compte tenu de son terrain asthmatique, l'angoisse s'est rapidement transformée en détresse respiratoire aigue. Il a été à deux doigts de finir branché à un appareil pour le faire respirer. Heureusement, les médicaments ont finalement fonctionné. »

J'en avais strictement, strictement rien à cirer.

Mais mon cerveau resta malgré tout accroché à un mot.

''naturellement''

Est ce qu'elle se foutait de moi ?

En quoi c'était naturel que ce foutu gosse demande à me voir, moi, de toutes les personnes de ce putain d'univers ?

« Pourquoi m'avez-vous raconté tout ça ? » l'attaquai-je sans détour.

« Vous me l'avez demandé. » répondit-elle logiquement.

« Vous auriez pu me donner une réponse vide et superficielle. Tout ce que je voulais c'était remplir le blanc. »

« Bien. Je crois qu'on a maintenant de quoi discuter pour ne pas avoir de blanc pendant longtemps. » lança-t-elle tranquillement – facilement. C'était énervant – il y avait une partie de cette planète pour qui tout était facile.

Je posai ma tasse sur la table et je me levai.

« Merci pour le café. »

« Vous l'avez à peine gouté, Bella. »

« Arrêtez avec les Bella, Brandon ! Je ne suis ni stupide ni un des gosses de votre service et encore moins votre amie pour que vous estimiez utile de finir chacune de vos phrases par ce nom. » lâchai-je en enroulant mon écharpe autour du cou. « Et je suis tout à fait réveillée maintenant, plus besoin de votre café. »

« Désolée, je ne voulais pas - »

Elle ne put finir sa phrase parce que quelqu'un entra dans le bureau comme s'il possédait cet hôpital.

« Brandon ? » appela une voix masculine.

Je me tournai dans la surprise pour découvrir un grand blond en blouse blanche. Il sembla étonné de me voir ici – je m'étonnais moi même d'être ici.

Rien ne l'empêcha de me déshabiller de son regard bleu. Je ne pouvais pas comprendre ce qui était aussi attractif sur moi. Je m'évertuais à paraître la plus insignifiante possible, à cacher un maximum de peau – même le short en Jeans que je portais ne dévoilait pas mes jambes du fait du Leggings que j'avais en dessous – alors quoi bon sang ? Etais-je maudite ?

« Mike, c'est Bella. »

Cette présentation pouvait-elle sembler plus familiale ?

« Oh, Bella ! Je commençais à croire que vous n'étiez qu'un mythe ! » lança-t-il en faisant craquer un sourire aux dents blanches immaculées. Je le vis avancer vers moi comme sur une scène au ralenti où le renard approchait le lapin. Il se planta devant moi, une main fièrement tendue dans ma direction – une main vraiment pas nécessaire.

Je la serrai même si je voulais en fait la craquer.

« Bella, c'est le Docteur Mickael Newton, chef de la Pédiatrie médicale. »

Génial…

Et si tu lâchais ma foutue main maintenant ?

« Enchanté Bella… » declara-t-il et je pouvais déjà voir que le type se faisait des tonnes de scenarios sur lui et moi…Peut être que c'était marqué sur mon front que j'étais une prostituée.

Il lâcha finalement ma main et se tourna vers Brandon mais son regard avait du mal à se détacher de mes jambes couvertes.

« As tu discuté avec l'inspecteur au sujet du petit Scott ? »

« J'ai fais mieux que ça, je me suis déplacée au commissariat ce matin, on a mit une assistante sociale sur le coup – une certaine Jessica quelque chose – elle sera là Lundi matin. »

« Okay, j'aimerais la voir dans mon bureau avant qu'elle ne rencontre Nathan. »

« Je te l'enverrai. »

Et alors que je pensais que le type allait sortir, il se tourna à nouveau vers moi.

« Il vous a vu ou pas encore ? » demanda-t-il.

Je jetai un coup d'œil vers Brandon mais celle ci eut l'irrésistible envie de se resservir du café. Evidemment.

« Qui ça ? » demandai-je quand je savait parfaitement de qui il parlait.

« Nathan bien sûr. »

Tellement de choses me dérangeaient – m'enrageaient – dans cette situation. Le fait qu'il semblait logique qu'on parle de ce gosse comme si j'étais attachée à lui par le fer. Le fait qu'on ne me donne pas le choix c'était soit j'avais déjà vu ce gosse, soit j'irai le voir. Il n'y avait pas d'échappatoire possible. Et tandis que le manque de choix était gérable au Crystal à l'extérieur de la boite, c'était plutôt effrayant.

J'étais coincée. Tout le temps.

« Pas encore… » répondis-je parce que je n'avais pas le choix.

« Un enfant sera heureux aujourd'hui. » annonça-t-il le sourire jusqu'aux oreilles.

En quoi l'humeur de ce gosse avait un quelconque rapport avec moi ? Je n'arrivais pas à saisir – étais-je trop fatiguée pour comprendre ou le monde autour de moi délirait totalement ?

« Bonne journée les filles. » lança-t-il avant de fermer la porte.

Je fixais celle ci comme si elle était possédée.

« Bella – »

« Fermez là ! »lâchai-je, les mains sur le visage, je voulais m'arracher la peau, « Juste – fermez là. »

Je rabaissai les mains dans la défaite Brandon me fixait comme si ma réaction était anormale.

Je n'étais pas normale. Ne le voyait-elle pas ?

« Emmenez moi dans sa chambre que je dégage d'ici. »

« Bien sûr. » se dépêcha-t-elle tandis que je me dirigeais déjà vers la porte. C'est au moment où je m'apprêtai à ouvrir celle ci qu'une question d'une logique suprême me passa par la tête.

« Où sont ses parents ? »

« Dans le cimetière de Lake View depuis quelques jours. »

Merde.

« Quelqu'un d'autre dans la famille – »

« Non. »

« Un oncle, une tante, une grand mère quelque part – tout le monde a une grande mère quelque part – »

« Personne. »

J'en avais absolument rien à cirer.

« Si jamais Nathan a des difficultés pour parler ou respirer, mettez lui les lunettes d'oxygène, elles sont juste à coté de son oreiller. »

Je regardais la petite forme fragile à travers la vitre qui entourait la chambre. Quelques machines entouraient le petit mais ça semblait moins grave que ce que j'avais déjà vu pour l'accident de Rosalie…

« Vous ne me connaissez pas… » murmurai-je en créant de la buée sur la vitre en face de moi. Je l'essuyai d'une main et me rendis compte que je tremblais…

« Je vous fais confiance et Nathan a besoin de vous. »

Je me tournai brusquement vers Brandon.

« Vous êtes stupide et ce gosse n'a pas besoin de moi ! »

« Calmez vous s'il vous plait, nous sommes dans un – »

« Vous m'avez à peu près manipulé – vous – il – putain… » me perdis-je dans les mots, je comprenais pas ce que je foutais ici…N'avais-je pas suffisamment d'ennuis ? « Merde... » soupirai-je en baissant mon regard, mon pied frappa le mur dans l'exaspération, « peu importe, finissons en. »

J'entrais dans la chambre sans réellement avancer à l'intérieur. Mon dos resta collé à la porte une fois celle ci fermée. L'enfant était partiellement couvert de ses draps, plusieurs sachets de liquides accrochés à une potence étaient reliés entre eux par de fins tuyaux qui débouchaient tous sur l'aiguille plantée dans son avant bras. Il respirait tranquillement, son sommeil semblait paisible.

Il allait bien.

Je me rapprochai légèrement pour lire l'écran qui affichait le rythme du battement du cœur, la pression dans le sang et d'autres conneries que j'avais appris à comprendre depuis l'hospitalisation de Rosalie en Réa…Les chiffres semblaient être dans les bonnes fourchettes.

Il allait bien.

Je me retournai en direction de la sortie. Il allait bien. Il n'avait pas besoin de moi. Brandon était évidemment trop conne pour comprendre quelque chose d'aussi basic –

« Bella ? »

Je me figeai.

Ma main serrait tellement fort la lanière de mon sac – comment ce gosse pouvait-il me reconnaître alors que j'étais de dos, bon sang ?

Je me tournai lentement vers lui. Il s'était soulevé sur les coudes, ses yeux clignaient comme s'il n'arrivait pas à croire ce qu'il voyait. Et le sourire qu'il affichait semblait facile… tellement facile qu'il faisait mal à voire…

Je réduis mon regard.

« Bella… ça va ? »

« Ca va ? » répétai-je doucement, comme si je testais les mots, à la recherche de leur sens quand ils sortaient d'un enfant dans un lit d'hôpital…

« Ca va ? » demandai-je en reconnaissant le bord familier de ma voix… celui qui était aiguisé par la panique…

Le gosse me regardait les yeux larges.

C'est la dernière fois que tu me verras petit…

« Qu'est ce que tu nous a fait, bon sang ? » lançai-je brusquement.

Je le vis avaler avant d'agiter sa tête dans le choc.

« Pour qui tu te prends pour arrêter de respirer à cause d'un pauvre cauchemar ? » lâchai-je.

Je pouvais reconnaître la douleur dans ma gorge… comme si elle était trop pleine…comme si elle allait se déchirer d'une seconde à l'autre.

« Je – je sais pas – je voulais pas - » bégaya le gosse.

« Tu sais pas quoi ? Tu voulais pas quoi, merde ? »

J'avais tellement mal…

Partout…

« Il y avait le – et – j'ai eu peur – et – et – le noir – » continua-t-il alors que son visage se déformait pour laisser place à la peur et à la tristesse trempées dans les sanglots.

Je voulais me vomir dessus.

C'est tout ce que je savais faire…effrayer…affliger…meurtrir…

« Je – pardon – je le ferais plus – la – la prochaine fois, je – je – ferais mieux – la respiration – mieux – »

Mon sac s'effondra au sol et la seconde suivante j'étais en face de lui sur son lit.

Je retirai nerveusement mon écharpe et la drapai autour du petit. Il continuait à pleurer la tête baissée. J'enlevai la veste en Jeans que je portais pour l'ajouter par dessus l'écharpe – mes mains tremblaient tellement fort, je devais me calmer – merde – je soulevai ma tête vers le scope mais je n'arrivais pas à lire les chiffres, l'écran était trop flou…

« Tu pleures ? B – Bella, c'est pas grave – je le ferai plus – je promets. »

Je m'effondrais en larmes.

C'est pas grave…

C'est pas grave…

J'aurais tellement voulu que ce ne soit pas grave, j'aurais tellement voulu être désaffectée, ne rien sentir…Mais je n'y arrivais pas…

Comme une éponge criblée par l'émotion, je ressentais tout.

Et ça, c'était grave.

Je sentis ma veste revenir sur mes épaules. Je ne pouvais pas me sentir plus misérable que maintenant.

J'essuyai mon visage du dos de mes mains et je tentai de me ressaisir. Lorsque je soulevai ma tête vers l'enfant en face de moi, l'évidence me frappa comme une massue.

Si ce garçon n'avait pas besoin de moi, il avait forcement besoin de quelqu'un.

Sa pâleur pouvait peut être battre la mienne, ses yeux rouges et gonflés du fait des pleurs étaient entourés de cernes larges, ses lèvres étaient gercées, ses pommettes creusées – il semblait trop maigre, trop faible, trop mal – comment ai-je pu croire qu'il allait bien ?

Je plaçai une main de chaque coté de son visage, j'essuyai les larmes de ses joues et j'écartai les cheveux qui m'empêchaient de voir correctement ses yeux.

« Nathan - » dis-je avant de bloquer.

Que devais-je dire ?

Que pouvais-je dire ?

Son prénom sortant de ma bouche sonnait comme un crime – la souillure de quelque chose de pure.

« Bella ? »

« Ecoute, » commençai-je « Oublie ce que j'ai dis avant, d'accords ? J'ai raconté que de la m – juste oublie s'il te plait, okay ? »

Il me regardait les yeux larges il ne comprenait surement pas – je venais de traumatiser le gosse, comment pouvait-il l'oublier ?

« Regarde, c'est normal d'avoir peur, j'aurais fais comme toi Nathan, j'aurais paniqué. »

« Mais…mais t'aurais pas arrêter de respirer… »

« Non, parce que je ne suis pas malade moi, toi t'es asthmatique et avec la panique – bref, c'est pas de ta faute, tu comprends ? »

Dis moi que tu comprends…je t'en prie…

Il agita sa tête dans l'affirmative et c'était à peine suffisant.

« Bon, okay. » me calmai-je alors que mes mains tenait toujours son visage près de moi, « Je suis désolée, j'aurais jamais dû dire ce que j'ai dis avant Nathan, j'étais – » Quoi ? Conne ? Cinglée ?

« Est ce que tu as peur toi aussi ? » demanda-t-il.

Tout le temps…

« Oui…Tout le monde a peur Nathan. C'est juste – les enfants ont peur du monstre qui se cache sous le lit, alors que pour les grands, le monstre est différent, c'est… la solitude, le regret, des trucs de grands. »

« Et quand t'as peur, tu fais quoi ? »

Je fume… Je vomis…Je déchire ma peau…Je me détruis…

« Je pense à tout ceux qui sont dans le noir comme moi, et j'ai moins peur. » mentis-je.

« Parce que t'es pas seule dans le noir ? » demanda-t-il à la recherche d'une forme de confirmation.

« Oui, je ne suis pas seule dans le noir. Toi non plus. »

Il baissa son regard dans la réflexion avant de faire une déclaration à me faire trembler…

« Alors on est ensemble. »

Quand je suis sortie de l'hôpital ce samedi matin pour retourner au Crystal, je pensais que rien de pire ne pouvait arriver – quoi de plus grave qu'un rapprochement avec un enfant dans ma situation ?

L'annonce d'une location de 2 semaines avec Cullen.

Mes mains se dirigèrent automatiquement vers mon crâne pour tirer sur la racine de mes cheveux. Mais je les rabaissai tout aussi vite, je devais être potable pour l'intro. J'allumai à nouveau mon téléphone 8h42.

Et je n'arrivais toujours pas à quitter le goudron du trottoir.

J'allumai une dernière cigarette – quand serait la prochaine ? Cullen allait sûrement m'interdire de fumer…

Ma visite hier en Soin Intensif me passa par la tête. Parce que je suis passée revoir le gosse. Volontairement. Juste pour vérifier.

Brandon en a profité pour me faire un topo dont j'aurais pu totalement me passer.

Accident de voiture.

Nathan, seul survivant.

Hémorragies internes multiples.

Plus de rate.

Plus qu'un rein.

Asthmatique.

Dénutrit.

Déprimé.

Orphelin jusqu'au bout des ongles.

La merde suprême.

Je me levai brusquement du trottoir.

Je préférais affronter Cullen plutôt que de penser à ce gosse.

Je m'emparai de la valise que le Crystal m'avait prêtée pour la location. Jane avait dû la commander en express – une location de 2 semaines était une première.

Et il fallait qu'elle tombe sur moi.

Je tapais légèrement sur le tissu de ma robe au cas où je me serais salie. Mais vu que le trottoir de ce quartier de riches était plus propre que moi, ma robe devait pouvoir s'en sortir…Je me dirigeais lentement vers l'entrée de ma prison personnelle. Le bruit des roulettes de la valise que je tirais était difficilement supportable il donnait l'impression que je tirais des boulets jusqu'au lieu de ma guillotine…

La barrière à l'entrée de la résidence était déjà ouverte. Je la franchis avec précaution. La première chose que je remarquai, une fois à l'intérieur, était la voiture décapotable blanche garée près de la porte d'entrée de la maison. La piscine était sur ma droite, il n'y avait pas de jardin, peu de verdures de façon générale…

J'avançai vers la porte d'entrée en longeant toute la longueur du bassin bleu. Une fois arrivée, je jetai un dernier coup d'œil sur moi même. J'avais décidé que pour ce premier jour je ferais un effort, je portais une robe simple mais…élégante, j'imagine. Le décolleté était respectable et éviterait de me faire traitée de trainée par Cullen plus qu'il ne le faisait déjà. Et des ballerines, parce que les talons étaient un supplice que je ne supportais qu'entre les murs du Crystal.

Je restais plantée devant la porte.

Je cherchais la réponse à la question existentielle : Toquer ou sonner ?

Alors que dans un pic de courage ma main se dirigea finalement vers la sonnette, la porte s'ouvrit brusquement en m'envoyant une bouffée d'air en pleine figure.

Et la personne qui se tenait en face de moi n'était certainement pas Cullen.

Une grande rousse perchée sur de hauts talons me fixait d'un regard que je pouvais situer entre le choc et le dégout.

Il était toujours possible d'aggraver ma situation. Comme s'il n'y avait pas de limite aux complications dans ma vie. J'avais le droit à une infinie d'emmerdes.

Un sourcil se souleva majestueusement pour passer sous sa frange travaillée à la perfection. Elle m'analysait…elle me jugeait…elle me condamnait. Comme toutes les femmes qui tournaient autour du client d'une prostituée. Pouvais-je leur en vouloir ?

Mais, malgré tout.

Si mon poste au Crystal impliquait de laisser les hommes faire tout ce qu'ils voulaient de moi, il en était tout à fait autre chose des femmes.

Je vis son regard dévié légèrement vers ma valise avant de revenir furtivement sur moi. Elle se maintint impeccablement parce que tout signe de cassure signifierait qu'elle ferait partie des personnes qui me ressemblaient – celles qui étaient en bas. Elle ne savait pas qu'en face d'elle se tenait une fille qui pouvait la lire comme un livre ouvert. Je pouvais voir ses yeux cligner plus souvent, comme s'ils empêchaient le feu d'en sortir. Je pouvais voir l'auriculaire de sa main droite griffer sa robe haute couture de son ongle manucuré – elle imaginait surement écorcher mes yeux à ce moment là. Et je pouvais voir le talon de sa chaussure gauche légèrement décollé du sol, près à propulser le corps de la garce sur moi.

Elle ne savait pas qu'en face d'elle se tenait la garce la plus chère de Seattle.

Pouvais-je lui en vouloir ?

Elle mouilla ses lèvres avant de me permettre d'entendre sa voix.

« Vous êtes ? »

La forme de sa question baignait dans un vouvoiement pseudo respectueux mais dont l'utilité réelle se limitait à garder la distance – toujours rester au dessus de moi. Le contenu de la question révélait, lui, l'essentiel : par ma simple présence en face d'elle, je n'étais pas encore quelqu'un, je devais d'abords répondre à sa question.

Avant ça, je n'étais rien.

Je voulais lui dire qu'elle avait raison. Je l'aurais fais si je n'étais pas là où j'étais à ce moment là : au travail.

Mais ma présence ici était purement professionnelle. J'étais une prostituée, soit, mais j'avais un contrat et je devais le remplir. Point à la ligne. La femme en face de moi pouvait marcher sur le soleil avant de me voir pliée devant elle.

« Et vous ? Vous êtes ? »

Cette fois ci, quand elle cligna des yeux, c'est la durée de leur fermeture qui augmenta, non pas la fréquence. Le feu était plus difficile à contenir. Quand elle les rouvrit, elle afficha un léger sourire…elle se moquait de moi…elle maitrisait la situation…

Elle voulait me le faire croire.

Quand une femme possède son homme, elle ne voit pas le danger autour de lui, elle t'aborde alors comme sa sœur. Quand une femme est délaissée par son homme, elle voit le danger partout, et elle t'accueillera comme si tu étais la peste.

Un des premiers conseils d'Irina à mes débuts.

« Dois je vous apprendre les règles élémentaires de politesse ? Vous arrivez chez quelqu'un, la moindre des choses c'est de vous présenter. » déclara-t-elle, et sa voix ne pouvait pas être plus lisse et assurée.

Je souris.

Seulement la différence : je me moquais vraiment d'elle. Et je maitrisais réellement la situation.

« Non, merci. Je préfère vous les apprendre : vous ne devriez pas répondre à la porte d'une maison qui ne vous appartient pas. » répondis-je en remerciant silencieusement Jane d'avoir préciser que mon client vivait seul.

Elle avança vers moi.

« Tu te prends pour qui, pauvre gamine ? » lança-t-elle.

« M. Cullen est-il là ? » ignorai-je son commentaire.

« T'as rien à faire ici. Je te conseille de dégager. »

« Ecoutez, vous et moi, on ne se connaît pas. La seule personne que je suis censée voir est M. Cullen. »

Elle avança encore une fois de sorte qu'elle n'était plus dans la maison. Son visage était trop proche du mien pour son propre bien.

« J'ai dis : Dégage. »

Je réfléchis à une réponse mêlant clarté et pondération mais avant de pouvoir sortir quoi que ce soit, une voix que je pouvais maintenant reconnaître parmi une centaine trancha dans la tension.

« Qu'est ce que tu fous ici ? » l'entendis-je avant de le voir à la porte. La première chose que je remarquai était ses pieds nus… Il portait un Jeans noir qui méritait d'être remonté par une ceinture, un T-shirt à peine moulant sur son torse, ses cheveux étaient encore mouillés…

Et son regard était planté sur moi.

Qu'est ce que je foutais ici ?

Je le regardais les yeux larges avant de baisser mes yeux. Il voulait plus de la location ? J'avais merdé quelque part ? Jane aurait ma tête si –

« T'es sourde ou quoi ? Qu'est ce que tu fous encore ici, bordel ? »

Je soulevai brusquement mon regard pour trouver le visage de Cullen à quelques centimètres de celui de la rousse, il donnait l'impression d'être à deux doigts de la frapper.

Je restais immobile devant la scène.

« J'ai été retenue par cette – chose. » répondit-elle en me montrant du regard. Je vis Cullen fermer les yeux en pinçant le sommet de son nez.

Il était énervé.

Je ne lui avait pas adressé un seul mot, je n'étais même pas dans sa maison que le type était déjà proche de l'explosion.

Deux semaines.

Deux foutues semaines.

« C'est qui cette gamine, Ed ? Tu ne fais jamais entrer – »

« Ferme là, Vic ! » cracha Cullen avant de se tourner vers moi, « Rentre à l'intérieure. » m'ordonna-t-il. Et je ne sais pas pourquoi je restai figée.

Il m'attrapa par le bras et me força à l'intérieur. La seconde suivante, la porte claqua lui et la rousse à l'extérieur, moi dans le hall de sa maison.

Stresse pas…C'est pas contre toi qu'il est énervé…stresse pas…

« La prochaine fois que tu te pointes chez moi – »

« T'AS VU COMMENT CETTE GARCE M'A PARLE ? »

« DEGAGE DE CHEZ MOI ! »

« DIS MOI QUI EST CETTE GAMINE, ED ! OU JE TE JURE QUE – »

La voix de la femme fut brusquement étouffée.

« Je savais que t'avais pas de cervelle Victoria, mais être conne au point de croire que tu peux me menacer ? » entendis-je Cullen, sa voix était tellement basse… « Approche toi à nouveau de moi et je détruirais ta misérable petite carrière de médecin doublée de trainée. » ajouta-t-il sur un ton qui ne laissait aucun doute sur le pouvoir qu'il avait. « Maintenant, dégage. »

Des talons claquèrent et des roues grincèrent avant que la porte ne claque.

Je soulevai lentement mon regard vers son visage…

Il était encore énervé.

« T'avais dis 8h, il est 9h. »

Merde.

« Pardon pour le retard. » m'excusai-je sans détour, je ne voulais surement pas l'enrager dès mes premières minutes ici.

Il réduit son regard avant de faire un pas vers moi.

Puis un autre…

Et un autre…

Je voulais reculer mais je n'avais aucune idée de ce qu'il y avait derrière moi – et ma valise ne coopérait pas – et j'étais à peu près sûre qu'un pas en arrière ne le calmerait pas.

Un seul pas nous séparait maintenant.

« Pardon ? Pardon ? Qu'est ce que tu veux que je fasse de ton putain de pardon ? »

Mes yeux s'élargirent. Qu'est ce qu'il voulait, merde ?

« Tu peux pas savoir ce que c'est un rendez vous, hein ? Un rendez vous qui implique un minimum de ponctualité, ça te dit quelque chose ? Pour ça, faudrait que tu aies un vrai travail. » cracha-t-il.

Je ne pouvais pas serrer plus fort ma valise.

J'aurais pu lui répondre que les rendez vous n'existaient pas que dans le milieu professionnel. Mais ça aurait sonné comme une façon de démentir le fait que je n'avais pas de vrai travail. Et je ne voulais pas attraper la perche qu'il me tendait. La perche de la provocation.

« Je suis vraiment désolée M. Cullen. Ca ne se reproduira plus. »

La façon dont sa mâchoire se contracta, la main qui passa dans ses cheveux et le soupir agacé qu'il expira me disaient que j'avais, d'une façon ou d'une autre, toucher la perche.

« J'veux plus entendre de M. Cullen, ce sera Edward durant les 14 jours qui vont suivre, c'est clair ? » lança-t-il en faisant un dernier pas vers moi, je pouvais sentir son odeur… « Et n'essaye même pas de me vouvoyer. »

Je hochai la tête dans l'affirmative.

« Okay. » confirma-t-il mais il ne bougea pas de sa position.

Je n'arrivais plus à garder mes yeux sur son visage alors je les baissai légèrement vers son cou. Je pouvais sentir son souffle couler sur mon visage…

Il devait reculer.

« Okay… » répéta-t-il en faisant un pas en arrière, une main à nouveau dans ses cheveux, « Suis moi. »

Il quitta le hall en tournant sur sa droite, je le suivis en tournant sur ma gauche, ma valise derrière moi.

La vue qui se présenta à moi était à couper le souffle.

Je ne pouvais pas vraiment prêter attention au luxe et à la modernité qui régnaient dans ce premier niveau de la maison. Autre chose avait mon corps et mon esprit en alerte.

J'étais submergée par l'espace.

Cet endroit allait être mon enfer personnel.

Trop grand – trop ouvert – trop vide – trop –

« Le séjour sur ta droite la salle à manger et la cuisine sur ta gauche. » présenta-t-il alors que je me demandais où étaient les foutus murs qui devaient séparer les pièces.

« Ne t'approches pas de la chose là bas. »

Je ramenai mon regard sur Cullen, il était en face de moi et il me regardait les yeux réduits.

« Quoi ? » demanda-t-il parce que mon malaise devait être inscrit partout sur moi.

Je devais me reprendre.

« De quelle chose vous parlez ? » demandai-je.

Il continua à me scruter du regard. Et je savais que si je baissais le mien, j'étais foutue.

« Le piano. Jamais. » répondit-il finalement sans quitter mon visage.

Je me tournai légèrement vers le séjour, il y avait effectivement un grand piano noir dressé dans le coin près des baies vitrées qui donnaient sur la piscine.

« D'accords. »

De toute façon, je ne m'approcherai pas de ce secteur à moins qu'un flingue soit braqué sur moi.

« Okay, premier étage. » annonça-t-il en me faisant un signe de tête de reculer. Je me tournai et je me dirigeai vers le seul escalier que je voyais, Cullen juste derrière moi…

Une fois devant la première marche, je fis glisser la manchette de ma valise pour mieux la porter mais au moment où je la soulevai, la main de Cullen poussa la mienne.

« C'est bon, je m'en occupe. » lança-t-il dans l'exaspération. Je me tournai pour la prendre moi même.

« Merci, mais je peux le faire. »

« J'ai dis, c'est bon ! Juste – monte. » s'énerva-t-il en m'arrachant la valise.

Comment allais-je gérer une humeur pareille durant deux semaines ?

Je commençai à monter les marches, consciente de chaque fibre de mon corps, hyperconsciente de chacun des mouvements de Cullen, le seul bruit audible était celui de ces pieds nus contre les marches…Alors que l'escalier semblait interminable, j'arrivai finalement au premier étage. Je me tournai pour reprendre ma valise Cullen l'avait déjà posé – à croire qu'elle contenait une bombe…Il se décala rapidement comme si le périmètre que j'occupais était empoisonné…

Il était tellement clairvoyant.

« Premier étage, 4 pièces. » commença-t-il, je pris conscience que j'étais dans un large couloir blanc et lumineux, deux portes de chaque coté. « La première porte à droite, c'est ma chambre la deuxième, mon bureau. Du coté gauche, 2 chambres d'amis, choisis celle que tu veux. »

Que je choisisse ?

La vie se moquait de moi. La seule fois où on me donnait le choix était lorsque je n'en voulais pas.

« T'attends quoi ? »

J'avalai ma salive nerveusement avant de m'approcher de la première porte.

Je découvris sans surprise une chambre vaste et luxueuse. Je pénétrai à l'intérieur en marchant sur un long tapis beige qui allait droit de l'entrée de la pièce jusqu'aux portes coulissantes en verres qui permettaient l'accès à un balcon. Je remarquai immédiatement que l'aménagement de la pièce était asymétrique. D'un coté du tapis se trouvait l'essentiel de la chambre : le grand lit et sa dizaine de coussins inutiles, la commode, l'armoire géante, les miroirs qui occupaient tout un mur, et une porte entrouverte d'où je pouvais deviner une salle de bain, l'ensemble dans des teintes chaudes allant du beige au marron en passant par des orangé et rose… De l'autre coté du tapis se tenait simplement un mur blanc.

Le mur portait un tableau.

Je me rapprochais lentement jusqu'à être en face de celui ci. Il ne me fallut pas plus de trois secondes avant de comprendre…

Le tableau avait inspiré la chambre.

Huile sur toile.

Original.

Abstrait dans toute sa force.

La toile était grande, rectangulaire, accrochée au mur à l'horizontale, peint dans sa très grande majorité en blanc. Sauf au ¾ - ¼ , une fine bande noire verticale tranchait dans la stérilité du tableau… comme une déchirure du silence… une écorchure dans le vide…

« Qu'est ce qu'il y a ? » demanda Cullen en me sortant efficacement de mon analyse. Je me tournai vers lui, il était debout à l'entrée de la pièce mais toujours dans le couloir, comme si l'espace était le mien et que je devais l'y inviter…c'était ridiculement exceptionnel.

« Rien. » répondis-je en m'écartant du mur.

« Rien ? Depuis avant t'es bloquée sur ce tableau et rien ? »

« C'est une belle peinture, c'est tout… »

« Qu'est ce que tu peux en savoir ? »

Je baissai le regard en reformulant silencieusement la question dans ma tête.

Qu'est ce que quelqu'un comme moi pouvait savoir de quelque chose comme ça ?

Je n'étais plus quelqu'un comme Bella une fille pour qui la danse, la peinture et la littérature étaient ensemble le pivot de sa vie une fille pour qui Martha Graham, et Kandinsky, Shakespeare représentaient ses idéaux, une fille pour qui l'analyse d'une toile pareille serait une formalité.

J'étais quelqu'un comme Marie une fille qui connaissait tout sur les zones érogènes, les mots à sortir et les bruits à simuler pour faire jouir un homme dans l'extase une fille qui connaissait sur le bout des doigts les clubs sales, les filles sales et l'argent sale.

Je ne pouvais rien saisir de quelque chose d'aussi précieux qu'une peinture.

Cullen pouvait ranger cette curiosité morbide et hypocrite qu'il avait au sujet de mon identité. Sa question révélait seulement la vérité.

J'étais Marie.

Ma réponse fut alors facile.

« Rien. »

« J'aime comment tu mens. »

Je soulevai brusquement mon regard vers lui. Au delà du fait qu'il pensait que je mentais, il savait surtout l'effet qu'avait sur moi la prononciation de cette phrase.

Je changeai rapidement le sujet.

« Je vais prendre cette chambre. » déclarai-je.

« T'as pas vu l'autre. »

« Celle ci est parfaite. »

« L'autre a une terrasse à la place du balcon et la salle de bain est plus grande. »

« Est ce que je peux vraiment choisir ou vous voulez que je prenne l'autre chambre ? » demandai-je finalement fatiguée par son insistance à me voir tester l'autre pièce. Se rendait-il compte que c'était totalement non standards ? Le client mettait sa prostituée n'importe où entre une surface dure et son corps il ne lui proposait pas un choix de pièce, surement pas s'il n'était pas dedans avec elle.

« Ce que je voudrais c'est que tu vires les ''vous''. »

« Désolée. »

« Va te faire toi et tes excuses, tu me les casses. » lança-t-il avant de se tourner pour aller dans sa chambre.

Que devais-je faire maintenant ?

Je sortis mon téléphone pour voir l'heure, 9h29. Rose devait déjà être toilettée et avait surement déjà eu son petit déjeuner. J'avais demandé à Angela de s'occuper d'elle le temps que je m'organise avec Cullen. Je devais encore discuter ce point avec lui. Il devait absolument m'accorder les journées disponibles, ce point était inscrit sur tous mes contrats de 24 et 48 heures. Jane le savait parfaitement depuis le jour où j'avais posé mes pieds dans son club.

« Je vais bosser. »

Je soulevai ma tête. Cullen n'était plus pieds nus, il avait enfilé des chaussures et il tenait un vêtement dans une main.

Et qu'allait-il faire de moi maintenant qu'il sortait ?

Il se tourna pour prendre l'escalier. Je quittai précipitamment la pièce pour le suivre. J'étais juste derrière lui quand il s'apprêta à descendre les marches, mais il se tourna brusquement pour finir en face de moi. Je réussi tout juste à ne pas le toucher. Il ne semblait pas préparé à ce que je sois juste derrière lui. Je vis sa pomme d'Adam remonter et descendre avant qu'il ne parle.

« J'ai pas le temps de te montrer le deuxième étage, mais il y a une salle de jeu, une bibliothèque et un jacuzzi. »

« Okay… »

Il se tourna et descendit les escaliers en enfilant un pull fin gris par dessus le T-shirt blanc. J'étais toujours derrière lui. Et il fallait que je lui parle.

« J'aimerais discuter de quelque chose avec toi s'il te plait ? »

Il se tourna comme s'il était frappé par la foudre. Je réussis à éviter son corps encore une fois de justesse. Je passai des mèches de cheveux derrière les oreilles nerveusement. Il ne semblait pas en colère cette fois ci, son expression relevait surtout de la curiosité voire même de l'anticipation…

« Je…Mes contrats sont des contrats de nuit… » commençai-je.

« Et ? »

« J'ai besoin de mes journées disponibles. »

« ET ? »

Et là, il s'énervait clairement.

« J'ai des affaires personnelles qui nécessitent que je sois absente durant la journée. » expliquai-je.

Son regard se déplaça de mon visage à quelque part derrière mon épaule. Il réfléchissait…

« Tu crois que c'est une putain de prison ici ? » lâcha-t-il subitement.

Je voulais lui répondre oui. Mais je n'avais aucune envie de gérer la fureur de Cullen dès mon premier jour. Il soupira en passant une main dans les cheveux que je commençais à plaindre à force de les voire tirés.

« Je m'en branle de tes journées, fais ce que tu veux. Le soir, t'es là. Point à la ligne. » déclara-t-il avant de se tourner à nouveau.

« Autre chose – »

Quand il se tourna cette fois ci, l'impact fut inévitable.

Mes mains frappèrent son torse pour ne pas perdre l'équilibre, il m'écarta alors immédiatement de lui.

« PUTAIN DE MERDE ! » cracha-t-il alors que mon pied frappa la marche derrière moi et que je m'effondrai sur l'escalier, « Tu peux pas regarder où tu fous tes pieds ? ».

Je tentai de me soulever rapidement malgré les vertiges et le mal de tête liés au fait que j'avais trop peu dormis les 48 dernières heures, que j'avais trop fumé, et que je n'avais rien mangé depuis…depuis…je ne sais plus…

« Désolée, j'aurais dû – »

Je ne pus finir ma phrase parce que je fus brusquement plaquée contre le mur au bas de l'escalier.

« Qu'est ce que je dois faire pour que t'arrêtes de t'excuser ? »

Les mots claquèrent mon visage.

« Ici, c'est pas une prison. »

Ses mains serraient mes bras tellement fort…

« Et moi, j'suis pas un de tes foutus clients dépravés. »

Son visage était tellement proche…nous respirions l'un dans l'autre…

Et mon cœur battait tellement fort…il devait forcement le sentir…

Je sentais le sien.

« C'est clair ? » murmura-t-il. Ses mots semblaient brûlants au contact de mon visage, même s'ils baignaient dans une fraicheur au parfum de menthe et d'eau de Cologne.

Son regard perçant quitta mes yeux pour ma bouche. Et j'aurais voulu croire qu'ils attendait une réponse sortir de ma bouche. Mais je connaissais tellement bien ce regard…

Ils avaient tous ce regard.

J'agitai rapidement ma tête dans l'affirmative – pourvus juste qu'il s'écarte de moi. Mais tout ce qui se déplaça fut son regard…Cette fois ci, vers ma boucle d'oreille. Il l'observait comme si c'était la chose la plus curieuse de l'univers. Je sentais ses mains desserrer progressivement mes bras pour finalement seulement les toucher… les froler…Il fronça des sourcils avant de soulever une main vers mon oreille. Et avant qu'il n'y ait n'importe quel contact, je virai son corps du mien en poussant sur son torse. Il ne résista pas mais son expression fut clairement celle de la surprise. L'étonnement se dissipa graduellement pour autre chose…

La satisfaction.

« Une… Théière ? » demanda-t-il.

Je voulais frapper ce sourire en coin qu'il affichait si naturellement.

« Ce n'est pas une théière. » répondis-je sur la défensive tout en passant une main dans mes cheveux pour cacher ma boucle de sa vue.

Et c'était une théière. Mais il ne pouvait pas comprendre. Et ça ne le regardait ni de près ni de loin.

Alors pourquoi ne pouvais-je pas simplement l'ignorer ?

« Ouai… – Où est passée la seconde ? » demanda-t-il en faisant un signe de tête vers l'autre oreille. Celle qui ne portait rien.

Son téléphone sonna et alors que je pensais être sauvée, il resta planté en face de moi sans bouger d'un poil.

« Où est la sœur de la boucle ? » demanda-t-il à nouveau en ignorant totalement son téléphone.

« Tu devrais répondre. »

« Non – Tu devrais répondre. »

La sonnerie du téléphone cessa.

« Ca ne te regarde pas. »

« C'est qu'une boucle d'oreille – »

« Ca ne vous regarde pas. »

La façon dont sa mâchoire se contracta fit disparaître ce sourire assuré. Il était maintenant en colère.

Il n'avait pas à se mêler de ce qui ne le regardait pas. Et s'il pensait une seule seconde que le tutoiement l'autoriserait aux questions indiscrètes, il pouvait toujours courir.

Son téléphone sonna à nouveau.

Il fouilla dans la poche de son Jeans. Et la façon dont il continua à me regarder me fit me demander si son foutu portable n'était pas quelque part sur moi.

« Ouai. » annonça-t-il à la personne sur la ligne. Ses yeux me quittèrent pour le sol entre lui et moi.

« Comment tu fais pour sonner dégoutante même au travers d'un téléphone, Avril ? »

« Ouai, contente toi alors de faire ton travail – passe moi le boss. »

Il passa une main dans ses cheveux tout en soupirant.

« J'aimerais pas que tu mettes ça sur le compte d'un privilège père-fils, mais j'aimerais que tu te démerdes pour me transmettre tes précieux ordres sans passer par la pouffe qu'est ta secrétaire, c'est possible ? »

Mes yeux s'élargirent.

A qui parlait-il sur ce ton ?

Son regard revint brusquement sur moi et je baissai mes yeux immédiatement. Depuis quand écoutais-je les discussions de mes clients ?

« J'ai un imprévu. »

« Pourquoi tu me veux de toute façon ? – je fais tout ce que tu me dis – bordel, je trouve à peine le temps de pisser – »

« Peu importe, j'arrive. »

Et il raccrocha.

Ce n'était sûrement pas son boss.

« J'y vais. » annonça-t-il avant de se diriger vers le hall à l'entrée. Ma question initiale me revint à l'esprit.

« Quand est ce que tu rentres ? »

Il stoppa net ces pas avant de se tourner lentement vers moi.

Je reculai.

« Quoi ? » demanda-t-il comme si je venais de parler dans une langue étrangère.

« Tu…Tu reviens à quelle heure ? »

« Et en quoi ça te regarde ? »

« J'ai besoin de savoir quand je pourrais revenir ici, donc quand quelqu'un pourra m'ouvrir la porte. Et vous êtes le seul à vivre ici, n'est ce pas ? »

Il réduit son regard.

Je me souvins d'un autre point que je devais aborder avec lui

« Ce qui me fait rappeler – mmh… j'aimerais éviter les… mauvaises surprises en rencontrant des proches à vous… sans que je ne sois au courant. »

« Est ce que tu te fous de ma putain de gueule ? » cracha-t-il brusquement, je reculai instinctivement, « Quand je t'ai dis que t'étais pas dans une prison ici, c'était pas pour que t'en construises une autours de moi ! »

« Jamais j'oserais – »

« – Alors c'est quoi ton foutu problème, bordel ? » cria-t-il en lançant ses bras vers le ciel.

Comment pouvait-il croire que je lui imposerais quoi que ce soit ?

« Je n'ai aucunement l'intention de dicter vos fréquentations ni la gestion de votre vie – honnêtement, j'en ai rien à faire – tout ce que je veux c'est m'éviter des problèmes. Si je dois rencontrer une connaissance à vous – comme s'est arrivé ce matin - j'aimerais être prévenue à l'avance de sorte à savoir comment me comporter avec la personne en question. »

La façon dont il me regardait me fit me demander s'il comprenait ce que je disais.

« Du fait de la nature de mon travail – »

« La nature de ton travail ? » me coupa-t-il en avançant vers moi, « De quel putain de travail tu parles ? Ta prostitution ? » cracha-t-il d'une voix lacérée par le venin.

Il était au bord de l'explosion.

Et parce que je ne supportais plus cette hypocrisie, j'étais prête à allumer la mèche.

« Il y a un contrat entre vous et moi, M. Cullen. Nous sommes tous les deux –

« Ferme la. » ordonna-t-il en faisant un pas vers moi. Je continuais en avançant vers lui.

« – des participants actifs dans ce – »

« – Si tu crois une seule seconde que je te toucherais – »

« – Ou passif – j'en ai rien à cirer – »

« – tu peux toujours rêver – »

« – il s'agit de protéger ce contrat – »

« – FERME LA ! »

« – DE NOUS PROTEGER ! »

Il s'apprêta à répondre mais sa bouche resta ouverte dans le vide.

Et le silence.

Et nos respirations.

Et la réalisation que je venais d'hurler sur mon client.

Je voulais baisser mon regard ou m'écarter mon visage orienté vers le sien me donnait l'impression de suffoquer. Mais quelque chose me gardait malgré tout…coincée.

Nous ne pouvions pas être plus proche l'un de l'autre sans se toucher.

C'était étrange comment la colère rendait les traits de son visage plus marqués…plus puissants… La couleur cuivrée de ses cheveux donnait un effet… métallique… indestructible à son visage les quelques mèches qui tombaient sur son front dissimulaient à peine le vert rutilant de ses yeux, et si je me concentrais je pouvais voir à l'intérieur de ses iris des éclats dorés assortis à ses cheveux sa mâchoire semblait plus fine…plus aiguisée….plus dangereuse que d'habitude, et elle menait audacieusement vers une bouche légèrement ouverte –

« Recule. »

Je baissai ma tête rapidement avant de faire un pas en arrière, puis un autre. Je rangeai nerveusement mes cheveux derrière les oreilles avant d'essuyer mes mains moites sur ma robe. Je soulevai lentement mon regard vers Cullen, prête à affronter sa rage.

Il pinçait le sommet de son nez, les yeux fermés, la tête baissée.

Et je n'avais aucune idée de ce que je devais faire.

Il continuait à se concentrer comme s'il luttait contre quelque chose tandis que j'attendais.

C'est quand je pris mon courage à deux mains qu'il se décida lui aussi à parler.

« Ecoute – »

« Regarde – »

En même temps.

« Oui ? »

« Quoi ? »

« S'il te plait, juste – » commença-t-il toujours dans la même position. Il retira ensuite la main de son visage avant de ramener son regard sur moi. « Ferme là. »

J'avalai ma salive tout en agitant la tête dans l'affirmative.

« Okay. » murmura-t-il en baissant son regard dans la réflexion. Il sortit ensuite son téléphone, appuya sur un bouton, avant de l'apporter à l'oreille.

« Où sont les doubles des clés de la maison ? » demanda-t-il directement à l'interlocuteur. Il ne me fallut pas plus d'une seconde pour comprendre ce qu'il voulait faire.

« Non – dis moi juste à quelle heure tu rentres ! » m'exclamai-je rapidement. Il plaça un long doigt devant sa bouche m'ordonnant de me la fermer.

« C'est quelqu'un – où sont les putains de clés, Al ? » s'énerva-t-il. Quand est ce que type n'était pas énervé ?

La réponse que lui donna l'interlocuteur ne dût pas lui plaire parce qu'il raccrocha directement en soupirant dans l'exaspération.

« Je ne veux pas les clés de cet endroit, donne moi juste une heure et je serais là. »

« Je comprends pas ce que tucomprends pas quand je te dis de fermer ta putain de bouche… » se plaint-il tandis qu'il tapait un autre numéro sur son téléphone. « Esmé, j'ai besoin des doubles des clés de l'Esal – Al m'a dit que tu savais où ils étaient. »

« Tout va bien. Je veux juste ces clés ? »

« Merci. » dit-il avant de raccrocher et de se diriger vers le hall d'entrée. Je le suivis, appréhensive. Il ouvrit le tiroir d'un meuble qui se trouvait là et en sortit les foutues clés.

« Il est hors de question que je sois responsable de ce – de cet – endroit. » commençai-je à paniquer. J'avais connu que trop de danseuses se faire détruire par Jane ou par le client pour des histoires de vols. Je pouvais être une prostituée mais il n'y avait aucun moyen que je donne l'opportunité à qui que ce soit de m'accuser de vol.

Il se tourna vers moi brusquement et la proximité devint à nouveau trop importante.

« Du fait de la nature de mon travail, je ne sais jamais quand je suis chez moi. Alors crois moi, tu ferais mieux d'avoir ces putains de clés, tu saisis ? »

Pourquoi étais-je paralysée à chaque fois qu'il était trop proche de moi ? Etait-ce son regard ? Ses mots ? Sa voix ?

Il prit brusquement ma main.

Je tentai de la retirer mais comme s'il était préparé à ma tentative de fuite, il l'agrippa d'une façon telle qu'il finit par ramener tout mon corps vers lui. Je sentis le métal froid des clés contre ma paume tandis que j'observais le vert de ses yeux briller….s'éveiller… Je voulais baisser mon regard vers nos mains – je voulais voir ce que je sentais. Je voulais comprendre ce qu'étaient ces petites bulles d'électricité qui claquaient entre sa peau et la mienne pour remonter le long de mon bras.

Mais je n'arrivais pas à quitter son visage.

« 14 jours. » murmura-t-il en glissant ses doigts le long des miens… lentement… doucement… imperceptiblement…jusqu'à ce que les clés soient enfermées dans un poing. Sans jamais quitter mon visage des yeux. Cherchait-il quelque chose ? Attendait-il quelque chose ?

Lorsque sa main quitta la mienne, la seule preuve d'un quelconque contact était les clés dans le creux de ma main.

Lorsque la porte claqua, la vague de frissons qui me parcourut et le silence fracassant qui suivit m'annoncèrent que ce n'était que le commencement…

…''14 jours''…

C'était bien plus qu'un nombre…

Tellement plus qu'une durée…

C'était une promesse.

Une menace.

L'histoire est grandiose dans son commencement. Non pas au premier pas de la danseuse, mais déjà avant : à sa présence.

(Martha Graham.)

Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement.

(Vassili Kandinsky.)

Le commencement est la moitié de tout.

(William Shakespeare.)

A/N :

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