Merci SBRocket et LyraParleOr

Pov B

Burn-out, dépression, syndrome de glissement... tout ces mots j'en avais scrupuleusement appris les définitions un jour. Ces étiquettes je les avais pendant des années collées sur des patients. Étiqueter c'est rassurant, nommer les choses c'est un peu comme accepter leur réalité. Mais aujourd'hui toutes ces notions qui voltigeaient dans ma tête comme des pensées plus ou moins abstraites, ces mots qui définissaient ce qui n'était pas tout à fait palpable prenaient la signification d'une implacable réalité, cette réalité n'était plus celle des autres, mais la mienne.

Déprimée... j'avais la sensation de traverser un interminable couloir, désert, obscure et glacial. Le froid agrippait, se nichait au creux de mon ventre et nimbait toute mes pensées. Je me levais le matin sans entrain et me couchais le soir sans rien attendre du lendemain. Je traversais ma vie à la manière d'un fantôme qui n'aurait aucune prise sur son quotidien. Les jours passaient, insipides et glacés et ne laissaient dans ma mémoire aucun souvenir.

Les cernes sous mes yeux s'accentuaient chaque jour, le sommeil me fuyait et je passais des heures à vainement le poursuivre.

Lassitude... j'étais submergée, je me débattais dans une boue épaisse qui jour après jour m'engloutissait davantage. Dans les yeux de mes collègues je voyais ce mélange de pitié et de méfiance, j'étais devenue la bête faible du troupeau, celle qu'il fallait rapidement abattre pour éviter la contagion.

Isolement... l'hôpital est un monde étrange, codifié, régie par des règles strictes. Lorsque l'on se trouve du côté des soignants il faut cacher ses faiblesses, gommer les doutes et je n'en semblais plus capable. J'étais devenue le mouton noir revêtu d'une blouse banche et mes co-internes craignaient que ma lassitude éclabousse leurs uniformes et leurs volontés immaculés.

L'appartement était désert et silencieux, Cullen qui était en ce moment mon unique colocataire se faisait discret, transparent même, j'en étais soulagée. J'avais fini relativement tôt ce soir et comme je n'avais rien de mieux à faire je prévoyais de passer la soirée devant un film, un truc déprimant si possible pour être raccord avec mon humeur du moment.

The notebook... pour se transformer en chutes du Niagara vivantes il n'y avait pas de meilleur choix, pleurer sur une histoire allait me distraire de ma morosité habituelle, j'allais enfin avoir une bonne raison de déprimer comme ça, du moins pour quelques heures.

Super! J'espère que t'as prévu la crème glacée ultra calorique avec ça parce que ça devient de plus en plus pénible de vivre dans ta tête tu sais!

Ignorant le cynisme de ma conscience je m'enroulais dans un plaid avant de m'effondrer sur le canapé du salon. Pas de crème glacée non... il ne fallait pas pousser le cliché aussi loin.

Par contre j'aurais du prévoir la boite de mouchoirs, il ne fallut pas longtemps avant que je me transforme en fontaine mais au moins je pleurais sur autre chose que ma petite vie pathétique et désespérante. En médecine de la douleur on appelait ça l'effet distractoire. Et il fallait avouer que c'était plutôt efficace.

Oh pitié t'es pas à l'article de la mort encore! Secoue-toi un peu! C'est probablement ce que j'aurais du faire, me secouer et reprendre les choses en mains mais je n'en avais pas le moindre courage. Glissement...

Lorsque la porte d'entrée claqua Allie, l'héroïne du film, vivait son dernier sursaut de lucidité, l'histoire touchait presque à sa fin et les larmes envahissaient mon visage. Cullen était rentré plus tôt que d'habitude. J'aurais du rester dans ma chambre.

Pov E

Pathétique... ouais, Swan effondrée dans le canapé avec un vieux plaid en laine sur les genoux et le visage ruisselant de larmes ne m'inspirait aucun autre mot que celui-ci.

Elle était foutrement pathétique avec ses petits reniflements de chiot perdu.

Mais où était passé la Swan que je connaissais? Celle qui se comportait comme une chienne insensible à longueur de journée, qui ne versait jamais une larme et soupirait de mépris devant les films pseudo-dramatiques? Visiblement on l'avait enlevée et remplacée par un spécimen particulièrement réussi de pleurnicheuse dépressive. Et la vraie Swan me manquait... ses yeux flamboyants de colère chaque fois qu'ils rencontraient les miens, les piques incessantes qu'elle me lançait, son agacement et sa frustration constante me manquaient... notre jeu me manquait...

Je me raclais bruyamment la gorge avec tout le mépris dont j'étais capable dans l'espoir de la faire réagir. Être surprise dans une telle position de faiblesse allait probablement la rendre agressive et je n'attendais que ça. Mais elle ne leva même pas la tête et se contenta de s'essuyer le visage avec le bout de sa manche. Ouais je vous le disais, foutrement pathétique!

"-Swan qui pleure devant un film pour midinette en mal d'histoires d'amour ridiculement romantique... je n'aurais jamais cru voir ça un jour!."

"-C'est l'histoire d'une femme atteinte d'Alzheimer, pas vraiment une histoire d'amour pour gamine! C'est triste, pas romantique." sa voix était faible, sans une once d'acidité ni d'agressivité, elle avait répondu calmement comme si nous avions une conversation des plus banales et ce n'était pas ce que j'espérais. Je voulais l'énerver, voir la colère irradier par tous les pores de sa peau.

"-Wouah on dirait que tu viens d'élucider un des grands mystères de la vie là! Je croyais qu'après avoir fait médecine t'avais quand même réalisé que les gens finissent par mourir un jour!"Pas de réponse, pas même un grognement... alors je me penchais tout près de son oreille dans l'espoir de la mettre hors d'elle, pour qu'elle réagisse, telle une reine se parant de toute sa dignité. Bon même s'il fallait bien admettre qu'avec ses cheveux gras et ses putains de cernes sous les yeux, Cléopâtre ressemblait plutôt à la copine d'Hadès après une soirée aux enfers. J'oubliais toujours son nom à celle-là. Peu importe, mon but était de rendre Swan folle de rage, pas de réviser la mythologie grecque.

"-Swan, il va falloir que je t'apprenne deux trois autres vérités sur la vie, c'est pas facile à entendre, je sais, mais sois forte! Les gens meurent parfois, on noie les bébés chats et je suis désolé de te l'apprendre mais ta mère n'est plus vierge!" Je poussais le vice jusqu'à laisser mon visage quelques secondes de plus que nécessaire près du sien, peut-être qu'elle allait m'en mettre une et alors mon plan aurait fonctionné à merveille. Elle serait sortie de cette espèce de léthargie qui commençait sérieusement à me faire peur. Mais non, rien... juste un petit soupir d'agacement à peine audible.

L'ancienne version de ma colocataire me manquait et contre toute attente elle me manquait vraiment.

Laissant ma colocataire et sa dépression occuper le salon, je m'éloignais en direction de ma chambre pour fuir cette vue désolante.

Je passais une petite partie de la soirée à échafauder des plans pour faire revenir la Swan d'avant parce que tenir quinze jours avec cette chose larmoyante ça n'allait pas être possible! Et ce n'est qu'une fois que je l'entendis se retrancher dans sa chambre que je quittais la mienne. J'avais assez perdu de temps avec le cas Swanny dépressive pour ce soir.

J'avalais en vitesse un dîner sommaire. La cuisine était immaculée et vu l'absence de vaisselle sale Swan n'avait pas dû manger ce soir, comme le soir d'avant et probablement celui d'avant aussi...

J'avais décidé de profiter du calme de l'appartement pendant les vacances d'Alice et Jasper pour travailler sur ma thèse. La date fatidique de la soutenance approchait dangereusement et mon directeur de thèse devenait plus harceleur encore qu'une ex accrochée à ses souvenirs! Et pourtant j'en avais collectionné quelques jolis spécimens de chieuses chroniques! Mais mon mentor était bien pire et sa faculté à dégainer son téléphone en un éclair impressionnante!

Je m'installais à la table de la cuisine, la plus grande de la maison, celle qui me permettait d'étaler approximativement sept cents kilos de bouquins et de notes diverses. Le silence presque absolu était seulement troublé par le bruit des voitures dans la rue, le tapotement de mes doigts sur le clavier et parfois par un discret ronflement de Tiny couchée en boule sur son cousin. C'était amusant de la regarder dormir, particulièrement lorsqu'elle rêvait et qu'une de ses petites pattes bougeait frénétiquement.

Les heures défilaient à mesure que mon esprit se noyait sous des colonnes de statiques et que la lumière bleutée de mon écran d'ordinateur m'agressait les yeux. Je devais en être à ma troisième tasse de café, il était approximativement deux heures lorsqu'un pas traînant se fit entendre dans le couloir.

Swan apparut sur le pas de la porte, vêtue d'un horrible jogging informe, le même qu'elle portait plus tôt dans la soirée et les cheveux dans un désordre tellement improbable qu'une famille de corneilles semblait y avoir élu domicile. Toutes les pensées obscènes que j'avais pu avoir un jour en imaginant Swan dans ses vêtements de nuit venaient de s'évanouir en une fraction de seconde. Adieu petite nuisette sexy et fantasmes torrides, la réalité faisait frémir. D'horreur...

"-Oh Swan tu m'as fait peur! Ça devrait être interdit de porter des horreurs pareilles!" Je la désignait d'un vaste geste de la même avec une moue de dégoût mais elle ne sourcilla même pas.

"-Nan sérieusement, ne sors pas dans la rue comme ça, tu vas te faire ramasser et conduire au centre d'hébergement pour SDF! Mais c'est pas le tee-shirt que tu portais hier? Et avant hier?..." Elle haussa les épaules, un peu désabusée en remplissant un grand verre d'eau. Sans plus réagir davantage à mes provocations elle retourna d'où elle était venue. Son regard était vide, mais pas ensommeillé, il ne faisait aucun doute qu'elle n'avait pas encore fermé l'œil et pourtant les heures défilaient rapidement.

Je devais avouer que je n'étais plus seulement frustré d'avoir perdu mon jeu préféré, ce truc exaltant qui rendait la vie ici si palpitante, je commençais aussi à m'inquiéter. Et ça c'était aussi nouveau que difficile à accepter. Swan traversait une très mauvaise passe et la voir dans cet état me faisait peur, je n'étais pas à l'abri de traverser ça moi aussi, je savais ce qui l'avait rendue comme ça et tous ces doutes qui semblaient l'envahir je risquais de les ressentir un jour moi aussi. Et rien n'indiquait que je m'en sortirais mieux qu'elle...

J'allais me coucher peu après ça, j'avais bien avancé ce soir et il me fallait quelques heures de sommeil pour affronter la journée du lendemain. Mais ma nuit fut peuplée de rêves angoissants où Swan tenait toujours le premier rôle. Mais rien d'agréable ni de scandaleusement indécent cette fois-ci, je ne cessais d'être hanté par son regard terne et éteint.

La nuit avait été courte et pourtant je me levais à l'aube plein d'énergie. Le silence de l'appartement indiquait que Swan dormait toujours et c'était parfait pour ce que j'avais prévu. Je pris une rapide douche et courus au Starbucks du coin de la rue acheter le petit déjeuner. La raison qui me poussait à acheter deux muffins à ma dépressive de colocataire était encore floue et pas tout à fait déterminée dans mon esprit. Je devais probablement avoir pitié. Toujours cet intérêt démesuré pour les causes perdues... et Swan avait atteint le niveau critique.

Une fois remonté à l'appartement je préparai du café et posai le sachet de viennoiseries sur la table. Swan apparut quelques minutes plus tard, dans le même vieux jogging que la veille, l'air toujours aussi sinistre. Elle marmonna quelque chose qui pouvait de loin, mais de vraiment très loin, être pris pour un bonjour et se laissa tomber sur une chaise devant le café fumant qu'elle venait de se servir.

J'attrapai un muffin aux myrtilles et mordis dedans avec décontraction avant de lui tendre le sachet qu'elle considéra de son œil le plus méfiant sans esquisser le moindre geste.

"-Mange! T'es en train de te dessécher et si on est ensemble au bloc je ne tiens pas à ce que ça dure des heures parce que l'interne de chirurgie se sera évanouie."

Elle prit le sachet en murmurant un merci à peine audible. Bon il y avait du progrès. Mais la Swan, MA Swan ne se serait jamais contenté de mordre dans ce muffin sans avoir vérifier l'absence de traces de poison avant.

Le silence dans la cuisine était dense et pesant, on entendait seulement le cliquetis régulier de ma cuillère sur le bord de la tasse. Ce bruit était étrangement semblable à la celui d'un bloc opératoire.

Nous déjeunions face à face, sans rien avoir à nous dire et pourtant en voyant la petite main frêle et délicate de Swan crispée sur sa tasse, j'avais envie de poser la mienne par-dessus et de la presser doucement. Ne serait-ce que pour soulager un peu le poids qu'elle semblait porter sur ses épaules.

Je secouai la tête pour chasser ces pensées, depuis quand le sort de Swanny me préoccupait au juste? Déjà que je lui apportais le petit-déjeuner, chose que je ne faisais même pas avec les filles qui passaient une nuit dans mon lit, il ne fallait pas exagérer.

J'avalai précipitamment les dernières gouttes de mon café et me levai. Swan me foutait le cafard dès le matin!

"-N'oublies pas de mettre des vêtements qui te feraient à peu près ressembler à une humaine aujourd'hui même si je sais que le défi est immense! Et par pitié prend une douche et lave-toi les cheveux!"

Pas de réponse... mais finalement ce mutisme désespérant n'avait plus rien d'étonnant!

Finalement, je ne me retrouvai pas au bloc avec Swan et je ne la vis pas de la journée mais en rentrant à l'appartement je pus constater qu'elle avait suivit mon conseil. Visiblement ses cheveux avaient subi un décrassage plus que nécessaire et ses vêtements de dépressive d'outre tombe avaient laissé la place à un jean sombre et un petit pull en cachemire pourpre. L'attitude elle en revanche n'avait pas changée. Je trouvais Swan assise sur le canapé du salon, les genoux remontés contre sa poitrine. Elle tenait une tasse à la main et son regard était plongé dans un vide intersidéral étalé devant elle.

Seules les lueurs bleutées du crépuscule s'infiltraient par la baie vitrée et dessinaient la silhouette frêle de Swan dans la pénombre.

"-Si tu t'entraînes à la télékinésie c'est bon, je pense que tu peux arrêter, la tasse est déjà dans ta main." Je récoltai un soupir pour seule réaction.

"-Bon ok là ça ne peut plus durer!" La voir assise là sans bouger me foutait hors de moi, je voulais qu'elle sorte de cette léthargie et si pour ça je devais la secouer je le ferais! Hors de question que je partage le quotidien d'une morte vivante qui jouait les fantômes. Je voulais la Bella flamboyante, la chieuse horripilante, l'emmerdeuse compulsive qui me rendait la vie impossible.

Je fonçai dans sa chambre et sans pitié je mis son placard sans dessus-dessous pour dénicher sa plus jolie paire d'escarpins. Un truc qui devait valoir une fortune et lui faire des jambes divines. Tiny me suivit dans le salon. Parfait!

"-On va employer la manière forte alors!" Je me campais bien face à elle qui enfin daigna m'accorder un regard. "-Tiens Tiny, tu veux jouer avec les jolies chaussures de Swanny?" C'était un aveu de ma culpabilité dans l'affaire de la destruction massive des chaussures de Swan mais tant pis! S'il fallait ça pour la rendre folle de rage... Mais pour une fois Tiny joua les difficiles. Elle me regardait, attentive en penchant la tête sur le côté comme si elle n'avait aucune idée de ce que je lui demandais.

Swan qui n'avait pas fait le moindre geste pour m'empêcher d'offrir ses escarpins à Tiny esquissa un mince sourire en voyant l'absence de réaction du chihuahua. J'aurais donné cher pour voir encore ce sourire effleurer ces lèvres, pour voir une réaction quelconque éclairer son visage mais rien... le moment était passé.

De dépit je jetai les chaussures sur le sol et allai m'asseoir sur la table basse face à Swan. Je lui arrachai presque sa tasse des mains pour la forcer à me regarder. J'avais une folle envie de la secouer, de lui faire mal presque, pour qu'elle me gratifie d'une réaction, n'importe laquelle, tout plutôt que ce mutisme. J'en avais marre d'être totalement transparent, ça me rendait littéralement dingue de la voir figée comme ça.

"-Oh Bella regarde-moi! Réagis bordel de merde! On dirait que tu vas te statufier sur ce canapé, crie, hurle, fais ce que tu veux mais arrête ça tout de suite!" J'avais agrippé ses poignets et les serrais avec force, ils semblaient si frêles dans mes mains.

"-Aïe lâche-moi, tu me fais mal!" Même sa voix n'était qu'un murmure. Elle tenta vainement de se dégager de ma prise et se leva pour fuir mais je la tenais fermement contre moi, bien décidé à faire exploser sa colère une bonne fois pour toutes.

"-Lâche-moi Edward!" Les larmes débordaient de ses yeux maintenant, silencieusement mais leur flot ne semblait plus vouloir se tarir.

"-Non! Évacue tout ce truc que tu renfermes!" Enfin elle cessa de luter contre ses larmes, de gros sanglots montèrent de sa gorge, sa respiration était hachée et difficile. Son visages ruisselait de larmes qui n'avaient plus rien de silencieuses.

"-Lâche moi, lâche-moi!" Elle hurlait, frappait mon torse de se petits poings toujours prisonniers de létau de mes mains, la rage semblait s'emparer d'elle, enfin elle réagissait, enfin elle craquait.

Inlassablement elle me répéta de la lâcher, en proie à une véritable crise d'hystérie. J'avais provoqué ça, j'avais désespérément attendu ça mais maintenant face à ses cris incontrôlables et aux sanglots qui l'étranglaient j'étais totalement désemparé. Mon super plan n'allait pas plus loin, je ne savais pas quoi faire après ça et je n'avais plus qu'une envie: la faire taire, étouffer ces cris de rage, ces pleurs, cette vague de désespoir qui la submergeait. Alors sans réfléchir je fis la chose la plus stupide que j'étais capable de faire mais aussi la seule capable de la réduire au silence, je posais mes lèvres sur les siennes...

Pov B

La rage, la frustration, le désespoir, l'hystérie... j'évacuais tout ça, les sanglots m'étouffaient et j'avais toutes les peines du monde à reprendre mon souffle. Je ne contrôlais plus rien. Lâcher prise...

Et puis ses lèvres, chaudes et douces qui bougeaient de façon exigeante contre les miennes. L'oubli, le silence dans mon esprit, délectable et salvateur. La tempête s'apaisait alors qu'une autre prenait naissance aux creux de mon ventre. Une tempête tropicale qui faisait courir ses vents brûlants sur mon épiderme.

Je lâchai prise et me concentrai sur ce baiser qui m'offrait un délicieux répit, plus rien d'autre n'avait d'importance, je voulais encore sentir la chaleur de cette bouche contre la mienne. Je n'avais pas la moindre idée de ce que j'étais en train de faire, ma conscience était muette et même si j'avais vaguement la sensation que c'était mal, je ne voulais pas que ça cesse.

Nous finîmes par dessouder nos lèvres pour reprendre notre souffle mais instantanément le froid revient et avec lui l'écrasante sensation de désespoir.

Totalement perdue, hébétée je levai la tête mais ce fut pour plonger dans les iris incandescents de Cullen posés sur moi. Le vert de ses yeux étincelait d'une lueur particulière qui faisait courir en moi une délicieuse chaleur. Son regard obscurci par le désir me fit frissonner, quelque chose passa entre nous à cet instant. L'air crépitait d'une électricité malsaine qui me poussait vers lui. Mes sens avaient pris le pas sur ma raison alors je réduisis l'espace entre nous, son souffle effleura mon visage et d'elles-mêmes mes lèvres se posèrent brutalement sur les siennes. L'oubli revint, l'euphorie aussi... ma langue caressa sa lèvre inférieure et je sentis sa bouche s'entrouvrir, sensation grisante du paradis...

Ses mains chaudes se posèrent sur mes hanches alors que nos langues bataillaient entres elles avec une fougueuse sensualité. Tout mon être était sur le point d'exploser, des flots vibrants d'excitations se déversaient en moi, me poussant à exiger toujours plus de ce baiser. Je mordillais sa lèvre inférieure, charnue et humide alors que ses mains pétrissaient durement ma taille, avec une force qui aurait dû être douloureuse si elle n'avait pas tant décuplé mon excitation. Je posai ma main dans sa nuque et tirai la base de ses cheveux, le rapprochant toujours plus de moi, comme pour me fondre en lui et que jamais ne cesse cette délicieuse ivresse qui me faisait tout oublier. J'étais tremblante et palpitante entre ses bras. Je me liquéfiais en sentant ses longs doigts brûlants se glisser sous le tissu de mon pull et courir sur ma peau nue.

En manque d'oxygène mais toujours prise de frénésie, mes lèvres s'engouffrèrent dans son cou, là où son parfum était le plus enivrant. Je mordillais même sa peau, dans le creux si sensible juste sous son oreille. Sa main qui courait le long de mon épine dorsale faisait naître une humidité délicieuse là où j'étais subitement si palpitante de désir.

Bella... Mon prénom sortit de sa bouche dans un souffle rauque et terriblement excitant qui me rendit fébrile.

La pointe érigée de mes seins frottait contre son torse musculeux et je me pressais un peu plus contre lui. Je voulais arrêter de penser, juste ressentir, juste me fondre dans cette étreinte charnelle qui me faisait tant de bien. Mon corps soudé au sien je pouvais sentir à quel point il était excité lui aussi. Et cette constatation était grisante. Ses doigts s'aventuraient maintenant sur mon ventre, il effleura délicatement mes côtes avant de remonter vers ma poitrine. Mon pull me me parut à cet instant beaucoup trop encombrant alors je l'enlevais rapidement et le jetais sur le sol.

J'avais tellement envie de lui... Edward, c'était l'idée la plus stupide et déraisonnable que je n'avais jamais eu mais je n'en avais que faire. Je voulais juste continuer à me sentir vivante sous les doigts de cet homme, voir son regard appréciateur caresser mon corps me faisait me sentir désirable et c'était tout ce dont j'avais besoin à cet instant. Les questions pourraient venir plus tard, pour le moment je voulais juste ressentir...

Et il semblait être du même avis. Sans jamais cesser ses attouchements qui me rendaient folle de désir il m'entraîna vers sa chambre, j'aurais été prête à le suivre partout où il en aurait eu envie.

Il s'arrêta près de son lit pour m'embrasser une nouvelle fois, mais je voulais plus maintenant, j'avais besoin de tellement plus. Alors je nous poussais sur le lit, mon corps surplombant le sien. Sa bouche vint déposer une myriade de baisers dans mon cou puis sur le haut de mes seins qui étaient douloureux à force de se tendre de désir pour lui.

Ce qui de passa ensuite fut confus, nos vêtements s'entassèrent se façon désordonnée sur le plancher et je me retrouvais allongée sur le dos, Edward au-dessus de moi qui mordillait mon téton érigé tout en taquinant l'autre de ses doigts.

Ses mains couraient partout sur moi, je vibrais sous ses caresses et me fondais dans la chaleur de son corps. Sa virilité se pressait contre mon centre humide et je me frottais à lui de façon éhontée. La tension qui s'emparait de moi était presque insoutenable et je voulais juste être soulagée de toute cette frustration, j'étais sur le point d'exploser mais Edward ne semblait pas s'en soucier, il prenait tout son temps pour combler mon corps d'attention et s'amusait de me voir languissante de désir. J'avais beau gémir lascivement, griffer son dos ou tirer ses cheveux pour exiger plus, plus vite, il continuait à me torturer.

Ses mains glissèrent sur mon ventre, il dessina les contours de mon nombril avant d'enfin se perde sur mon mont de Vénus. Son index remonta le long de ma fente humide et lorsqu'il effleura mon clitoris gorgé de sang et de désir, une décharge d'électricité traversa tout mon corps et mes hanches ruèrent vers lui.

Un sourire satisfait illumina ses lèvres et moi j'étais juste avide, consumée par la frustration et le désir.

"-Edward, plus..."

"-Hum tu veux quelque chose Bella?"

"-Viens! Dépêche toi!"

"-Où ça? Tu veux que je viennes où Bella?" Je me frottais comme une petite chatte en chaleur contre sa bite terriblement dure pour lui faire comprendre le message mais cela ne fit qu'agrandir son sourire suffisant.

"-Oui je vois... Tu veux que je vienne juste là c'est ça?" Alors que ses mots qui suintaient d'une excitation presque animale décuplaient ma frustration, il plongea un doigt en moi. Même si ce n'était pas ce que j'avais espéré la sensation était si grisante qu'elle me fit presque défaillir. Il en glissa un deuxième avant de les recourber pour taquiner mes parois sensibles. Je fermais les yeux pour profiter du bien-être qui m'envahissait mais alors que je sentais les premières vagues de l'orgasme gonfler dans mon ventre il retira ses doigts, ne laissant en moi que le vide.

"-Tu es toute mouillée n'est-ce pas?" Il avait murmuré à mon oreille de sa voix suave et étouffée avant d'en mordiller le lobe pour me rendre plus folle encore.

"-Edward arrête de me faire languir!" Ma voix trahissait ma colère et ma frustration mais mes mots eurent l'effet escompté puisqu'Edward se détacha de moi pour atteindre la table de nuit.

J'attendis, les yeux fermés, savourant les sensations grisantes de l'excitation qui me faisaient me sentir vivante pour la première fois depuis bien longtemps. Les soucis semblaient bien loin, j'avais basculé dans un délicieux oubli.

J'entendis le bruit caractéristique du papier du préservatif et la chaleur d'Edward reprit sa place près de moi.

Alors qu'il me surplombait et plongeait ses yeux dans les miens sa main traça doucement, presque tendrement les contours de mon corps.

A bout de nerfs, ensevelie sous le désir j'avançais mes hanches vers les siennes pour le supplier de me prendre tout de suite et fortement.

Je capturai ses lèvres lorsqu'il entra en moi, la sensation fut si intense qu'elle me fit haleter. Je savourais la sensation de mes chaires qui s'étiraient pour l'accueillir au plus profond de moi. Il me fallut quelques fractions de secondes pour m'habituer à la sensation de plénitude qui venait de m'envahir et ce fut plus fort encore lorsqu'il commença à se mouvoir en moi, d'abord avec une lenteur frustrante avant d'atteindre un rythme plus à même de satisfaire toutes mes envies de luxure. Maintes fois j'avais mis en doute la virilité d'Edward pour le provoquer, mais je devais bien admettre aujourd'hui que ses commentaires n'étaient pas que vanité. Sa queue était foutrement grosse et c'était tout ce dont j'avais absolument besoin.

Je remontai mes jambes le long de ses hanches minces jusqu'à nouer mes chevilles dans son dos, dans cette position je pouvais le sentir plus profondément en moi et c'était tellement bon. Mes talons se pressaient contre ses fesses alors que je détachais mon corps du lit pour me presser contre lui dont les lèvres se perdaient dans mon cou. Je sentais son souffle dans le creux de mon oreille et cette sensation me rendait folle, folle et avide. Alors que ma main courraient dans ses cheveux je mordillais gentiment la peau de sa clavicule. J'en voulais plus, toujours plus, le sentir plus loin, plus fort, plus vite... Mais il semblait prendre un malin plaisir à se mouvoir lascivement, trop lentement pour moi qui me liquéfiais dans ses bras.

Alors que je sentais les vagues sourdes tant espérées de la jouissance gronder dans le fond de mon ventre j'usais de toute ma force pour écarter Edward de moi et le faire basculer sur le dos. Je voulais prendre le contrôle, le rendre ivre de plaisir et de désir, lui faire ressentir les étourdissantes sensations qu'il avait fait naître en moi.

Je le chevauchais comme une perdue, toujours désireuse de plus mais je ne pus prolonger interminablement ce moment. La déferlante de jouissance menaçait de m'emporter, je sentais les irradiations brûlantes de l'orgasme courir dans tout mon être, j'étais si proche de la délivrance que ça en était presque douloureux. Un coup de rein plus tard je me laissais emporter par les vagues, par le plaisir, par la jouissance, par l'oubli...

Une longue complainte mourut sur mes lèvres et je viens l'étouffer contre la bouche d'Edward qui les yeux clos était en proie au même raz de marée que celui qui venait de m'emporter.

A bout de souffle, trempée de sueur et frémissante je tombais sur le lit près d'Edward. La caresse fraîche des draps sur ma peau brûlante me fit un bien fou. J'étais palpitante, le corps et l'esprit noyés dans une brume délicieuse et salvatrice. J'étais bien, apaisée...

Aucun mot ne fut prononcé, avec une infinie délicatesse Edward glissa ses doigts dans ma chevelure humide qu'il dégagea de mon épaule pour venir s'y blottir. Sa joue, un peu rappeuse et si virile se nicha dans le creux de mon cou, ses cheveux chatouillaient mon oreille et je dus faire appel à toute ma volonté pour ne pas les caresser.

Le moment respirait l'apaisement et la sérénité... Il serait bien temps de penser à tout ça demain. Pour le moment je voulais juste me laisser happer par cette sensation de plénitude.

Oui il serait bien temps de penser demain...

J'aurais pu sombrer dans un profond sommeil réparateur à ce instant, mais c'était sans compter sur la virilité d'Edward que je sentais se réveiller contre moi. Oubliée toute idée de sommeil... la nuit promettait encore de belles heures de plaisir.

Mon corps me semblait incroyablement lourd, je flottais dans un brouillard épais, incapable de mettre mes pensées en ordre et pourtant une impression tenace ne cessait de me hanter. J'avais fait une incroyable connerie! Plus qu'une intuition, c'était une conviction! Avant même d'avoir ouvert les yeux je le savais.

Le jour commençait à peine à poindre, la chambre baignait dans les lueurs rosées de l'aube, et ce n'était pas ma chambre... Ce n'était pas mon oreiller qui semblait si moelleux contre ma joue. Ce n'était pas dans mes draps que j'étais couchée, entièrement nue...

Oh bordel de merde, oui j'avais fait une énorme connerie dont l'ampleur revient par flash dans mon esprit. Des images saisissantes des ébats qui expliquaient mes courbatures ce matin ne cessaient de défiler devant mes yeux. J'avais couché avec Cullen... J'avais passé la nuit dans les bras de mon pire ennemi après une séance de baise torride.

Oh oui torride... on aurait dû faire ça depuis longtemps! Ma conscience était visiblement une fois de plus contre moi, il ne fallait pas compter sur son aide pour remettre en ordre cet incommensurable merdier.

Bon Cullen avait déserté, c'était déjà une bonne nouvelle. J'avais aucune idée de la façon dont j'allais gérer ça mais s'il fallait trouver un point positif à toute cette merde, c'est que je me sentais mieux, ça avait dispersé mes idées noires et m'avait vraiment détendue! Enfin jusqu'à ce matin et ma prise de conscience plutôt brutale.

Je me penchais sur le sol pour attraper mes vêtements et les enfilais prestement. Mon pull devait toujours être échoué quelque part sur le parquet du salon alors sans scrupule je pris le tee shirt que portait Cullen la vieille. Une bouffée de son parfum frappa mon visage amenant avec elle des images chaudes de notre nuit. J'avais presque envie d'enfouir mon nez dans le tissu pour mieux sentir son parfum mais je ne le fis pas, ça suffisait largement d'avoir couché avec lui, on allait limiter les dégâts maintenant. Oh Bella arrête d'être aussi rabat joie! Retourne voir Edward peut-être qu'il voudra bien te donner une autre dose de détente! Toi la ferme!

Cullen n'avait pas totalement déserté, il était dans la cuisine, fraîchement douché, rasé, les cheveux dans une sexy pagaille qui semblaient crier: j'ai eu une furieuse partie de baise cette nuit. Et en fait c'était le cas.

Je le considérais d'un regard presque craintif, totalement sur la défensive et me sentant misérable, contrairement à lui je n'avais pas encore pris de douche.

"-Joli tee-shirt" Je grognai en réponse et me versai un grand mug de café avant de m'asseoir.

Cullen poussa vers moi un sachet de viennoiseries du Starbucks, ça allait finir par devenir une habitude.

"-Tu es resplendissante ce matin Swanny!"

"-Oh ta gueule! Mes cheveux sont incontrôlables et j'ai l'impression que ma dernière douche remonte au siècle dernier." Il s'approcha de moi en reniflant exagérément.

"-Hum c'est vrai... Mais c'est la première fois que tu entres dans une pièce sans dégager une aura de frustration aussi puissante que celle de tout un couvent de carmélites. Je sais pas ce que tu as fait cette nuit, mais ça a l'air d'avoir été une très bonne nuit!"

"-Aucune idée... ça devait pas être si mémorable que ça, j'en ai aucun souvenir. Rien de bien palpitant!"

"-Ah oui, moi je me souviens bien de t'avoir fait crier pourtant, et plusieurs fois..." Il avait murmuré ces mots d'une voix suave tout contre mon oreille, son souffle caressa ma peau sensible et me fit frisonner de désir. Lorsqu'il s'écarta de moi ça laissa comme un vide.

Oh oui j'avais fait une énorme connerie la nuit dernière.

"-Allez mange Swanny t'as besoin de reprendre des forces! A ce soir! Oh et ne fantasme pas trop aujourd'hui, t'as besoin de rester concentrée."

Je lui adressai un magistral fuck auquel il répondit par un petit rire avant de claquer la porte de l'appartement dernière lui.

Dans tout le flot de conneries qu'il était capable de débiter à la seconde il y en avait au moins un truc de vrai, je devais rester concentrée aujourd'hui et chasser la nuit dernière de ma tête.

Nan en fait tu te trompes ! Il y a une autre chose vraie dans ce qu'il a dit : la nuit dernière a vraiment été une très bonne nuit... On aurait du faire ça depuis longtemps ! »

Oh fuck off toi aussi la voix intérieure, c'est pas le moment et personne ne t'a demandé ton avis .