Chapitre 12 : Collaborations

Cela faisait plus d'une demi-heure que Gibbs et McGee étaient descendus en interrogatoire et Tony et Ziva avaient sagement repris leurs tâches respectives. La dernière avait également proposé à Alex de les aider pour s'occuper.

L'adolescent avait d'ailleurs accepté avec soulagement et était en train d'éplucher des relevés téléphoniques lorsque sortit de l'ascenseur une silhouette familière.

« Agent Fornell ! », s'exclama Tony en se levant. « Je dois vous informer que Gibbs n'est encore pas remonté de son interrogatoire. »

Devant cet accueil, l'agent du FBI parut légèrement ennuyé.

« Je dois avant tout vous prévenir qu'aujourd'hui… »

Avant que l'homme ait pu achever sa phrase, une petite tornade blonde les rejoignit au son de :

« Papa, Papa ! Pourquoi tu m'as pas attendu ? »

La petite fille de huit ans ralentit en voyant les agents du NCIS rassemblés autour de son père. Puis elle croisa le regard d'Alex et le silence s'installa.

Maintenant que l'inconnu qui avait pénétré en pleine nuit dans sa maison n'était plus couvert de sang, elle se sentait beaucoup moins intimidée.

Elle tenta un sourire qu'il lui rendit brièvement et avec hésitation quelques secondes plus tard. Alex était peu habitué aux gestes de compassion ces derniers mois. Les Pleasures avaient bien tenté quelques gestes affectueux, mais à chaque fois le garçon n'avait su comment y répondre car il avait du mal à se laisser toucher, y compris du fait de cauchemars récurrents. Des cauchemars remplis de méduses, scalpels, crocodiles et d'autres horreurs auxquelles il avait été confronté lors de ses missions.

L'agent Fornell le salua quant à lui d'un simple signe de tête avant de se détourner pour échanger à voix basse quelques paroles avec l'agent Dinozzo.

Puis ce dernier s'adressa à Alex tout en prenant la fille de Fornell par la main.

« Nous avons des choses à régler, Alex. Que dirais-tu d'emmener Elisa voir Abby. Vous vous amuserez sûrement plus avec elle. »

L'adolescent se retint à grande peine de faire remarquer qu'il n'avait plus cinq ans depuis longtemps et prit néanmoins de bonne grâce la main de ladite fillette pour l'entraîner vers l'ascenseur. Après tout, au vu de son état d'esprit, une petite distraction ne lui ferait pas de mal.

Elisa sautillait en marchant, plus du tout apeurée comme à leur première rencontre, et se mit à babiller joyeusement à toute vitesse. Sa joie de vivre était extrêmement communicative et le jeune homme la laissa faire, prêt à tout pour oublier la sinistre et précédente rencontre.

Dès que les deux enfants se furent éloignés, Tobias se tourna à nouveau vers les coéquipiers de son vieil ami.

« J'ai été obligé de venir avec Elisa, elle ne se sentait pas assez bien pour aller à l'école. Je répugne à la laisser seule à la maison. J'espère que cela n'ennuiera pas trop Jethro. »

Il y avait peu de chances pour que ce soit effectivement le cas. Avec son propre passé, l'ex-Marine comprendrait facilement. D'autant que la réputation de Fornell au FBI n'était plus à faire et que nombre de ses anciens suspects pouvaient toujours essayer de se venger.

« Cela ne le dérangera pas du tout, agent Fornell, au contraire. » le rassura Ziva. « En plus, nous venons de lui trouver une baby-sitter. », rajouta-t-elle en coulant un dernier regard vers l'ascenseur.

Tobias acquiesça lentement.

« Et qu'en est-il du jeune Alex Rider justement ? Et de sa blessure ? »

« Alex a l'air de se remettre normalement, tout du moins sur un plan physique. Il cherche encore à se venger de Scorpia pour ce qu'ils ont fait à sa famille adoptive. J'ai également remarqué qu'il souffrait d'un syndrome de stress post-traumatique dû sans doute à ses missions pour le MI6. Il a clairement été traumatisé. », conclut gravement l'Israélienne.

« On le serait à moins, Ziva. », intervint Timothy McGee qui venait tout juste de remonter des cellules d'interrogatoire. Il s'adressa alors à Tobias Fornell. « Gibbs est juste derrière moi, avec Kurst. Où est Alex ? »

« Nous l'avons envoyé voir Abby avec ma fille Elisa que j'ai malheureusement été obligé d'emmener au travail avec moi ce matin. »

« Vous avez bien fait. », confirma le génie en informatique avec un petit sourire. « J'ai en effet pu constater que le courant passe très bien entre eux, et ce malgré le renfermement d'Alex sur lui-même avec les gens qu'il ne connaît pas. »

L'agent du FBI prit un air sérieux avant de changer de sujet.

« Et qu'en est-il de l'enquête ? Je vous rappelle que j'ai besoin de connaître absolument tous les détails, il s'agit d'une coopération entre le NCIS et le FBI. Je n'ai rien trouvé de très valable de mon côté mais il me semble que ce n'est pas votre cas. »

« Ce n'était en effet pas le cas, Tobias. », annonça une nouvelle voix derrière eux.

Leroy Jethro Gibbs arrivait, suivi de Zeljan Kurst et de deux hommes en costard qui avaient l'air d'être des avocats. D'ailleurs, comme pour appuyer cette théorie, l'ex-Marine avait sa tête des mauvais jours.

Les quatre nouveaux venus s'arrêtèrent à l'entrée de l'espace de travail. Gibbs alla chercher dans un tiroir de son propre bureau le portable qu'il avait précédemment confisqué au Yougoslave tout en continuant ses explications, du mépris suintant dans sa voix.

« Ces deux messieurs sont venus libérer leur client et accessoirement notre suspect numéro 1, Tobias. », fit l'ex-Marine en jetant un regard incendiaire audits hommes qui semblèrent rapetisser à vue d'œil. « Mais que veut donc le FBI, agent Fornell ? »

Celui-ci lui répondit du tac au tac.

« Présentez-moi d'abord cet individu, agent Gibbs. », dit-il en désignant Kurst de la tête.

L'un des avocats réagit vivement face à cette insulte déguisée. »

« FBI ou non, rien ne vous permet de parler ainsi de notre client, agent Fornell. »

Gibbs et Fornell échangèrent un regard avant que le premier ne réponde sèchement.

« Je vous conseillerais de faire attention. Votre client est bien loin d'être innocent de tout crime. Et l'on finit un jour ou l'autre par obtenir ce que l'on mérite. », conclut-il, laissant la menace planer.

Le Yougoslave, de son côté, fit mine de n'avoir rien entendu et tendit une main exigeante pour récupérer son portable.

Juste avant de s'éloigner, le directeur de Scorpia lança une dernière pique.

« Veuillez passer mes sincères salutations à Alex Rider. »

Mais Gibbs refusa de le laisser gagner la partie et le rattrapa avant qu'il ne monte dans l'ascenseur.

« Vous nous avez donné votre avertissement, voici le mien : vous ne vous approcherez plus jamais, ni vous, ni vos hommes, d'Alex Rider. Je vous promets que vous ne voulez pas m'avoir comme ennemi, Kurst. »

« Nous verrons bien, agent Gibbs. »

Et l'homme s'en alla sur ces paroles funestes.

AR/NCIS

« C'était trop bien ! Elle est géniale, Abby ! »

Alex et Elisa, la fille de l'agent Fornell venaient de passer une demi-heure en compagnie de la sympathique gothique qui avait mis le son à fond dans son laboratoire et semblait avoir pour objectif de les faire tomber d'épuisement. Au départ sceptique, Alex s'était, à l'image de la dernière fois, laissé rapidement prendre au jeu. En avaient ainsi résulté des parties de fou rire dans lesquelles il n'était pas le moins enthousiaste.

Et ce pour le plus grand bonheur d'Elisa, qui bien qu'au départ assez réservée à son sujet, avait rapidement pris Alex comme un super compagnon de jeu.

Ce à quoi s'était prêté avec bonne volonté le jeune homme, que la petite fille attendrissait par son innocence et sa candeur toutes enfantines.

Finalement, ce fut Abby elle-même qui les arrêta, arguant que l'après-midi touchait à sa fin et qu'Alex et Elisa devraient rejoindre Gibbs et Fornell.

Le jeune espion appréhendait la fin de journée, se rappelant que Gibbs avait prévu de le ramener chez lui.

C'est pourquoi il fut très silencieux sur le chemin qui les ramenait à l'étage.

Sortis de l'ascenseur, Elisa courut rejoindre son père sans attendre. Alex approcha plus prudemment l'espace de travail de l'équipe de Gibbs.

Dès que les agents fédéraux le virent, Gibbs l'informa de ses projets immédiats.

« Nous allons bientôt rentrer, Alex. Tu te rappelles que je t'héberge chez moi ? »

Le garçon haussa les épaules, en apparence indifférent. En réalité, l'ex-Marina put remarquer la pâleur de son visage et la tension nerveuse présente dans ses muscles en cet instant. En acceptant d'aller chez lui, un homme qu'il connaissait à peine, l'adolescent lui confiait sa propre survie et son instinct ne pouvait que se rebeller à cette pensée.

Puis ce fut au tour de Tobias Fornell de s'adresser à lui.

« Je voulais te remercier de t'être occupé d'Elisa cet après-midi. »

L'air un peu absent, Alex acquiesça avant d'ajouter pensivement :

« J'espère simplement que vous ne travaillez pas en permanence, agent Fornell. Les années passent vite et Elisa a besoin d'un père. »

Le ton nostalgique, presque mélancolique, prit de court tout le monde. Le principal intéressé allait ouvrir la bouche lorsque Gibbs lui fit signe, par un regard entendu, de rester silencieux par-dessus l'épaule du garçon. Alex faisait sans doute référence à sa propre enfance et à son oncle Ian, dans le cas présent. L'ex-Marine comptait bien en reparler avec lui dès qu'ils seraient seuls.

Quelques minutes plus tard, les Fornell s'en allèrent tandis que Gibbs souhaitait une bonne soirée à ses agents. Tony, Ziva et McGee habitaient tous les trois à moins de vingt minutes de chez lui et il pouvait toujours compter sur eux en cas de problème.

L'homme constata que le jeune espion trainait les pieds pour dire au revoir, sans aucun doute anxieux de se retrouver seul avec lui.

Ziva le comprit très bien puisqu'elle proposa de les déposer elle-même chez l'ex-Marine. Ce dernier pourrait récupérer sa voiture dès le lendemain, lorsqu'il reviendrait à l'agence. Gibbs accepta sa proposition, espérant mettre le jeune homme un peu plus à l'aise.

Le trajet fut extrêmement silencieux. Enfin, ils arrivèrent à destination et vint le moment que redoutait tant le jeune homme, la séparation sur le pas de la porte qui le laisserait seul avec l'homme plus âgé. Avant de s'éloigner au volant de sa voiture, l'isréalienne promit de passer les chercher au même endroit le lendemain matin.

Ils entrèrent dans la maison. Alex n'avait toujours pas décoché un seul mot mais Gibbs ne lui en laissa de toute façon pas l'occasion.

« Viens avec moi, je vais te faire visiter et te montrer ta chambre. »

Ladite chambre, visiblement jamais occupée, était d'un naturel sobre à l'image du reste de la maison. Pas de décoration superflue, cela semblait être le maître mot. C'était la maison d'un homme solitaire et décidé à le rester.

D'ailleurs, l'adolescent ne changea pas les habitudes de l'agent lorsqu'il déclara qu'il n'avait pas faim et qu'il en profiterait pour se coucher tôt, tout en refermant sa porte devant un Gibbs très las.

Pour ce premier soir, ce dernier laisserait le jeune homme prendre ses marques et se remettre de ses émotions. Néanmoins, il ferait attention dans les jours prochains, afin que son hôte ne s'affame pas ni ne s'isole de trop.

En effet, avec ce qu'il lui était arrivé, il ne serait pas très surprenant qu'Alex Rider ne développent quelques tendances suicidaires.

En tout cas, l'ex-Marine comptait bien rester très vigilant à ce propos.